L’anniversaire de la chute de Viktor Ianoukovitch a révélé le clivage des intellectuels de parodie français à propos de l’Ukraine. Pour le reste de la population, les ukrainiens sont à peu près aussi proches que les pygmées et Poutine est une sorte de personnage des Guignols si bien que toute la question se résume à un referendum sur le seul homme politique européen qui aurait des cojones grosses comme des pastèques.

Le dimanche 22 février, Bernard-Henri Lévy et sa mise en plis participait à la marche commémorative à Kiev, à quelques places du président Porochenko. Le mardi suivant, Éric Zemmour, ricanant, intitulait sa chronique sur RTL : « L’Ukraine est morte, mais il est interdit de le dire ».

Quand La Règle du jeu, revue de BHL, a accueilli à Paris les deux candidats à l’élection présidentielle ukrainienne, Petro Porochenko et Vitali Klitchko, les organisateurs firent scander aux participants « Gloire à l’Ukraine, Gloire aux héros » sans leur préciser la provenance du slogan : la guérilla de l’UPA de 1943, active dans la liquidation des juifs et des polonais. Or ce slogan fut remis sur la place publique par le KUN ou Pravy Sektor. N’importe l’alliance avec les antisémites exotiques est devenue une tendance lourde des engagements de BHL depuis l’affaire libyenne.

Dans leur rhétorique congelée de guerre froide, les défenseurs de l’Ukraine négligent la politique soviétique d’ukrainisation culturelle des années 1920. Celle-ci se doublait dans tout l’est du pays d’une ukrainisation démographique des villes : la proportion d’Ukrainiens passe de 7 à 31 % de 1923 à 1933 à Stalino (future Donetsk) et de 21 à 60 % à Lougansk, or cette population ne fut pas touchée par la grande famine des années 1931-1933. C’était une première dans l’histoire du pays, qui avait toujours connu des campagnes ukrainiennes « autochtones » dominées par des villes « étrangères » (peuplées de Polonais, de Russes et de Juifs). Avant la famine, la collectivisation forcée initiée par Staline en 1929 avait même eu pour effet d’accentuer ce phénomène : au grand dam des autorités, les paysans ukrainiens « dékoulakisés » qui n’avaient pas été envoyés au goulag, c’est-à-dire pour l’année 1931, à la mort, devenaient des ouvriers dans le boom de l’industrialisation : « À votre avis, où sont passés les exploiteurs dékoulakisés de notre arrondissement et des arrondissements voisins ? Aux Solovki ou dans la taïga, à retourner le fumier dans une exploitation de pauvres ? Détrompez-vous ! La majorité sinon la totalité d’entre eux travaille maintenant à Kramatorsk ou à Kostiantynivka, dans les usines. Enfin, qu’ils travaillent, ce n’est pas mal : mais que ce soit dans les usines, et jouissent des droits de l’ouvrier d’industrie, voilà qui est mauvais. C’est un grand danger pour la classe ouvrière ».

Aussi, l’équation « communisme = russification » est fausse, même si elle s’est imposée dans le mythe nationaliste ukrainien.

L’opposition grossière entre une Ukraine orientale formée de ploucs hostiles à l’Occident civilisé et un ouest subtil et raffiné ne tient pas debout. Le clientélisme et la violence sont roi et reine de part et d’autre. Ainsi l’existence de liens quasi-féodaux dans l’Est a permis au milliardaire-gouverneur Kolomoïsky de « tenir » la région de Dnepropetrovsk et d’aligner sur ses deniers personnels des troupes qui résistent aux séparatistes. Depuis il semble avoir été déposé. Et, si l’Ukraine occidentale a un tissu plus dense de petites entreprises, les petits patrons « patriotes » de l’Ouest savent aussi bien que les oligarques de l’Est transformer leur puissance économique en influence politique.

Invité par le Forum européen pour l’Ukraine tant à Paris qu’à Kiev, Volodymyr Vyatrovytch a été nommé directeur de l’Institut de la mémoire nationale d’Ukraine à la chute de Ianoukovitch. L’institut ukrainien, créé en 2004 sur le modèle polonais, est un « organe central du pouvoir exécutif » qui doit mettre en œuvre « la politique de l’État de restauration et de préservation de la mémoire nationale du peuple ukrainien ». Sous la rubrique des méfaits du « totalitarisme », il ne vise que le régime soviétique et n’évoque pas l’occupation nazie (une perte de population de 7 à 14 millions de personnes entre morts et exilés définitifs).

Quant à Vyatrovytch lui-même, il dirigeait auparavant le « Centre d’étude du mouvement de libération », organisme associé es-qualité à la conférence. Ce centre, au statut associatif et non universitaire, place au premier rang du mouvement de libération des organisations ethnicistes et fascisantes comme l’OUN-UPA de Bandera. Toute l’œuvre d’historien de Vyatrovytch est d’ailleurs consacrée au combat de l’OUN-UPA. Si ses deux principaux livres, Les Rapports de l’OUN avec les Juifs : un positionnement sur fond de catastrophe (2006) et La seconde Guerre polono-ukrainienne, 1942-1947 (2011) ont été reconnus pour leur apport documentaire, ils ont été critiqués en raison de leur tentative de nier l’antisémitisme de l’Organisation de nationalistes ukrainiens, ainsi que son rôle d’instigateur dans les massacres de civils polonais en Volynie en 1943.

Il n’empêche, les libéraux sont vent debout pour l’Ukraine, Laurence Parisot a récemment appelé à être « Tous unis derrière l’Ukraine » alors qu’au Cercle des libéraux Alexandre Melnik (aucun rapport avec feu Constantin) s’en prenait à « Une France pro-Poutine ».

Or le soutien de l’État français à la Russie est une tradition séculaire qui n’a pas commencé avec le contrat de vente des navires de combat Mistral. C’est une constante de milieux conservateurs privilégiant le pseudo-intérêt de l’État et considérant que la stabilité internationale dépend moins du respect des frontières que du poids respectif des acteurs censés l’assurer. Dans ce cadre de pensée, Vladimir Poutine est la divine surprise qui semble incarner la prophétie de De Gaulle en 1920 : « Le bolchevisme ne durera pas éternellement en Russie. Un jour viendra, c’est fatal, où l’ordre s’y rétablira et où la Russie, reconstituant ses forces, regardera de nouveau autour d’elle ».

Au début de la crise ukrainienne, le soutien à la Russie était d’ailleurs minoritaire même à droite et largement cantonné au Front national. Les récentes avances de François Fillon et Nicolas Sarkozy vis-à-vis de Vladimir Poutine indiquent qu’un vent d’est souffle de nouveau sur la droite « classique ». On peut y voir l’influence d’individus évoluant entre des publications de droite radicales et Le Figaro, écrivant dans des revues aux prétentions académiques comme sur des sites militants. Mais, sur le fond quelque chose a bougé dans l’establishment.

À cet égard, l’évolution de l’historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse est instructive. En septembre, elle renvoyait dos à dos les présidents Porochenko et Poutine dans leur obstination. Quatre mois plus tard, dans ses dernières interviews, elle rejette plus clairement la responsabilité de la crise sur l’Union européenne : « Depuis la révolution orange de 2004, l’Europe s’est complètement trompée. La Commission européenne a mal travaillé. (…) Elle a traité avec l’Ukraine mais pas avec la Russie ». Dans un même mouvement, elle réévalue le personnage de Vladimir Poutine : « On présente Poutine en dictateur, chauvin, pétri d’idées extrêmes – eurasisme de Douguine…-, c’est excessif. Le président russe a fait des études supérieures, il est fasciné par l’histoire, surtout celle du passé russe découverte après la chute en 1991 de l’URSS. Poutine est avant tout un patriote fervent. Il veut que son pays qui a une très grande histoire et une très grande culture soit reconnu comme tel, ce n’est pas toujours le cas ».

La critique que Jacques Sapir peut faire du nouveau pouvoir de Kiev  est autre. On y trouve des considérations politiques (dénonciation du danger de l’extrême droite nationaliste), économiques (critique de l’orientation libérale pro-européenne) et géopolitiques. « Il faut aussi penser au statut de l’Ukraine elle-même. Là, nous avons une contradiction entre le principe de souveraineté, que nul ne veut remettre en cause, et la réalité géopolitique. On comprend qu’une Ukraine militairement hostile à la Russie est une menace directe pour cette dernière. Mais, l’Ukraine ne peut fonctionner économiquement sans la Russie. Et là se trouve sans doute la solution. L’Ukraine doit volontairement accepter un statut de neutralité, que ce soit par rapport à une alliance militaire (comme l’OTAN) ou dans des relations économiques (tant par rapport à l’UE qu’à l’Union Eurasienne) ».

En conclusion, l’Ukraine doit renoncer à sa souveraineté et la Russie doit être déclarée grand vainqueur par la France, en particulier, voire l’Europe, en général. On découvre aussi que Jacques Sapir est également un expert en balistique : analysant trajectoires et projectiles, il peut prouver que le vol MH17 a été abattu par les Ukrainiens et que le meurtre de Boris Nemtsov relève d’une mise en scène sans doute orchestrée par la CIA à la barbe du Kremlin.

Parti du constat des dégâts provoqués par l’effondrement d’une économie planifiée dans un cadre supranational, Jacques Sapir prend aujourd’hui résolument position dans des rivalités nationales qui ne sont pas les siennes puisqu’aux dernières nouvelles, Jacques Sapir est français et que Poutine n’agit pas dans le cadre d’un universalisme politique quelconque. A moins de jouer les éminences grises et les Père Joseph, cette position est symétrique à celles de BHL ou Zemmour, un simple histrionisme.

Néanmoins, l’ensemble du débat sur l’Ukraine en France se joue autour d’une alternative simple. Politiquement, on a le choix entre la promotion d’une démocratie libérale de façade mais avec des chefs de milices para-militaires aux commandes (cas du Kosovo qui a abouti à un gigantesque exode) et celle d’un régime autoritaire et paternaliste qui ne connaît que le droit à la balle dans la tête pour répliquer aux contradicteurs. Diplomatiquement, c’est l’alternative entre un européisme atlantiste sous protection américaine et un eurasisme ethniste façon empire continental à la Carl Schmitt (les russes remplaçant les allemands dans le rôle d’ethnie-maîtresse).

Eric Aunoble / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2015

1972 : naissance de l’écologie

« Jamais l’homme n’avait atteint une telle perfection dans la connaissance des phénomènes, ni une telle puissance dans l’utilisation des forces naturelles et l’accumulation des richesses. Et pourtant il y a une crise du monde moderne…La liturgie de l’Homme-Dieu cède à la liturgie de la machine…L’Homme n’est plus que le rouage standardisé d’une gigantesque mécanique qui le broie…Découvrant avec stupeur notre dénuement spirituel à côté du raffinement extrême de nos sensations et de nos raisonnements, nous nous trouvons saisis d’une tragique inquiétude devant l’indigence de ce que nous offre le monde moderne. ». Née parmi les dissidents du maurrassisme, cette complainte du désenchantement passera à l’extrême-gauche, elle-même désenchantée du communisme, dans l’après-guerre. Le pivot d’un tel passage porte les noms d’Auschwitz et d’Hiroshima, il annonce l’émergence de l’écologie et ses ambivalences, Günther Anders lui donnera un titre-programme l’obsolescence de l’Homme.

Au début des années 1960, un petit groupe s’en va défendre la vallée du Ried, une tourbière alcaline. Le comité d’aménagement du Haut-Rhin entend traiter la zone marécageuse en entrepôt productif. Ce sera le maïs. René Dumont est chargé de l’ingénierie et il n’est pas du côté des zadistes, première génération. Il fut des missions de productivité aux Etats-Unis, il a joui d’observer les 130 hectares du Kansas labourées en 24 heures. La France a faim. La France veut manger autre chose que du seigle de qualité médiocre. La France veut sortir du rationnement. Dumont est alors un homme du Plan, un homme de Jean Monnet. Il a pour cible les 12 millions d’hectares de prairies naturelles qu’il faut retourner, araser, ensemencer. C’est la révolution fourragère.

On chante l’épiphanie du tracteur et de la moissonneuse-batteuse, la JAC le suit, croissez et multipliez, comme dit la Bible. De l’autre côté de l’Atlantique, Norman Borlaugh, un agronome appointé par la Fondation Rockefeller croise génétiquement des blés nains japonais adaptés aux milieux tropicaux. La Révolution verte est sur les rails, le Mexique est son premier terrain d’expérimentation.

En septembre 1962, sort Silent Spring de Rachel Carson. En un mois, 600 mille exemplaires sont vendus. Roger Heim qui préface la traduction française se demande, de manière rhétorique, qui mettra en prison les empoisonneurs publics. Carson prend pour cible les insecticides.  L’US Fish and Wildlife Service constate, de son côté, la disparition des oiseaux de certains territoires. American Cyanamid ou Monsanto attaquent le livre et son auteur. Time Magazine s’en prend au débordement émotionnel et aux simplifications, mais la messe est dite, les données sont trop nombreuses pour que le mépris soit la seule réponse appropriée et puis les Etats-Unis ne sont pas l’URSS de Khroutchev. Mandaté par JFK, Jerome Wiesner confirme la thèse de Rachel Carson si bien que le Sénat  crée une agence de protection de l’Environnement en 1970. La France, deux ans plus tard, suit l’exemple américain mais sous la forme d’un ministère. L’ONU organise sa première conférence sur le thème, la même année.

L’écologie devient affaire de chiffres et d’expertises. On évoque la survie, la population, les ressources, il s’agit d’indiquer et de pointer l’imminence de la catastrophe et la nécessité d’y échapper. Reste qu’un agriculteur américain nourrissait 3 hommes au XIXème siècle contre 50 en 1974.

En 1973, Dumont est devenu écologiste, il publie l’Utopie ou la mort. Jean Carlier, de RTL, le sponsorise. Durant la campagne, il improvise les thèmes qui seront ceux, à la fois inusables et rapiécés, de l’équipe Charlie-Hebdo. L’an 01 accouche de son bateleur de foire. Jean-Jacques Pauvert publie les causeries sous le titre à vous de choisir qui sent son aujourd’hui Madame. Jean Bruel, un ancien du bataillon de Corée, épaule Dumont et son équipe de campagne. Il recevra 377 mille voix.

L’écologie est lancée, elle ne sera jamais capable de dépasser l’ambivalence de son point de départ surfant entre apocalypse et désir de soumission durable aux impératifs de la survie. Jamais elle n’aura même effleuré que les pires crimes du siècle n’ont pas pour terreau l’obsolescence de l’Homme mais la volonté de le restaurer dans sa plénitude ou de l’accroître de prothèses perfectibles où miroite l’instant d’éternité.

Publié par : Memento Mouloud | mars 27, 2015

La presse, le crime de masse et l’Allemagne : le cas Andreas Lubitz

«Un jeune plutôt normal, bien dans sa vie, qui ne se faisait remarquer ni dans un sens ni dans un autre. Très compétent, aussi», raconte à l’AFP Klaus Radke, 66 ans, président de l’aéroclub LSC Westerwald de Montabaur, petite ville de l’ouest de l’Allemagne. «Il était à 100% apte au pilotage, ses performances étaient irréprochables, sans qu’on ne relève d’anomalies», a insisté Carsten Spohr, le patron de Lufthansa, précisant n’avoir «pas le moindre indice sur ce qui a pu pousser le copilote à commettre cet acte horrible». Néanmoins, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a de son côté assuré qu’il n’y avait «pas d’indice d’un contexte terroriste» chez ce jeune homme, après des recherches «dans les fichiers des systèmes de renseignement et systèmes d’information de la police». Preuve qu’on peut être sportif, normal, très compétent et 100 % apte au pilotage mais qu’on peut massacrer tout de même 150 personnes en étant inscrit, par inadvertance, sur une liste de terroristes potentiels, comprenez islamistes puisque les autres n’existent plus.

En devenant pilote professionnel, «il pouvait accomplir son rêve, un rêve qu’il a payé si cher – de sa vie», écrivait le LSC Westerwald, son aéroclub, sur son site avant que les raisons de l’accident ne soient éclaircies. Depuis la conférence du procureur de la République, cette mention a disparu.

Le rêveur en question a décidé de la descente de l’appareil une minute après l’ultime contact radio avec le contrôle aérien, il est 10h31’. Quatre minutes plus tard, la Direction de l’Aviation civile lance l’alerte, un Mirage 2000 décolle de la base d’Orange. On tente de défoncer la porte du cockpit en vain. Le rêveur silencieux observe les crêtes des Alpes, contrairement à Anders Breivik, il ne sifflote pas une ritournelle. Il accomplit sa tâche avec minutie mais dans le recueillement. 10h40-47’’, le transpondeur émet son dernier signal. L’alarme, les cris fusent, le rêveur continue à respirer régulièrement. 10h41’, l’avion se fracasse sur le massif des Trois Evêchés.

Amok est un mot d’origine malaise pour désigner un «coup de folie», c’est aussi et surtout le titre d’une nouvelle de Stefan Zweig. La presse allemande tout aussi putassière qu’une autre l’utilise pour qualifier les gens qui commettent des massacres dans les écoles. Ce genre d’actes n’est jamais enregistré comme un acte terroriste, il s’agit toujours d’un déséquilibré, ce qui permet à la fois d’éviter de poser certaines questions, d’autre part de maintenir les fous dans la zone dangereuse où on pourra toujours les gaver de neuroleptiques et/ou écouter leur délire en épluchant quelques trouvailles pour faire la paix avec leurs voix si méchantes, stridentes et déchirantes et ces yeux qui les lacèrent de leurs focales mouvantes.

Les habitants de Montabaur ne veulent pas se confier à la presse. C’est tout à leur honneur, la presse est le plus grand collecteur d’égouts qui se puisse concevoir. Il faut relire le chant de la presse de Kark Kraus, « Ils lisent ce qui est paru / ils pensent l’opinion qu’on a / On peut gagner encore plus / si quelque chose ne sort pas / Nous nous taisons ou écrivons / si l’autre en explose, qu’importe / pourvu que, ce que nous faisons, / ça nous rapporte »

Ce matin, l’immonde Bild titre «Der Amok-Pilot». Le tabloïd prétend qu’Andreas Lubitz souffrait de graves troubles psychiatriques.

Le quotidien a négocié la consultation des documents de l’autorité allemande de supervision du transport aérien (Luftfahrtbundesamt, LBA). D’après cette consultation, Andreas Lubitz avait un « suivi médical regulier particulier ». Des informations transmises par la Lufthansa, maison mère de Germanwings à la LBA, assure Bild.

D’après le journal britannique The Times, la Lufthansa savait bien qu’Andreas Lubitz était dépressif et traversait une « crise existentielle ». Comme Bild, le quotidien de Londres évoque une rupture sentimentale récente, tandis que le Frankfurter Allegemeine Zeitung s’en tient au « burn out » professionnel.

Comme si un suivi médical, une crise existentielle ou le burn-out pouvaient expliquer le meurtre de 150 personnes.

Des enquêteurs ont perquisitionné jeudi les deux domiciles d’Andreas Lubitz à Düsseldorf et Montabaur, emportant l’unité centrale d’un ordinateur, ainsi que deux grands sacs bleus et un carton visiblement pleins. Selon le Daily Telegraph, les policiers ont fait des découvertes « importantes » car selon le torchon britannique, la police fait toujours des découvertes importantes.

En 2009, des « attaques de peur-panique» l’auraient poussé à interrompre sa formation de pilote. Le centre aéromédical de la Lufthansa contacté par Bild, confirme cette information et affirme avoir signalé aux autorités fédérales du transport aérien ( Luftfahrt Bundesamt) que l’élève-pilote avait subi un «épisode dépressif profond mais décroissant». Lors du stage de Phoenix (Arizona), passage obligé des futurs pilotes de la Lufthansa, les Américains l’avaient listé dans la catégorie inapte au vol. Dans son dossier figure la mention «SIC», un acronyme signifiant la nécessité d’un «suivi médical régulier spécial».

Cette information qui jette le doute sur la capacité de Lupitz à piloter est parfaitement contradictoire avec celle d’El Pais selon lequel la revue Aviation Business Gazette avait signalé que son nom figurait dans les bases de données de la Federal Aviation Administration au sein d’une liste comprenant tous ceux auxquels on reconnaissait une formation excellente.

Plusieurs journaux reprennent des informations provenant de sources policières selon lesquelles le pilote de la Germanwings traversait en ce moment «une grave crise personnelle liée à la situation du couple» qu’il formait avec sa petite amie. En clair, il était sur la voie de la séparation et il est bien connu que tous ceux qui se séparent ont tendance à tirer dans le tas selon la théorie gidienne de l’acte gratuit.

Dans la presse allemande, on évoque le talk-show de la première chaîne mercredi soir. L’ancien ministre des Transports Peter Ramsauer a remis en cause les révélations de la journée car «l’interprétation d’un procureur peut-être démentie par l’enquête» et un expert en aviation disait que les enquêteurs avaient déjà accusé des pilotes pour protéger les intérêts d’Airbus”. Des propos tenus avant les informations sur le lourd passé psychiatrique d’Andreas Lubitz. Sans doute, mais on y observe l’absence de véritable savoir des experts, les conflits d’intérêts entre Airbus et la Lufthansa et cette sorte d’impérialisme de l’efficience et de la morale que s’attribuent les allemands qui, bientôt, ne supporteront plus qu’on leur rappelle que leurs dirigeants furent les principaux responsables des deux guerres mondiales et qu’ils tiennent un rôle non négligeable dans le déclenchement de celle survenue en Yougoslavie ou dans l’abandon de l’Ukraine aux appétits du tyran moscovite.

Un organe de presse régional allemand, la Passauer Neuen Presse, a aussi pu interroger un témoin. Celui-ci explique qu’Andreas Lubitz était «un dingue, il voulait absolument être pilote, mais il était instable psychologiquement. C’est pour cela qu’il a arrêté sa formation pendant plusieurs mois, en 2009», explique ce témoin anonyme sans doute expert en psychiatrie. Le journal donne la parole à d’autres personnes, qui dépeignent le pilote comme un «obsédé» de l’aviation. Très étrange pour un pilote, n’est-ce pas ? D’autre part, Andreas Lubitz était un sportif et avait une petite amie qui partageait son goût de la course à pied, attesté par ses classements dans plusieurs compétitions locales. Doit-on en conclure que concourir au spartathlon conduit au massacre de masse ?

Sur le processus de recrutement des pilotes, Carsten Spohr, s’est montré extrêmement péremptoire : «ceux qui nous connaissent savent que nous sélectionnons avec beaucoup, beaucoup d’attention nos pilotes». Avant d’ajouter qu’une place importante est accordée aux examens psychologiques dans la procédure de recrutement. Aussi, la presse s’oriente sur la piste loufoque suivante. Andreas Lubitz avait caché sa maladie à son employeur et à ses collègues. Il aurait été sous le coup d’un arrêt qu’il aurait déchiré car Andreas était une sorte d’athlète du secret. CQFD, après avoir incriminé Airbus par la voix d’un ancien ministre, la Lufthansa actionne quelques relais dans la police, tout c’est la faute d’un malade qui faisait semblant d’être bien portant. Demain on nous dira qu’il avait avalé six tubes de Maxiton avant d’entrer dans la cabine de pilotage mais que son collègue, victime de sa prostate, n’avait rien vu car Andreas était devenu un expert en dissociation.

Le Figaro / Le Monde / Europe 1 / El Pais / La Tribune de Genève / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 26, 2015

Memex ou la nouvelle frontière : contrôler le web profond

Un groupe de chercheurs américains a tenté d’en savoir un peu plus sur ce que font les utilisateurs d’Internet sous couvert d’anonymat. Ils indiquent qu’une écrasante majorité du trafic « caché » d’Internet (ou deep web), c’est-à-dire accessible en ligne mais non indexé par les moteurs de recherche classiques, concerne l’abus sexuel d’ enfants. Pour le reste, les forums sur la drogue et les marchés de contrebande représentent la grande majorité des sites qui ne sont pas indexés.

Plus de quatre visites sur cinq sur le web « caché » concerneraient des sites pédophiles. C’est cinq fois plus que le trafic recensé dans les autres catégories de contenu du deep web que les chercheurs américains ont répertoriées. Néanmoins, ces sites ont une durée de vie relativement faible, le monde des hackers ayant promu une sorte de déontologie darwinienne. La destruction de leurs contenus et la publication des données de leurs membres est donc très fréquente. Comme ce monde est celui de l’exhibitionnisme paranoïaque, il est bien entendu toujours possible de compromettre sans frais n’importe quel quidam.

L’intervention de ce groupe de chercheurs s’opère à point nommé puisque un programme de l’US army « Memex était capable de repérer de nombreuses pages cachées faisant la promotion de services sexuels, puis de récupérer des données permettant d’identifier le lieu de leur publication: géolocalisation d’un appareil, adresse IP, numéro de téléphone ou une adresse mentionnée dans la réclame. Elles étaient ensuite compilées, recoupées puis associées aux photos de femmes figurant sur ces pages ». Une opération saluée par le Président Obama en personne qui, entre deux autorisations de bombardements sur un site moyen-oriental quelconque a déclaré : « il s’agit d’un bel exemple de la manière dont le Big Data peut aider à protéger les personnes vulnérables ».

Or ce nom de Memex n’est pas indifférent puisqu’il a été attribué, en 1945, par Vannevar Bush à un « dispositif dans lequel un individu stocke ses livres, ses archives et ses communications, et qui est mécanisé pour être consulté d’une façon rapide et souple. »

Notons tout de suite que le web en question n’est pas caché mais rendu invisible au quidam par son absence d’indexation. Les pages créées n’appartiennent pas au nœud du web mais à ses ailes (ce qui ressuscite la théorie du groupe harmonique selon Fourier).

Certains sites sont donc protégés par des mots de passe, d’autres interdites de références. On y trouve aussi les contenus dynamiques soit les flux changeants d’informations, les fichiers dont le format n’est pas indexable, des pages dépourvues de liens hypertextes et d’autres inaccessibles sans l’exécution d’un programme. Dès 2011, l’Université Sophia-Antipolis indiquait, « Votre Université, par l’intermédiaire de son Service Commun de la Documentation, consacre un budget important à l’abonnement aux revues, bouquets de revues et bases de données qui fournissent une documentation scientifique de haut niveau. Renseignez-vous sur les ressources disponibles et leurs conditions d’accès. »

Il s’en suit que le web caché ou invisible ne peut être réduit à son pôle criminel au même titre que n’importe quelle société.

Cette couche internet possède sa propre monnaie (les Bitcoins), ses propres codes négociés et ses propres modes d’accès (Tor entre autres). Pour atteindre la majorité de ces sites non référencés, il faut passer, subsidiairement, par Tor (un navigateur « anonyme ») et surtout connaître à l’avance les adresses que l’on souhaite visiter.

Le principe de fonctionnement est assez simple : tout comme Amazon Marketplace, il suffit de créer un compte (sans laisser ses informations personnelles bien sûr), puis laisser le moteur de recherche remuer la base de données de produits mis en ligne par les vendeurs afin de repérer le produit désiré. Il faut donc se mettre en relation avec le vendeur, lui envoyer l’adresse de livraison voulue cryptée  puis le payer en Bitcoins : la monnaie 100% virtuelle développée par le japonais Satoshi Nakamoto.

On trouvera aussi les petites annonces des tueurs à gages avec des tarifs différenciés selon les tâches demandées : « 10 000 –euros- for normal people, 20 000 for businessmen, 50 000 for politicians and cops » où l’on voit que le deep web est nettement plus démocratique que la mondialisation émergée puisque la côte d’un homme d’affaires est deux fois supérieure à celle du common man. D’autres tarifs plus précis sont affichés pour les commandes spéciales (trophées, mutilations…)

La possibilité existe pour des chefs d’entreprise, politiciens ou particuliers de détruire à peu près tout pour un certain montant. Une manière de disparaître ou de considérer son cheminement comme un ensemble de déchets à traiter. On trouve aussi l’achat de numéros de cartes bancaires ou de « clones » (copies de cartes bancaires avec le code PIN fourni pour pouvoir l’utiliser en magasin ou pour des retraits), le blocage total des communications téléphoniques et internet d’une entreprise ou d’un particulier pour un prix allant jusqu’à 20 euros par jour, un service standard donc ; la mise sur écoute électronique d’un individu avec toutes les informations disponibles  sur un serveur privé ; la disparition mystérieuse d’une personne d’une ou de toutes bases de données : disparition de la base de données de la sécurité sociale, de son compte en banque, de sa scolarité (Pour une dizaine de millier d’euros) ; l’achat de diplômes, la plupart du temps avec inscription dans les bases de données de la fac/école concernée, rendant le tout indétectable (2000-3000 euros environ pour un Master 2 à la Sorbonne), procédure que ne connaissaient pas les braves Cambadélis et Dati ni l’ancienne ministre conquise par l’anglobal, Geneviève Fioraso.

En résumé, le deep web se présente, d’un certain point de vue, comme une entreprise triple d’apoptose, de panoptisme à usage privatif et de refonte de traces. Une formidable machine à produire de la fiction mais sous les atours du réel. Une réalité qui se noue sur la relation entre sphère virtuelle et actualisation dans laquelle toute identité flotte dans un élément perpétuellement amniotique.

D’un autre côté, les bibliothèques du Deep Web, militent pour une diffusion sans limite de l’information et il est toujours possible de télécharger des dizaines de milliers de livres et documents piratés ou non. Il s’agit donc d’une entreprise formellement illégale mais essentielle à l’innovation et à la création scientifique. Le deep web est alors la soupape nécessaire au mythe juridique de la mise en brevets et en propriétés de la noosphère.

« Pour qui veut faire de la veille économique ou scientifique, il est difficile de se passer de surveiller le deep web », relève Christophe Asselin, analyste pour Digimind, un éditeur de logiciels de veille stratégique. Tout commence par l’identification des sources, c’est-à-dire les pages web où les informations échangées concernent, de près ou de loin, le secteur économique et les lieux où évolue l’entreprise. Les mouvements d’un groupe paramilitaire peuvent être suivis, en théorie, avec tout autant de précision sur le deep web que sur le terrain. En pratique, Daech semble échapper à cette omniscience. Une fois les sources repérées, un système de tracking et d’alerte, par mots-clés, est mis en place. En plus, une surveillance humaine est indispensable pour repérer la création de nouvelles pages mais un cyborg pourra faire l’affaire voire un chimpanzé mutant.

Des sites hyperspécialisés échappent aussi aux grands moteurs de recherche. Ainsi, « une grande entreprise innovante a constaté que ses propres salariés, des ingénieurs, se vantaient un peu trop de leurs travail sur un forum de connaisseurs », note Christophe Asselin. Une activité online anodine mais qui peut avoir de graves conséquences sur le retour sur investissement d’une entreprise car la liberté ne doit pas échapper à la forme-marchandise, seul équivalent universel et celle-ci suppose l’impératif du droit de propriété et de prédation du travail salarié.

Un laboratoire de l’armée américaine a présenté dans le courant du mois de février 2015 Memex, un programme de recherche internet capable d’aller explorer ce type de pages web. « Certains estiment que Google, Microsoft et Yahoo ne donnent accès qu’à 5% du contenu du Web » commente à ce sujet Chris White, un ingénieur de la Darpa, une agence du département de la Défense des États-Unis, et créateur du programme. John Brown, un autre ingénieur n’a rien déclaré, ni même Franck Yellow.

Ce moteur de recherche établit des liens. Les relations sont ensuite représentées sous forme de graphiques, de cartes ou de frises chronologiques. « Nous voulons que les résultats de recherche s’adaptent aux utilisateurs, et non le contraire » affirme Chris White qui a pris acte de l’analphabétisme relatif du monde des geeks. Pour les plus lettrés des membres des forces de l’ordre, il est prévu des stages de formation sur la théorie des graphes.

En acte, le fichier robots.txt agit comme le “cerbère” d’un site Web. Quand un moteur de recherche “crawle” un site (c’est-à-dire qu’il recherche à l’intérieur des pages disponibles sur ce dernier la réponse à la requête d’un utilisateur), le fichier robots dudit site va lui dire à quelle page il a accès et quelles pages lui sont interdites. Cela ne signifie pas que celles-ci ne sont pas accessibles à l’utilisateur si celui-ci possède un lien direct vers ces dernières.

En ignorant le fichier robots.txt, Memex fait une indexation plus complète des parties cachées du site. Il va également essayer d’accéder aux parties cachées du Web ou accessibles uniquement par lien direct (cela inclut aussi les sites en .onion accessibles par TOR). Pour ce faire, le moteur de recherche semble fusionner les fonctionnalités de plusieurs outils différents : les capacités de recherche/crawl/reconnaissance d’images de Google, avec la différence que Memex peut fouiller de façon plus précise dans le texte, les images et les photos (avec la possibilité de décoder un terme ou un numéro), les coordonnées de géolocalisation (latitude/longitude) ; Les capacités de data vizualisation de Gephi, car Memex n’affiche pas ses résultats sous forme de titres, d’URLs et de chapô, à la manière de Google, mais sous forme de graphique ; les fonctionnalités de traitement de données d’Analyst’s Notebook, outil d’investigation permettant de trier les données disparates, d’identifier des personnes, de comprendre des structures de réseaux et d’analyser des données complexes (numéros de téléphone, adresses…).

Dans le cas de Memex, la fonctionnalité de reconnaissance des images semble par ailleurs extrêmement puissante. Pour un nombre important d’acteurs, le recours aux messages via images permet de rester sous le radar de la surveillance. Memex est capable de déchiffrer ce qui est écrit sur un papier ou repérer des motifs récurrents (par exemple le papier-peint d’un hôtel).

Memex n’est pas sans rappeler Palantir dont la technicité et le coût d’installation (10 millions de dollars) fait qu’il est réservé aux Etats ou aux services de renseignement. Il en sera de même pour Memex, qui sera utilisé par les forces de l’ordre dans le cadre bien défini des enquêtes.

Il existe des sociétés françaises capables de crawler le Web profond à la manière de Memex. C’est le cas de CybelAngel, lauréate du prix de l’innovation du Forum International de la Cybercriminalité 2014, dont la solution scrute le Web profond pour prévenir de la fuite des données sensibles. Pour autant, le cas de Memex est différent car il flotte sur un vide juridique : celui-ci ne part pas à la recherche de données qui appartiennent à une entreprise mais va explorer les données non-propriétaires (nom, adresse, numéro de téléphone…) et ce sans mandat, tant que ces données sont disponibles de façon publique, c’est-à-dire non protégées par un mot de passe.

Atlantico/ Thomas Martin / Aurore Widner / Les Echos / David Louvet-Rossi / Diplomatie Digitale/BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 24, 2015

La grenouille frontiste et le bœuf français

Tant que Jean-Marie Le Pen fut le dirigeant du Front National, il n’y avait pas de variable socio-économique explicative du vote frontiste et la volatilité sociale de son électorat était attestée, néanmoins sa géographie électorale était relativement stable et s’ancrait dans le péri-urbain ou les villes en déshérence avant d’essaimer et de rencontrer de nombreuses zones dépressionnaires.

L’électorat frontiste était comme le vieil aventurier qui avait terminé dans la peau d’un tribun mais ne voyait pas bien comment clore le parcours : bras d’honneur ou disparition ? Anarchisme de droite ou sarkozysme ? Drôle d’endroit pour une disjonction.

Avec Marine Le Pen, avec Marion Maréchal, les choses ont tourné comme elles tournent toujours dans la politique démocratique : strapontins, prébendes et doctrine. Un conglomérat de prêtres, de notables et d’affairistes songent qu’une nouvelle machine est née et qu’elle va disposer de bons fromages. On enfourche donc la Bête à mensonges. Jean-Marie Le Pen l’avait rodée mais avait toujours tenu à jouer les picadors pas très réglos. Avec Marine, on règle la toise, no trespassing, le pouvoir est au bout d’une certaine police des énoncés. Pour le reste, on reprend la formule du chef avec variations.

Marine Le Pen et les frontistes se fondent sur la légitimité du peuple, ce qu’ils nomment le vrai peuple qu’ils opposent aux diplômés et faux français soit de papier, soit atteints de sinistrose, ils s’inscrivent donc dans une forme de populisme hostile aux capacitaires mais ouvert aux talents prétendument naturels qui se mesurent, in fine, par l’argent et le statut. Néanmoins, dans ce genre de populisme, il existe des talents « vrais », « nationaux » et de faux talents dits cosmopolites, juifs ou « communautaires », c’est la grille du frontiste. Le détour par la conjuration y est indispensable.

Dans ce genre de populisme, le frontisme est talonné par l’UMP de Sarkozy qui charge le Medef ou les Pigeons de sortir au moins une provocation par semaine en vue d’un démantèlement des derniers bastions matériels de l’Etat social. Il est toujours possible d’attribuer son dysfonctionnement aux étrangers extra-communautaires voire aux français basanés, cela un électeur de droite pourra en convenir mais aussi un certain nombre d’électeurs de gauche, mais justement cela ne permettra pas de départager le frontiste de ses adversaires.

Il existe, au sein du FN, un noyau dur d’anciens fascistes et de racistes patentés mais ils sont moins nombreux que ceux qui entendent défendre leur territoire ou refusent tout transfert fiscal vers des gens qu’ils perçoivent comme des sangsues, des tocards ou des passagers clandestins. Seulement la défense des entrepreneurs, nom moderne pour patrons ou possédants, est déjà prise en charge par le PS ou l’UMP, dès lors le frontisme n’a plus qu’à défendre le sang grade présumé du péri-urbain et de la ruralité contre les tentacules innombrables de l’administration, de l’UE et des multinationales, une sorte d’hydre imparable que le valeureux paladin de la France éternelle viendra terrasser tel saint Georges le dragon. Le frontisme se présente donc comme un corporatisme de possédants menacés ou qui se perçoivent comme tel, que cette menace vienne des classes dangereuses ou d’un lointain (l’oligarchie mondialisée, syntagme qui en jette) voire d’une conjonction des deux. De plus le Front National incarne la promesse d’une certaine amnistie fiscale et d’un assouplissement de nombres de dispositifs pénaux tels que les radars routiers ou les détecteurs de fumée qui sont les hypostases les plus évidentes du Big Brother qui nous épie.

L’autre partie de l’électorat frontiste comme celui de l’UMP ou du PS a été façonnée par des décennies de télévision de masse et vit dans un monde de synthèse à l’instar du naufragé afro-méditerranéen avec cette différence nette que le massacre menace bien le réfugié syrien, somalien ou tchadien tandis que l’électeur frontiste est une personne qui a cru à la promesse de la prospérité perpétuelle mais vit avec une sorte de Horla menaçant, la trappe à la pauvreté. C’est une énième illustration du théorème de Hume, il est toujours rationnel de privilégier la blessure que j’ai au doigt plutôt que la dévastation lointaine d’un continent. Ce qui a changé c’est la focale de la proximité, tantôt c’est un groupe djihadiste qui mitraille des touristes en direct, d’autres fois c’est un baraquement rom qui s’édifie au bout de la rue ou des voleurs-ferrailleurs qui passent, ou des pick-pockets hilares qui serpentent autour des parvis des centres urbains pétrifiés. La trappe à la pauvreté est comme un mauvais messie, elle s’annonce par les remboursements de crédit, les revenus fluctuants, les variations de l’activité, les contrôles tatillons, les vols, les agressions ou les simples insultes. Dès lors la menace est à double détente, elle vient de partout, elle est indéterminée mais elle possède aussi un visage et, généralement ce visage est plus bronzé que le sien, du moins dans les rangs de l’électorat frontiste. Il a aussi un nom, la fonction publique. Le Tout s’appelle le parasite ou les parasites. Cette double menace a pour moteurs deux affects, l’effroi et la tristesse haineuse. Il réclame donc des protections et quelle meilleure protection que le rassemblement, le rassemblement des semblables. Il réclame aussi un exutoire et quel meilleur exutoire que l’épuration des dissemblables.

Par compulsion, on joue au Loto ou au casino mais sans grande conviction, le royaume de la prospérité, on le sait bien, est au bout d’une voie de hasard, beaucoup seront appelés, peu seront élus. En revanche, on peut toujours se rassembler, les festivistes l’ont prouvé puis ceux qui marchent pour tous, désormais, le parti des honnêtes gens, le parti de la Vraie France. Comme d’habitude, il suffit de ne pas être trop regardant pour se laisser aller à ne plus être soi mais tout le monde. C’est un truc que la gauche a toujours su porter dans la culpabilité, une morale du sacrifice en est le support, elle est immonde comme toutes ces espèces de morale de l’ablation.

Les frontistes gagneraient à promettre toujours plus de spectacles sportifs, de fêtes et de saucissonades à ce public flottant qui se cherche des amuseurs publics. Quand les chefs hurlent à la corruption, le public frontiste pense à des affaires qui vont de la fraude au RSA à des parties fines avec des secrétaires qui ont pris du poids. Les opérations qui portent sur le LIBOR lui échappent quelque peu, tous les leaks quelconques encore plus, ce qui lui troue le cul lui c’est l’affluence devant les restaus du cœur, jusqu’au 21 mars, « il paraît que certains y viennent en merco ». Sans doute, tous les traîne-savates roulent en Volkswagen ou en Audi, c’est connu. C’est même une évidence, c’est ça qui tue la France.

De ce point de vue, un électeur frontiste et un autre de l’UMP ne se différencient pas et nombre d’électeurs de gauche opinent du chef en les écoutant à table entre gens du même monde car le monde frontiste n’est pas un autre monde, c’est bien le même mais comme après deux apéros. Le style frontiste c’est le débraillé débonnaire, sa conséquence, de nouveaux notables matois à front de taureau, de nouveaux flics véreux, de nouveaux hauts fonctionnaires arrogants, de nouveaux doryphores mais « nationaux ». Comme ils sont jeunes, on peut parier qu’ils seront là pour longtemps. On ne voit pas bien comment des gens qui piaillent ostensiblement devant l’occupation de postes électifs échapperaient à cette tendance. S’ils veulent en finir avec la gauche, s’ils exultent devant la corruption socialiste, c’est qu’ils veulent en terminer avec bien des choses dont cette perception qui vient devant certains propos, certains gestes et regards, en finir avec cette honte, ce qu’ils nomment en finir avec le politiquement correct.

On pourrait croire qu’ils visent la seule gauche établie et ce ne serait pas bien grave mais ce qui se nomme ainsi, dans la langue frontiste, c’est tout simplement le souci de soi et la pudeur.

C’est l’hommage du vice triomphant à la vertu fantasmée, celle de l’intellectuel, du révolutionnaire, du militant. La gauche n’a jamais été tout cela parce que la gauche n’a jamais reculé devant le crime de doctrine ou de négligence mais qu’importe ce qu’ils poursuivent c’est un fantôme ou mieux un cadavre. Ils poursuivent l’homme-de-gauche disparu comme s’il était au pouvoir, c’est le syndrome Zemmour, visiblement fâché avec l’arithmétique. Depuis 1945, la gauche a gouverné 20 ans dans ce pays, 20 ans sur 70 mais tout est de sa faute. Et le strabisme s’applique aux différentes catégories de victimes du « système » : les patrons persécutés, les flics fils du voisin, les médecins sanctifiés, les camionneurs valeureux, les taxis en colère, les céréaliers aux fourches dressées, les artisans formidables, les commerçants si durs à la tâche, les théâtreux de boulevard méprisés, les sportifs qui méritent bien ce qu’ils gagnent, les talents qu’on brime, les rentiers qu’on rince, les Jean Sévilla qu’on vilipende,  tous ceux  que le « peuple » a élus champions de la cause des honnêtes gens, ceux qui pensent que tous les autres sont des canailles ou des preneurs de têtes voire des enculeurs de mouches. Disons les trois à la fois. On reconnaît le goût de l’épuration sociale et d’une épuration permanente, on peut déjà en établir les listes.

Les mots précèdent mais les actes suivront. Quand Philippe Sollers évoquait la France moisie, il ne représentait que lui-même, vieil érotomane décati en perte d’audience, quand les frontistes nomment les différentes catégories de la France pourrie, on sait qu’ils attendent des gestes puisque ce qu’ils reprochaient à Sarkozy c’était de s’enliser dans un bavardage inutile. Ces gens croient encore à la magie, à la conjonction des mots et des choses, le magicien a déçu, ils s’en choisissent un autre.

Les plus lucides à droite savent que la droite n’a rien gagné du tout puisqu’elle vit désormais à l’ombre du FN, quant à la gauche établie, elle ne perçoit toujours pas le raz de marée qui la balaiera à la moindre actualisation qui couve sous l’indifférence et le mépris. Il faut rendre un hommage appuyé aux électeurs de gauche, ils ont pris, silencieusement, leur indépendance, ils ne croient plus aux invocations, ils ne cherchent plus les rassemblements massifs dits antifascistes sous la férule d’un autre manieur de mots d’ordre et d’impératifs progressistes à géométrie variable, ils ont commencé à quitter les oripeaux des compagnons de route du post-stalinisme et ils regardent effarés leurs voisins leur parler comme s’ils étaient des millions, comme s’ils n’étaient plus rien que ce million bleu marine qui va les sauver.

Putain, les sauver, comme s’il était possible de sauver qui que ce soit.

Publié par : Memento Mouloud | mars 20, 2015

A quels enfants allons-nous laisser le monde ?

Si les enfants sont les prescripteurs d’achats et de modernité c’est bien que les parents sont des barbares à chéquiers ou, parce qu’écrire est devenu d’une désuétude sans nom, des adulescents à cartes bleus si flottants que leur monde est comme une vapeur d’eau carbonée où se dissout tout le passé et tout l’avenir en un tourbillon gris d’où s’échappent quelques cris d’une chambre de tortures satinée.

Ces champions du progrès et de la perfectibilité, ces chantres de la compétition et du surhomme climatisé, tous ces gens ont oublié que le premier combat que l’homme civilisé mène, il le dirige contre lui-même. Son djihad est une guerre sans trêves contre la rechute permanente dans l’animalité hébétée.

La nouvelle Humanité est simple à observer : des jeunes filles qui roucoulent comme des furies de trottoir ou de sous-bois, des autistes à la pelle, des hyper-actifs par milliers, des bonobos à capuches et à la sortie du tunnel des lumpen-prolétaires délavés qui font le carton sur un journal en faillite et un supermarché. La brute est bien là, elle n’est ni belle ni blonde, elle s’est échappée de l’île du docteur Moreau.

Les convulsionnaires des nouvelles pédagogies et de l’école numérique pensent sans doute que tout est ludique, ils sont comme ces bibliothécaires de l’heure joyeuse dont les illusions tombèrent quand les enfants juifs du Vème Arrondissement ne revinrent jamais, ni pour écouter un conte, ni pour lire à la bougie, ni pour leur dire merde. La lecture ne rapproche pas plus les peuples qu’elle n’est un passe-temps, c’est un simple télescope braqué sur des hiéroglyphes intérieurs dont certains résonnent et d’autres restent muets tapis dans une chambre funéraire qu’aucun pilleur ne viendra visiter.

Le monde virtuel serait celui du rêve mais d’une part tout rêve n’est qu’un cauchemar en attente et d’autre part il n’est jamais un conte de fées. Quand Charles Perrault dévoile que la mère du prince est une ogresse, un enfant apprend quelque chose de la cruauté du désir et des balivernes sur les baisers qui délivrent, quand un pilote virtuel de drones confond une noce au Pakistan avec une assemblée de djihadistes, il reprend un cheeseburger après avoir fixé sa cible.

Un attroupement s’était formé autour de lui, il tenait son portable à bout de bras et certains hurlaient, des femmes ululaient, d’autres étaient absents. Sur l’écran un homme allait être égorgé. L’homme était heureux, il avait eu son quart d’heure d’attention, on l’avait écouté ou plutôt on lui avait prêté une sorte de curiosité flottante, celle qu’on accorde aux jeux de plateau et aux séries télévisées. Depuis cette scène, certains avaient cessé de lui parler, ils trouvaient ça dégueulasse, vraiment dégueulasse mais enfin il était connu, on l’appelait par son prénom.

Quand la valeur marchande des vieux avait atteint son stade final, on prescrivait la fin de vie. Une loi consensuelle avait été votée. Cette génération dont plus de la moitié des membres avait cessé de travailler avant 60 ans, avait tout accepté, de torturer en Algérie puis de partir, de détruire les vestiges d’une vie d’homme puis de s’en plaindre,  de se marier et de divorcer, de se recomposer et de s’abandonner, de se psychologiser et de se soumettre, de moquer la foule des communistes et de prendre son ticket d’entrée dans celle des consuméristes, de cracher sur les politiques puis d’aller voter, de lutter contre la drogue et d’allumer les télés, elle était comme en suspens dans le temps, celui où la vie-ressource humaine serait essorée jusqu’à la dernière hormone, bien après 70 ans. En attendant, elle servait encore de cobaye avec le sourire. Elle avait vu disparaître les écrevisses des rivières et même les plages et les étangs mais elle chantait encore Jean Ferrat, que c’est beau la vie, qu’elle disait.

Ils vantent ces femmes de quarante ans qui peuvent encore s’exposer nues dans des vitrines, ils appellent ça le progrès ou le féminisme, ils ont offert sur l’étal et la loupiotte du quartier rouge planétaire des Messaline en toc que les prothèses mammaires dévorent à coups de cancers. Pendant ce temps, des hommes les observent leurs couilles chargées à blanc de spermatozoïdes foudroyés ou comme dissous par quelques pesticides ou radicaux libres en quête d’habitat.

Quand Bowie ressemblait à un rescapé de luxe des camps de concentration, il avait absorbé assez d’héroïne pour achever un éléphant mais il survivait comme survivent les hommes, la bête qui ne succombe pas, comme l’avait dépeinte Chalamov en prise sur le Goulag. Une telle endurance est une alarme sur cette incapacité humaine à emprunter la voie de sortie et trouver toutes sortes de légitimités à l’asservissement, à l’ignominie, au dressage. Une malencontre a du se loger dans la phylogénèse. Les prothèses qui le soutiennent sont les guirlandes pathétiques de son inanité : sa musique le rend sourd, la conversation l’ennuie, la baise le fatigue, il écrit des fictions à plusieurs mains sur son smartphone, il dort avec lui, s’éveille, se lave et se couche en sa compagnie, il est le terminal d’une Toile faite de l’urine divine d’un Zeus qui s’invite chez tous à coups de logiciels espions et de Big Data chargées de compacter l’individu en séries de profils homogènes.

Le sportif de haut niveau est l’éclatant exemple du plus parfait dressage de pouliches chimiquement modifiées. Centre et cœur de désirs mimétiques, le sportif forme avec le bad boy des scènes musicales un duo de millionnaires dont les coupes d’images mobiles tournent en boucle tandis que deux clampins échangeront les pronostics en chargeant des palettes ou des caisses de minerais de viande. Déjà Maradona passe pour un dinosaure au même titre qu’un Platini bouffi aux repas d’affaires et à la concussion. Le sport a toujours été une affaire de paris et de gangsters, comme le secteur du recyclage des ordures ou celui du spectacle désormais investis par les firmes capitalistes et les fonds d’investissement qui ne savent plus quel collatéral adossé à des produits structurés qui sont ce mille-feuille indigeste où viennent mourir, fatalement, les mouches citoyennes indignées, engluées dans le papier qui les tue et serpente au plafond à lustres où planent des effluves de cigares cubains.

L’homme meurt entouré de médecins et de traitements, il se défait dans la peur et les médicaments, il s’entoure de placebos chimiques qui le maintiennent encore dans le flux consumériste alors que l’amour dégénère en pitié et que le monde rétrécit à mesure qu’il n’est plus possible de se déplacer parce que les fonctions excrémentielles sont hors de contrôle. L’homme voit son corps se détacher et dans un dernier geste de dignité il éteint la curiosité comme un chat qui meurt en préservant le secret du mal qui le détruit. C’est toujours le moment que choisit l’administration pour faire passer un formulaire de décharge et de transformation du corps en pièces de rechange.

La différence entre les petits casseurs d’antiquités de Syrie et nos marchands de biens, c’est que les seconds savent planifier un pillage permanent sur plusieurs années et qu’ils en sont à vendre les trophées de l’an 2000 quand les premiers cherchent encore un passeur turc pour une statuette assyrienne qu’ils échangeront contre deux AK 47, quelques esclaves sexuelles et du cannabis batave.

DSK fut l’exacte figure du jouisseur contemporain, un éjaculateur précoce en quête de stimulations sensorielles, paraphant des plans d’ajustement structurel, un dispositif pervers de machines pénitentiaires et célibataires qu’il chevauchait en cow-boy, savourant son titre de bouvier-pyromane du troupeau-monde. Quand il lui fallait se décorer en homme de conscience il hésitait entre l’homélie progressiste et la fréquentation de la synagogue.

Elle a découvert le couple idéal, l’homme idéal, d’ailleurs c’est elle qui choisit les femmes avec lesquelles ils couchent. Il approuve, elle choisit, comme ça chaque soirée est une victoire sur l’âne de Buridan. Elle fait son marché sur l’étal d’un charme qu’elle évalue comme un trait d’union. Elle ne veut pas savoir que le coït est la marque indélébile de la désunion des corps, de l’impossibilité de faire monde.

On pourrait interpréter les émeutes de novembre 2005 comme suit : laisser flamber voitures et poubelles et voir jusqu’où il est possible de laisser pourrir une situation sans intervenir ou presque. Le bénéfice est double : on découvre que la somme des pétroleurs en culotte courte encouragés par les gangs luttant pour la sécurité de leurs sources d’approvisionnement peut se réduire en quelques jours, on densifie la peur chez les laissés pour compte et on alimente le consensus méprisant parmi le cœur de cible du gouvernement par le nombre. On en oublie quelques effets pourtant prévisibles : les gangs en viendront à s’armer pour de bon et à organiser des séances de recrutement comme cela se pratique pour les jeux télévisés, les laissés pour compte opteront pour une politique du ressentiment, le cœur de cible voudra fuir ou sortira tout l’éventail du dégoût. Par conséquent on aura créé un risque récurrent d’effondrement du consentement à l’autorité établie.

Le monde moderne n’est pas pire qu’un autre il a rendu évident le fait que la Terre n’est pas habitable sans un certain nombre de dispositifs bricolés qui vont de l’assurance de survivre face à quelque puissance que ce soit à celle de civiliser l’automate désirant qui fait le lien de l’espèce humaine et la particularité de chacun de ses membres.

La dernière image de la Révolution ce sont les pendus de Stammheim et les dissociés, repentis et exécuteurs des brigades rouges, elle signe l’arrêt de mort de la tradition de la gauche européenne dont les carnages à répétition de Staline n’avaient pas réussi à enterrer l’horizon de charniers et la colonie pénitentiaire permanente que fut l’URSS. Il est toujours difficile d’entendre que l’inter-dit est une limite nécessaire, une manière de façonner l’homme comme un buisson ardent, celui dont la parole vient du Dehors.

Montesquieu est mort, l’Homme est obsolescent, il ne reste plus qu’à assurer la survie des individus, c’est-à-dire des noms qui sont de l’Histoire condensée.

Tandis que l’horizon marxiste du Capital est congruent à notre univers façonné par la forme-marchandise, nous avons perdu l’art de le lire, encore plus, celui de le comprendre, nous préférons l’évangile libéral du nouvel efficient et son marché international des compétences et de l’innovation. Quand celui-ci s’épuise la Race revient en première ligne parce que l’effondrement de l’idée de Nature n’a pas anéanti la volonté de fabriquer l’idole finale de la réconciliation et de l’harmonie.

La cruauté inutile, le massacre inconsistant, celui de futurs instituteurs au Mexique, de mineurs en Afrique du Sud, d’ukrainiens aux portes de l’Europe, de syriens et d’irakiens, ailleurs, de tutsis et de dioulas encore, les viols et mutilations partout, sont la preuve vivante et réitérée que les satisfactions de l’économie de marché sont à la fois insuffisantes et limitées et qu’il est toujours possible d’en éprouver de plus vives en marquant le corps de son voisin ou en le démembrant comme les membres de ces milices anti-balakas qui expédiaient à l’imam du coin les membres dépecés de leurs victimes.

Certains continuent à parier sur la rébellion adolescente comme source de jouvence. Il faudrait alors considérer ces dizaines de milliers de rebelles qui filent comme un seul homme égorger des inconnus en brûlant leurs passeports, il faudrait considérer la manière dont ces braves zélotes ont promu une religion du sacrifice humain et de la destruction accélérée du passé, faisant comme les gardes rouges d’antan, table rase, instituant l’humiliation publique comme rituel. Il faudrait considérer la séquence qui prépare les grandes manœuvres du capital qui viendra alors proposer ses solutions en évoquant l’exemple chinois comme un modèle à suivre.

Les palestiniens sont en effet une avant-garde. Il faut rendre un hommage appuyé à ce peuple qui s’est choisi des chefs de gangs dont l’unique politique fut de parier sur la clochardisation, l’analphabétisme et le ressentiment de masse comme meilleure fabrique du consensus jusqu’à instituer cette sorte de police d’assurance aux familles de kamikazes qui promeut la mort volontaire et le massacre d’inconnus surpris attendant le bus comme une voie d’avenir et d’émancipation.

Que peut-on attendre d’un jeune homme qui n’a jamais su lire sinon des sms et des lyrics de rap, ni compter correctement liasses et pièces libellées en euros, a commencé ses premiers vols à 8 ans, fumer son premier bédeau à 11, commis son premier viol collectif à 12, opté pour le petit commerce et le harcèlement continu de ses voisins à 13, adoré tout millionnaire avec la plus extrême conviction avant de verser dans le visionnage continu de décapitations suaves et de pornos gonzos vibrionnants, lancé sa première tentative de meurtre à 16, qu’il prêche le vivre-ensemble ? Qu’il soit convaincu des vertus du travail et de la tolérance ? Ou qu’il se place sous la protection et la guidance d’un prédateur sectaire et criminel ?

Des infidélités supposent des séries finies de fidélités donc des actes, celui qui se soumet d’un coup et inconditionnellement, celui-là doit s’attendre à être méprisé et usé jusqu’au trognon.

La catastrophe ne tient pas en six rubriques qui vont du dérèglement climatique aux manipulations génétiques en passant par l’usage massif des pesticides, elles sont dans l’extinction de toute raison humaine, dans l’aphasie et la profonde soumission à la politique des choses dont le marché est l’épicentre.

Publié par : Memento Mouloud | mars 20, 2015

Les homosexuels sont-ils contre-nature ?

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Les homosexuels seraient contre-nature ou du moins une aberration dans le cadre pseudo-darwinien de la perpétuation de l’espèce, ils seraient aussi liés au capitalisme, enfin ils seraient les maîtres de notre monde en compagnie des féministes. On a ainsi résumé le point de vue des réacs sur la question homosexuelle. On peut la retourner en question réac ? Y a-t-il une consistance quelconque dans la pensée réac ?

Dans la modernité, l’homosexualité a été tenue pour une maladie ou une perversion, désormais pour une seconde nature dont on recherche le ou les gènes. Dans l’Antiquité, elle n’existait pas puisque ce qui importait se ramenait à la place actif/passif qu’on occupait si bien que tout se résumait à une pratique éclairée des plaisirs qui dans le cas du coït n’existait pas puisque soit le coït était incompatible avec l’amitié soit il pouvait s’accommoder de n’importe quel support. Avec le christianisme, le crime de sodomie avait fini par recouvrir et rendre indistinct ce que nous dénommons un coït entre adultes et la pédophilie. Il suffit de faire un tour du côté des archives des officialités pour s’en rendre compte.

Il s’en suit que la place de l’homosexualité dans la sélection naturelle est un faux problème ou plutôt se présente comme le témoignage d’un symptôme réac, celui de la croyance en une Nature et à un monde enchantés dont témoignent à la fois les chrétiens et les païens à la Onfray. Il existerait un plan naturel voulu par Dieu (ou la mère-nature) qui place le couple homme/femme en vecteur primordial de la propagation de l’espèce à quoi se réduit toute civilisation qui n’aurait d’autre finalité que d’engendrer à la chaîne des bébés portant le nom de leur Père, lui-même chantre de la loi naturelle et lieutenant de Dieu (ou de la Nature) sur terre. Le Père entité quasi-transcendante aurait sélectionné parmi le cheptel féminin, celles aux gros seins et aux hanches larges, voire aux cheveux longs. La compétition aurait été féroce mais la femme-enfant, disons Shirley MacLaine ou Jean Seberg (notons l’androgynie terrifiante du prénom), appointée par l’industrie du spectacle aurait substitué au plan divin à gros seins et hanches larges un plan satanique (ou anti-naturel) où la femme-enfant à petite poitrine et hanche étroite tentée par le saphisme serait devenue une sorte de pivot de la société matriarcale-féministe-castratrice. Le Père-Loi aurait vacillé en remisant dans les placards les hits de Michel Sardou et en enculant de temps en temps son voisin, lui-même très affecté par cette chute.

Les homosexuels sont sortis du secret dans les années 1960, ils auraient partie lié avec le capitalisme qui en ferait son support favori car le pédé est plutôt cigale et bien pourvu. On pourrait tout aussi bien affirmer que c’est l’ensemble de la sphère du plaisir sexuel qui est affecté par la forme-marchandise ce dont témoignent à la fois la prostitution, la publicité et l’industrie pornographique. Cette donnée de fait affecte homosexuels sortis du secret et hétérosexuels en proie aux désillusions du couple amoureux et de la drague en tous genres. On ne voit pas bien en quoi le couple hétéro partouzard ou sado-maso ou strictement monogame serait moins consumériste que le couple homosexuel. La question est la même pour les deux entités et pour les individus, comment sortir du plaisir sexuel marchand ? Par l’amour-jalousie, par la pulsion de mort que le sida a propagée dans son sillage, par le sado-masochisme ou la torture, par l’humain nullo-toy, par une autre stratégie strictement individuelle ?

Les réacs répondent par la recherche de la femme à gros seins et grosses hanches soumise à son mari-père qui ira trouver ailleurs son plaisir, dès lors que les grossesses à répétition et le temps auront quelque réduit la libido fétichiste des premiers temps. C’est une stratégie comme une autre, notons qu’elle passe par la soumission, analogue du sado-masochisme, les fouets et les menottes en moins.

Si les homosexuels ont choisi de se nommer gay, ce n’est pas par simple commodité, c’est pour sortir des catégories médicales et poser la question de leur propre devenir. On peut s’en offusquer mais sûrement pas affirmer que c’est là le signe d’une prise de pouvoir. Idem pour la disjonction entre coït et procréation rendue évidente pour tous avec les techniques procréatives. Le problème n’est pas tant qu’elles existent mais plutôt qu’elles soient régulées par les seuls opérateurs du marché mondial. Quand Pierre Bergé affirme que tout utérus peut être loué, il n’est pas un homosexuel célibataire et plein aux as méprisant mais un libéral-progressiste conséquent pour lequel tout s’achète et tout se vend quand c’est dans le sens du progrès, tout se résout en contrats et locations, de la fellation qu’on commande sur la Toile aux poignées de portes qu’on achète chez Bricorama. Le continuum est complet et terrasse les préjugés. L’amour est dans le pré ne disait pas autre chose.

Le réac veut bien de temps en temps louer pour une période indéterminée une femme de confort, y compris colorée (éventuellement un jeune homme ou un travelo mais discrètement) mais il entend que ce type de contrat soit réservé au Père-Mari en proie à l’offensive pédaleuse-féministe qui finit par briser les couples et attiser les divorces car tout ça n’est qu’un complot ourdi par le capitalisme débridé afin d’anéantir la résistance des familles naturelles dont on se demande comment elles ont pu s’effriter à ce point si elles sont si naturelles, c’est-à-dire nécessaires et évidentes d’où le recours à la démonologie de la conjuration étendue.

Publié par : Memento Mouloud | mars 18, 2015

Le Monde est fou, le Monde est beau (1)

L’HGM : L’Humain Génétiquement Modifié, c’est parti

Le socialisme moderne à l’œuvre ou comment démanteler le droit du travail

 Gérer la folie, un appendice des ressources humaines

L’esclavage en Méditerranée (XVI-XIXèmes siècles) : le prisme français

 

 L’HGM : L’Humain Génétiquement Modifié, c’est parti

Au moment même où un groupe de scientifiques publiait un appel à un moratoire sur les manipulations génétiques de futurs embryons humains, un reportage annonçait qu’un groupe de scientifiques aurait manipulé génétiquement de futurs embryons humains.

La coïncidence n’en est pas une. Les scientifiques pro-moratoire commencent leur lettre parNous croyons que des études seront bientôt publiées, impliquant l’usage d’outils destinés à modifier l’ADN d’embryons humains.Cette lettre est parue le 12 mars dans la revue britanniqueNature. Le 13 mars, le quotidien britannique The Independant publiait un reportage annonçant que des chercheurs de l’École de médecine de l’Université Harvard, à Boston, auraient d’ores et déjà tenté de modifier l’ADN d’ovules humains en utilisant une technique qui pourrait éliminer des maladies héréditaires des générations suivantes. La recherche a été effectuée sur des cellules ovariennes prélevées sur une femme porteuse d’un cancer de l’ovaire héréditaire, dans le but d’évaluer la possibilité de produire des embryons libérés de cette maladie héréditaire.

Les résultats en question n’ont pas encore été publiés, mais le fait que cette recherche soit menée à Harvard, et que «les études» auxquelles fait allusion la lettre, puissent également provenir d’Harvard, n’est pas une coïncidence non plus. Le magazine d’information du Massachusetts Institute of Technology (MIT Technology Reviewpubliait le 5 mars un long reportage sur ces mêmes chercheurs de Harvard et leurs «outils», appelés plus précisément «technologies d’édition du génome» ou CRISPR (pour les intimes: Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats).

CRISPR est testé depuis trois ans sur des porcs et des bovins —et rien n’empêcherait, en théorie, de le tester sur des humains, expliquait Luhan Yang, une postdoctorante de Harvard, d’origine chinoise, gravitant autour du généticienGeorge Church, un des experts mondiaux du génie génétique. Church s’est déjà prononcé en faveur de contrôles stricts sur les chercheurs qui voudraient utiliser CRISPR pour modifier l’ADN des cellules reproductrices humaines.

Le magazine du MIT signale qu’en plus du laboratoire de George Church, au moins un autre à Boston pousse dans cette direction, ainsi qu’une firme de la région, OvaScience, ainsi que des scientifiques en Chine et en Grande-Bretagne. Modifier les gènes d’ovule ou de spermatozoïde humain dans le but d’obtenir un embryon génétiquement modifié conçu par fécondation in vitro, serait illégal en Grande-Bretagne et dans 14 pays européens, mais pas aux États-Unis.

 ASP

 

Le socialisme moderne à l’œuvre

ou comment démanteler le droit du travail

 

Le projet du gouvernement socialiste consiste à donner des garanties à la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME), en leur assurant qu’il n’y aura pas de CHSCT (il a pour mission dans les entreprises de plus de 50 salariés de contribuer à la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs ainsi qu’à l’amélioration des conditions de travail. dans leurs entreprises). Le contexte est le suivant : avec la mise en place d’un délai de quatre mois pour la consultation des instances de représentation du personnel, instaurée par la loi du 14 juin 2013, il ne sert plus à rien de discuter avec la direction : celle-ci attend tranquillement l’écoulement des délais pour que passe ses projets, sans en changer une virgule. De plus avec la réforme Sapin (qui porte assez bien son nom) les inspecteurs du travail ont perdu 20 % de leurs effectifs. Il faut préparer les français à ce gisement d’emplois que sont les petits boulots. Le workin’poor est le pendant du rentier satisfait, le Janus moderne. Le gouvernement envisage la création d’une instance unique qui regrouperait les compétences du CE, des délégués du personnel (DP) et du CHSCT. Le gouvernement garantit uniquement le maintien d’une commission compétente pour les questions d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail pour les entreprises où il y aurait une délégation unique du personnel (DUP), délégation dont le champ serait élargi aux entreprises ayant jusqu’à 300 salariés. Or, en l’état actuel du code du Travail (appelé à un toilettage majeur), les élus du CHSCT sont encore en capacité de démontrer la mauvaise organisation du travail dans l’entreprise. Cela a été le cas à la FNAC, où les enquêtes et expertises des CHSCT ont permis de casser un nouveau plan de réorganisation qui aurait entraîné une dégradation des conditions de travail

 

 Gérer la folie, un appendice des ressources humaines

 

En 2010, la psychiatre Viviane Kovess-Masféty a remis un rapport sur la santé mentale au Premier ministre. Ce document est perclus d’expressions floues comme ’’bien-être’’, ’’réussir sa vie’’ ou ’’troubles existentiels’’. Ses conclusions ? La santé mentale concerne tout le monde. Au système de la psychiatrie (celle de l’asile ou du secteur), il faudrait en substituer un nouveau, qui traiterait de chacun de nous. Le titre du rapport est d’ailleurs très clair : ’’La santé mentale, affaire de tous’’.

Or 30 % des SDF sont psychotiques et 45 % des détenus des prisons françaises devraient être psychiatrisés. Ces gens ont été abandonnés mais ceci est une bonne nouvelle pour le directeur de l’hôpital psychiatrique de Nancy qui annonce fièrement que son ’’établissement accueillait deux mille personnes il y a vingt-cinq ans, quand il n’en compte plus que deux cent aujourd’hui’’, avant de rugir  ’’c’est une très bonne performance’’.

Si on schématise, on peut discerner deux étapes dans le traitement actuel de la folie. La première correspond au temps de la crise, quand le patient ’’pète les plombs’’. La société y répond par des outils de gestion délégués à l’hôpital – médicaments et chambres d’isolement. Pour des raisons budgétaires, cette phase est désormais raccourcie au maximum : il ne faut pas que la personne reste à l’hôpital trop longtemps. Dès qu’elle est calmée, on lui demande donc quel est son ’’projet de sortie’’, on la somme de se réhabiliter.

La deuxième étape relève de la chronicité, du temps long : ce n’est pas parce que vous n’êtes plus en crise que vous n’êtes plus fou. Dans le passé, c’était simple : l’asile gérait aussi bien la crise que l’après-crise. Et quand la psychiatrie de secteur s’est imposée dans les années 1960, cette idée a perduré – notamment avec la ’’continuité des soins’’ dans et hors de l’hôpital. Aujourd’hui, c’est fini. Une fois que le patient est sorti, l’hôpital s’en lave les mains ; il renvoie le patient vers des associations qui gèrent tant bien que mal la chronicité. C’est souvent un cercle sans fin, un ’’tourniquet’’ : les gens entrent et sortent de l’hôpital au gré de leurs crises.

Les gouvernements successifs insistent par exemple pour multiplier les conseils locaux de santé mentale, placés sous l’égide du maire d’une commune et réunissant divers secteurs : policiers, juges, psychiatres, représentants de l’Éducation nationale, etc. Ces conseils sont in fine chargés de gérer la santé mentale. J’ai rencontré l’un de ses animateurs, à Nanterre, et j’ai été frappé par un cas dont il m’a parlé. Il était question d’un type qui posait des problèmes dans son quartier, suscitant des plaintes et des mains courantes. En réponse, le conseil local de santé mentale a créé une cellule chargée de régler la question en douceur, avec un numéro de téléphone à appeler en cas de nouvelles crises. Cela pourrait paraître une bonne solution, évidemment préférable au recours à la camisole de force. Sauf que la question du soin était totalement évacuée. Il s’agissait juste d’empêcher cet homme de perturber davantage la vie de la Cité. Et tant pis s’il restait enfermé dans sa chambre, en souffrance, dans ses délires et sa parano.

L’idée que la folie, et notamment la schizophrénie, serait une question purement biologique s’est progressivement imposée. Elle permet d’innocenter tout le monde et de transférer la culpabilité à des gènes déficients comme à des sortes de diablotins. Guérir, vous n’y pensez pas, ce qu’il faut c’est gérer.

Patrick Coupechoux / BAM

L’esclavage en Méditerranée (XVI-XIXèmes siècles) : le prisme français

Quand j’ai commencé mon doctorat à l’université de Stanford, je me suis intéressée à l’histoire des Morisques – des musulmans convertis au catholicisme en Espagne. En 1610, Henri IV a accordé à 50 000 Morisques expulsés par le royaume espagnol le droit de traverser les Pyrénées pour s’installer en France. Dans la majorité des cas, ce ne fut qu’une étape vers l’Empire ottoman.

C’est en travaillant aux archives de la Chambre de commerce de Marseille que j’ai finalement pris connaissance de ces épisodes d’esclavage en Méditerranée. Un étudiant m’a indiqué qu’il y avait là des documents sur les esclaves musulmans en France et sur les esclaves français en Afrique du Nord. J’ai rapidement compris que les traces de cet esclavage ne se réduisaient pas à quelques mentions éparses et que cette documentation contenait de véritables récits de captivité, où il était notamment question de rachat d’esclaves français retenus au Maghreb. De fait, il s’agit d’un vaste sujet, très peu étudié, surtout à partir du début du XXe siècle.

Malgré le travail de Fernand Braudel, qui a élaboré l’idée d’un ’’espace méditerranéen’’, la France est souvent représentée et étudiée en tant que puissance moderne septentrionale, sans égard pour sa dimension méditerranéenne. Et puis, le fait que d’anciens sujets coloniaux aient pu maintenir des Français en esclavage ne plaisait pas à tout le monde… Par conséquent s’est imposée l’idée selon laquelle les ’’Barbaresques’’ se livraient à des attaques maritimes uniquement contre leurs plus proches voisins européens – Espagnols, Italiens et Portugais.

Il y avait également des corsaires chrétiens – y compris des Français – qui s’en allaient piller les navires et les côtes du Maghreb. Sur les deux rives, on les nommait du terme arabe ’’ra’is’’. Il s’agissait d’un phénomène bilatéral, sinon symétrique. Certains corsaires barbaresques étaient même des Européens convertis à l’islam par intérêt lucratif. Par exemple, Murat Reis, connu pour avoir enlevé 800 personnes à Reykjavik, était à l’origine un Hollandais répondant au nom de Jan Janszoon.

Pour leur part, les corsaires, chrétiens ou musulmans, s’emparaient des navires ennemis afin de prendre possession des cargaisons et des équipages. Les prisonniers étaient vendus comme esclaves ou retenus en captivité pour obtenir des rançons. L’argent de ces dernières a largement irrigué l’économie des villes portuaires du Maghreb, mais aussi celle de ports européens comme Livourne. Quant à la royauté française, elle a mis beaucoup d’énergie à capturer et à acheter des ’’Turcs’’, afin d’en faire des rameurs pour sa flotte de galères royales.

En dépit de la maxime ’’Nul n’est esclave en France’’, les administrateurs et les théologiens se sont ingéniés à justifier l’esclavage des Nord-Africains. Parce que Louis XIV voulait réellement posséder des rameurs turcs – au premier rang desquels les ’’Barbaresques’’. Et surtout parce que la royauté française entendait faire taire les critiques qui lui étaient adressées depuis le XVIe siècle au sujet de ses relations diplomatiques avec l’Empire ottoman. Ces rameurs faisaient ainsi fonction de symbole de sa puissance et de preuve de sa catholicité. Mais en réalité, il y avait aussi des juifs, des chrétiens et surtout des protestants sur les galères du roi de France.

Un certain nombre d’historiens travaillent aujourd’hui sur le commerce des captifs en Méditerranée, à l’image de Wolfgang Kaiser en France. Ils ont notamment montré qu’il existait de nombreux intermédiaires dans ce commerce, souvent des marchands, qui pouvaient par exemple prêter l’argent de la rançon aux détenus. Ou bien acheter un ’’Turc’’ dans le port de Livourne – il s’y tenait un grand marché aux esclaves – pour ensuite l’échanger directement contre un esclave retenu en Afrique du Nord, ou contre un rameur des galères de France. En outre, deux ordres religieux catholiques rédempteurs (les Trinitaires et les Mercédaires) s’étaient spécialisés dans le rachat d’esclaves ; ils étaient motivés par la peur de voir ceux-ci se convertir à l’islam.

L’entraide familiale était aussi très importante. Si l’on ne faisait pas tout pour racheter un parent retenu en captivité, on n’était plus digne d’hériter. Les familles s’endettaient, les épouses missionnaient des notaires, écrivaient des lettres aux institutions régionales, etc. Le code de la famille était même exceptionnellement aménagé pour l’occasion : les femmes pouvaient aliéner leur dot, ou vendre le bien de leur mari ou de leur père pour le sauver. Quand il s’agissait de rétablir l’ordre familial, l’infériorité liée au sexe, notamment juridique, était levée.

A la différence d’autres pays, la France avait dès le Moyen Âge développé des accords avec Alger, grâce à Marseille. Les États existaient bel et bien, mais le sort des captifs n’a pas toujours été leur priorité.

La libération des captifs a progressivement acquis une forte charge symbolique : être capable de libérer ses sujets correspondait à une démonstration publique de puissance. Les processions d’esclaves affranchis à travers la France et la diffusion des récits de captivité – organisée par les Trinitaires et les Mercédaires – ont ainsi pris une importance particulière sous Louis XIV. En plus de libérer, l’État et l’Église avaient aussi à cœur de montrer qu’ils acceptaient de réintégrer un sujet ’’sain’’. Soit un sujet qui n’avait pas été contaminé physiquement par la peste5, moralement par la sodomie, et spirituellement par la conversion – les trois périls barbaresques selon l’imaginaire de l’époque.

Cette ostentation de la réintégration résonne fortement avec cette tendance qu’avait la royauté des années 1680 à vouloir unifier la France catholique contre les protestants. En ce sens, les rachats de captifs étaient également une manière de déterminer qui était français et qui ne l’était pas. À cette époque, la monarchie a ainsi décidé que seuls les catholiques pouvaient être rachetés par l’État. Dès lors, les captifs ont dû adresser leurs lettres directement au roi, plutôt qu’aux familles et institutions de leur ville d’origine. C’était une manière de les pousser à déclarer publiquement leur appartenance religieuse et à faire allégeance au roi.

Les marchands, de même que les communautés françaises libres installées à Alger et à Tunis, s’opposaient d’ailleurs aux efforts militaires du roi (sièges, bombardements d’Alger) pour récupérer les captifs, car ils estimaient que ces actions pénalisaient le commerce et les échanges.

J’ai trouvé dans les registres de la chancellerie de la France à Tunis des procurations de Français convertis à l’islam autorisant leur famille à vendre leurs biens, ou leur accordant une somme d’argent. Alors qu’en théorie ils avaient renoncé à leur patrie d’origine, ils ont pu conserver des liens avec la France. Cette dernière acceptait aussi assez facilement de réintégrer les renégats. On trouve ainsi de nombreuses lettres de captivité adressées au roi indiquant : ’’Je suis devenu musulman en apparence, mais je suis resté chrétien du fond du cœur.’’ Les relations et les appartenances étaient plus fluides et duales que la manière dont on les représente souvent.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les termes esclaves et captifs étaient synonymes en France ; ils désignaient tous deux une capture fondée sur une différence de religion. Les musulmans du Maghreb étaient alors vus comme des ennemis, mais sans être considérés comme culturellement inférieurs aux Européens. Le développement de la traite négrière a ensuite progressivement modifié la manière de concevoir l’esclavage en Méditerranée. L’idée selon laquelle un Blanc ne pouvait plus être esclave s’est développée tout au long du XVIIIe siècle.

Lors de la campagne d’Égypte, Napoléon a fait une halte à Malte, où il a symboliquement libéré les esclaves maghrébins ; dans le même temps, il ré-institutionnalisait l’esclavage à Saint-Domingue. Comme nombre de ses contemporains, il n’était pas totalement opposé à l’esclavage ; seul celui des Blancs lui semblait intolérable. Cet argument de libération, qui ne correspondait pourtant plus à une situation réelle dans les provinces ottomanes du Maghreb, a d’ailleurs servi de prétexte à la conquête de l’Algérie en 1830.

Il faut situer cette conquête dans un temps plus long. J’ai constaté au fil de mes recherches que la question des captifs est revenue dans les esprits avec les guerres d’indépendance de la Grèce (1821-1830) – on prétendait alors que des femmes hellènes avaient été mises en vente sur des marchés aux esclaves par des Turcs. C’est là que la peur a changé de nature en France. Auparavant, la menace de la conversion concernait l’âme des hommes. Mais désormais, c’est le corps des femmes blanches qui était considéré comme exposé au viol et au métissage. Ce type de fantasme s’est mélangé à l’argument de l’abolition de la traite des Blancs, lui-même lié à une volonté affichée de conquête libératoire. Et tout ça a servi de prétexte à la conquête d’Alger. Sauf qu’à l’arrivée de l’armée expéditionnaire, il n’y avait que 120 captifs à Alger (et pas la moindre femme). Dans le même temps, des captifs et captives musulmans étaient encore retenus en Europe méridionale.

Lors de la conquête de la province ottomane d’Alger, la France a élaboré un discours fondé sur l’idée de libération : les Français venaient libérer les Blancs de l’esclavage des Nord-Africains, les Algériens du joug ottoman, les mers de la piraterie, les terres mal cultivées par les Ottomans, le commerce, etc. Sauf que la première justification de cette expédition de conquête – la libération des captifs blancs retenus à Alger – reposait sur une réalité très largement fantasmée.

Gillian Weiss

 

Publié par : Memento Mouloud | mars 18, 2015

Semaine du 9 au 15 mars 2015

alfredo

Aide à la fin de vie

Areva, sous-traitance, flexibilité et matériau humain :  le cocktail européen

Petrobras ou l’affairisme progressiste est sans frontières

Tiers-payant : vers une implosion de l’assurance-maladie ?

Les sondages sont truqués, et alors ?

Wolfgang Schäuble : le dernier baroud d’un revanchard

La Grèce au bord du KO : c’est parfait Goldman Sachs avait parié

Qu’est-ce qu’une antiquité ? Un truc qui rapporte, coco

Aide à la fin de vie

chouette 1

« Quand vous êtes handicapé(e) de moins de 60 ans, la solidarité nationale finance à 100 % les aides nécessitées par le handicap, même si c’est 24 heures par jour ; quand vous êtes handicapé(e) de plus de 60 ans, seules quelques heures par jour (trois-quatre environ) sont ainsi financées. Le reste est à charge de la personne ou de sa famille. Et ce reste, si ça passe par des professionnelles déclarées, etc., peut aller jusqu’à plus de 6 000 euros par mois. »

Jérôme Pellissier

Areva, sous-traitance,

flexibilité et matériau humain :  

le cocktail européen

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Areva vient d’annoncer des pertes de 5 milliards d’euros pour 2014 dues en partie au chantier de l’EPR en Finlande. Et, du côté de la France, à Flamanville, dans la Manche, le réacteur en construction s’avère être le plus performant en termes de fraudes à la législation du travail, le plus risqué pour les ouvriers et le plus coûteux. Sur ce chantier pharaonique, ouvert fin 2007, trois principaux acteurs : EDF, le maître d’ouvrage, Areva, concepteur et fournisseur du réacteur, et Bouygues pour le génie civil, c’est-à-dire bétonnage et ferraillage. Initialement estimé à 3,3 milliards d’euros, l’EPR dépasse aujourd’hui les 9 milliards et accuse cinq ans de retard.

En mai 2011, à la suite d’un contrôle portant sur la situation des travailleurs polonais et roumains, l’Autorité de Sûreté Nucléaire découvre que des ouvriers polonais, embauchés par Bouygues via la société irlandaise Atlanco, sont en situation irrégulière : absence de contrat de travail, de couverture sociale. Le procès, ouvert, le mardi 10 mars à Cherbourg, est l’aboutissement de trois années d’enquête dont vingt mois de perquisitions et d’auditions menées par les gendarmes de l’OCLTI (Office centrale de lutte contre le travail illégal), sous la direction d’Éric Bouillard, procureur de la République. Il s’agit là d’une des plus importantes affaires de travail illégal jugées en France.

Ce que risque Bouygues ? Une amende de 225 000 euros mais, aussi, l’éventualité de devoir participer financièrement aux pertes subies par les organismes sociaux. Les premières estimations données par l’Urssaf les évaluent entre 8 à 10 millions d’euros.

Un « travailleur détaché » peut travailler dans un pays membre de l’Union européenne dans le respect du salaire et des conditions de travail du pays d’accueil, tout en restant assuré dans le pays d’établissement de son employeur. La législation européenne permet donc de facto un dumping social puisque les cotisations patronales sont de 38,9 % pour en France, 18,81 % en Pologne, 8,5 % en Irlande et 6,3 % à Chypre. Or, dans le cas du chantier de l’EPR, près de 500 ouvriers, roumains et polonais, n’avaient aucune protection sociale, un grand nombre n’avaient pas de congés payés, certains aucun bulletin de paie et d’autres devaient prendre en charge les frais de logement, de transport voire d’équipement de travail, y compris de protection individuelle.

Les conclusions de l’enquête indiquent que l’un des cadres de Bouygues était particulièrement « préoccupé par la nécessité de disposer toujours en temps réel du personnel qu’il estimait nécessaire ». Pour cela, l’entreprise dispose d’un logiciel de « gestion de main-d’œuvre ». Son principe : calculer les besoins en bras en fonction du tonnage de béton à réaliser. Flux tendu et coulée continu, si un romain ou un polonais finit dans la fosse, on le remplacera par un ukrainien ou un moldave. Les gendarmes de l’OCLTI relèvent le cas d’un ouvrier qui a travaillé un an sans interruption. Il faut croire que le type était résistant comme on dit pour les matériaux.

« Je me suis présenté dans leurs bureaux de Cracovie et j’ai signé le contrat. C’était rapide, ils ne m’ont pas demandé plus…Les paies annoncées étaient très correctes. »  600 euros en Pologne, 1 400 à 1 600 à Flamanville. « Mais au final, ce n’était pas ce qu’on touchait vraiment. ». Diligente, la société Atlanco prélevait les impôts et le nécessaire pour leur couverture médicale, du moins c’est ce qu’elle prétendait et puis le polak est un bon percheron, ça tombe pas malade le polak, c’est résistant.

« J’ai commencé à me poser des questions lorsque j’ai vu des ouvriers blessés devoir se soigner eux-mêmes. Si la blessure n’était pas importante, ils pouvaient reprendre le boulot. Mais l’un d’entre eux a fait une mauvaise chute de deux mètres. On lui a dit qu’il devait rentrer dans son logement et s’il ne pouvait reprendre le chantier, repartir en Pologne. C’est ce qu’il a dû faire. C’était comme s’il était éliminé, en fait. J’ai compris qu’on n’avait aucune couverture médicale. Lorsque je me suis ouvert légèrement la main, j’ai dû prendre en charge tous les frais médicaux. Par chance, je ne me suis arrêté que quelques jours et j’ai pu retourner travailler. »

Le maillon faible mais pour de vrai, un show d’enfer, si ça se trouve on devrait aussi les recruter pour The Voice.

Sur 377 accidents du travail enregistrés sur une année, 112 n’ont pas été déclarés. Ce dispositif de casse avait alarmé les infirmières qui, malgré les pressions exercées, décidèrent de rendre compte de ces refus d’enregistrer les incidents comme autant d’accidents du travail. On a rien sans rien n’est-ce pas, mais ces salopes ne comprennent rien, totalement gangrénées par l’idéologie pédago-marxiste, elles ont pourri les registres d’une encre droits-de-l’hommiste.

« Apparemment on était beaucoup moins cher que d’autres sociétés. C’est la raison pour laquelle Bouygues a continué à travailler avec Atlanco. Le manque de documents, et notre situation, n’a pas posé problème. Et malgré le manque de documents, Bouygues n’a pas arrêté le travail sur le chantier. Le seul jour où Bouygues a eu un problème avec nous sur le chantier, c’est lorsque certains ouvriers polonais ont fait grève pour avoir des précisions sur leurs situations. Mais c’était déjà en mai 2011. Et comme ils ont bloqué l’entrée du chantier et ralenti le travail, cela a posé un problème à Bouygues. »

Le géant du BTP connaissait déjà bien cette agence d’intérim pour avoir travaillé avec elle sur le chantier de l’EPR en Finlande. Les mêmes causes, les mêmes effets. En 2008, un préavis de grève avait été posé sur le site finlandais pour exiger de mettre en règle les 300 ouvriers polonais dépourvus de toute couverture sociale. L’Europe de l’Atlantique à la Carélie, un truc de ouf.

Petrobras ou l’affairisme progressiste est sans frontières

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Deux mois après le début de son second mandat, la popularité de la présidente Dilma Roussef est au plus bas. Quelque 42 % des Brésiliens jugeaient son gouvernement « excellent ou bon »en décembre dernier selon l’institut de sondages Datafolha. Le 8 février, cette proportion tombait à 23 %. Il faut remonter à 1999, alors que le président conservateur Fernando Henrique Cardoso dirigeait le pays, pour retrouver un chiffre aussi bas.

Cela fait un an que le Brésil vit au rythme des révélations déclenchées par une gigantesque enquête policière baptisée « Lava-jato » (littéralement, « Karcher »). Au fil des opérations, la population découvre une surfacturation quasi systématique des dépenses en infrastructures de l’entreprise, bénéficiant aux principales entreprises du secteur du bâtiment. Ces dernières se sont organisées en cartel pour se partager les marchés, faisant enfler la facture et reversant une commission variant de 1 % à 3 % du montant des contrats à une poignée de cadres véreux de l’entreprise.

Une partie de ces fonds détournés – près de 10 milliards de reais soit 3,4 milliards d’euros selon la police – étaient ensuite redistribués aux politiques de sept partis, membres pour la plupart de la coalition au pouvoir. Après avoir fait l’objet de plusieurs fuites, la liste des élus faisant l’objet de poursuites a été rendue publique le 6 mars. Dénoncés par les cadres de l’entreprise ayant accepté de collaborer dans l’enquête en échange d’une réduction de peine, 49 politiques sont ainsi montrés du doigt, dont le président du Parlement Eduardo Cunha et celui du Sénat Renan Calheiros.

Alliées de tous les gouvernements depuis les années 1950, les « sœurs » du bâtiment, comme on les appelle en référence à leur puissance, sont traditionnellement épargnées par la justice, les élus, et la presse, qui leur doit de nombreux encarts publicitaires. Pour la première fois, des corrupteurs sont également interpellés par la police.

L’ampleur du scandale Petrobras se justifie par le poids de la compagnie. Contrôlée par l’État tout en étant cotée à São Paulo et New York suite à son ouverture de capital, c’est la première entreprise d’Amérique latine. Elle représente 10 % du produit intérieur brut (PIB) brésilien, et 15 % du total des investissements du pays. C’est aussi la principale source de subventions de toutes les manifestations culturelles. Ce qui prouve la nature subversive des artistes contemporains.

Les enquêteurs estiment que le procédé de détournement est vieux d’au moins quinze ans, remontant à l’époque du gouvernement conservateur du président Fernando Henrique Cardoso. Son actuel organisateur, Paulo Roberto Costa, l’ex-directeur de l’approvisionnement de l’entreprise pétrolière, a résumé avec cynisme sa banalité : « N’ayez aucune illusion, ce qui s’est passé au sein de Petrobras se passe dans tout le Brésil. Pour les routes, les chemins de fer, les ports, les aéroports, les barrages, dans tout le Brésil, il suffit de se renseigner », ça se passe aussi dans tous les pays, dans le cas de l’industrie financière, c’est même parfaitement légal.

En 2010, Luiz Inacio Lula da Silva a mis fin au régime de concession alors en vigueur faisant de l’État le seul propriétaire du pétrole, et donné à Petrobras un monopole sur la rente pétrolière : l’entreprise doit être associée à hauteur d’au moins 30 % à toutes les exploitations. La loi a également institué une politique de préférence nationale pour les fournisseurs. Le circuit de la corruption est dès lors verrouillé.

La présidente ne contrôle plus rien. L’oligarchie l’a lessivée, elle va achever la baleine avec l’aide de centaines de milliers de gens très chics et d’autres, plus nombreux, qu’elle paiera. Ainsi le député Eduardo Cunha est élu à la tête du Parlement, contre la volonté de la présidente. Cet homme tient l’agenda, la distribution de certaines prébendes et les attributions des commissions parlementaires d’enquête. C’est l’homme fort, son rouleau compresseur va enfoncer l’Eglise catholique dans les méandres du passé, la contre-révolution libérale sera évangélique ou ne sera pas.

Le gouvernement ressemble à un Arlequin de médiocrités. La politique de la ville est confiée à Gilberto Kassab, ex-figure de l’opposition, dont le passage à la tête de la mairie de São Paulo, entre 2006 et 2012 est resté dans la mémoire de la plus grande ville d’Amérique latine comme un désastre. Le ministre des sciences et technologies Aldo Rebelo, ex-communiste, est un forcené du productivisme, le ministère des sports a été confié à George Hilton qui a la faveur des évangélistes. Katia Abreu, principale représentante du complexe agro-industriel brésilien, elle-même grande propriétaire terrienne, a ainsi été promue ministre de l’agriculture. Lors de son discours d’investiture, elle a d’ailleurs martelé qu’il n’était plus question de penser à une réforme agraire puisque le « latifundio n’existait plus au Brésil », on dit grande entreprise d’intérêt national. Reste Joaquim Levy, le ministre des finances, un cadre du secteur bancaire, formé à l’université de Chicago et conseiller économique du PSDB, le principal parti d’opposition. C’est l’Emmanuel Macron du coin, il prêche évidemment l’austérité et la restauration des comptes publics. 40 % du budget fédéral part déjà dans le remboursement de la dette publique et les taux d’intérêt atteignent les 12 %.

C’est toute la stratégie de Lula qui est dans l’impasse : être de gauche ne consiste pas à « réduire » les inégalités ou à adoucir la misère mais à s’attaquer à la structure de répartition des propriétés (publique, commune, privées) et des revenus, le reste ressemble furieusement à un pacte entre une kleptocratie de fonctionnaires, de bureaucrates de partis et de syndicats et de démagogues avec l’oligarchie. Je m’assure une part du magot, je t’assure des profits continus et on distribue les miettes aux petits.

Tiers-payant : vers une implosion de l’assurance-maladie

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L’assurance maladie, seul assureur des soins courants de 15 millions de personnes, est en première ligne. Et le ministère de la santé a décidé de la mettre au pied du mur : une « garantie de paiement » au professionnel de santé qui pratique le tiers payant sera inscrite dans la loi. Si l’assurance maladie ne paie pas en sept jours une feuille de soins électronique télétransmise, elle devra « des pénalités de retard » au professionnel. Jusqu’à quel plafond ?

Ceux qui sont chargés de mettre en musique le tiers payant à la Direction de la sécurité sociale ont sans doute en tête la mésaventure du RSI (l’hommage à Lacan est transparent) : en 2008, l’administration a fusionné les fichiers des Urssaf et du RSI, et les a écrasés, effaçant des données. La Cour des comptes a qualifié l’incident de « catastrophe industrielle ».  Cette mesure allait affecter 1,7 millions de travailleurs indépendants (5,4 en comptant ayant-droits et retraités).

« Les premiers appels de cotisations relevant de l’interlocuteur social unique ont été émis le 17 décembre 2007. Le blocage du logiciel a été constaté dès les premiers jours du mois de janvier 2008 et a duré presque trois semaines, durant lesquelles il n’y avait plus aucune possibilité de gérer les comptes ». « Les professionnels étaient pris de vertige », se souvient Bruno Chrétien, directeur de l’Institut de la protection sociale, « c’était un peu comme dans « Terminator 3″, quand les machines prennent le pouvoir… »

Résultat : appels de cotisations totalement fantaisistes et incohérents (certains n’en recevaient pas, d’autres se voyaient réclamer des sommes erronées, différentes d’un courrier à l’autre, ou indues); envoi d’huissiers ou interdictions bancaires sans réels motifs mettant en péril l’activité des entrepreneurs; difficultés à faire valoir ses droits à la retraite et défaut de calcul de leurs montants (certains retraités se voyant même demander de cotiser encore à… leur retraite de base); apparition de « singletons » ( « des gens qui cotisaient pour la maladie et la CSG, mais pas pour la retraite, ou l’inverse ! », explique un haut fonctionnaire); les affiliés rencontraient encore les pires difficultés à obtenir leur carte Vitale; enfin, et surtout, une impossibilité générale de communiquer avec une institution plongée dans une situation d’autant plus ingérable que les autoentrepreneurs ont rejoint le système en 2009. Pour couronner le tout, « les assurés ne savaient jamais à qui s’adresser »

« Pour obtenir une protection sociale qui fonctionne pour les indépendants, il fallait remettre en route le système de recouvrement des cotisations et donc, faire travailler ensemble les caisses régionales du RSI et les Urssaf. Dès octobre 2011, nous avons créé de petites équipes communes en détachant chacun trois personnes travaillant ensemble sur les problèmes en mode dégradé, manuellement, avec le téléphone, et chacun face à son système informatique. C’est ce qui nous a permis de décoller…Nous avons institutionnalisé cette intégration et commencé à la généraliser en 2013. Des équipes communes RSI-Urssaf devraient couvrir tout le territoire en 2015. »

Derrière cette (auto-)satisfaction administrative, « des gens menacent de se suicider dans nos accueils », témoignent des employés du RSI. Marches, manifestations, « la résistance se durcit et s’organise », souligne Jean-Guilhem Darré, délégué général du SDI. « Sauvons nos entreprises » réclame ainsi un moratoire et une remise à plat du RSI, et des groupements d’indépendants agitent la menace de non-paiement des cotisations maladie et retraite. Le mouvement « Les Libérés » s’attaque de son côté au monopole de la Sécurité sociale en prônant une désaffiliation sauvage (illégale) au profit de systèmes concurrents. Un mécontentement catégoriel qui rappelle le CIDUNATI, l’alliance avec les maos en moins.

Signe d’une fatigue générale, plus du quart des indépendants qui sont passés à une activité salariée ou assimilée au sein de leur entreprise l’ont fait délibérément pour ne plus avoir de contact avec le RSI. Les experts, pourtant, y voient un modèle qui finira par s’imposer dans l’avenir. Preuve que le problème n’est pas Marisol Touraine mais l’expertise, ce nouveau mode d’asservissement qui n’a pas de tête précise et plus d’une main à son service.

Les sondages sont truqués, et alors ?

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Sur les 3 derniers sondages Internet publiés dans la presse Odoxa(1), IFOP(2), CSA(3), on constate que sont interrogées des personnes qui ne sont pas concernées par le scrutin, des personnes qui n’iront pas voter et qui viennent de le dire ou qui se voient proposer des listes qui ne sont pas présentes dans leurs cantons.

Wolfgang Schäuble : le dernier baroud d’un revanchard

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Né en 1942 à Freiburg, Wolfgang Schäuble entre tôt dans la politique. Certainement inspiré par son père Karl Schäuble, député CDU dans le parlement régional du Pays de Bade (1947 – 1952, jusqu`à la fusion avec le Wurttemberg), il s`engage dès 1961 dans la politique et devient membre de la «Junge Union», l`organisation des jeunes conservateurs. Visiblement les crimes de la Wehrmacht ne l’ont pas ému et s’il a fallu qu’il tienne compte du procès de Francfort ce fut a posteriori quand la Shoah est devenue un élément de la religion civile de l’Allemagne unie, avec son corollaire obligé : la condamnation du « totalitarisme ».

Sous Helmut Kohl, Schäuble devient Ministre sans portefeuille (1984 à 1989) et influent chef de la Chancellerie, avant de devenir Ministre de l`Intérieur (1989 à 1991 et 2005 à 2009). C`est lui qui était en charge des négociations du contrat d`annexion avec la RDA.

Le 12 octobre 1990, un malade mental (qui n‘a pas pu être jugé, il a été admis dans un hôpital psychiatrique) tirait sur Schäuble lors d‘un meeting électoral dans sa circonscription à Oppenau. Malgré ses blessures, Schäuble, paraplégique, revenait dans la politique. Successeur désigné de Helmut Kohl dont le règne de 16 ans touchait à sa fin, Schäuble est rattrapé par un scandale de financement de son parti.

Schäuble a dû concéder avoir accepté en 1994, un don de 100 000 DM en numéraires par le commerçant d‘armes Karlheinz Schreiber, une somme qui n‘est jamais apparue dans les rapports financiers de son parti. Pendant longtemps, Schäuble avait nié ce don, avant de tout avouer et de s‘excuser auprès du Bundestag pour avoir «transgressé la loi», chose assez commune pour un juriste. Angela Merkel allait donc prendre « sa » place.

Au niveau de la politique intérieure, Schäuble était toujours considéré comme un «faucon», essayant de faire de l‘Etat allemand une sorte d‘état de sécurité nationale. Au mois d‘octobre 2009, Schäuble il s‘est vu décerner le «Big Brother Award», pour «son obsession de transformer l‘état de droit démocratique en un état de sécurité autoritaire». Poutine doit l’inspirer mais il n’en dit rien.

La Grèce au bord du KO : c’est parfait Goldman Sachs avait parié

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La situation financière de la Grèce est en train de se dégrader à vue d’œil. Il ne s’agit même plus de la question de la solvabilité de l’État grec – à l’exception des Européens qui restent dans le déni, tous jugent l’endettement de la Grèce insoutenable et une restructuration de sa dette inévitable – mais de celle de sa liquidité. À tout moment, tout peut déraper.

L’état budgétaire d’Athènes est connu, au moins dans les grandes lignes. Dès février, le gouvernement a annoncé que les recettes fiscales diminuaient depuis l’annonce des élections, une partie des ménages ayant décidé de ne plus verser impôts et taxes dans l’attente d’une réforme fiscale annoncée. Ce qu’a confirmé le gouvernement vendredi : les rentrées fiscales ont diminué de plus d’un milliard au cours des deux premiers mois.

De la même façon, les Européens savent parfaitement que le gouvernement de droite d’Antonis Samaras a épuisé toutes les réserves budgétaires et les facilités financières du gouvernement avant de quitter le pouvoir, pratiquant une politique de la terre brûlée. Ainsi, alors que le gouvernement grec s’était vu accorder la possibilité de pouvoir émettre 15 milliards d’euros de bons du trésor par la banque centrale européenne, le gouvernement précédent a utilisé toutes ces lignes budgétaires avant de partir, laissant le gouvernement de Syriza sans aucun recours financier.

La BCE lui refuse aujourd’hui d’augmenter ce plafond. Elle a de même coupé la voie du financement par les banques grecques, en leur supprimant les lignes de crédit qu’elle leur accordait depuis 2010. En moins d’une semaine, le gouvernement a émis pour 2 milliards de billets de trésorerie, le seul moyen de financement qui lui est encore ouvert, a différé les paiements de ses fournisseurs et sous-traitants, a approché les filiales grecques des multinationales pour obtenir des crédits à court terme.

Jeudi 12 mars, le parlement a adopté une mesure de dernière extrémité : il a autorisé les fonds de pension et les entités publiques, qui ont des comptes à la banque de Grèce, à investir tout leur argent en obligations d’État. En d’autres termes, l’État fait main basse sur les réserves de la sécurité sociale et des caisses de retraite pour honorer ses échéances.

Sans aide financière quasi immédiate, la Grèce peut se retrouver dans l’incapacité d’honorer une de ses échéances, ce qui la précipiterait en situation de faillite. « La Grèce est confrontée à une crise urgente de liquidité et se dirige vers un défaut partiel. Cela pourrait créer un précédent très dangereux », prévient l’économiste Lena Komileva de l’institut G+Economics. « La combinaison d’un trou de financement grandissant avec des obligations de remboursements croissantes fait que le gouvernement se retrouve sur la corde raide en mars. Et ce sera un plus grand défi encore en juillet et en août (la Grèce doit rembourser alors 6,8 milliards de prêts à la BCE – ndlr) », dit de son côté un ancien fonctionnaire européen au Guardian.

Les premiers jours suivant son élection, le gouvernement d’Alexis Tsipras n’a pas caché qu’il faisait face à une fuite massive de capitaux. Selon les premiers chiffres, 12 milliards d’euros auraient été retirés des banques grecques en l’espace de quelques semaines. On parle désormais de 20 milliards d’euros, soit l’équivalent de 10 % du PIB grec! « Le gouvernement grec devrait imposer rapidement un contrôle des capitaux, s’il veut éviter un effondrement brutal de son système bancaire. C’est la seule façon de s’en sortir, qu’il reste ou non dans l’euro », confie un financier.

« Scénario numéro trois : la catastrophe », avançait une étude de Goldman Sachs, en décembre, juste après l’annonce des élections anticipées en Grèce. Dans ce scénario, la banque imaginait la victoire de Syriza, son arrivée au pouvoir qui se traduisait par une fuite massive de capitaux, suivie d’une nationalisation du système bancaire pour éviter son effondrement et sa sortie brutale de la zone euro. Depuis l’élection de Syriza, les gouvernements européens semblent vouloir suivre avec application ce scénario catastrophe.

Qu’est-ce qu’une antiquité ? Un truc qui rapporte, coco

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Depuis les années 1980-90, outre leur valeur patrimoniale, scientifique et esthétique, les antiquités sont devenues de véritables outils financiers. Ce sont des objets de placement, des valeurs refuges qui participent à une économie toujours à la recherche de nouvelles sources de croissance. Si possible à très court terme. Cela permet à des particuliers, mais aussi des sociétés, de faire de l’optimisation fiscale. Depuis 2008, les prix explosent. En décembre 2010, Sotheby’s à New York a mis en vente le buste d’Antinoüs, le favori d’Hadrien, pour 1,9 million de dollars (voir ici le site antiquités de Sotheby’s). Vingt minutes plus tard, il était adjugé pour 23,8 millions de dollars, une plus-value de 1000 % ! Ce marché est devenu incontrôlable, bien loin des valeurs humanistes dont il se pare.

Nombres d’objets passent de mains en mains. La plupart du temps, ils arrivent dans des lieux de stockage, si possible extra-territoriaux, en suspension des droits de douanes et de la TVA, comme les ports francs. Là, ils peuvent être revendus entre diverses sociétés sans même quitter les dépôts. Leur valeur augmente par ce simple jeu d’écriture et cela permet de les proposer à la vente à des prix déjà très importants.

De pillage endémique, on est aujourd’hui passé à un pillage systématique. La nouveauté de ces printemps arabes qui tournent mal, c’est que ce ne sont plus quelques personnes qui y vont à la pelle-pioche, mais des équipes solidement organisées. Des dizaines d’ouvriers s’attaquent maintenant à des sites archéologiques avec des pelleteuses comme à Apamée et dans la région de Deir ez-Zor à Doura Europos, en Syrie. Entre 2012 et 2014, ces lieux ont été dévastés, criblés de tranchées et de trous. Les images satellitaires nous offrent les vues d’une sorte de Verdun de l’antiquité.

Les images chocs balancées par Daech font monter les valeurs des objets et les filières traditionnelles de pillage continuent à agir. On le sait, du moins pour la Syrie, à partir des informations recueillies par les services de renseignement sur le terrain. Dans la zone de Kobané, entre la frontière sud de la Turquie et la frontière nord de la Syrie, il y a une poignée de personnes qui centralisent puis exfiltrent des antiquités vers la Turquie.

Les objets pillés transitent essentiellement par ce dernier pays. Il y a des informations récurrentes sur le fait que nombre de ces antiquités arrivent ensuite aux Émirats arabes unis. Il y a là-bas des grossistes qui accueillent la marchandise, la stockent et la proposent à la vente. À partir de là, les marchands européens font le shopping et se font livrer les objets en Europe ou en Amérique du Nord.

On a pu démontrer l’existence de cette filière « orientale », mais pour des objets pillés avant les destructions que l’on évoque depuis 2010. Car en général, les antiquités sont proposées à la vente dans un délai de cinq à dix ans. Le système se nourrit des pillages antérieurs. Ce qui est valorisé aujourd’hui, c’est ce qui a été volé dans les années 2000. Ce sont les délais habituels.

Au sein du ministère de la culture syrien, les responsables des fouilles et des musées ont souvent fui à l’étranger. C’est un professeur d’université, Maamoun Abdulkarim, qui, en 2012, a été nommé directeur général des antiquités et des musées de Syrie. Avec des gens de métier, il essaie d’avoir une vision d’ensemble sur ce qui se passe. C’est quelqu’un de très pragmatique et de respectable dans son domaine. Lui et son équipe ont réussi à sécuriser les œuvres de musées, dont certains sont depuis tombés entre les mains de Daech. Les collections ont été déménagées et cachées dans des lieux inconnus.

Mediapart / Les Echos / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mars 15, 2015

Prospective autour d’un Etat palestinien

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Il ne se passe pas une semaine sans qu’une dizaine de documentaires et de fictions médiocres ne viennent rappeler selon un discours convenu et devenu inaudible le devoir de mémoire. De ce point de vue les cérémonies autour de la « découverte » du camp d’Auschwitz par les soviétiques atteignirent des sommets de mauvais goût et de mise en scène grandiloquente avec rampes de spots bleus projetés en faisceaux qui avaient quelque analogie avec les torches de lumières qui enchantèrent tant Brasillach. Une énième fois, on vint épeler le catéchisme humaniste de la barbarie qui ne reviendra pas et qui revient tout de même.

Cet été en France, des pro-palestiniens ont crié « mort aux juifs », en janvier un autre pro-palestinien est venu tuer des juifs dans une épicerie en invitant ses otages à subir une leçon de géopolitique et de morale. On le sait depuis longtemps, les voyous sont des adeptes du catéchisme, ça permet d’éclipser la responsabilité qu’ils portent dans le maintien des humains au ras de l’animalité. On apprend aujourd’hui que des braqueurs sont les complices de Coulibaly, il faut croire que le moyen banditisme lui-même est gagné par l’antisémitisme devenu un principe d’action et le véhicule d’une éthique qui déborde largement les sermons de la petite église de la Quenelle.

Désormais tous ceux qui sont en porte-à-faux avec la société, cette entité qui prend les traits de la créature des Marais, tous ceux-là donc adhèrent à la nouvelle congrégation mondiale antijuive dont les avatars modernes ont commencé avec l’Eglise catholique du Syllabus et la Théosophie. C’est le problème de Muray, son analyse est hémiplégique, elle oublie la matrice catholique de la tératologie moderne pour concentrer ses tirs sur le progressisme.  Le salafisme n’apporte rien de nouveau, il est une simple variation autour de cette branche arabo-méditerranéenne de l’antisémitisme moderne née dans les années 1920 autour de la lutte contre le foyer national juif.

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Entre le meurtre d’enfants juifs par Mohamed Merah et celui d’adultes juifs par Monsieur Coulibaly, le Parlement français vient de reconnaître l’Etat palestinien comme l’Eglise catholique a toujours soutenu la réconciliation, comme l’ONU, l’UNESCO, finalement tout le conclave du mondialisme bon teint. Entre deux massacres de masse, c’est le moment qu’a choisi le Parlement français pour réparer ce qu’il nomme une injustice, pour transformer un différend irréductible en tort passible du tribunal de la saine raison progressiste. La droite s’est abstenue pour des raisons d’opportunité.

Il semble que les parlementaires français n’ont toujours pas explicité ce qu’ils entendaient par la reconnaissance d’un Etat palestinien mais on peut le faire pour eux.

Du moment qu’existera un Etat palestinien, la Jordanie sera menacée en tant qu’Etat tandis que les camps de réfugiés disposés dans tous les pays frontaliers se transformeront en autant de minorités nationales coordonnées depuis Jérusalem-est ou toute autre capitale, sans préjuger de la dynamique impulsée dans la diaspora palestinienne disséminée en Occident. Les palestiniens d’Israël seront porteurs de revendications qui porteront sur le retour des réfugiés arabes dans la mère-patrie donc auront pour objectif provisoire la disparition du caractère juif de l’Etat israélien, dès lors la guerre sera inévitable, à la fois sur le front intérieur et sur le front extérieur, elle aura ses prolongements partout où vivent des juifs qui seront soit, protégés militairement par l’Etat dont ils sont les ressortissants (cas français), soit se mettront eux-mêmes en état de défense, soit combineront les deux attitudes.

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La cause islamo-palestinienne gagnera partout des adeptes, elle se présentera comme le djihad au carré, une sorte de justicialisme transcendant qui permet toutes les exactions. Cette guerre sera ignoble et sans pitié de part et d’autres, l’enjeu en sera le départ des arabes palestiniens d’Israël et bientôt d’une grande partie de la Cisjordanie tandis que les palestiniens tenteront d’établir, par tous les moyens, un Etat viable et une puissance régionale qui ne peut qu’ajouter des déséquilibres à ceux qui existent. Cet Etat palestinien ne se constituera que par la victoire de la coalition d’un chef de guerre sur les autres donc l’avènement d’un prédateur hégémonique et bien entendu peu ou prou salafiste compte tenu de ses sources de financement.

Evidemment, vu l’existence et l’audience de la congrégation antisémite universelle, on ne retiendra de cette frénésie de tueries, de meurtres et de nettoyages que la figure du méchant israélien et de son Etat sioniste honni si bien que la destruction finale d’Israël aura toutes les probabilités d’apparaître comme un facteur eschatologique dans un Islam régional qui a la guerre, la pauvreté endémique, la bêtise et le mépris institutionnels, les pétrodollars et le fantasme pour principaux vecteurs.

paul gascoigne

Devant le spectacle de cette région ensauvagée, il y a fort à parier que l’Europe se réfugiera dans un attentisme goguenard ou attristé, troué parfois de quelques attentats sur son sol. Elle se dira qu’elle n’a pas voulu cela, elle se dira comme le disait Sartre qu’elle a les mains propres, c’est-à-dire pas de mains du tout.

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