Publié par : Memento Mouloud | juin 21, 2014

Toutes les stars du Mundial sont dans Mondiali’sss’imo

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Stars du mondial 1

Publié par : Memento Mouloud | juin 20, 2014

Mondiali’sss’imo 19 juin, spécial Qatar

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Anonymous vs Qatar

Pourquoi le Qatar

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Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2014

Le Mundial de Futbol, c’est par ici

M2M vs ACB

Publié par : Memento Mouloud | juin 13, 2014

Le Mundial de futebol, c’est par Ici

M_CliffBurton

Durant la durée de la coupe du monde, c’est à l’adresse suivante que mes posts s’entasseront. Pour les amateurs et autres dandys et ruffians

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Vittoria_Risi_at_the_Venice_Biennale_-_Italy_-_3_June_2011_-_(4)

 

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Les intermittents du spectacle bénéficient depuis 1936 d’une couverture particulière liée au caractère « intermittent » de leur profession (embauchés pendant de courtes durées ponctuées de périodes de chômage : quatre mois pour la création d’une pièce de théâtre, six semaines pour le tournage d’un film). Le régime de l’intermittence permet ainsi une embauche en contrat à durée déterminée dit d’usage. Contrairement au CDD classique, le contrat peut être de très courte durée et être renouvelé sans limite durant plusieurs années.

Il s’agit donc d’une subvention étatique à l’industrie du spectacle et de la reconnaissance du statut de petite-bourgeoisie et non de prolétaire octroyé à l’ensemble des salariés de ce secteur stratégique dans la production permanente de l’oubli et de la défection stratégique.

Entre deux contrats, un intermittent est indemnisé par l’assurance-chômage. Au départ, ce régime était réservé aux techniciens de l’industrie du cinéma, avant d’être élargi au secteur très flou et en expansion où l’art et la propagande ainsi que les rituels de marché se mélangent, s’agencent et se métissent : audiovisuel, cinéma, musique, spectacle vivant, tout y passe. Dans le monde de la télévision, c’est d’ailleurs devenu une norme. Ces « permittents » seraient 4 % selon l’Unedic et jusqu’à 15 % selon la Cour des comptes.

En travaillant 507 heures en dix mois (dix mois et demi pour les artistes) les salariés du secteur artistique et audiovisuel décrochent le sésame pour entrer dans le régime des intermittents : 243 jours d’indemnités, calculées en fonction du salaire et du nombre d’heures réellement effectuées. En 2011, ils étaient 50 556 techniciens et 58 102 artistes à en bénéficier. L’indemnité moyenne journalière est de 54 euros pour les artistes et de 64 euros pour les techniciens, quand un chômeur « classique » touche en moyenne 37 euros par jour.

On constate donc qu’une rétrocession de la plus-value et une sorte de capital-temps sont offerts aux salariés du spectacle au titre de leur appartenance à la petite-bourgeoisie.

Quand un intermittent déclare le nombre de jours travaillés dans un mois, les Assedic multiplient ce nombre par 1,4 (pour englober les week-ends) et versent des indemnités pour les jours restants. Selon des chiffres rassemblés par Télérama qui excluent les versements dits au black, les techniciens gagnent en moyenne 31 000 euros par an (dont 37 % versés par les Assedic), contre 24 000 euros pour les artistes (51 % étant versés par les Assedic). Dans tous les cas n’importe quel employé du spectacle gagne autant ou plus qu’un enseignant en moyenne. Plus qu’un enseignant ignare mais aussi plus qu’un enseignant cultivé.

Quelle que soit la réalité de la santé financière du secteur, tous les intermittents peuvent témoigner des arrangements pas franchement légaux de leurs employeurs. « Pour beaucoup de boîtes, c’est un acquis de ne pas payer les heures supplémentaires, alors qu’on bosse très souvent plus de 12 heures par jour », raconte Nicolas qui doit penser qu’il est le seul salarié sur terre à qui les heures sup’ ne sont pas versées. François, lui, décrit d’autres habitudes prises par les sociétés de traite auxquelles les sociétés de production ou les chaînes font appel pour leur « fournir » des intermittents :« Il est souvent “convenu” que les heures sup ne sont payées qu’à partir de la cinquième. Alors que le forfait journalier est censé ne pas dépasser 8 heures… Autre grand classique, mais pas pour les sociétés les plus connues : on te paye tout ou partie au black. »

La plus grosse cohorte des intermittents travaillant pour la télé se trouve dans les sociétés de production, ou parmi les prestataires techniques qu’elles emploient. Ainsi, selon un article de novembre 2012 de Marianne, Endemol, le plus gros producteur d’« émissions de flux » en France avec 850 heures de programmes chaque année (Secret Story, Les enfants de la télé…), employait en 2011 215 intermittents, pour 95 CDI. En moyenne, les non permanents occuperaient les deux tiers des postes dans les sociétés d’abêtissement collectif.

Ce qu’Edwy Plenel appelle une richesse commune.

Le député Jean-Patrick Gille vient donc d’être nommé par Manuel Valls pour assurer un rôle de médiateur dans le dossier des intermittents du spectacle. Il fut partisan de la sortie du nucléaire. Il fonda la «Nouvelle Gauche» avec Benoît Hamon. Il a aussi présenté à l’Assemblée un rapport très détaillé sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques. Il est donc le prototype parfait du clown progressiste.

Pour les prolétaires, en particulier les intérimaires, aucun médiateur n’a été nommé. Le patronat peut bien les enculer, c’est devenu absolument prosaïque, business as usual. Il s’agit pour le gouvernement d’essayer de sauver la saison des festivals, ce moment intense de valorisation des territoires et de lustration de la bourgeoisie patrimoniale, la seule véritable bourgeoisie française véritablement légitime pour tous les politiques. D’un autre côté, ce brave rocardien de Michel Sapin avait agréé la convention Unedic, au cœur du conflit actuel et qui, si elle est appliquée, va dégrader les conditions de vie de très nombreux travailleurs précaires comme si une énième réforme ne voulait pas dire depuis 1982, un plongeon de plus.

Les pseudo-partenaires antisociaux avaient jusqu’à fin mars 2014 pour négocier de nouvelles règles dans un contexte de chômage record et de déficit de l’Unedic (20 milliards), l’organisme gestionnaire de l’assurance-chômage. En cas d’échec, l’État reprenait la main. Le texte final que la CGT (qui n’a jamais signé de son histoire une convention d’assurance-chômage même quand le régime n’était pas déficitaire) et la CFE-CGC (furieuse que les cadres chômeurs soient mis à mal) ont refusé de parapher s’appuie sur un nouveau système de « droits rechargeables ».

Pour ce qui concerne les 112 000 intermittents du spectacle, le patronat voulait en finir avec leur régime spécifique, en supprimant les annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes). Le cumul salaire-allocations sera désormais plafonné à 5 475 euros brut par mois et un « différé » d’indemnisation est mis en place, pendant lequel les intermittents devront attendre pour toucher leurs allocations, ce qui frappera 48 % d’entre eux contre 9 % actuellement. Les cotisations sur leurs salaires vont passer de 10,8 % à 12,8 % (8 % côté employeurs, 4,8 % côté salariés), soit des cotisations deux fois plus élevées que dans le régime général. Cette disposition existait déjà mais n’était pas appliquée. Ces économies et recettes représenteront 165 millions sur 800 millions d’euros.

Dans les faits, le patronat en particulier et la droite en général savourent une jouissance bien particulière, humilier une fraction de la petite-bourgeoisie qu’elles tiennent pour acquise à la gauche car de la petite-bourgeoisie on peut attendre des tournants qui n’ont rien de bas et d’honteux alors que du prolétariat on ne peut rien attendre de dangereux, il suit puisque toutes ses forces ont été démantelées.

Aujourd’hui, le clown progressiste et néanmoins médiateur soutient la proposition de François Rebsamen-Michel Sapin d’agréer la convention. Certains comme le MEDEF, la CGPME, l’UPA, la CFDT, la CFTC, FO, ou le Ministère du travail estiment qu’elle est issue d’un processus légitime. D’autres comme la CGT Spectacle, plusieurs coordinations d’intermittents et de précaires, SUD TAS, UNAS CGT, SNU TEF, des personnalités du SYNDEAC, des associations, des parlementaires, des responsables politiques, ont exprimé leur désaccord avec la façon dont ont été conduites les discussions.

À Montpellier (Hérault), le personnel salarié et les équipes artistiques, parmi les plus mobilisés, ont reconduit la grève qui paralyse le 28e Printemps des comédiens depuis son ouverture, mettant en péril sa santé financière. Leur action a fait tache d’huile. La menace de grève pèse sur le festival d’Anjou (Maine-et-Loire) qui s’ouvre ce mardi soir avec Molière malgré moi, interprété par Francis Perrin. D’autres annonces de grève ont déjà été décidées à Thionville, Boulogne-sur-Mer, Toulouse. À Besançon, des intermittents ont coupé le courant chez Pôle Emploi. À Paris, samedi soir, des intermittents ont occupé brièvement l’Opéra Bastille, retardant la représentation de La Traviata.

Le peuple s’en fout car le Mundial commence par Brésil-Croatie, en revanche les petits-bourgeois ne vont pas être à la noce et d’autres se demandent si la valorisation de l’image de la ville et/ou région n’est pas en péril, entraînant à la baisse les prix de l’immobilier et le reste de la captation de plus-value. Les grèves annoncent-elles un appauvrissement ?

Assemblées générales, débrayages, prises de parole, pétitions comme celle de la Société des réalisateurs de films (SRF, qui organise la Quinzaine des réalisateurs de Cannes) signée par 150 cinéastes insurgés dont Pascale Ferran, Jean-Pierre Darroussin, Robert Guédiguian, Michel Hazanavicius. Après quelques coups d’éclat (occupation de l’Opéra Garnier et du Carreau du Temple à Paris en mars, du Journal de 20 heures de France 2 le 8 avril, de la cérémonie des Molières le 2 juin, les intermittents, soutenus par le monde révolutionnaire du spectacle, accentuent un peu plus au fil des jours la pression sur l’exécutif, en particulier sur le ministre du travail François Rebsamen afin qu’il ne valide pas la très contestée nouvelle convention d’assurance-chômage signée par les partenaires sociaux le 22 mars dernier, en hommage à Cohn-Bendit, ce vieux Dany. Le monde révolutionnaire du spectacle veut être pris au sérieux, au même titre que les pigeons. Il veut défendre son droit à détourner une partie de la plus-value, le plus souvent pour fabriquer de la merde mais de la merde dite culturelle.

Les intermittents jouent le dernier quart d’heure puisque la convention chômage qui instaure de nouvelles règles d’indemnisation doit être examinée le 18 juin par le Conseil national de l’emploi, avant une signature dans la dernière semaine de juin par le ministre du travail. « Si le texte est signé, je ne sais pas ce qui se passera sur les festivals d’été. C’est ce qui s’est passé en 2003. Il risque d’y avoir une colère de plus en plus grande », avertit Denis Gravouil, le secrétaire général de la CGT Spectacle-Chantage, dont le syndicat assigne même en justice les six signataires de la convention.

« Au-delà du spectacle, la convention assurance-chômage du 14 mai issue de l’ANI du 22 mars est une catastrophe pour les droits de tous les chômeurs – travailleurs précaires, intérimaires, et même cadres licenciés après cinquante ans par exemple – qui vont subir des économies de deux milliards sur les trois prochaines années, deux milliards qui font partie des cinquante milliards du plan d’austérité: c’est donc aux chômeurs de payer deux fois pour la crise pendant qu’on allège les cotisations des entreprises, et sans contrepartie réelle. Si les artistes et techniciens du spectacle sont si mobilisés, c’est qu’en plus d’être traités de "privilégiés" et de subir pourtant une forte précarité – le revenu salarial moyen est de moins de 9000€ annuel selon le rapport Gille justement –, ils prennent de plein fouet le chômage dû aux baisses de budgets publics dans la culture et vont encore souffrir d’une baisse des droits sociaux »

Et la harangue de Danis Gravouil de se perdre sur une feinte de Benzema.

La Parisienne libérée / Mediapart / BAM

 

 

Comment le loup de Wall Street éclaire l’affaire DSK vue par Abel Ferrara et comment l’affaire DSK prend un air parfois baudelairien du fait même de ce prisme déformant, c’est ce qu’il est possible de démontrer en peu de phrases.

Le film d’Abel Ferrara est un film simple qui s’organise en 5 séries : la série pouvoir-argent, la série des femmes, la série noirs-blancs, la série métaphysique-spirituelle, la série anglais-français-épuisement des langues humaines. Une question, la même, traverse les deux films, qu’est-ce qui sauve de l’ennui ? Aussi les deux films ont une vocation sotériologique, à quel prix fixe-t-on le salut ?

Dans le film d’Abel Ferrara, le pouvoir et l’argent tournent autour de Simone, la femme juive et très riche de Depardieu-DSK. DSK se demande qu’est-ce que c’est que d’être riche, vraiment riche, qu’est-ce que c’est que d’avoir le pouvoir et de tenir la justice entre ses mains et tous les verdicts dans une mallette ? Scorsese affirme tout autre chose, le pouvoir et l’argent sont liés mais ils reposent sur le vide, la crédulité, le boniment et le rêve. L’Amérique est le pays du pouvoir parce qu’il est le pays du rêve et que ce rêve finit par se fracasser, parce que tout rêveur, un jour ou l’autre se heurte à une limite.

Pour le rêve de Simone, c’est la mauvaise habitude prise par son mari de se branler sur la bouche de n’importe quelle femme. Pour le loup-Di Caprio c’est un simple flic du FBI et des potes débiles, c’est aussi la nécessaire corruption de l’amitié. Le film de Ferrara ne connaît pas l’amitié. Les camarades de partouze de DSK ne sont pas des amis mais des employés ou des sortes de DJ du cul. Les camarades de partouze du loup de Wall Street sont d’autres loups, car les loups et les agneaux ne dorment pas ensemble sans conséquence. Les loups bouffent les agneaux mais les loups se déchirent pour la suprématie.

Parmi les femmes de DSK, les unes se servent de Depardieu comme instrument (Simone), les autres lui servent de cavité à sperme et de spectacle tarifé, certaines sont des proies qui s’échappent, une seule est lumineuse. Elle est belle et noire, filles de Jérusalem. L’amour et son cantique existent Devereaux-Depardieu les a rencontrés. Parmi les femmes du loup, toutes lui servent de support à l’exception de sa première femme, l’amour n’a pas de place dans le rêve parce que l’amour est ennuyeux, parce que l’amour finit en institution de mariage et que l’institution est mensongère. Quand Di Caprio vante à son père, Mad Max, le corps entièrement lisse des putes qu’il soumet, il omet d’évoquer l’exception, la maîtresse sadique qui lui retire un cierge allumé de son trou du cul et dont il répète, au matin, le prénom, Venice. Arracher au corps quelque chose, le pousser, le détruire, le cabrer, l’alimenter en furie, finalement se démembrer est beaucoup plus puissant qu’aimer. Aimer est une perte, la perte de celui qu’on n’est plus. Entre Dionysos et le Christ, le loup a choisi la première branche de l’alternative. La seconde le guette.

La série blancs-noirs traverse tout le film de Ferrara, elle est absente de celui de Scorsese. Ferrara a voulu son œuvre édifiante. La fausse Nafissatou Diallo est ainsi filmée hagarde et perdue, jamais riche et installée, comme la vraie, celle d’aujourd’hui. On rencontre des avocats noirs, des flics noirs, des gangsters noirs, des femmes de ménage noires, des activistes noirs, des maîtresses noires alors que dans le film de Scorsese, les noirs pourraient ne jamais avoir existés. Ils sont hors-champs. Une histoire d’Amérique, une histoire de rêve américain vue par Scorsese n’inclut pas les noirs, une histoire de chute et de rédemption vue par Ferrara, si. Les noirs sont le passage obligé vers le salut, pas les juifs. Ferrara offre un film qui renoue avec l’antijudaïsme chrétien. Les juifs ne peuvent obtenir le salut, sinon par les noirs et la chute, l’abandon du corps et de l’argent. Suivez le noir et laissez tout semble dire Ferrara aux méchants riches philanthropes juifs.

La spiritualité du film de Ferrara tient moins au monologue de Depardieu qu’à son effeuillage dans le commissariat et les silences qui marquent chacun de ses actes. Les silences sont repris de Bresson, de la mise en scène de Bresson qui attendait de ses acteurs ce qu’attendait Kleist des siens, un théâtre de marionnettes. Ces silences creusent le plan, y tracent une absence qui en appelle à une présence hors-cadre. C’est un appel permanent à la grâce. La puissance de Depardieu est d’atteindre à ce statut de mannequin aphasique et silencieux. Quant au corps de Depardieu, il ne dit pas seulement que Devereaux est une Bête qui souffle et grogne, il dit que le Temps corrode et détruit inexorablement. Comme l’annonce le monologue, l’homme est né dans le péché. Ce seul fait rend impossible le projet d’émancipation porté par la gauche.

Ce n’est plus DSK-Depardieu qui aurait failli dans le stupre mais la gauche et avec elle, la politique. SVP agenouillez-vous, abêtissez-vous et priez. Scorsese, en bon catholique, a bâti son film autour de rites et ces rites sont le contraire d’une eucharistie. La partouze dans l’avion est un rite filmé comme tel, les pipes dans les ascenseurs, les voitures, les chiottes, de même, les chants primaux où l’on se tape sur la poitrine idem, les rails de coke, pareil, et le loup est moins un trader qu’un pasteur distillant ses sermons pour tenir ses troupes dans la fraternité hideuse où tout est sacrifié au mépris du prochain. Comme le disait sa première femme au loup, pourquoi vends-tu des produits pourris à des gens modestes. La réponse est simple, parce que la richesse permet de prendre du temps donc de réfléchir, il y a plus de probabilité de plumer les pigeons petit-bourgeois ou ouvriers que bourgeois. Or tout le reste du film démontre le contraire. La richesse n’a aucune limite et ne se partage pas, le mieux qu’elle puisse faire c’est corrompre. Et le flic du FBI est le vrai prêtre du film. Il n’offre aucune rédemption, il ne retire aucune culpabilité, il instruit le procès de trahison qui n’a jamais cessé de nourrir le rêve américain et il l’instruit à partir d’une rame de métro parmi les siens, grisâtres. Dans un monde où les nounours ont des yeux-caméra, où tes potes se demandent si ta femme est aussi baisable que tu es bankable et où ton meilleur ami viendra te voir avec un micro en tant qu’informateur de la police, la rédemption ne s’obtient pas à coups de bals de charité et d’engagements en dollars pour un monde meilleur.

A la question première, quelle entité ou phénomène sauve de l’ennui ? On peut en répondre sans mal, Dieu et l’excès et cet excès se prouve par le dépassement des langues. L’anglais comme le français sont présents dans les deux films. Dans celui de Ferrara, l’anglais est la langue quasi-exclusive du marché, dans celui de Scorsese, la langue anglaise est une rhétorique et un marqueur, elle accomplit une fonction phatique ou actualise un pouvoir. Il ne s’agit pas d’ordonner et de contraindre mais de séduire et de rassembler. Le soft power est un pouvoir flou, toute langue est mensongère. Et le français, langue de civilisation est la langue du poème chez Ferrara et celle d’un aristocratisme bidon chez Scorsese. Jean Dujardin, le banquier suisse, ne cesse de l’entrelarder d’anglicismes, c’est déjà une langue morte ou en voie de putréfaction, en tout cas une langue bot qui répète en boucle fuck americans, fuck america mais pas beaucoup plus. Aussi les deux langues sont incompatibles avec l’excès et la grâce, les deux langues ont une notable quantité d’importance nulle comme disait Lautréamont, mais les deux langues n’empêchent en aucune façon la retombée dans l’animalité ni la surrection de la grâce, silencieuse, forcément silencieuse.

A quel prix fixe t-on le salut ? A l’exténuation de ton corps répond le sage chrétien, en se détournant.

chips

« Je n’ai pas accordé un brevet de laïcité au Front National, je constate que ce thème est abandonné par la gauche…il ne défend pas la Nation comme totalité organique exclusive de toute déchirure, il défend les valeurs mêmes que la gauche laisse en déshérence…organiser contre lui une mobilisation antifasciste insensée qui, encore une fois, insulte ses électeurs et qui comme l’a dit Hubert Védrine est totalement contre-productive…tous ses thèmes de la civilisation, de la laïcité, de la République et même, de la nation, doivent lui être repris. Bientôt l’UMP lui abandonnera le général de Gaulle, c’est cela ma désolation. (suit une attaque contre les leaders du Front National qui se prosternent devant la politique impériale et la corruption institutionnelle de Vladimir Poutine). Quant à l’islamophobie, ça commence à bien faire. Comment se fait-il que ce soient les quenelles dans les cités qui visent les juifs, comment se fait-il que les professeurs ne puissent plus enseigner la Shoah dans les quartiers difficiles. La laïcité c’est un principe de séparation. La laïcité respecte l’indépendance de l’ordre spirituel, voilà pourquoi à mes yeux l’école doit être un sanctuaire…il ne faut pas faire un sort particulier à l’islam seulement je suis désespéré que certains veuillent soumettre la République aux exigences de l’Islam. Je pense que l’Islam doit se soumettre aux lois de la République. Le CFCM est absolument clair sur le devoir d’intégration… [le CFCM n’est pas] l’islam de l’oncle Tom. Les électeurs, eux, vont vers le Front National pour la défense de la laïcité…et en même temps il y a un problème de l’islam en France. Gilles Kepel, dans une tribune tout à fait éclairante du Monde, disait qu’un tueur comme celui de Bruxelles était endoctriné par des textes qui disaient qu’il fallait mener des actions, notamment contre les lieux communautaires juifs pour solidariser les musulmans et comme il y a des lieux où ceux-ci sont majoritaires et bien ça pourra former des enclaves musulmanes en Europe. Ce n’est pas le discours du CFCM…mais ce discours existe, ces majorités existent…nous devons avoir une réponse appropriée et ferme dans le cadre républicain. Si la réponse est faible, le Front National prospérera. [Après un petit aparté sur la manière dont il fut réformé]…je ne donne pas des leçons de nationalisme…je défends en effet la civilisation française…il faut se rappeler ce qu’était le service militaire en France…une entreprise d’abêtissement. J’ai osé dire, vous vous rendez compte le sacrilège, que le bande dessinée était un art mineur…je préfère la peinture, je préfère les livres mais aujourd’hui les parents eux-mêmes sont des lecteurs de bandes dessinées donc ils sont très contents que leurs enfants lisent des bédés, certains d’entre eux sont très contents des jeux vidéos et bien tant mieux…surtout maintenant dans tous les suppléments littéraires, gloire au polar…le polar ce n’est pas tout à fait de la littérature, ça fait de moi un réactionnaire, un vieux jeu »

Alain Finkielkraut

« Il y a un problème de l’islam en France », a déclaré, lundi 9 juin 2014 sur la radio publique France Inter, le nouvel académicien Alain Finkielkraut, en regrettant « que l’on abandonne ce souci de civilisation au Front national ». À cette banalisation d’un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l’existence d’un “problème juif” en France, nous avions répondu par avance, le 18 août 2013, en prenant le parti de nos compatriotes d’origine, de culture et de religion musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos peurs de l’avenir.

Depuis le non-débat sur l’identité nationale de 2010, une partie de l’ex-droite républicaine assume, dans la foulée de l’extrême droite, l’injonction faite à nos compatriotes musulmans à devenir invisibles, en effaçant tout signe extérieur de leur croyance, pourtant minoritaire – qu’il s’agisse d’un vêtement (le voile), d’un aliment (le halal) ou d’un lieu (la mosquée). Or, loin d’installer fermement une pédagogie contraire, le nouveau pouvoir socialiste a laissé son ministre de l’intérieur, administrativement en charge des cultes, donner le la d’un discours qui nourrit les mêmes dérives. Les officiels messages de solidarité face aux violences de plus en plus libérées dont font l’objet les musulmans de France y pèsent moins que les douteuses résonances et les flagrantes renonciations. Manuel Valls ne se contente pas de critiquer le droit de vote des étrangers (pourtant promesse électorale de François Hollande), d’enterrer le récépissé des contrôles d’identité (où se joue la discrimination ordinaire) et d’assumer sa faveur pour l’interdiction du foulard (en critiquant une décision de la Cour de cassation et en appuyant un rapport mort-né du HCI).

Le ministre de l’intérieur a récemment déclaré : « L’islamophobie est le cheval de Troie des salafistes. » Cet appel explicite à une indifférence doublée de méfiance – ceux qui se plaignent sont des terroristes en puissance – n’est pas loin d’une invitation à la guerre intestine, soit une guerre contre une partie de nous-mêmes puisque le même Manuel Valls n’a pas hésité, dès 2012, à qualifier de « véritables ennemis de l’intérieur » les jeunes Français égarés dans l’islamisme radical.

Être musulman, l’exprimer ou le revendiquer, n’est pas plus incompatible en soi avec des idéaux de progrès et d’émancipation que ne l’était l’affirmation par les ouvriers ou les étudiants de la JOC et de la JEC de leur identité chrétienne, alors même qu’ils rejoignaient les combats syndicaux et politiques du prolétariat ou de la jeunesse. Sauf, encore une fois, à renouer avec les préjugés coloniaux qui essentialisaient d’autres cultures pour les dominer et les opprimer, les rejeter ou les soumettre, rien ne justifie que l’on décrète l’incompatibilité entre la République, ses idéaux et ses principes, et la revendication d’être reconnu, respecté et admis comme musulman.

Tout au contraire même puisque c’est dans la reconnaissance des minorités que se joue la vitalité d’une démocratie acceptant la diversité des siens, la pluralité de leurs conditions, la richesse de leurs différences. Et construisant, par le respect de ces dissemblances, une ressemblance supérieure, celle que proclament les principes dynamiques, jamais épuisés, de liberté, d’égalité et de fraternité. Sous la question musulmane se joue, en vérité, la question française : notre capacité à inventer une France qui, au lieu de se crisper sur une identité fantasmée et mortifère, s’élance vers le monde en faisant de sa relation au divers le meilleur des Sésame.»

Edwy Plenel

Un beau jour un de mes amis a pris par hasard le contrôle de plusieurs milliers d’ordinateurs. Il avait trouvé une faille dans un bout de code et s’était mis à jouer avec. Ce faisant, il a trouvé comment obtenir les droits d’administration sur un réseau. Il a écrit un script, et l’a fait tourner pour voir ce que ça donnerait. Il est allé se coucher. Le matin suivant, en allant au boulot, il a jeté un coup d’œil et s’est aperçu qu’il contrôlait désormais près de 50 000 ordinateurs. Il a tout arrêté et supprimé tous les fichiers associés. Cette faille a-t-elle été corrigée ? Sans doute… mais pas par lui. Cette histoire n’est en rien exceptionnelle. Passez quelque temps dans le monde des hackers et de la sécurité informatique, et vous entendrez pas mal de récits dans ce genre et même pires que celle-là. Certains sont faux mais la plupart sont attestés.

La technologie est chancelante, l’infrastructure numérique de nos vies ne tient qu’avec l’équivalent informatique de bouts de ficelle. Si la NSA s’en sort si bien, c’est parce que les logiciels en général sont merdiques et que le grand public ne vaut pas mieux.

Prenons Facebook. Il vend les contenus produits par ses utilisateurs à des régies publicitaires sans rien verser aux producteurs. Il vend aussi à ces mêmes régies toutes les informations qu’il peut récupérer sur les producteurs et leurs visiteurs. Il vend encore, en bourse, ses actions dont la valeur ne dépend que du nombre de ceux qui, in fine, travaillent pour lui en pensant œuvrer pour leur liberté. Et depuis peu il vend enfin à ses employés sans salaires le droit d’être mieux exposés aux regards du plus grand nombre. Facebook est comme le sado-masochiste il vend de la démocratie pour aboutir à la jouissance ultime, celle de qui se soumet, consentant à un maître qu’il s’est choisi. Que ce maître ait des milliers de paires d’yeux ne change rien. Ce modèle économique façon « gratuité contre données personnelles et publicité » est très largement établi sur Internet. Il conduit à une centralisation massive des services.

Parce qu’il est plus utile, pour une régie publicitaire, de traiter avec les plus gros diffuseurs au détriment des plus petits, le phénomène du « winner takes it all » est encore amplifié. Et du fait de cette centralisation à outrance, l’espionnage de masse devient si facile qu’il est difficile d’en vouloir aux services quand ils en profitent. Plutôt que de devoir placer leurs sondes DPI partout, il leur suffit d’avoir accès aux quelques points par lesquels la plupart passent.

Le circuit est bouclé. Plus de démocratie aboutit à l’œil Absolu du maître observant la jouissance de ses sujets.

Chercher des logiciels de qualité est un combat perdu d’avance. Comme ils sont écrits par des gens n’ayant ni le temps ni l’argent nécessaires, la plupart des logiciels sont publiés dès qu’ils fonctionnent assez bien pour laisser leurs auteurs rentrer chez eux et retrouver leur famille. Le résultat est pitoyable.

Si les logiciels sont aussi mauvais, c’est qu’ils cherchent à communiquer avec d’autres logiciels, soit sur le même ordinateur, soit au travers du réseau. Même votre ordinateur n’est qu’une monade en attente d’un pli et d’une connexion : c’est un tableau baroque, et chaque niveau est fait de quantité d’éléments qui essaient de se synchroniser et de communiquer les uns avec les autres. L’informatique est devenue incroyablement stratifiée, alors que dans le même temps les gens sont les mêmes dividuels minuscules.

On peut comme André choisir une sorte de décroissance, « comme tout le monde, il m’arrive de travailler sous Windows (un peu) et sur OSX (beaucoup), c’est ingérable. A contrario, j’utilise souvent des linux minimalistes (du type TinyCore) où l’on n’installe les modules qu’avec parcimonie. Cette contrainte est divertissante : on se rend compte qu’il est possible de se passer de beaucoup de choses. Je suis toujours surpris de l’engouement pour les logiciels bureautiques. Installer OpenOffice, donc installer Java plus un logiciel obèse et lent, alors qu’un simple éditeur + html ou mardown suffit la plupart du temps. C’est un travers qui existe à dans toute la sphère de consommation des objets. Utiliser un robot mixer alors qu’un couteau fait l’affaire, un remonte vitre automatique alors qu’une manivelle suffit »

Sans doute, mais la décroissance finit par se résumer à peu de choses. On veut du gros matos comme on désire des oranges en hiver et jusqu’en Alaska. Comme l’avait dit Hume, le particulier se fout que périsse un continent entier quand son petit doigt est éraflé. Ce qu’il attend, c’est qu’on soigne son petit doigt.

Internet est formé de milliards de petites monades qui essaient en permanence de communiquer les unes avec les autres, de se synchroniser, de coopérer, partageant des bouts de données, se passant des commandes, à toutes les échelles, des tous petits bouts de programmes aux plus gros logiciels, comme les navigateurs. Et tout ça doit se passer quasi-simultanément et sans accrocs. Comme une téléportation d’atome dans le laboratoire de physique nucléaire de Delft.

On n’arrête pas de vous rappeler que le téléphone avec lequel vous jouez à des jeux subtils et qui semble une prothèse digitale est plus puissant que les ordinateurs utilisés pour la conquête de l’espace. Seulement, la NASA dispose d’une armée de génies pour comprendre et maintenir ses logiciels mais Challenger a explosé en vol. Votre téléphone n’a que vous.

En plus d’être truffés de bugs ennuyeux et de boîtes de dialogue improbables, les programmes ont souvent un type de faille piratable appelée 0 day (« zéro jour »). Personne ne peut se protéger des 0 days. C’est justement ce qui les caractérise : 0 représente le nombre de jours dont vous disposez pour réagir à ce type d’attaque. Il y a des 0 days qui sont anodins, il y a des 0 days dangereux, et il y a des 0 days catastrophiques, qui tendent les clés de la maison à toute personne qui se promène dans le coin. Or le nombre de gens dont le travail est de rendre le logiciel sûr peut pratiquement tenir dans un grand bar, et je les ai regardés boire. Ce n’est pas très rassurant. La question n’est pas : « est-ce que vous allez être attaqué ? » mais : « quand serez-vous attaqué ? ». C’est-à-dire quand un type pour se marrer ou parce que vous dépassez les bornes fixées par vos maîtres, quand ce type donc qui pourrait être une typesse, quand décidera t-il(-elle) de vous pourrir la vie, comme dans ce vieux polar de Gilles Perrault, Dossier 51.

Considérez les choses ainsi : à chaque fois que vous recevez une mise à jour de sécurité (apparemment tous les jours avec mon ordi sous Linux), tout ce qui est mis à jour a été cassé, rendu vulnérable depuis on ne sait combien de temps. Parfois des jours, parfois des années. Personne n’annonce vraiment cet aspect des mises à jour. On vous dit « Vous devriez installer cela, c’est un patch critique ! » et on passe sous silence le côté « …parce que les développeurs ont tellement merdé que l’identité de vos enfants est probablement vendue en ce moment même à la mafia estonienne par des script kiddies accrocs à l’héro ».

Les bogues vraiment dangereux (et qui peut savoir si on a affaire à eux lorsqu’on clique sur le bouton « Redémarrer ultérieurement » ?) peuvent être utilisés par des hackers, gouvernements, et d’autres prédateurs du net qui fouillent à la recherche de versions de logiciels qu’ils savent exploiter. N’importe quel ordinateur qui apparaît lors de la recherche peut faire partie d’un botnet, en même temps que des milliers, ou des centaines de milliers d’autres ordinateurs.

Souvent les ordinateurs zombies sont possédés à nouveau pour faire partie d’un autre botnet encore. Certains botnets patchent les ordinateurs afin qu’ils se débarrassent des autres botnets, pour qu’ils n’aient pas à vous partager avec d’autres hackers. Comment s’en rendre compte si ça arrive ? Vous ne pouvez pas ! C’est comme un scénario de Philip K Dick où vous ne savez jamais si vous êtes le dernier survivant humain d’un monde d’automates.

Le devenir de l’homme, c’est le chimpanzé tant il finira en appendice.

Récemment un hacker anonyme a écrit un script qui prenait le contrôle d’appareils embarqués Linux. Ces ordinateurs possédés scannaient tout le reste d’Internet et ont créé un rapport qui nous en a appris beaucoup plus que ce que nous savions sur l’architecture d’Internet. Ces petites boîtes hackées ont rapporté toutes leurs données (un disque entier de 10 To) et ont silencieusement désactivé le hack. C’était un exemple délicieux et utile d’un individu qui a hacké la planète entière. Si ce malware avait été véritablement malveillant, nous aurions été dans la merde.

Tous les ordinateurs sont défectueux, ceux des hôpitaux et des gouvernements, ceux des banques et de votre téléphone, ceux qui contrôlent les feux de signalisation et les capteurs et ceux du contrôle du trafic aérien. Chez les industriels, les ordinateurs destinés à maintenir l’infrastructure et la chaîne de fabrication sont encore pires. Je ne connais pas tous les détails, mais ceux qui sont les plus au courant sont les personnes les plus alcooliques et nihilistes de toute la sécurité informatique. Un autre de mes amis a accidentellement éteint une usine avec un ‘“ping”’ malformé au début d’un test d’intrusion. Pour ceux qui ne savent pas, un ‘“ping”’ est seulement la plus petite requête que vous pouvez envoyer à un autre ordinateur sur le réseau. Il leur a fallu une journée entière tout faire revenir à la normale. De toute façon, si vous discutez avec un ingénieur de production en charge de ce genre de processus, vous savez à quoi vous en tenir, il n’en connaît pas plus qu’un élève de terminale S zombifié assistant à son cours d’informatique hebdomadaire.

Les experts en informatique aiment prétendre qu’en aristocrates de la Toile, en chevaliers de l’espace dit virtuel, ils utilisent des logiciels d’un genre complètement différent, qu’eux seuls comprennent, des logiciels faits de perfection mathématique et dont les interfaces semblent opaques pour le commun des mortels. La forme principale de sécurité qu’ils offrent est celle que donne l’absence de notoriété – il y a si peu de gens qui peuvent utiliser ces logiciels que personne n’a le moindre intérêt à concevoir des outils pour les attaquer. Sauf si, comme la NSA, vous voulez prendre le contrôle sur les administrateurs systèmes. Si bien que les aristos en question finissent salariés par la DCRI ou Qosmos.

De toutes les manières, même après PRISM, un service comme Lavabit n’hébergeait que 400 mille comptes email: une molécule d’eau dans l’océan de Gmail (un milliard de comptes mail). Et pourtant, Lavabit n’avait rien d’un outil cryptique en ligne de commande.

OTR, ou Off The Record messaging, ajoute une couche de chiffrement aux échanges via messagerie instantanée. C’est comme si vous utilisiez AIM ou Jabber et que vous parliez en code sauf que c’est votre ordinateur qui fait le code pour vous. OTR est bien conçu et robuste, il a été audité avec attention et nous sommes bien sûrs qu’il ne contient aucune des vulnérabilités zéro jour. Sauf que OTR n’est pas vraiment un programme que vous utilisez tel quel. Il existe un standard pour le logiciel OTR, et une bibliothèque, mais elle ne fait rien par elle-même. OTR est implémentée dans des logiciels pour des neuneus par d’autres neuneus. À ce stade, vous savez que c’est foutu.

La partie principale qu’utilise OTR est un autre programme qui utilise une bibliothèque appelée ‘“libpurple”’. Si vous voulez voir des snobs de la sécurité aussi consternés que les ânes qui ont pondu leur interface, apportez-leur ‘“libpurple”’. ‘“Libpurple”’ a été écrit dans un langage de programmation appelé C. Le C est efficace dans deux domaines : l’élégance, et la création de vulnérabilités jour zéro en rapport avec la gestion de la mémoire.

Heartbleed, le bogue qui a affecté le monde entier, permettant la fuite de mots de passe et de clés de chiffrement et qui sait quoi encore ? – Du classique et superbe C. Le Monde du 6 juin 2014 écrivait, « après la faille Heartbleed, détectée en avril dans la bibliothèque OpenSSL, un code « open source » (c’est-à-dire gratuit et participatif) de protection des données sur Internet utilisé par un grand nombre de sites dans le monde, six nouvelles vulnérabilités ont été mises au jour en avril et mai par un chercheur japonais, et rendues publiques jeudi 5 juin par l’OpenSSL Foundation. Selon l’organisme, le bug est de type « man in the middle », c’est-à-dire qu’il fragilise une connexion entre deux dispositifs (un ordinateur et un serveur) cryptée grâce à un outil OpenSSL et peut permettre à une personne malveillante d’intercepter une échange entre les deux. Typiquement, la configuration « à risque » est celle d’un individu se connectant à un point internet public par exemple sur le Wi-Fi d’un aéroport. Pour que la conversation entre les deux dispositifs soit lisible, il faut néanmoins que les deux bouts de la chaîne soient vulnérables, la configuration requise est donc très spécifique. Cette faille devrait être beaucoup moins dangereuse pour les internautes que Heartbleed, qui avait été rendue publique début avril après avoir sévi silencieusement, pendant plus de deux ans, dans la bibliothèque OpenSSL. ‘’A l’heure actuelle, aucun code d’exploitation n’a été rendu public, ce qui limite les risques, explique Paul-Henri Huckel, responsable veille et réponse à incident chez Lexsi, spécialiste de la sécurité informatique. Tout le monde n’a pas la main sur la faille’’. La solution aux deux failles est la même : les entreprises utilisatrices de la bibliothèque doivent corriger le code sur leurs serveurs puis demander aux utilisateurs de faire une mise à jour système. Au-delà du fait que le codeur à l’origine de cette fragilité soit également le codeur à l’origine de l’erreur de programmation qui a donné Heartbleed, le plus étonnant est que cette faille soit restée aussi longtemps sans être détectée : elle serait en effet présente depuis le lancement d’OpenSSL… à la fin des années 1990. Le protocole OpenSSL, collaboratif et typique de l’Internet ouvert, ne présente pas plus de failles que les outils informatiques propriétaires. Au contraire, estiment ses défenseurs, le fait que n’importe quel ingénieur puisse entrer dans la plateforme et travailler dessus permet une vérification permanente de l’efficacité et de la sécurité des outils proposés. Et la certification des solutions informatiques ne dépend pas, au final, du fait qu’ils aient été conçus comme un outil ouvert ou comme un logiciel propriétaire. »

Il s’en suit qu’aucun ingénieur n’avait détecté la faille après plus de 20 ans d’usage alors que le protocole était en libre accès. Tout individu doté de sens commun en conclut que la sécurité est aussi proche du degré zéro que possible dans ce type d’industrie et qu’il est quasiment impossible d’en hausser l’efficacité à l’instar de ces mécaniciens artisans qui évitèrent que les moteurs à explosion soient des bombes roulantes.

La ‘“libpurple”’ a été codée par des gens qui voulaient que leur client de discussion open source communiquent avec tous les systèmes de messagerie instantanée du monde. Aussi il y a tellement de façons d’exploiter la ‘“libpurple”’ que ça n’est probablement pas la peine de la patcher. Elle doit être jetée et réécrite de zéro. Ce ne sont pas des bugs qui permettent à quelqu’un de lire vos messages chiffrés, ce sont des bugs qui permettent à n’importe qui de prendre le contrôle total de votre ordinateur, regarder tout ce que vous tapez ou lisez et même probablement vous regarder vous mettre les doigts dans un orifice quelconque devant la webcam que vous allumez en permanence parce que la logique de l’œil absolu est partagée par le monde démocratique et son espace utopique enfin réalisé, celui du web. Or cette logique est pornographique, de part en part.

C’est comme dans les Valseuses, Peu importe la force de votre chiffrement parce que celui qui vous attaque peut  toujours vous la mettre bien profond, mais en ami. Qu’il sache le faire ou pas encore, cela reste une question d’opportunité. Il y a des centaines de bibliothèques comme ‘“libpurple”’ sur votre ordinateur : des petits bouts de logiciels conçus avec des budgets serrés aux délais irréalistes, par des personnes ne sachant pas ou ne se souciant pas de préserver la sécurité de votre système. Quand on vous dit d’appliquer les mises à jour, on ne vous dit pas de réparer votre navire. On vous dit de continuer à écoper avant que le navire ne coule. Et puis ce qui se passe dans la cale et dans la salle des machines n’intéresse pas le voyageur. Il fait confiance au capitaine et à l’équipage. Ce que le client désire n’a pas vraiment de prix : avoir quelque chose que son voisin de cabine n’a pas.

Nous disposons aujourd’hui d’outils qui n’existaient pas dans les années 1990, comme le ‘“sandboxing”’, qui permet de confiner des programmes écrits stupidement là où ils ne peuvent pas faire beaucoup de dégâts. (Le « sandboxing » consiste à isoler un programme dans une petite partie virtuelle de l’ordinateur, le coupant ainsi de tous les autres petits programmes, ou nettoyant tout ce que ce programme essaie de faire avant que d’autres puissent y accéder).

Des catégories entières de bugs ont été éradiqués et tout un réseau de personnes passe son temps à contrer des logiciels malveillants 24h sur 24. Du temps de la guerre froide, on prétendait que seuls les bulgares fabriquaient des virus à l’ombre du KGB et des parapluies. Désormais, tout le monde s’y met. Aussi les gardiens ne peuvent pas vraiment garder la main. L’émergence de ces problèmes est si inattendue qu’on ne peut pas vraiment dire que l’on fait des progrès dans ce domaine. A mesure que cet univers vit une expansion illimitée en terme d’énergie dévorée et d’utilisateurs branchés, il se sait menacé par une catastrophe mais il continue car il est devenu impossible d’arrêter la course.

Etre connecté à un autre être humain ne consiste pas à lui parler autour d’une table ou sur un banc. Le face à face est interdit et l’interface obligé n’est pas seulement un ordinateur mais un nombre indéterminé de serveurs, switches, routeurs, câbles, liaisons sans fil d’où le secret est banni. Aussi discuter en se protégeant n’est pas le propre de l’être humain comme en témoignent les aventures des résistants au nazisme qui jusqu’au plus haut niveau ne prenaient jamais les mesures de sécurité nécessaires. Ainsi, après les révélations de Snowden, le trafic de TOR a augmenté considérablement pour décroitre et revenir à un niveau d’a peine deux fois plus important qu’avant l’affaire. Même à son maximum (6 millions), le nombre d’utilisateurs de TOR restait négligeable par rapport aux utilisateurs d’Internet (plusieurs milliards).

Le public ou les publics adhèrent à cette idée absurde mais beaucoup plus simple à vivre qu’on peut faire confiance à toutes les autorités.

Gérer toutes les clés de chiffrement et de déchiffrement dont vous avez besoin pour garder vos données en sûreté sur plusieurs appareils, sites, et comptes est théoriquement possible, de la même façon que réaliser son suicide en suivant un guide.

Tous les experts en programmes malveillants que je connais ont un jour oublié ce que faisait là un certain fichier, ont cliqué dessus pour le voir et ensuite compris qu’ils avaient exécuté un quelconque logiciel malveillant qu’ils étaient censés examiner. Je sais cela parce que ça m’est arrivé une fois avec un PDF dans lequel je savais qu’il y avait quelque chose de mauvais. Mes amis se sont moqués de moi, puis m’ont tous confessé discrètement qu’ils avaient déjà fait la même chose. Si quelques-uns des meilleurs spécialistes de rétro-ingénierie de logiciels malveillants ne peuvent surveiller leurs fichiers malveillants, qu’espérer de vos parents avec cette carte postale électronique qui est prétendument de vous ?

Les pièces jointes exécutables (ce qui inclut les documents Word, Excel, et les PDF) des emails que vous recevez chaque jour peuvent provenir de n’importe qui (on peut écrire à peu près ce que l’on veut dans le champ « De : » d’un email) et n’importe laquelle de ces pièces jointes pourrait prendre le contrôle de votre ordinateur aussi facilement qu’une vulnérabilité jour zéro. C’est certainement de cette façon que votre grand-mère s’est retrouvée à travailler pour des criminels russes, ou que vos concurrents anticipent tous vos plans produits.

Mais dans le monde libre d’aujourd’hui, vous ne pourrez sûrement pas conserver un emploi si vous refusez d’ouvrir des pièces jointes ou de vivre avec un portable. Voilà le choix aliénant qui s’offre à vous : être piraté, ridiculisé et espionné ou vivre sous un pont, laissant sur la pelouse de votre ancienne maison des messages pour dire à vos enfants combien vous les aimez et combien ils vous manquent.

Vous apprendrez alors le sens de ce vieux mot yiddish, luftmesnch.

Une fois, j’ai dû suivre un processus de contrôle de mon identité auprès d’un informateur méfiant. J’ai balancé une série de photos montrant où je me trouvais  et à quelle date. Je les ai mises en ligne, et on m’a permis de mener l’entretien. Au final, il se trouve qu’aucune de ces vérifications n’avait été envoyées, parce que j’avais oublié d’attendre la fin du chargement avant d’éteindre nerveusement mon ordinateur. « Pourquoi m’avez-vous quand même permis de vous voir ? » demandais-je à ma source. « Parce qu’il n’y a que vous qui pourrait faire une chose aussi stupide », m’a-t-il répondu.

La plupart des gens qui utilisent un ordinateur n’en sont pas propriétaires. Que ce soit dans un café, à l’école, au travail, installer une application bureautique n’est pas directement à la portée d’une grande partie du monde. Toutes les semaines ou toutes les deux semaines, j’étais contacté par des gens prêts à tout pour améliorer la sécurité et les options de confidentialité, et j’ai essayé de leur apporter mon aide. Je commençais par « Téléchargez le… » et on s’arrêtait là. Les gens me signalaient ensuite qu’ils ne pouvaient pas installer le logiciel sur leur ordinateur. En général parce que le département informatique limitait leurs droits dans le cadre de la gestion du réseau. Ces gens avaient besoin d’outils qui marchaient sur ce à quoi ils avaient accès, principalement un navigateur.

Donc la question que j’ai posée aux hackers, cryptographes, experts en sécurité, programmeurs, etc. fut la suivante : quelle est la meilleure solution pour les gens qui ne peuvent pas télécharger de nouveau logiciel sur leurs machines ? La réponse a été unanime : aucune. Il n’y a pas d’alternative. On me disait qu’ils feraient mieux de discuter en texte brut, « comme ça ils n’ont pas un faux sentiment de sécurité ».

Cette conversation a été un signal d’alerte pour quelques personnes de la sécurité qui n’avaient pas compris que les personnes qui devenaient activistes et journalistes accomplissaient, parfois, des choses risquées du moins pour un honnête homme car pour un gangster, ce sont là les simples risques du métier. C’est cela la différence entre un bandit et un résistant. Le premier a comme point d’honneur de réaliser son projet coûte que coûte, le second ne sait pas quelle est la limite de son combat, ni même ce qu’il peut nommer une victoire, de toute façon provisoire. Ce qu’ils ont en commun, de tomber sur la police, secrète ou non. La question rebondit dès lors que le policier lui-même sait parfaitement qu’il évolue sur une ligne floue où la séparation entre l’honnête homme et le voyou n’a rien d’évident si bien que certains se contentent de pointer une sorte d’optimum des situations, ce sont les flics Pangloss, tandis que d’autres se partagent entre augustiniens et combattants discrets. Pour qui et quoi combattre est une autre question.

Apparaît l’Intelligence Community (Communauté du renseignement), ils s’appellent entre eux le IC. Les IC font partie des humains les plus surveillés de l’histoire. Ils savent que tout ce qu’ils font est passé au peigne fin par leurs pairs, leurs patrons, leurs avocats, d’autres agences, le président, et parfois le Congrès. Ils vivent surveillés, et ne s’en plaignent pas. Jouer au plus fin ou au moins con est leur métier. C’est une sorte de sport

Les aspects les plus dérangeants des révélations, ce sont le marché des failles 0 day, l’accumulation des moyens de les exploiter, l’affaiblissement des standards. La question est de savoir qui a le droit de faire partie de ce « nous » qui est censé être préservé de ces attaques, écoutes et décryptages et profilages.

C’est la question de Kafka, qui gardera les gardiens de la Loi ?

Quand ils ont attaqué Natanz avec Stuxnet et laissé tous les autres centres nucléaires vulnérables, nous avons été tranquillement avertis que seuls les gardiens du troupeau surveillent les gardiens dans un cercle vicelard impeccable. Quand le IC ou le DOD ou le pouvoir exécutif sont les seuls vrais gardiens, et que le reste d’entre nous ne sommes, au mieux, que du bétail consumériste et endetté de deuxième classe, nous ne pouvons que perdre toujours plus d’importance avec le temps. La liberté des individus est sacrifiée afin de rendre plus aisé le boulot de surveillance de l’IC. Intégré à la culture managériale du pouvoir, le mépris des libertés est comme la doublure de la démocratie réellement existante.

Il existe un grand nombre de systèmes qui pourraient chiffrer nos données de façon sécurisée et fédérée, nous disposons de nombreuses façons de retrouver la confidentialité et d’améliorer le fonctionnement par défaut des ordinateurs. Si ce n’est pas ainsi que les choses se passent en ce moment c’est parce que nous n’avons pas exigé qu’il en soit ainsi, et non pas parce que personne n’est assez malin pour que ça arrive. La banalité de toutes les formes de surveillance, écoutes et fadettes, vidéosurveillance, RFID, Pass Navigo et autres cartes de fidélité en magasin, ont arrimé la vie privée au collectif au profit des petites et des grandes entreprises et de l’espionnage industriel des Etats. Ça ne date pas du 11 septembre, ça ne date pas non plus d’Internet, la liberté est chose fragile et l’individu est un bloc d’impuissances et de névroses, d’affects et de paralogismes qui attend le signal pour étinceler tel un briquet dans la foule d’un concert.

Quinn Norton / André / Laurent Chemla / Le Monde / BAM

 

 

 

 

the american

1, 3, 5 puis 10 milliards de dollars ! Les compteurs s’affolent. En quelques semaines, le montant des pénalités encourues par BNP Paribas face à la justice américaine a pris des allures de racket. Le département américain de la justice semble augmenter ses exigences chaque jour, à en croire les révélations du Wall Street journal. Aussi l’agence d’évaluation financière Standard & Poor’s (S&P) a placé mercredi 4 juin la note de long terme de BNP Paribas sous surveillance avec implications négatives, en attendant l’issue de l’enquête menée à l’encontre de l’établissement aux Etats-Unis.

La direction de BNP Paribas garde un mutisme total. Ce n’est qu’au moment de la publication de ses comptes annuels, en mars 2014, que la banque avait révélé avoir provisionné la somme de 1,1 milliard d’euros pour faire face à un litige aux États-Unis. Seules quatre à cinq personnes de la direction générale paraissent avoir une vision complète du dossier et des risques encourus. Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de la banque, s’est rendu discrètement aux États-Unis, il y a quelques semaines, pour négocier avec le département américain de la justice.

Lors de l’assemblée générale, la direction de BNP Paribas a appelé ses actionnaires au silence. On serre les fesses de peur qu’un démon s’infiltre au milieu de la prière collective au saint staff. Aucune question embarrassante ne lui a été posée sur le dossier. Les affranchis ont déjà quitté la place paribas. Jacques-Olivier Thomann, le patron de la filiale suisse incriminée, en 2012, suivi de Christopher Marks, de la salle de marché de Londres puis de Dominique Rémy, responsable des financements structurés. Ils iront poursuivre leur métier de prédateur mais pour d’autres.

Selon les déclarations très limitées de la banque, la justice américaine reproche à BNP Paribas d’avoir, entre 2002 et 2009, violé l’embargo décrété par les États-Unis sur un certain nombre de pays. Elle aurait continué à mener des opérations avec l’Iran, Cuba et le Soudan notamment. Même si les opérations ont été réalisées en dehors du territoire américain, la justice américaine se considère comme légitime à sanctionner les agissements de la banque, car ces opérations ont été réalisées en dollars. Le gouvernement américain revendique un contrôle sur sa monnaie. Toutes les opérations en dollars passent par des chambres de compensation situées sur le territoire américain. Un moment ou un autre, les opérations « illégales » selon la loi américaine, se matérialisent aux États-Unis.

La procédure américaine est menée sous la triple responsabilité du procureur de Manhattan, Preetinder Singh Bharara qui avait obtenu le scalp et les couilles de l’administrateur de Goldman Sachs, Rajat Gupta, du procureur général de New York, Cyrus Vance, et du chef de la division criminelle du département de la justice à Washington, David O’Neil, dans le cadre de l’Office of foreigner asset control (OFAC) qui veille au respect notamment des embargos américains. Benjamin Lawsky, superintendant des services financiers du département de la justice de New York est aussi associé à l’enquête.

Les poursuites visent une filiale suisse de la banque, BNP Paribas Suisse. Installée depuis des décennies à Genève, Paribas Suisse s’était notamment illustrée en 1982, au moment de la nationalisation de la banque. C’est par ce canal que la direction d’alors avait fait transiter d’importants actifs, afin d’échapper à une nationalisation totale, comme l’avaient également fait de grandes fortunes, alarmées par l’arrivée de la gauche au pouvoir.

Mais Paribas Suisse ne se consacrait pas seulement à la gestion des grandes fortunes et à leur évasion. Profitant de la situation de Genève, plaque tournante mondiale du négoce du pétrole et des matières premières, elle s’est spécialisée dans toutes les opérations de négoce et leurs financements. Dans les années 1980, elle soutient activement Marc Rich, homme d’affaires belge, expert en trading sur les matières premières. Celui-ci s’est déjà fait une spécialité de contourner tous les embargos, notamment sur l’Iran, vendant sur le marché international les cargaisons qu’il est parvenu à faire sortir des territoires interdits. Ces opérations, largement préfinancées par Paribas Suisse, donnent lieu à des rémunérations vertigineuses. En quelques années, Marc Rich devient milliardaire. Il sera poursuivi en 1983 par la justice américaine pour violation d’embargo, se réfugiera dans le canton suisse de Zoug afin d’échapper aux poursuites américaines, avant d’être gracié par Bill Clinton. En effet, le brave Marc Rich fut poursuivi aux Etats Unis avec 50 chefs d’inculpation aux basques dont celui d’intelligence avec l’ennemi ce qui aurait pu lui valoir 325 années de prison. Sa société donnera naissance au groupe Glencore, géant mondial dans les matières premières, à la fin des années 1990.

Paribas Suisse a continué de développer avec d’autres groupes ses activités de financement du négoce en pétrole. Elle est notamment très proche de la société Trafigura, fondée par le français Claude Dauphin, ancien de l’équipe Marc Rich et rédacteur " du guide parfait des paradis fiscaux". Le siège est à Lucerne, les bureaux à Amsterdam, la société commerciale immatriculée à Singapour, les cadres rémunérés à Jersey.  « Son modèle d’affaires s’appuie sur une structure extrêmement complexe, disséminée dans des dizaines de juridictions très opaques. La firme démontre une certaine aptitude à se mouvoir dans des environnements risqués. »

De nombreux anciens salariés de Paribas Suisse l’ont rejoint. Cette société très secrète est experte, elle aussi, dans le négoce de pétrole, et toutes les pratiques qui y sont liées. Un métier à risques, comme dit une enquête du Temps. Aussi sulfureuse que Glencore, Trafigura défraie la chronique judiciaire (fraude à l’embargo en Irak, corruption en Jamaïque, versement de pots-de-vin à Malte soupçonnée de corruption en Angola, au Nigeria, de manipulation des cours du gaz aux Etats Unis. elle est sous le coup d’une plainte pour "manipulation des cours du pétrole". C’est aussi  Trafigura qui a exporté en Côte d’Ivoire 600 tonnes de produits toxiques qui furent déversés dans la lagune d’Abidjan causant la mort de 17 personnes et en intoxiquant 20 000 autres. Claude Dauphin fut incarcéré cinq mois dans la capitale économique ivoirienne et n’eut la clé de sa cellule qu’en versant 300 millions de dollars à Laurent Gbagbo, ce qui aura sans doute décidé Sarkozy à le destituer. Il affirma que c’étaient les premières vacances de sa vie. Trafigura est mise aussi en cause, via une filiale, pour empoisonnement au Pérou.

Toujours installé dans un cube de verre au milieu de sa salle de trading, le patron incontesté de «Traf» présente une double face. D’abord celle d’un homme charmant, amateur de Picasso et de Modigliani, qui a su rester modeste malgré sa réussite. «Il n’a pas d’ego visible, assure Christian Weyer, ancien responsable du financement du négoce chez BNP-Paribas. Il donne les moyens aux gens de réussir. Son vrai talent a été de construire une équipe unique par ses qualités humaines, soudée, solidaire, avec un état d’esprit extrêmement productif. Chez eux, pas de prima donna, pas de jalousies ou de querelles de préséance. C’est quelque chose qui existe dans les petites sociétés, moins dans les grandes.» Ceux qui les fréquentent de l’extérieur dépeignent les employés de «Traf» comme des êtres «taillables et corvéables à merci», que leur patron peut appeler n’importe quand pour «mettre la pression», les hommes toujours en complet cravate, cheveux courts. Et très bien payés, ce qui assure leur loyauté envers l’entreprise.

Il est resté chez Trafigura quelque chose de la culture de Marc Rich, estime Daniel Ammann, auteur d’une biographie du grand trader belge: «Pour moi, les gens de Trafigura sont vraiment ses héritiers, agressifs, rapides, sachant saisir les opportunités, avec cette capacité d’aller à la limite, aussi au sens géographique, c’est-à-dire aux frontières du monde.» Ce qui implique, pour certains employés, «un choix de vie radical, passer la moitié de son temps dans des endroits pourris et surtout ne pas avoir peur de prendre des risques «perso», ajoute une source qui les côtoie en Afrique.

Pour en revenir au nœud stratégique que constitue la filiale suisse de Paribas, on peut indiquer que Michel Pébereau rejoint très vite le conseil d’administration de BNP Paribas Suisse. En 2012, il y siégeait encore aux côtés de Jean Clamon, directeur général du groupe bancaire, responsable de la conformité, Jean d’Estais, responsable d’investment solutions (sic) du groupe, de Dominique Rémy, responsable de la banque belge Fortis depuis son rachat en 2008 par BNP Paribas. La banque suisse était alors dirigée par Georges Chodron de Courcel, directeur général délégué du groupe BNP Paribas.

« Quand je suis arrivé en 2009, les choses étaient déjà connues et archi identifiées. En 2007, il y avait eu une enquête interne en matière de violation d’embargo. On avait établi qu’il n’y avait aucune violation ni des règles suisses, ni onusiennes, ni européennes. Il s’agissait d’embargo américano-américain. On avait fait le tour des problèmes et les Américains ont eu dès 2008 cette enquête interne entre les mains. Ils n’ont alors eu aucune réaction. Ils n’ont pas donné signe de vie jusqu’en 2010. Puis il a fallu encore trois ans pour en arriver là où nous sommes ! Sous la pression de Carl Levin, le Department of Justice a été malmené et obligé de durcir sa position », raconte un ancien salarié de BNP Paribas Suisse. En décembre 2013, la banque a finalement pris des mesures radicales à l’égard de sa filiale suisse. Soixante à soixante-dix salariés ont été licenciés. Le groupe a décidé de réduire drastiquement son activité dans le négoce de matières premières.

À partir de 2008, la Réserve fédérale avait dû se porter au secours du système bancaire international, pas décisif vers la consolidation de l’Empire informel. Alors que le système interbancaire était complètement gelé, elle avait notamment distribué des milliards de dollars aux banques européennes pour colmater les dégâts. Cela avait permis d’éviter l’effondrement du système bancaire européen et mondial, aussi les législateurs américains ont considéré que les autorités américaines étaient fondées à exercer un droit de contrôle et donc de sanctions sur toutes les banques.

À voir l’envolée des pénalités annoncées, certains observateurs ont le sentiment que la justice se livre à une surenchère médiatique à destination des contribuables américains. La colère de l’opinion publique américaine contre Wall Street n’est pas retombée depuis la crise. La justice américaine est particulièrement visée, accusée d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable à l’égard des banquiers et d’avoir organisé leur impunité. Après le « too big to fail », les Américains reprochent à la justice d’avoir mis en place le « too big to jail ». Ces derniers mois, les banques américaines ont payé des amendes records – 13,5 milliards de dollars pour JP Morgan, par exemple – dans le cadre de multiples procédures, touchant aussi bien les subprimes que les manipulations en tout genre des marchés – change, libor, or, etc.

Eric Holder, procureur général des États-Unis, a annoncé qu’il n’y avait aucun groupe « trop grand pour éviter la prison » et que la justice travaillait la main dans la main avec les autorités de régulation financière pour poursuivre tous les cas relevant des sanctions pénales. « Cette coopération sera essentielle dans les semaines et les mois à venir, alors que le département de la justice poursuit plusieurs enquêtes. Je ne donne aucun objectif particulier, mais je dis que je supervise personnellement les enquêtes en cours, et j’entends qu’elles aboutissent » À l’appui de ses dires, il citait deux noms : Crédit Suisse et BNP Paribas. Le 19 mai, la banque suisse a accepté de plaider coupable et de payer une amende record de 2,6 milliards de dollars pour fraude et évasion fiscale. « Face aux Américains, il n’existe aucune institution permettant de trancher, et vous êtes obligés de vous soumettre à la procédure. Nous sommes dans le domaine de l’excessif et aujourd’hui tout est ouvert, même l’interdiction pour BNP Paribas de faire des transactions en dollars », relève un ancien banquier suisse.

« Toute la justice pénale américaine repose sur la prime à celui qui collabore. Ce n’est ni dans la culture ni les habitudes d’une banque française. Pour BNP Paribas, quel intérêt d’aller voir un juge pour reconnaître ses fautes ? Elle ne l’a jamais fait en France. La justice transactionnelle, qui est la base du système américain, lui est totalement inconnue », insiste Stéphane Bonifassi, avocat chez Lebray & associés et spécialiste du droit international. Force est de reconnaître que cette hypothèse de la justice américaine inconnue est une fable. Les Etats-Unis appliquent la deuxième étape du round qui consiste à laisser K-O l’Europe, après la crise majeure de 2008. Dans un premier temps, DSK fut exfiltré du FMI avec pertes et fracas. Dans un deuxième, les Etats-Unis lancent leur offensive alors que le falot Hollande n’est plus rien, pas même une chiure de mouche. En sanctionnant Paribas, les Etats-Unis, après avoir absorbé la bourse parisienne et racheté Alstom s’arrogent un droit de contrainte impériale sur la province française.

Selon Rebel Cole, il s’agit bien d’une question politique, « regardez ce qui s’est passé avec Arthur Andersen : ils ont été inculpés au pénal, se sont défendus contre les accusations, ont gagné en appel et ont été exonérés ce qui ne les a pas empêchés de mettre la clé sous la porte. Vous perdez vos meilleurs clients, vos meilleurs salariés, l’inculpation, en elle-même, peut suffire à vous mettre KO »

Certaines banques européennes sont toutes en train de passer à la caisse. HSBC a dû payer plus d’un milliard de dollars, UBS 700 millions, Crédit Suisse 2,6 milliards d’euros. Elles ont été condamnées pour fraude et évasion fiscale. Dans le cadre de l’embargo contre l’Iran, il interdit de construire et de vendre des voitures dans le pays. Les activités de PSA en Iran, où le groupe a une filiale, se sont écroulées. En revanche, le commerce des pièces détachées automobiles est resté autorisé avec l’Iran. Chance : General Motors y vend beaucoup de pièces détachées.

C’est une des questions soulevée par les poursuites de la justice américaine. La loi américaine s’imposera t-elle, sous le seul prétexte que les opérations ont été réalisées en dollar, seule monnaie de réserve internationale ? Par conséquent toutes les transactions en dollar dans le monde seront-elles, virtuellement sous le contrôle des tribunaux américains ? Est-ce à dire qu’il n’y a plus qu’une loi américaine-impériale, dès que l’on touche au commerce international, parce qu’il se fait en dollar ? En quoi la France est-elle encore même une mascarade d’Etat souverain ?

Mediapart / Les Echos / BAM / Le Temps / Le Nouvel Observateur

 

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Dans le  numéro de Philosophie Magazine de mai 2014, un titre Existe-t-il une pensée fasciste avec un appendice, « les révélations des cahiers noirs de Heidegger ».

Michel Eltchaninoff ouvre le bal par un article « A la recherche du nouvel ennemi ». Il s’agirait de sonder l’extrême-droite contemporaine mais dans les faits, de dessiner la figure de l’ennemi fasciste contemporain.

Il écrit « unique détail troublant : toutes les personnes présentes sont blanches et plutôt âgées ». Outre que cette remarque pourrait s’appliquer, très largement, au staff des Restos du cœur, on voit bien que la présence de personnes blanches et vieilles distribuant de la soupe au cochon provoque un trouble parmi le personnel de l’antifascisme de plume. Les personnes troublantes, vieilles et blanches proposent une « charité sélective » et des « ‘’soupes gauloises’’ discriminatoires ». Fin février, « en pleine polémique autour de Dieudonné », les mêmes proposaient de la quenelle, prétextant une « tentative de résistance au Système », c’est-à-dire aux juifs.

On en conclut que les organisateurs, affiliés au « Bloc identitaire » vieux et blancs de la soupe au cochon sont, avant tout, antisémites.

Suit une digression sur le Bloc identitaire et sa proximité avec le FN mais aussi sa fonction « d’aiguillon intellectuel ». Le bouvier en question habille ses jeunesses de jaune mais aussi du lambda spartiate pour des tournées antiracailles, sans doute une manifestation de son rôle intellectuel d’aiguillon. Pensez donc une référence à Sparte, « modèle d’instincts guerriers » vantée par Rousseau, de Maistre et Saint-Just.

Contrairement aux apparences du rituel de la soupe au cochon, leur « obsession propre » n’est pas le Juif mais le Musulman. L’islam est défini par le Bloc identitaire comme une religion conquérante qui vise la soumission des non-musulmans à la charia. Cette loi civile et morale serait opposée à la « mentalité européenne » car il n’y aurait pas de séparation entre le temporel et le spirituel, le politique et le religieux. Le statut de la femme dans le « Coran » est incompatible avec la « tradition européenne » où les femmes sont depuis la préhistoire « déesses, saintes, héroïnes, combattantes et souveraines » mais jamais désirables, paysannes, commerçantes ou franchement putes.

On peut en inférer qu’un  fantasme d’Europe répond à un fantasme d’Islam, mais Michel Eltchaninoff en conclut « pas de soupe pour les sans-abris musulmans ». Il passe de la « haine des musulmans », « parfois appelée islamophobie » à la banalisation d’un « discours critique et sans complexe sur la religion musulmane ». Faut-il en conclure que le seul discours antifasciste autorisé devrait être, envers l’islam, obséquieux et complexé ?

Il existe donc un « sentiment » et un « discours antimusulman » mais pas de discours musulman anti-occidental, encore moins de terroristes salafistes prêts à poser quelques bombes ou à traiter à la kalash’ quelques mécréants, si possible juifs, pris au hasard. Le sentiment et le discours antimusulmans serait un « exutoire aux turbulences sociales liées à la mondialisation, aux flux migratoires et au retour du religieux ». D’où l’on déduit la profondeur de l’analyse. Ce sentiment et ce discours antimusulmans partageraient des « ressorts de peur, de simplification et de rejet » avec la « xénophobie ou l’antisémitisme des décennies précédentes » car mal parler des portugais et des juifs, c’est un peu la même chose et ça joue sur les mêmes ressorts. Auschwitz est au bout du chemin.

Il existerait aussi dans ce sentiment et ce discours antimusulmans une « griserie de revanche face à un discours antichrétien banalisé ». Un dernier ressort est donc identifié, l’ivresse vieille et blanche-chrétienne qui émane des « nostalgiques militarisés de l’OAS…des antisémites fanatiques, des groupuscules néofascistes et catholiques intégristes ». Or cette ivresse vieille-chrétienne-blanche-nostalgique-fanatique est le liant entre les partis populistes et les « grands rassemblements » car en dernier ressort, le problème ce sont les grands rassemblements, le festif est passé du mauvais côté.

« La montée en puissance du bouc émissaire islam » serait un « hold-up » sur la « mémoire républicaine » de laquelle doit être extirpée la colonisation et le spiritisme. L’autorité du médiocrissime Jacques Sémelin est brandie. Que dit-il ? L’homme en trop d’aujourd’hui, l’Autre c’est le Musulman. L’Autre comme le Musulman ou le Juif prennent des majuscules, l’homme non, on ne voit pas bien pourquoi un tel traitement typographique s’impose sinon pour habiller une absence totale de pensée.

Il y a même un mouvement qui « incarne », tel le Christ ou Pétain, le « glissement » d’une certaine gauche vers les marais putrides du fascisme. C’est la métaphore de la pente savonneuse appliquée à Riposte Laïque. Pierre Cassen a « même milité à l’Ufal ». Lui le jacobin-républicain organise avec les régionalistes du Bloc Identitaire, fascistes-maurrassiens, des provocations anti-islam via les apéros saucisson-pinard, car ne pas inviter un musulman à sa table relève de la provocation. C’est un rappel de la « dialectique fasciste du dépassement du clivage traditionnel droite-gauche » dénoncé par les dangereux fascistes Bayrou, de Gaulle ou Jean-François Khan.

De plus, « l’aversion envers l’Islam oppose les civilisations, tranche…au cœur des grandes représentations symboliques…insulte les croyances collectives » et au bout de l’opposition, de la découpe et du crachat, on trouve les fantasmes suivants : « infiltration, invasion, domination ».

Néanmoins, les  « milieux radicaux » sont partagés entre « antimusulmans et antisémites ». Or, on croyait que l’homme-en-trop, c’était le musulman, décidément, on n’en finit plus de s’embrouiller. Riposte Laïque dénonce, au même titre que le gouvernement socialiste, le « danger Belghoul ». Belghoul viserait la réunion des « catholiques traditionnalistes et des musulmans les plus conservateurs ou les moins informés ». Elle aurait obtenu un « relatif succès ». Riposte laïque y voit la main diabolique de l’Islam et de l’Iran. Il semblerait que Jour de colère du 26 janvier fut émaillé de slogans antisémites et de « centaines de quenelles » mais l’homme en trop c’est le musulman que Belghoul veut associer au catholique, ne comprenant pas bien qu’elle est la femme de trop selon l’analyse de l’antifasciste de plume.

Le juif, c’est un « traditionnel bouc émissaire », le même depuis l’affaire des puits empoisonnés et des crimes rituels. Il existe une méchante librairie parisienne rue de Clichy dans laquelle on trouve de très méchants livres. La librairie en question est tenue par Emmanuel Ratier. Il aurait commis le crime d’ « éplucher la biographie des participants aux dîners très sélects du club Le Siècle » pour y démontrer que les juifs y sont très présents. On en déduit que Ratier est un disciple de Coston. En revanche, on ne sait rien sur la précision de ses informations. Si j’en juge par sa courte biographie de Carla Bruni, elle est tendancieuse, au même titre que les informations de feu l’antisémite collaborateur Henry Coston.

De nouveau, l’antifasciste de plume est effrayé. Ce ne sont plus des hordes vieilles et blanches qui provoquent le trouble mais un « jeune homme à l’allure mi-bourgeoise mi-militaire ». Le mi-militaire distinguant le crâne rasé et le mi-bourgeois le fait qu’il ne porte pas de veste de survêtement. Ratier lui conseille le torchon de Soral, Comprendre l’Empire. Des ouvrages signés par Soral, Michel Eltchaninoff cite les mouvements de mode expliqués aux parents, livre écrit à 6 mains durant une période où Soral était encore de gauche. Soral serait l’intellectuel de la « mouvance » antisioniste, de fait antijuive. Des amis de Soral, l’antifasciste de plume retient Dieudonné et Serge Ayoub défini comme un « adepte de la Troisième Voie » qui « dirige un bar d’extrême-droite dans le XVème arrondissement de Paris ». Soral comme Farida, la femme de trop, « courtisent » les « milieux catholiques radicaux », tel Civitas ou le Printemps Français. Enfin, Soral est « proche des mouvements rouge-brun ». Le nationaliste révolutionnaire radical et catholique « reprend de nombreux passages obligés de la tradition antisémite ». Il éveille, lors de ses conférences, une « économie des affects…Au fond, il y en a 3 ». Les affects en question sont le « sentiment d’humiliation » d’être soumis,  la colère contre les « prétendus maîtres du monde », l’espoir d’un renouveau fondé sur « l’union et l’action politique ».

Soral dans un mélange de « dandysme et de violence » appelle donc une génération à prendre part au combat contre le pseudo-ennemi éternel ce qu’Heidegger nomme dans ses Cahiers noirs, « l’acomisme du judaïsme » soit « la coriace habileté à calculer, trafiquer, embrouiller ». Il s’en suit que Soral n’est pas un radical mais qu’il emprunte un des chemins catastrophique de la métaphysique occidentale dont le double est, pour reprendre les termes d’Heidegger l’acomisme libéral, cette coriace habileté à calculer, trafiquer, embrouiller qu’on nomme communément l’usure.

L’antifasciste de plume reconnaît que Soral « s’adresse en effet à un public en partie composé de personnes habitant les banlieues pauvres des grandes villes, souvent originaires des pays du Maghreb ». La connaissance des personnes habitant les banlieues pauvres des grandes villes n’étant pas le fort des rédacteurs de Philosophie-Magazine, Michel Eltchaninoff discerne dans l’alliance avec Farida Belghoul un rouage de la stratégie globale antijuive de Soral le chauve à longue vue, il devrait plutôt se demander pourquoi les attaques contre le rappeur Booba insistent tant sur sa judéité certaine et son homosexualité passive supposée et si les personnes habitant les banlieues pauvres des grandes villes originaires du Maghreb ont une vision du monde assez cohérente pour choisir ceux d’entre les intervenants sur le marché où l’on vend des mensonges qui leur sont les plus proches. Nul besoin du recours à Henry Corbin ou à René Guénon qu’ils ne liront jamais. Le succès de Soral repose en grande partie sur les mêmes ficelles que celui de Michel Onfray, un monologue sourd à toute critique et asséné avec conviction. A ceci près que son segment de marché est antisémite.

L’antifasciste de plume rappelle la « xénophobie anti-arabe » de Jean-Marie Le Pen mais évoque surtout ses dérapages antisémites. Or Marine Le Pen aurait congédié, « l’antisémitisme traditionnel du FN ». Michel Eltchaninoff  oublie qu’elle propose de protéger les juifs à kippa en supprimant leur exhibition publique, notamment les jours de shabbat, ce qui relativise le congédiement en question.

Marine le Pen développe « systématiquement une argumentation anti-islam ». Cette argumentation serait composée de déclarations mensongères à propos de la production agro-industrielle de viande hallal en France, d’une saillie sur l’occupation des rues lors des prières du vendredi, d’une volonté de limiter la taille des minarets et de confier aux seuls musulmans le financement de leurs lieux de culte. Elle aurait déclaré à un journal turc que les voiles, les lieux de prière, les demandes de nourriture spécifiques sont en contradiction avec « notre culture ». Toutes assertions que partagent nombre de français qui ne sont pas spécialement d’extrême-droite, à croire que beaucoup de français, en ne reconnaissant pas l’Islam comme une religion sans ‘’histoire’’ à l’instar du bouddhisme sont sur la pente savonneuse du fascisme.

Enfin l’antifasciste de plume finit par un décryptage de meeting. Les frontistes considèrent les socialistes du nord comme une « caste mafieuse ». Visiblement les citoyens nordistes aussi et pas seulement, ceux-ci. Marine Le Pen dénonce la corruption des hommes politiques, ce serait une attitude visant à les « criminaliser », de même elle indique que « tous les chiffres de la délinquance sont ‘’bidonnés » et que la « population française est sous-informée : mensonges, chiffres maquillés ». Or cette évidence, disons ce truisme, devient une adhésion du leader frontiste à la « théorie du complot ». Quant au carré magique communautaristes, intégristes, cantines et piscines, il forme le mot Islam j’écris ton nom. La question devient, pourquoi mais l’antifasciste de plume ne la posera pas. Les mots seraient donc des « signaux ». Pavlov Le Pen déclencherait des stimuli visant à violer des foules déjà convaincues et consentantes puisqu’elles vont à son meeting.

Le frontisme, malgré tout, c’est la « troisième génération du discours xénophobe » comme il existe un troisième sexe. Cette troisième génération joue au jeu du cadavre exquis et au vertige des analogies, cantine = terrorisme, burqa= piscine voilée, etc. Ainsi on joint aux « racistes traditionnels », un « nouveau public républicain ».  Malgré tout Marine le Pen conserve « tous les canaux sémantiques de la pensée fasciste traditionnelle », canaux qui s’avèrent compatibles avec le nouveau public républicain alors qu’ils divisaient en 1934 ou 1936 voire en 1973 ou en 2002. Quelle mutation s’est produite ? Mystère.

Les canaux en question seraient une « détestation et criminalisation des élites » qu’il faut aimer, un « réveil d’émotions violentes », expression vide de sens quand le réveil d’émotions antijuives conduit aux massacres d’individus et d’enfants pris au hasard à Toulouse ou à Bruxelles, un « vocabulaire du corps » qui se réduit à une attaque de François Hollande mais pas du nain Sarkozy ou du grand dadais Chirac ou du singe Tapie ou de la guenon Taubira ou du menhir Le Pen, une « théorie du complot », sans autre précision à croire que les complots n’existent pas et encore moins le gouvernement invisible de feu Edward Bernays, la « défense des valeurs traditionnelles » qui est un mal en soi car toute Tradition est un crime en regard de la société liquide du capitalisme avancé, une peur de la « dénaturation » à l’heure des manipulations génétiques et de l’eugénisme programmé, un pur délire, ça va de soi.

De même quand Marine Le Pen indique que François Hollande s’est couché devant la « grande finance » ou plutôt la sainte finance, c’est, pour l’antifasciste de plume, une déclaration antisémite comme s’il était évident que chaque français associe grande finance et judaïsme, de même quand elle ajoute que Sarkozy a servi les mêmes maîtres. Mais lorsque Jacques Rancière bombarde l’oligarchie, ne parle t-il pas des maîtres contemporains, est-ce antisémite ?  ou est-ce une thèse qu’on peut défendre et critiquer, une question qui peut s’énoncer ainsi : une société moderne a-t-elle encore des maîtres ?

En fin d’article, un nouvel ennemi du fascisme est désigné, les roms que Marine Le Pen « finit par faire huer », car huer les roms rassemble bien au-delà du public républicain et des racistes traditionnels, même réunis. Un pitoyable rassemblement mais un rassemblement tout de même, un rassemblement digne de la démocratie réellement existante, soit la démocratie perpétuellement démagogue. La conclusion de l’antifasciste de plume est des plus évasive : « la pensée fasciste est parvenue à son stade post-moderne. L’avenir nous dira s’il faut plutôt s’en réjouir ou s’en inquiéter ».

Incapable de définir ce que pourrait être une pensée fasciste et ce qui la distingue d’une vision du monde antisémite ou d’une simple démagogie d’ordre parlementaire, l’antifasciste de plume a accompli sa tâche, il peut dessiner son pseudo-petit carré sémiotique de la non-pensée fasciste articulé autour de la Terre (ancrage archaïque du monde), du Peuple (identitaire, exclusif, mythique), de la Vie (organique et dépendant de lois naturelles et éternelles) et du Mythe (plus archaïque que le passé réel). Il en conclut au terme d’une absence d’analyse que la pensée fasciste n’est pas vraiment une pensée car elle ne devrait pas exister.

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