Publié par : Memento Mouloud | juin 28, 2012

Contre Michel Audiard et pour la Nouvelle Vague

Les lecteurs pressés de blogs sont toujours persuadés qu’ils sont univoques. Si on poste tel extrait d’un Tel, c’est qu’on est d’accord, qu’on approuve, qu’on tape des mains. Ben, non, justement, j’ai posté cet article d’Audiard parce qu’Irena me l’avait demandé et que j’aime bien Irena mais que je n’aime pas cet article, je vais donc dire pourquoi.

Derrière l’humour, la mauvaise foi, derrière la mauvaise foi, une certaine limite. Audiard invente une figure qui n’existe pas et sur laquelle il tape, ce qui est toujours plus simple et plus facile. La Nouvelle Vague était sans doute une étiquette délivrée par les journalistes comme le fut le Nouveau Roman et comme les historiens ont inventé les soldats perdus, mais tous ces gens étaient des réfractaires et Audiard, de ce point de vue, était un conformiste. Il défendait un cinéma hérité de la période de Vichy, un cinéma de professionnels comme il disait. Jamais les types de la Nouvelle Vague n’ont prétendu que le cinéma était une question de vocation, ils ont juste regardé ailleurs, vers Hollywood, Malmö ou Rome, et ils en ont conçu une pensée et des manières de faire, de monter et de travailler le plan. Sans eux, les principaux acteurs que nous connaissons n’auraient jamais vu le jour. Ils seraient restés dans l’ombre, dans l’oubli où les tenaient la petite jungle corporatiste qui faisait la pluie et le beau temps du cinéma de qualité française.

Ce n’est pas parce que Godard a raconté beaucoup de conneries sur le cinéma britannique que ses films sont nuls. Delannoy, Grangier, Patellière me font chier, leur théâtre filmé est minable, leurs plans d’une nullité affligeante, leur pensée, au degré zéro de ce que produit en série un certain esprit français dont la bêtise est le corollaire. Les critiques des Cahiers du Cinéma étaient de mauvaise foi, notamment envers Claude Autant-Lara ou l’œuvre de Marcel Carné, ils avaient choisi Renoir, Cocteau, Bresson comme maîtres et ce n’étaient pas des mauvais choix. Ils y avaient ajouté Rossellini, Visconti, Fellini, Bergman, Hawks, Fuller ou Hitchcock et ils avaient encore raison. Ils subissaient les avanies des cocos qui les traitaient de nazis et des post-vichyssois qui la jouaient au mépris. "Des petits garnements, ces types là, ils vous videront les poches". Mais Jean-Pierre Melville avait bien reconnu la dextérité avec laquelle Godard en un peu moins d’un mois de tournage avait inventé une langue cinématographique nouvelle et une manière de filmer la beauté qu’aucun cinéaste français n’avait approché depuis les années 1930. Cette beauté portait les noms de Jean Seberg, de Catherine Deneuve, de Françoise Dorléac, de Jeanne Moreau, d’Anna Karina, de Brigitte Bardot. Des femmes dangereuses, pas des vamps, juste des femmes à portée d’objectif qu’on croise à la dérobée et qui se fixent sur notre rétine. Les types de la Nouvelle Vague avaient saisi les jeux d’Ingrid Bergman ou d’Harriett Andersson, filmées par Rossellini et Ingmar Bergman. Le plan final de Monika, aucun cinéaste français post-vichyssois n’aurait été capable de le fixer sur la pellicule. De même ceux sur Maurice Ronet dans le feu follet. Les post-vichyssois continuaient leurs petites fictions de centre-gauche, avec leur humour de parlementaire de la Quatrième République. Audiard qui venait des faubourgs était de la veine de Jeanson, c’était le Canard Enchaîné qui se continuait sur grand écran, mais cela ne fait pas un grand cinéma, juste un cinéma plaisant et qu’on oublie comme une bonne bouffe.

Les faux-raccords dont se moque Audiard, sans bien comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un défaut mais d’une manière de passer à un plan inscrit dans un flux temporel ou une stase visionnaire, donc un montage qui défait l’attente pavlovienne du spectateur, les faux-raccords empapaoutaient profondément la grammaire cinématographique plane du cinéma de Qualité française. Céline, qu’Audiard aimait bien avait fait subir le même traitement à la littérature française mais Audiard était trop aveuglé par sa défense de la « profession » pour le saisir. Il écrivait dans Arts, le magazine de Nimier qui allait passer, avec armes et bagages, du côté de la Nouvelle Vague en écrivant le scénario d’Ascenseur pour l’échafaud, où Miles Davis jouait, en impromptu, sa partition. Cette ironie avait échappé à l’auteur des Tontons Flingueurs.

La Nouvelle Vague, avec Truffaut, Malle, Godard, Chabrol, Cavalier, Rohmer a permis aux français de sortir de leur provincialisme, de leur nonchalance étriquée, de leur petit anti-américanisme de nation secondaire et éternellement cocue. Les portes et les fenêtres se sont ouvertes, les français donnaient le « la » et les autres ont suivi. Et ces gens étaient jeunes, ils avaient donc le temps de se tromper et quelque panache. Le langage que causait Audiard dans cet article est un langage récurrent, on le reconnaît bien, c’est celui des vieux cons. Comme quoi, nobody’s perfect.


Responses

  1. "Derrière l’humour, la mauvaise foi, derrière la mauvaise foi, une certaine limite. Audiard invente une figure qui n’existe pas et sur laquelle il tape, ce qui est toujours plus simple et plus facile."

    Il invente quoi ? La déferlante à venir des métrosexuels ?

    Dans ce cas, c’est un visionnaire, l’Audiard.

    Parce que les petits gitons de monsieur Godard, Truffaut et compagnie – oui je pense encore et toujours à cette tête-à-claque Jean-Pierre Léaud -, ils préfigurent la société putassière dans laquelle nous vivons… société cocue, enjuponnée pour de bon, celle-là, où le mâle dominant est un châtré pervers et manipulateur, et le gros cons "à la papa" de français saucisson-pinard, une scorie puante, un reliquat du passé honteux, à éliminer.

    [Je reprends tes mots : "un certain esprit français dont la bêtise est le corollaire" ; "[les] français, [leur] leur provincialisme, [...] leur nonchalance étriquée, de leur petit anti-américanisme de nation secondaire et éternellement cocue."

    Fameux ! Ca m’est très agréable, tu t’en doutes, de comprendre par-là que tu ne te considères pas toi-même à part entière comme un français, et sentir du coup, que moi et les miens faisons de ta part l’objet d’une forme larvée de racisme.]

    Mais qu’est-ce que la guerre d’Audiard contre la nouvelle vague – ces harengs aux faux-airs de sauterelles, ces michetons qui ressemblent à des grues, mais ne sont que des fils-à-papa ? Mais c’est déjà la guerre du Desouche contre la boboïtude galopante !

    C’est la guerre du savoir-faire ancestral, de l’héritage artistique sonnant et trébuchant – ce "professionnalisme" que tu désignes dédaigneusement comme une tare -, la guerre de la Civilisation, en un mot, Monsieur, contre "l’art éphémère", contre le règne de la spontanéité totale, du jeunisme übristique, de l’autosatisfaction performative, et du "Michaël Vendetta" !

    C’est l’affrontement de 68, enfin, entre une génération qui a vu la guerre, et la/les génération(s) suivante(s) qui se contentent de /se la raconter/…

    C’est la dignité de ceux qui avaient encore hérité de deux ou trois principes, confrontée à l’arrogance de ceux ont prétendu "tout réinventer" – et au lieu de ça ont tout saccagé.

    La croisade d’Audiard ? Mais elle a définitivement perdu face au règne des jeunes cons ! Ils sont partout aujourd’hui, ceux prétendent faire la leçon aux collabos, au "Vichystes" comme tu dis si bien, mais qui n’ont pas eu dans leur vie un seul choix à faire, un seul défi à relever qui ait été susceptible de démontrer leur valeur propre…

    "Il défendait un cinéma hérité de la période de Vichy, un cinéma de professionnels comme il disait."

    Tss tss… que ces propos sont communs, qu’ils sont superficiels… à pleurer.

    La jeunesse "dans le vent" d’aujourd’hui, elle est exactement la copie conforme des jeunes et beaux parisiens aux mines dégoûtés dont se repaissait quasi pédophilement la Nouvelle Vague : totalement décadente, totalement déliquescente… totalement "Saint Germain des Prés"… et pourtant composée d’individus tellement banals ! [ En un mot, la vie rêvée des Ilysiens - aussi moderne que peut l'être la vague rétro qui s'étale partout derrière les vitrines des boutiques, et dans les magazines.]

    Dans les faits, il faut quand même garder en tête que les rejetons légitimes de la Nouvelle Vague, c’est-à-dire de Saint-Germain-des-Prés, c’est BHL, le parti socialiste des partouzards, AB Productions, le Cours Florent de Francis Huster, et Plus Belle la Vie ! – Là, oui, on peut parler de mafia, on peut parler à juste titre d’une "petite jungle corporatiste qui [fait] la pluie et le beau temps du cinéma de qualité française" (sic.). Petite jungle aujourd’hui composée à 100% de minables, qui plus est. La

    Le snobisme à la portée des caniches, voilà ce que Godard, ce mec qui haïssait le panache et la grandeur, a engendré.

    Audiard, il héritait du roman réaliste, et quand un peu de vrai romantisme malgré tout affleurait chez lui, ça n’était pas pour s’en vanter, mais il se cachait derrière la pudeur du rire pour entendre son cœur battre… Les gens comme Godard, comme Truffaut, je reprends la chanson du Grand Brel :

    "L’ amour leur déchire le foie…

    Ah ah c’était c’était si bien
    C’était ah ah ah vous ne comprendriez pas…
    Les paumés du petit matin".

    ***

    "La Nouvelle Vague, avec Truffaut, Malle, Godard, Chabrol, Cavalier, Rohmer ont permis aux français de sortir de leur provincialisme, de leur nonchalance étriquée, de leur petit anti-américanisme de nation secondaire et éternellement cocue. Les portes et les fenêtres se sont ouvertes, les français donnaient le « la » et les autres ont suivi. Et ces gens étaient jeunes, ils avaient donc le temps de se tromper et quelque panache. Le langage que causait Audiard dans cet article est un langage récurrent, on le reconnaît bien, c’est celui des vieux cons. Comme quoi, nobody’s perfect."

    So jew, Memento… So f*cking jew…

    Mais qu’est-ce que c’est que ce cosmopolitisme à la noix, ce jeunisme sans fondement, ce mépris de la terre et des morts, ce regard du parisien méprisant à l’égard d’un "provincialisme" qu’il ne connaît pas, ce terme répugnant de "nation secondaire" qui insulte tous les amateurs d’histoire, ce mythe de la cocufixion de nos aînés alors que nous n’avons jamais vécu dans une société aussi féminisée, aussi peu couillue, qu’aujourd’hui ? Qu’est-ce que c’est, enfin, que ce discours qui crache sur mon héritage, qui me le dénie, qui crache sur le bal musette, la java, le patois de mon pays, l’argot parisien, c’est-à-dire une culture dont j’ai moi-même hérité, en un mot la culture de mes grands-mères ?

    Tu crois réellement que ce que tu appelles la "France d’antan" est morte ? Mais je suis réellement une française de souche, moi, et je suis encore enracinée, Mémento ! Pourtant, excuse-moi du peu, et tant pis si tu trouves ça narcissique, mais je ne suis pas morte !

    Où est-on, ici ? Avec qui parle-t-on ? Bordel !

    Quand aux personnages de femmes dans ces deux cinémas, je vois que tu leur as réservé un petit passage (et tant que tu y étais, un autre petit point Godwin, non mais allons-y ! pourquoi se gêner?) :

    "Des femmes dangereuses, pas des vamps, juste des femmes à portée d’objectif qu’on croise à la dérobée et qui se fixent sur notre rétine. Les types de la Nouvelle Vague avaient saisi les jeux d’Ingrid Bergman ou d’Harriett Andersson, filmées par Rossellini et Ingmar Bergman. Le plan final de Monika, aucun cinéaste français post-vichyssois n’aurait été capable de le fixer sur la pellicule."

    Pouah ! Il y aurait beaucoup de choses à dire encore sur les femmes de la Nouvelle Vague (du /Mépris/ à la /Maman et la Putain/, en passant par le Feu Follet et Jules et Jim, lesquels deux derniers sont des films qu’à l’instar d’Audiard je rachète – car il ne faudrait pas non plus être extrémiste)… Je me contenterai de faire remarquer que chez Audiard, les personnages féminins (je pense en l’occurrence à certains rôles d’Annie Girardot, à la grande Arletty pour laquelle A. avait une admiration sans bornes, et à Romy Schneider dans l’impressionnant : "Garde à Vue") sont plus réels et plus complexe, donc plus réellement féministes au final, que les ectoplasmes en jupons, les poupées gonflables irais-je même jusqu’à dire, ces gravures de mode caricaturales et minaudantes, qu’on trouve chez les pisseux jamais déniaisés d’en face… Eh oui, mine de rien, le misogyne, le droitard, il savait encore "y faire", il savait encore les aimer… Quand le métrosexuel "moderne", de trop leur ressembler, fini par devenir aussi vache avec les femmes qu’elles le sont entre elles.

  2. @ Irena : Ce qu’on appelle le provincialisme et que l’on méprise n’est pas l’enracinement dans la province par opposition à Paris mais cette incapacité à dépasser son quant-à soi et la production d’un travail, d’une œuvre qui ne parle qu’à ses amis.
    La personne qui méprise le provincialisme ne demande pas du cosmopolitisme mais un travail, un regard qui touche à l’universel et qui puisse parler à tous. Ce regard peut très bien être obtenu en visant le particulier. Les films de Spielberg enracinés dans l’Amérique des petites banlieues tranquilles touchent à l’universel, tout comme l’atteignent également certains mangas solidement ancrés dans la culture et la société japonaise.

  3. Vous avez une définition personnelle du provincialisme, c’est bien "Daredevil". Lol

  4. mais encore ?

  5. Tu n’aimes pas la Nouvelle Vague, très bien. C’est tous des pédés partouzards de 68, OK. Ils sont responsables de cette jeunesse de taffioles décadentes, very well. François de Souche c’est Audiard redivivus, right. Inutile de discuter, je t’envoie la collection complète de Denys de la Patellière, et tu as le droit de préférer pour des raisons obscures, la grande sauterelle au Mépris. Puisque tu as décidé de perpétuer cet art très chrétien de lire de travers, juste quelques précisions :

    Bernanos parlait aussi des petits gitons funèbres dans les grands cimetières sous la lune, mais les siens dansaient le fox-trot sur l’ossuaire de Douaumont, quant à Jean-Pierre Léaud, je ne comprends pas ce qui t’exaspère chez lui, mais passons. Belmondo vient de la Nouvelle Vague, Delon, Ronet, Trintignant, Piccoli, aussi. Tu peux dire ce que tu veux d’eux mais ils ne ressemblent en rien aux petits gitons d’aujourd’hui qui n’en finissent plus de régler leurs comptes avec leur parents baby-boomers. Et puisque tu parles de garde à vue, il a été réalisé par Claude Miller, un ami très proche de Truffaut, comme quoi, il ne faut jamais trop prendre au sérieux les colères du moment. Et puis Romy Schneider est encore plus trouble dans l’Important c’est d’aimer ou le mouton enragé, le premier réalisé par un polak, le second, tiré du roman d’un ancien fonctionnaire du régime de Vichy. Et je ne parle même pas de l’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, dont quelques essais ont été tournés par ce véritable ostracisé de l’après-guerre et grand bonhomme que presque tous avaient laissé tombé et notamment tes magnifiques artisans descendus des fabliaux. Arletty n’existe plus dans le cinéma d’après-guerre, Vichy a vérolé le cinéma français des années 1930 avec ses comités d’organisation et son caporalisme étatiste, ce n’est pas un poncif, c’est une simple réalité. Le seul survivant c’était Jean Renoir, héritier d’une véritable dynastie, pour le coup

    Un certain esprit français pas tout l’esprit français, le « provincialisme » en opposition à l’universalisme français, à la singularité française puisque ça existe, et puis le coup de la provinciale, arrête un peu, je suis né dans une ferme de Gascogne, t’en connais beaucoup de français qui savent encore ce qu’est une cour de ferme ? Son odeur, son fumier, ses poules, ses cochons, ses tracteurs, son essence, sa boue, ses hommes qui chantent et ses femmes les cheveux pris dans un foulard qui s’en reviennent des vignes ou de la garde du troupeau ? Je vais te dire ce qu’est devenue cette ferme, un haras. C’est plus propre un haras, c’est plus noble un cheval, c’est plus nouvelle France, quoi, authentique.

    T’as été élevée dans une ferme, toi, Mademoiselle l’enracinée ? Qu’est-ce que vient foutre la judéité là-dedans, tu crois que t’es une autochtone et que tous les autochtones sont des frères parce que comme dans le mythe de Platon il faut bien inventer une fable pour les tenir ensemble parce que le divin pasteur s’est retiré ? « Moi et les miens », ça veut dire quoi, exactement ? Toi et les français dits de souche, toi et les derniers types qui singent la virilité de Jean Gabin (lequel d’ailleurs, celui des films des années 30, celui de la Résistance, celui des années 50 ?), toi et tous les morts français en attente de palingénésie, ou toi, ton homme, ton enfant, tes père et mère, frère et sœur, cousins et cousines, neveux, nièces, ami(e)s ?

    • léaud , j’aurais bien pu l’aimer dans un film où il a repris le rôle de mon père
      mais il fut nul
      donc…..

      la patelle est pas si mal, mais je lui préfère encore autant-lara ( ha ! terzieff dans "le bois des amants"! )

      le top de la new wave c’est encore "chloé de 5 à 7" ( approximatif)

  6. Dommage qu’Audiard n’ait pas porté à l’écran le drame de la malheureuse qu’il vit se faire éclater la tête, à coup de pavés, par les "fifis-libérateurs".
    Témoin

  7. Pour tout vous dire, j’ai eu ma petite période Audiard et j’en suis revenu depuis trois ans. Je ne parlerai pas de la Nouvelle Vague, car je connais mal ce cinéma.
    Audiard en tant que réalisateur était une catastrophe. J’en ai marre qu’on s’extasie devant « Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu… » qui est une vraie daube, un film navrant, qui certes vous tire quelques bons sourires avec des tirades sulfatées par Blier, mais passé ça, c’était le néant total, un film sans intérêt. Pareil avec la suite, excepté « le drapeau noir flotte sur la marmite », seul mérite d’Audiard en tant que réalisateur (enfin, Gabin y est pour beaucoup). Je suis forcé de constater qu’en toute objectivité ça ne fait pas le poids face à Truffaut.
    Audiard était du sucre de grande qualité qui servait à saupoudrer des yaourts nature. Mais il a aussi servi à saupoudrer des pots vides en quantité industrielle, avec sur le packaging « Y a du sucre Audiard, les blaireaux ! ». Il a souvent servi à rendre juste corrects des films qui étaient des merdes en soi, par l’effet de figure de style. Mais en tant que dramaturge, une catastrophe. Et ça ne m’étonne pas qu’il pensât de lui-même qu’il aurait fait un mauvais écrivain et un mauvais romancier, parce qu’il n’avait rien à dire au fond. Audiard était capable de dire des choses capitales concentrées en une phrase, mais il aurait été incapable de les déployer sur tout un livre.
    Je ne crois pas au mythe du génial cinéma d’antan contre la nouvelle vague à chier. Du gros caca, y en avaient des deux côté et en majorité, je pense. Je pense sincèrement que quels que soient l’art, l’époque et les tendances, c’est toujours, chiffre arbitraire bien sûr, 90 % de merdes et 10 % de pépites. Alors peut-être qu’aujourd’hui on est passé à 98 % de matière fécale, je ne sais pas, et qu’il a existé des périodes à seulement 70 % de matière grasse, peut-être, mais ce principe reste pour moi intangible. Audiard ne déroge pas à cette règle, seuls les génies le peuvent. Audiard était un excellent styliste, mais pas un génie… et je lui préfère de loin Alphonse Boudard et un Frederic Dard d’avant les années 80.

  8. Je ne dois pas être très français, car je déteste le vin rouge (un peu de rosé de temps en temps) et le gout du saucisson m’horripile. À l’époque du meeting saucisson-pinard face à la rue chai pu quoi envahit par les prosternés d’Allah, j’avais écrit un article sur le CGB expliquant grosso modo que si c’était ça les valeurs de la France, ce serait sans moi. J’ai servi de cible d’entrainement aux troupes de la reconquista française.
    À mes yeux, être français, Millie, c’est connaitre un minimum son histoire et ses institutions. Mais c’est surtout s’intéresser à sa langue. Si nous avons été un grand peuple, c’est parce que nous avons inventé une langue au codage complexe que l’on a rendue attrayante par le raffinement et la sensualité. Le français était un top model en nuisette et pas anorexique en plus.
    Lorsque j’ai commencé à écrire, il y a quelques années, c’était pathétique et le résultat final aujourd’hui n’est pas bien enthousiasmant. Je fais encore de sérieuses fautes d’orthographe, de conjugaisons, de syntaxes, etc. Faut dire que je reviens de loin et que je ne me suis pas totalement attelé à la tâche. Ceci dit, le peu ou le moyen que j’y ai gagné a changé ma vie.
    Si on m’avait dit, il y a dix ans, que je lirai beaucoup de philosophie, un peu de musique classique de temps en temps et que je lirai des classiques de la littérature, je vous aurais regarder de travers et déclamer « Chui pas un bouffon, moi ! ». Alors que si, j’étais un bouffon. Nietzsche avait raison de dire que pour changer sa mentalité et sa vie, il fallait commencer par changer ses gouts. C’est long, mais c’est payant. J’ai de moins en moins besoin de placebos destructeurs pour vivre. Je me remoule dans le bon sens. Et si j’y arrive, c’est par un effort stylistique sur la langue. Et là, je deviens réellement français. Cependant, il ne faut pas mentir. J’y ai un intérêt.
    À mes yeux, un écrivain de gauche au style élégant et raffiné qui vomirait la France à tous les paragraphes restera bien plus français que beaucoup de lecteurs de Desouche.
    Pas besoin d’avoir les lèvres croutées par le vin rouge au réveil et l’estomac acidifié par le saucisson pour aimer une vieille idée de mon pays (oui, car l’aimer tel qu’il est aujourd’hui, non merci. Et je suis bien conscient de l’absurdité de la chose, j’aime un pays que je n’ai jamais connu, donc un phantasme). Je n’ai rien contre le terroir, j’en mange parfois et en suis souvent ravi, mais qu’on ne me demande pas d’en faire une valeur représentative de la France. Rien à prouter. Les produits du terroir, je n’en fais pas tout un fromage.

  9. Dernière chose, Audiard a critiqué la nouvelle vague en réponse à une critique de Truffaut sur son travail (il me semble que c’est dans cet ordre). Audiard n’a mené de croisades contre personne. Il était trop beurré tous les soirs avec ses potes pour se sentir combattant. Il a été affilié à tort ou à raison aux anarchistes de droite, il me semble qu’il n’a jamais rien dit à ce sujet, mais si c’était le cas, les anars de droite promeuvent des valeurs à travers l’art et pis c’est marre. Ils veulent tout sauf combattre et partir en croisade, sinon ce serait faire de la politique. Gabin comme Audiard n’avaient que pour soucis de bien vivre en faisant ce qu’ils aimaient, c’est tout (Audiard adorait l’argent et a fait beaucoup d’alimentaires). C’est un peu raté pour Audiard qui se rêvait en grand écrivain ou en grand réalisateur. Cependant, il a eu une bonne vie.

  10. http://raiponces.wordpress.com/2012/06/28/reponse-a-memento-mouloud-sur-la-nouvelle-vague-et-audiard/#comment-1596

  11. Audiard Vichyste… mais déjà, ça, c’est n’importe quoi ! Sartre et Beauvoir – qui furent pourtant les deux grands phares germanopratins de la "pensée française internationaliste", n’est-ce pas ? – il se trouve en l’occurrence qu’ils ont davantage collaboré que ton "vieux con"… Tout est faussé dans ton discours, il faudrait en reprendre toutes les approximations historiques une par une. J’ai écrit un commentaire supplémentaire sur mon blog (cf, le lien ci-dessus) où je développe encore un peu ma critique. Que cela te suffise, j’estime avoir dit l’essentiel, je ne me fatiguerai pas plus longtemps à lire tes petits crachats.

  12. Ah, j’oubliais : VIVE MARINE LE PEN !

  13. Même Eluard a écrit son rendez-vous allemand, Témoin. Je me souviens qu’André Pousse a évoqué une fois la rafle du Vel d’Hiv parce qu’à l’époque il faisait du vélo et qu’il connaissait les lieux mais ça devait être trente à quarante ans après les faits, un peu comme Louis Malle a tourné Au revoir les enfants, juste avant de mourir, après avoir contribué à la mode rétro dix auparavant avec Lacombe Lucien.

    Paracelse, votre règle du 90 / 10, ça doit se faire dans les périodes un peu daubesques comme la nôtre, atteindre les 70 /30 relève des crus exceptionnels, la France des années 1955-1975 relève de ce type d’époque, au même titre que la France de l’entre-deux-guerres, malgré ce que certains ont dénommé une atmosphère de décadence. Je pense qu’on regarde les années d’Occupation de travers, on juge la France d’après sa défaite humiliante de juin 1940 mais quelle armée au monde, à territoire comparable, a résisté à l’offensive allemande. Aucun, il me semble, exactement comme on juge les années 1960 en ayant les yeux fixés sur Daniel Cohn-Bendit, les partouzes et les slogans débiles, c’est la même cécité de tard-venus

    Je n’ai jamais dit qu’Audiard était vichyste, juste que le cinéma français d’après-guerre héritait des structures de production mises en place sous Vichy, exactement comme la décentralisation théâtrale est née durant cette période ainsi que le culte d’Etat de la jeunesse. J’aime ton résumé de Sartre et Beauvoir, « pensée française internationaliste », « phares germanopratins », collabos, t’as d’autres poncifs dans ta besace, d’autres stimuli verbaux pour lecteurs (de droite) pressés de Fde Souche et de la presse gratuite ? C’est vrai qu’il suffit de te lire pour concevoir ton idée de l’exactitude, renversant comme expérience. Je ne prendrai qu’un exemple. Ta réflexion à propos de cet article que tu aurais lu dans Audiard par Audiard, c’est exactement le même que celui qui est reproduit ici et que tu juges si « tristou ». La même chose qu’avec les extraits de Stalker. Pose toi quelques questions sur ta propension à recomposer ce que tu as vu, lu, perçu et sur ta manière d’agresser inutilement tes interlocuteurs avant de jouer les saintes nitouches parce qu’on réplique, un peu sèchement, à tes arguments. Avant de causer de crachats petits ou gros qu’un Jean Gabin quelconque va s’empresser d’éponger de son mouchoir de prolo français depuis la Préhistoire, relis ta réponse à Daredevil, d’une condescendance de pontife littéromane.

    Pour finir sur ton « fucking jews », je ne suis pas juif, sinon je serais circoncis. Seulement, le seul Dieu que je connaisse c’est celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, si tu en connais un autre, préviens moi, je serais curieux de le connaître.

    • @ ami mouloud

      ni dieu ni maître , bordel de moive !

      écrasons l’infâme !

  14. "Pour finir sur ton « fucking jews », je ne suis pas juif, sinon je serais circoncis."

    Oh c’est d’un goût ! :O

  15. Kobus, en fait là où les types des Cahiers du Cinéma ont toujours été d’une muflerie évidente c’est avec Claude Sautet, pour le ni Dieu, ni maître, c’est aussi le cri de l’infâme contemporain, on se mélange vite les pinceaux

    Terrifiant, n’est-ce pas, Irena ?

  16. Le cinéma est une vocation, pas un métier, annonçaient ses messieurs. C’est sans doute pourquoi, tandis qu’ils rêvassent à la métaphysique hitchockienne, Monsieur Doniol-Valcroze s’empatouillait dans les faux-raccords. Du moment qu’on a la vocation, qu’est-ce que ça peut faire ?

  17. Alors revenons aux impressionnistes et à leurs tubes de peinture. Le rapport avec la nouvelle vague ? L’apparition de caméras légères, de pellicules plus sensibles, la prise de son synchrone, autant de révolutions techniques qui permettront aux réalisateurs une liberté inouïe, celle, entre autres, du tournage en extérieur. Ces nouveaux matériels deviendront les outils de quelques jeunes irréductibles qui se retrouvèrent comme par hasard dans une revue fondée en 1951 par Jacques Doniol-Valcroze, Lo Duca et André Bazin : les fameux Cahiers du cinéma, l’antichambre de la revue I que dirigeait l’écrivain Jacques Laurent. Autant dire que, contrairement à ce que l’on pense, la nouvelle vague sera un rassemblement de jeunes gens de droite.

  18. On voit apparaître une nouvelle façon de produire, de tourner, de fabriquer des films qui s’oppose aux traditions et aux corporations. Devenu Ministre des Affaires Culturelles en 1958, André Malraux facilite l’accès à la réalisation des jeunes cinéastes sans passer par le parcours traditionnel de la profession. Le changement de société et de mœurs, le désir de transformer le cinéma et de rompre avec le passé sont au principe de la Nouvelle Vague. Celle-ci n’est pas une « école artistique » avec un style particulier, mais plutôt un esprit qui aura autant de traductions différentes qu’il y a de cinéastes pour s’en emparer. Souvent mentionnée, l’apparition de nouveaux appareils (caméra et magnétophone) joue un rôle d’appoint, significatif mais secondaire dans ce mouvement. C’est toute la grammaire du cinéma qui est remise en question de multiples manières, dans le tournage, le jeu des acteurs, le montage, l’utilisation de la voix off, le rapport à l’autobiographie, la manière de filmer la ville ou les sentiments.

  19. Plus simple, il y avait un deuil à faire du genre "regarde les hommes tomber" c’est fait , adieu et fini Audiard et consorts. L époque est aux mormonts 3.0 avec barbiche, les tontons n’y ont pas leur place et c’est tant mieux car ils sont assez reloux les 3.0 aussi. De nouveau se mettre en route en mieux ..

  20. Même s’ils étaient glabres et 5.0, ils seraient reloux comme vous dîtes

  21. Nous sommes d’accord; ça m’amuse qu’un commentaire un peu léger ai pu
    motiver une réponse même partielle. Cdt.

  22. Mais ça me fait plaisir.

  23. Ça n’avait rien à voir avec le commentaire Felix, juste une mise au point


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