Publié par : Memento Mouloud | janvier 23, 2012

D’un lapsus de François Hollande, de la mort de la gauche et du parti du refus

 

 

Dans son discours du Bourget, sorte de ready-made du Mitterrand seventies façon « l’argent qui corrompt, l’argent qui tue », Hollande tente de reprendre la litanie des faits mémorables de l’homme de gauche, de la nuit du 4 août à l’adoption de la CMU et des 35 heures. Parmi les dates obligées qui sont les stations de l’homme de gauche redivivus, un lapsus s’est glissé, à propos de 1848. Hollande n’a pas cité février, extase lyrique du républicanisme de banquets, mais juin, insurrection ouvrière mâtée dans le sang par le parti de l’ordre qui était alors celui des propriétaires. Dès lors, Hollande a démontré que la gauche n’a toujours pas laissé les morts enterrer les morts, car la gauche, c’est-à-dire la lutte de classes comme point nodal de la politique, est morte quelque part, entre 1930 et 1950. Depuis, elle se survit à coups d’anathèmes contre les réactionnaires, les fascistes supposés et les hybrides impurs qui sont le lot de la vie moderne.

Hollande comme toute la gauche ne croit pas un seul instant que le prolétariat est la seule classe porteuse de l’émancipation finale, celle qui mettra un terme définitif aux contradictions du capitalisme, celles-ci bien réelles. Mais il  n’a toujours pas compris que dans une société structurée comme une multiplicité inconsistante, la gauche n’a aucune frontière a priori. Aussi le sectarisme n’est plus qu’un lustre idéologique voué à l’échec, quelque soit l’issue des élections de mai. On a beau remettre le couvert sur la menace frontiste, la révolte française qui est en cours ne s’arrêtera pas à l’investiture imaginaire de Marine Le Pen en candidate du peuple. Elle vient de démarrer et elle risque d’emporter sur l’écume de son dégoût l’UMPS et ses clowns satellitaires. Car le vote Le Pen ne se nourrit pas des propositions frontistes, inconsistantes, mais d’un rejet absolu des hommes du système qui proposent aux français un avenir de fuites, de soumissions et de petites chaleurs tribales sous les enseignes de la fête continue.

Il a échappé aux commis de la finance et de l’épargne concentrée que les français étaient attachés à leur nation et à leurs petites patries puisque 70 % d’entre eux vivent dans leur périmètre de naissance. Leur faire miroiter un avenir d’expatriés ou peints aux couleurs fadasses de la révolution permanente du futur entrepreneurial ressemble furieusement au monde de Time Out. Vous allez trimer pour que les riches jouissent des fruits de votre labeur. Le collapsus a beau avoir emporté l’Eglise catholique, on ne convaincra jamais un français de remplacer, avec allégresse, le versement de la dîme par le financement généreux des dividendes pour que Madame Bettencourt prolonge son lifting ad nauseam. Les français ne veulent pas vivre dans un monde avili où quelques oligarques appuyés par des bureaucrates corrompus, des magistrats véreux, des intellectuels ignares ou délirants et des racailleux de toutes sortes, font la loi commune. La machine Le Pen recueille les fruits de ce refus qui la dépasse largement.

Homosexuels autoritaires, anarchistes chrétiens, juifs bellicistes, musulmans sans-culottes, racistes libertaires, patriotes pacifistes, nietzschéens populistes, bonzes syndicalistes revenus de tout, affairistes énergumènes mais fatigués, léninistes réactionnaires, nationaux-trotskystes, communistes précieux, ouvriers dézingués, africains à statut, gauchistes anti-gauche, alter-mondialistes sécuritaires, verts bruns et même bruns-verts, patrons sociaux, hussards démo-chrétiens musclés, humanistes néo-céliniens, esthètes engagés et toute une cohorte de figures improbables alignées comme une brochette d’oxymorons à la parade forment les troupes du Front National et échappent aux vieilles figures de pétainistes jaunies et de profils patibulaires sortis de l’OAS. Aussi ce que la gauche contemple c’est un public qui fuit et des électeurs qui ne veulent plus d’elle.

Si Hollande était sincère, il demanderait à Valls de lancer une OPA sur l’UMP puisqu’ils ne forment désormais qu’un seul et même parti.


Réponses

  1. “la lutte de classes comme point nodal de la politique, est morte”.
    Hollande, poussé par son “réservoir de réflexion” est prêt à substituer à la lutte des classes la lutte des ethnies. Le drapeau vert ne ne substituera au drapeau rouge que dans un deuxième temps.
    Mais, je viens de découvrir que la lutte sera sévère avec J-Luc Mélanchon.
    Ce dernier occupe les médias (Gala & Drucker compris) où il proclame haut et fort que des deux cotés de la Méditerranée il n’y a qu’un peuple.
    “Hollande, parez-vous à Gauche” suis-je tenté de lui souffler.

    • Bonjour René

      Je ne pense pas que “la lutte des ethnies” représente un substitut à la “lutte des classes”.
      Au fond, n’oublions pas que l’image du “prolétaire objectivement exploité” n’est pas que marxiste, et correspondait ( et correspond encore) à une certaine réalité matérielle et immatérielle ( disons culturelle, pour simplifier); la naissance de mouvements de syndication ouvrière répondait bien, finalement, au vieil adage “l’union fait la force”, et visait surtout à l’amélioration de conditions de vie .

      Ce qui, à mon avis, est en train de se substituer à la “lutte des classes” est un slogan implicite, très pernicieux, qui pourrait s’énoncer comme:

      ” la lutte du minoritaire discriminé”

      ( les caractères “minoritaire” et “discriminé” dépendant évidemment de labels décernés par des officines étatiques ou para étatiques chaudement subventionnées et opaques..).
      Au sein de notre modernisme, le simple fait de se “ressentir” minoritaire discriminé suffira évidemment à la prise en compte de son cas!

      On est donc très loin du caractère relativement objectivable de “l’exploitation” au sens marxien du terme.

      • D’accord, Hippocrate, la “lutte des ethnies” n’était pas malin : mon objet était plutôt la “lutte pour les suffrages ethniques”.

        ” la lutte du minoritaire discriminé”, mais ce fait applicable aux migrants (qui nécessairement souffrent !) dérivait de l’empathie que le peuple a ressenti vis-à-vis du “minoritaire discriminé juif”.
        Cette extrapolation vers le “minoritaire ultra-présent” (Cf. l’affaire de Clermont), électeur (millions dans un électorat où la décision se fait avec un faible écart) et de plus en plus combatif et organisé (revendiquant des “aménagements acceptables” aux lois de la République). [Ma phrase n'a pas de verbe ! tant pis, j'envoie]

  2. Il faudrait demander à Mélenchon s’il était/est pour l’Algérie française socialiste, comme le Chevènement soviéto-maurrassien de la période obscure de la guerre

    Le fait est René qu’il n’y a plus d’autre gauche que celle de l’anathème (nos adversaires sont des salauds, des réacs, des racistes, chabadabada)

    • “Chevènement soviéto-maurrassien”
      Ne dites pas du mal du “ché” : c’est lu qui m’a porté sur les fonts-baptismaux du socialisme (je fus CERES, dans mon jeune temps !)

    • pardon, mon sang n’a fait qu’un tour :
      ‘c’est lui qui m’a porté …” (et non LU).

  3. Ceres, avec Didier Motchane, vous êtes un historique, René ! Je ne dis pas de mal, René, J-P est vraiment imprégné de la pensée maurrassienne et il a défendu l’idée d’une sorte d’Empire socialiste neutraliste durant les années de guerre, puis de Gaulle et les Etats-Unis (en gros le principe de réalité des alliances et des limites qu’elles imposent à l’action politique dès lors qu’on ne veut pas en sortir) en ont décidé autrement

    • “il a défendu l’idée d’une sorte d’Empire socialiste neutraliste”
      MM,vous êtes formidable. Ma culture n’est pas aussi étendue et puis, je ne connais que l’époque d’après Allende et Carlos Altamirano.
      Mais ne vous inquiétez pas, ce sont des souvenirs de jeunesse …

  4. Je vous rejoins Hippocrate, la lutte des classes ne relève pas du fantasme, elle est parfaitement objectivable au même titre que la notion ou le concept de classe ouvrière, alors que la politique du minoritaire discriminé est une manière de construire de la grégarité en manipulant des revendications et des catégories socio-administratives.

    Aucune inquiétude René, chacun ses tribulations. Pour ce qui est de la compassion envers l’émigrant, je crois que le premier réflexe d’un intellectuel ou d’un militant de gauche, c’est de considérer qu’il vit dans un pays intrinsèquement vichyste et toujours prêt à rejouer la rafle du Vel d’hiv. Ce genre d’idéologue ne se demande jamais comment 2/3 des juifs français ont échappé à la machine de mort nazie alors que la quasi-totalité des juifs hollandais sont morts après une grande manifestation de solidarité envers eux.

  5. Que votre Dieu vous entende !!!!

  6. Mon Dieu est celui de tout le monde Chris


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