Si on observe le genre humain, on ne dépassera jamais cette idée qu’il n’existe que trois groupes bien délimités : les honnêtes gens, les canailles et les cons.
Les honnêtes gens se reconnaissent à ceci, qu’ils agissent non pas au détriment de leurs congénères ou en sacrifiant leurs intérêts mais en combinant leurs désirs avec ceux des autres. C’est ce qu’on appelle d’un terme désormais désuet, la responsabilité. Chez eux, le gain qu’ils attendent d’une action ne cesse de polliniser au-delà de leurs ruches, ce sont des bâtisseurs, des faiseurs, des gens qui ne laissent pas tomber l’échelle quand ils finissent par occuper un plateau ou un sommet. Ce sont aussi des gens raisonnables, c’est-à-dire non pas castrés, non pas des automates, mais des êtres pourvus d’un entendement qui n’est jamais laissé en jachère.
Les canailles sont assez faciles à cerner. Ils ne pensent avoir gagné qu’à la condition de plumer quelqu’un ou plusieurs personnes et si possible, un pays, un continent ou la Terre entière. Très représentés dans la finance mondiale, le monde dit de l’entreprise, le gangstérisme, les bureaucraties privées et publiques et les politicards, ils se divisent en trois sous-groupes : les canailles légales, les canailles suffisantes et les canailles bourrines. Les premiers jouent les passagers clandestins et vivent en parasites sur les projets des honnêtes gens, les seconds sont infatués à un tel point que leurs calculs finissent par se heurter au mur du réel, les derniers pillent, cognent, tuent avec un plaisir intense qui les rapprochent de la dernière catégorie, les connards.
Les cons appartiennent à deux groupes distincts. Le premier groupe ne cesse de se nuire au prétexte de tendre la main, d’aimer, de sauver ou parce que les déficiences neuronales de ses membres sont telles que les motifs d’une telle bêtise sont innombrables. Le second groupe est tout simplement nocif. Il pourrit la vie de ses congénères, au singulier ou au pluriel sans aucune limite. Comme l’avait bien vu Audiard, c’est d’ailleurs à ce trait qu’on reconnaît les cons. D’eux, on peut tout attendre.
C’est la faiblesse des gens honnêtes et parfois des canailles de penser que les cons nocifs seraient sensibles à la raison ou se comporteraient en gentlemen après un quelconque arrangement. Le con nocif est comme les dieux de l’antiquité, ses métamorphoses sont incessantes et le mal qu’il répand en agissant doit être stoppé au plus vite, pas entretenu. Car la connerie nocive est contagieuse et les lois devraient exister pour la contenir, pas pour faciliter sa propagation.
On en déduit facilement que la connerie est insensible à l’éducation ou à l’instruction, qu’elle est générale, diffuse et n’appartient en propre à aucun groupe mais au genre humain, dans son ensemble. Il y a, il y a eu et il y aura toujours un pourcentage élevé de connards mais comme les plus intransigeants des cons nocifs obéissent dans leur répartition à une loi de puissance, prévoir leur arrivée ou les repérer à temps quand ils occupent une position de pouvoir est toujours imprévisible donc quasiment impossible. On juge un con nocif dans l’après-coup.
Le con nocif corrode l’honnêteté comme il arase un double qui lui fait horreur. Aussi, il a tendance à travestir son ennemi en lui collant un nom d’ethnie, de peuple, de classe sociale, d’animal n’importe quel rassemblement humain ou totem faisant l’affaire. Aussi, le con nocif est toujours occupé à une croisade car faire chier le monde, au sens propre du terme, est son affaire, sa grande affaire.
La connerie est donc la ligne de basse de l’Histoire humaine, elle a pour alliés, la naïveté et l’aveuglement, pas toujours volontaire, des honnêtes gens, le cynisme à courte vue des canailles légales, la bêtise des canailles suffisantes, enfin la collaboration énergumène des canailles bourrines. Néanmoins, son triomphe n’est jamais total puisqu’il supposerait la fin de l’Humanité. La surmonter est donc un travail de Sisyphe, pire que de se voir dévorer le foie par un volatile alors qu’on est enchaîné sur un rocher. Presque désespérant quand on y pense car, face à la connerie, il n’y aura jamais de rédemption.
Un con nocif s’éteint parce qu’il n’a pas le choix soit qu’on lui signifie que toutes ses issues de secours sont bouclées, soit qu’on lui pointe la gueule d’un canon de revolver sous les naseaux, car le con a ceci de particulier qu’il finit par transformer l’honnête homme, quand il n’a plus d’autre choix que de lui livrer bataille, en une sorte de monstre arctique puisque le con est inaccessible au logos et à ses rites.
Le connard, pour finir, n’est ni mon hypocrite lecteur, ni mon semblable, ni mon frère, juste un ennemi aux mille masques, sans doute la marque d’un déraillement initial lorsque Dieu tira de la glaise et de la côte d’Adam de quoi le fabriquer en série car la connerie est la tentation à la portée de tous, la petite intensité du déficient, cette joie de nuire afin d’exister, cette compulsion de répétition dans la bêtise, cette incapacité de penser, de résoudre, de nouer et de bâtir. Le con possède donc sa maxime sublime, tant que je perds, tant que je vous emmerde, je joue, ad libitum.
Votre "théorie du con" me plait beaucoup.
Autant je suis d’accord sur les deux premiers groupes, autant sur les cons, je serais plus dubitatif même si j’aime votre discours !
Parmi ces derniers, la caractéristique essentielle reste la bêtise.
Et là, il y a fort à dire; j’aime particulièrement l’analyse qu’en fait Einstein :
"Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue".
Amitiés.
Par René de Sévérac le juin 18, 2012
à 4:18
Comme le dit Carlo Cipolla, le nombre d’humains étant limité, la bêtise comme la connerie nocive (mais vous avez raison les deux catégories se recoupent) ne peuvent être illimitées, ça nous sauve (a contrario, plus le nombre d’humains augmente puis le nombre de connards augmente, c’est une loi mathématique imparable qui vaut à toutes les échelles)
Par Memento Mouloud le juin 18, 2012
à 4:26
Tiens; que se passe t’il Memento?
Y t’il eu une pendaison massive des pirates?
Une mutinerie aurait t’elle permis à "Nodus Secundus" de s’emparer du commandement et d’éliminer tous ses rivaux?
Par Hippocrate le juin 19, 2012
à 1:33
Du tout Hippocrate, je restructure le site, comme on dit en langage managérial, je me concentre sur le coeur de cible, quant à Nodus, c’est autre chose, notre partenariat, ou pacte date du début, quand l’ancêtre de bouteille à l’amer s’appelait encore PKK
Par Memento Mouloud le juin 19, 2012
à 3:01
ha le blog du pékakistan, la rééducation qui vous va comme un camp !
Par kobus van cleef le juillet 3, 2012
à 5:02
"Matériaux pour une théorie du con":
personne n’ose commenter à part deux téméraires
Par Carine le juin 23, 2012
à 5:22
Pourtant Carine, elle ne désigne personne du doigt, elle voudrait préciser un concept
Par Memento Mouloud le juin 25, 2012
à 12:44
Parmi ces contrôleurs de gens honnêtes il y en avait un qui avait un air tout à fait désagréable, enfin encore plus que les autres… Je me demandais quand il allait se décider à venir me contrôler a mon tour, vu qu’il ne pouvait pas ne pas s’être aperçu qu’il avait une tête qui ne me revenait pas du tout (quand je regarde les gens en affichant sur ma face de Princesse indignée un air de mépris évident, on ne peut pas se tromper). Je n’ai pas attendu longtemps.
Par silver price le juillet 6, 2012
à 11:12