Au plus bas des sondages, en dessous même de l’étiage Chirac dans le fin fond du lit du fleuve, Sarkozy ressemble au cours de la Loire en été, lorsque des bancs de sable empêchent toute navigation. Pourtant il persiste dans le modèle Delon, regard stupéfait, nerveux, impatient, déjà prompt à éliminer tout alter ego, le genre je sais que vous savez que je suis très intelligent, beaucoup trop intelligent pour croire à ce que je dis en vous regardant, j’épuise tous les rôles, je suis un géant.
Néanmoins, j’ajouterai que prendre pour modèle Delon c’est s’obliger à l’épreuve suivante. Imaginez Sarkozy dans le rôle du samouraï de Melville avec son oiseau en cage, ses silences, son regard comme perdu et sa fascination pour une chanteuse nocturne, chouette pétrifiée dans une silhouette longiligne. Cet exercice vous permettra sans coup férir d’accomplir un long exercice d’ascèse comique avec le joggeur à bourrelets, enfonçant ses talonnettes à chaque embardée.
Aussi le monde véritable de Sarkozy c’est celui d’on connaît la chanson. Le Joe Dassin d’on s’est aimé comme on se quitte, le J J Goldmann d’américain, le ça se sent que c’est toi de Téléphone, le c’est tout un peuple qui danse de Michel Sardou pour son discours de Dakar, l’ami caouette de Gainsbourg pour le garde à vous devant la dépouille d’Aimé Césaire, l’antisocial de Trust pour les envolées sur la rupture, le tu brûles mon esprit de Johnny pour ses rapports avec Copé ou Juppé, un cycle ininterrompu de franchouillardise qui penche nettement dans un entredeux entre la septième compagnie et le gendarme à saint Tropez, disons un mixte entre l’univers de Max Pecas et celui de Gérard Oury.
NB : Pour la VO de ce soir
Naufragés