Publié par : Ivan Kruger | avril 13, 2021

Timeline (1) : Ségolène et les chics types

 

Sur le site de la candidate, une photo prise en plongée, la vue est oblique, on sent un zoom optique arrêté en chemin. La femme sourit, l’éclat de ses dents blanches se détache d’une veste rose. Entourée d’hommes qui la pressent, comme dans une cohue, elle appâte du regard, « rejoins-nous » qu’elle dit, alors me vient Jeanne d’Arc. Ségolène entend des voix, vox populi, vox dei. Elle nous appelle mais elle est aussi appelante. Ce qui la meut n’est pas la vox dei, ni la vox populi mais un évènement qui la constitue comme femme et comme sujet, le procès qu’elle intenta à son père. De ce procès date son entrée en politique et à l’ENA, sa carrière, sa rencontre avec François Hollande, puis les quatre enfants qui se succédèrent. L’amour qui pond. Elle cherche. Elle veut remplacer la vieille race des hommes qui l’a tenue dans l’ombre. Son dernier homme à elle, à elle toute seule, son amour secret pour lequel elle était déguisée en bergère, en paysanne, en tout ce qu’on voudra fut le vieux Mitterrand, le vieux cancéreux, celui qui la guida du doigt vers le Poitou, ses marais, ses réserves naturelles et son Chabichou.

Son premier maître, parce qu’il lui faut un maître, fut Jacques Attali qui l’accueillit au secrétariat général de l’Elysée de 1981 à 1988. Elle établit fiches sur fiches, elle bombarde, elle voudrait bien exister mais pas encore. Le vieux la tient dans un recoin, une alcôve, juste derrière, mais tout de même loin, très loin derrière l’astrologue. Elle lui doit le parachutage dans les Deux-Sèvres au sein d’une circonscription, Saint-Maixent l’École, acquise à la droite, toute imprégnée, d’une tradition militaire et catholique, qu’elle connaissait bien, pour y avoir mordu la poussière et déchiré d’angoisse les nuits, où l’on éprouve, un sexe si faible qu’on se dit qu’on n’est rien. Enfin c’est sa légende ou plutôt la légende de sa mère, Hélène. Car Ségolène c’est du toc et de la mauvaise graisse, rien que du vide qui sonne. Tu te souviens Jean-Paul Jean qui avait emprunté 50 mille balles à sa famille, sûr de perdre mais avec Tonton pour toujours et à jamais. Laisse pas béton, ben lui, il a tout laissé, les 50 mille et le reste, futal, slip, carrière, un vrai carnage. Tu t’étais assise auprès de lui, sans gêne. Comme toujours tu avais voyagé en première et descendu les marches en seconde. Je ne sais pas si tu traînais des chabichous dans ton barda et puis une coiffe de paysanne. Mais tu as gagné ton pari ou le hasard l’a gagné pour toi. Le candidat de droite était nul, tu étais nulle, te voici avec 552 voix d’avance. Vox Populi, Vox Dei, déjà.

Marie-Ségolène devait au Vieux son premier poste de ministre de l’environnement. Elle y gagna des connaissances précises sur un secteur clé du capitalisme contemporain et du financement des campagnes électorales, elle lui devait de croire au mystère de l’incarnation. Lorsque mourut le grand homme qu’il était pour elle, plus besoin de maître, la cheffe, c’était elle, un point c’est tout. Sous Jospin, elle fut ministre délégué à l’éducation, épuisa la moitié de ses collaborateurs en deux ans puis Allègre supplia qu’on l’envoie à la famille. Un poste pour elle, taillé à la mesure de son Sourire et de ses apartés de plateau. Elle pourchassa le pédophile, le père abusif et plus avant, l’impossible lieu de l’innocence qu’elle prétend circonscrite aux culottes courtes des joyeux bambins. Mais elle n’en croit rien. Elle le dit mais ne le pense pas. De la trique pour les morveux, qu’on leur baisse le froc et qu’on leur apprenne à vivre. A la dure. Ordre juste.

Elle croit en l’avenir de l’Homme comme chantait un certain pédaleux moscovite. Elle initia donc des politiques de soutien aux jeunes femmes débutantes dans le désir. L’homme jouit en égoïste et la femme s’affole dans l’utérus. Ségolène avait trouvé la parade. Elle permit l’accès des jeunes filles en fleurs à la pilule abortive et entreprit, dans la région qu’elle présidait depuis 2004, de rendre gratuit, l’accès à la contraception, pour les chaperons rouges des lycées professionnels. On le voit, Ségolène n’est pas une bonne sœur des pauvres, une sainte ni touche comme la présentent des journalistes, mais une croyante, une maman, une vraie maman des années 80 comme chantait Sardou.

Ségolène est une mère léguée par le baby-boom, une mère qui écoute et tance, une mère que ses enfants admirent parce qu’elle a su s’imposer, comme on dit dans le monde des éléphants. C’est une mère sans âge, liftée, liposucée, recousue, réalignée, éternellement jeune, toujours prête à quelque croisade, contre la cigarette, le cancer, la drogue, les profs absents, les patrons voraces, les sauvageons turbulents, les parents indignes, les femmes battues, le climat calomnié, le racisme primaire, la pollution irresponsable, une sorte de sorcière bien aimée qui aurait pris vingt piges. Alors, Ségolène provoque la même exaspération qu’on éprouve devant les mamans trop proches et voraces d’aveux, les mamans dopées à la moraline et au sens commun, les mamans qui n’en finissent jamais d’être gentilles et sûres de leur bon droit à fouiller dans les tiroirs, ces mamans inquisitrices qui pullulent au contact du matriarcat fantasmé. Avec Marie-Ségolène, pas de doute, on naît dans l’espace forclos du féminisme bon pied, bon œil, on est franc du collier et on prend la pilule du lendemain, on est pour les partenaires à l’essai et pas si tendre, on éructe un flot de phrases si dépourvu d’humour qu’il accouche d’un monde blafard qui ne donne envie de rien sinon de dormir.

Avec Ségolène, s’esquissait, un souffle, une incarnation subtile de renouveau cyclique, sous le drapé du nom de femme qui la portait, selon les sondés, dans les préférences des français. Ce que veut la gauche, c’est du lien, ce que lui donna Ségolène, c’est une Figure, mais une figure perdante de série mal faite avec pour titre : la candidate. Ce qui s’échangeait, un fantasme, ce qui advint ne ressemblait qu’à ses instants où on se décide à vider du frigo les produits périmés, en négligeant le tri sélectif.

Publié par : Ivan Kruger | avril 10, 2021

Sonnet (1) : pour le masque de fer

Quelque nom disparaît sur la ligne du temps

C’est parfois pour un tour, un écrit sur barbon

On se dirait qu’il éclaire le livre absent

Des yeux se détachent, luisent et se défont.

Il s’appelait valet Eustache, Eustache Danger

Il était l’inconsolé, le silencieux

On disait aussi Marchioly en dernier

Car il pendait à la lanterne des pieux.

Ce qu’ils sont, nul ne le sait vraiment accomplir

On les écrit, on les publie, on les oublie

Catilina, Ulysse, Booz les endormir.

C’est encore le plumage qui les délie

Les noms paraissent dit-on toujours pour de bon

Les noms, sémaphores des vastes illusions.

Publié par : Ivan Kruger | avril 10, 2021

5 Fragments (2)

Ici-bas la Cuisine en calme bac. Le tombeau n’est pas en terre, il est en toi.

Le migrant, l’immigrant, le sans-papier, le clandestin, est aimé pour ce qu’il n’est pas. Il est le triple visage de l’effroi, du mensonge et de la jouissance rêvée. Sa mutilation patriotique le qualifie pour à peu près tout.

Nous sommes incapables de Réel. Nous le percevons, l’éliminons, le masquons, le délirons, le discourons, l’imaginons parce qu’il est le plus dérisoire, le plus visqueux, le plus innommable de tous les êtres.

Le hasard est un calcul que déjoue tout Réel.

Ils aiment le migrant, le sans-papier, le clandestin, l’immigrant de loin, de très loin, puisqu’ils en parlent.

Publié par : Ivan Kruger | avril 8, 2021

5 fragments (1)

Le problème de l’Immigrant, du sans-papier, du migrant, du clandestin c’est de n’avoir aucune patrie. Il occupe un lieu qui n’est pas le sien parce qu’il n’a plus aucun lieu.

Le fou veut que le Réel le reconnaisse.

Tout pouvoir est arbitraire comme l’amour et la fortune.

Pose-toi cette question simple : qui est le double ?

Le Réel ne s’explique pas. La seule chose qui puisse s’expliquer ce sont nos instruments.

Publié par : Ivan Kruger | décembre 1, 2020

De Gaulle 1964

La France est un pays qui vient de loin, elle a été à certaines époques, elle aussi, un mastodonte, elle ne l’est plus pour le moment, elle a beaucoup souffert et perdu, dans l’espace d’un siècle. Elle se trouve aujourd’hui avec deux colosses, vous-mêmes, l’URSS pour le moment, et des pays dont la situation est elle aussi diminuée comme l’Angleterre ou l’Allemagne, enfin des pays qui apparaissent, dont la figure n’est pas encore dessinée comme la Chine. Dans cette situation, la France doit être elle-même. Si elle cesse d’être elle-même, c’est à dire précisément d’avoir sa politique, elle disparaîtra. Il restera des cuisiniers, des journalistes, des politiciens français, mais pas la France.

Échanges avec Robert Anderson, 30 mai 1964.

Publié par : Ivan Kruger | novembre 28, 2020

La police en noir et blanc

La police a ses bonzes, ses tireurs de ficelles et ses affidés. La police est en France devenue un parti. En langue française, une milice. C’est même le seul parti qui tienne depuis que la gauche s’est suicidée en abandonnant sur la rive le cadavre de la Révolution, la pensée que le monde ne soit pas cette sorte de dystopie en acte qu’il est devenu.

Le seul parti qui soit autre que celui de la police, encore qu’il y touche c’est le fascisme français, ce conglomérat de rage conservatrice et de haines masochistes. La propriété et les sept couleurs, c’est son kaléidoscope. Bien sûr les fascistes français préfèrent se nommer eux-mêmes réactionnaires, c’est plus chic mais dans les faits ils sont fascistes pour la simple raison qu’ils acquiescent à la mise à mort de tout ce qui n’est pas eux, ni ne sert leurs intérêts immédiats et leurs petites perversions subventionnées et quelque peu secrètes, parfois honteuses mais bon on a les perversions qu’on peut. Il suffit d’en demander la liste à de Villiers ou de scruter les minables fantasmes de négresses enchaînées des rédacteurs de Valeurs actuelles qui rejoignent les paroles nazies sympas sur les putes à nègres qui n’apprécient pas le bon vieux temps des colonies comme le chantait le très engagé Michel Sardou. C’est comme ça que causent les réacs quand ils se lâchent. Aussi la moindre parole de travers d’un négrillon, d’un bicot, d’un islamo-gauchiste, d’un libéral de gauche, d’un révolutionnaire, d’un anarchiste, d’un zadiste, les offusque. Ils voudraient transformer l’offense en affront.

En France la police se charge d’appliquer les sentences, celles du parti gouvernemental mais aussi, parfois, celles du parti fasciste informe qui prétend s’y opposer pour prendre les places mais aussi toute la place sur le modèle orbanesque ou polonais ou poutinien, Erdogan étant par trop exotique. Aussi Macron s’en indigne. Cacher ce visage amoché que je ne saurai voir. Lui, ce grand défenseur de la liberté d’expression qui a érigé le secret des affaires en impératif catégorique et transformer le droit de manifester en montre de la soumission. Comme l’a dit la procurEure aux ordres à Romain, le gilet jaune, à ce Romain aux neuf mois fermes, le droit de manifester doit être sans tâche, il doit être indolore, si possible insignifiant, la police en marque les frontières.

D’un côté la série Rémi Fraisse, Cédric Chouviat, Romain. Deux morts, un condamné politique. Tous blancs. Il y a bien quelques murmures mais la geste ne suit pas. Les morts blancs assassinés par la police ou la gendarmerie, les fantômes blancs de la répression menée par le parquet et ses juges mains propres comptent assez peu. Les fascistes les conchient, le gouvernement les enterre, les gauches intersectionnelles ne savent même pas qu’ils existent.

De l’autre, Théo, Adama, le producteur. Tous noirs et c’est la levée des boucliers, les cris, le tintamarre. Non seulement on se lève, comme pour une pub Danone mais on s’indigne. Du côté des fascistes c’est évidemment la curée, les nègres en prison, de surcroît des voyous, aux muselières les gars. En effet, Théo comme Adama ne sont pas des innocents, ils auraient donc mérité, l’un sa matraque télescopique dans le cul, l’autre de mourir suite à un étouffement collectif. Dans un pays où on traite des êtres humains comme des cageots de légumes en leur faisant de petits croche-pattes pour s’amuser, dans un pays qui compte pour rien et par centaines chaque jour la mort de personnes le plus souvent âgées et qu’on aurait pu sauver, il est d’ailleurs normal de tabasser un type dehors qui la ramène, un petit dealer ou un gamin qui parlent de travers.

L’ordre est à ce prix. Sans doute, mais il faut se demander, quel ordre ?

Publié par : Ivan Kruger | novembre 26, 2020

L’État d’exception permanent

La loi de sécurité globale prolonge ad nauseam l’état d’exception pour la raison assez simple que celui-ci est le réel et le seul réel. Ce que le covid a permis de voir ou plutôt a grossi c’est l’absence de toute politique autre que bouffonne avec ses travers, ses mesures vexatoires et loufoques, ses forts en gueule et ses clowns, tristes ou non. Et je ne parle pas de la seule France mais du monde entier. Ce n’est pas une passade c’est une nécessité. Dans un monde où toutes les conditions d’existence sont aux mains de ce qui s’appelait le Capital, c’est la politique qui a disparu puisque plus rien ne s’oppose à sa domination. Il faut bien agiter ici ou là un mafieux mexicain ou un Etat islamique fantôche mais c’est un règlement de comptes interne à la conférie qui se manifeste, sûrement pas un combat entre ennemis. Ce sont les aléas du blanchiment et de la lutte des places. Il y en aura d’autres et à toutes les échelles. Il suffit d’observer les révolutions depuis 1989. Aucune n’a mise en cause le droit de propriété et ce sur les cinq continents voire les sept si on compte les glacés et les immergés. En attendant la Lune ou Mars, bien entendu.

Tout le monde veut participer et les banques centrales arrosent. Bien entendu en fonction de l’altitude du ruissellement les parts ne sont pas les mêmes et pour certains, nulles, mais c’est bien ce qui se passe. On montre la magnificence d’un système qui relance à n’en plus finir à des taux négatifs. Même en proclamant que les billets sont du papier-cul et rien de plus, les peuples attendent la manne. Ils sont fiduciaires en diable. Les commis jouent leur rôle éthique : la relance sera verte, le capital sera propre. Tout va bien. Mais attention les gars, on va s’endetter. La carotte et le bâton. Le double bind en boomerang. Toute une planète schizo qui s’affole parce qu’elle ne rêve plus puisqu’elle applaudit ou maugrée ou déprime/

Les peuples vocifèrent qu’ils veulent bosser ou qu’ils sont contraints, entre servitudes et esclavages, qu’ils s’en tapent du virus et des masques, qu’ils s’en branlent vraiment qu’on meurre ici ou là. Ils disent « on n’a pas le choix ! ». Ils jouent les résignés. Et toutes les voix entérinent. Ils n’ont pas le choix, c’est la vie.

Il me semble qu’un tel dégré d’asservissement n’a jamais été atteint dans l’Histoire mais la fête continue en attendant la réouverture des bars, des coiffeurs et des pistes de ski. Le bonheur est à portée de cravache.

Donc le projet dit de sécurité globale poursuit sur la lancée. Quand la politique est morte, la police prend le relais car le Capital comme tout pouvoir s’appuie sur la force et non le marketing. Les pauvres policiers harcelés par des méchants voyous pourront enfin faire leur travail et les gilets jaunes énucléés compter leurs mois de prison avec des bâtonnets Carrefour et de l’hydrogel Intermarché. Google vendra ses boites noires et ses prédictions affinées mais aussi ses études de Big Data à la nouvelle police des mœurs qui n’a pas besoin de visages, ni de mains, encore moins de floutages. On organisera à une échelle sans précédent une vaste expérimentation scientifique à base de vaccins produits et mis au point dans la précipitation et les effets d’annonce en attendant les secondaires voire la suite infinie des variations des effets qui comme ceux du glyphosate ne pourront être documentés comme il se dit dans la novlangue centrale. Laurent Alexandre ou Gérald Bronner pourront parader à propos des complotistes, des biais cognitifs et des mille-feuilles argumentatifs c’est leur job de domestiques assermentés.

Le Dharma a avalé l’Histoire et toutes ses narrations, on se révolte pour une taxe carbone de trop et lancés par BFM puis on baisse le rideau par peur de la fessée. Au final, on va voter avec des gants et des masques contre la peste brune d’un côté, les islamo-gauchistes de l’autre et sortent de la boite transparente, Sarkozy, Hollande, Macron, les frasques de DSK, les mafieux corses de Julie, la culotte de Pénélope et le slip de Benalla, la série est un mauvais soap, elle s’appelle House of Cards mais le décor reste en place, il pourra toujours servir.

Hold-up est une sorte de collecteur de rancoeurs avec autant de visages que de facettes du ressentiment. Un manifeste lourdingue sans humour aucun. Juste fiel et fiente comme assaisonnements. Un montage du dernier homme dans ses avatars qui vont du physicien sur la touche à Mamadou, un chauffeur de taxi, sans doute parisien. Pas besoin d’aller bien loin pour savoir à quoi s’en tenir. La première image restitue parfaitement cette esthétique de chaîne de désinformation continue, elle restitue la pensée de notre temps pour laquelle ce qui n’est pas filmé n’existe pas. La figure donnée au SARS-cov2 n’est pas une simple animation, elle est le personnage nécessaire aux idolâtres de tous bords. Il faut qu’ils voient parce qu’ils ne veulent pas penser parce que penser est trop difficile pour ne pas dire déprimant puisqu’on s’y retrouve en bonne compagnie. C’est à dire sans nos contemporains. Comme le disait Nietzsche et déjà Machiavel, que les vivants me pardonnent… Comme le disait Pascal, Dieu s’est voulu caché. Cela donne une direction. Hold-up en prend une autre. Elle est familière à la France et aux français. C’est celle du bistrot et de la chambrée. D’ailleurs, on reconnaît parfaitement la voix de l’adjudant, celui qui crie, « tous des Jean-Foutre ! », je ne me rappelle ni son nom, ni son titre ma me ne frego.

J’ai tenu une demi-heure devant le samizdat cher à Slobodan Despot qui confond la science et le diamat, les instituts psychiatriques de feu le KGB et un hébergement chez Odyssée. Le samizdat en question se donne comme la voix de la majorité, c’est l’équivalent de l’opération gilets jaunes : mélange de vantardises, de fanfares chimériques et d’odyssée du néant avec quelques visages de pixels qui voudraient bien la place des califes. Trump leur a ouvert la voie, ils jappent donc.

Passons aux personnages de l’intrigue.

Il y a le physicien qui a déjà choisi. Entre les vieux et les jeunes, il est normal de sacrifier les premiers, c’est le cycle, c’est le dharma, mec. Comme personne ne demande de sacrifier qui que ce soit, la véritable pensée du bonhomme est simple : un vieux sans qualité, soit sans argent, est un vieux sans utilité, un vieux qui mérite de mourir puisqu’il ne mérite pas qu’on le sauve. Le physicien devrait être rassuré, la Belgique, l’Espagne, le Québec, les Etats-Unis, la France, la Suède, le Royaume-Uni, pour ce que j’en sais ont largement appliqué le programme. Visiblement, il est soutenu par une majorité. C’est ça la démocratie.

Il y a Mamadou et sa parabole. « Je perds le contrôle du véhicule, devant moi un groupe de 25 personnes, sur le bas-côté une seule » et ben Mamadou lui choisit de foncer sur le « une seule » alors que le gouvernement, lui, fonce sur les 25, ça s’appelle le confinement. Résumons ce petit traité d’albophobie ordinaire mis en musique par les monteurs de Hold-up. Le « une seule » ce sont les vieux ; tous blancs ; tous à jeter à la benne. Le 25 c’est les français de maintenant, les français en rayures, black-blanc-beur comme disait Pasqua. Evidemment si les vieux en question avaient été noirs comme au bled, il n’est pas sûr que Mamadou aurait utilisé la même parabole. Mais l’albophobie ordinaire, dans ce pays, est invisible mais très audible.

Il y a Rachid, autre taxi. Rachid n’est pas albophobe ou en tout cas comme il s’adresse à un toubab, il lui vante les technologies françaises et leur oppose les blouses et les Charlottes en sacs poubelle. Son jeu de mains appuie son interjection, « on est où, là ? au Sri Lanka ? ». Zemmour avait choisi le Togo mais Rachid est un afro-maghrébin, le continent est sacré. Alors comme on lui a dit que les chinois étaient puissants, que les pakistanais ont des hâchoirs, il se rabat sur les indo-européens qui restent, le Sri Lanka, Ceylan qu’il serait bien incapable de situer sur une carte et encore moins d’apprécier pour ce qu’elle est, l’extrême d’une même civilisation qui gît dans ce que Dumézil appelait l’idéologie des trois fonctions.

Il y a aussi cette autre scientifique qui mesure les communiqués de l’OMS à leur volume. De 2 à 16 pages, « de qui se moque t-on ? » qu’elle dit, la bouche tordue. Peut-être ne connaît-elle pas cette loi de toutes les bureaucraties selon laquelle la vacuité administrative se traduit en une civilisation du rapport illimité, empilé, débité et classé. Plutôt elle la connaît trop bien, chacun de ces gestes et chacune de ces mimiques le laisse entrevoir.

Je passe sur la montre de graphiques où le pic de mortalité, dû sans doute à une épidémie de rhinopharyngites, est attribué au premier confinement, où le nombre total de morts des cancers en France dépasse celui de l’ensemble des décès enregistrés, où le virus est présenté, comme Ebola ou le sida on imagine, comme l’ami de l’homme, au prétexte qu’une partie de notre génome comme celui de quantités de mammifères en est issu, où des clichés évoquent une brusque frénésie de dermatoses faciales, où un anthropologue regrette ce bon vieux temps de la politique véridique, Mitterrand ou Giscard sans doute, où un ancien directeur de Pfizer se dit honnête et crédule, ce qui ne va pas bien ensemble, où les jeux de mots subtils pleuvent « l’OMS c’est pas l’organisation mondiale de la maladie, hein ! », où les témoins de rue côtoient les diafoirus, tous euro-américains, tous au diapason de ce récit selon lequel une maladie qui n’en est pas une serait le support d’un asservissement sans précédent que seul un groupe héroïque de réfractaires, parfois gaulois mais pas toujours, aurait eu la clairvoyance de découvrir.

Si on est charitable, on y verra une sorte de gnose en kit. Ça me rappelle juste la série V.

Il est bien évident que ce genre de samizdat pour reprendre les bonnes nouvelles de Slobodan Despot empêche de se poser les questions réelles à propos de cette épidémie. On peut en lister quelques unes :

– Si presque dix mois d’études n’ont pu établir la généalogie animale du virus (chauve-souris, pangolin), il est bien évident qu’une origine laborantine de celui-ci ne sera jamais prouvée pour la simple raison que les outils de manipulation génétique en cours ne laissent aucune trace. Ce que semble donc réfuter ces études c’est l’hypothèse d’une zoonose dite « naturelle ».

– Si comme l’affirme une étude italienne, le Sars-cov 2 circulait dès l’été 2019 dans la péninsule et non pas en 2018, d’où vient réellement le virus ? Cela n’infirme en aucun cas, l’origine chinoise de celui-ci puisque la Chine populaire a systématiquement détruit tous les indices présents à Wuhan qui permettaient de progresser vers l’origine du covid 19. Néanmoins, la seule piste chinoise me paraît limitée parce que les laboratoires chinois, P4 ou non, ne travaillent jamais seuls et que la frontière entre recherche scientifique et applications militaires n’existe pas.

Pourquoi le nom de ce virus ou son genre grammatical n’a cessé de varier en dix mois : Corona, le covid 19, la covid 19, le Sars cov 2. L’administration Trump ayant tenté une autre étiquette : le virus chinois qui voulait dire deux choses : le virus qui vient de Chine et le virus fabriqué en Chine. Les autres noms indiquent l’existence d’une famille de virus déjà présents parmi les hommes voire l’année d’apparition de celui-ci ou le classement. Cette indétermination nominale est donc le signe du caractère inédit de la pandémie en cours.

– Pourquoi et comment ce virus, contrairement à la grippe convient parfaitement non pas à la destruction des pauvres, sinon l’Afrique sub-saharienne serait ravagée, mais à celle, presque exclusive, des personnes âgées ? Et consécution inévitable, pourquoi et comment, contrairement aux gouvernements du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan voire du Vietnam (je laisse volontairement de côté la Chine dite populaire), les gouvernements euro-américains ont-ils choisi de laisser mourir ces mêmes vieux. Je ne crois pas avoir jamais rencontré dans mes lectures historiques ce mélange, en temps de paix, de cynisme au petit pied, d’inhumanité admise, de sadisme tranquille qui consiste à confronter « nos anciens » comme dit le mari de Brigitte, à la mort, à la peur, au désespoir, à la folie hallucinée.

– Nous découvrons des éléments du virus qui ne semblent pas négligeables mais sont forcément mis de côté par les concepteurs des vaccins à ARN : une nouvelle portée d’entrée du virus, la neuropiline qui s’ajoute au récepteur ACE2 ; la découverte d’un gène chevauchant dont on ne sait pas quand il est activé ni quelle protéine il code (seul ou en collaboration). J’en reste aux hypothèses de base qui ne sont pas celles d’un chercheur comme Kupiec pour lequel le gène est un concept inutile voire inexistant.

– Sur la base des hypothèses admises, Pfizer, Moderna ou Astrazeneca ont choisi de tester un type de médicament inédit basé sur un ARN messager dont on ne connaît aucun des effets sur le mécanisme gène-codage-protéine dans les cellules humaines. Il est impossible de ne pas observer la corrélation entre cette expérience massive mais qui n’est pas annoncée comme telle et la baisse radicale d’efficacité des anti-biotiques, baisse qui prouve non pas le cupidité des big-pharma mais l’épuisement du projet moderne. En outre, une nouvelle fois, l’impératif humanitaire ou plutôt la morale conséquentialiste, ce que les médecins de masse nomment le rapport coût-bénéfice, transforme les patients covid en cobayes volontaires ou contraints (ce sera le deuxième temps).

– La modernité voulait éradiquer la maladie, la pauvreté, la souffrance. Les trois sont toujours aux avant-postes et attendent le quatrième larron : la guerre. Les quatre cavaliers n’ont plus qu’à rassembler les centaures.

– La modernité prétendait triompher de l’ignorance et elle aboutit, après plus d’un siècle de scolarisation, à la période la plus massivement idolâtre jamais enregistrée. Il s’en suit que les savoirs, leurs créations, leur diffusion, leur réception ne sont pas l’affaire de tous mais juste de ceux qui font l’effort de s’y consacrer. Ce sont nos brahmanes par opposition aux gardiens, aux gens de métier et aux serviteurs.

La modernité prétendait se fonder et fonder une démocratie rénovée et de masse guidée par des élites éclairées. Les élites ne sont pas plus éclairées que la noblesse française du XVIIIème siècle et les masses se choisissent des idoles dont la vulgarité, la bêtise, l’indécence et la cruauté sont le verre grossissant du mariage de la connerie et du crétinisme dont Internet et les réseaux sociaux ne sont que la caisse de résonance et aucun cas, la cause. Il devrait s’en suivre que la démocratie est un mirage mais un mirage dangereux toujours cousin de la tyrannie. Platon le savait déjà, nous continuons à l’ignorer.

Comme disait l’autre, on avance.

La droite française est politiquement, intellectuellement, moralement viciée. En un mot, pervertie. Elle peut toujours se trouver des excuses du côté de la gauche mais sans revenir au jeu de la poutre et de la paille, trouver que son voisin est un con n’induit pas qu’on soit intelligent.

Depuis que Zemmour a réhabilité le bon maréchal, le seul général français avec Mac Mahon et Bazaine qui n’ait jamais cherché à vaincre mais dont toute la carrière sénéscente est parcourue par une sorte de moralité aztèque qui consiste à sacrifier le maximum de français à sa gloriole étoilée, la droite a abandonné le seul chemin qui vaille, celui de Bernanos. Le problème de Pétain n’était pas son antisémitisme mais son acquiescement à toutes les lâchetés, son imbécillité stratégique, ses billevisées qui ont coûté à la France la plus grave défaite de son histoire. Cette défaite, le bon maréchal a préféré l’imputer aux français dédouanant l’occupant de toutes les saloperies et de tous les pillages qu’il pouvait commettre. Il n’a jamais pensé à un Iena 1940. Comme Roosevelt, il avait anticipé une sujétion de la France et de cette sujétion, il tirait jouissance. Ce type ne fut pas seulement ignoble mais à vomir. Que Zemmour le défende ne m’étonne pas, c’est de son niveau.

Je me demande jusqu’où et jusqu’à quand on tiendra pour séparable et non comme un rapport de cause à conséquence l’usage systématisé de la torture et des exécutions sommaires et l’abandon des pieds-noirs et des harkis comme on tire la chasse sur une guerre perdue de bout en bout parce qu’engagée sans honneur et poursuivie dans le mensonge et la mauvaise foi à coups de jets de tomates, de gégène et de corvées de bois et de chiotte. L’OAS était le frère jumeau du FLN, or l’OAS bénéficia de complicités et de sympathies, pas seulement parmi les pieds-noirs. La grande Zohra a bon dos mais ce qui s’observe c’est un passage, celui du tortionnaire au terroriste de masse, sans solution de continuité.

Désormais la droite est derrière l’historienne coloniale Julie d’Andurain qui soutient les pauvres plaidoyers d’Hubert Védrine et les « travaux » de Pierre Péan à propos de l’action française au Rwanda. Cette membre de la « commission de recherches sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsis (1990-1994) », chargée de rendre un rapport d’ici à avril 2021 est soutenue dans son ignorance, sa malhonnêteté, sa servilité par toute la droite historienne universitaire. Or il devrait être clair pour toute personne honnête que cette politique fut de nouveau honteuse et catastrophique car les deux vont de pair. Non seulement la France a appuyé un pouvoir au sein duquel un parti génocidaire s’est mis en place afin d’établir un dispositif et un protocole d’action planifié mais il a encadré une armée incapable de faire face au FPR de Kagamé et dont le seul objectif devint de liquider en masse et un à un tous les tutsis du pays avant de revenir à partir du kivu congolais. L’un ne va pas sans l’autre. La probable défaite des forces armées rwandaises face au FPR a entraîné les responsables autour du président Habyarimana à concevoir ce plan sordide : liquider démographiquement les tutsis afin que le FPR n’ait plus ni poissons ni eau où se mouvoir. Je doute que les espions et militaires français ne l’aient pas su, entrevu ou compris puisque ce plan a mis 4 ans à se consolider. Aussi, l’opération Turquoise confirme cette parfaite connaissance de la situation par les autorités françaises : elle a servi à cela, exfiltrer ce qui restait de l’appareil d’État et des forces armées rwandaises dans l’indifférence complète envers le génocide en cours. Non seulement seulement n’a servi de rien mais le processus a abouti à la disparition des intérêts français dans cette région du monde. Triple désastre mené sans doute par le Président néo-pétainiste de gauche Mitterrand mais aussi par les membres du gouvernement Balladur.

Comme d’habitude les français se sont divisés et n’ont rien abordé de ce qu’il fallait aborder. L’épée et le bouclier, Pétain, le brave vieux ou le vainqueur de Verdun, Laval salaud, le peuple aura ta peau, l’Algérie, ce crève-coeur et les coups de sirocco, le bled et le tigre se parfume au djihadisme, là rien de rien juste des combats de noirs dans un tunnel et à la machette encore, ah les sauvages, ah les pygmées. Mais le problème ne vient ni des youpins, ni des crouilles, ni des négros, le problème se résume en deux termes : la défaite et la perte de l’honneur, c’est à dire la transformation de la France en une nation bourgeoise, louis-philipparde, la France Guizot de Rosanvallon, la France du centre, un long et épais bâton merdeux, une Belgique du XXIème siècle.

Et les français belgifiés, américanisés, bourgeois en diable, ont la droite qu’ils méritent. Le pitre Goldnadel, le blédard Zemmour, la shampouineuse Le Pen, les affidés de la pochtronne Lévy, l’atrabilaire gâteux Finkie, le zombie Houellebecq tous à genoux devant l’imperator des latrines et des tweets cancéreux, Trump. Que cette France-là entérine la mort évitable de 100 mille français intubés d’ici avril 2021 au nom de l’avenir de la jeunesse, du saint Medef des peignes-culs entrepreneuriaux et de la jouissance sans entraves mais de droite néo-conservatrice, je n’en doute pas, c’est dans l’ordre des choses, c’est même comme disait Baudelaire un salut de fin du monde inertiel, logique comme le mal.

Publié par : Ivan Kruger | novembre 11, 2020

Le blasphème vu du Frankistan

Pour tous les frankistanais, le blasphème c’est dessiner des caricatures de Mahomet, le prophète. Je ne dis pas que le frankistanais est déjà un idolâtre mahométan mais il en prend le chemin lexical. Déjà, il utilise un article défini pour désigner Momo, le seul gars de sa catégorie, les autres étant éclipsés, ensuite le frankistanais déculturé jusqu’au trognon ne sait pas que blasphémer concerne l’atteinte à l’honneur de Dieu comme l’énonce un édit royal de 1651. Le blasphème est donc corrélatif du don de parole. Il peut concerner les graffiti mais c’est secondaire, ce qui importe c’est le performatif. En insultant le nom de Dieu, le blasphémateur se sépare, d’un coup, de l’union de l’Église (ordonnance royale de 1549). Cependant, les juges royaux ne sont pas des fanatiques, ils savent bien que le mot n’est pas univoque et ne désigne pas à tout coup l’hérétique. L’ignorance disent-ils, l’erreur, l’infirmité, la fragilité humaine, la légèreté et la lubricité de langue provoquent cette profération intermittente de serments per membra dei ou per dei posteriora. Par le sang ou la merde le nom de Dieu est souillé mais celui qui le souille ne mérite pas toujours le bûcher. Pour les adeptes de la fatwa c’est le contraire. L’entité Mahomet ou le Coran sont des sortes de reliques intouchables, le premier en tant que Père de la Horde, le second en tant que livre sans auteur humain.

Pour tout chrétien, pour tout français qui se respecte il n’y a de blasphème qu’en ce qui concerne Dieu ou son incarnation, Jésus, voire quand on est lyonnais et franc-maçon, la Vierge. Il n’y a pas de blasphème possible à propos d’un bédouin tourmenté qui affirme n’être que le transit de la parole de Dieu (à la fois transmise par l’ange Gabriel et qui peut émettre des versets réfutatoires d’autres versets en fonction des circonstances car, selon le Coran, Dieu est capricieux ; il ne sait pas trop où il y va, tantôt ici, tantôt ailleurs). Il n’y a pas de blasphème pour un homme qui affirme la nullité de l’Écriture comme c’est le cas de Momo pour lesquels juifs et chrétiens sont des trafiquants de la parole de Dieu. Des gens du livre peut-être mais des gens d’un livre truqué.

Il faut donc en revenir à saint Augustin pour lequel le blasphème consiste à affirmer des choses fausses au sujet de Dieu. En toute logique, un chrétien ne cherchera pas l’oecuménisme, il indiquera que le véritable blasphème se trouve dans le Coran puisque Jésus y est réduit au rang de prophète parmi d’autres. Je n’évoque même pas le ridicule d’une religion pour lequel Dieu prostitue des jeunes femmes fardées pour complaire à ses martyres masculins. Un chrétien véritable, pas un évêque frankistanais évidemment, sait parfaitement tout cela.

Quant à un athée ou un agnostique, comment peut-il, sans rire, évoquer l’existence d’un blasphème quelconque ?

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