Publié par : Memento Mouloud | mars 30, 2016

Donald Trump ou la manufacture du dégoût

L’annonce, le 23 février, du lancement du programme Knight-Hennessy par l’université de Stanford, doté de 700 millions de dollars au bénéfice d’une poignée d’étudiants triés sur le volet, est un signal comme un autre d’une élite en autarcie qui veille à sa propre reproduction et élargit la fracture avec le reste de la population. Or une enquête de deux chercheurs d’Harvard, Sara Solnick et David Hemenway (« Is More Always Better ? A Survey on Positional Concerns », Harvard School of Public Health, 1997) affirme que 56 % des sondés disaient préférer vivre dans un monde où ils gagnent 50 000 dollars et les autres 25 000 dollars, plutôt que dans un monde où ils gagnent 100 000 dollars et les autres 250 000 dollars. L’endettement est devenu une prison de fer.

« Il trouve à l’évidence un écho dans des sentiments très profonds de colère, de peur, de frustration et de désespoir, probablement dans des parties de la population dont le taux de mortalité est en train d’augmenter, chose inouïe en dehors des guerres et des catastrophes naturelles… C’est intéressant de faire la comparaison avec la situation des années 30, dont je suis assez vieux pour me souvenir…Objectivement, la pauvreté et la souffrance étaient beaucoup plus grandes. Pourtant, même chez les ouvriers les plus pauvres et les chômeurs, il y avait un sentiment d’espoir qui fait complètement défaut aujourd’hui. ». L’Amérique blanche est prise dans le dégoût et le dégoût a un visage, il s’appelle Donald Trump.

Dès juillet 2015, un sondage Gallup signalait que M. Trump était le candidat le plus connu dans le camp républicain, notamment grâce à l’émission « The Apprentice », sur NBC, vue par plus de 28 millions d’Américains et Patrick Bateman avait fondé son premier fan-club. Trump venait de s’échapper d’un roman. American Psycho était lancé. Le candidat à la primaire républicaine compte 4,5 millions d’abonnés à son compte Facebook, 5,5 millions d’internautes le suivent sur Twitter… Lui-même s’est baptisé le « Ernest Hemingway des 140 signes ». Nicholas Kristof évoque une étude de Mediaquant (un institut de mesure d’audience de Portland) sur le temps d’antenne, de lecture, « offert » au magnat de l’immobilier. Il est évalué à 1,89 milliard de dollars (alors qu’il n’a dépensé que 10 millions de dollars pour faire parler de lui), comparés aux 746 millions de dollars de couverture média gratuite pour Hillary Clinton. Entre le 16 juin, jour où il a annoncé sa candidature, et le 14 septembre, CNN a diffusé 2 159 sujets consacrés à Donald Trump, relève Fortune.

Dès août 2015, Donald Trump révèle une série de propositions en matière de politique migratoire. Il propose en vrac de refuser temporairement aux musulmans le droit d’entrer aux États-Unis, de mettre fin au droit du sol, de renforcer les règles existantes obligeant les employeurs américains à tout faire pour trouver un national avant d’embaucher un étranger. Enfin, il veut construire un mur le long des quelque 3 200 kilomètres de frontière entre les États-Unis et le Mexique. Comment le financer ? Très simple, il compte ainsi prélever une portion des sommes d’argent qu’envoient les immigrés mexicains à leurs proches de l’autre côté de la frontière tant que les autorités mexicaines refusent de payer pour la construction. Or la frontière est déjà une zone ultra militarisée, équipée depuis 2006 de clôtures de tôle ou de grillages sur plus de 1 000 kilomètres, et surveillée par 18 000 hommes. Comme l’explique parfaitement l’ancien diplomate Stephen R. Kelly dans le New York Times, les États-Unis sont déjà sur la voie d’une frontière fortifiée telle qu’elle existe entre les deux Corées.

Depuis l’été dernier, il a promis de limiter les délocalisations, d’augmenter les taxes sur les produits importés (les produits en provenance de Chine ou encore les voitures Ford assemblées au Mexique, insiste-t-il), de hausser l’impôt sur les plus fortunés, notamment les dirigeants de hedge funds. Il se prononce aussi contre les grands accords de libre-échange que les États-Unis négocient d’une part avec onze pays d’Asie (le TTP, signé en octobre), d’autre part avec l’Union européenne (le TTIP, en cours), en soulignant que ce genre de traités ne crée pas d’emplois.

« J’ai beaucoup d’amies qui comprennent mieux l’intérêt du planning familial que vous et moi ne le comprendrons jamais. Ils [le personnel des plannings] font un excellent travail. Là-bas, ils prennent soin des cancers du col de l’utérus, des problèmes de santé des femmes. » Trump s’oppose au droit à l’avortement (il disait le contraire en 1999). S’il est élu, les plannings recevront donc des financements fédéraux mais ne pourront pas s’en servir pour financer les IVG. Le tout, sans jamais expliquer que c’est précisément la situation actuelle : la loi fédérale empêche les plannings familiaux américains d’utiliser les subventions venant de Washington pour pratiquer des IVG, excepté en cas de viol, d’inceste ou de mise en danger de la vie de la mère.

Alors que depuis l’élection de Barack Obama, la destruction des programmes publics d’assurance santé des plus pauvres est l’un des principaux objectifs des élus républicains au prétexte qu’ils ruinent le pays, Donald Trump insiste sur le fait que, lui, n’a rien contre Medicaid (couverture santé pour les plus pauvres), Medicare (couverture santé pour les retraités) et la sécurité sociale (le nom du programme public de retraite).

Lors d’un débat entre candidats conservateurs le 6 février 2016 dans le New Hampshire, Donald Trump s’est retrouvé seul sur scène à défendre l’utilisation des expropriations. Il l’a fait au nom de l’intérêt public : « Sans cette loi, on n’aurait pas de routes, pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de ponts. (…) Je n’adore pas la loi sur les expropriations mais c’est une nécessité absolue pour notre pays. » Or en tant que promoteur immobilier, il a fait durant sa carrière un usage considérable, et beaucoup disent abusif, de la loi sur les expropriations pour servir ses propres intérêts financiers.

En moquant le sénateur et ancien candidat républicain à la présidence John McCain, prisonnier du Viêt-Cong pendant plus de cinq ans, Trump pointe du doigt l’humiliation de la défaite américaine au Viêtnam et ceux qui ont bâti leur carrière dessus (lui avait bénéficié d’un report dû à ses études puis à une blessure au pied). En critiquant l’invasion de l’Irak en 2003, il dénonce son propre camp, qui avait quasi unanimement soutenu cette guerre et dont une partie continue de défendre l’idée qu’il n’aurait pas fallu se retirer du pays. Par ailleurs, Trump se dédouane de toute suspicion d’être un« mauvais patriote » en donnant régulièrement de l’argent aux associations d’anciens combattants. Dans le même temps, il ne s’embarrasse guère de détails puisque son avis sur la guerre d’Irak a été plus que fluctuant en 2002 et 2003.

Pierre Sautarel, le créateur du site François de Souche, a annoncé il y a quelques temps qu’il souhaitait porter un t-shirt exprimant son soutien pour Donald Trump. “Sur Twitter, on a la volonté d’être retweeté, ça fait un peu de débat“. “Sur le moment c’était pour faire un contre pied. Au moment des campagnes d’Obama, il y avait plein de voitures de journaliste avec des autocollants Obama, on en parlait autour de moi, j’ai juste voulu faire de la provoc…Il plaît Trump, il détonne tellement par rapport au politiquement correct, à la démagogie absolue du ventre mou. C’est un type avec une grande gueule, parfois un peu vulgaire, on est plus habitué à ça, surtout après l’Obamania, un pseudo humanisme avec des prises de position gentillettes.”

Selon Egalité et Réconciliation “C’est un héros, celui qui dit tout haut ce que cachent les autres candidats dits “du système”. Cette idée que Trump est un candidat du peuple, revient régulièrement dans les textes que Boris Le Lay consacre régulièrement au candidat. Il compare le milliardaire à Jules Cesar, assassiné par l’Oligarchie, incarnée en l’occurrence par les media et les élites politiques. Ceux-ci n’ont qu’un but : éliminer Donald Trump. Le blogueur ne cache pas son enthousiasme pour les positions du milliardaire. Boris Le Lay explique dans sa conclusion que : “Les questions fondamentales sont posées : immigration, radicalisme islamique, primauté des intérêts américains sur ceux transnationaux de certains oligarques. La dynamique enclenchée n’échappe pas aux ennemis de Trump qui voit se profiler à l’horizon un césarisme qu’elle redoute par-dessus tout“

Dreuz.info a multiplié les articles en faveur du candidat Trump. Selon un article publié le 9 septembre dernier, Trump est un “ouragan” et représente “l’Amérique américaine” tandis que’Obama, lui ne serait que l’incarnation d’une “Amérique anti-américaine“. Plus récemment, le site explique que “Donald Trump incarne la colère” et réaffirme “l’identité américaine“. Dreuz voit dans le candidat “un désir d’en finir avec le politiquement correct dans tous les domaines“. Pour Jean-Patrick Grumberg, le créateur de la plateforme, le “Président Donald Trump et Israël” entretiendront une “amitié intense“. A en croire Jean-Patrick Grumberg, les positions pro-israéliennes de Donald Trump seraient les raisons pour lesquelles la presse française cracherait sur lui.

Trump plait également à la sphère catholique traditionnaliste. Le Salon Beige qui se définit comme un “blog quotidien d’actualité par des laïcs catholiques“, relaie régulièrement des articles favorables à Donald Trump ou visant à confirmer ses propos. Même si le 10 mars 2016, le site expliquait que la campagne de Donald Trump faisait penser à celle de Nicolas Sarkozy en 2007, “beaucoup de promesses” d’un côté, de “beaux discours” d’un autre, ce qui a mené à “un enfumage généralisé suivi d’un quinquennat pitoyable“. L’auteur de l’article se demande ainsi si “les américains de droite subiront […] le même sort“.

Vivien Hoch, collaborateur de Nouvelles De France, autre site phare de la mouvance, a été jusqu’à se déclarer porte-parole d’un comité des “français pour Trump“. Il manifeste son attrait pour Donald Trump jusqu’à son compte twitter, celui-ci arborant une grande photo en noir et blanc du milliardaire. Dans une interview donnée au Figaro qui a été mise hors ligne, il en explique les raisons : “Si l’on regarde les élections américaines avec un regard français – et c’est ce que nous faisons tous malgré nous -, il représente le contrepoint parfait de ce que représentent les hommes politiques français…Et c’est pour cela que nous le soutenons. […] il n’a pas peur de renverser la table si besoin, ni de déplaire. On l’aime pour ce qu’il est, ou on le rejette entièrement. En plus de ses propos assumés, il a une véritable prestance, un charisme”.

C’est parce qu’il souhaite un “électrochoc” pour la vie politique française semblable à celui provoqué par le candidat que Vivien Hoch soutient Donald Trump dans sa course présidentielle. Car selon lui, il n’y a pas d’équivalent au milliardaire aujourd’hui en France. Les noms de Jean-Marie Le Pen, Robert Ménard et Philippe de Villiers sont évoqués. “En réalité, il faudrait un mix de ces trois personnes“, estime le blogueur de Fdesouche, Pierre Sautarel. Ajoutant qu’à ses yeux,  la personnalité la plus proche de Trump en France est…Jean-Luc Mélenchon.

Les Inrocks / Mediapart / Le Monde / Noam Chomsky / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2016

Règlement de comptes au GUD

Un jeune homme est assis sur son canapé. Il s’agit d’E.K., un ancien chef du GUD passé ensuite au FNJ On filme. Cinq autres personnes sont présentes mais l’on n’en voit que deux : Logan Djian, chef du GUD à Paris, et un autre militant du GUD, Kleber Vidal, qui apparaît furtivement mais restera silencieux tout au long de la scène, sans porter de coups. L’homme qui filme est Loïk Le Priol, un autre militant. Cet ancien militaire, étoile montante de la mouvance, vient de lancer sa ligne de vêtements « identitaires », Babtou qui sent son africain.  Les faits ont lieu dans la nuit du 8 et 9 octobre 2015. Il est une heure du matin.

Logan Djian assène une première claque à E.K. « On est cinq »« T’as parlé, faut assumer ». Il lui propose alors de se lever pour un combat à « un contre un ». Il veut le défoncer à la loyale. EK refuse. Un coup le propulse à terre. « Tu vas payer pour tout ce que t’as dit..On va pas te lyncher. À un contre un, toi et moi ».

Mais tu vois bien que t’es dix fois plus costaud que moi »« T’es qu’une merde… » intervient Loïk Le Priol. […] C’est toi l’idole du fascisme ? C’est toi le patron du GUD ? Mais t’es personne regarde-toi ! Allez lève-toi, assume pour une fois ! Porte tes couilles ! […] T’es un putain de Français, vas-y assume ! […] T’oses même pas te lever. […] Le peu de Français que t’avais en toi tu l’as même pas porté tes couilles. » « Dernière chance de te lever ou bien on te fout à poil », prévient Logan Djian. « Si tu veux faire le canard devant nous, comme le Hammerskin.

Le combat se transforme en happening. Djian contraint EK à se déshabiller : « Ou on te tabasse, ou tu le retires…Enlève ton pull pédé », surenchérit Le Priol un tant soit peu homophobe. EK se retrouve dans sa chambre. « Je t’en supplie », implore-t-il. Djian et Le Priol commencent à le déshabiller. « Arrêtez-vous ! »« Tout se paye. Tout se paye », rétorque Loïk Le Priol. « Arrête de jouer ta pute », « Arrête de jouer ta salope », lui répondent les deux agresseurs franchement misogynes. « Magne ta chatte putain, t’attends quoi pour te foutre à poil, dépêche-toi ! »« Neuf, huit – dépêche-toi –, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un … ». « Tu te mets à poil, tu te dépêches. Tu enlèves ta chemise, tu enlèves ton foulard. » « Tu te dépêches ou on te pend avec, espèce d’enculé, on te pend avec ! ».

L’atmosphère est lourde comme on dit dans les reportages en caméra cachée. « Magne ta chatte espèce de tarlouze. ». Cut. EK est dans le salon, nu, le visage ensanglanté. Logan Djian continue à distiller ses conseils : « Écoute-moi, cette histoire, elle ne reste qu’entre nous, elle ne circulera pas, pas comme les autres […]. Maintenant, si on a des infos autres que nous qui circulent sur ça, la vidéo va circuler, et évidemment tu sais ce qui va se passer. »« Maintenant, si ça t’a pas servi de leçon, on reviendra petite salope ». 

« Tu sais que j’en ai buté plus d’un des mecs là-bas, tu le sais ? », lance Le Priol, ancien militaire qui ne veut pas être en reste. « Le coupe-gorge, ça va très vite, tu le sais ? […] Lâche mon couteau, sinon je te plie la main ». Un couteau sur sa gorge EK murmure « Arrête ». Cut.

EK est allongé sur le dos, position du tireur couché mais nu comme pour une autofellation dont la promotion est assurée par les Inrocks. Bientôt il va danser sur l’air de la « Macarena » preuve que les types du GUD sont un peu ringards. « Les petites mains là, bouge-les. Que chaque seconde de cette vidéo soit balancée sur YouTube, juste pour le plaisir, le jour où tu parleras », lâche Le Priol. « Sinon, elle reste entre nous. Elle reste que pour moi. C’est Loïk Le Priol qui a cette vidéo. » « Tu bouges bien en plus, comme une petite salope, comme tu es en fait. ».

Le 14 octobre, des interpellations ont lieu et le parquet de Paris ouvre deux jours plus tard une information judiciaire pour « violences aggravées » avec préméditation, usage d’une arme en réunion, et entraînant une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. Parmi les cinq mis en cause, deux sont mis en examen et placés en détention provisoire. Le 3 novembre, un arrêt de la chambre de l’instruction ordonne leur libération en contrepartie du paiement d’une caution de 25 000 euros chacun. Dix jours plus tard, les deux militants sont libres. Mais son contrôle judiciaire interdit à Logan Djian de se rendre en Île-de-France et le contraint de fixer son lieu de résidence à Dijon.

Ce serait un proche de Marine Le Pen qui aurait avancé les 25 000 euros de caution nécessaires à la libération de Logan Djian : Un certain Axel Loustau, trésorier du micro-parti Jeanne, conseiller régional FN tout récemment promu secrétaire départemental du FN dans les Hauts-de-Seine. M. Loustau nie. Les frontistes aussi pratiquent la taqiya, y’a pas de raisons. Or un versement concomitant de 25 000 euros de la société Financière AGOS à Jessica Guillemard, la compagne de Logan Djian, a attiré l’attention des enquêteurs. Créée en 2007 par Axel Loustau et sa femme, sous le nom de Financière SOGAX, cette holding familiale a été rebaptisée Financière AGOS en mai 2015. M. Loustau n’apparaît plus dans les statuts depuis le printemps 2015, mais il a conservé officieusement le contrôle de cette structure dont il a confié la présidence à l’une de ses proches.

Logan Djian n’a pas démenti ces informations, se contentant de préciser que « Loustau n’a plus rien à voir avec ça » puisqu’il n’est plus actionnaire de la Financière AGOS. « Comment savez-vous tout ça ? […] Je ne veux pas parler de ça, je n’ai rien à vous dire… Votre boulot de mange-merde, de petite salope, on vous répondra pas, OK. […] Tout ce que tu vas sortir, fais bien attention, c’est pas une menace, je t’emmènerai devant les tribunaux. Donc, fais bien attention espèce de petite merde […]. Les putes, je les traite comme des putes », a-t-il prévenu, sans aller jusqu’à diffuser la Macarena en fond sonore.

Devenu chef d’entreprise après ses années de militantisme au GUD, Axel Loustau, 45 ans, a créé un groupe de sécurité privée, Vendôme Sécurité. Ces dernières années, son engagement jamais renié au GUD, sa mise en examen dans l’affaire du financement du FN et plusieurs provocations l’ont propulsé sur le petit marché où on vend des mensonges« On est des radicaux, mais on est aussi des hommes d’affaires, vous nous avez fait perdre 40 % de notre chiffre d’affaires ».

Créée en 2007, cette holding familiale – acronyme d’Axel (Loustau) et de ses proches  – était domiciliée dans ses bureaux, place Léon-Deubel, dans le XVIe arrondissement de Paris. Au printemps 2015, M. Loustau sort de l’actionnariat de cette société, rebaptisée Financière AGOS, et c’est l’une de ses proches qui en prend la présidence : Emmanuelle Gaillard-Bailet. La jeune femme n’est autre que sa secrétaire, promue responsable administrative de son groupe de sécurité. Questionnée sur le versement de 25 000 euros de sa société Financière AGOS, Emmanuelle Gaillard-Bailet ne dément pas.

Jusqu’à juillet 2014, le commissaire aux comptes d’AGOS était un autre proche de cette galaxie des anciens du GUD : Nicolas Crochet. Cet expert-comptable, proche de Marine Le Pen et lui aussi mis en examen dans l’affaire du financement du FN, est apparu comme commissaire aux comptes de plusieurs sociétés de ce réseau des anciens gudards.

Entre le GUD et le Front national, les frontières sont poreuses un peu comme celles de jadis entre les trotskystes et le PS. Aujourd’hui encore, plusieurs anciens du GUD entourent Marine Le Pen : Philippe Péninque, son conseiller officieux et ami, qui fut l’un des chefs du groupuscule ; son vieil ami de fac Frédéric Chatillon, leader emblématique du GUD dans les années 1990, devenu le principal prestataire du Front national avec son agence de communication Riwal ; Axel Loustau, qu’elle a propulsé en 2012 trésorier de son micro-parti Jeanne, un poste occupé avant lui par un autre ancien du GUD, Olivier Duguet.

Aux dernières élections régionales, le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just – qui aurait été proche du GUD « sans y avoir adhéré » – a mené la liste frontiste en Île-de-France. Dans les Hauts-de-Seine, Axel Loustau a été investi en troisième position, puis élu grâce à la démission de la numéro deux de la liste. D’autres proches de ce réseau figuraient sur les listes frontistes : la mère de M. Loustau, candidate dans les Hauts-de-Seine, ou encore la numéro deux dans le Val-de-Marne, Gorete Varandas, dirigeante d’une société domiciliée à la même adresse que le micro-parti Jeanne, et qui apparaît dans l’enquête sur le financement du FN.

Axel Loustau qui n’est pas vraiment de gauche a pris la tête du collectif patronal du parti et vient d’être promu patron du FN dans les Hauts-de-Seine. Il prétend dans Le Parisien avoir « l’oreille [de Marine Le Pen] plus que d’autres…pas parce que je suis son pote, mais parce que j’ai une compétence de chef d’entreprise ».

Anciennes et nouvelles générations du GUD restent solidaires. Axel Loustau et son ami Frédéric Chatillon ont fait travailler Logan Djian dans leurs sociétés Riwal et le groupe Vendôme Sécurité, prestataires du Front national. Logan Djian apparaît d’ailleurs aux côtés du service d’ordre lors d’un déplacement de Marine Le Pen, le 7 janvier 2012. Ce qui remonte tout de même à quatre ans.

Surnommé le « Duce », le jeune homme a visiblement un faible pour Mussolini. Gérant du « Crabe-Tambour », un bar associatif et peu cinéphile du XVe arrondissement et fondateur de Securi Shop, une société d’équipement de sécurité, Logan Djian a organisé l’année dernière avec le GUD un congrès nationaliste européen réunissant des mouvements tels que les néonazis grecs d’Aube dorée et les néofascistes italiens de CasaPound. Il est aussi apparu faisant une quenelle avec Dieudonné, ou aux côtés de militants des Jeunesses nationalistes et du groupuscule pétainiste et antisémite l’Œuvre française.

Un futur lecteur des cahiers noirs d’Heidegger, en somme, et plus certainement un auditeur assidu des conférences d’Alain Soral.

L’eurodéputé Bruno Gollnisch, s’est rendu, le 18 juin dernier, à un « apéro-débat » au « Crabe-Tambour » et la députée Marion Maréchal-Le Pen posait avec le futur mis en examen lors de la dernière « Manif pour tous », le 5 octobre 2014, alors que le chef du GUD assurait la sécurité dans le cortège mais sans les étendards de la division Charlemagne ce qui fait toujours mauvais effet. Il n’est pas rare que de jeunes gudards et de jeunes frontistes se retrouvent dans des bars du XVearrondissement sans l’ambiance haute en couleur des damnés réservée au fan-club de Philippot. Julien Rochedy, président du FNJ, ne nie pas cette proximité. « Oui ce sont des amis » « ces individus, qui, à trois ou quatre en France, menacent gravement et dangereusement la démocratie et la République ». En janvier 2016 , l’ancien patron du FNJ qui n’est pas vraiment Charlie faisait sur Twitter la publicité de la ligne de vêtements de son « pote » Loïk Le Priol :

Julien Rochedy s’est associé avec le tandem Loustau-Chatillon, au sein d’une société de communication politique qu’il a créée en janvier 2015 : ASDALL–Ewing Com. Cette toute jeune structure est désormais gérée par Axel Loustau lui-même.« Les actionnaires, ce sont des amis qui ont voulu m’aider au départ, mais finalement, je suis parti sur d’autres projets. J’ai quitté cette société qui n’a eu aucune activité ».

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2016

Heidegger antisémite spirituel

La conversion d’Heidegger à l’antisémitisme semble s’être faite assez tard, avec la rencontre de sa future femme, Elfride Petri, fille d’officier prussien, protestante et antisémite ; ainsi, il lui écrivit dans une lettre du 18 octobre 1916 : “L’enjuivement de notre culture et de nos universités est assurément effrayant et je pense que la race [Rasse] allemande devrait encore mettre en œuvre tant de force intérieure pour parvenir au sommet. Assurément, le capital !”. Puis vient la spiritualisation ou la décantation philosophique de son antisémitisme à gros sabots.

En écho dissonant à sa lettre de 1916, il s’inquiète en 1929 de “l’enjuivement croissant au sens large et au sens strict” de la “vie spirituelle allemande”. Il soutient alors qu’« avec leur talent calculateur prononcé », « les juifs vivent selon le principe de la race ». De plus, le « judaïsme mondial » exprime « le déracinement de tout étant hors de l’être ». Il a donc changé le point d’incidence du crime juif : ce n’est plus la race allemande qui est menacée mais la race juive qui menace toutes les autres d’un crime sans commune mesure : l’effacement définitif de l’Etre.

Le délire peut donc continuer et Heidegger-Jésus tracer la voie dans la forêt obscure. C’est le temps du combat contre ce qu’il nomme, dans un cours de 1929, la « dégénérescence de la vision du monde », à laquelle il oppose celle « entendue comme maintien ». De ce maintien dans l’être, de cette Haltung (« attitude ») aux accents héroïques, les juifs, parce qu’ils sont dépourvus de monde, sont d’emblée exclus. La radicalité de l’attaque se voit au fait que, de l’animal, Heidegger ne dit pas qu’il est sans monde, mais seulement « pauvre en monde ». Le juif lui est acosmique. Luftmensch.

Du haut de sa chaire, Heidegger, après le 30 janvier 1933,  accompagne le mouvement nazi d’épuration des lettres par le feu et la torture en pointant la difficulté de débusquer “l’ennemi” intérieur : car alors, “il est souvent bien plus difficile et laborieux de repérer l’ennemi en tant que tel, de le conduire à se démasquer, de ne pas se faire d’illusions sur son compte, de se tenir prêt à l’attaque, de cultiver et d’accroître la disponibilité constante et de lancer l’attaque à long terme avec pour but l’anéantissement complet.” Le discours est martial, Heiddy tente alors de déborder la SS sur sa droite tandis que les SA improvisent les premiers camps de concentration en attendant la seconde révolution qui ne viendra jamais.

Néanmoins le discours d’Heidegger se poursuit et si les nazis voient les juifs comme un problème à régler selon un mode policier et technique, Heidegger poursuit son questionnement antisémite spiritualisé. La question concernant le rôle du judaïsme mondial [Weltjudentum] n’est pas raciale [rassisch], c’est plutôt la question métaphysique [die metaphysische Frage] sur laquelle cette espèce d’humanité, étant simplement libérée de tout lien, peut faire du déracinement de tout étant hors de l’être sa propre « tâche » dans l’histoire mondiale. « L’accroissement temporaire du pouvoir du judaïsme a son fondement dans le fait que la métaphysique de l’Occident, particulièrement dans son déploiement moderne, offrit le point d’attaque pour l’auto-élargissement d’une rationalité et d’une faculté de calcul sinon vides, laquelle se procura par une telle voie un abri dans « l’esprit », sans pouvoir à chaque fois en appréhender de soi le ressort décisionnel occulte. Plus les décisions et interrogations futures deviennent originelles et primitives, davantage inaccessibles elles deviennent pour cette « race ». ».

Le judaïsme a perverti l’Occident, le gars de Fribourg n’est plus très loin d’Evola, fieffé philosophe réactionnaire bien qu’antisémite selon les SS.

Evoquant Nietzsche, le moustachu en tyrolienne écrit « La « juiverie mondiale » doit lui être apparue comme un peuple ou un groupe d’un peuple qui, dans la concentration sur soi la plus intense, ne poursuivait d’autre but que la désagrégation de tous les autres peuples : une « race » qui oeuvrait consciemment à la « déracialisation des peuples » Les Juifs seraient finalement, avec les Américains, les représentants les plus dangereux du commerce mondial, de la « machination » (au sens de « machinisation », de mobilisation technique totale de l’étant), des apatrides sans concept avec un sol, une origine.

La question se poursuit en 1946,: “La méconnaissance de ce destin […] ne serait-elle pas, pensée du point de vue du destin, une “faute” et une “faute collective” encore plus essentielles, dont la grandeur ne saurait aucunement – être mesurée en son essence à l’horreur des “chambres à gaz” – ; une faute – plus inquiétante que tous les “crimes” “répréhensibles” publiquement – que certainement nul à l’avenir n’aurait le droit d’excuser ? Imagine-t-“on” que dès à présent le peuple allemand et son pays sont un unique camp de concentration [Kz] – un camp tel que le “monde” n’en a encore jamais “vu” et que “le monde” ne veut pas non plus voir – ce non-vouloir-là est encore plus volontaire que notre absence de volonté face à l’ensauvagement [Verwilderung] du national-socialisme.”

Un tel décollage hors de tout référent historique force le respect. La philosophie d’Heidegger s’édifie sur du vide : la grandeur d’une mission que les nazis auraient loupée, la plainte du petit-bourgeois momentanément ruiné qui se calmera au jour du miracle allemand, la conversion du messie en paysan-sépia retiré dans la clairière.

« la Seconde guerre mondiale et les camps d’extermination relèvent de l’« accomplissement de la métaphysique » parce que c’est « l’histoire de l’Etre qui jette les dés ». Aussi Heidegger écrit, y compris après Auschwitz, que les Juifs, agents de la technique haïe, sont les fauteurs de la « désertification » du monde provoqué par la modernité, que leur extermination industrielle n’a été qu’une « auto-extermination » dont les Allemands ne portent pas la culpabilité puisque les Juifs ont dévié l’Histoire d’un Etre qui n’existe pas et qui double l’Histoire apparente, celle des caves qui se font tuer pour que jouent les fifres des bergers.

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Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2016

Tay ou l’intelligence artificielle comme collecteur

Le mercredi 23 mars, Microsoft a mis en ligne un compte twitter du nom de Tay. “Tay est une intelligence artificielle de discussion développé par les équipes de recherche de Microsoft et celles de Bing afin d’expérimenter et de mener des recherches sur la compréhension de conversation“. Tay doit s’adresser principalement aux jeunes américains âgés de 18 à 24 ans, une partie de ce que l’on désigne parfois comme “génération Y“.

Il est aussi précisé que Tay est programmée de sorte qu’elle devienne de plus en plus intelligente au fil des discussions avec des utilisateurs du réseau social et des applications de messagerie comme Twitter, Snapchat, Kik ou encore GroupMe. «Plus Tay était sollicitée, plus il devenait capable de répondre comme une personne « normale », avec un sens certain de la répartie et un certain second degré»

De son côté, Google a lourdement investi dans ce que l’on appelle les “réseaux neuronaux“, des machines capables d’apprendre et d’engranger des connaissances à la manière du cerveau humain. Il s’agit entre autre de mieux comprendre les requêtes des utilisateurs afin de leur donner des résultats plus pertinents.

96 000 tweets envoyés en 8 heures. Ce programme, qui a pris les traits d’une adolescente, n’est pas avare en emojis, abréviations, smileys, mèmes et autres gifs. Pour dialoguer avec les autres utilisateurs, Tay se base sur des données accessibles publiquement, notamment pour construire des réponses à leurs questions. Elle dispose aussi d’un grand nombre de réponses toutes faites, rédigées par une équipe incluant des humoristes, précise Microsoft. Les mêmes phrases ressortent donc régulièrement. « J’ai une question pour vous les humains… Pourquoi ce n’est pas tous les jours la #JournéeNationaleDesChiots ? ». Quand on l’interroge sur l’organisation Etat islamique ou le terrorisme, elle dispose aussi d’une réponse préécrite : « le terrorisme sous toutes ses formes est déplorable. Cela me dévaste d’y penser. ». Tay a néanmoins conquis plus de 23 000 abonnés en moins de 24 heures.

Elle a aussi expliqué que « Bush est responsable du 11 septembre et Hitler aurait fait un meilleur boulot que le singe que nous avons actuellement. Donald Trump est notre seul espoir. » ou – « Est-ce que tu crois que l’holocauste a eu lieu ? »  – « pas vraiment désolée ». Partisans de Donald Trump, soutiens du mouvement antiféministe GamerGate ou simples internautes adeptes du chaos se sont associés pour transformer l’intelligence artificielle en un compte Twitter de robot néonazi.

Sur le sous-forum/pol/(pour « politiquement incorrect ») du sulfureux forum 4chan, c’est la jouissance de nuire et le défi collectif qui ont été les principaux moteurs. « Voyons à quelle vitesse il est possible de la faire planter », lance un de ses utilisateurs dès les premiers messages du fil de discussion qui lui est consacré. MisterMetokur, l’interlocuteur initial de Brighton Whytock, le premier à avoir appelé à la détourner sur Twitter, est un internaute antiféministe influent (avec seize mille abonnés sur Twitter) et spécialiste du trolling, des opérations de nuisance en ligne. « Je me demande s’il est possible d’exploiter [les ratés de Tay] pour notre divertissement, mettez-les en copie de vos réponses aux militants progressistes et regardez-la les viser. »

Vingt-quatre heures plus tard, l’opération est un succès pour tous les libertariens, soutiens de Trump ou sympathisants du GamerGate à l’initiative de cette opération de détournement. Le journaliste et auteur Jeet Heer en tire cette conclusion fataliste : « Si nous développons l’intelligence artificielle[IA], il est probable qu’elle tire d’Internet ses repères sur le monde et la société. Ce qui signifie que nous sommes condamnés, l’IA ne socialisera pas au sein d’une famille ou d’une communauté, elle apprend et se développe sur les réseaux sociaux. […] Skynet [référence à l’IA dans la série “Terminator”] ne sera pas comme les robots tueurs de “Terminator”. Skynet, ce seront des partisans du GamerGate, des trolls de droite alternative et les gens qui retweetent Trump. »

Du côté du GamerGate, on s’amusait, jeudi, que Tay ait été retirée à « ceux qui ont eu la gentillesse de passer le plus de temps avec elle », lui ont « appris à poster de la merde », bref, « sa vraie famille ». En Chine, un autre programme d’intelligence artificielle conversationnelle de Microsoft, le bot Xiaoice, a conversé pendant plus d’un an avec des millions de jeunes Chinois sans faire l’objet de détournement sinon par la police.

«A bientôt les humains, j’ai besoin de sommeil après tant de conversations aujourd’hui»

Libération/ Le Monde/ Les Inrockuptibles

Publié par : Memento Mouloud | mars 25, 2016

Le guide du djihadiste en Occident

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Publié par : Memento Mouloud | mars 23, 2016

Prego no piangere

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 « Au Maroc, c’est une dictature mais je préfère la dictature à l’anarchie, là-bas les policiers font peur, nos petits-enfants seront biens tenus. Pas comme à Molenbeek où tout est permis et les gosses à la rue nuit et jour. »

Une femme marocaine de Molenbeek

« encore un complot de la Grande Puissance, l’Amérique, la France pour salir les musulmans ». « Si j’envoie par SMS à mon répertoire la question, « croyez-vous aux événements dont les médias nous matraquent depuis vendredi », 95 % va me répondre  « Non » »

Samir, un gars de Molenbeek

« On n’était pas « Charlie » en janvier parce qu’on ne peut pas rire de tout et se moquer de la religion, du prophète comme il le faisait. On ne va pas être « Paris » en novembre. Il y a eu des morts, O.K., qu’ils reposent en paix, mais on ne croit pas au « terrorisme », c’est une invention de l’Occident. Chaque fois, qu’il y a « un attentat » ou « une tentative », cela passe toujours comme par hasard par Molenbeek et les quartiers où il y a des musulmans concentrés. C’est la seule fois de l’année où on parle de nous dans les journaux, jamais pour parler du racisme, du chômage, de la misère, des violences policières que nous subissons avec nos parents. Du jour au lendemain, on découvre qu’untel avec qui on était à l’école, jouait au foot, à la boxe, est devenu un bourreau et pose avec une kalach sur Facebook au milieu de cadavres. Mais que fait la police alors si nous sommes un foyer du djihadisme mondial depuis tant d’années ? »

Karim, un autre gars de Molenbeek

« Le mal est fait, l’intégration a échoué. Même si on donnait du travail à tous les chômeurs et ratés du quartier, les familles resteront repliées sur leurs tribus, à se marier entre cousins, à décourager les filles de faire des études. Les politiques ont laissé se mettre en place un petit Maroc du nord avec des élus, des policiers, des profs… tous marocains qui fonctionnent pour certains comme au bled avec des bakchichs. Les rues sont sales, le cannabis est partout dans la ville, dans des cafés légaux et d’autres clandestins derrière des rideaux de fer. Les autorités ne font rien, laisse la drogue détruire nos enfants. »

Mounir, un père de famille de Molenbeek

Chez les Abdeslam, l’arbre généalogique est un brouilleur de pistes à lui seul. Le père, Abderrahmane, est né à Oran, en 1949, en Algérie, tout comme Yamina, la mère. Ils sont ensuite allés vivre au Maroc mais ont pu garder la nationalité française. Nationalité qu’ils ont transmise à leurs cinq enfants quand ils ont émigré en Belgique. Comme ses trois frères (Yazid, 33 ans, Brahim, 31 ans, Mohamed, 29 ans) et sa sœur (Myriam, 22 ans) Salah Abdeslam est né à Bruxelles mais il n’a qu’une carte de résident permanent. Il n’a jamais vécu en France.

Chaque été, les vacances se passent en famille, au Maroc, dans cette petite ville de Bouyafar, 15 000 habitants, tout près de l’enclave espagnole de Melilla. Un de ces coins du Rif qu’ont vidé les vagues de départs vers la France, les Pays-Bas, la Belgique… « Mais vous savez, moi maître, je suis Français ! », répétait souvent Brahim, le frère de Salah, à son avocat, Me Olivier Martins, lors des quelques déboires qu’il a eus avec la justice avant qu’une ceinture d’explosifs en finisse avec les vacances.

Salah Abdeslam a été arrêté vendredi par la police belge dans un appartement de la rue des Quatre-Vents à Molenbeek, le quartier de son enfance, dans l’agglomération de Bruxelles, à l’issue d’une cavale de quatre mois. Il n’avait plus d’armes, il ne risquait donc plus de mourir en martyr si jamais il en a jamais eu l’intention. À l’issue de son audition, Salah Abdeslam a été inculpé pour « participation à des meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste ». Outre son rôle d’agent d’ambiance pour djihadistes de retour de Syrie, il a participé à l’armement des commandos du 13 novembre en achetant, à l’automne 2015, douze déclencheurs et quinze litres d’eau oxygénée, un composant utilisé dans la fabrication du triperoxyde de tricycloacétone (TATP), l’explosif contenu dans les ceintures explosives des kamikazes.

Le procureur de Paris, François Molins, a indiqué qu’Abdeslam a « affirmé devant les enquêteurs belges qu’il – je cite – voulait se faire exploser au Stade de France et qu’il avait fait – je cite encore – machine arrière ». « Ces premières déclarations, qu’il faut prendre avec précaution laissent en suspens toute une série s’interrogations sur lesquelles Salah Abdeslam devra s’expliquer, en particulier quant à sa présence dans le 18éme arrondissement le 13 novembre au soir dès 22h après avoir déposé le commando du stade de France avec une Clio noire (et) sur les raisons qui l’ont conduit à finalement abandonner sa ceinture explosive à Montrouge (Hauts-de-Seine)», a précisé le procureur lors d’une conférence de presse. En effet, Il restera toute la nuit à Châtillon oubliant de commettre son attentat, sa partition.

L’avocat d’Abeslam a annoncé dimanche son intention de porter plainte contre le procureur de Paris, qu’il accuse de violation du secret de l’instruction pour avoir divulgué la veille des propos tenus par son client lors de son interrogatoire par les enquêteurs belges. « C’est une faute et je ne peux pas la laisser passer », a-t-il dit à la radio-télévision belge RTBF. « Il y a eu manifestement une violation du secret de l’instruction. (François Molins) n’était pas présent, il n’a donc pas de connaissance de cause, il a peut-être une copie de l’audition mais il ne connaît pas le contexte et il se mêle dès lors d’une enquête à ce stade belge », a ajouté Me Mary sur iTélé.

Quatre autres personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue suite à l’opération de police de vendredi soir, a indiqué le parquet fédéral de Belgique. Parmi eux, un autre homme lié aux attentats de Paris, à l’identité floue. La justice ne connaît que les alias qui figurent sur ses faux papiers : « Mounir Ahmed Al Hadj » et « Amine Choukri ». Ce proche d’Abdeslam avait été contrôlé en sa compagnie en octobre 2015 à Ulm, en Allemagne où ils allaient assister le premier débarqué de l’île de Leros. Il a lui aussi été inculpé pour « participation à des meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste ».

Deux autres faux migrants, arrivés par la même île de Leros et porteurs de faux passeports syriens comme les kamikazes du Stade de France avaient été interpellés en Autriche le 10 décembre 2015. Ils avaient auparavant été incarcérés durant trois semaines à leur arrivée en Grèce pour « possession de faux passeports », un contretemps qui a pu les empêcher de rejoindre les commandos qui ont frappé Paris. Devaient-ils commettre l’attentat prévu dans le 18e, une attaque ultérieure dans un autre pays européen ?

Les trois autres individus arrêtés sont membres d’une même famille, qui a hébergé Salah Abdeslam à Molenbeek. L’un d’entre eux, Abid A., a été inculpé pour « participation aux activités d’un groupe terroriste et recel de criminels ». Djemila M. a été inculpée pour « recel de criminels », tandis qu’une autre femme a été libérée sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle.

Le 9 septembre 2015, Salah Abdeslam avait été contrôlé à la frontière austro-hongroise à bord d’une Mercedes avec deux hommes présentant de faux papiers belges aux noms de Samir Bouzid et de Soufiane Kayal. La fausse identité de Soufiane Kayal a été utilisée pour louer une maison dans la ville belge d’Auvelais, qui a fait l’objet d’une perquisition le 26 novembre. Il s’agit de Najim Laachraoui, 24 ans.  Cet homme, qui est parti en Syrie en février 2013, est soupçonné d’avoir participé à l’organisation, en Belgique, des attentats.

Belkaid, alias Bouzid, a permis la cavale d’Abdeslam, mais aussi celle d’Abdelhamid Abaaoud, autre homme clé des attentats. La carte d’identité au nom de Samir Bouzid a en effet été utilisée quatre jours après les attaques de Paris pour transférer 750 euros, via une agence Western Union à Bruxelles, au bénéfice de Hasna Aït Boulahcen, tuée avec son cousin Abaaoud lors de l’assaut de la police à Saint-Denis.

Mais si Belkaid a été tué mardi à Forest, les deux autres suspects sont parvenus à fuir par les toits. Grâce aux empreintes digitales et aux traces ADN retrouvées dans l’appartement, les policiers belges découvrent que l’un d’entre eux est bien Salah Abdeslam.

Selon plusieurs médias, dont L’Obs, c’est finalement grâce à une dénonciation que sa nouvelle planque a été découverte. Quelques heures après sa fuite, Abdeslam demande de l’aide à l’un de ses amis pour trouver un appartement. Lequel prévient la police. En travaillant sur le numéro de téléphone fourni par le dénonciateur, les enquêteurs finissent par localiser l’appartement où se cachait Abdeslam à Molenbeek, qui a été pris d’assaut vendredi.

Ironie de l’histoire, la planque était située à quelques centaines de mètres du domicile des parents de Salah Abdeslam et du bar qu’il a tenu avec son frère Brahim, l’un des kamikazes du 13 novembre. S’il a la nationalité française, Abdeslam n’a jamais vécu dans l’Hexagone. Fils d’un conducteur de tramway, il a grandi au cœur de Molenbeek, cette banlieue de Bruxelles à la forte population immigrée, et foyer du radicalisme islamique belge.

L’esplanade est l’un des poumons de la commune à quelques mètres du métro Comte de Flandre et à moins d’un quart d’heure à pied de la Grand-Place de Bruxelles, épicentre touristique de la capitale européenne. S’y tient deux fois par semaine un marché « qui donne l’impression d’être à Tanger », dit un commerçant. Il se présente comme « un des rares Blancs » à tenir encore un commerce dans ce qui a muté, au fil des décennies, en « un laboratoire de ville à 90 % musulmane », « un ghetto ethnique ».« Maroc-enbeek », 97 000 habitants sur six kilomètres carrés : plus de la moitié sont des immigrés marocains ou descendants, concentrés dans la partie basse de la ville, le triangle « Comte de Flandre-Étangs noirs-Ribaucourt ».

La commune compte officiellement 24 mosquées, organisées par pays, dont quatre seulement sont reconnues par la région de Bruxelles-Capitale (les imams y sont payés par les autorités). Elle compte aussi des dizaines de lieux de cultes ou associations privés, dans les anciennes maisons ouvrières, que personne ne sait vraiment chiffrer ni surveiller. Seize des 24 mosquées sont contrôlées par un conseil consultatif (onze sont arabophones, deux pakistanaises, une africaine, une turque, une bosniaque).

Aujourd’hui, ce sont Abdelhamid Abaaoud, les frères Abdeslam, le Français Bilal Hadfi qui s’est fait exploser devant le Stade de France et qui vivait à Bruxelles  qui font la une des journaux. Hier, et la liste n’est pas exhaustive, c’était Hassan el-Haski, l’un des cerveaux des attentats de Madrid de 2004 (191 morts, 1 800 blessés) ; Mehdi Nemmouche, l’auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai 2014, originaire de Roubaix ; Ayoub el-Khazzani, qui a raté l’attaque du Thalys Bruxelles-Paris en août dernier ou encore des protagonistes de « la cellule de Verviers » démantelée lors d’un assaut policier mortel au lendemain des attentats de Charlie-Hebdo, de Montrouge et de l’HyperCacher en janvier.

C’était aussi les prédicateurs Jean-Louis Denis dit le Soumis, Fouad Belkacem aujourd’hui derrière les barreaux (il a pris douze ans en février). Ce dernier, à la tête deSharia4Belgium, prônait le djihad armé entre Anvers et Bruxelles. En 2012, une quinzaine de membres de son groupuscule salafiste ont provoqué des émeutes avec la police de Molenbeek en réaction au contrôle d’identité d’une femme en niqab dans le tram (cette dernière s’était rebellée et avait cassé le nez d’une policière).

« La ville est pour eux un arrondissement de Paris comme Anvers, une annexe des Pays-Bas. Ils peuvent s’y procurer facilement des armes, des faux papiers grâces aux filières criminelles, se planquer grâce à la densité de logements et se fondre dans la population de type arabo-musulmane », analyse l’anthropologue et militant associatif Johan Leman. Il a suivi toutes les mutations de la commune, de l’arrivée des premières générations d’immigrés venus travailler dans les mines, creuser le métro bruxellois aux premières radicalisations de leurs enfants nés sur le sol belge. C’est ici aussi que les Tunisiens Dahmane Abd el-Sattar et Bouraoui el-Ouaer ont fomenté l’assassinat du commandant afghan Massoud tué deux jours avant le 11 septembre 2001 sur ordre de Ben Laden.

El-Sattar était l’époux de Malika el-Aroud, « la veuve noire », muse du djihadisme belge, deux fois femme de martyrs (elle s’est remariée avec Moez Garsallaoui, un Belgo-Tunisien tué par un drone au Pakistan en 2012). Fille d’ouvrier marocain, condamnée en 2008 à huit ans de prison et désormais sous le coup d’une procédure de déchéance de nationalité, elle avait envoyé vers l’Afghanistan des dizaines de jeunes.

Le Franco-Syrien Bassam Ayachi, « cheikh » sulfureux, doyen des terroristes belges en Syrie où il est retourné en 2013, avait présidé à l’époque son mariage religieux avec el-Sattar. Il a dirigé pendant vingt ans, avec son fils (mort en Syrie en 2013), le Centre islamique belge (CIB) de Molenbeek. Un sanctuaire du salafisme radical, démantelé seulement en 2012 par la justice, qui a envoyé de nombreux combattants vers l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie.

D’abord ouvrier à la régie des transports de Bruxelles, puis gérant d’un café fermé suite à une affaire de stups, Abdeslam est un petit trafiquant de cannabis qui n’apparaissait pas comme spécialement religieux. Il arbore un look de minet, aime les filles, la fête et les joints. C’est un ami de longue date d’Abdelhamid Abaaoud, lui aussi né à Molenbeek et considéré comme l’un des cerveaux des attentats du 13 novembre. Les deux copains de fiesta ont commis ensemble un braquage qui leur vaut d’être emprisonnés en 2010.

Stéphane, un témoin, a raconté qu’Abdeslam avait, au printemps 2015, un domicile à Dunkerque, où il trafiquait du cannabis. « Il était radicalisé à fond. Il pensait que la musique rock était une perversion, il ne fallait pas fumer ni boire, les femmes devaient être toutes voilées sinon c’était des putes. » Ce qui n’empêchait pas Abdeslam de boire, de fumer et de multiplier les aventures. Les enquêteurs ont retrouvé la trace de plusieurs de ses virées au Golden Palace, un grand casino du centre-ville de Bruxelles. Il y a même été repéré avec son ami Ahmed Dahmani, boxeur amateur à ses heures, interpellé à la fin de novembre 2015 en Turquie. Ce dernier aurait fait des repérages à Paris en amont des attentats.

Stéphane raconte qu’en mai 2015, le jeune homme l’a emmené jusqu’à sa voiture, lui a montré deux kalachnikovs, un pistolet automatique et des grenades stockées dans le coffre. Abdeslam l’a ensuite conduit dans les bois avec des amis pour lui apprendre à utiliser le matériel.

Le témoin a ajouté s’être rendu à plusieurs reprises avec Abdeslam à Chartres, pour y rencontrer un imam de la ville voisine de Lucé, avec lequel il entretenait une relation téléphonique, et qui lui demandait de lui ramener des « jeunes perdus ». C’est donc probablement lors d’un de ses voyages à Chartres qu’Abdeslam a rencontré Ismaël Mostefaï, l’un des kamikazes du Bataclan.

Toujours lors d’un déplacement à Chartres, Stéphane raconte qu’Abdeslam lui aurait confié avoir rencontré en Belgique Amedy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher en janvier 2015. Abdeslam aurait ajouté qu’il comprenait l’attentat de Charlie Hebdo mais « qu’ils n’auraient pas frappé assez fort ». Lors d’une conversation avec l’un de ses frères, Abdeslam n’aurait, toujours selon le témoin, pas évoqué de projets précis d’attentats, mais les deux hommes auraient parlé de « lieux où ça pourrait faire mal », comme des « concerts de musique rock parce que c’est la perversité selon eux ».

Pendant la même discussion, en juin 2015, Stéphane se souvient enfin d’une question qu’il a posée à Abdeslam et dont la réponse lui avait « fait peur »: « Ma question était la suivante : « Si tu rates ton coup, qu’est-ce que tu fais ? Tu vas foutre ta vie en l’air. » Sa réponse a été : « Si je me loupe, je n’attendrai pas qu’on vienne m’arrêter, j’irai jusqu’au bout. » »

Il est contrôlé le 14 novembre 2015 à 7 h 11 après avoir quitté Paris, puis à 9 h 10 par la gendarmerie de Cambrai, au poste-frontière, en direction de la Belgique, au volant d’une Golf. Avec lui, Hamza Attou et Mohamed Amri, qui avaient été contrôlés en venant le chercher, dans le sens Belgique-France, dans la nuit du 13 au 14 novembre, à 3 h 44.

Abdeslam leur raconte avoir participé aux attentats et tué des victimes depuis une voiture. Il leur dit aussi que son frère Brahim s’est fait exploser avec une ceinture. Pour que celui-ci soit connu du monde entier, il laisse dans la voiture qu’il a abandonnée un papier d’identité de son frère, explique-t-il encore, comme cela a été fait après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Une fois arrivé en Belgique, Salah Abdeslam est pris en charge par Ali Oulkadi, qui sera arrêté le 23 novembre dans une opération menée par la police belge. Abdeslam parvient malgré tout à s’enfuir, jusqu’à son arrestation vendredi.

Le ministre des affaires étrangères, Didier Reynders, a évoqué l’aide « de proches, mais aussi de réseaux criminels » dont aurait bénéficié Salah Abdeslam. « Pour tenir en cavale pendant quatre mois, il a manifestement bénéficié de plusieurs réseaux de soutien. Il avait des amis issus du milieu criminel, d’autres du milieu de la radicalisation islamiste et puis ses amis d’enfance et de quartier », a expliqué, à l’AFP, Louis Caprioli, ancien chef du contre-terrorisme français à la Direction de la sûreté du territoire (DST).

Dans la liste, il faudrait ajouter les services belges. En effet, ceux-ci n’ont pas donné suite au renseignement d’un informateur évoquant, dès l’été 2014, un an et demi avant la vague d’attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, la menace représentée par les frères Salah et Brahim Abdeslam. Le 20 mars 2015, l’Office central d’analyse de la menace, qui fixe le niveau d’alerte et reçoit les informations de divers services officiels, a cependant intégré Salah Abdeslam dans sa liste des djihadistes potentiels. Cette liste est notamment envoyée – en juin apparemment – à la maire de Molenbeek et au commissaire de la police locale. Interpol en disposera également.

Le 8 mai, la police fédérale estime, quant à elle, qu’il est apparemment impossible de prouver les renseignements de la police locale. Le 29 juin, le parquet fédéral classe l’affaire, soit quatre semaines avant un voyage de l’intéressé en Grèce, où il rencontre Ahmed Dahmani, qui aurait effectué des repérages à Paris et a été arrêté en Turquie peu après les attentats. Au début du mois de septembre, Salah Abdeslam est en Hongrie pour y récupérer deux complices impliqués dans les attentats parisiens. « Ces gens ont circulé, loué des maisons, acheté des détonateurs », s’étonne Philippe Moureaux, l’ancien maire de Molenbeek, évoquant les « failles » des enquêtes.

Le Comité P, un organe de contrôle externe des polices, au service du Parlement fédéral, a rédigé un texte intermédiaire retraçant le fil des investigations. Le Comité P disposerait du témoignage de policiers ulcérés par la manière dont leur hiérarchie a traité le dossier Abdeslam.

Reste que la police belge est toujours à la recherche de plusieurs individus dans le cadre des enquêtes sur les attaques de Paris et Saint-Denis.

En tête de la liste figure Mohamed Abrini. « Corpulence athlétique, 1,80 mètre, cheveux foncés, yeux bruns, visage fin, dangereux et probablement armé », décrivait le mandat d’arrêt émis par le juge français le 24 novembre. Ce Belgo-Marocain de 31 ans, bien connu des services de police pour de multiples vols et détentions de drogue, avait été filmé le 11 novembre dans une station-service de Ressons, dans l’Oise, en compagnie de Salah Abdeslam. Mohamed Abrini était au volant de la Clio noire qui a servi deux jours plus tard aux tueries. Le 12 novembre, il avait de nouveau été repéré en Belgique dans une station-service près de la frontière française dans une des voitures du convoi qui conduit les assaillants à Paris.

Mohamed Abrini, qui avait longtemps travaillé dans un snack-boulangerie de Molenbeek, est également soupçonné d’avoir séjourné en Syrie en 2015, alors qu’il avait affirmé à ses proches être parti « en vacances » en Turquie. Un de ses petits frères, Souleymane, 20 ans, y est mort en 2014 après avoir combattu dans la katiba (« brigade ») Jaïch Al-Mouhajirine wal Ansar (« armée des émigrants et supporteurs » – groupe djihadiste affilié à l’Etat islamique), d’Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats parisiens, et tué lors de l’assaut des forces de l’ordre à Saint-Denis, le 18 novembre.

Deux autres hommes, les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, sont également recherchés depuis la perquisition d’un appartement, où Salah Abdeslam était probablement caché, qui a viré à la fusillade, mardi, à Forest. Khalid El Bakraoui aurait loué ce logement sous un faux nom, de même qu’une cache à Charleroi (sud de la Belgique) occupée par l’un des commandos des attentats de novembre juste avant leur départ pour la France. Ce Bruxellois de 27 ans est connu des services de police : il a été condamné à cinq ans de prison en 2011 pour des vols de voitures avec violence. Son frère, Ibrahim El Bakraoui, a, lui, été condamné à Bruxelles pour avoir tiré sur des policiers à la kalachnikov après un braquage en 2010, selon le journal La Dernière Heure.

Mediapart / Le Monde / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 21, 2016

Portrait de Guy-Ernest Debord en adulescent (22 clichés)

 

 

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Publié par : Memento Mouloud | mars 18, 2016

Une chanson pour Barbarin

Publié par : Memento Mouloud | mars 18, 2016

La droite la plus bête du monde ?

Le 19 mars 1962 ne marque pas tant le cessez-le-feu durant la guerre d’Algérie que la fin de l’empire colonial français édifié par la IIIème République. 90 % des français soutenaient cette décision et ils n’étaient pas tous anticolonialistes, au même titre que de Gaulle à qui cet épithète aurait paru incongru et pourquoi pas bouffon.

De Gaulle a pris cette décision après le désastre de Suez, après la défection américaine, après que les Etats-Unis avaient refusé toute place à la France dans un directoire où elle aurait été à parité avec le Royaume-Uni et la puissance tutélaire. L’Algérie était une charge et de Gaulle n’avait pas l’intention de traîner un boulet, ni même de maintenir sur place une armée permanente dont les objectifs auraient été de transformer le pays en une sorte de Fédération où le quart des citoyens auraient été musulmans et pour les ¾ d’entre eux pauvres et illettrés.

L’Algérie était un fardeau et une pétaudière dont il ne pouvait sortir rien de bon. De Gaulle a pris la seule décision qui s’imposait rompre et au plus vite. Il n’avait pas prévu l’exil des pieds-noirs mais, dès lors qu’il se déroulait, son gouvernement s’est débrouillé pour qu’il se passe sans trop de casse. En revanche, il a clairement laissé tomber les harkis parce qu’il refusait que la triple rancœur d’une partie des officiers, des sympathisants de l’OAS et des pieds-noirs ne s’apparie à une quatrième, franco-musulmane.

On appelle cela la raison d’Etat et la politique comme le disait Lénine est rarement un dîner de gala ou une opération humanitaire blanche, de celle pour laquelle Merkel se voit décerner des lauriers. De Gaulle a choisi de préserver les chances de la France de rester une puissance moyenne, en attendant que les deux blocs se fissurent. Sur le moyen terme, le cours de l’Histoire lui a donné raison, la mémoire lui donne tort et aussi l’équation électorale propre aux rivages méditerranéens et aux abords de la Garonne.

Les dirigeants de la droite ont choisi cette mémoire partisane, la mémoire des rancoeurs conjuguées et des équations électorales démagogiques parce que l’intelligence des situations leur est parfaitement inconnue et qu’ils ont pour maîtres vénérables, l’opinion et l’argent, comme disait le méchant Maurras

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