Publié par : Memento Mouloud | mars 30, 2011

Sophia Aram, portrait d’une déconneuse

La chronique que Sophia Aram, humoriste sur France Inter, a consacré cette semaine aux « gros cons » d’électeurs du FN continue de faire débat. Marine Le Pen a annoncé qu’elle saisirait le CSA, on dit aussi qu’une plainte pourrait être déposée. Et Guy Carlier, ex-d’Inter, de lui répondre, « Ces gens-là ne sont pas des gros cons, contrairement à ce qu’une petite conne affirmait il y a quelques jours sur une autre radio pour faire le buzz et remplir ses salles de spectacle. N’est pas Stéphane Guillon qui veut ma poule, qui savait faire passer des phrases choc de ce genre parce que le reste de ses chroniques était talentueux ». On le voit, on nage en pleine marécage cordicole. Blue Marine saisit le CSA, Carlier encense Guillon, Aram lance une nouvelle transgression consensuelle.

Marine fut invitée en novembre 2010 à la matinale d’Inter où L’humoriste fulmine un billet deux fois par semaine depuis la rentrée. Ce jour-là, elle tricote une chronique modérément assassine. Avec du recul, elle affirme : « Je savais qu’on la reverrait. », on est entre gens du spectacle, faut être polis.  Un autre matin, elle susurre, d’une voix volontairement niaise « mon Brice, le récidiviste » à deux mètres d’Hortefeux qui venait d’être condamné pour la deuxième fois.

Pour Le Pen-père, changement de tessitures. Musique de « Rocky », sur le coup de 8h55 ce 10 janvier 2011, elle dit qu’elle a eu l’impression de solder son compte, « ambiance fin de carrière » : « On ne serait plus jamais obligés de l’inviter. ». Elle serait dure et sans concession, il est toujours bon de pousser un vieil homme dans l’escalier ainsi que ceux qui l’ont suivi. Ce jour-là, Sophia Aram s’adresse à Le Pen « au nom de tous ceux qui ont eu à souffrir de vos invectives, vos insultes ». Elle se fait porte-parole victimaire, porte-voix des sans-voix, pontife suprême du Bien, elle insulte, dès lors, en toute quiétude les hyliques racialistes et moisis, nageant dans leur vieil éon merdique, derrière la ligne bleue des Vosges et les couleurs délavées des drapeaux claquant au vent. Sophia Aram porte les douze étoiles de l’UE en auréole, sa couleur bleue ciel onusienne dit ce qu’elle est : l’Immaculée conception du temps qui passe.

Look urbain discrètement putassier, bague Dior à petit diamant et blouson en cuir cintré, elle soutient pourtant qu’à 37 ans, elle n’a jamais été personnellement attaquée. Jusqu’à cette chronique sur Jean-Marie Le Pen. Depuis, elle reçoit lettres d’insulte et menaces de mort. Et aussi « des trucs sexuels avec du cochon ». Son fils voit son prénom tourné en boucle sur quelques sites. Elle découvre la haine par procuration. Celle qu’on adresse à un fantasme, à un ailleurs. Les merdes dessinées à gros traits, les cons de l’autre rive l’ont traitée comme elle insulte, cela s’appelle un effet-miroir.

Sophia Aram, dans sa chronique, n’a rien épargné du borgne et de ses 83 ans. Il avait quitté le studio furieux sans une gifle, sans un crachat. Et Le Pen n’est pas DSK ou Besson, qui obtiennent quelques têtes de domestiques, quand on les titille. Le Pen est un salaud, même pas lumineux. Le monstre de Luna Park qui chantait Battling Joe en montrant les dents.

Elle rappelle qu’elle a démarré sur l’antenne au « Fou du roi », explique que, pour elle, écrire un truc drôle sur la catastrophe au Japon est infiniment difficile. Rire de tout est un impératif qui lui pèse, il lui faut moraliner dès que possible, prouver ses nobles intentions, poser en gentille. Rêvant de Dustin Hoffmann et Robert Redford, découvrant dans la moustache de Plenel, le paysage de rêve de la traque justicière, elle s’imaginait journaliste. Elle aura passé une maîtrise d’anthropologie avec un mémoire sur « les lieux de compromission sexuelle au Maroc » et une licence d’arabe, incapable de sortir de l’humus des origines, prisonnière d’un entre-deux. La France est un idéal-type kantien, une République castrée ouverte au monde, une préfiguration de ce qui adviendra, le creuset d’une Humanité enfin réalisée. D’un autre côté, l’anthropologue amateur cherche l’ailleurs en elle-même. Ayant vidé la France de toute substance, elle trouve sa distinction, la douce matrice des origines, l’appel chtonien de la Terre et de la Mère, le secret tressaillement du désir. Tout la porte vers l’Atlas mais sa raison lui dit : là bas, ma grande, un bâillon te tiendra entre les quatre murs de l’Islam. Sophia Aram sera donc française, par dépit.

En langues orientales, elle avait pour coreligionnaire Boris Boillon, le nouvel ambassadeur en Tunisie qui a récemment revendiqué une tendresse pour Khadafi. Mais surtout « des tas de fils d’immigrés », comme elle, le cul entre le ciel et le lointain, le rêve biseauté d’être soi sans l’être, une pauvre figure de spectre qui se croit dépositaire de toute la Justice du monde. Caranvasérail du ressentiment, les amis aramiens de langues O voudraient bien briller, dominer, s’imposer mais sans en payer le prix. Tous prêtres, tous castrés, tous pénalophiles.

Elle, qui a appelé sa société de production d’un nom exotique qui fait un peu faire la moue et se plaint quand on lui cause cornes de gazelles. Elle aurait grandi en français et en darija, un dialecte marocain. Elle aurait vécu, à Trappes, dans une HLM, comme le rappellent tous les articles qui lui sont consacrés car c’est une épreuve qualifiante, la mutilation d’origine qui trahit le destin d’exception. La presse du coeur exhibe la carrière de deux de ses soeurs, exemples de réussite germée en banlieue, d’intégration, de générosité. « Les choses sont quand même plus simples pour les filles issues de l’immigration, que pour les garçons. On fait moins peur, on est moins stigmatisées. ». Toujours, la plainte, toujours la commisération pour les frères.

Elle fit la Marche des beurs sur les épaules de son oncle, n’a jamais lancé un coup de griffe à l’encontre de SOS Racisme. En revanche, elle n’épargne pas Ni Putes Ni Soumises : « L’association a été créée dans le contexte très précis, dramatique, de la mort de Sohane. Depuis, je ne supporte pas la victimisation. On s’en est expliqué, j’ai refusé de jouer à leur gala début 2011. ». Victimisation pour les frères qui font peur, rien pour celle qui fut brûlée dans un local poubelle de Vitry. Il ne faut pas montrer la bêtise arabe du doigt, ne pas pointer les Mouloud la Joie en mal de briquet et d’essence quand les coups ne suffisent plus.

Jamel Debbouze, avec qui, adolescente, elle s’est frottée lors des happening des théâtres d’improvisation qui sont au théâtre ce que le Technival est à la musique symphonique lui a permis de rencontrer Nagui.  Elle prend le bottin, appelle Endemol, le Spectacle a besoin d’arabes, de noirs, de pédés, de diversité. Le Spectacle en a plein le cul des faces de craie hétéros. Ambitieuse, elle dévoile sa passion pour Arthur – « Je n’étais ni complexée ni exubérante : j’avais besoin de travailler et j’avais gagné des concours en impro. ». En effet, c’est un cursus formidable.

Arthur et « Les Enfants de la télé » seront son « déclic », on ne sait pas si le boitier de Manara était fourni. Ce n’est pas plus minable que de « présenter des bêtisiers de bébés qui font des prouts ». C’est tout de même un peu loin de « La Cité des femmes ». « Je lui dois l’ouverture à la culture, le goût du cinéma. ». Toujours le kitsch, je ne suis pas féministe, je suis subtile, je sais faire des trucs bien, je suis une cultureuse, je suis comme vous, artistocrates, faut pas croire.

Elle se découvre un sentiment de « s’enfermer dans un truc » qui est, tout de même un drôle de sentiment et « écrit » des one-woman show. Elle a 30 ans. « Saltimbanque, ce n’était pas facile à imaginer, je n’avais pas de filet, mes parents n’allaient pas me sponsoriser. ». Car tous les autres ont leurs parents. La pose encore, je ne suis pas une héritière, on croirait entendre Sarkozy. Chroniques ou spectacles, elle écrit ses textes destinés aux profs de gauche avec son compagnon, Benoît Cambillard. Le duo est devenu trio avec Gilles Marliac, « un ami qui travaille depuis longtemps à la télé et qui nous apporte le regard extérieur dont on avait besoin, Benoît et moi étant globalement d’accord ». Souvent, elle trouve l’angle et c’est Benoît qui se fend du premier jet. Viennent ensuite les allers-retours par mail, Gilles qui leur apporte « la légèreté dont on peut manquer ». Formidale, Sérénade à trois.

Parfois, ils empruntent une vanne croisée sur le statut Facebook d’un ami. La comparaison entre l’ambassadeur Boillon et Mickaël Vendetta a eu un grand succès sur le Net. Pas radine en Copyright, elle raconte facilement que l’idée n’est pas d’elle. Mais de Caroline Fourest. Juste avant de passer à l’antenne, elle lui avait envoyé un petit texto pour s’autoriser à lui emprunter la métaphore. Oui, Sophia a de beaux jours devant elle.

Rue 89/ Le Figaro/BAM


Responses

  1. tout est dit et bien dit !

  2. Thank You Lenin

  3. De la daube pure , je n’écoutais plus France Inter depuis longtemps, je ne suis pas prés de revenir.

  4. Vous connaissez de la daube frelatée, grandpas ?

  5. Oui!

    Un certain Patrick Adler, durant 1h30 je n’ai pas ri une seule fois et pourtant je suis bon public. Si vous avez des €uros à perdre, il dépose sa pêche au Feux de la rampe.

  6. en bon françois on dit teKnival

  7. On y va avec un pain de plastic ?

  8. Un bâton suffira avec une mèche de 10 secondes et enfoncer le tout dans le fion du condamné pour daube frelatée.

  9. Réglez le problème supprimez les one man show

    • vous n’y pensez pas , l’ami !
      le copain de ma fille fait – parfois- des one-man-chauves , mais il n’en vit pas
      c’est sa soupape de sécurité à ce garçû

  10. Aussi pénible à lire qu’à écouter:
    (enfin bon, quand on voit que son modèle c’est Arthur…)

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/11/l-insupportable-banalisation-mediatique-du-front-national_1505881_3232.html

    Quant aux one-man show, tout le monde n’a pas la chance d’être Desproges ou Dupontel.


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