Publié par : Memento Mouloud | mai 29, 2015

Dictionnaire indolent du fascisme historique

 

A bout de souffle (film fasciste)

Affaire Dutroux (retour sur l’)

Auschwitz (17 fragments sur)

Aussaresses (le général) et la guerre contre-insurrectionnelle

Berserkirs et Adolf Hitler (les)

Blanchot Maurice (et la Cagoule)

Cagoule (la)

Cameron Ewen

Canne du maréchal Pétain (la)

Casa Pound

Castellucci Roméo (le scandale)

Céline (Louis-Ferdinand)

Chauny dans l’Aisne

Chevalerie (néo)

Cioran et la fin

Colonel Russell Williams

Collaboration économique en France (un ordre de grandeur)

Corde (la)

Croissant fertile et Croix gammée

Croix gammée (itinéraire tortueux de la )

Darnand Joseph (une anecdote sur)

Delle Chiaie Stefano

Dingaullisme

Drieu la Rochelle (Pierre)

Drumont Edouard et les Protocoles des sages de Sion

Duprat François (deux ou trois choses sur)

Duprat François (considérations sur la mort de)

Electeurs frontistes (paroles d’)

Evola Julius (Théoricien et sorcier)

Fascism (swinging)

François de souche

Gaxotte Pierre

Großraum (qu’est-ce que le)

Gustavo (la mort de)

Hérold-Paquis (Jean)

Humiliation

Idiots utiles et pacifistes

I prefer not to

Internationale Blanche (qu’est-ce que l’)

Internationale Blanche et Communisme

Jean-Marie Le Pen, la torture et l’Algérie

Jean-Marie Le Pen dérape

Karski Jan (la leçon de)

Lang Carl contre Marine (Le Pen)

Laubreaux Alain

Lolo (Obertone) le Barjo

Lukka Rocco Magnotta

Massignon Louis et la synarchie

Mosquée de Poitiers (et le Bloc occupa la)

Mussolini par les femmes

Nez des juifs (le)

Notre avant-guerre

Occultisme (Hitler et l’)

Plomb (années de)

Portrait de l’artiste en criminel

Poujadisme et Front National

PPF

QI (une histoire du)

Révolution fasciste

Ruines

Sidos Pierre et Jeune Nation

Sociétés secrètes (le vent d’hiver des)

Strauss Botho

Subventions nazis d’entre-deux-guerres

Süss (le juif)

Synarchie (la)

Tradition (arcanes et ruses de la)

Tucson (massacre à)

Venner Dominique (la mort de)

Viennoise (valse)

Y a-t-il un nazi dans la salle ?

 

 

 

 

A bout de souffle (film fasciste)

Dans ce film on croise Michel Poiccard, un féru de bagnoles, entre vol, glissage dans le mainstream parisien des Champs Elysées et cavale où le gendarme se tire à la dérobée. Douze modèles, autant de stations.

Double du dandy misogyne absolu, tendance coupe anglaise et provo parachutiste Paul Gégauff, un type à rebuter la gauche d’alors, un plumitif dira c’est le genre à peindre les murs du métro des slogans les plus sombres de notre histoire, « mort aux juifs » et tutti quanti, un salaud de baiseur, un fumier d’écervelé, conscience de classe à plat, une révolte de palmipède crypto-nazi, faudrait le fusiller, un point c’est tout.

Donc on croise aussi une jeune femme à la coupe garçonne sortie des mains d’Otto Preminger, Jean Seberg, la stagiaire de l’International Herald Tribune le livre à la police, batifole sous les draps dans une pièce exiguë, se demande ce que c’est dégueulasse quand Poiccard agonise de quelques balles dans le dos.

On trouve un célèbre écrivain, un dénommé Parvulesco joué par Melville. Godard songea à Céline mais celui-ci opposa son veto de vieux retiré de Meudon, il avait pas tellement envie d’un retour de meutes avec l’agité du bocal dans les fourrés, sus au Louis-Ferdinand, c’est trop pour moi, je suis vieux vous savez, je me suis pris pour Louis XV, j’ai payé, je tourne le dos aux écrans, les danseuses sont mortes mon petit Jean-Luc.

Dans le réel Parvulesco était un réfugié roumain, un ancien de la légion de l’archange saint Michel, un accroc de l’attentat et du meurtre devenu chroniqueur cinéma dans un journal de la phalange, ça aurait plu aux aficionados de Brasillach, à tous les adolfins vivants, une sorte de clin d’œil, ils auraient murmuré José Antonio et sorti les mouchoirs.

Raoul Coutard de retour d’Indochine, pote de Schoendorffer, signe la photo, un grain repiqué de Bob le Flambeur, un Paris en noir et blanc quand passent les éboueurs, Paris s’éveille à la beauté des matins calmes quand la nuit s’effiloche et ne retient plus les fêtards, les noctambules et les défaits.

On dira c’est un film réalisé par un clochard et financé par un producteur en faillite, Georges de Beauregard, traînant la déconfiture de l’Empire dans une Espagne encore saignée. L’avance du CNC, les noms de Chabrol, l’ami d’enfance de Le Pen et celui de Truffaut l’ancien admirateur de Lucien Rebatet déguisé en François Vinneuil, clôturent la ronde infernale des 29 jours de tournage.

Claude Autant-Lara s’étouffe, le jeunot a coupé dans les plans, au hasard, n’importe comment, c’est pas du cinéma c’est de la boucherie, en anglais elle portera un autre nom, Breathless, elle ouvre la voie aux films fauchés, avec bande-son jazzy, déambulatoire asphalté des manies des hommes perdus, travelling des métropoles d’ennui et de klaxons, l’archéologie d’un temps qui respire de l’essence au plomb au milieu des cageots de choux-fleurs on oubliera son côté hussard en zig-zag, son côté les deux épées dans le fourreau, en extase, on écrit dans les écritoires des cinéphiles, naissance d’un génie et on prie en serrant les fesses.

 

Affaire Dutroux (retour sur l’)

1

Juin 1983-décembre 1985 : Marc Dutroux commet un certain nombre de crimes : viols, séquestrations de personnes, vols simples ou avec circonstances aggravantes. Il est détenteur illégal d’armes.

1er mars 1985 : Il est arrêté et mis en détention préventive à la prison de Mons pour viol qualifié et vol

2 avril 1985 : Il est libéré

3 février 1986 : Il est de nouveau arrêté. Sur avis du parquet, les faits seront jugés par un tribunal correctionnel

24 juin 1988 : Le tribunal correctionnel de Charleroi le condamne

26 avril 1989 : Après l’intervention de la cour d’appel de Mons, il est condamné à 13 ans et six mois d’emprisonnement pour viol sur enfant de moins de 14 ans, sur mineure de plus de 14 ans et sur mineure de plus de 16 ans. Il est aussi condamné pour la séquestration de cinq mineures, pour agression d’une personne âgée et pour vol. Son épouse est condamnée à 5 ans de prison.

7 décembre 1989-19 juin 1991 : Il bénéficie de trois remises de peine totalisant 18 mois de détention.

Janvier 1992 : L’unité d’orientation et de traitement de la prison de Mons se déclare favorable à sa remise en liberté conditionnelle

Mars 1992 : Mr Leblond, directeur adjoint de la commission administrative de la prison s’oppose à sa mise en liberté, de même que le procureur général Demanet

6 avril 1992 : Par arrêté, le ministre de la Justice Melchior Wathelet décide de remettre Dutroux en liberté conditionnelle. Il prend sa décision après l’avis positif du directeur de la prison. Il s’assoit sur l’avis du parquet. Le 8, Marc Dutroux est remis en liberté. Le 9, sa Mutuelle le déclare inapte au travail

5 août 1992 : Loubna Benaïssa disparaît à Bruxelles

Novembre 1992 : Alors que la police communale de Charleroi interroge Marc Dutroux sur des attouchements sexuels qu’il aurait commis sur des enfants à la patinoire, il est relâché.

Octobre 1993 : Divers dossiers de vols sont ouverts à son encontre dans la même ville de Charleroi.

21 octobre 1993 : Claude Thirault, un informateur, prend contact avec le maréchal des logis Christophe Pettens, de la brigade de gendarmerie de la ville. Il lui signale que Dutroux effectue des travaux dans la cave de sa maison de Marchienne-au-Pont afin d’y loger des enfants qu’il expédie à l’étranger. Il lui signale que ce type a un passé de violeur. Les autres maisons de Dutroux à Jemeppe, Marcinelle et Sars-la-Buissière sont localisées par le maréchal des logis.

8 novembre 1993 : Des perquisitions sont effectuées dans les 4 maisons de Dutroux. A Marchienne-au-Pont, les gendarmes constatent des travaux de terrassement à 1,5 mètre de profondeur et le creusement de deux galeries. De plus, ils notent la présence à Marcinelle de 3 postes émetteurs-récepteurs travaillant dans les fréquences de la police et de la gendarmerie.

6 décembre 1993 : Le maréchal des logis Pettens introduit auprès de sa brigade une demande de filature par le peloton d’intervention Posa. Dutroux est désigné comme armé et dangereux.

10-13 décembre 1993 : Le commandant Legros demande au juge d’instruction Lorent de Charleroi d’entreprendre l’opération de surveillance de Dutroux. L’objectif : prouver des vols.

16 février 1994 : L’opération se serait révélée infructueuse, elle est abandonnée.

7-15 mars 1994 : Alors que Dutroux demande à récupérer son autorité parentale sur son fils Frédéric, le substitut jeunesse du procureur de Charleroi, M. Hallet, demande au ministre de la Justice si Dutroux respecte les conditions de sa mise en liberté. Le ministre lui répond qu’il n’ y a rien à signaler.

13 juin 1994 : Nouvelles perquisitions dans les maisons de Marc Dutroux. A Sars-la-Buissière, les gendarmes Pettens et Bouvy découvrent la liste manuscrite des fréquences radio de la police et de la gendarmerie de plusieurs villes et de l’argent slovaque. A Marcinelle, un clandestin tchèque du nom de Frantizek Suzuk est découvert dans la maison.

22 septembre 1994 : Le premier substitut Collard de Charleroi demande au juge d’instruction Lorent, la communication du dossier. Ce dernier met deux mois à l’envoyer en prétendant que l’enquête est presque terminée.

1er janvier-23 octobre 1995 : Le parquet de Charleroi est sans direction. Il faut attendre l’envoi de Thierry Marchandise pour que la justice de cette ville ait une tête.

24-26 juin 1995 : Julie Lejeune (8 ans) et Mélissa Russo (8 ans) sont enlevées à Grâce-Hollogne entre 17 et 19 heures. L’adjudant-chef Gilot en est informé à 21 heures, la substitut Nisin, de Liège, 10 minutes plus tard. A 22h30, l’adjudant Jean Lesage de la Brigade de Surveillance et de Recherche (BSR) démarre l’enquête. A 0h12, un signalement national est lancé par le BSR. Dans la mâtinée Interpol Belgique alerte son homologue française. Le 26 juin à 9 heures, c’est l’ensemble de l’espace Schengen qui est averti. Autour du substitut Hombroise de Liège, on trouve les membres de la BSR et le commissaire Lamoque de la police judiciaire. La juge d’instruction Martine Doutrèwe est chargée de l’enquête. Comme Lamoque sera désigné, début juillet, comme chef d’enquête, des tiraillements apparaissent entre gendarmerie et police.

7 juillet 1995 : Le maréchal des logis Bouvy de la brigade de Charleroi adresse un fax à la brigade de Grâce-Hollogne et à l’adjudant Lesage de Seraing. Il leur donne l’ensemble des informations contenues dans le dossier Dutroux. Pour la brigade de Charleroi, il est clair que le suspect n°1 est bien cet homme.

17-25 juillet 1995 : L’adjudant Lesage se réveille et demande au Bureau Central de Recherche (BCR) de Bruxelles de lui fournir tous les renseignements possibles sur Dutroux. La copie du fax Bouvy est jointe. Le 25, le BCR réplique en indiquant que Dutroux est bien connu pour des faits de viol

28 juillet 1995 : Lesage contacte le maréchal des logis Michaux de la section mœurs de la BSR de Charleroi. Il s’intéresse aux caves de Dutroux, à ses véhicules, à ses viols ainsi qu’à une éventuelle filière de traite d’enfants. La brigade de Charleroi indique que Dutroux est un vrai truand qui n’a pas froid aux yeux et se propose de payer 150 mille francs pour une fillette enlevée.

10 août 1995 : Le maréchal des logis Pettens de Charleroi rédige un rapport à son supérieur, le capitaine Bal, suite à ses rencontres avec 2 informateurs. Marc Dutroux fait des offres d’emploi pour des rapts d’enfants dans la région de Malines. De plus, Dutroux quitte son domicile entre 2 et 4 heures du matin. De plus, Claude Thirault explicite, de nouveau, les projets de Dutroux : enlèvements et ventes de fillettes, et détention dans les caves avant leur exfiltration. Il donne même le prix de la marchandise : 100 à 150 mille francs. Le rapport est transmis au BCR de Bruxelles et à la gendarmerie de Seraing. Le signalement d’une Ford Fiesta bleue est joint.

16 août 1995 : Demande du district de Charleroi à Interpol au sujet des voyages de Dutroux en Allemagne et en Slovaquie.

23 août 1995 : An Marchal (17 ans) et Eejfe Lambrecks (19 ans) sont enlevées près de Bruges.

24 août 1995 : Le BCR délivre un avis de recherche non-urgent concernant Dutroux.

28 août-16 octobre 1995 : Lancement à Charleroi de l’opération Othello qui vise à une surveillance statique sans filature ni écoute téléphonique. Elle sera interrompue pour 3 mois le 25 janvier 1996.

1er septembre 1995 : Le commandant Legros de Charleroi sollicite du substitut Robert, la pose d’une caméra à Sars-la-Buissière. Elle ne sera jamais installée.

4 septembre 1995 : La propre mère de Marc Dutroux signale au juge d’instruction Lorent de Charleroi que son fils séquestre des jeunes filles

10 octobre-20 décembre 1995 : L’avocat des familles Lejeune et Russo, Me Hissel ne peut avoir accès à la totalité des dossiers. Le parquet de Liège prétendant redouter des voies de fait sur les suspects maintient sa position jusqu’en juillet 1996.

31 octobre 1995 : La chambre du conseil du tribunal correctionnel de Charleroi prononce une ordonnance de renvoi pour les vols commis par Marc Dutroux entre 1992 et 1994. L’affaire n’étant visiblement pas très urgente, le jugement est fixé au 15 octobre 1996.

5 novembre 1995 : Dans le cadre d’une affaire de vol de camion (dite affaire Rochow), Marc Dutroux et Bernard Weinstein séquestrent trois adultes dont le fils Rochow. Il faut attendre l’arrestation de Dutroux pour que l’affaire soit mise à l’instruction le 6 décembre. Anna Konjevoda dira être allée en ex-Yougoslavie avec le père Rochow, persuadée que les trafics de voitures et d’êtres humains étaient liés.

22 novembre 1995 : Dans la ville où vit la mère de Dutroux, Obaix, un inconnu viole et tente d’assassiner Caroline, une jeune fille. L’adjudant Dethuin est persuadé qu’il s’agit de Dutroux puisque le violeur a utilisé le même modus operandi que ce dernier en 1985. Ni la police de Charleroi, ni le substitut Somville ne font leur travail. Il n’y aura pas de note de la police, pas de rapport du substitut, pas de perquisition. Plus tard, une analyse ADN aura conclu que Dutroux n’était pas le coupable du viol.

6-7 décembre 1995 : La police de Charleroi arrête Marc Dutroux pour l’affaire du vol et des séquestrations. Au parquet de Charleroi, le substitut Delpierre met l’affaire à l’instruction auprès du juge Lorent mais ne met pas fin à la libération conditionnelle. Bien qu’écroué, à la prison de Jamioulx, sa détention préventive n’est prévue que jusqu’au 20 mars 1996.

13 décembre 1995 : Des perquisitions ont lieu aux domiciles de Dutroux sans sa présence alors même qu’il est sous les verrous. Comme le motif de la perquisition est limité aux vols, il n’y a pas de chiens pisteurs ou de caméras infrarouge). A Marcinelle, le maréchal des logis Michaux entend des voix d’enfants mais dit les avoir reliées à celles de bambins dans la rue. On trouve une cassette de l’émission Perdu de vue consacré à Julie et Mélissa, du chloroforme, un speculum. On ne retrouve pas ces objets dans l’inventaire du juge d’instruction.  Le 19, nouvelle perquisition dans la même maison de la part de Michaux.

6 janvier 1996 : La femme de Dutroux, Michelle Martin récupère les clés de la maison de Marcinelle.

20 mars 1996 Pour raison humanitaire, le juge Lorent libère Marc Dutroux.

28 mai 1996 : Près de Tournai, Sabine Dardenne est enlevée

18 juin 1996 : Christian Dubois, un policier du SGAP envoie un fax au commissaire Lamoque de Liège, il lui signale que Dutroux est bien un  pédophile avéré mais que, de plus, il a bien l’intention de monter un réseau de traite d’enfants

8 juillet 1996 : Marc Dutroux s’inscrit au chômage comme demandeur d’emploi.

9 août 1996 : Laetitia Delhez est enlevée à Bertrix. La juridiction de Neufchâteau est saisie. Le juge Jean-Marc Connerotte est chargé de l’enquête.

12 août 1996 : Comme un témoin a identifié un des véhicules de Dutroux le jour de l’enlèvement, Dutroux, sa femme et Michel Lelièvre sont arrêtés. Le lendemain, perquisition avec de véritables moyens dans la maison de Marcinelle, rien n’est trouvé.

15 août 1996 : En ce jour de fête de la Vierge, Marc Dutroux avoue et indique où se trouvent Sabine Dardenne et Laetitia Delhez, à Marcinelle.

17 août 1996 : Les corps de Julie et Mélissa sont découverts à Sars-la-Buissière ainsi que celui de Bernard Weinstein.

Fin août-début septembre 1996 : Parmi les personnes interpellées et écrouées, se trouve l’inspecteur principal de la PJ de Charleroi, Georges Zicot, présenté comme un protecteur de Dutroux et d’un certain Jojo la frite, de son vrai nom, Georges Dohy. Ce gitan psychopathe présente certaines analogies avec Dutroux en tant que violeur récidiviste de mineures.

3 septembre 1996 : les corps d’An Marchal et Eefje Lambrecks sont découverts dans le chalet de Bernard Weinstein à Jumet.

14 octobre 1996 : Le juge Connerotte est dessaisi de l’enquête par la cour de cassation à la suite d’un recours en suspicion légitime introduit par l’avocat de Dutroux, Me Pierre. Le juge Jacques Langlois lui succède sous la férule du procureur de Neufchâteau, Michel Bourlet. Il oriente l’enquête vers Michel Nihoul et son rôle dans les réseaux supposés de Marc Dutroux.

20 octobre 1996 : Une marche blanche rassemble 300 mille personnes à Bruxelles

5 mars 1997 : Les enquêteurs de Neufchâteau retrouvent dans une malle, à Bruxelles, le corps de Loubna Benaïssa. Patrick Derochette, pédophile notoire est arrêté.

23 avril 1998 : Lors de son transfert au palais de justice. Marc Dutroux qui n’est pas menotté maîtrise le gendarme qui l’accompagnait et s’empare de son arme. Un garde forestier le repère dans une forêt environnante, il est appréhendé.

Septembre 1998 : Gini Pardaens, de l’association d’Anvers, Morkhoven, meurt dans un accident de voiture. Elle avait mis en lumière l’existence d’un réseau de prostitution enfantine opérant sur Internet et actif en Belgique, France et Suisse.

1er mars 2004 : Le procès débute à Arlon

2

Le système belge comme la plupart des dispositifs de l’Euroland indique qu’un criminel de profession comme le fut Marc Dutroux bénéficie d’une cécité politico-administrative constante. Violeur en série, pédophile notoire, voleur, propriétaire de quatre maisons et de divers véhicules, il entre dans le cadre des dispositifs de réinsertion, malgré sa présence quasi-routinière dans les locaux de la police et de la gendarmerie. Il palpe donc des allocations chômage, est l’objet de la mansuétude de ses juges, de la maladresse des enquêteurs ou de leur dégoût, du soutien d’un réseau criminel qui y voit un des siens, enfin de la protection judiciaire digne d’un véritable état de droit comme on l’entend toujours dans les discours de propagande.

La conclusion devrait être claire pour tous et pourtant, elle ne l’est pas. Nous vivons dans une Cité gangrénée pour la simple raison qu’elle est incapable de s’élever, je ne dis pas au sublime mais au niveau de la simple morale commune et de son corollaire, le devoir professionnel. Ce n’est pas une simple question d’individu. Si on suit cette chronologie, on voit que le juge Connerotte a fait son boulot, très exactement, du 9 août au 14 octobre 1996 avant d’être limogé pour protéger les droits d’un prévenu qui déclarait avoir tué au moins 7 personnes et se vantait de vouloir mettre en place une filière de traite d’êtres humains. A contrario, aucun des manquements des enquêteurs n’a été sanctionné.

Les hyliques belges comme leurs homologues français qui pensaient que Jospin avait déversé le trop plein de la Seine dans la Somme, sont persuadés que la perversion règne à tous les étages de l’édifice oligarchique. Cette vision n’est pas seulement un fantasme.

Voici ce que raconte Imane Fadil, à propos des soirées Bunga-Bunga d’Arcore : « le Cavaliere l’avait invitée dans son « bureau bibliothèque » en lui disant: « Ne vous offensez pas, je vous invite à prendre une enveloppe dans laquelle se trouvent quatre billets de 500 euros ». Selon les médias italiens, la jeune femme a également décrit « une performance » de deux femmes, dont Nicole Minetti -ex-hygiéniste dentaire de Silvio Berlusconi devenue conseillère régionale en Lombardie-, type « Sister Act ». « Elles ont effectué un ballet sexy, en se démenant dans une sorte de « lap-dance » dans la salle du bunga-bunga. Elles portaient une tunique noire, un voile blanc et une croix », a-t-elle détaillé. ».

Tunique noire, voile blanc, croix, les signes sont manifestes. Parodie de messe noire ou orgie luciférienne post-moderne, le tableau décrit est celui d’Eyes wide Shut.

Une Cité luciférienne est une Cité qui a la transgression pour règle et le mélange des genres pour modus operandi. On trouve donc au milieu du joyeux monde de la finance et des arcanes des secrets d’Etat ou d’Eglise, un univers interlope où la pègre côtoie les plus grands dirigeants d’entreprise et ceux de l’appareil d’Etat. Cela ne suffit pas à dessiner un complot généralisé mais donne une cartographie de la Cité perverse telle que la nomme Dany-Robert Dufour.

Si la liste des Anonymous est un catalogue des délires des témoins X et de faits avérés, il n’en reste pas moins que les faits de pédophilie dans l’Eglise catholique et leur tolérance tacite au nom du secret et du pardon interne, ne peuvent en aucun cas relever de la seule dérive de quelques uns. L’Eglise catholique est totalement gangrénée et pervertie et ce ne peut être le fait du hasard. Ce n’est pas la seule.

Je parcours donc la liste des Anonymous, on trouve mention de l’affaire de pédophilie touchant l’école des Eburons de Bruxelles dans les années 1980, une mention de l’église luciférienne publique dite Temple de Set, créée par un lieutenant-colonel de l’armée américaine impliqué dans l’affaire satanico-pédophilesque de la crèche de la base militaire Présidio à San Francisco, le fantôme des tueurs du Brabant, l’affaire des ballets roses dite affaire Pinon au tournant des années 1970-1980, les call-girls du cercle de Tuna emmenées par Israël Fortunato et leur connexion avec la faillite frauduleuse d’Eurosystem Hospitalier dans laquelle est impliquée de prince Albert, alors lobbyiste auprès des saoudiens, les déclarations d’une certaine Maud Saar, à propos des partouzes avec mineurs de hauts dirigeants belges, le Fortisgate où le banquier et assureur enregistra une perte nette de 100 milliards d’euros, la BNP-Paribas épongeant l’affaire au grand détriment des contribuables et des actionnaires, le programme Monarch d’abductions satanico-pédophiles.

Le but du programme Monarch serait de contrôler l’esprit des abusés au moyens de chocs traumatiques. Il serait transmis comme rite initiatique de génération en génération. Il demanderait donc une organisation du secret. Une sorte de Prieuré de Béhémoth. Il s’agirait de créer à partir d’une manipulation mentale une personnalité multiple. Selon Anton Chaitkin du magazine Intelligence Review, un ancien directeur de la CIA confirma l’existence d’un projet Monarch stoppé au tournant des années 1960-1970. De plus, William Colby en aurait parlé au sénateur John de Camp. Le même De Camp soutient que George Bush senior est un initié partouzeur à la cocaïne, qu’il aurait inondé de crack les ghettos noirs et qu’il serait le parfait numéro 2 de Satan en personne. De Camp avait enquêté, dans son Etat, le Nebraska, sur les agissements criminels du républicain Lawrence E King. Ce fut l’affaire Franklin qui se termina, en eau de boudin.

Que le projet Monarch soit un fantasme est une chose. Qu’il n’ait pas de logique en est une autre. Il est l’exact équivalent du pacte satanique inventé au XIII-XIVèmes siècles par des clercs qui entendaient réduire l’ensemble des dissidences sous ce motif d’excommunication, avant que les bûchers n’expédient dans l’au-delà des dizaines de milliers de sorcières présumées. Néanmoins, à la différence du pacte satanique médiéval, de ces vols nocturnes et de ses sabbats, qu’attestent de nombreux témoignages d’époque au même titre que des millions d’américains ou d’autres se prétendent victimes d’abductions extra-terrestres ou pédophiles, le Projet Monarch est une construction partie des classes subalternes et de ceux qui s’en prétendent les défenseurs attitrés. L’exact miroir du mépris dont témoignent les oligarques pour la plèbe consumériste qui ne comprend rien à la raison économique, à leur supériorité intrinsèque et aux avancées sociétales.

Aussi, revenons à la Belgique, dans cette liste à la Prévert des Anonymous, gît l’affaire Augusta mais pas celle de la modernisation des F 5 et F 16 revendus au Chili et dans laquelle le corrupteur présumé est l’entreprise Dassault et les corrompus un nombre appréciable de socialistes belges, l’affaire Kamel Charlier qui, directeur des achats dans un organisme public en charge de la gestion des services sur Internet, commandait des prostituées auprès de Vladimir Saca, un proxénète moldave, le club échangiste le Dolo, la clinique anversoise Good Engels où les adolescents étaient traités en cellule d’isolement selon la fameuse thérapie du choc,  la tentative de revente par un jeune garçon de l’anneau épiscopal du cardinal Danneels, anneau qui est un signe de fidélité à l’église, l’affaire du Mirano, nom d’une boîte de Bruxelles au centre d’un trafic de cocaïne et éventuellement d’orgies. On trouve dans cette nébuleuse un certain Edward Gordon, dirigeant d’une entreprise de mannequins juniors, un cinéaste d’origine égyptienne ou le fils d’un haut magistrat mort d’une overdose.

Les Anonymous évoquent l’affaire Zandwoort, découverte en 1998, le dossier contenant près de 100 mille photos de crimes réels commis sur des enfants. L’affaire porte le nom d’une ville des Pays-Bas dans laquelle s’était installé Gerrit Ulrich. Il y vendait des clichés pédopornographiques et des images de véritables séances de tortures. Son réseau s’étendait à la Russie et aux Etats-Unis. C’est l’association Morkhoven d’Anvers qui alerta les autorités en 1988, dès qu’elle découvrit la connexion entre trafics d’armes, de femmes et de mineurs. Ulrich sera tué très opportunément en Italie, lors de sa fuite.

Bien sûr, Michel Nihoul figure en bonne part dans cette liste. Cet homme, lié à l’aile droitière du parti social-chrétien, n’a jamais vécu que d’entreprises en faillite et de magouilles. Grand organisateur de partouzes, il montera une petite boîte de consultations juridiques afin d’aider les étrangers à régulariser leur situation. Il rencontre Dutroux et Weinstein en 1995. C’est un indicateur de la gendarmerie. Il est visiblement au milieu d’un coup avec Michel Lelièvre et Marc Dutroux à propos de vente de drogues, ce qui explique leurs nombreuses conversations téléphoniques en 1996, entre la libération puis l’arrestation de Dutroux.

En revanche, on ne trouve pas trace dans cette liste des affaires suivantes : l’assassinat du truand Haemers, de Karel van Noppen, fonctionnaire consciencieux, de Jean-Claude Baittiaux, entrepreneur, du journaliste Stéphane Sténier, des fumeuses Cellules Communistes Combattantes. On reste sur son territoire, on ne va même pas dans le Nord-Pas de Calais français où le parti frère socialiste ressemble en tout point à son homologue wallon. De plus, une allusion au cabinet Van der Biest aurait été la bienvenue.

Je ne vais pas me défendre de croire ou non dans les théories du complot parce qu’un esprit lucide constate que l’appareil juridico-politique protège, favorise ou conforte les illégalismes producteurs de richesses quand il n’y participe pas. Le scandale Outreau voulait prouver à tous qu’un petit juge était fautif et que seul le corporatisme de cette profession archaïque avait sauvé sa tête. On détournait les yeux de ce qui les crève : la collusion perpétuelle entre l’ensemble des pouvoirs et le caractère exceptionnel voire aberrant d’un magistrat faisant son travail. Quand un juge ne donne pas la main à des corrompus, il tombe le plus souvent dans la fournaise vindicative de l’Empire du Bien.

Monsieur Sarkozy se prétend du côté des victimes en affichant des taux d’élucidation des vols de voiture ou des cambriolages inférieurs à 1/3 des cas. Ce type se fout ouvertement de la gueule du monde mais personne ne lui tourne le dos. On se résigne ou on préfère l’illusion. « Ils vont nous aider ». Tu parles. Quand une famille fut menacée par Mohamed Merah avec un sabre sous sa fenêtre, qu’a fait la police ? Et bien, elle a attendu sagement que Monsieur Merah commence sa série de meurtres avant d’agir. Aussi, la seule réforme de la justice qui vaille est celle qui privilégiera la réparation effective des torts subis par les victimes et la condamnation des coupables. Comme elle ne viendra jamais, nous devrions savoir à quoi nous en tenir.

Dans une Cité où les vrais patrons de presse sont les annonceurs et où ceux-ci emploient, parfois, la main d’œuvre servile de Calabre, comme Coca-Cola, on ne peut pas s’attendre à une information quelconque et, de toute façon, celle-ci dépasse très largement les exigences quasi-nulles d’un public qui ne demande qu’une chose, qu’on lui passe et repasse sa gamelle. Un peuple qui jette des ballons dans le ciel parce que des enfants sont morts, accidentellement, dans un autocar en Suisse, réclame des rites collectifs d’oubli et non des fusils et des balles. Et ce peuple n’est pas différent de ses voisins. Il continuera à élire ses maîtres, quels qu’ils soient.

 

Auschwitz (17 fragments sur)

1/La singularité du crime nazi porte-t-elle sur le but poursuivi (exterminer tous les juifs) ou sur le mode opératoire (camp d’extermination et chambres à gaz) ? Dans le premier cas, l’accent porte sur l’antisémitisme, dans le second sur la question heideggerienne de l’essence de la technique et son corollaire, l’oubli de l’Etre.

2/ Il y eut à Auschwitz un minimum de 1,3 millions de déportés dont 1,1 millions de juifs parmi lesquels 960 mille sont morts. De plus 2 millions de juifs polonais ont été exterminés dans d’autres camps d’extermination.

3/ C’est le commissaire SS Wirth qui installa les camps d’extermination en territoire polonais. Il bénéficiait d’une expérience préalable, la mise à mort des malades mentaux par gazage lors de l’Aktion T4 décidée selon des mobiles « miséricordieux » par la chancellerie d’Hitler

4/ Selon Raul Hilberg, la destruction des juifs relève à la fois de l’organisation industrielle et de la communauté organisée (en un mot de l’Etat et de ses appareils)

5/ C’est la chancellerie d’Hitler qui ordonna l’extermination des juifs par la voie des camps d’anéantissement (la thèse d’Arendt c’est la continuité de cette décision avec le programme d’euthanasie des malades mentaux entamé dans le secret en 1939), tandis que le RSHA s’occupa lui de l’extermination sur les arrières de la Wehrmacht en constituant les einsatzgruppen. L’opération Barbarossa fut donc l’occasion d’une mise en chantier d’un mode opératoire où la liquidation des juifs se fond dans la guerre contre les partisans et devient indiscernable de celle-ci. Néanmoins, le premier procédé et le second, conjoints chronologiquement, restent parallèles et ne coïncident que dans les comptabilités macabres. En effet, selon H. Arendt, les nazis tiennent la mise à mort pour un procédé médical indexé sur une politique démographique dont l’extermination des juifs est un élément et non le but final. Elle note, dans la civilisation national-socialiste, y compris dans les enceintes scolaires, le meurtre est une solution parmi d’autres

6/ Dans l’étude de Yossef Gorny sur les auteurs juifs qui se sont penchés sur l’unicité de la Shoah le mot chambres à gaz est quasi-absent (1 occurrence), parce que le mode de mise à mort est indifférent à l’auteur (visiblement pas aux négationnistes)

7/ Aux Etats-Unis, les sondages révèlent, durant toute la seconde guerre mondiale, une haine montante des juifs. En juillet 1939, ils étaient 32 % à les percevoir comme une menace, 44% en juin 1944 (contre 6 % pour les japonais). Il fallut attendre la bataille des Ardennes et le massacre des prisonniers américains par une unité de Waffen SS pour que l’image du IIIème Reich soit quelque peu écornée

8/ Auschwitz révélerait l’essence de l’Occident car l’extermination des juifs s’opérerait à partir d’une seule logique, la spirituelle (et non la militaire, politique, sociale ou économique). Pour ce faire il faut soutenir que la menace juive est un fantasme, qu’elle ne se déduit d’aucune détermination objective et qu’elle parasita durant la guerre nombre d’autres logiques (économique ou militaire par exemple). Si la première proposition est évidente, la deuxième doit être nuancée (des fortunes s’édifièrent sur la spoliation des biens juifs et les rançons collectives dont ils étaient l’objet étaient une ressource pour l’Etat), quant à la troisième elle est infirmée par l’exemple de l’Afrique du Nord où la logique de l’extermination se plia aux réalités militaires.

9/ Si la finalité de la guerre des nazis était l’extermination des juifs comme tels, il faut soutenir que les batailles de Stalingrad ou de Normandie n’avaient aucune importance à leurs propres yeux.

10/ Ivan Segré qui aime beaucoup ridiculiser ses adversaires explique p 90 de son livre, Qu’appelle t-on penser Auschwitz ?; que la bombe à hydrogène fut conçue afin d’écraser le Japon. Autre phrase fantastique, « le sujet du langage et celui de l’activité mathématique sont un seul et même sujet : le sujet de l’Histoire ». Outre que l’Histoire n’est pas un donné, que nous sommes sujets d’une langue avant de l’être d’un langage et que l’activité mathématique est fermée à la quasi-totalité des humains à l’exception de quelques opérations arithmétiques de base, il conviendrait de dire qu’il n’est pas sûr que les trois sujets coïncident.

11/ Lacoue-Labarthe évoque du point de vue nazi, une opération de salubrité symbolique, l’élimination de la vermine juive (alors pourquoi, pendant la durée de l’extermination, les nazis constituaient-ils les éléments d’un musée du judaïsme en rassemblant dans un lieu central tous les Talmud et traités juifs d’Europe ?)

12/ L’Europe moderne a inventé la question juive sans motifs religieux déclarés, elle a aussi inventé la question sociale à partir des mêmes prémisses, aussi pourquoi écarter le parallèle Auschwitz/Goulag selon l’adage de Lacoue-Labarthe « le Goulag et ses millions de morts, n’est pas Auschwitz »

13/ Si le racisme est un esthétisme alors pourquoi seul le juif incarnerait-il la laideur et en quoi le racisme n’a-t-il pas un avenir ?

14/ L’essence mortifère de la technique c’est son « tout est possible » qui donne dans le langage Badiou « Tant d’aventures majeures piétinent, ou relèvent de la vie est trop lente, voyez l’exploration des planètes, l’énergie thermonucléaire, l’engin volant pour tous, les images en relief dans l’espace » ou dans le langage Benny Lévy « le portable nous aide considérablement pour des tas de solutions à des problèmes halakhiques, c’est-à-dire à des problèmes de lois, de lois positives »

15/ Si les juifs sont morts à Auschwitz comme témoins/victimes expiatoires de la mort du Dieu gréco-chrétien et de son origine en quoi l’Europe moderne est-elle une césure dans le flux de l’histoire chrétienne ?

16/ Le Droit fonctionne sur des principes éthico-juridiques, la bureaucratie sur un déterminisme impersonnel, l’un impute une responsabilité particulière, l’autre produit une irresponsabilité générale. L’un prononce des verdicts, l’autre procède par atermoiements et décisions arbitraires. L’un suppose des médiations et des raisonnements, l’autre, une pensée massive. En conséquence l’extermination des juifs eut pour préalable la suspension ou la nullification de la sphère juridique.

17/ Dans le cadre de l’Islam ou du Judaisme, l’ordre de la filiation arrime la quadriplicité familiale (parent-enfant/ homme-femme) aux rites et à l’étude. Islam comme Judaïsme créent spontanément des lignées aristocratiques et des multitudes d’ignorants. Dans le cadre du christianisme, la quadriplicté se noue à l’Institution écclésiale. On obtient un ordre théo-juridique dogmatique et pédagogue plus totalisant que transcendant dans lequel personne n’est oublié, ni ne tient une place stable. Comme le dit saint Augustin « pour qu’il y eût un commencement, l’homme fut créé » donc l’homme n’existe pas sans l’Institution et l’Institution est impuissante sans les nouveaux venus issus de la quadriplicité. Le nazisme serait alors la première tentative déclarée de destruction absolue de l’Institution, du Dogme et de la quadriplicité au profit de la production d’une espèce conforme à un modèle esthétique : celui de l’Aryen dont les qualités sont innées. La différence avec le communisme est évidente, ce dernier renonce à la quadriplicité au profit de l’Institution et du Dogme, l’analogie aussi, nazisme comme communisme ont pour objet l’espèce humaine, tous deux traitent l’individu comme un matériau, la quadriplicité, comme une limite intolérable.

Aussaresses (le général) et la guerre contre-insurrectionnelle

Qualifié de mythomane et d’alcoolique par ses pairs, il est le tortionnaire le plus célèbre de l’armée française. Sous le nom de capitaine Soual, il rejoint la France libre. Le 18 novembre 1943, il s’initie aux techniques de la guerre clandestine en Ecosse. Il y fait la connaissance de William Colby. On le parachute dans le maquis de l’Ariège où il rencontre Bigeard. En 1946, il est intégré au rang de capitaine dans le service action du SDECE. Commandant, il porte sur les fonds baptismaux le 11ème choc. Il débarque à Saigon en 1948. Avant d’être affecté en Algérie, à Philippeville, en janvier 1955, il mène des actions clandestines à l’étranger.

La torture n’est pas née avec la Gestapo, la Milice ou l’armée française en Algérie. C’est une technique d’interrogatoire éprouvée dans les rangs de toutes les polices du monde depuis que les Etats existent et qu’ils traquent les criminels ou se défendent contre leurs ennemis ou les créent pour les besoins de la cause. Lorsque la journaliste Andrée Viollis se rend en Indochine en 1931, elle donne la liste des techniques mises en oeuvre : privation d’eau ou de nourriture, coups de rotin sur les chevilles ou la plante des pieds, tenailles appliquées aux tempes, poteau où le prisonnier est suspendu par les bras, entonnoir à pétrole, presse de bois, épingles sous les ongles, couper la peau des jambes avec un rasoir, combler avec du coton et brûler le coton, introduction d’un fil de fer dans l’urètre ou de nid de fourmis dans le vagin, usage de la gégène appliquée sur les muqueuses.

La barbarie est là, comme ailleurs, bien au chaud dans les interstices du maintien de l’ordre public, avec ce réquisit en vigueur dans l’Empire britannique qui séparait les classes torturables et celle dont les membres étaient épargnés.

Mais le lien entre la torture et la disparition des suppliciés donc le lien entre une technique et un lieu (qu’on pourrait appeler un camp) s’opère lors de la naissance de l’URSS. En effet, le léninisme ne se contente pas de désigner un ennemi réel, ce qu’il pourchasse c’est l’ennemi de classe ou le contre-révolutionnaire, donc l’ennemi absolu, celui dont le crime est de s’opposer au sens de l’Histoire et à la marche triomphale de la vérité.

Dans ce cadre, avant d’entrer dans les locaux de la police, le suspect est encore en vie, en disparaissant il n’a plus de vie. Dès lors, comme l’a écrit Chalamov, il est soumis à des règles qui sont celles du monde du crime. Tout est permis contre lui, toutes les expérimentations possibles peuvent être tentées. Au départ, source d’informations, le supplicié devient le jouet de ses bourreaux qui finissent immanquablement par occuper la place d’un dieu vengeur décidant de la vie et de la mort de ceux qu’ils détiennent.

Cette conception nouvelle de la torture fut reprise par les nazis puis l’ensemble des forces en présence durant la guerre froide. Elle est au centre de la guerre révolutionnaire et des stratégies mises en œuvre pour lui faire face.

Dans le cadre de la guerre révolutionnaire imposée par le FLN, le terrorisme urbain a pour objectif de conquérir un ascendant sur la population. Cet objectif suppose la désorganisation de l’encadrement de cette même population et l’échec manifeste des forces de l’ordre. Toute structure terroriste relève de la société secrète si bien que seul le noyau dirigeant a quelque connaissance du plan d’ensemble. De plus, le terrorisme se nourrit de ses propres succès. En zone rurale, le terrorisme se colore d’un aspect rituel.

On vise le corps des traîtres par des mutilations diverses, on transforme leurs cadavres en un amoncellement de signes univoques (égorgements, nez coupé, etc.), enfin on recourt au massacre de masse. Confronté à ce type de guerre, Aussaresses déclare criminel et inhumain les membres du FLN et leurs alliés supposés puis les traite en conséquence. Aussi, il ajoute aux techniques éprouvées de torture des suspects, leur liquidation physique donc leur disparition. C’est son apport à l’usage des interrogatoires poussés, en vigueur dans la police algérienne, son apport à la propagation de la Terreur parmi la population civile.

Le 20 août 1955, il mène lui-même la répression du soulèvement de Philippeville. En janvier 1957, l’ensemble des pouvoirs de police sont transférés au général Massu, la bataille d’Alger commence. Massu a pour adjoints Trinquier et Aussaresses. Ce dernier s’installe Villa des Tourelles dans la banlieue d’Alger. Fichier des suspects et rafles de nuit sont les deux méthodes employées en amont, la torture intervient dans la phase intermédiaire, l’exécution en aval.

Le nombre d’attentats passe de 112 en janvier à 29 en mars et le patron FLN de la zone autonome d’Alger est arrêté. Quelques jours plus tard, il est déclaré suicidé. Aussaresses a mis sur pied ce qu’il nomme lui-même un escadron de la mort composé d’officiers chevronnés. Sur 24 mille algériens arrêtés, 3000 seront déclarés disparus.

Sur la demande de Robert McNamara, secrétaire à la défense de JFK qui sollicite un spécialiste, Aussaresses est envoyé aux Etats-Unis au printemps 1961. Il est, dès lors instructeur à Fort Bragg durant 2 ans et intervient aussi dans les enceintes de Fort Benning. Il s’appuie sur l’ouvrage de Trinquier, la guerre moderne. Il semble que, dans ce début des années 1960, l’idée de mettre sur pied une école enseignant la doctrine contre-subversive en Europe est dans l’air du temps.

L’enseignement de la guerre contre-subversive est alors soutenu par Kennedy. Très tôt des officiers sud-américains s’initient à cette forme de guerre. En 1973, il est nommé attaché militaire au Brésil. Il mène le même enseignement au centre d’entraînement des forces spéciales de Manaus. On peut toutefois se demander s’il ne vient pas prendre le pouls d’une armée qui, non seulement, dirige seule ce pays mais mène une guerre contre-subversive depuis 1964, date du coup d’Etat. En 1976, il est vendeur d’armes pour Thomson. En 2001, sans qu’on sache réellement pourquoi, il se confie devant les caméras. En 2010, passant près de Cahors, je croise un panneau : Aussaresses, charcuterie et produits régionaux, comme une apothéose.

Le problème de la guerre contre-insurrectionnelle se pose donc ainsi : si elle parvient à neutraliser les forces militaires de l’adversaire, elle n’en détruit, pas moins, parallèlement, le cadre légal que ses concepteurs et opérateurs sont sensés défendre si bien que le différend est porté dans le ciel métaphysique des légitimités où il est impossible d’obtenir l’adhésion de tous. Cette forme de guerre est liée à l’existence de centres de détention et de tortures mais aussi de disparition, elle est donc un avatar de la politique des camps soit la négation de toute politique. Elle nécessite un quadrillage du territoire et des dispositifs de regroupement des populations afin de réduire le théâtre des opérations où l’adversaire se déploie. Mais cette asphyxie progressive des forces combattantes ne peut enrayer la liquidation des notables et autres modérés (donc la stratégie terroriste de l’adversaire) si bien que l’organisation révolutionnaire malgré les coups qu’elle reçoit, malgré les saignées, reste la seule en place. Cette guerre contre-insurrectionnelle ne parvient jamais à épuiser le crédit de l’organisation qu’elle combat parmi les tiers-intéressés qui lui offrent soutiens et moyens. Partout et toujours, elle s’est révélée un échec sans que rien ne vienne la remplacer ou y mettre un terme.

 

Berserkirs et Adolf Hitler (les)

Dans son genre, Adolf Hitler renouait avec la maxime de Shaftesbury, « all beauty is truth », cherchant, en automate et à tâtons, cette loi universelle qui aurait pour tâche de régir les deux mondes, externe et interne, afin de leur insuffler la seule force qui vaille, celle du génie.

Adolf Hitler prétendait ouvrir l’espace d’un nouveau monde qui était aussi bien un monde d’avant le monde judéo-chrétien et ce monde impliquait, lors de son accouchement aux forceps de la guerre, la crainte et le tremblement, ce qu’Edmund Burke avait nommé le delight, « full of horror ».

Joseph Goebbels a pleinement traduit ce projet, « la masse n’est pour nous qu’un matériau informe. Ce n’est que par la main de l’artiste que de la masse naît un peuple et du peuple une nation […] Nous qui donnons forme à la politique allemande moderne, nous nous sentons comme des artistes auxquels a été confiée la haute responsabilité de former, à partir de la masse brute, l’image solide et pleine du peuple ».

Néanmoins, le führer outrepassait la position du spectateur, car dans la vision du monde d’Hitler, il n’y avait pas de place pour une coupure entre la scène et les planches, le monde entier allait découvrir dans sa chair, la valeur esthétique de l’informe et de la destruction avant de communier dans un kitsch que l’ancien aquarelliste tenait pour l’assiette intemporelle du beau et du bon revu par le mythe aryen.

Au-delà des Thingstätten, ces soixante théâtres en plein air édifiés sur le modèle antique avec leur hémicycle, leur orchestra circulaire et leur mur du fond où le thymélé de Dionysos se fondait parmi les éléments de la skéné, Hitler se voulait l’homme créatif et puissant de Nietzsche.

Il pensait mener un grand combat et cherchait chez les romains et ses contemporains des modèles, des initiateurs et des consolateurs mais n’arrivait pas à les trouver parmi ses compagnons ni dans le temps présent. Les étendards nazis dont il avait créé le patron reprenaient la structure de ceux des légions romaines.

L’étoffe, carrée et rouge, était le vexillum de la nouvelle armée, l’aigle respectait le motif de l’aquila, la croix gammée servait de signum et la feuille de chêne renvoyait aussi bien aux soldats qui avaient sauvé un concitoyen lors de la bataille qu’au brave Schlageter dont Hanns Johst avait composé le drame.

Les marqueteries de son bureau de chancelier résumait l’idéal d’Hitler : à sa gauche l’intelligente Minerve, au centre, la violence brute de Mars, à sa droite, l’atroce Méduse. Ce n’était pas là un trépied mais une gradation que ses contemporains allaient contempler, comme pétrifiés.

En 1927, paraissait un livre de Lily Weiser traitant des Männerbünde (les sociétés masculines). Elle percevait derrière les rites d’initiation une lutte entre générations, les rites ayant pour fonction de réprimer non seulement les pulsions mais aussi l’aversion des jeunes envers leurs pères.

Des sagas islandaises, elle extrayait le groupe des berserkirs, jeunes guerriers initiés. Ces hommes en proie à la fureur destructrice étaient aussi des entités capables d’assumer une forme animale (l’ours, le loup). Cette ambivalence les rattachait à Odhinn, aux croyances sur les loups-garous, mais aussi au vieux mythe de l’armée des morts dont ils étaient l’incarnation.

 

Une telle plasticité pouvait réunir dans une même fascination ou force mimétique les terroristes réprouvés d’extrême-droite, les membres des sections d’assaut ou du Front rouge et les wondervogels, ces mouvements de jeunesse qui effrayaient tant le Vatican lorsqu’ils dressaient en bordure de Baltique des camps naturistes ou pratiquaient d’étranges rites que le pape qualifiait de naturalistes et païens en vertu du Syllabus.

En 1934, Otto Höfler reprit le canevas dans une perspective national-socialiste affirmée écartant tout lien avec le chamanisme pour rouler sur l’exclusive fonction souveraine de Wodan/Odhinn.

Il était évident que les positions du chercheur étaient proches de celles de Krebs, exclu du parti national-socialiste en 1933 et qu’elles furent donc critiquées dans la revue nazie, Rasse en 1936. Côté français, les choses se passaient au sein du Collège de sociologie où Alexandre Kojève observait le programme de magie blanche du tandem Roger Caillois/ Georges Bataille avec des yeux amusés.

On trouvait dans cette camarilla, baptisée du sage nom de collège, un chamane de chair et de papier en la personne de Bataille dont la conférence « Hitler et l’ordre teutonique » semble perdue, un chamanologue tel qu’Alexandre Lewitsky fusillé par les nazis en 1942, un conjuré sans conjuration en la personne de Roger Caillois dont le vent d’hiver sonne encore comme un appel à l’insurrection des esprits forts, enfin un historien des sectes, comme Hans Mayer.

Très inspirés par les recherches de Mauss, ces hommes avaient comme contrepoint érudit, Georges Dumézil qui dans Mythes et dieux des germains revint sur les berserkirs « ils assument dans la vie des sociétés germaniques cette fonction de fantaisie, de tumulte et de violence qui n’est pas moins nécessaire à l’équilibre collectif que la fonction conservatrice (ordre, tradition, respect des tabous) qu’assument les hommes mûrs et éventuellement les vieux ».

Ce que tous ces intellectuels en rupture de synthèse républicaine avaient en commun, c’est de ne pas imaginer qu’un jour, il n’y aurait plus que des berserkirs de tous âges dans le sillon du Führer que s’était choisie l’Allemagne.

Blanchot Maurice (et la Cagoule)

Il recherchait « quelques esprits assez maîtres d’eux-mêmes et assez désintéressés pour faire les frais d’une pensée libre et pour courir les risques d’une action illégale et, s’il le faut, forcenée ». Il constatait la dissolution de toute politique française, « attachée aux pires erreurs, accablée de contradictions, tantôt affirmant les desseins qu’elle n’a pas le pouvoir de réaliser, tantôt faisant des concessions qu’elle pouvait éviter, exigeant l’impossible, négligeant le nécessaire, tour à tour procédurière et vaine ». En avril 1937, il fut inculpé avec Maulnier, Maxence, Haedens, G. Richelet et R. Soupault de provocation au meurtre. Il côtoyait dans la rédaction de l’Insurgé Pierre Monnier qui sera un membre déclaré de la Cagoule, après être passé par l’Action Française, comme bon nombre d’activistes. Mais ce qu’il entendait par révolutionnaire, Blanchot l’indexait sur la littérature, « c’est la force de résistance que l’auteur a opposé à son œuvre par les facilités et licences qu’il lui a refusées, les instincts qu’il a maîtrisés, la rigueur par laquelle il se l’est soumise ». Ce qu’il fuyait c’était « un vide si profond, si creux, qu’on voudrait faire venir un tambour, un jazz, n’importe quoi, tout ce que les hommes inventent pour se cacher leurs destins désespérés ».

Blanchot fut-il cagoulard ? On peut le supposer à partir d’un faisceau d’indices qui vont des liens humain, matériel et idéologique entre Combat, l’Insurgé et la Cagoule civile aux propres écrits de l’auteur de Thomas l’obscur.

D’une part, Maurice Blanchot ne cessa de prôner une action illégale et une méthode d’exception afin de s’emparer du pouvoir puis, alors que les liens entre les dirigeants de la Cagoule et l’Espagne franquiste étaient ténus, il proposa dans Combat, en juillet 1937, une alliance avec celle-ci contre l’Allemagne hitlérienne qu’il n’avait cessé de percevoir comme le danger principal. Il pensait alors que la Cagoule pouvait être l’instrument d’un redressement national puis quelque chose s’enraya dès lors que l’échec fut consommé. Il délaissa la politique, en dénoua les pièges langagiers, fit silence sur cette période close. Deux titres ultérieurs permettent de saisir ce que seront désormais les objets de la vie de Maurice Blanchot, l’Amitié et l’Entretien infini.

Plus tard Blanchot devint communiste, je veux dire communiste du silence, une autre manière d’aristocratie diaphane. Maulnier qui avait commencé par un Racine terminait en costume d’académicien ; c’était ça Maulnier. Le goût des honneurs et de la pompe, une plume plombée, comme déchue d’avoir trop servie. Quand on le lit, on sent tellement l’agrégé qu’on étouffe de rhétorique vieux XIXème, on en coince.

Maurice Blanchot était mort une première fois. Un détour par Heidegger pourrait mener à cette piste. Si on suit les méditations du philosophe en costume tyrolien, la mort est une imminence mais une imminence qu’on ne peut utiliser, ni avec laquelle la coexistence est possible. La mort est un rendez-vous avec soi-même. La révélation de cette possibilité qui appartient en propre à ce soi-même, n’est pas théorique, ne passe pas par le rapport à autrui, elle se manifeste dans l’angoisse.

Le rapport à la mort n’a donc rien à voir avec cette vérité première de l’opinion selon laquelle nous mourons tous un jour. De plus, ce rapport est étranger à cette réaction devant l’annonce de la mort des autres, lointains ou proches, qui rappelle que nous sommes encore à l’abri d’un tel évènement. Contre la mort, il n’y a pas d’assurance, pas de contrat, sa dévastation est absolue, elle abolit tout lien.

Dans le temps du factice, la mort est toujours un désagrément, un quasi-manque de tact, il s’agit donc de mourir en silence et discrètement, sans déranger le déjà-vu et le déjà-su qui font la trame du quotidien, celui des usines, celui des bureaux et celui du théâtre d’opération. Or, le rapport à la mort est toujours l’ouverture d’un possible qui n’est ni le suicide, ni un memento mori, juste la découverte d’un impératif, celui d’éviter l’épuisement en fidélités mensongères.

Cette victoire là, Maurice Blanchot y vit la seule Résistance car cet homme connaissait intimement le vocabulaire de la Terreur, pour en avoir usé dans la revue Combat, alors proche de la Cagoule civile lorsqu’il appelait, lors de l’année 1936, à dresser les échafauds du salut public devant l’avènement du Front Populaire : « il est nécessaire qu’il y ait une révolution, parce qu’on ne modifie pas un régime qui tient tout, qui a ses racines partout, on le supprime, on l’abat. Il est nécessaire que cette révolution soit violente, parce qu’on ne tire pas d’un peuple aussi aveuli que le nôtre les forces et les passions propres à une rénovation par des méthodes décentes, mais par des secousses sanglantes, par un orage qui les bouleversera afin de l’éveiller. Cela n’est pas de tout repos, mais justement il ne faut pas qu’il y ait de repos. C’est pourquoi le terrorisme nous apparaît actuellement comme une méthode de salut public ».

Un homme de lettres sait bien qu’il n’est absolument rien pour pas mal de gens, il en vient donc à mépriser une figure lointaine et inexistante : un licencié, un salopard à casquette, un juif, un étranger, un des deux cents familles, un bourgeois, un épicier, un régime, un pays, une politique. Ces assertions en disent plus sur sa position bancale que sur l’objet de son déplaisir. De là cette profession de foi de philanthrope et/ou de misanthrope à vocation rentière qui a besoin d’entendre au loin la claque des bouffons et leurs « vas-y t’es le meilleur », comme garantie de son talent.

 

On ne peut reprocher à un homme sa méchanceté parce qu’elle aiguise le regard. Mais que celle-ci soit sans œuvre ne mérite aucune compassion. Une méchanceté stérile réclame des gifles et des coups de pied au cul. Les petits esprits tordus qui adorent tant ceux qu’ils laissent crever ou qu’ils insultent sont un peu la caricature pitoyable de ces natures méchantes qui sont le terreau des grands artistes. Seulement, on ne se débarrasse pas de sa méchanceté par enchantement. On paie cette guerre contre soi d’une ascèse et d’une véritable déréliction du corps. On laisse de sa vie sur le cahier aux mailles serrées. C’est cela écrire avec ses tripes sur la table. On n’en demandait pas tant aux militants de la Cagoule, après tout ils n’étaient pas des intellectuels.

Cagoule (la)

Le nom espagnol des conjurés de la Cagoule, los encapuchados rend compte du caractère de l’entreprise entre Zorro et un épisode de Cantinflas. Cette aura ridicule aura protégé cet avatar du complot militaire jusqu’au bout. Les principaux conjurés en sortiront blanchis pour toujours, comme oubliés. Le juge Béteille, magistrat instructeur de l’affaire, magistrat enfouisseur, aura compris les directives du gouvernement Daladier/Reynaud, directives qui tenaient en une phrase, « vous devez sauver l’état-major », ce sera fait.

Dans un film, des hommes du CSAR, de leurs complices, on ne verrait que des silhouettes, des complets qui passent, des noms lâchés, parce que le nom du CSAR c’est encore un autre nom de la Cagoule, on verra donc que tout s’ébroue dans le vague des indéfinitions, ce qui est somme toute assez rare pour une société secrète. CSAR (Comité secret d’action révolutionnaire), OSAR (Organisation secrète d’action révolutionnaire), OSARN (Organisme spécial d’action régulatrice nationale), quel est son véritable acronyme ? Nul ne le sait, le secret passe en procession. Comité, secret, armée, révolutionnaire, national, organisation, une sorte de bolchévisme retourné tient lieu d’identité aux activistes qui, à l’instar des nazis, s’emparent des symboles de leurs adversaires pour les combattre.

 

La Cagoule a toujours navigué dans les brumes, de là qu’elle finisse dissoute dans le mythe de la Synarchie. En premier lieu, le mode d’adhésion à l’organisation est tortueux, compliqué et prend la forme d’un mystère : s’y mêlent des prestations de serment et la façade légale de l’UCAD, une franc-maçonnerie retournée, un imaginaire de cryptes et de capes, la jésuitière des pamphlétaires furieux du XIXème siècle avec le nom de Mussolini comme cache-sexe et la chevalerie en stuc pour héritage.

Le mimétisme maçonnique est tel qu’Henri Deloncle est un lecteur assidu du bulletin hebdomadaire des Loges maçonniques tandis que son frère, Eugène, déclarait, en septembre 1941, s’être inspiré des Illuminés de Bavière et d’Adam Weishaupt. On lit dans ses instructions secrètes publiées sous le nom de Nachtrag : par la conjuration, « l’Homme se remettra de sa Chute, les princes et les nations disparaîtront de la terre et la terre deviendra le séjour de l’homme raisonnable ». Le cosmopolitisme en moins, c’était l’analyse des cagoulards. La France était entrée en décadence, il fallait à tout prix, non pas freiner dans la descente, mais inverser le mouvement. Aux élucubrations des Illuminés, fondées sur une philosophie de l’Histoire qui ouvrait l’horizon d’attente de l’émancipation, le baron Ernst August Anton von Göchhausen, officier de l’armée prussienne, et lui-même maçon, répliqua de la manière suivante « Le sentiment. Qu’est-ce que c’est ? Tu es citoyen ou bien tu es rebelle. Il n’y a pas de troisième solution ».

Visiblement les cagoulards avaient oublié l’alternative, ils allaient donc rejoindre l’Internationale blanche des fascismes, à l’occasion de la guerre d’Espagne. Ils incarnaient ces sortes de kalmouks nationalistes qui prétendaient briser les fers du peuple français et le remettre dans les premiers droits d’une liberté sacrée et inviolable annonçant l’âge d’or.  A l’instar de l’officier prussien, un observateur aurait pu percevoir ce pays d’abstraction froide où il n’y a que deux conditions tolérables, celle de la classe qui gouverne et celle de la classe qui est gouvernée si bien que le secret maçonnique se résout à peu de frais : l’art d’agir contre la propre volonté du peuple afin de le rendre heureux, l’art de lui masquer cette intention, l’art de censurer les formes de gouvernement qui lui sont opposées, le tout s’achevant sous le doux nom de Révolution.

Gertrude Stein pensait que beaucoup de familles françaises « préféreraient encore aujourd’hui qu’il y ait un roi non parce qu’elles veulent vraiment un roi mais parce que leurs mœurs et leur langage et les choses qu’elles voudraient que leur pays soit ne vont pas vraiment avec une République ». Mais la phobie maçonnique et sa fascination, qui sont indissociables,  indiquaient bien autre chose qu’un légitimisme de bon aloi. Les Deloncle n’étaient pas les seuls à s’intéresser à la maçonnerie comme pour y disséquer le secret de ce monde en charpie. L’ami de Madame Stein, Bernard Faÿ, élu au collège de France en 1932 sur une chaire de civilisation américaine, en profita pour consacrer le séminaire de l’année scolaire 1933-1934 au problème des sociétés secrètes. En 1934-1935, doublant Daniel Mornet et ses origines intellectuelles de la Révolution Française, il intitula son parcours, « la franc-maçonnerie américaine aux origines intellectuelles de la Révolution », étudiant les constitutions maçonniques en France, en Angleterre et dans les colonies américaines.

Le monde atlantique y acquiert, dès lors, une cohérence subversive que ce professeur prudent ne rendit publique qu’à l’occasion de l’Occupation allemande. Pour l’heure, il publia, la franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle au XVIIIème siècle, à destination des publics français et américain. On décelait donc dans le tissu de l’Histoire une trame qui permettait de lier et d’expliquer tous les évènements. Rien n’échappait à la voracité maçonnique, ni le catholicisme, ni la royauté, ni le peuple français, tout semblait englouti dans l’estomac d’un Moloch omniscient, sorte de comte de Saint-Germain collectif, immortel et inusable.

 

A la fin de l’année 1935, les chevaliers du glaive du niçois Joseph Darnand, avaient ouvert le bal de cet ésotérisme de contrebande. Sa structure (cagoules, initiation, réunion clandestine et nocturne sur les docks) fut dupliquée telle quelle dans nombre de groupes régionaux dont le plus important fut celui des enfants d’Auvergne épaulé par les Michelin.

En VRP du complot, les Deloncle voyageaient en province pour observer ce qu’il en était des « clients » et de la création des « agences ». Comme techniciens du putsch, les dirigeants de la Cagoule dressaient, en ingénieurs, un monde parallèle de souterrains et de caches d’armes puis désignaient des objectifs à travers la confection d’un répertoire d’adresses d’hommes politiques de gauche, ou la mise au point de plans d’appartement dont celui de Léon Blum quand ils n’amassaient pas des notes sur les services d’ordre des ministères.

Dès lors, les conjurés disposaient des plans des égouts parisiens, des schémas des postes de l’éclairage public, du plan de la canalisation électrique reliant le boulevard Saint-Germain et le quai d’Orsay, du mode d’emploi des disjoncteurs pour priver de courant les rails des chemins de fer, des moyens de pénétrer clandestinement aux PTT, ainsi que d’indications sur les centrales électriques, les usines à gaz, les canalisations d’eau. L’esprit Fayol d’organisation du travail semblait alors migrer sur le terrain arpenté par Malaparte dans sa technique du coup d’Etat.

Néanmoins, il est difficile d’établir avec précision l’organigramme exact de la Cagoule dont les différentes strates n’étaient agencées qu’en fonction d’un coup d’Etat qui échoua dans la nuit des 16 et 17 novembre 1937. A partir de cette date, il n’y a plus de Cagoule à proprement parler mais des anciens cagoulards en activité et comme après décoction, la formation d’un mythe, celui de la Synarchie.

Selon l’usage positiviste, on définit le bon sujet historiographique en fonction des archives qu’il mobilise. Dans le cas de la Cagoule, ce sont la partialité des témoignages et l’absence d’archives qui devraient éloigner tout historien consciencieux et ambitieux de cet objet tout juste bon à alimenter les plumes stipendiées des journalistes et des romanciers de préférence versés dans la série noire. Pourtant l’épisode cagoulard se situe dans une série de complots réels ou fantasmés qui ont tenté de renverser l’ordre constitutionnel précaire établi par les républicains opportunistes des années 1880. En effet, on dénombre entre 1906 et 1937, huit complots poursuivis (1906, 1917, 1920, 1921, 1923, 1927, 1929, 1937) dont deux furent attribués à l’extrême-droite,  ceux de 1917 et de 1937. Or cinq  non-lieux furent prononcés : en 1906, 1917, 1921, 1923 et 1932. Dès lors, la séquence cagoularde s’inscrit dans la sous-série des rares complots attestés par la justice et le seul qui puisse être attribué à l’extrême-droite.

En 1939, on comptait cent deux inculpés, en 1948, il en restait soixante-cinq dont quarante-neuf comparurent devant la Cour d’Assises de la Seine. Entre temps, la Cagoule allait connaître une translation. De complot semi-public, elle passa au statut de bras armé d’une société ultra-maçonnique, la Synarchie, elle-même oscillant entre les options hitlérienne ou anglo-américaine selon les rédacteurs du moment. En effet, le rapport du préfet Chavin, directeur de la Sûreté Nationale entre septembre 1940 et septembre 1941, avait mis le feu aux poudres. Il établissait le lien entre la synarchie et la Cagoule, embrumant d’un voile fantasque l’entre-deux-guerres et portant le nombre des compromis à 364 car ce temps avait le goût des listes exhaustives. Or la liste a partie liée avec la notion de limite.

En effet, la limite est une notion qui étend sur le monde la logique du principe d’appartenance. Ainsi Don Juan peut-il circonscrire son terrain de chasse au sexe dit faible et en établir la longue liste, mille e tre annonce Da Ponte, va pour mille et tre. Qu’est ce à dire ?, sinon qu’en droit la liste est infinie et que ce grand seigneur méchant homme comme le nomme Sganarelle a déclaré la guerre à tous les pères, maris et frères dont il s’excepte. Amant du genre humain, il est l’antithèse du Christ puisque trois fois traître, à sa caste (la noblesse), à sa fonction (de père, de mari, de frère), à l’humanité chrétienne, jouissant de l’honneur bafoué et des vertus qu’on piétine, de là vient que Don Juan rit de la mort parce que justement, elle est le principe de son érotique singulière.

Dans le dialogue entre Clio et l’âme chrétienne, Péguy note qu’on ne juge pas l’Eglise à ses fidèles (toujours corrompus et arrogants, c’est une évidence) mais à ses saints. Parce qu’ils témoignent du martyr du Christ et de la perpétuelle sauvegarde de l’humanité dont il est le fondement. Dès lors, L’Eglise catholique n’a cessé de tenir le compte exact des béatifiés et des sanctifiés, instituant une limite qui partage l’humanité selon une hiérarchie qui vient du pseudo-Denys.

Dans le cas de la Cagoule puis de la Synarchie, les listes se constituent des deux côtés. Ainsi le cagoulard A. Corre tient la liste scrupuleuse des militants qui permettra aux policiers de la Sûreté de frapper en toute quiétude afin de démanteler l’organisation putschiste.

Du côté des ennemis de la Synarchie, on crée le cénacle infernal des nouveaux Don Juan s’exceptant de la condition de français pour mieux subvertir les usages communs et jouir en traîtres d’une domination qui a la mort du peuple pour horizon puisque les listes, elles-mêmes closes des francs-maçons et des juifs, ne suffisent plus à expliquer le désastre présent. Aussi la liste des synarques est comme le trépied d’une rhétorique du complot et d’un désir de persécution qui entend définir une francité défaillante par le compte exact de ses ennemis supposés, qu’on peut agencer avec l’Allemagne nazie ou l’entité anglo-américaine en fonction de la perspective retenue par le prosateur.

Le préfet Chavin ne fut pas le seul à subodorer la main d’une franc-maçonnerie occulte dans la trame des évènements. Jean-Noël Jeanneney, sans apporter l’ombre d’une preuve probante, insinue que Raoul Husson serait le véritable rédacteur du rapport Chavin. Comme le même Husson se faisait appeler DJ David ou Geoffroy de Charnay, il semble que la liste des rédacteurs du rapport phare à propos du complot synarquo-cagoulard tient de la procession des simulacres puisque l’hypothèse retenue par l’historien est celle d’un canular vengeur rédigé par un mathématicien, homme de gauche et franc-maçon suite à son licenciement de la Statistique Générale de France.

Néanmoins, Raoul Husson publiait, en février-mars 1945, une enquête sur la synarchie dans les cahiers de la France intérieure de Georges Oudard puis en 1946 son opuscule majeur, Synarchie, panorama de 25 années d’activité occulte, ce qui ne plaide pas pour une opération délibérée d’intoxication de la police de Vichy par un franc-maçon persécuté.

D’ailleurs la naissance du mythe de la synarchie se fit à plusieurs mains et trouva une caisse de résonance au sein du PCF. En effet, Henri de Kérillis, persuadé du rôle majeur joué par La Cagoule dans l’existence d’une cinquième colonne française, écrivait Français voici la vérité en 1942, puis, de retour dans l’hexagone, de Gaulle dictateur, en 1945. Parallèlement, dans la France trahie et livrée, Charles Dumas, ancien directeur de cabinet de Marx-Dormoy, consacrait un chapitre entier à la Synarchie et maintenait son lien avec la Cagoule. Une telle atmosphère de bûchers permanents et d’épuration était entretenue par le parti communiste qui voyait dans la Cagoule, un spectre utile.

Le 13 mars 1945, Georges Cogniot annonçait dans l’Humanité, sa reconstitution, avant que le ministre socialiste de l’Intérieur, Edouard  Depreux, ne perçoive dans le sinistre Plan Bleu de 1947, la résurgence d’une organisation dont la première qualité était de maintenir sa substance réactionnaire et putschiste derrière un paravent métamorphique sans pareil. Dans cette atmosphère, la direction générale de la Sûreté Nationale rédigea un rapport d’ensemble sur l’affaire du service des sociétés secrètes qui contenait trois tomes et formait un bloc de trois cent sept pages archivées sous la cote suivante (Z6 290). S’il ne traitait pas seulement de la Synarchie et de la Cagoule, il les plaçait en ligne de mire de l’exercice qui consistait à trouver les coupables de la défaite cuisante de mai-juin 1940.

Pour tout chercheur contemporain qui n’est pas tenu d’établir la liste des conjurés de l’an 1940, le fonds de la sûreté propose, sur la Cagoule, des revues de presse (CAC,1, 34, 3530 à 3534). On ajoute, à ce dernier le dossier d’instruction de l’affaire (ADP, 212/79/3), puis égarés aux Archives Nationales (CARAN), quelques renseignements en F7, 14672 à 14674, 14815 et 14816, 15343.

En tout, peu de choses qui puissent contrebalancer les témoignages réunis par Philippe Bourdrel, Pierre Péan ou les procureurs italiens de l’année 1944. Les autres sources rassemblées ajoutent aux mémoires de quelques acteurs contemporains, des rapports de police qui forment la matière première de l’ouvrage d’Anne Lacroix-Ritz, le choix de la défaite, qui empile, pour faire bonne mesure, des sources diplomatiques et militaires françaises quand elle ne défend pas en notes, la rationalité des épurations soviétiques de 1937-1938 ou l’inexistence d’une véritable famine en Ukraine en 1932-1933. Un détour par les archives allemandes, italiennes et surtout espagnoles serait le bienvenu mais visiblement, il n’attire pas les historiens intrépides toujours prêts à fustiger ces ouvrages de seconde voire de troisième main qui sont le propre des amateurs comptant sur leurs propres forces.

Du côté des partisans attardés de la méta-conjuration expliquant la défaite française éclair de mai-juin 1940, on annone disproportion, disparitions. Le complot serait comme vidé de ses archives, il planerait à jamais dans les limbes du discours historique. On s’appuie sur la déposition tardive de l’inspecteur S. Guyot qui signale, en avril 1948, la disparition d’une partie du fonds de l’enquête embarquée sur une péniche évacuée sur le Tarn et Garonne durant l’exode. Aussi, des allumés le reprennent en psalmodiant. Ils disent « tout ça c’est la synarchie » car la synarchie a le bras long et le sens des grottes et des méandres, ils ont pour contrepoint Henry Coston, l’antisémite forcené, celui qui n’en finit jamais de débusquer le quart, le tiers, le dixième de juif, celui qui aimerait bien que le juif soit bleu et même fluo et même clignotant.

A l’instar des fascismes historiques, la Cagoule n’était pas imperméable Néanmoins, si l’initiation se voulait irrévocable et entraînait la mort du traître, l’attachement passionné et exclusif n’était pas tourné vers le CSAR mais vers la Cause ou quelques guides locaux. Les symboles sacrés étaient ceux des nationalistes. La hiérarchie  était à moitié connue et partant à moitié respectée. L’autorité n’était pas illimitée mais polycéphale, le perinde ac cadaver était parfaitement ignoré.

L’ambiguïté plus que le secret était la condition du maintien de l’existence de la Cagoule. Se formait à la tête de ce groupement, une kakacratie et non une aristocratie. Ce ne fut pas une société secrète mais une société à secrets si bien que l’Italie fasciste ou l’Allemagne hitlérienne s’en servaient comme instrument. Pour ces authentiques gnostiques qui opposaient l’homo fascistus à l’homo credulus, il y avait d’un côté les pneumatiques, ceux qui savaient, et de l’autre, les hyliques, ceux qui ne demandaient qu’à croire. Ils conspiraient donc, avec pour objectif, la destruction de la puissance française, mais étaient tout à fait disposés à s’allier avec des gens qui avaient placé le mensonge au cœur de leur vie mais ne disposaient pas du pouvoir nécessaire pour modifier le réel, donc les rapports de force.

Ce que n’avaient pas compris les activistes de la Cagoule, c’est que tout terroriste est dépendant de celui qui le fournit en armes si bien que le contact prolongé avec des puissances étrangères hostiles à la France transformait chacun des membres de la Cagoule en autant de pions d’une cinquième colonne qui éloignait l’objectif proclamé ou le rendait caduc. Avant même de se réaliser, le coup d’Etat préparé avec minutie n’allait pas trouver ses alliés essentiels : armée et groupes d’anciens combattants.

La première composante de la Cagoule était formée des anciens de la 17ème équipe de l’Action Française qui fondèrent le 25 mai 1936, le PNRS, un parti nationaliste groupusculaire, dont le siège, rue Caumartin, était loué par Eugène Deloncle. Robert Lefranc, propriétaire de la société Ripolin faisait partie du comité directeur. Après une première bagarre avec des grévistes, à laquelle participèrent Moussous et Filliol, une perquisition fut ordonnée par le Parquet au siège du PNRS. Elle eut lieu le 10 ou le 20 juin selon les sources. La police y trouva les plans de différents quartiers de Paris mais ne poursuivit pas son enquête. Le 14 décembre, le siège était sous-loué au gérant du journal l’Insurgé, Gérard de Dampierre, de la même société Ripolin. C’était le premier écran de la Cagoule qui permet de distinguer deux groupes, celui des « activistes » et celui des « intellectuels », en rupture avec l’Action Française.

Le deuxième écran était constitué par l’UCAD (Union des Comités d’Action défensive) dont le dirigeant nominal était le général Edouard Dusseigneur qui venait de quitter l’armée d’active le 31 mai.

Cette union, fondée en mai 1936, mais déclarée en décembre de la même année, était formée afin de fédérer des groupes décidés à contrer un pseudo-putsch communiste imminent. L’hebdomadaire Choc relayait son action. La structure clandestine, proprement dite, le CSAR, se mit en place entre le mois de mai, si l’on suit le témoignage de Pozzo di Borgo et le mois de juillet 1936.

L’adhésion de Pozzo di Borgo, qui abandonna les Croix de feu, en juillet 1936, mérite une petite analyse parce qu’elle marque les limites du succès de la Cagoule. En effet, si les mondains et les conservateurs, ce petit monde parisien si étriqué qu’il se réduit à quelques centaines de têtes, avaient choisi La Rocque, il ne restait plus à Pozzo di Borgo, homme dont l’ambition était démesurée, qu’à détruire son principal rival. Aussi, il avait quitté les froides queues et rejoignit dans l’enthousiasme des départs, la façade légale de la Cagoule, l’UCAD. Noble corse de vieille obédience, il possédait, avec le marquis de Montcalm, des immeubles à Paris et seul, quelques propriétés en Corse. Marié à une américaine, Valérie Norrie, il avait su fumer les terres, comme on disait dans la noblesse désargentée, et il faut reconnaître, qu’il les fumait bien.

Or Pozzo di Borgo était lié au préfet de police démis par Daladier, Jean Chiappe. En effet, le père de Chiappe fut avocat à Ajaccio et conseiller de la famille Pozzo di Borgo. Pour la façade légale, on le présentait comme un gérant de biens au même titre que le père de Jacques Chirac était le banquier de Monsieur Bloch.

Pozzo di Borgo pouvait faire le tour des propriétés, il agissait en grand seigneur de la Renaissance, en condottiere ou en sénateur romain, finançant les démagogues du Rassemblement Antijuif de France de Darquier de Pellepoix.

On comptait au nombre de ses biens, un hôtel particulier, au 51 rue de l’Université et un château dans l’Eure, à Dangu. Il est à noter que les notabilités corses de Paris se connaissant toutes, il était impossible que Pozzo ne sache rien de cet homme énergique qu’était Eugène Deloncle, lui-même corse, par sa mère. Afin de contrer son vieux rival, Pozzo di Borgo présenta publiquement la Rocque, avec l’aide poussive d’André Tardieu, en quémandeur de fonds secrets. La pique était destinée à le délégitimer, elle ne fit qu’exaspérer le colonel.

Aussi, en septembre 1937, il menaça Pozzo di Borgo, de révéler les plans du putsch qu’il lui avait transmis. Si on ajoute que le président de l’Union Nationale des Combattants, était, lui aussi, un membre actif de l’UCAD, on peut percevoir que le vivier des hommes de la 17ème équipe était limité en ce sens que le CSAR ne rassemblait que des notables sans cervelles ou aiguillés par le ressentiment et des putschistes d’une tiédeur à faire vomir le dieu de l’Apocalypse.

Pour le tout venant des affiliés, selon un témoin du Perreux, l’adhésion au PNRS passait par une prestation de serment devant Eugène Deloncle, premier sas d’une initiation clandestine. Dans le cadre de Nogent ou du Perreux, les affiliés se recrutaient par cooptation.

Par conséquent, le nouvel « abonné » trouvait les prochaines recrues dans le milieu étroit des anciens membres de la Solidarité Française. Ailleurs, il irait chercher les futurs combattants au sein de l’Action Française ou parmi les déçus des Croix de feu, formant le club des ligueurs clandestins.

Après deux siècles démocratiques qui sont le réel d’une médiocrité générale, les français rêvaient toujours à la noblesse, à son héraldique, à ses mythes, à la lointaine chevalerie, faute d’explorer les vertus et les puissances du quelconque. De purs snobs, mais de masse. On en souffrait, mais qu’importe, on voulait être d’un cercle clos, n’importe quel cercle plutôt que rien. La Cagoule civile put compter sur cette posture mais ceux qui voulaient aller au combat étaient à la fois moins nombreux et plus épars parce que la rage destructrice du réprouvé ne peut être confondue avec la vanité d’un homme qui mesure sa grandeur à l’aune de son voisin et de ce qu’il n’a pas.

Troisième composante indépendante de la Cagoule, les réseaux Corvignolles, du commandant Loustaunau-Lacau, secondé par le colonel Groussard qui, en 1937, mit sur pied un réseau anti-communiste militaro-civil au Maroc. Selon un témoin cité par Philippe Bourdrel, des contacts entre le CSAR et ce réseau militaire anti-communiste furent pris dès octobre 1936. Le maréchal Franchet d’Esperey, l’ancien commandant en chef du front oriental durant la première guerre mondiale, était le père tutélaire des réseaux Corvignolles. Selon les déclarations ultérieures de Loustaunau-Lacau, ce fut au domicile du maréchal octogénaire, qu’il rencontra le général Dusseigneur, en décembre 1936, puis Eugène Deloncle, en mars 1937.

S’il se défendit d’avoir jamais appartenu à la Cagoule, Loustaunau-Lacau certifiera, en janvier 1947, que trois membres du conseil supérieur de guerre agissaient en liaison avec l’organisation secrète en juin-juillet 1937. Si on ajoute, à ces indices, la manœuvre du général Girodias, sous-chef d’état-major chargé du 2ème bureau, qui diffusa un faux franquiste baptisé le document espagnol décrivant les étapes d’un pseudo-soulèvement communiste au sein de l’armée, l’agencement se précise mais ne se comprend qu’à la lumière de la guerre civile espagnole et de l’implication clandestine du gouvernement Blum dans celle-ci.

Là où la Cagoule civile cherche la voie d’un coup d’Etat extra-constitutionnel, certains officiers liés aux réseaux Corvignolles sont prêts à utiliser les activistes afin de hâter une sorte de coup d’Etat constitutionnel destiné à couper les radicaux et les socialistes de leur allié communiste et partant d’empêcher toute alliance avec l’URSS et toute intervention militaire en Espagne. Pour résumer, là où la Cagoule civile entend abattre la République, les officiers du réseau Corvignolles veulent mettre un terme au Front Populaire, en usant de tous les moyens disponibles. La mise à feu de cet agencement subversif militaro-civil auquel on attribua, à la suite de Maurice Pujo, le sobriquet de Cagoule, eut lieu entre la victoire électorale du Front Populaire, en France, et le soulèvement franquiste de juillet 1936, en Espagne. Si le montage du coup d’Etat prit tant de temps, c’est que les conjurés en uniforme poursuivaient leurs propres objectifs et n’entendaient pas servir de plateforme  pour les conjurés en cravates et chapeaux mais aussi parce que le PSF du colonel de la Rocque et le PPF de Doriot incarnèrent un temps, une possible alternative à la coalition électorale fragile du Front Populaire.

Si ce dictionnaire était un film, le récit s’ouvrirait sur l’arrestation en novembre 1937 des membres de la Cagoule avec en voix off un texte de Maurice Blanchot sur le terrorisme comme seule politique possible afin d’éradiquer le Front Populaire ; ça s’appelait le salut public, ça appelait la terreur, c’était né avec Léon Blum. Xavier Vallat, dans un coin, criait, « ce vieux pays gallo-romain il est livré à un juif, un juif le gouverne ». Blanchot avait écrit tout ça dans une revue de Thierry Maulnier qui s’appelait Combat. C’était le directeur des huiles Lesueur, Jacques Lemaigre-Dubreuil qui payait comme Lesueur payait sa part à la Cagoule. C’était dans le même immeuble que ça s’écrivait, que l’argent circulait, que les consignes fusaient.

Des modérés, Maurice Blanchot avait écrit, « la moue de bronze de Mussolini les laissent pâmés. Les hurlements monocordes d’Hitler les laissent effrayés et ravis comme après quelques obscénités un peu fortes. Et maintenant quelle chance d’avoir Franco » mais il pensait la France disparue, sans véritable place puisqu’elle n’était plus « ni dans le régime, ni dans l’Etat, ni dans les mœurs » mais dans le passé et l’avenir. Il attendait la catastrophe, il la désirait, il la savourait au prétexte qu’elle ferait prendre aux français conscience de leur abaissement et leur donnerait le dégoût de ce qu’ils sont, donc le goût opposé de l’action. En bon tragédien, il attendait de la césure, un renversement.

Il appliquait aux français le raisonnement que Nietzsche tient sur l’artiste. En apercevant le fond des choses, le premier mouvement de ses compatriotes serait le dégoût et la léthargie mais ils iraient puiser dans le mythe l’instance d’une Vision et dans la parole des chevau-légers de Combat, celle de l’interprétation adéquate de la situation car on peut toujours agréger une multitude d’actions à partir d’un attracteur quelconque, celui-ci se diffusant d’être en être comme une contagion.

Jean Fontenoy qui allait rejoindre le PPF partageait cette vision, « je retrouvai la France élaborant une nouvelle note juridique pour défendre Versailles. Je retrouvai les vallées gentilles de l’Île de France, les cocus rieurs et, sur l’avenue d’Orléans, une populace de petits bourgeois bourrus, aux cheveux sales, épris de mots à double entente, de pari mutuel, d’apéritifs, de beaux crimes. Que civilisation finissante, la France fut passionnée de ses prix de beauté, de ses prix littéraires, d’une chanson nouvelle, c’eût été un phénomène désolant mais bien à sa place dans un monde en mue. Rien de tel cependant. La médiocrité faîte nation ». Blanchot en tira la conclusion dans l’Insurgé du 4 août 1937, journal dont il était actionnaire. Il écrivit « le retour aux vertus n’est pas, dans l’existence des sociétés, au commencement des révolutions, mais à leur terme ». Trois mois plus tard, le putsch cagoulard échouait, piteusement.

Cameron Ewen

Au début des années 1950, le docteur Ewen Cameron mena dans le cadre de l’Institut Allan Memorial de l’université Mc Gill une série d’expériences au cours desquelles il administrait à ses patients, préalablement isolés, des doses massives d’électrochocs et des substances inconnues telles que le LSD ou le PCP. Cameron n’était pas un isolé, président de l’Association Mondiale de Psychiatrie, il fut l’un des trois experts commis par le tribunal de Nuremberg auprès de Rudolf Hess. L’idée fixe de Cameron consistait à détruire les anciennes structures pathologiques (le vieil homme) afin de leur substituer une tabula rasa sur laquelle inscrire la normalité. Du point de vue des traitements, les électrochocs représentaient la seule alternative de la profession à la lobotomie. Cameron était aussi partisan de désinhiber ses patients avec un cocktail subtil de tranquillisants, de stimulants et d’hallucinogènes. Intéressée par les travaux de Cameron, la CIA mit au point une méthode d’interrogatoire alternative baptisée MKUltra. Elle intéressa à son programme 80 établissements dont 44 universités et 12 hôpitaux. C’est dans le cadre de sa Society for the investigation of Human Ecology financée par la CIA, à partir de 1957, que Cameron put inventer l’isolement sensoriel et le prolonger jusqu’à 35 jours. En 1960, il isolait les composantes structurelles de la perception de l’espace-temps : les stimulations sensorielles constantes et la mémoire.

Canne du maréchal Pétain (la) : On le nommait aussi le Père la défaite, son compère, l’Amiral Courbette. Le maréchal Pétain vendit sa canne 144 mille francs à un industriel lyonnais qui l’offrit à la ville.

Casa Pound

« Par usura n’est plus de claire démarcation / Les hommes n’ont plus site pour leur demeure / Et le tailleur est privé de sa pierre / le tisserand de son métier / PAR USURA / La laine déserte les marchés  / Le troupeau perte pure par usura / Usure est murène, usura / Use l’aiguille aux doigts de la couseuse / suspend l’adresse de la fileuse / Usura rouille le ciseau / Rouille l’art l’artiste / Rogne fil sur le métier / Nul n’entrecroise l’or sur son modèle / L’azur se chancre par usura ; le cramoisi s’éraille / CONTRA NATURAM / Ils ont mené des putains à Eleusis / Les cadavres banquettent/ au signal d’Usura »

« CINQ millions de jeunes sans emploi / QUATRE millions d’adultes analphabètes / 15 millions « mal orientés » autant dire nulle chance d’emploi / NEUF millions annuellement victimes d’accidents industriels évitables / Cent mille délits de violence. Etats-Eunis d’Amérique / 3ème année de règne de F. Rossevelt, signé F. Delano, son oncle / CAS de poursuites. Un seul cas, cas mineur dans la / série Etats-Eunis d’Amérique, 1935 / Angleterre, pire, France, puanteur des Régents / Mr Cummings demande le poste de Farley / gros titre dans les quotidiens »

Ezra Pound, Cantos

 

Au contraire de ce que l’on pourrait penser, l’univers « néofasciste » italien est plutôt composite. Le dernier groupe en date est Casa Pound, qui constitue l’une des expériences néofascistes les plus intéressantes. Le nom du groupe fait référence au poète américain Ezra Pound, qui a ouvertement soutenu le fascisme puis la République Sociale italienne.

« Casa Pound Italia est née en 2007 à Rome, suite à l’expérience du centre social occupé “CasaPound” et des occupations de logements » nous explique Cristiano Coccanari, membre de Casa Pound Italia et responsable de la webradio du mouvement « Radio Bandiera Nera ». « Nous sommes une association de promotion sociale et nous utilisons la force du volontariat pour diffuser nos propres visions » poursuit-il. L’association est de plus en plus structurée et possède à présent des sièges dans toute l’Italie. Les pivots de son action sont la lutte contre l’usure, l’aide sociale, et la vie chère. Son mot d’ordre : agir !

Le lien direct entre Casa Pound et l’expérience fasciste italienne est évident : « ce qui nous plaît dans l’expérience fasciste, c’est l’attention à la justice, les grandes réalisations sociales et administratives faites dans l’intérêt de la communauté nationale, et tout le travail accompli pour faire de l’Italie une communauté de destin, des Alpes à la Sicile, et non une simple expression géographique », déclare encore Cristiano Coccanari. C’est d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels Casa Pound a soulevé de nombreuses polémiques dans les milieux proches de la gauche, jusqu’à cette interpellation parlementaire en février 2010 de la part du sénateur Salvatore Tomaselli (Parti Démocrate) qui cherchait à savoir comment le gouvernement interprétait les initiatives et les programmes de cette organisation, en considérant cette affirmation de la Constitution : « la réorganisation sous quelque forme que ce soit du parti fasciste dissout est interdite ».

Casa Pound nie vouloir se constituer en parti, et ses membres déclarent ne pas se considérer d’extrême droite : « Pour nous, les étiquettes “de droite” ou “de gauche” sont dépassées. Les défis et les problèmes que le troisième millénaire présente ne sont ni de droite ni de gauche, pas plus que leurs solutions. » Mais quand on commence à parler de la souveraineté nationale, le discours se fait plus grinçant. « L’idée de la reconquête nationale présuppose la complète récupération de la souveraineté de la part de la communauté nationale, représentée par un État qui se doit d’être éthique et organique, et qui doit être l’expression et la référence spirituelle de la communauté elle-même ».

Concernant l’immigration, Casa Pound considère que c’est la globalisation qui contraint les pauvres à une fuite vers un « supposé eldorado européen ». Cristiano Coccanari éclaircit ce point : « Le résultat est une guerre dramatique entre pauvres qui crée chez les Italiens un chômage en augmentation à cause du profit fait sans discrimination sur le dos des “nouveaux esclaves” ». Il conclut en déclarant : « nous réclamons aussi le blocage des flux migratoires qui sont à présent bien au-delà du seuil de tolérance. »

Europe autarcique, reconquête nationale, stop aux multinationales et à la société multiraciale, droit au logement et à l’éducation, souveraineté énergétique, réécriture de la Constitution italienne… voici quelques uns des points du programme de Casa Pound, défini par le professeur Stefano Bartoli comme un programme de « fascisme de gauche ». Selon lui, il s’agit d’un retour aux origines, d’une tentative de « se refaire une beauté »: « les néo-fascistes du vingt-et-unième siècle réadaptent les formules de communication, changent les symboles, s’inventent de nouveaux noms, mais restent ce qu’ils ont toujours été. Ils n’abandonnent même pas les pratiques les plus violentes ». Malgré cela, Casa Pound revendique le fait de représenter une expérience « différente de que les gens voudraient bien croire ». Les différents groupes antifascistes ne voient pas les choses de la même façon, et dénoncent les agressions subies de la part de cette « organisation fasciste » tout en demandant la fermeture des sièges de Casa Pound dans plusieurs villes. Entre polémiques et agressions, Casa Pound attire aujourd’hui beaucoup de jeunes, mais également plusieurs personnes ayant dépassé la trentaine. Tout ça aussi grâce à l’importance donnée à la communication et aux actions pratiques, qui s’inspirent souvent de celles du mouvement no-global. Mais Bartolini nous avertit : « Les néo-fascistes ont caché au public beaucoup de leurs idées moins présentables, ils sont capables de mettre de côté leur symbolique plus nostalgique si nécessaire. Dans ces conditions, rien ne nous dit qu’ils ne réussiront pas à gagner de nouveaux espaces et de nouveaux tremplins pour tenter l’assaut. »

En somme, les fils de Pound ont réussi à conquérir les espaces sociaux oubliés par la politique, surtout de gauche, en s’adressant aux classes populaires et aux exclus à travers des activités pratiques. Bien qu’ils soient très bruyants, ils restent minoritaires. On est alors en droit de se demander : quel est l’avenir de ce « fascisme du troisième millénaire » ?

Castellucci Roméo (le scandale)

La famille nationale-catholique vocifère à nouveau. Avec un terrain de prédilection : le happening plus ou moins musclé contre des événements qu’elle prétend christianophobes. Ses militants manifestent quotidiennement, depuis une semaine, devant le Théâtre de la Ville, à Paris. Ils ont réussi, à plusieurs reprises, à interrompre la représentation de la pièce de théâtre de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu. L’Eglise catholique a condamné, mardi 25 octobre, les « violences perpétrées » en marge de la pièce mais demande « une liberté d’expression respectueuse du sacré », a indiqué le porte-parole de la Conférence des évêques de France, le bien nommé Mgr Bernard Pod(e)vin.

Les faits

Depuis une semaine, au Théâtre de la Ville, place du Châtelet à Paris, un mystère, au sens médiéval du terme a lieu. Les spectateurs n’applaudissent pas que la pièce de Romeo Castellucci, entre deux bouffées odorantes, mais aussi les policiers venus déloger les perturbateurs issus des groupuscules nationaux-catholiques. Et la Préfecture de police s’en félicite. Le lieu – à quelques dizaines de mètres de la préfecture – ne pose pas de problème majeur d’intervention pour les policiers, qui peuvent doser leur présence, chaque soir, en fonction de l’agitation. Ils ont toutefois besoin d’une autorisation expresse pour intervenir à l’intérieur du théâtre. Chaque soir, des CRS, mais aussi des policiers de la sécurité publique en tenue, des hommes en civil et d’importants moyens techniques permettent que la représentation se tienne. Jusqu’à maintenant, le théâtre n’a eu à subir aucune annulation. Ils protègent aussi les vigiles du Théâtre de la Ville, parfois pris à partie. Et, chaque soir, ils procèdent à nombre d’interpellations.

Le 21 octobre, vingt-deux personnes ont ainsi été arrêtées, dont neuf ont été poursuivies pour « violences sur dépositaire de l’autorité publique ». Le lendemain, treize nouvelles interpellations ont eu lieu, dont certaines dans la salle, ce qui a permis de lancer des poursuites pour « entrave à la liberté d’expression », délit qui peut être puni d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende maximum. Sept nouvelles arrestations, avec poursuites au même titre, ont été effectuées le 23.

Le Renouveau Français aux avant-postes

Aux avant-postes de cette mouvance se trouve un groupuscule, le Renouveau français (RF). Celui-ci a formellement revendiqué les actions menées au Théâtre de la Ville, pour lesquelles il était secondé par les maurrassiens de stricte obédience de l’Action française. Le Renouveau français est familier des actions coups de poing contre, entre autres, les kiss-in et gay pride, qu’il qualifie régulièrement d' »aberrations anthropologiques » et semble désormais occuper le créneau de la manifestation outrancière. Ainsi, en avril 2011, le Renouveau français (RF) avait été très en pointe à Avignon contre l’exposition de photographies de l’artiste américain Andres Serrano. Parmi elles, Immersion, Piss Christ, vandalisée par une action commando au lendemain d’un rassemblement.

« Face aux 400 bobos venus se délecter de pseudo ‘art’ scatologique, les militants du Renouveau français sont montés sur la scène aux cris de ‘Christianophobie, ça suffit !' », indique le RF dans son communiqué. Et il ajoute: « Les défenseurs de la chrétienté ne tolèreront désormais plus que l’on s’en prenne ainsi à la religion, colonne vertébrale de notre civilisation. »

Petit historique du Renouveau Français

Le Renouveau Français est apparu fin 2005 et succède à la Garde franque qui existait au début des années 2000. Plutôt issus de milieux aisés de l’ouest parisien, les militants du RF sont jeunes. Ils ont leurs entrées à l’église intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnet, un temps patronnée par Madame Bernadette Chirac, dont ils assurent de temps à autre « la protection », avec la bénédiction de l’abbé Xavier Beauvais, le prieur de la paroisse parisienne qui jouxte l’Université amiantée de Jussieu. En 2008, ses membres assuraient la protection d’un politique frontiste sur le marché de la rue des Pyrénées.

Le Renouveau Français, plus ou moins post-maurrassien, a été créé par Thibaut de Chassey, parfois appelé Henri de Fougines. Il y a une dizaine d’années, on le connaissait sur les campus parisiens sous le pseudonyme de « Sigdebert, medieval faf ». Le goût des pseudos ridicules est donc une constance du personnage. Grand intellectuel devant l’éternel, ses arguments en faveur d’une définition racialiste des français sont d’une puissance incomparable : « un veau qui naît dans une écurie ne sera jamais un cheval » ou « Sarkozy et sa troisième femme incarnent une volonté destructrice. Ils ne sont Français ni par la chair, ni par l’esprit. Ces gens-là sont des déracinés, des apatrides » pour finir par cet exorde « nous préférons rester dégénérés et consanguins aux yeux de Sarko, et garder notre identité ».

Outre le rappeur Goldofaf, le Renouveau français a pour dynamo Gaël dé Crépy. Voici, la manière dont medieval faf définit son groupuscule auprès d’un site « patriotique serbe » : « le Renouveau français est une organisation politique qui se définit comme nationaliste, c’est-à-dire voulant défendre les intérêts de la France et des Français ; elle est d’inspiration traditionnelle et chrétienne. Son but ultime est d’aider à l’avènement d’un Etat nationaliste, social et chrétien durable. Elle mène aussi des combats défensifs et intermédiaires. C’est aujourd’hui la principale organisation nationaliste française, au sens strict du terme. ».

De ce point de vue, Gaël de Crépy semble plutôt tenté par une greffe sur le corps de l’Eglise catholique « j’ai constaté personnellement un retour en force de la pratique chez les plus jeunes, par exemple de jeunes adultes demandant le baptême ou recevant la première communion […] Cela illustre la volonté de Benoît XVI d’œuvrer pour l’unité des chrétiens, déjà à travers le renforcement du dialogue avec les orthodoxes et avec les traditionalistes ; et de réaffirmer l’identité de l’Église et de son héritage bimillénaire. »

Les alliances : de la Fraternité saint Pie X à Gollnisch

Le lien, au moins idéologique, est clairement établi avec la Fraternité Saint Pie X et ses multiples alliés dont certains ont une certaine consistance : le Vlaams Belang flamand ou la Nouvelle Droite Populaire (rien à voir avec Wauquiez et consorts).

Pour ses faits d’armes devant le Théâtre de la Ville, le Renouveau français a reçu le soutien de Bruno Gollnisch, sur le blog de ce dernier. Visiblement indigné, la plume de service sur le site de l’ancien n°2 du FN prétend qu’« à défaut ( ?) de pouvoir déféquer sur un chandelier à sept branches ou sur un Coran, outrager la foi des chrétiens reste encore le meilleur moyen de s’attirer les louanges du microcosme…et d’engranger de la publicité gratuite […] En l’espèce, Bruno Gollnisch ne peut que constater que les manifestations ont été réprimées très brutalement. Jeudi un militant alors qu’il était maintenu au sol a eu la jambe broyée par un car de police. Il a été conduit en urgence à l’hôtel Dieu. Une information passée très largement sous silence par des journalistes habituellement à l’affût de la moindre bavure policière lors des rassemblements de « sans papiers ». Or, lors de la campagne interne du Front national en 2010, les nationaux-catholiques avaient choisi M. Gollnisch contre Marine Le Pen. La défaite de leur candidat à la présidence du FN, en janvier 2011, a douché leurs espoirs de sortir de leur marginalité politique.

La thématique de la « christianophobie » est donc stratégique. Elle a, pour cette mouvance, le double avantage de lui donner une certaine visibilité – et, espère-t-elle, une dynamique – et de servir de ciment à une famille politico-spirituelle qui peine à se structurer autrement qu’en réseau. La Fraternité saint Pie X et notamment, l’église saint Nicolas du Chardonnet joue un rôle évident dans ce qui s’apparente à une reconfiguration du catholicisme autour de la défense de son identité, la référence à saint Thomas n’étant pas le fait du hasard.

En ouvrant les bras aux intégristes, le pape Benoît XVI n’a pas témoigné de sa seule magnanimité, il a clairement voulu unir le catholicisme hors des sentiers battus de la démocratie-chrétienne qui a perdu toute base sociologique (syndicats et partis mêlés) et dont les stratégies permanentes d’ouverture (au communisme, à l’Islam, etc.) sont des échecs patentés.

L’abbé Beauvais et l’Institut Civitas

L’abbé Beauvais qui tient la barre de saint Nicolas du Chardonnet, n’est pas un homme sans aspérités. On a pu l’entendre, en mai 2009, lors d’une messe commémorative dans son église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, faire appel à la figure du dirigeant de l’extrême droite belge Léon Degrelle, son « cher Léon ». Il n’est pas le seul puisque Yvan Benedetti, un proche de Bruno Gollnisch, salua la mémoire du leader rexiste pro-hitlérien, lors de sa mort en 1994.

Ce n’est pas, non plus, un marginal, puisqu’il occupa les fonctions de supérieur général de la Fraternité saint Pie X pour l’Amérique Latine. Lors d’une messe en l’honneur de Sébastien Deyzieu, il rendit également un «hommage aux cristeros au Mexique, aux phalangistes en Espagne, aux rexistes en Belgique, aux chouans en France. Il cita Léon Degrelle, Jeanne d’Arc et bien d’autres Saints. Il expliqua à quoi devait servir la politique. Il appela à s’ éloigner des idéologues en opposition avec le règne du Christ, y compris dans la mouvance nationale. Il appela au martyre et à la Sainteté. Il dénonça les pourris de la politique et les modernistes dans l’Eglise. Il demanda de ne rien prendre dans cette société satanique et ploutocratique». Il parla donc le catéchisme contre-révolutionnaire dont l’étroitesse vaut le catéchisme progressiste mais est moins connu.

Xavier Beauvais est une figure de l’Institut Civitas, qui rassemble des catholiques traditionalistes et intégristes et se présente comme « un mouvement dont le but est la restauration de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Dans l’affaire Castellucci il se demande « pourrions-nous rester spectateurs passifs d’une œuvre destructrice et qui bafoue Celui qui nous a manifesté tant de miséricorde, Notre Seigneur Jésus-Christ ? », alors que les Waffen SS de la division Wallonie devaient sans doute accomplir cette miséricorde à leur manière. Il poursuit « notre indignation, devrait-elle se contenter de « modération à la suite du Christ » comme nous y invite scandaleusement le cardinal Vingt-trois qui ose ajouter : « Il faut que nous acceptions de supporter avec le Christ, l’incompréhension, l’hostilité et la violence des autres ».

Modération indigeste du côté de l’épiscopat, indignation hesselienne d’extrême-droite de l’autre, le monde catholique est donc incapable d’expliquer qu’une pièce muette qui barbouille un portrait du Christ avec de la merde est soit une provocation insignifiante à l’échelle de l’Incarnation soit un trait asignifiant qui désarçonne les images sulpiciennes d’extatiques souriants. A une œuvre, on doit opposer d’autres œuvres donc des artistes, pas des communiqués de presse insignifiants.

L’abbé Beauvais, gestapette et saint Jean Chrysostome

Dans son texte, Xavier Beauvais cite les propos « pleins de bon sens » d’Abel Bonnard qui évinça tous les catholiques de la direction du secrétariat à la jeunesse sous Vichy et dont la Porte du Theil disait qu’il arrangeait les fleurs mieux qu’une geisha. Rappelons qu’Abel Bonnard était une folle perdue placé à la tête de l’Education Nationale (nom vichyssois du Ministère de l’Instruction publique) en lieu et place de Jérôme Carcopino qui était d’une autre trempe. Il fera un couple de choc avec son chef de cabinet blondinet et très nouvelle Europe, Jacques Bousquet. Petit marquis échappé du règne de la Pompadour, il avait commencé sa carrière dans les salons de la bourgeoisie juive mais le succès de Proust repousse sa notoriété à la parution de l’éloge de l’ignorance (1926).

Si Beauvais avait, ne serait-ce qu’une once de culture historique et de cohérence, il se serait rappelé que son éloge de l’adultère (savoir aimer, 1937) lui avait valu les foudres de l’Action Française. Comme ministre en charge de la jeunesse, Bonnard se dit « le jardinier de ce printemps si tendre qui pousse sous un ciel sombre ». On lui doit ce discours aux stagiaires d’éducation physique « l’homme nouveau sentira son âme redescendre dans tout le corps, s’y dilater, s’y épanouir, couler le long de ses muscles, jouer jusqu’au bout de ses doigts ».

Parrain de la milice, Abel Bonnard réintégra les instituteurs pacifistes et anticléricaux révoqués par Jacques Chevalier lors de l’automne 1940 afin de contrer l’influence catholique et octroya une pension d’Etat à Paul Léautaud, agissant en tout comme un Frédéric Mitterrand collabo. Du Moulin de Labarthète y voyait « les relents d’un esprit méphitique qu’une voix d’eunuque semblait extraire d’un coffre pourri ». Arletty interpelant Pierre Laval lui déclara, « il paraît que vous avez des pédés dans votre cabinet ? », ce à quoi le président répliqua par un mot de Clémenceau à propos du Maréchal Lyautey « Oui ils ont des couilles au cul mais ce ne sont pas toujours les mêmes ».

A croire que le brave Abbé intégriste de saint Nicolas en citant gestapette indique une sorte de lapsus derrière sa virilité d’autel chromé.

Pour finir, l’abbé termine par une citation de saint Jean Chrysostome « la patience à supporter les offenses qui s’adressent à nous, c’est de la vertu ; mais rester insensible à celles qui s’adressent à Dieu, c’est le comble de l’impiété ». Si, cet homme qui se veut de Dieu pense réellement cela, il est tout simplement fou. Jamais une représentation, aussi belle soit-elle, et Dieu ne se confondront. La seule véritable icône, la seule relique, c’est celle de Bérénice la juive, dite sainte Véronique au XVème siècle. Cet évènement n’eut lieu qu’une fois. Ce que l’abbé ne sait plus, dans son aveuglement, un torero, lui, le sait et la passe de la Véronique, ne laisse découvrir au taureau, quand la cape se soulève, que le sable, l’arène et le soleil, soit le vide.

Abel Mestre et Caroline Monnot (Le Monde)/ Bruno Gollnisch blog/ Droites extrêmes/ Scalp Reflex/ Mediapart / BAM / Communiqué de l’abbé Beauvais

 

Céline (Louis-Ferdinand)

On ne sait si Céline partageait les objectifs de ce nouvel antisémitisme impérial, néanmoins la rhétorique nazie avait infiltré sa langue d’écrivain et portait un titre, Bagatelles pour un massacre, délire où le mot juif en majuscule, en minuscule, en saillie, en répétition, en hurlement, doit bien revenir une centaine de fois avec ses termes collègues qui vont de l’empapaouter, à salope, à enculé et j’en passe.

Céline avec son génie d’écrivain, sa haine aux tripes, sentit qu’il se passait quelque chose, qu’une rupture allait intervenir, que la question, tenait dans la persistance d’une nation juive malgré l’assimilation, malgré les persécutions, malgré les lois de Nuremberg et celles qui allaient suivre en Italie, en Roumanie, en Hongrie, en France, au Danemark, aux Pays-Bas, en Belgique, dans toute cette Europe en chemises et bras tendus.

Céline, et ce, dès le Voyage, se présente pour ce qu’il est, un anti-Proust comme ce dernier avait écrit un Contre Sainte-Beuve. Il plante une dérivation sur la syntaxe française jusqu’à ce point d’incandescence qui lui donnera la fluidité électrique que les arabesques de Proust, que les tours et détours de sa prose, que l’étirement infini du style Saint-Simon converti à la lumière des leçons de Flaubert, que l’observation clinique des passions humaines, que ce balancement subtil où le narrateur s’enfonce découvrant l’énigme du Temps et son travail de sape, son éternel travail de destruction qu’évoque si bien le spectacle des convives du dernier des bals des Guermantes, que la disparition des mondes et l’oubli des querelles, que ces visions fugitives où la sonate de Vinteuil accompagne aussi bien des jeunes filles enlacées que la déchéance de Charlus mené par Morel à l’abattoir, que toute cette toile sensible ne pouvait charrier, dans son tissage étouffant de forêt d’Île de France. Céline voulait tout emporter dans le grouillement et l’emportement des organes, dans le pourrissoir des chancres biologiques, dans la turgescence bousillant jusqu’à l’amour à portée de caniches, phrase d’un type qui n’a jamais aimé qu’à reculons.

 

Aussi Céline écrivait à son traducteur anglais, John Marks, « au tapin les amoureuses, c’est leur place à toutes et leur profonde vocation » ou « pas un jour sans bander deux fois ». Pour sa maîtresse judéo-viennoise, Cillie Ambor, il organisait, en guise d’au revoir, une soirée déshabillée, lui écrivant « le souvenir de vos cuisses me contente, je suis un sentimental ». Mais il connaissait ses destinataires et changeait donc la focale de son écriture selon ses partenaires épistoliers. Devant Léon Daudet, il assénait « je ne me réjouis que dans le grotesque aux confins de la mort ». Mais l’homme qui voulait le sexe dépassionné, dans la ligne du post-coïtum animal triste, celui qui s’ennuyait beaucoup à baiser par trop une fille rencontrée au hasard des vagabondages était à la recherche d’Eros.

Profitant de la traduction américaine du Voyage au bout de la nuit, il écuma Los Angeles en quête d’Elisabeth Craig qui lui ferma sa porte. Dès lors, il vivra avec Lucette Almanzor. Peut-être la jalousie est-elle le premier pas sur la voie de la raison. Elle apprend l’enquête, l’interprétation, la paranoïa. C’est en détruisant la vie d’un être aimé à coups de soupçons qu’on apprend l’art des indices qui est un art de penser, et parfois de penser à côté. Dès lors, l’amour est une maladie dont Céline se « remet » parce qu’elle lui apprend de nouvelles perspectives. Visiblement celle-ci était antisémite. Une nouvelle maladie commençait.

On dira que La Ferdine, comme il s’appelait lui-même, avec bien d’autres montmartrois, avait une conception de la vie qui échappe aux midinettes, aux héroïques, aux stoïciens des cafés-concerts, le poing bloqué sur une liasse car la vie selon Louis-Ferdinand dit Bardamu, dit Monsieur Destouches, dit le Chroniqueur était une longue suite de dépendances et de défaillances conjointes. Face aux chimères, face aux pouvoirs, face aux corps, la vie imposait dans toute sa cruauté une dissymétrie des relations entre éléments, une déchéance, une défaite imparable des consciences et des principes.

De là le procédé comique que Céline emprunte à Rabelais, procédé qui unit en une même parade passée à la mitraille d’une prose trois points la montre et sa défection, procédé qui culmine dans d’un château, l’autre :

Raumnitz en maître du château des Hohenzollern mais fessé à Paris ; Pétain l’incarnat, dernier roi de France, mais régnant sur un peuple de faméliques en bordure de Danube ; le couple des aubergistes allemands alliant un être cupide et une nymphomane sadique ; la troupe des 1142 fuyards lisant, éructant, se disputant, ouvrant leur boutique PPF chargée jusqu’à la gueule de mourants et de grabataires ; la gare où se consomment les idylles ventres vides entre soldats désemparés et femmes enceintes esseulées et fuyardes ou adolescentes en congé de société ; l’officier allemand débarquant dans l’officine de Céline avec une armada pour lui présenter sa prostate enflammée avec toucher rectal et rendez-vous ; Aïcha et son dogue nettoyant les couloirs d’une foule haletante de teneurs de gogues bouchés et de fous furieux, débarquant tous les curieux par la porte de la chambre 36.

Néanmoins, comme poète, car Céline est poète, le rhapsode présente sa prose comme une prosopopée d’où, après une centaine de pages de récriminations, cette vision d’une péniche à quai, la Publique, avec Caron, le promeneur du Styx, et dans le rôle du guichetier, Le Vigan en habit de gaucho sorti des pampas argentines de Juan Peron. Du côté des morts, Céline s’installe sur les nappes floues du passé, ramenant à lui les disparus d’une image et d’un trait comme ce Laval plus vrai que nature, en agent électoral compulsif et en blablateur égocentrique appelant le pauvre Bichelonne comme garant des faussetés qu’il profère.

Comme médecin, Destouches, le double de Céline, suit les vivants dans cet incessant ballet où la souffrance croise ses symptômes, maladie, naissance, advenue de la mort, folie. Car chez Céline, le temps c’est toujours celui de l’apocalypse, le dernier, celui de la décision. Il ne s’agit donc pas d’intégrer un quelconque style oral, populaire, argotique et je ne sais quel fantasme populiste en recherche de prix, de vraisemblance et de crudité mais de traiter l’Instant à son point d’ébullition dans le tremblé de sa venue qui échappe à la nécessité et partant à toute culpabilité.

L’Instant chez Céline c’est donc une Vision car tout poète comme le disait Rimbaud dans sa lettre est Voyant. Dès lors, tous les personnages de la chronique ont quelque chose de burlesque, saisis dans leurs mimiques, transportés dans une prosodie où l’usage de la répétition est constant comme un tenseur hachant l’arabesque grammatical. Céline parcourt les traits expressifs, il ne cherche pas la ronde des signes, il est celui qui se lance, aveugle, dans le flot monstrueux de l’Histoire, bistouri en main avec ses capsules de morphine et de cyanure, il est celui qui ricoche aux angles d’inanité du beau récit, de la belle langue car il tient le monde pour obscur et sans mystères, paysage dévasté des dieux et des morales, il l’annonce, je suis un mystique mais du néant.

Aussi s’il est un maître Eckhart nihiliste, il n’en reste pas moins un contempteur de la Rédemption parce que le nivellement est la pente fatale, parce que les hommes veulent porter beau mais qu’ils sont incroyablement lourds, lestés, du poids de leurs chausse-trappes.

Lui mène l’embarquement des femmes et des juifs dans une même exécration. Céline les a placés sur le pilori de la trahison de la Race car c’est par les flux, menstrues, sperme, merde, argent, sang que se vident, se corrompent et déchoient, ces langues et races fonds de teint dont Céline situe l’apogée quelque part dans le château de Blanchefleur, en compagnie de Gauvain et de Perceval, du temps des fables curiales où un dénommé Chrétien de Troyes composait en langue vulgaire pour une comtesse, pour une Dame, pour le plaisir.

Chauny dans l’Aisne

Trois articles dans Marianne, une manifestation antiraciste et antifasciste dans le style no pasaran de 2002, un post dans le blog des vigilants affiliés au Monde, Chauny, petite ville de 13 mille habitants devient l’observatoire en réduction d’une crise dont le scénario éternel oscille entre la marche sur Rome et les combats de rue berlinois des années trente. En gros des jeunes de 15-20 ans se fritent régulièrement autour de la gare routière et c’est le FASCISME qui s’invite en grand carnaval au prétexte que de méchants enfants de frontistes et quelques nationalistes décident de ne pas tendre l’autre joue à la jeunesse désoeuvrée composée pour partie de maghrébins qui pensent que la rue leur appartient de toute éternité et que l’insulte est un monopole dont ils doivent jouir contre tous.

Des tags nazis sur la mosquée locale ou la piscine répondent aux tchadors et hidjabs qui fleurissent, les à mort les arabes, mort au kebab et vive le jambon-beurre se fracassent sur la France on la baise et tu me suces ou je te baise, les bronzés et amis des bronzés en appellent au Collectif contre l’Islamophobie et à la République, les autres mobilisent l’appareil étique du Front National Picard et les effectifs squelettiques des identitaires, le tout se solde par des bagarres et des comparutions immédiates devant le tribunal de Laon.

Cette atmosphère de castagne hiératique est perçue comme un duel au soleil à coups de mortiers et d’AK 47, une jeune lycéenne en panique livre son diagnostic, « bientôt y aura des morts, ça finira mal mais moi je me casse, je m’en branle, je veux bronzer », les parents licenciés par Essex ou Nexans s’inquiètent de leurs progénitures et de leur futur de bonze intégré du grand marché mondial.

Cascade de mépris, fuite des responsabilités, on finit par inviter la gendarmerie à jouer le dernier rempart d’une autorité qui fuit de toutes parts, Chauny ressemble à la France des mauvais feuilletons, des notabilités qui blablatent, des journalistes qui pensent qu’une boutique de fringues et un responsable local du FN sont les foyers du Mal Radical, des jeunes effarés de se sentir au dernier stade larvaire où l’aube ne se lève jamais et qui préfèrent encore se draper dans un truc qui palpite, un blouson, un drapeau, un discours, n’importe quoi.

Nexans distributeur de tuyauterie en cuivre, qui prend d’une main ce que le Fonds Sarkozy de magouille industrielle lui octroie pour le refiler en dividendes à ses actionnaires en rayant de la carte le deuxième site de production de cuivre brut au monde, les amerloques de Supérior qui dealent aux coréens la société Essex et déménagent en Italie les machines, des édiles municipaux qui font dans la vidéo-surveillance, des autorités auto-proclamées du quartier la Résidence qui jouent SOS Victimes, Islam et République, des proviseurs qui font l’autruche, les « riches » locaux (150 assujettis à l’ISF) qui se barricadent dans leurs logis, des pauvres (la ½ de la population exemptée d’impôts) qui jouent aux pauvres, la mascarade impuissante de la CGT avec ses fausses bombes et ses palettes qui flambent devant l’usine désertée, des jeunes qui jouent Honneur et Patrie ou République et Transgression garantie en se déguisant en porteurs de flambeaux, la situation vire au comique troupier, elle peut tout aussi bien glisser vers le pathétique du dérapage, jusqu’à cette décision scolaire bouffonne qui interdit les blousons noirs dans les cours de récréation comme un signe d’hitlérisation avancée.

Chauny n’a rien d’une ville en proie au fascisme, juste un miroir aux alouettes où la gauche échange ses rêves de Résistance en drapé rouge contre un réel où le mépris des oligarques, la somme des rituels vides, l’impuissance des autorités, les attroupements par classe d’âge et l’horizon homogène de serviteurs de la grande machine à produire dessinent un paysage où la vraie vie n’est pas ailleurs mais dans le pas de côté.

Chevalerie (néo)

La néo-chevalerie ne peut exister comme telle puisque l’univers occidental ne cesse de s’étendre en vertu de son illimitation constitutive. Elle ne mène pas la guerre mais des opérations de police, elle totalise des budgets, des moyens, des technologies, des soldats, elle est une logistique pas une Civilisation. Si un Raymond Lulle post-moderne revenait sonder la croisade, sûr qu’il préconiserait, outre la puissance du feu concentré, l’usage du DJ, du burger, du vibro-masseur, du portable, de la « Play » et de la déconstruction post-féministe afin de détruire les positions des infidèles. Le rite d’adoubement d’un chevalier moderne, son passage obligé de l’homme obsolète à l’homo redivivus, c’est le délire sous coke et ce sens très particulier de l’humour et des rites dont des sous-officiers américains donnèrent un avant-goût dans le Torturodrome d’Abu Ghraïb. L’errance était le style de la chevalerie, un refus de s’établir, de se territorialiser, y compris en Terre Sainte, sur ce point nos chevaliers modernes, mercenaires ou soldats sous l’uniforme, ont repris la Tradition, les émoluments, la sécurité sociale et les procès en cas d’accidents mortels de travail, en plus.

L’échec permanent de la croisade en cours, son refus absolu de se tenir en guerre contre l’Islam voire sa prétention à régénérer la Oumma en séparant bons et mauvais musulmans selon les critères en cours de l’Empire du Rien, ont provoqué un transfert idéel des buts de guerre. On ne combat plus l’infidèle mais on défend l’opprimé, en lui apportant du haut des hélicos et à la sortie des chars, le B-A BA du développement et de la démocratie, de là que la condition de la femme soit l’alpha et l’omega de toute propagande et comme le critère de la réalisation empirique des idéaux fulminés.

Les troupes de l’Antéchrist étaient composés de vilains et d’usuriers, elles ont désormais pour chef suprême Ben Laden et ses suppôts salafistes et talibanesques, perdants radicaux et bouffons à détonateurs dont le combat de Tartuffe consiste à instaurer l’ordre islamique à la pointe des couteaux de sacrifice pour une mise de 70 vierges et une pension à vie pour la famille des martyrs. Quand Karzaï se pavane en angelot corrompu de la sainte démocratie onuesque, Ben Laden s’invite dans les élections des pays alliés, menaçant, massacrant par ci, par là des civils pris pour cibles comme autant de petits mécréants tyranniques. Dans ce cadre, on voit mal où se trouve le service inutile qui est le propre de toute chevalerie, ce service qui proclame la nécessité d’une hiérarchie sacrale dans un monde qui n’en a plus. La dégradation de l’Occident est telle, que ses soldats imitent et vénèrent des exemples passés conservés dans le formol des traités militaires, il n’a plus la force de l’épopée, il ne sait plus comment s’y prendre pour créer un ordre de l’honneur.

Le capitaine de Cointet voudrait bien que la chevalerie soit une présence, que l’Histoire ne soit pas une longue série d’anachronismes, le général Vincent Desportes défend aussi un idéal purgé de ses figures mythiques, fait d’intelligence lucide et de choix collectifs adéquats, mais l’Institution militaire est frappée à la racine, elle n’est ni chevalerie spirituelle, ni un groupe de réfractaires à l’ordre consumériste, juste un groupe de professionnels avec ses putes, ses campements et son matos dernier cri. Elle apprend sur le terrain l’usage des armes et les techniques de maintien de l’ordre voire celles de l’interrogatoire dirigé et de l’infiltration en milieu hostile. Elle s’y dote d’un savoir-faire toujours évaluable, chaque soldat y accroît son « employabilité », l’armée n’est plus extérieure à la société, une sorte de citadelle pétrie de traditions, elle est la continuation de l’Occident sans rivages. Dès lors, on voit mal ce que serait une chevalerie du Temple de l’Ordre du Rien, dépassant la théosophie actuelle qui se pare du nom de libéralisme, vers on ne sait quelle essence sacrale de l’Occident coincée entre une oraison au multiculturalisme et une autre envers les marchés auto-efficients.

La néo-chevalerie a son langage post-moderne « nous essayons de produire un espace opérationnel tel que ses frontières ne nous affectent pas. Certaines zones peuvent effectivement être envisagées comme des espaces striés en ceci qu’elles sont délimitées par des clôtures, des murs, des fossés, des barrages routiers, etc. Nous voulons nous affranchir de l’espace strié pour adopter une perspective lisse qui permet de se déplacer dans l’espace en traversant toutes les frontières et tous les obstacles ». Délaissant le renseignement, elle opte pour les opérations incitatives car « comme de toute façon la menace prolifère, ce que vous avez de mieux à faire est de stimuler.

 

Cioran et la fin

Catastrophe

En ce moment, je me pose le problème de la catastrophe : sur le plan historique et en soi. Je ne sais pas quelle forme elle prendra, mais je suis absolument convaincu que la catastrophe finale est inévitable et qu’elle n’a rien à voir avec le fait d’être civilisé ou barbare. Je crois aussi que dans cette période où nous vivons, la chute des civilisés sera très rapide.

Barbares

Il n’y a plus d’invasions barbares. Parce que les barbares s’insinuent. Déjà, Paris est en partie occupée par les barbares. Il y a une infiltration, c’est une autre forme d’invasion. Mais dont les conséquences seront identiques. C’est un processus qui aura des conséquences très graves. Il n’y a pas à discuter là-dessus. Prenez le métro à 10 heures du soir dans la direction de Clignancourt, surtout le vendredi, le samedi soir. C’est une autre humanité. Elle n’a plus rien à voir avec la France. La seule différence profonde c’est qu’avant les tribus étaient homogènes, tandis que maintenant c’est une sorte de population bariolée, de partout. Mais qui occupe, qui s’insinue et qui se manifeste ; ça commence, manifestations d’ouvriers étrangers, prières sur les trottoirs, érections de mosquées…Il y en quatre ou six millions selon les comptes…Et cela vient de tous les continents. Bientôt le français ne sera peut être pas minoritaire numériquement. Mais à Paris, il le sera.

Idéologies

On vit déjà la fin des idéologies ou plutôt c’est déjà arrivé. Parce qu’ici c’est une population fatiguée. Mais les idéologies gagnent l’Afrique comme elles gagnent l’Asie. N’oubliez pas que le Cambodge de Pol Pot était un produit de l’utopie parisienne ! Les cinq types qui ont fait leur œuvre ont étudié ici : ce sont des théories parisiennes ! Dans la tête de ces types ce que ça a donné

Islam

Son émergence n’a été possible qu’à cause de l’effacement des anciens empires européens, de ces anciennes civilisations chrétiennes. Ce qu’elles ont laissé : le vide. L’Islam aurait pu attendre encore des siècles. Mais, à partir du moment où l’Angleterre ne désire plus conquérir le moindre pays, la moindre île, le moindre coin du monde, et la France aussi, à partir du moment où ces pays se retirent, ces types se sont éveillés. C’étaient des peuples endormis, c’est là où réside la gravité de la chose, des peuples endormis qui se sont réveillés. L’Islam va jouer un très grand rôle. Parce que ces peuples ont accumulé de l’énergie. Parce qu’ils ne sont pas usés. Et qu’ensuite, ils se contentent d’être simplistes. C’est très important. Et cela aura d’énormes conséquences.

Occident

Que l’Amérique soit à genoux, que la France soit à genoux, et tout l’Occident devant des pays comme ça…C’est très important et très grave. Parce qu’ailleurs, les gens acceptent encore de souffrir alors qu’ici, plus personne ne s’y résout. Les occidentaux sont incapables de renoncer à quoi que ce soit, et de souffrir. Si l’Europe a encore une chance d’exister, c’est par l’est parce que ces types ont été comprimés par l’Histoire. Donc, ils ne l’ont pas vécu, et elle est toujours réservée à ceux qui ne l’ont pas vécue.

Hitler et la fin de l’Histoire

Tout ce que l’homme entreprend aboutit à l’opposé de ce qu’il a conçu. Donc toute histoire a un sens ironique. Ce que j’entends par fin de l’histoire c’est cet instant où l’homme aura réalisé exactement le contraire de ce qu’il a voulu, où il sera revenu à la normale des espèces, où il rejoindra le rang du règne animal en toute égalité avec les primates, ses frères.

Savez-vous pourquoi on parle tant d’Hitler ? Parce ce qu’il est un cas d’école et qu’il illustre cette thèse. C’est l’homme qui a réalisé point par point le contraire de ce qu’il voulait, la négation de tout son programme. C’est l’échec absolu. Et c’est pourquoi les gens s’intéressent tellement à lui. Hitler témoigne pour ce phénomène monstrueux de l’échec humain. C’est un type qui s’est proposé certaines choses qui étaient absurdes, démentes, tout ce qu’on voudra. Il a voulu les réaliser, il a accompli exactement le contraire. Il a échoué sur tous les plans.

Voyez son étoile jumelle, Staline, il a voulu instaurer le marxisme partout. Et plus la Russie est devenue puissante, plus le marxisme s’est vidé de tout contenu.

Cioran/BAM propos recueillis par Jean-François Duval et empruntés au n°8 de l’Imbécile

 

Collaboration économique en France (un ordre de grandeur)

Durant la seconde guerre mondiale, 1/3 du revenu national était ponctionné par l’Allemagne et, en 1943-1944, 42 % du revenu spécial de l’étranger, nécessaire à la poursuite de l’effort de guerre provenait de France qui a toujours été bonne fille. En 1941, il y avait 72 films allemands sur les écrans. Entre 1940 et 1944 alors que la France produit 225 titres, plus de 250 films germano-italiens déferlent sur les écrans. Le Président Krüger comme le Juif Süss, doublés en français, ont bien marché. Le jeune hitlérien (Quex) est diffusé par le RNP en direction de la jeunesse.

Colonel Russell Williams

Meurtres, viols et vidéos. Le colonel Russell Williams, 47 ans, ancien commandant de la plus grande base aérienne du Canada, a été reconnu coupable mardi de crimes sexuels dont les détails présentés par la cour ont horrifié le pays. Le militaire, par ailleurs cambrioleur et grand fétichiste des sous-vêtements féminins, avait plaidé coupable de 86 chefs d’accusation.

Nommé à la tête du 437e escadron de Trenton en 2007, il fut, auparavant, commandant du camp Mirage, une base secrète au Proche-Orient. Il pilota de longues années le CC-144 Challenger, l’avion utilisé par la reine d’Angleterre lorsqu’elle était en visite au Canada. « C’est très rare de voir quelqu’un mener ainsi une double vie aussi bien cloisonnée », ont noté les experts dans leurs rapports. Pourtant, Bernardo, reconnu coupable du meurtre de trois adolescentes commis avec la complicité de son ex-conjointe Karla Homolka, entretint des liens d’amitié avec Williams alors que les deux étudiaient l’économie dans la même université dans les années 1880 et obtinrent leurs diplômes la même année, à une époque où Williams se faisait appeler Sovka.

Dans les années 1980, les femmes de la région avoisinante du campus de Scarborough furent terrorisées à la suite d’une série de violentes agressions sexuelles qui culminèrent par la mise sur pied d’une unité spéciale de la police chargée de trouver le violeur de Scarborough, campus de l’Université de Toronto. Bernardo avoua être l’auteur de plusieurs de ces agressions et fut emprisonné pour le meurtre de Kristen French et Leslie Mahaffy. Après l’arrestation de Williams, lundi dernier, la police a annoncé qu’elle allait enquêter sur les dossiers non résolus de l’époque qui pourraient présenter des recoupements avec la vie du commandant de BFC Trenton.

Devant les enquêteurs, de façon « sèche et disciplinée », le colonel Russell Williams reconnut le meurtre de Jessica. Avant d’en avouer un autre, celui de la caporale Marie-France Comeau, trouvée sans vie à son domicile, toujours à Tweed, en novembre 2009. Williams, qui au mois de janvier dernier accueillait les cercueils des soldats canadiens morts en Afghanistan en même temps qu’il assurait la logistique de l’aide humanitaire déployée en Haïti à la suite du séisme, admettra aussi avoir violé deux femmes. Elles habitaient dans la rue de Tweed où le militaire et son épouse, mariés depuis dix-neuf ans, possédaient un pavillon.

Très vite, les enquêteurs ont établi que Williams utilisait toujours le même modus operandi : masqué, il attachait ses victimes, nues, à des chaises avec du ruban adhésif. Ensuite, il les couchait sur des draps ou des couvertures étalées sur le sol qu’il emportait avec lui une fois l’agression commise. Dans l’intervalle, ce passionné de photo « immortalisait » ses crimes. Et n’oubliait jamais de repartir du domicile de ses victimes avec, « en souvenir », leurs sous-vêtements.

Williams fut intercepté par les policiers à bord de son Nissan Pathfinder. C’est avec le sourire aux lèvres, mâchant de la gomme, que l’ex-commandant de la base militaire de Trenton s’est présenté devant l’enquêteur. Vêtu d’un polo bleu et d’une paire de jeans, Williams apparaissait détendu et même souriant à la caméra lors de l’interrogatoire mené par un détective de la police provinciale de l’Ontario. Dans la vidéo de la police, le colonel Russell déclinait l’offre des services d’un avocat, et éclatait de rire, ajoutant qu’il n’avait jamais vécu un interrogatoire. Au début de l’entretien, l’ex-commandant de la base de Trenton crut qu’il n’avait dû se présenter au poste de police que pour faire une déposition afin de l’excepter de la liste de suspects potentiels.

Mais plus l’interrogatoire avançait, plus l’accusé semblait comprendre que le piège des enquêteurs se refermait, implacable. Il apprit, notamment, que les traces des pneus de son véhicule ainsi que celles de ses bottes concordaient avec celles laissées près de la scène du meurtre de Jessica Lloyd. Confrontée à des preuves le reliant aux sordides agressions sexuelles et aux meurtres, l’ancienne étoile montante des Forces armées canadiennes passa aux aveux, plus de quatre heures après le début de l’interrogatoire.

Après avoir craqué, Russell Williams admit le viol et le meurtre de Jessica Lloyd et de la caporale Marie-France Comeau, puis détailla ses crimes. Il demanda au sergent détective de lui déployer une carte pour lui montrer où se trouvait le corps de Jessica Lloyd. Il admit s’être remémoré ses crimes sans jamais avoir pu savoir les ressorts qui l’avaient conduit à les commettre, ajoutant qu’il était « relativement certain que les réponses ne sont pas importantes ».

Lorsque le policier lui demanda comment il éprouvait sa geste criminelle, Williams répondit « je suis déçu ». Il n’avait aucun remords, mais s’inquiétait des conséquences dommageables de ses actes quant à la sérénité de sa femme. En larmes, il chercha désespérément à protéger la maison de son épouse contre une fouille policière. Visiblement inquiet à l’idée que la police mette tout sens dessus dessous afin de trouver des preuves, Williams indiqua à quel point sa femme était attachée à leur nouvelle résidence d’Ottawa.

Les magistrats ont ainsi expliqué que, après deux jours passés à subir les agressions sexuelles du colonel, Jessica Llyod, la bouche recouverte d’adhésif et décédée le 29 janvier 2010 par strangulation lui lança «si je meurs, pouvez-vous vous assurer que ma mère sait que je l’aime?», pendant que le colonel captait photos et images vidéo de son agression sexuelle avant de l’achever.

Les preuves déposées en cour par le parquet indiquent que Williams a observé Lloyd pour la première fois par une fenêtre de sous-sol alors qu’elle courait sur un tapis de jogging. Williams s’est introduit dans la résidence de Lloyd par la fenêtre de la cuisine, le soir du 27 janvier 2010, et l’a surpris dans sa chambre à coucher. Williams lui a attaché les mains dans le dos et prenait des images d’elle portant chaque fois moins de vêtements. La Couronne a mentionné que Lloyd coopérait complètement avec Williams. «Elle a vraiment fait tout en son pouvoir pour acquiescer aux demandes et éviter de frustrer son agresseur», a indiqué le procureur Lee Burgess, devant une salle de tribunal bouche bée.

Jessica Lloyd fut violée pendant plusieurs heures par Williams. Le militaire de 47 ans l’a tuée le lendemain à coup de lampe de poche et par étranglement avec une corde. Il s’est débarrassé du corps le long d’un chemin situé à l’extérieur de la municipalité de Tweed. Le lendemain, l’officier partait avec ses hommes pour un exercice en Californie.

Williams n’a rencontré Comeau qu’une seule fois avant son assassinat, alors qu’elle travaillait comme hôtesse de l’air sur un vol militaire. Mais en tant que son supérieur, il savait qu’elle vivait seule et quel était son horaire de travail. Plusieurs jours avant le meurtre, il entra par effraction dans sa maison et pris 18 clichés de lui-même, portant la lingerie de la jeune femme et se tenant à côté de son uniforme fraîchement repassé.

Le soir du 23 novembre 2009, il a quitta son bureau à la base militaire de Trenton dont il était commandant, gara sa voiture à proximité de la maison de Comeau et plaça sur écoute son téléphone, grâce à un instrument ultrasensible, propriété de l’armée du Canada. Par la suite, il pénétra dans le domicile par une fenêtre du sous-sol et maîtrisa la jeune femme après un combat acharné. Il la frappa, à plusieurs reprises, avec une torche, lui faisant presque perdre connaissance, la ligota et tira les rideaux sur toutes les fenêtres.

Pendant près de cinq heures, il prit en photo et filma l’agonie du caporal Comeau. Sur une vidéo diffusée par le tribunal mardi, on la voit, couverte de bleus et de sang, vidée de toutes ses forces, supplier son agresseur de l’épargner : « Ayez du cœur. J’ai été bonne toute ma vie. Je ne veux pas mourir. – La ferme ! » lui répondit, laconiquement, le haut gradé. Quelques minutes plus tard, il lui recouvrit le visage d’une bande collante, s’assit face à elle et l’observa dépérir, par asphyxie.

Après le meurtre, il lava ses draps avant de partir directement pour une réunion avec de hauts responsables militaires à Ottawa. Plus tard, il signa une lettre de condoléances adressée au nom de l’armée canadienne au père de sa victime, un homme ayant servi 45 ans sous les drapeaux. Le colonel sera finalement confondu par les traces laissées par son 4×4 près du domicile de cette femme, dont il était venu chercher la dépouille pour la jeter dans un champ voisin quelques jours après sa mort.

Le caractère particulièrement violent et pervers de ces agressions a terrifié le Canada. La presse a par ailleurs diffusé des photos du colonel Williams vêtu des seuls sous-vêtements féminins que l’homme a dérobé au cours de ses nombreux cambriolages fétichistes. D’autres images, montrant Russell Williams se masturbant en présence de jeunes femmes endormies, ont en revanche été censurées.

 

Le procureur de la Couronne, Lee Burgess, a indiqué jeudi que le ministère public n’allait pas requérir le statut de délinquant dangereux pour le colonel Williams car cela était superflu et ne ferait que prolonger la souffrance des familles. Russell Williams devra tout de même démontrer qu’il n’est plus un danger pour la société afin d’obtenir une libération conditionnelle à la fin de sa peine. Juste avant le prononcé des sentences, le colonel Williams s’est adressé au tribunal, expliquant, parfois en larmes, à quel point il regrettait ses gestes. Il a ajouté qu’il avait extrêmement honte de ses crimes et avec des trémolos dans la voix, il a indiqué qu’il regrettait profondément ce qu’il avait fait.

Le lieutenant général Deschamps a indiqué que bien que Williams se verra dépouillé de ses médailles, l’armée ne peut révoquer sa pension. Elle récupérera, par contre, le salaire versé à l’ancien commandant de la base aérienne de Trenton pendant sa détention préventive, une somme estimée à 12 000 $ par mois.

Corde (la)

Cinq hommes soupçonnés d’avoir participé à des soirées sadomasochistes homosexuelles au cours de laquelle un homme a été blessé ont été mis en examen pour « violences accompagnées d’actes de torture et de barbarie ». Ils ont été écroués, a-t-on appris vendredi de source proche de l’enquête. L’enquête a démarré à la suite d’un dépôt de plainte d’un homme de 49 ans au début du mois de février. Ce dernier a révélé avoir été blessé à l’occasion d’une soirée « sado-maso » organisée dans son appartement du XXe arrondissement qui a dégénéré. Six personnes ont ensuite été interpellées par les enquêteurs du Deuxième district de police judiciaire (DPJ) et placées en garde à vue. Il faut dire que les faits décrits par la victime sont à la limite du supportable. Lorsque cet homme de 49 ans a franchi la porte du commissariat, son corps était presque entièrement mutilé. Des hématomes, des traces de brûlures, la peau cisaillée à coups de cutter… Les enquêteurs, qui se sont procurés des photos prises dans l’appartement où avait lieu cette soirée, évoquent des jeux sexuels sado-masos ultra-violents, mais surtout un degré inouï de cruauté et de perversité. Parmi les personnes déférées au parquet figurent un médecin militaire, colonel dans l’armée française, un gestionnaire de patrimoine, un psychanalyste et un commercial. En garde-à-vue, les accusés ont minimisé les faits en expliquant laborieusement que la victime était totalement consentante.

RTL/ AP / Le Télégramme

Croissant fertile et Croix gammée

Croissant fertile et Croix gammée est un ouvrage de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann traduit de l’allemand en français par les soins des éditions Verdier. C’est le seul livre de la sphère francophone qui traite, de manière globale et dans le détail, des relations entre le IIIème Reich, les juifs, les arabes et la Palestine de 1933 à 1945.

La thèse est simple : les arabes ne sont pas extérieurs à l’entreprise de destruction du judaïsme menée par les nazis, ils y furent non seulement réceptifs mais certains de leurs dirigeants (le palestinien Hadj Amin Husseini et l’irakien Al Gailani essentiellement) y contribuèrent de manière enthousiaste. En revanche, les auteurs restent pour le moins flou sur les accointances entre nazisme et Islam, suspendant leur jugement tout en démontrant que l’antisémitisme fut la composante essentielle de cette alliance.

Néanmoins la thèse du livre est à la fois fragile et simpliste.

En effet, Hitler soucieux de la neutralité britannique dans les années 1930 n’a jamais encouragé que par des paroles le nationalisme arabe qu’il soit palestinien, irakien ou égyptien. Aucun envoi d’armes, quelques maigres subsides, de vagues contacts, c’est le bilan de la coopération entre nazis et dirigeants arabes au cours de ces années qui virent l’insurrection palestinienne gagner l’ensemble du territoire mandataire.

A cela s’ajoute l’incapacité chronique des mêmes arabes à mener une guerre moderne. Les auteurs ont beau insister sur la stratégie terroriste des chefs arabes et sur la popularité d’Hitler parmi le commun, on constate un archaïsme persistant : les chefs de bande claniques ressemblent assez aux capitaines des compagnies du temps de la guerre de cent ans, assassinats, cruautés diverses, appel au djihad, extorsion de fonds, liquidation des traîtres, ancrage dans un territoire c’est là leur mode de combat.

Du côté de la rue l’attente apocalyptique suscite l’image d’un Hitler en Mahdi ou en Issa de fin du monde chargé de liquider avant la conversion finale de tous sur le dôme du Rocher le dernier roi maudit des juifs. Cüppers et Mallmann ont beau signalé des pogroms par ci par là, rien qui ne ressemble à l’entreprise sauvage et calculée des gardes de fer roumains.

Les arabes semblent empêtrer dans le cul de sac de l’Histoire, coincés dans un féodalisme de bazar. Ailleurs, les divisions SS levées durant la guerre sur les territoires musulmans occupés ressemblent bien aux écorcheurs mais se débandent, sont anéanties ou se mutinent dès qu’il est question de mener une guerre hors des frontière du pays natal ou d’affronter le feu anglais ou soviétique. Al Husseini joue au calife entre le Reich et l’Italie, tient le micro, signe des affiches, appelle à l’insurrection contre la juiverie, rien ne vient, aussi la Ligue arabe lui confirmera sa confiance en 1945, car pour les arabes ce n’est pas la stratégie perdante qui compte mais l’honneur du clan et des aristocraties groupées en rang serré dans la ceinture de leurs privilèges immémoriaux.

Ibn Khaldun avait bien vu, celui qui gagne place toute sa parentèle, esclaves compris, aux postes de commande, la corruption et le népotisme règnent, la myopie propulse sur le devant de la scène publique une fierté d’outre-tombe comme une lanterne magique un soir de fête, la pensée s’exténue.

Il faut reconnaître aux deux auteurs un travail de fourmi qui permet de mettre en lumière les projets de liquidation des juifs de Palestine et de ceux d’Egypte et de Tunisie dont le modus operandi fut confié au commando Walther Rauff.

On découvre des hommes formés dans les einsatzgruppen agissant sur les arrières de la Wehrmacht en Pologne ou en URSS. Ce sont des techniciens qui connaissent la valeur des auxiliaires dans la chasse aux juifs mais se réservent le back office comme on dit aujourd’hui. Témoignages vivants de cette ère du manager prédite par James Burnham, ces hommes auront pour la plupart, dans l’après-guerre, une carrière de chefs d’entreprise, de cadres commerciaux, de juristes, de commissaires de police aux compétences supérieures et aux parcours sans failles. On en déduit que la défaillance morale du nazisme est moins due à la nature perverse de ses membres qu’à la situation de guerre totale imposée par les nazis. L’orage fini, Walther Rauff qui se vantait auprès du chef de la communauté des juifs tunisiens d’avoir assassiné ses coreligionnaires en Ukraine sera un chef d’entreprise paisible dans le Chili d’Allende puis de Pinochet. Ce genre de dissociation, un Hadj Amin Husseini en est incapable, il haïssait les juifs en 1921, il les hait toujours à la veille de sa mort en 1974.

Le mélange détonnant de grotesque et de cruauté, de haine et d’affabilité, de bêtise et de grandiloquence propre au dirigeant palestinien était incapable d’atteindre la modestie glaciale dans le crime d’un Walther Rauff qui lui aurait permis d’écrire sur son CV pour les années 1942-1943 : chef d’un einsatzcommando à Athènes chargé de la destruction des juifs d’Egypte et de Palestine, puis chef du même commando en Tunisie où il ne put mener sa tâche à sa conclusion faute de temps et de ressources.

Croix gammée (itinéraire tortueux de la ) :

En août 1933, Theodor Lessing, un intellectuel juif allemand que Freud désigna comme le paradigme de la haine de soi juive, était assassiné, à Marienbad, par un groupe d’austro-nazis qui accomplissaient un vieux règlement de comptes interne au cercle de Stefan George. En effet, Theodor Lessing fut, dans sa jeunesse, l’ami de Ludwig Klages, avant que ce dernier ne le chasse de son domicile au prétexte qu’il n’était qu’un juif répugnant et poisseux.

 

Entre temps, le futur aspirant au führership de la philosophie nazie dans les premiers temps du régime hitlérien, avait rencontré Alfred Schuler, qu’il désignera comme le dernier des païens. Klages avait fondé avec ce dernier, à Munich, le cénacle cosmique (Kosmiche Runde) avec Wolfskehl, un juif assimilé. Le groupe pratiquait la magie noire et voulait impliquer dans l’entreprise l’Empereur de l’Allemagne secrète, Stefan George, qui leur préférait la bière et les saucisses blanches.

 

Klages voyait dans le paganisme, « la foi en la réalité extra-individuelle de la flamme ardente de l’instant », et il opposait au païen, le juif, désigné comme le vampire de l’Humanité car destiné à dérober le butin le plus précieux qui se puisse faire sans pouvoir l’ajuster en un Tout. Toutefois, Klages et Schuler n’étaient pas des gnostiques chrétiens. Aussi, leur hostilité commune au judaïsme et au christianisme en font des précurseurs méconnus d’Antonin Artaud. Tous trois ne haïssent pas les juifs parce que ceux-ci ont crucifié Jésus-Christ mais parce qu’ils l’ont engendré. La différence entre Schuler/Klages et Artaud c’est que les premiers sont aryanophiles quand le second préfère les indiens Tarahumaras.

 

Alfred Schuler, bien qu’il ait peu écrit, est l’homme le plus important de ce trio. Mort en 1923, il a marqué toute une génération de littérateurs et de poètes de langue allemande. On trouve des traits de cet homme dans le Naphta de la Montagne Magique rédigé par Thomas Mann, mais aussi dans la dernière des élégies de Rainer Maria Rilke saturée de mythologie égyptienne. Schuler inventa un bestiaire où le juif se figurait en martre ou en belette, voulut revenir au sacrifice au prétexte que l’arène de sable est le sein maternel fécondé par le sperme né du sang. Cet homme qui vivait entre son chat et sa mère, avait en horreur la sexualité et l’engendrement. Dans ses textes on trouve réunis en faisceau, la théorie romantique du matriarcat comme âge d’or, qui vient de Bachofen, la vision gnostique de la sphère lumineuse du Bien, enfin le scénario de la destruction de l’Un-originaire (la cellule-swastika) par Juda. La croix s’oppose à la swastika car la crucifixion contraint à l’immobilité la roue de la vie alimentée par des sacrifices constants. Pour entendre Schuler, un détour par ce poème est nécessaire :

 

Au zénith de l’azur nous voyons la pourpre

Tétons de femme et lolos,

Omphalos turgescent.

Dans la trame écarlate des bandelettes

Le phallus doré gonfle et s’emplit

 

Ni homme ni femme.

Engendrer, concevoir est tout-un.

Ce qui n’engendre jamais engendre la lumière

Dans le noyau de la profondeur l’Un luit.

Venant de lui

La vie s’enroule en spirales d’or.

En cercles toujours plus larges tourne la swatiska.

Plus faible chaque fois que plus loin.

Plus froide chaque fois que plus loin.

Somma et halo de lune, son flux ne s’écoule plus

 

 

Dès 1895, la croix gammée orne chacune de ses lettres, comme elle ornera chacune des publications du cercle de Stefan George. Si ce dernier refuse de se séparer, entre 1902 et 1905, de ses amis juifs qui écrivent dans les Blätter für die Kunst, ces deux là sont issus du d’un substrat commun et partagent une même conception du retrait. Stefan George opère une séparation des pouvoirs charismatiques ( celui du poète / celui du souverain). Néanmoins, la morphologie de leur présence au monde est la même. Le souverain et le poète ont le Bund, l’alliance, mais aussi le Ring, l’anneau, ou le Kreis, le cercle. Le Bund est le creuset de toute autorité authentique car il lie la consécration de la valeur des individus et de leur ministère à l’exercice d’une même discipline aristocratique. C’est une initiation qu’anime le geistige Führung (le commandement par l’esprit). Schuler y ajoutait un trait. Chez lui, les élus sont les porteurs du flamboiement du sang appelés à régénérer le monde, ils s’inscrivent dans une lignée raciale nécessaire à toute vision intuitive. La Schau de Stefan George est, dès lors, aryanisée, par son disciple antisémite.

 

La swastika n’a pas été inventée par Schuler ou reprise d’un pèlerinage en Inde. Outre que je l’ai vue figurée sur un tesson datant de plusieurs millénaires du musée d’Agen, elle figurait, stylisée, sur le portail du séminaire de Lambach où séjournèrent Adolf Hitler et Heinrich Himmler. On ne sait si les armes de l’abbé Theodoric Hagen ont marqué Adolf Hitler, mais celui-ci évoquera les « somptueuses cérémonies de l’Eglise ». Puis les diverses sectes völksich s’en emparent. Ainsi Hans Liebenfels, fondateur de la revue Ostara, avait hissé, en 1907, le drapeau à croix gammée sur les tours du château de Werenstein, sis dans la vallée du Danube. Bénédictin défroqué, son ordre des Templiers attira Strindberg et Lord Kitchener, le célèbre général britannique quelque peu pédophile. Nouveau Marcion, Liebensfels réarme la figure d’un Christ déjudaïsé, d’un Christ aryen. Où l’on voit que la swastika s’il est un symbole antisémite n’en conjoint pas moins les courants chrétiens-allemand, païen et gnostique qui ne cesseront de se disputer la première place au sein du mouvement « national », c’est-à-dire völkisch. De marginal, ce courant en vient à occuper le centre de la scène politique allemande au cours de la première guerre mondiale.

 

Aussi, en 1916, le Grand Etat-major allemand qui édite un pot-pourri des œuvres de Houston Stewart Chamberlain à 7 millions d’exemplaires sous le titre de catéchisme pangermaniste, reprend non seulement une vision du monde  où l’homme du Nord s’oppose à l’Orient sémite mais recense les juifs sous les drapeaux. On trace donc une séparation entre camarades de combat et cette séparation deviendra un mur avec l’avènement d’un style radical dans la politique allemande. Ce style se repère facilement : il entend porter à l’absolu certaines valeurs, construire des alternatives contraignantes et réduire la complexité à des éléments univoques. Il crée la figure de l’ennemi que Carl Schmitt déterminera comme le critère quasi-ontologique du politique. Que cet ennemi soit fantasmatique importe peu, il faut qu’il soit. On retrouve donc la Croix gammée sur les brassards des troupes cosaques du Balticum commandées par le général von Goltz, mais aussi sur les blindés de la brigade Ehrhard lors du putsch manqué de Kapp en mars 1920.

 

Klages et Alfred Schuler sont des familiers du salon d’Elsa Cantacuzène-Bruckmann. Ils lui confient, à l’instar de Chamberlain, l’édition de leurs écrits, tandis qu’Hitler et Rosenberg se servent d’elle comme d’un pass pour accéder à la mondanité munichoise. C’est dans ce salon que Rilke sera bouleversé par une conférence de Schuler. Si on ne sait rien des relations entre Schuler et Adolf Hitler, les deux hommes avaient comme connaissance commune le médecin et thaumaturge Wilhelm Zaiss, un anthroposophe, dont la famille a détruit la correspondance avec le futur guide de l’Allemagne. Les seules choses qui soient certaines et certifient le cheminement parallèle des disciples dissidents du cercle de Stefan George et du NSDAP concernent la manière dont la croix gammée fut introduite dans le parti nazi et la proximité de Ludwig Klages avec les nazis. On sait que c’est un membre de la Thule Gesellschaft, sans doute Alfred Rosenberg, qui introduit au sein du NDSAP, la Hakenkrutz, ce signe éternel de la race selon le même Rosenberg. Ce qui ne l’empêchait nullement d’avoir une maîtresse juive et d’avoir obtenu la nationalité allemande à coups de fausses déclarations. Les liens d’Adolf Hitler avec cette société secrète sont tels que tous les membres de celle-ci formeront une catégorie d’intouchables dans l’entourage du Führer. En janvier 1923, Ludwig Klages offre 2200 Reichsmarks au Völkischer Beobachter puis, sollicité par Rosenberg, collabore au même journal, à partir de mars 1931. Professeur à l’Université de Berlin, protégé de Baldur von Schirach, le chef de la jeunesse hitlérienne, Klages entre 1933 et 1938, incarne le pôle païen du IIIème Reich. Cioran qui félicite Hitler d’avoir ravi l’esprit critique de toute une nation, assiste alors à ses cours. A son frère Aurel, un membre de la garde de fer, il écrit « l’action comme fin en soi représente le seul moyen de se réintégrer dans la vie ». Ce qu’il voit dans le nazisme : le culte de l’irrationnel, l’exaltation de la vitalité, l’expansion virile de de la force. Très imprégné par l’enseignement de Ludwig Klages, il oppose deux pôles : d’un côté, le caractère originaire des valeurs vitales, l’âme, de l’autre, le caractère dérivé et inconstant des valeurs spirituelles, l’esprit. De ce détour hitlérien, Cioran conclut « cela ne me semble pas constituer un crime que de détruire l’existence d’individus en qui la volonté de puissance ne peut trouver aucune satisfaction ». Encore et toujours le sacrifice, Cioran avait alors trouvé le chemin vers Alfred Schuler.

Darnand Joseph (une anecdote sur)

Le père Bruckberger aimait la guerre, et il l’a faite dangereusement et passionnément en 1939-1940, avec deux camarades. Il se créa entre les trois hommes une profonde amitié. L’un des trois mousquetaires fut tué alors. L’autre était tout simplement Darnand, le chef de la Milice. Après la défaite, le père Bruckberger se lança dans la Résistance. Il fut bientôt découvert et arrêté par les allemands. Cependant, il ne resta pas en prison et fut libéré au bout de quelques mois. Après la guerre, les américains arrêtèrent Darnand, les armes à la main, en Italie et le livrèrent aux autorités françaises. Il fut jugé et condamné à mort. Le père Bruckberger l’assista et passa avec lui les derniers jours qui lui restaient à vivre et l’accompagna au peloton d’exécution. Or, c’est seulement plus tard, bien après l’exécution, que le père Bruckberger apprit par la veuve de leur ancien compagnon d’armes à tous les deux que c’était Darnand qui l’avait fait libérer, et par conséquent l’avait sauvé du camp de concentration où il risquait de rester. Dans les heures pathétiques de leurs derniers entretiens, Darnand avait gardé son secret.

Delle Chiaie Stefano

Du 3 au 5 mai 1965, un colloque se tient sur la « guerre révolutionnaire » à l’hôtel Parco dei Principi, à Rome. Le commanditaire en est l’Institut Albert-Pollio financé par le SIFAR (les services secrets italiens). Stefano Delle Chiaie, alors étudiant y assiste. En avril 1968, il se rend en Grèce lors d’un voyage où fraternisent jeunes fascistes grecs et transalpins. En effet, Delle Chiaie appartient à la deuxième génération du fascisme italien d’après-guerre, celle des déçus du MSI regroupés dans Ordine Nuovo (fondé par un disciple d’Evola, Pino Rauti) et Avanguarda Nazionale. Delle Chiaie choisit, après un passage dans les rangs d’ON de fonder l’Avanguardia Nazionale. Néanmoins, les véritables penseurs du néo-fascisme siègent dans les rangs d’Ordine Nuovo et ont pour fédérateurs la figure et les traités d’Evola.

Homme d’action, Delle Chiaie est inculpé pour sa participation présumée à l’attentat de la piazza Fontana à Milan, le 12 décembre 1969 (désormais attribué à des militants d’Ordine Nuovo dont Freda et Ventura) et est lié au vrai-faux putsch du 7-8 décembre 1970, où il occupe, avec un commando, les locaux du ministère de l’Intérieur. On le retrouve en Espagne auprès Des guérilleros du Christ-Roi. Or, à partir de 1975-1976, en Italie, mais aussi ailleurs, les terrorismes de droite (avec une liaison clandestine entre membres d’Ordine nuovo et de l’Avanguardia) comme de gauche (avec les Brigades rouges), convergent dans un même combat contre l’Etat.

Quex, l’organe de liaison des radicaux de droite internés, le présente ainsi « l’essence de l’action légionnaire doit se trouver dans le double concept de petite/grande guerre. Il faudra établir quel type d’action convient à la petite et à la grande guerre sainte » mais la modalité sacrée de cette guerre vient d’Evola pour qui « lorsque le guerrier est capable de combattre avec une parfaite pureté, il brise ses chaînes humaines et évoque le divin comme force métaphysique ».

Très tôt Della Chiaie et son organisation, Avanguardia Nazionale, sont en liaison avec un agent de la DINA chilienne chargé des assassinats d’opposants à l’étranger, Michael Townley, ancien membre du groupe Patrie et Liberté et proche de Spaggiari. Le même Spaggiari est en contact avec Delle Chiaie à qui il prête 40 mille dollars.

Selon Vinciguerra, militant d’Avanguardia Nazionale, c’est leur groupe qui aurait eu la charge de l’attentat contre Bernardo Leighton Guzman (démocrate-chrétien partisan de l’alliance avec Allende) en octobre 1975, ce que récuse Delle Chiaie. Reste que le Chili servait de base arrière à certains militants radicaux italiens après les premières arrestations, en Italie, consécutives aux attentats des années 1975-1976. En 1977, le même groupe gagne l’Argentine.

En effet, Della Chiaie connaissait parfaitement Lopez Rega, mage d’Isabel Peron, versé en sciences occultes et ministre du Bien-Être social durant le retour du dictateur pro-nazi converti à la Révolution anti-impérialiste, entre 1973 et 1976. C’est Lopez-Rega qui coordonna la campagne contre-terroriste de l’organisation secrète baptisée Triple A avec l’assistance technique d’anciens de l’OAS tels que Ralph Guérin-Sérac qui exerce une véritable fascination sur nombre de militants d’Avanguardia Nazionale. Lopez-Rega met au point la stratégie des disparitions des membres présumés des Montoneros (péronistes de gauche, partisans de la lutte armée) ou de l’ERP (groupe guévariste). C’est donc un des hommes qui prépare le terrain au coup d’Etat militaire de 1976.

On retrouve la trace de Della Chiaie en Bolivie, où il participe au putsch de la cocaïne du 17 juillet 1980 et fonde avec Barbie le Service Spécial de Sécurité. Depuis, la plus grande partie de son activité consiste à louvoyer entre divers procès afin d’éviter l’internement.

Dingaullisme : Néologisme créé par Céline et repris par le Parizer Zeitung le 24 janvier 1942 sous le terme allemand de dingaullismus.

Drieu la Rochelle (Pierre) :

Drieu se voulait le dernier rejeton d’une famille de soldats de l’Empire entrée dans le déclin. A la vérité, il était le fils d’un failli, ruiné par le Krach de l’Union Générale. Né, en 1893, parmi les cohortes de futurs décimés de la grande guerre, il avait découvert, au milieu du massacre, la voie étroite de la poésie. Dans la comédie de Charleroi, il écrivait : « au fond j’avais senti autour de moi l’accablement de toute cette médiocrité qui fut le plus grand supplice de la guerre » mais c’est chez Gallimard, entouré de femmes, qu’il déposa une plaquette qu’avait défendue, Léon-Paul Fargue. C’était déjà un premier quiproquo. Le second vint quand celui qui se voulait homme d’action s’était fait rentier en épousant Colette Jéramec qu’il sauvera de la déportation en d’autres circonstances.

 

De l’école libre des sciences politiques, il était sorti avec un échec. Ecrire ne fut pas un moyen de continuer à ne rien faire, c’était le sismographe où Drieu voulait témoigner pour ses amis, pour les jeunes hommes, pour ceux qui ont combattu, pour ceux qui sont morts, pour le juif qui tirait derrière le tas de briques et donnait bien son sang à la patrie. Avant d’aimer les putes et les juives, Drieu avait connu l’hécatombe et les amis aux corps troués et démembrés, les virilités qu’on tranche d’un shrapnel et les vies qui n’en sont plus. Il était déjà européiste et tendait la main à l’Allemagne mais ne savait pas bien où faufiler sa fatigue d’être dans les trames du surréalisme. Il avait beau entraîner Louis Aragon dans le salon mauresque des Belles Poules, il publia en 1924 une lettre de rupture avec la secte de Breton. De leurs rencontres, il restera des parfums d’Aragon dans Gilles et des tessitures de Drieu dans Aurélien.

C’est dans le salon de Daniel Halévy qui dirigeait la collection les cahiers verts aux éditions Grasset qu’il avait publié Mesure de la France. C’est autour de l’amphitryon qu’il rencontra Malraux et qu’une amitié inexpugnable se fit entre les deux êtres. Il parcourait la vie en dansant sur un volcan éteint, brûlant une femme après l’autre ou plutôt, une idée après une femme, et une femme après une idée. Des volutes, il tira le Feu Follet en 1931 où il réussit à la perfection ce portrait d’un homme pour qui l’existence est de l’autre côté du miroir. Et puis, beaucoup plus entraînant, comme une cavalcade sur la mort à venir, drôle de voyage qui peut se résumer par cette incise « mon Dieu, comme je suis séduisant à ma façon, malheureux (mais le bonheur brille dans mes yeux), intelligent, faible (mais fort, si vous cherchez bien), inconstant mais désireux de me fixer, tout occupé par l’amour (ça ma chère vous n’en trouverez plus beaucoup des hommes qui s’intéressent à l’amour). Aimé et mal aimé, ô femmes qui passez, tentez votre chance avec moi ». Dans les faits, Drieu ne la tentait sa chance qu’avec des femmes du monde, Victoria Ocampo ou Christiane Renault. Il était snob mais d’un snobisme qu’il vivait comme une tunique de Nessus.

Son drôle de voyage dans le brouillard l’emmena à Berlin où il tira la substance de son socialisme fasciste, une sorte de politique du corps qui masque l’issue finale : une mort en solitaire, sans femmes, sans amis et sans rien qu’un ciel parisien de printemps. « Je méprisais à jamais l’esprit étroit des droites, le contraste entre leur chaleur patriote et leur froideur sociale, mais j’appréciais la vague aspiration qu’elles gardent pour la tenue. Je méprisais le débraillé des gauches, leur méfiance devant toute fierté du corps et pourtant je goûtais leur amertume ». Entre dandysme et dégoût, le destin était tout tracé.

Drieu collabora au Flambeau des Croix de feu puis à l’Emancipation Nationale de Doriot, il était fasciste en pantoufles, membre fondateur du Comité France-Allemagne, déjà très introduit au sein de la maison Worms qui finançait alors la formule PPF pour abattre le Front Populaire. Dans le fascisme, Drieu chercha le levier pour balayer ceux qui avaient envoyé ses amis à l’abattoir pour que la France soit cette nation-femme que les puissances totalitaires courtisaient avant de passer à l’assaut brutal.

Il fut de toutes les pétitions pour Mussolini, Franco ou Hitler avant de revenir à un patriotisme de façade, en 1939. S’il n’éprouva pas cette jubilation infantile devant la déroute qui fut celle de Lucien Rebatet, il écrit, néanmoins, dans son journal : « quant à la NRF, elle va ramper à mes pieds. Cet amas de juifs, de pédérastes, de surréalistes timides va se gondoler misérablement. Paulhan, privé de son Benda, va filer le long des murs, la queue entre les jambes ». Ce qui ne l’empêchera pas de sauver Paulhan en mai 1941 en allant le tirer de sa prison. De même qu’il protégea Aragon, Malraux, Sartre et publia le poète communiste Eugène Guillevic. Pour le remercier, Sartre, avant d’en faire le paradigme des porteurs de la haine de soi, de ces pédés refoulés entrés dans la collaboration pour sentir la cravache des allemands sur leur derrière, le décrit en ses termes, « c’est un long type triste au crâne énorme et bosselé, avec un visage fané de jeune homme qui n’a pas su vieillir. Il a, comme Montherlant, fait la guerre pour rire en 1914. Pour finir il revint parmi les femmes et s’ennuya davantage encore ». Mais Jean-Paul Sartre était possédé par une pulsion inquisitrice.

Voulant anéantir la droite intellectuelle, il écrivait, en décembre 1945, « ils savent que leurs discours sont légers, contestables ; mais ils s’en amusent, c’est leur adversaire qui a le droit d’user sérieusement des mots puisqu’il croit aux mots ; eux, ils ont le droit de jouer. Ils aiment même à jouer avec le discours car, en donnant des raisons bouffonnes, ils jettent le discrédit sur le sérieux de leur interlocuteur ; ils sont de mauvaise foi avec délices, car il s’agit pour eux, non pas de persuader par de bons arguments, mais d’intimider ou de désorienter ». C’est la définition la plus proche qui soit du crime de blasphème selon l’Eglise progressiste.

L’intellectuel de gauche est un clerc, un prêtre en soutane de l’Epuration et de la Révolution, un homme dont la confiance va aux mots comme d’autres croient en l’argent et en son Dieu protecteur. L’adversaire de la gauche n’est donc pas seulement un hérétique mais une créature de Satan, du moins du Satan social. Et comme toute créature diabolique, comme tout sorcier, il désoriente par le rire, l’obscénité, la séduction et le jeu, il claudique au sein de l’Eglise, il mérite cent fois les douze balles dans la peau, si bien que le silence est son plus beau costume. Dès lors, le paysage littéraire est un vaste cimetière de noms jamais prononcés et d’œuvres méprisées. C’est le contrepoint parfait de l’organon scolaire et des classiques.

Entre la défaite et la fin de l’année 1941, contrairement à ce qu’il prétendra en 1943 alors que la catastrophe est consommée, Drieu sait qu’il est un des hommes les plus puissants de France et il en jouit. Il est en contact avec Vichy, Gallimard, Abetz et Heller. Il est un habitué de la rue Tronchet où les affidés de Worms et ses protégés conçoivent l’avenir de la collaboration franco-allemande, dessein qui sera officiel lors de l’ère Darlan. Gide hésite à lui confier un écrit d’importance avant de se raviser mais la NRF n’est pas tout à fait la revue atone qu’on décrit aujourd’hui.

Dès le printemps 1942 qui signe le retour de Laval au pouvoir, sa position redevient marginale, celle d’un intellectuel qu’on punaise sur un journal ou sur une estrade.

Un pauvre gibier de meetings ou de causeries. Comme il avait rayé ses amis juifs de son carnet d’adresses, pour complaire à l’antisémitisme nazi, il commence à se dire que le sens de l’Histoire le pousse vers le communisme mais que les FTP auront beau jeu de lui destiner les douze balles dans la peau des traîtres. Il sait que la situation est sans issue, le fossé de haine tracé, mais Drieu ne veut pas fuir, il mourra sur place, à l’instar de ses chats qui s’en vont dans un coin crever en silence.

En octobre 1943, il choisit Malraux comme exécuteur testamentaire. Le 12 août 1944, il fait une première tentative de suicide alors qu’Heller lui avait établi un passeport pour fuir en Espagne ou en Suisse. Une deuxième viendra, une troisième sera la bonne. Il bénéficie de protections mais c’est un cadavre en sursis qui attend le dénouement. En mars 1945, tout est consommé. Drieu donne par son acte quelque densité à ce qui paraît, au premier abord, un parcours de dilettante.  Mais Drieu n’a jamais abandonné l’idée de refaire l’Europe quitte à s’allier avec Hitler qu’il prenait pour un génie parce qu’il volait de victoires en victoires jusqu’à ce que le marécage russe n’engloutisse son armée. Il n’avait pas vu que c’était la France qu’il fallait refaire mais cette France lui faisait horreur, physiquement horreur, il en avait le dégoût. Et ce dégoût ne l’avait pas seulement aveuglé, il l’avait rendu impuissant et comme atteint d’une asthénie. A 50 ans, Drieu était un homme fini qui ne voulait laisser à personne le choix du clap de fin.

Drumont Edouard et les Protocoles des sages de Sion

Les Protocoles des sages de Sion furent publiés pour la première fois en Russie, en 1903, mais ne connurent leur véritable succès qu’après la Révolution bolchévique.

Ils furent traduits en allemand en 1919 et cités comme un document digne de foi par le Times en 1920, avant qu’un correspondant du journal à Istanbul, Philip Graves, ne démontrât en trois articles qu’il s’agissait d’un faux. Cela n’eut aucune importance et Mgr Jouin, héritier d’une longue tradition d’accréditation des faux dans le monde catholique, proclama : « peu importe que les protocoles soient authentiques ; il suffit qu’ils soient vrais ».

Aussi le nonce berlinois Orsenigo pouvait écrire en écho aux lois raciales de Nuremberg édictées par Adolf Hitler en 1935, « j’ignore si le bolchévisme russe est l’œuvre exclusive des juifs », leur attribuant un rôle moteur dans ce qui était considéré par le Vatican comme une machination, une entière perversion de l’Humanité opposée à l’entière élévation de celle-ci contenue dans les dogmes défendus par la papauté.

L’encyclique Divini Redemptoris du 19 mars 1937 en tira cette conclusion lapidaire, « tout l’enseignement social du communisme est incompatible avec le véritable Christ ; le communisme et le christianisme sont déclarés contradictoires et inconciliables : nul ne peut être, tout à la fois, catholique vertueux et communiste sincère ».

Toutefois, le premier véritable analyste des Protocoles fut un membre des services de renseignement français, Henri Rollin. Le même fut de septembre 1941 à avril 1942, directeur général de la police de Darlan. C’est lui qui organisa la rencontre entre Pierre Pucheu, alors ministre de l’Intérieur et Henri Frenay, le dirigeant du mouvement de résistance Combat, au début de l’année 1942. Il fut le premier à découvrir la collaboration de Maurice Joly au journal la Liberté où officiait le jeune Edouard Drumont, ce qui, visiblement, ne l’empêchait pas de soutenir ou, du moins, de considérer avec une entière indifférence, les deux statuts des juifs, promulgué en octobre 1940 et en juin 1941.

Selon Drumont, Le juif est là qui guette l’agonie de la France avec un ricanement de chacal, car il serait cette sorte d’être qui aurait l’amour de la Mort et l’appétence du néant. Le journaliste appartenait à cette période où régnait le maître-mot de décadence. Il semblait que la France n’était que déliquescence, putréfaction, dégénération, dissolution, corruption, liquidation, décomposition, démoralisation, perversion, anéantissement, avachissement, ramollissement, avilissement car cet organisme sain était sapé, ruiné en dessous, par le travail démoniaque du juif, conquérant et destructeur.

L’avalanche de préfixes privatifs, de métaphores biologiques et géologiques et d’arrières-mondes signalait un homme atteint de visions, plein de son délire, un curé d’Ars jeté dans le siècle et en attente de sainteté. Il eut donc son bestiaire : le juif-dromadaire, le juif-homme de la forêt, le juif-cochon, le juif-rat, le juif-microbe.

Comme les incubes et succubes juifs ne pouvaient matérialiser à eux seuls un danger visible, Drumont avait dressé le Golem dont ils se servaient, l’Etat républicain pompant la substance de la race gauloise et catholique. Pour démontrer cette conquête juive, l’ancien employé aux écritures de l’Hôtel de ville, devenu rédacteur en chef du Monde, journal quasi-officiel de l’Évêché de Paris, devint un pilier de la Bibliothèque Nationale. Obsessionnel, compulsif, il empila tous les documents et déplia l’acte d’accusation qui était aussi un diagnostic puisque la France était mourante.

Livre épais de mille deux cents pages, la France juive allait connaître des débuts plus que laborieux. En effet, publié à compte d’auteur, Edouard Drumont avança les frais des deux mille premiers exemplaires. Le 18 avril 1886, Francis Magnard l’évoqua dans le Figaro. Le Temps, journal de référence en fit un bref compte-rendu le lendemain, puis le mentionna chaque jour dans ses colonnes durant une semaine. Comme l’affirmera Gabriel Tarde, « quand il plaît à deux ou trois de ces grands chefs de clans politiques ou littéraires de s’allier pour une même cause, si mauvaise qu’elle soit, elle est assurée de triompher. Découvrir ou inventer un nouvel et grand objet de haine à l’usage du public, c’est encore un des plus sûrs moyens de devenir un des rois du journalisme. En aucun pays, en aucun temps, l’apologétique n’a eu autant de succès que la diffamation ».

Aussi cet ouvrage lança la vogue d’un genre, l’essai politique, qui ne cessera d’accompagner la vie parlementaire et ses soubresauts. L’ouvrage de Drumont répondait avec quelques décalages à la campagne républicaine en faveur des victimes des pogroms tsaristes et à l’assaut donné contre les congrégations enseignantes. Il s’empara des âmes et fortifia des croyances éparses à travers une campagne gratuite de publicité que lui offrirent les réfutations de ses adversaires, le duel avec Arthur Meyer, alors directeur du très patriotique Gaulois, mais juif, et le bref emprisonnement du nouveau Charles Martel.

Parallèlement, la presse catholique à grand tirage s’en prit à Gambetta le génois et accusait le capital judéo-allemand d’avoir causé la perte de l’Union générale qui se voulait la garante de l’épargne catholique. Pour les jeunes bourgeois en révolte contre le régime républicain, l’antisémitisme devint le véritable chemin de Damas vers le mouvement ouvrier en lutte. Une manière « nationale » d’être peuple.

Dès lors, Drumont se fit disciple du sociologue conservateur Le Play et se rendit à Fourmies où le préfet républicain Isaïe Levaillant avait fait tirer sur une foule d’ouvriers. Drumont venait de lancer la Libre Parole. Aux côtés du sociologue traditionnaliste, il se saisit de l’autorité du professeur Charcot pour lequel la névrose était la maladie propre à la race sémite. Névropathes voyageurs, les juifs furent exposés à la Salpêtrière comme autant de clichés d’une même série de désordres mentaux.

Le sabbat opéra donc son retour sur les épaules du magnétisme et de l’hypnose. Comme au XIVème siècle, c’est à partir de contacts entre hérétiques supposés (les républicains, les francs-maçons, les métèques) et juifs que se forma un discours sur le pacte satanique, à ceci près qu’il n’était plus validé par les autorités et qu’il servait donc de contre-orthodoxie dans les débats. Comme dans tout pacte contre-nature on en vint à la perversité suprême, le détournement des enfants que le juif, allié aux instituteurs, opérait dans les écoles de la République.

Pour régénérer ce corps malade, il fallait donc un Cyrus et un comité de salut public, expropriant pour mieux épurer la pestilence mortifère. La France aux français fut le cri qui résuma cet appel.

Dans le testament d’un antisémite paru en 1891, Drumont avait déjà repéré un certain Dreyfus agissant en Amérique Latine, comme il en avait disposé la tribu dans la France juive de 1886. Sa cible était un député nationaliste, un certain Camille Dreyfus qu’il poursuivit littéralement de son courroux. Or son pamphlet fut lu et répercuté dans la Croix et les semaines religieuses de province et jusqu’à Vienne où le social-chrétien Karl Lueger s’en délecta. On se battit au petit matin, on escrima, la Libre Parole annonça un duel vieille France. Camille Dreyfus fut éperonné, l’Eglise avait triomphé de la Synagogue.

Le nom de Dreyfus qui obsédait tant Edouard Drumont était associé à l’Alsace. Ce que Drumont n’admettait pas c’est le patriotisme de ces gens qui avaient quitté les provinces perdues pour ne pas vivre sous la loi du Kaiser. De cet exode, il fit une invasion. De cette invasion, une opération secrète où le juif n’était jamais que l’autre facette du prussien, le rappel incessant de la défaite ignominieuse de 1870. Lorsque les soupçons de trahison au sein de l’état-major se portèrent sur le capitaine Dreyfus, Drumont tint son levier pour abattre le régime, il ne le lâcha plus, convoquant, comme en transe, morts et vivants.

Or, dans l’ambiance enflammée des années 1898-1899, Drumont, comme Gyp, comtesse de Riquetti-Mirabeau dans le civil, firent le détour par le genre du dialogue des morts dans lequel Maurice Joly s’était illustré mais dont les deux figures tutélaires étaient Lucien de Samosate et Fontenelle. Ils prirent la défense du faux patriotique du colonel Henry, acte chargé de donner le change « à tous les moyens infâmes que les juifs ont employés pour s’enrichir et devenir nos maîtres ». Or Maurice Joly fut, comme bon nombre d’hommes de gauche, pétri d’antisémitisme puisque le judaïsme se réduisait à ses yeux aux jouissances matérielles, au culte de l’or, à l’indifférence en tout. Le judaïsme n’était plus que le nom générique pour désigner les mœurs mercantiles de sociétés désabusées, les fameuses eaux glacées du calcul égoïste conspuées par Karl Marx.

C’est dans cette désillusion de la gauche que prit corps cette idée d’un complot permanent occulte de l’Etat moderne pour maintenir indéfiniment la servitude. Et la droite s’en servit afin de combattre l’Etat républicain et l’éradiquer.

Duprat François (deux ou trois choses sur)

Selon son frère, François Duprat aurait été recruté par les frères Doustin en 1961 (dont Daniel, directeur de la DST de 1961 à 1964). Très rapidement, il devient la bête noire des milieux trotskystes au quartier latin (Krivine and co). Gagné à l’antisémitisme, il rédige son premier article négationniste dans la revue de la FEN en 1962.

Il écrit pour le Courrier de Paul Dehème alias Camille de Méritens, chef de septembre 1942 jusqu’à la Libération du service de l’information au cabinet de Jean Bichelonne. Claude Jeantet ou  Henry Coston participeraient à sa feuille de choux distribuées à 1500 ex. Il y rencontre Etienne Michel dirigeant du Redressement économique, oeuvrant sur le continent africain et pour lequel Duprat travaillera. Or Etienne Michel est un spécialiste des bureaux d’études, véritables pompes à phynances des partis. Le Redressement économique transfère des fonds étrangers vers la trésorerie des partis des droites radicales et ceux des industriels hexagonaux vers les forces anti-gaullistes non-communistes. Selon Duprat, Jacques Fossati, membre du RE et ancien du PPF et recruteur pour la LVF et la Waffen-SS, entretenait des liens étroits avec l’UIMM. Le réseau mitterrandiste d’Etienne Michel est branché sur Georges Dayan.

Duprat se sépare de sa femme en 1963, année où sa mère décède. Fin 1963, il est exclu d’Europe-Action. Condamné en juin 1964, il se serait rendu au Nigéria et au Congo. Il serait de retour en novembre 1965. En février 1965, un mercenaire dit l’avoir rencontré dans un bar de Léopoldville. Sous le pseudo de Robert Cazenave, il est le spécialiste Congo de Rivarol.

 

Il rejoint Occident en février 1966, grâce à Alain Robert. « Bolchos ne vous cassez pas la tête, Occident s’en charge ». En février 1967, Duprat donne les noms des membres du commando de Rouen à un inspecteur des RG. En janvier, il venait d’intégrer Défense de l’Occident. Or en 1966, il avait intégré Rivarol. Il est aussi représentant de la World Anticommunist League. De plus, il collabore avec les RG à propos des mouvements gauchistes. En 1967, dans Défense de l’Occident, il établit un lien entre le recours à l’immigration et la misère des français dits de souche. Il est engagé comme conseiller en relations publiques de l’ambassade du Nigéria. Il aurait été lynché par plus de 200 maoïstes sur le campus de Vincennes, le 8 mai 1969.

En 1970, il observe une résurgence de la xénophobie, prélude au fascisme, en Suisse et dans l’Angleterre d’Enoch Powell. Jusqu’en 1971, il en devient le rédac-chef officieux. Après la guerre des six jours, il signe un pamphlet, l’agression israélienne.

Il serait entré en contact avec le Parti Populaire Syrien. Dans le cadre de son combat pour la Palestine, il reçoit l’appui de la FANE : le groupe Action-Occident de Mark Fredriksen / comité de soutien à l’Europe réelle de René Binet dont le journal est financé par un ancien Waffen-SS belge lié au FPLP / le cercle Charlemagne, regroupant des débris en rupture avec Jeune Europe. La LCR surveillera Duprat, au début des années 1970.

Tout le gratin de l’extrême-droite se réunit au cercle du Panthéon où Duprat représente l’œuvre Française, fondé en février 1968. Alain Robert qui vient de fonder le GUD reprend langue avec Duprat. En 1970, il lance Ordre Nouveau en indiquant que des délégués du NPD seront présents. Gabriel Jeantet, intime du directeur de cabinet de Marcellin est perçu comme une caution du pouvoir pompidolien quant à l’existence d’ON. On y trouverait Gérard Longuet, énarque stagiaire, Claude Goasguen, assistant à l’université Paris XIII, Jean Picollec qui travaille alors pour Larousse, François Brigneau, de Minute. Le 9 mars 1971, un affrontement ouvert devant le palais des sports oppose la police et les militants d’ON, d’un côté, aux troupes de choc de la LCR. François Brigneau et Gabriel Jeantet démissionnent. En 1971, il se rend au Congrès du MSI. Des militants d’ON participent aux camps du MSI, ceux de Lotta di popolo et d’Avanguardia Nazionale. Pour le lancement du Front National, Duprat et Brigneau obtiendront une aide considérable du MSI.

La ligne sur laquelle est créé le Front National est celle définie par Dominique Venner dans son pour une critique positive et qu’est-ce que le nationalisme ? Les conditions du succès : une base de partisans organisés, un corps de cadres compétents, une politique définie. La doctrine nationaliste doit pénétrer tous les « milieux » afin d’éveiller et contrôler une partie de la population. Le Canard Enchaîné dévoile une visite de Duprat à Jacques Godfrain, un proche de Foccart, à propos des élections législatives, à venir. Visiblement il entend saborder le FN parce que les gaullistes sont menacés. Il est donc exclu du FN. La double dissolution de juin 1973, après le meeting d’ON à la Mutualité va engendrer une recrudescence des attentats en France.

Le 25 août 1973, s’était créé un comité de défense des marseillais avec Berberian, Ballalas, Cianfarini, Etienne liés à Ordre Nouveau, plus Perche délégué régional du FN. En une semaine 7 algériens sont tués à Marseille. Le 23 décembre, une bombe fait sauter le consulat algérien massaliote. Trente actions de représailles sont dénombrées dans la région.

Le 31 mars 1972, Duprat se remarie et obtient dans la foulée son Capes. En août 1973, il lance avec Pierre Clémenti, le Combat européen. Les financements viennent de Raymond de Witte et du nazi-maoïste suisse Georges Neri. La ligne du journal est totalement racialiste et Duprat fréquente alors la FANE. Il tente de vendre ses services à la junte chilienne, mais sans succès. De même, avec le Pakistan. Septembre 1973, le FN se brise et naît le parti des forces nouvelles. Fin 1974, il s’installe dans une vaste maison louée, au Trait et tente le grand écart entre la mouvance racialiste et la réintégration dans le giron du FN puisqu’il soutient la candidature désastreuse de JMLP à la présidentielle à contre-courant des nationaux qui se rallient à VGE.

Outre la direction du National pour laquelle Duprat s’appuie sur les hommes de Militant, Le FNJ est aussi un repère de racialistes où l’on retrouve Frank Timmermans, Eric Bousquet, Michel Faci ou Rémy Porte. De plus, il préside la commission électorale. Il attaque le PFN. C’est lui qui remet sur le tapis le vocable de nationaliste-révolutionnaire, NR.

En 1972, Duprat lance sa revue d’histoire du fascisme qui s’adjoint une nébuleuse dont le salut public est l’étendard et les cahiers européens, le bélier. L’objectif est de structurer une mouvance nationaliste-révolutionnaire (juillet 1976). Les GNR forment alors une sorte de champ magnétique pour les militants nazi-maoïstes, les membres de la FANE et ceux du PFN. L’idée est de mener le combat contre la colonisation « sioniste ». Briser le phénomène de passage à la droite régimiste tel est le mot d’ordre de Duprat.

La même année, il publie l’ouvrage de Richard Verrall, leader du National Front, publié sous le nom de Richard Harwood :  six millions de morts le sont-ils réellement ? Puis il lance la piste anti-immigration, l’anticommunisme étant peu monnayable, avec l’aide du laboratoire des GNR. Le tournant anti-immigration du FN a donc lieu en 1978. Seulement cette campagne est menée en termes de défense des travailleurs français. En 1979, la moitié des sondés estiment que la France est envahie d’étrangers indésirables. Duprat obtient le soutien du terroriste en exil Clemente Graziani, très lié à Aginter Press lorsqu’il lance, en 1976, la première mouture des cahiers européens. C’est l’année où la stratégie d’alliance avec les corps sains de l’Etat de Julius Evola pénètre les milieux de la droite radicale française. On compte 187 attentats à l’explosif en 1976, 550 en 1977. Entre juillet 1976 et juillet 1977, la droite radicale revendique 22 attentats, les 3 années suivantes : 163

En septembre 1976, JMLP récupère l’héritage Lambert. Le mardi 2 novembre 1976, à 4h45 du matin, une charge de 5 kg de dynamite, placé sur le pilier du 4ème étage souffle 3 des 5 étages de l’immeuble où vit Jean-Marie Le Pen et sa famille, villa Poirier. Duprat met en cause le PFN, Le Pen un détective nommé Fidel Giammarinaro (engagé par le cousin Lambert) qui enquête sur les circonstances du décès d’Hubert Lambert (né d’un père de 57 ans et d’une mère sans instruction de 44 en 1934). Il ne s’occupera jamais de ses affaires. Marié en 1964 à une collaboratrice de Pierre Boutang, il est incapable de consommer le mariage, ce que reconnaîtra un tribunal ecclésiastique en 1968. En mars 1973, son testament est rédigé en faveur de son cousin germain avec qui il partage la maison. Il couche Le Pen sur son testament en janvier 1976. Le 21 août 1976, la mère, Angèle, meurt. Le 25 septembre c’est le tour d’Hubert. Il avait subi à Ville d’Avray huit cures de désintoxication : de novembre 68 à mai 1975. André Baranès, de l’affaire des fuites avait servi de nègre à Hubert pour ses écrits militaires.

Visiblement avec l’héritage Lambert, Le Pen aurait recueilli la fondation Saint-Julien planqué dans les coffres de l’UBS soit 40 millions de francs de l’époque contre 7 pour le legs français, impôt défalqué (soit 11 millions donnés au fisc). En décembre 1980, il perd 1 million de francs en spéculant sur le sucre. Le Pen hérita aussi de Julien Le Sabazec, militant nationaliste de Chantilly qui s’était suicidé après la mort de sa sœur en couchant sur son testament JMLP. En guise de sépulture, il leur offrit en remerciement du gravier. François Brigneau avait, quant à lui, renoncer à toucher l’héritage.

L’explosif utilisé lors de la mort de Duprat, le 18 mars 1978, est de la mélinite et non du plastic. L’engin était télécommandé depuis un pont. Paris-Normandie du groupe Hersant pond alors un article dans lequel Duprat est présenté comme un agent de la DST. Visiblement l’information provient du PFN et est diffusée dès juillet 1977 puisque les cahiers européens la tournent en dérision. Selon Roland Gaucher le pseudo d’Hudson qui serait celui de Duprat lui avait été révélé par Xavier Raufer de l’équipe Albertini. Dans son manuscrit d’argent et politique, Duprat révélait l’itinéraire de Pierre de La Lande de Calan, ancien directeur de cabinet de Bichelonne, Etienne Michel aurait obtenu, des allemands en août 1943, sa libération. Il est à l’origine de la charte libérale du CNPF en 1965, sera vice-président de l’organisation, PDG de la Barclay’s en France, un des fondateurs avec Albertini de l’ALEPS. Financier de la Cité Catholique, il le sera aussi du PFN.

Quand Patrice Chairoff sort son Dossier néo-nazisme, truffé d’erreurs, il est préfacé par Beate Klarsfeld. Or le livre donnait les adresses de plusieurs dirigeants d’extrême-droite dont François Duprat. Or Chairoff était un escroc, un ancien du SAC et un militant nazi

Jean-Yves Pellay, militant sioniste, avait infiltré la FANE, c’est lui qui revendique l’attentat de la rue Copernic au nom de l’organisation. C’est un ancien légionnaire des hommes de la FANE, il dit « j’ai l’intime conviction que vous ne pouvez pas aller plus loin dans la démence et que, somme toute, si vous feriez de bons comédiens, vous êtes assurément les plus mauvais terroristes que j’aie jamais eu l’occasion de rencontrer ». Or il va relativement loin puisqu’il indique que les terroristes de la droite radicale, ceux du FLB breton et du FLNC étaient formés par des anciens des commandos Delta, quant à la FANE, elle formerait les hommes des commandos Charles Martel.

Un fascicule intitulé “ Notre action politique ” sera retrouvé par l’armée portugaise dans les locaux de l’Aginter lors de la révolution des œillets : “ La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime. Deux formes de terrorisme peuvent provoquer cette situation: le terrorisme aveugle (commettre des attentats au hasard qui font de nombreuses victimes) et le terrorisme sélectif (éliminer des personnes précises). La destruction de l’Etat démocratique doit s’opérer autant que possible sous le couvert d’activités communistes… Ensuite, nous devons intervenir au sein de l’armée, du pouvoir judiciaire et de l’Eglise, pour travailler l’opinion publique, proposer une solution et faire apparaître clairement l’impuissance de l’appareil légal existant. Cela suppose donc une phase d’infiltration, de récolte des informations et de pression sur les organes vitaux de l’Etat par le biais de nos cadres. La pression psychologique sur nos amis et nos ennemis doit être telle qu’un courant de sympathie se forme à l’égard de notre organe politique et que l’opinion publique soit polarisée de manière à ce que l’on nous présente comme le seul instrument capable de sauver la nation. Il est évident que nous devons disposer de moyens financiers considérables pour pouvoir exercer de telles activités. ” 

 

Duprat François (considérations sur la mort de)

Celui qui vivant, ne vient pas à bout de la vie, a besoin d’une main pour écarter un peu le désespoir que lui cause son destin mais de l’autre main, il peut écrire ce qu’il voit sous les décombres, car il voit autrement et plus de choses que les autres, n’est-il pas mort de son vivant, l’authentique survivant ?

Il est rare qu’un certifié d’Histoire-Géographie meure déchiqueté par une bombe alors qu’il s’apprête à rejoindre son établissement pour y enseigner. On dira que François Duprat n’était pas un prof normal, comme Pierre Goldman n’était pas un gangster normal et Jean-Edern Hallier, un écrivain normal. En fait, les trois étaient des sortes de ratés si on applique à leur vie respective leurs propres toises. Le dernier eut la mort la plus ridicule. Tombé de vélo.

François Duprat dont on ne cesse de vanter les qualités intellectuelles dans le microcosme des militants de la droite radicale n’a jamais vraiment réussi à écrire un livre, son livre, sur le fascisme historique. Pierre Goldman a sans doute rédigé ses souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France mais il se rêvait en Meyer Lanski et on se souvient de lui à propos d’un braquage de pharmacie qui emporta deux femmes dans un linceul. De Jean-Edern, il n’y a rien à dire, le titre de sa publication le résume en deux mots, l’Idiot International.

Après son second procès qui s’ouvre en avril 1976, à Amiens, Pierre Goldmann sort de prison. Il n’a pas vraiment d’argent, malgré le succès de son autobiographie. Il rêve encore de lutte armée mais n’arrive pas à raccrocher du côté du gangstérisme. Il s’entoure d’anciens des Brigades rouges, de journaleux de Libération, de Charlie Bauer, l’ami de Mesrine. Il cherche une issue. Selon Minute qui le poursuit d’une haine implacable, le petit groupe aurait dressé, une liste de vingt hommes à abattre. Parmi ces derniers, Alain Robert, Alain Madelin, Gérard Longuet, François Duprat et Jean-Edern Hallier. L’intrus, c’est l’écrivain à l’écharpe sur qui pèse le soupçon d’avoir soustrait au saint combat allendiste quelques liasses. Tous les autres, Pierre Goldman les connaît parfaitement pour les avoir castagnés dans les méandres du quartier latin du temps de l’Union des Etudiants Communistes et d’Occident.

En ce temps là, on allait au baston et puis on édictait quelques règles, histoire de ne pas laisser des cadavres sur le pavé. Pierre Goldman s’était mis au karaté et les gars en imper apostrophaient ses amis bolchos en leur lançant, « communistes, ne vous cassez pas la tête, Occident s’en charge ».

Depuis la stratégie de la tension italienne, il n’était plus question de ce genre de combats à la barre de fer, mais presque bon enfant. On tuait pour de bon, comme au bon vieux temps de l’OAS. Comme l’avait édicté Yves Guérin-Sérac, de son exil portugais, “ La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime. Deux formes de terrorisme peuvent provoquer cette situation: le terrorisme aveugle (commettre des attentats au hasard qui font de nombreuses victimes) et le terrorisme sélectif (éliminer des personnes précises). La destruction de l’Etat démocratique doit s’opérer autant que possible sous le couvert d’activités communistes… Ensuite, nous devons intervenir au sein de l’armée, du pouvoir judiciaire et de l’Eglise, pour travailler l’opinion publique, proposer une solution et faire apparaître clairement l’impuissance de l’appareil légal existant. Cela suppose donc une phase d’infiltration, de récolte des informations et de pression sur les organes vitaux de l’Etat par le biais de nos cadres. La pression psychologique sur nos amis et nos ennemis doit être telle qu’un courant de sympathie se forme à l’égard de notre organe politique et que l’opinion publique soit polarisée de manière à ce que l’on nous présente comme le seul instrument capable de sauver la nation. Il est évident que nous devons disposer de moyens financiers considérables pour pouvoir exercer de telles activités ».

Cette prose ressemblait à celle de François Duprat, en cette même année 1976. Il avait intitulé son manifeste à destination des nationaux-révolutionnaires : Année zéro. Il aurait pu sous-titrer, No Future puisqu’à Londres le premier groupe punk enregistré cette année là s’appelait London SS.

Electeurs frontistes (paroles d’)

Marianne consacre une enquête à la France qui a voté Marine Le Pen. Petit florilège autour de la langue frontiste

 

L’Invasion

Le samedi soir, je vais à Carrefour, c’est une invasion de noirs. Il y a deux ans ce n’était pas comme ça

Ici on n’en voyait pas avant. Juste une ou deux familles. Mais il en arrive toujours plus de la ville. Nous on veut juste garder la nationalité française, notre façon de vivre

On réserve les HLM en construction aux musulmans

Qui c’est qui commande ? C’est pas nous

Kebabs et compagnie

Si je restais 10 ans au Maroc, moi, est-ce que je pourrais voter ?

Pourquoi il y a une préférence pour les étrangers ?

A la caisse d’allocation familiale, ils m’ont dit, vous ne faîtes pas partie  de la bonne catégorie,  je ne m’appelle pas Fatima

L’étranger qui fait venir sa famille soigne tout le monde avec une carte Vitale. Pourquoi on me réclame les dépassements, à moi ?

Des minarets à tire-larigot

Là-bas, on ne pourrait pas nous construire des églises

Je dis à tous les bien-pensants l’immigration ça suffit. Elle cause des dégâts économiques du fait de la concurrence salariale et crée des problèmes culturels dus à l’Islam

Les islamistes sont en train de nous grignoter, nous grignoter, nous grignoter. C’est une communauté intrigante.

Le Horla

Les gens n’osent plus sortir de chez eux, c’est pour ça qu’ils se réfugient dans un vote tendance

Nos enfants ont vu des drapeaux français brûler à la Bastille

Le Pen Family

Elle est plus femme, plus modérée, plus moderne

Pourquoi la repousser puisqu’on parle pareil

Marine et son père, ils ont les mots pour nous

C’est pas Hitler, Marine, elle est différente de son père. Mais si elle passe, tu paries ? Les voyous raseront les murs ! Et puis, si c’est pas elle, on est mort, on est mort

Les PDG ont des salaires de dingues et les racailles touchent l’aide sociale. Et nous, on trime toute notre vie. Marine Le Pen, elle, saurait remettre les choses à leur place

Laxatif

Laxisme envers les étrangers, les faux-chômeurs, les délinquants

Je suis écoeuré

Cela fait trente ans que les Goebbels nous traitent d’abrutis, alors qu’on avait raison. Ils ont foutu en l’air le clergé et la famille, et maintenant ils détruisent la ruralité. Les gars payés à coups de lance-pierre, les familles qui fuient la colonisation intérieure, les agriculteurs qui refusent de se suicider au raticide, ils ne peuvent plus voter pour ceux qui les ont fait patauger dans la merde

Grosses voitures

Des bronzés et des manouches qui conduisent des grosses voitures alors qu’ils touchent le RSA

Les petites racailles en BMW

Les trous du cul qui bloquent les rues en mettant leurs warnings

Les zélites

Le petit monde médiatique de gôche

Il faut montrer à ceux qui ont du pouvoir qu’ils ne sont pas seuls

Sarkozy nous avait promis le remboursement des lunettes rien n’est venu

On est la classe moyenne, on vient de la France profonde et on veut que le gouvernement fasse des choses pour nous

J’ai appelé à voter Sarkozy au second tour contre la gauche socialo-communiste, ça n’a pas plu aux élites du FN

Sarkozy nous a pris pour des jambons

Idées

La justice, l’Europe, le franc, je me retrouve en plein dans ses idées

Avec ma femme on regarde les débats d’Yves Calvi sur la Cinq, c’est formidable

Pourquoi les juifs qui n’étaient pas les seules victimes des camps de concentration tirent la couverture à eux

C’est pas pour être raciste, mais si on valorisait le français, de temps en temps, ça serait sympa

Vous trouvez ça normal, vous ?

Au Front maintenant, il vaut mieux être pédé qu’intelligent

Décadence

A cause de la suppression du service militaire, on a une armée de pantins dont les ¾ sont des blacks et des beurs

La France subit la concurrence des chinois. L’Europe protège pas notre industrie, et notre agriculture non plus. Au contraire, avec toutes les règles, elle nous complique la tâche

Tous les moyens de l’Anru ont été concentrés sur le Vert-Bois à Saint-Dizier, alors que nous, pour rénover notre habitat délabré, nous n’avons d’autre choix que de nous endetter

Il y a dix ans, autour de chez moi, il y avait cinq ou six entreprises dans lesquelles travaillaient 280 personnes. Aujourd’hui, je suis seul, et il n’y a plus que des assistés

Avec les filles ils sont irrespectueux. Je peux plus aller à Avignon le soir avec des copines. Ils provoquent. Ils disent qu’on est bonnes et personne ne dit rien

A Paris aussi il y a des quartiers où je ne vais pas

Les zassistés

Le RSA sans contrepartie c’est trop facile à ne rien faire

Vous savez qui habite en face ? Un père divorcé qui a décidé d’arrêter de travailler et qui s’en vante

On a l’intention de jarcler personne, la priorité nationale c’est de réserver les prestations sociales aux français quelle que soient leurs origines

Les gens qui travaillent en ont marre de payer pour les autres

C’est un vote contre les cas sociaux

Ras le bol de payer pour les autres, il y a trop d’assistés

Lutte sur place

Dans la grande distribution où je travaille, des gens bossent pour 1000 euros après quinze ans de carrière. Il faut se battre contre les exploiteurs

Si j’avais pris ma retraite à 60 ans, j’aurais touché 300 euros. Mon mari est en invalidité, je fais comment ?

Evola Julius (Théoricien et sorcier)

Nous n’avons plus de héros, ni de saints, notre mythologie puise dans le récit de vie des criminels, sans doute parce que « nous en sommes tous à chercher le secret de cette unité du grotesque et du terrifiant, du terrible et de la clownerie, qui lient ensemble le pouvoir politique, la puissance économique et l’activité policière et criminelle ». Mais même ce romantisme noir ou cette épopée de l’absurde sont encore de trop. Walter Lippmann, en bon libéral de gouvernement, disait que le citoyen souverain et rationnel de la fable démocratique lui faisait penser à cet obèse qui voulait devenir danseur étoile. Walter Lippmann inaugurait ce type de méchanceté propre à l’ère des organisateurs, parce qu’il avait tendance à se prendre pour un metteur en scène omniscient alors qu’il n’était qu’un pauvre tard-venu coincé dans son époque et  seulement dans la sienne. Il appartenait à cette caste qui contrôle l’Etat et les grandes entreprises, à ces gens qui n’atteignent l’objectivité qu’en maintenant une distance entre eux et le tumulte des passions humaines.

Comme le disait Philippe Ariès « l’expérience concrète leur répugne ; ce sont des hommes de cabinet, et l’énorme travail qui les accable les dispense en toute conscience d’un effort de compréhension, d’une démarche auprès des autres […] Leur activité est rongée par les commissions, les visites, les conversations, mais avec leurs proches, leurs pairs, leurs collègues. Jamais une fenêtre ouverte sur un monde pathétique […] Il faut leur apprendre notre temps à l’école, dans les instituts de science politique ou les universités, mais c’est le temps court des évènements politiques, économiques et sociaux. Les structures, les mouvements de fonds des sensibilités et des consciences : le voyageur matinal du métro en sait plus qu’eux »

Depuis des obèses, des mendiants, des schizophrènes et des autistes peuvent bien occuper une scène et des planches mais c’est en abandonnant le code qui voulait que le Bien, le Beau et le Vrai marchent main dans la main, en abandonnant l’idée que l’art enseigne, que l’art est l’école du peuple. A leur façon, nombre de fascistes sont  réfractaires à l’ordre moribond du parlementarisme comme à ce néo-machiavélisme de chef de cabinet qui fait l’ordinaire de la littérature managériale. Leur trajet illustre parfaitement les thèses de Julius Evola et le balancement entre trois stratégies propres à la droite radicale.

Dans un premier temps, la tentative putschiste suppose une alliance avec certains éléments de la droite extra-parlementaire et les « corps sains » de l’Etat : corps des officiers et des sous-officiers, groupes d’anciens combattants, organisations de jeunesse. On observe la circulation de notions qui sont celles de l’évolisme d’après-guerre : Aristocratie, Tradition, Homme différencié, Soldat politique, Acte héroïque, etc. Le but n’est pas d’abattre l’Etat mais le « régime » par tous les moyens.

L’Évola tardif d’Apoloteia et celui de Métaphysique de la Guerre (1935) et de Doctrine aryenne peuvent servir de référence à la deuxième stratégie, celle qui succède à l’échec de la première stratégie. Dans ces ouvrages, le combat est décrit comme un devoir existentiel, celui qui convient aux castes guerrières dans leur lutte contre le chaos et les forces féminines et telluriques. A l’instar du jihad, la guerre ouvre l’accès au Walhalla car si « le guerrier est capable de combattre avec une parfaite pureté, il brise ses chaînes humaines et évoque le divin comme force métaphysique ».

En effet, selon Julius Evola, il n’y a pas d’Etat sans un Ordre au sens de la chevalerie, une société d’hommes régie par le secret, la distance et le service, une société d’égaux en dignité. Cette disposition, Evola la définit ainsi, « le sens d’une supériorité vis-à-vis de tout ce qui n’est que simple appétit de vivre […] le principe d’être soi-même, un style activement impersonnel, l’amour de la discipline », tous les traits des grands individualistes du XIXème siècle, ennemis de la société libérale et adeptes du devoir jusqu’à l’apologie des criminels dont Nietzsche avait fait les météores des grands hommes.

La polarité féminine, Evola la qualifie de chtonienne et infernale, « instable, hétérogène et nocturne », à la fois cyclique et illimitée, force qui arase et noie. Soleil contre lune, chevalerie contre sacerdoce, Evola affirme l’opposition irréductible de l’Initiation et de la prophétie, de la Tradition et de la Révélation, du culte et des signes. Ce qui est déjà le motif de l’Héliogabale d’Artaud cet empereur syrien qui mit tant d’ardeur à se faire enculer par des cochers. Aussi Evola en vient à la description du symptôme « la diffusion pandémique de l’intérêt pour le sexe et la femme, caractérise toute époque crépusculaire », le totem pourrait en être Freud associant judéité et féminité dans un même règne de la quantité, au terme d’une évolution où l’indo-européen ne serait plus que résidu.

De fait, selon Evola, l’aristocratie ne peut être engendrée et ne peut engendrer puisque « l’idéal d’une société d’hommes ne saurait être, celui paroissial et petit-bourgeois, qui consiste à avoir une maison et des enfants », l’aristocratie reste une machine de guerre, le déploiement d’un asservissement, celui du profane au sacré.

Dans sa phase active, si on suit les évolistes « l’action du légionnaire est à la fois destructrice et créatrice, destructrice de tout ce qui représente cette société de boutiquiers ; créatrice parce qu’elle mène à la purification de tout ce que cette société a engendré ». Dès lors les « ennemis doivent être éliminés pour de simples raisons d’hygiène ». Il n’y a plus de limite à la destruction et aux meurtres. Aussi, le nazisme accueillera bon nombre de cagoulards dans son entreprise.

Enfin, en cas de défaite totale, Julius Evola avait mis au point une stratégie de repli. En stoïcien d’un nouveau genre, il appelait à bâtir la forteresse intérieure du héros silencieux dépourvu d’actions, cette patrie « qu’aucun ennemi ne pourra jamais occuper, ni détruire » puisque « n’existe plus rien, dans le domaine politique et social, qui mérite vraiment un total dévouement et un engagement profond ».

Fascism (swinging)

Le fascisme fut la première phase d’onirisme morbide de l’Occident, la première festivocratie mais au pas de l’oie. Le destin du couple Mosley l’illustre plus que bien des biographies de dirigeants nazis écrites sous le feu de l’indignation ou le romantisme noir de chroniqueurs dont on ne sait jamais s’ils éprouvent de l’admiration ou une fascination étrange pour ce fanal écarlate qu’est la soif du mal.

Diana Mitford comme Oswald Mosley étaient des rejetons de l’aristocratie britannique. Dans la famille de la première, à l’exception de Tom tué en 1945, dans les jungles birmanes, on trouve toute une galerie de sœurs plus ou moins hautes en couleur, douées pour l’écriture et d’une beauté sophistiquée qui étaient alors uniformément prisée dans la jet-set euro-atlantique.

L’une des sœurs allait finir communiste, Unity fut la plus célèbre des groupies d’Hitler, une autre devint la compagne du diplomate gaulliste Gaston Palewski. Elles avaient toutes cette voix étrange et affectée, elles détestaient le sport, elles étaient autodidactes et très fines en société.

Oswald reçut aussi cette éducation pour laquelle l’équitation, la chasse, la boxe et bientôt l’escrime priment sur le développement précoce de l’intellect, son bourrage de crâne à coups de lectures remâchées, d’abécédaires lymphatiques et d’opérations répétées de trépanations cognitives.

Il s’engagea dans l’aviation en 1914, découvrit du haut de ses loopings la bataille des gaz lancée par l’état-major allemand sur les tranchées britanniques d’Ypres et manqua l’amputation d’une jambe lorsqu’il descendit au sol participer, au milieu des siens, au carnage des vagues d’assaut.

Au sortir de la guerre, Diana fit un mariage des plus réussi avec l’héritier Guinness, tandis que Mosley épousait la fille de l’ancien vice-Roi des Indes, Lord Curzon. La première qui eut comme mentor français le peintre Heulleu (modèle partiel du Elstir de Proust) et Lytton Strachey (de la bande de Bloomsbury), s’apprêtait à vivre une vie de mondanité en étoile centrale où les hommes se plaçaient en orbite, une Oriane de Guermantes avec accent british. Le second était dans les pressentis pour le pouvoir suprême, le cheval sur lequel il fallait miser.

Il se fit connaître par une série d’actes et de discours retentissants à la Chambre des communes et par ses attaques implacables contre les Black and Tans, unités de contre-insurrection britanniques qui semaient alors la terreur dans les villages irlandais. En 1921, le gouvernement régla la question en octroyant l’indépendance à l’Irlande tout en maintenant dans le giron de la Couronne les six comtés d’Ulster à majorité protestante. Acculés, les activistes de l’IRA acceptèrent et Mosley n’eut plus qu’à se recycler dans les rangs travaillistes en sauveur de la « race » anglo-saxonne et de son Empire.

Quand Diana et Mosley se rencontrèrent, elle avait 21 ans et lui 35. Ils étaient mariés, elle s’ennuyait. Mosley attendait ce grand jour où il sauverait l’Angleterre du marasme dans lequel l’avait plongée la crise américaine. Il proposa un plan qui lui fut refusé et Oswald décida d’un saut à l’aveugle. Dès lors, sa vie fut une sorte de rêve sans fin qui se heurta au mur du réel.

Lorsque Randolph Churchill, un intime de Diana, lui demanda ce qu’il comptait faire quand le père et le beau-père de Diana ne manqueraient pas de venir le voir, il répondit, « je mettrai des protège-couilles, j’imagine ». Il ne percevait pas qu’il allait, dans le même temps, embrasser le fascisme, vivre avec Diana et provoquer la mort de sa femme, il croyait à un joke de plus, à sa destinée manifeste, à la bonne étoile des bonimenteurs.

Le scandale mondain fut vite absorbé. En revanche, le fascisme britannique ne fut jamais qu’un appendice assez pitoyable du fascisme européen. Mussolini le finança jusqu’en 1936, Hitler lui octroya une subvention en 1935-1936 et se laissa convaincre par Diana d’édifier une station radio destinée à émettre dans le sud-est de l’Angleterre. Bien sûr, les activités de Mosley étaient sous surveillance du MI5 dont l’agent, Allen, fut un acolyte extrêmement proche du Duce de l’Union Jack.

Incapable de vaincre aux élections, ni même de proposer un semblant de solution aux problèmes posés par la crise, la gauche britannique trouva dans le mouvement de Mosley et dans la guerre d’Espagne deux dérivatifs à son impuissance. Les bagarres se succédaient et les chemises noires tapaient sur les chemises rouges et les juifs de l’East End avec un entrain qui frappa tous les témoins.

Le gouvernement britannique de Stanley Baldwin sut placer Mosley dans la case hors-jeu de la compétition électorale. Tandis que ce dernier parcourait le pays, elle interdisait le mouvement d’antenne (d’ailleurs Mosley fut interdit de BBC de 1934 à 1968) puis en décembre 1936 réserva le droit à la police d’empêcher tout meeting et rassemblement de masse. Sans meeting, sans radio, sans appui des journaux, Mosley ne fut sauvé du néant que par les frasques de sa femme et d’Unity, sa belle-sœur.

La liaison entre Unity Mitford et A. Hitler ne figure pas dans les livres d’Histoire. On la dit platonique et intéressée. Un historien britannique prétend qu’Hitler conserva Unity auprès de lui afin de propager des rumeurs dans les élites britanniques. Pourtant, lorsque cette dernière se tira une balle dans la tête, lors de la déclaration de guerre en septembre 1939, le Führer vint non seulement à son chevet à plusieurs reprises mais lui permit de quitter le pays.

Albert Speer plus perspicace remarqua tout de suite que l’adulation de la jeune anglaise pour ce bavarois d’adoption lui plaisait, que le petit caporal aimait ses deux yeux écarquillés et cette bonne humeur espiègle où il pouvait discerner le parfum d’amour qui montait du pays et plus largement des cavités utérines de la race aryenne disséminée.

Unity rendit folle ses parents et toute l’Angleterre quand elle envoya à l’organe du pornographe Julius Streicher, Der Stürmer, sa lettre où elle voulait annoncer au monde entier qu’elle haïssait les juifs et ce au moment où Mosley opérait son tournant antisémite et se mariait, dans le plus grand secret, à Berlin.

Car entre temps, Diana était devenue, non seulement, une intime d’Hitler avec lequel elle passait seule à seul, de longues soirées, mais aussi avec Magda Goebbels, divorcée du millionnaire Quandt, et triste épouse d’un homme dont elle ne pouvait se séparer sur ordre d’Hitler.

Lors des Jeux Olympiques, Diana fut de toutes les fêtes, elle dîna dans un bivouac SS, contempla Goering en justaucorps jaune safran, fut de la party de clôture de Goebbels avec ses deux mille invités. Le nazisme ressemblait vu du prisme des deux sœurs à un happening coloré où de beaux garçons sains de corps et d’esprit gambadaient, tenus en laisse par une noblesse d’excentriques et de non-conformistes.

Lorsque la note vint en 1940, les Mosley furent internés avant d’être réunis fin 1941 puis libérés en 1943. Les journaux les haïssaient, la foule les promettait au lynchage mais Churchill qui avait bien connu Diana se laissa fléchir et les Mosley purent franchir le cap de l’après-Guerre avec un manoir irlandais, un appartement à Paris et une demeure de campagne dans la vallée de Chevreuse.

Les deux se firent européens. Mosley proposa une Eurafrique fermée entre les deux blocs et se fit candidat à Notting Hill mettant en garde la race anglo-saxonne contre l’immigration antillaise. A la différence de la droite radicale britannique, il n’était plus antisémite, juste un européiste qui portait le deuil de l’Empire et naviguait sur la même longueur d’ondes qu’Enoch Powell. De son passé il disait que le fascisme appartenait à l’avant-guerre mais que les problèmes auxquels il avait voulu apporter une solution restaient. Il voulait dire par là, ma vie n’est pas une chimère, seules les circonstances ont fait de moi, une image sepia et un peu ridicule, de Tonton Adolf en costume croisé.

En 1968, plus de huit millions de britanniques le regardèrent à la télévision, Mosley était de nouveau une attraction foraine, un semblant d’acteur de l’Histoire que d’autres retirés des voitures observaient comme un des leurs.

 

François de souche

« On ne présente plus François de Souche. C’est la vedette. L’étoile. La star. » Lorsqu’Emmanuel Ratier accueille le blogueur à Radio Courtoisie, il n’est pas avare de compliments. L’essayiste et animateur proche des milieux nationalistes n’est pas le seul à tenir en haute estime le cyber-gaulois. De Marine Le Pen à Bruno Gollnisch, tous les ténors de la droite nationale s’y référent.

« Agé de 28 ans, patron-créateur d’une entreprise de communication, « François » manie le verbe avec habileté. Volubile, ce blond décoloré raconte sa jeunesse dans un pavillon des Mureaux, où sa famille corrézienne, résistante, « prolo » et «socialo» avait émigré. « Jamais de problème avec les immigrés », reconnaît l’ancien militant du FN. » Jointe par Le Post.fr, une première source, qui a très bien connu le FN avant de s’en éloigner, affirme: « J’ai connu François Desouche comme webmaster du Front national. Il travaillait sur le web, au sein du service communication. On m’a rapidement dit qu’il avait ce blog. Il s’appelle Pierre Sautarel. Il doit faire Fdesouche en plus de son boulot. » Jointe par Le Post.fr, une seconde source, salarié au siège du Front national pendant plusieurs années, quand on l’interroge sur Fdesouche, cite aussi le nom de Sautarel, sans hésiter. « Il travaillait au web, au Paquebot, l’ancien siège du FN », précise ce contact, qui fait partie des nombreux « déçus » du FN version Marine Le Pen, mais n’appartient pas au même courant que la première source. Il affirme que Joris Sautarel travaillait toujours pour le FN quand lui-même a dû s’en éloigner, à l’automne 2008. Nous avons demandé à François Desouche s’il avait des liens avec le FN: « Non. Nous sommes indépendants. Mais chacun est libre de piocher sur Fdesouche.com ce qu’il veut », avait-il alors répondu.

« Je l’ai rencontré deux fois et il était là en tant que blogueur », explique Julien Sanchez, « au pot décrit par Rue89″ et « lors d’une émission pour Radio Courtoisie ». Mais le responsable web du FN nous rappelle quelques minutes plus tard et revient sur sa version: il nie avoir fait le lien entre les deux personnages et précise désormais que « les deux personnes qui se présentaient comme Fdesouche n’avaient pas le même âge ». « Le blog est assuré par une équipe », souligne-t-il.

Rien ne prédestinait pourtant Fdesouche à devenir une institution de la mouvance nationale. Dans l’une de ses premières interviews, accordée à la RBN (webradio nationaliste), le blogueur explique qu’il s’agissait au départ d’un espace personnel, censé narrer « les pérégrinations d’un Français de souche dans le Paris occupé ».

Le tournant a lieu en 2006, lorsque le blog s’attaque au « décryptage de l’actualité ». Au fil des années, son rythme élevé de publication et l’utilisation intensive de la vidéo font grimper en flèche l’audience du site (300.000 utilisateurs/mois selon Google Adplanner). Fdesouche devient une plateforme participative, dans laquelle tous les lecteurs sont amenés à devenir « acteurs de la ré-information ».

Multipliant ses relais sur le terrain, Fdesouche parvient à sortir plusieurs vidéos polémiques qui cristallisent l’attention des médias : l’agression d’un professeur à Porcheville, des vidéos d’incidents à la Techno Parade et surtout une scène d’agression dans un bus parisien en avril 2009. « Avec cette séquence, Fdesouche a forcé la porte des médias traditionnels » selon Bruno Larebière, directeur de publication de Novopress, l’autre gros site d’information de la blogosphère identitaire.

Fdesouche devient alors un catalyseur de buzz sur la toile, mais également une source d’inspiration pour les dirigeants du FN. Caroline Monnot, journaliste au Monde qui gère le blog Droite(s) extrême(s), explique que « Marine Le Pen utilise Fdesouche pour capter ce qui interpelle son électorat ». La preuve en est donnée en septembre 2009 lors de l’affaire Frédéric Mitterrand : Marine Le Pen réalise un gros coup médiatique grâce aux informations divulguées six jours auparavant par Fdesouche.

Fdesouche récite une partition monochromatique : Identité, Insécurité et Immigration. Comme il le dit lui-même dans une interview accordée à Radio Courtoisie : « nous avons évité les sujets qui clivent ». Malgré la vision ethno-différencialiste qu’il développe, le blogueur ne prend jamais parti entre les différents courants de la mouvance nationale, et se contente de relayer les différentes tribunes des uns et des autres. Face à une droite nationale divisée sur le terrain politique comme sur la toile, Fdesouche a compris que l’Islam était le dénominateur commun le plus efficace pour faire de sa gazette le navire amiral de la blogosphère identitaire et nationaliste. Sur d’autres sujets obsessionnels de l’extrême-droite, comme celui du sionisme, Fdesouche ne prend pas le risque de froisser son lectorat et préfère botter en touche, quitte à recevoir les foudres d’un Alain Soral qui juge le blog trop timoré.

A l’image du Front, qui représente aux yeux de nombreux militants frontistes une véritable famille d’adoption, Fdesouche n’est pas un simple blog : c’est une plateforme communautaire et participative. Le coté défouloir raciste mis à part, les commentaires sont l’occasion pour les visiteurs de retrouver leurs semblables, délivrés par la magie du réseau de tout sentiment de culpabilité. Quentin, lecteur assidu du blog, déclare ainsi : « Je suis arrivé sur Fdesouche non sans quelques réticences, voire avec de la culpabilité au début. Je suis aujourd’hui satisfait de constater que j’ai brisé les dogmes qui m’empêchaient de voir la réalité telle qu’elle est. »

Depuis plus de deux ans, il n’y a quasiment plus de tribunes libres, l’éditorial a disparu, au profit d’une revue de presse biaisée et axée sur le triptyque : immigration-islam-insécurité. Il n’y a bien entendu aucune hiérarchie de l’information : une dépêche concernant une personne d’origine maghrébine suspectée de braquage sera par exemple traitée au même niveau qu’un débat sur le multiculturalisme allemand.

Dans son déballage de faits bruts, Fdesouche cherche à se dé-responsabiliser, mais surtout à promouvoir sa pseudo-objectivité. C’est pour cette raison que le site recourt systématiquement au format vidéo, l’une des clés de sa réussite. François de Souche l’explique assez bien lors d’une émission à Radio Courtoisie : « Nous avons été les premiers à nous en servir politiquement à ce point là. (…) Les personnes rentrent du boulot, elles n’ont pas envie de lire des textes très compliqués ou de grandes thèses. Elles arrivent sur notre site et peuvent en dix minutes regarder les différentes vidéos ». L’objectif ? Formater les consciences, les doter d’une « nouvelle grille de lecture » afin qu’ils soient capables « de relire l’actualité autrement ».

En 2008, lors d’une soirée organisée par Fdesouche à laquelle assistait Marine Le Pen, le blogueur confiait vouloir transformer son blog en « Rue89 de droite ». Ce n’était pas une phrase en l’air puisque Fdesouche s’est beaucoup inspiré du « site d’information à trois voix » – approche participative, fidélisation de la communauté, essaimage : à l’instar d’Eco 89, Fdesouche possède également son site consacré à l’actualité économique, Fortune.

En conclusion, Fdesouche use d’une stratégie gramscienne pour internautes pressés, d’un côté un traitement partial des dépêches et des évènements avec quelques avances à l’allumage comme dans l’affaire du bus ou celle touchant François Mitterrand. Des vidéos qui servent de voiture-bélier dans le défonçage des vitrines de la médiasphère bien-pensante. On promeut l’idolâtrie de la coupe mobile brute comme un effet-vérité imparable, on court-circuite la pensée pour agglomérer les indignations, on se présente comme le noyau sur lequel viennent se greffer les électrons libres d’une opinion qui adore se faire peur autour de quelques monstres inconnus et cachés qui gisent dans la fange de l’étable aux pouvoirs.

De l’autre, on envoie des signaux de reconnaissance aux futurs cadres de la nouvelle France, via Fortune ou Polémia, on vidange des vieux différents pour recycler au tour extérieur les chevaux de retour du national-libéralisme du Club de l’Horloge. Ce qui s’oublie toujours dans ce genre de stratégie c’est que le pessimisme de la raison ne s’accommode pas des cris, des larmes et des gros rires qui tâchent de la manufacture du dissensus établi, comme il existe une manufacture du consentement pour temps festiviste.

Fdesouche a réussi parce qu’il cause les langues atrophiées des signaux du jour avec naturel, il éclaire la caverne avec d’autres teintes mais c’est toujours la même caverne qui résonne et les mêmes ombres qui s’affichent sur les parois, il édifie son marché aux chalands sur la fatigue et l’épuisement et les stimuli anti-anti fascistes qui ont la saveur de l’effeuillage et du strip-tease mais pas celle de l’orthodoxie.

Comme le disait Jouhandeau, l’Homme depuis la chute est dans la nature un accident pathologique, une maladie. Nécessairement malsain dans ses rapports avec la nature, avec Dieu, les autres et lui-même, tout homme a droit à sa maladie. Né méchant, tout homme a droit à sa méchanceté originelle, au vice de sa forme, celle de son espèce et celle qui lui est personnelle. Certains parmi les hommes se croient bons alors qu’ils portent la griffe d’une défection qui déchirera ce qu’ils croient caresser.

Reversus/ Le Post/BAM

Gaxotte Pierre : A propos du fascisme en janvier 1939, il écrivait « cette pseudo-exaltation se traduit par les soucis les plus sordides et les plus médiocres, la vie plus difficile, les vacances en troupeau, la méditation interdite, la bureaucratie envahissante, l’appel et le contre-appel à perpétuité, la queue à la porte des services d’Etat, des feuilles à remplir, des cartes à retirer, des justifications à fournir, la délation passée à l’acte de vertu ». Il quitte JSP et annonce à Claude Roy que gravitent autour de Brasillach des agents allemands. En 1937, Georges Dumézil avait dit de lui « il est, en certains points, figés en cette extrême jeunesse, dans le parti pris de blague qui pétillait il y a quinze ou vingt ans et qui trahit maintenant quelques raideurs, comme d’un tic. Et en d’autres points il s’est laissé dessécher, limiter »

Großraum (qu’est-ce que le)

Prenons Hermann Goering qui était le genre de gars capable de vendre des cartouches rouillées aux républicains espagnols tout en veillant sur la Luftwaffe, avant de spolier la bourgeoisie juive de Bohême, vendant son mobilier et ses parts dans la débâcle qui suivit les accords de Munich. Goering passait pour le plus civilisé des dirigeants du Reich. Son obésité débonnaire, ses excentricités plaidaient en sa faveur. L’homme qui prononça le discours sur le beurre ou les canons, séduisit toute une galerie de diplomates franco-britanniques qui ne demandaient qu’à l’être et le trouvaient parfaitement raisonnable.

En 1937, il exposa les objectifs du Reich devant ses interlocuteurs britanniques : constitution d’une Mittleuropa dominée par la nouvelle Allemagne, exclusion du Royaume-Uni des affaires du continent, guerre contre la Russie, réduction de la France à un statut de puissance de second ordre. Ces vues étaient celles d’un homme qui entendait transformer le Troisième Reich en un Empire continental opposé aux empires maritimes anglais et américain. Elles furent confirmées par Hitler le 28 avril 1939, lorsque ce dernier réclama pour l’Empire allemand le droit de disposer de sa propre doctrine Monroe, sur le modèle étasunien qui interdit toute intervention d’une puissance qualifiée d’étrangère dans sa zone d’influence qui dépasse très largement son propre territoire.

Cette logique impériale post-étatique, Carl Schmitt en fournit la traduction juridico-politique en détaillant le concept de Großraum, car l’ordre du grand espace appartient au concept d’empire et se substitue à celui de l’Etat territorialement clos par ses frontières. Dès lors la fonction de l’Empire allemand consiste à « défendre sur deux fronts la sainteté d’un ordre vital non-universaliste, ethnique et respectueux des peuples », considérations qui confirment le droit de la Wehrmacht et des SS à imposer à tout le continent, par le fer, le feu et les tueries de masse, le nouvel ordre racial voulu par le chancelier Hitler.

En tant que satrape nazi, Hermann Goering était comme le fantôme adipeux de l’ancien régime, un simulacre d’Hindenburg. Les diplomates franco-britanniques s’accrochèrent, faute de mieux, à ce mirage d’une Allemagne éternelle qui finirait bien par démettre Hitler et sa clique d’hystériques, de ratés et de tortionnaires. Aussi, en mai 1939, si Chamberlain annonça des garanties pour la Pologne, les négociations avec l’Allemagne ne furent pas interrompues.

En effet, Helmuth Wohlthat, haut fonctionnaire au plan quadriennal était en contact avec des membres influents des milieux d’affaires britanniques : le chef de la section économique du Foreign Office, le sous-secrétaire d’Etat au commerce extérieur et le principal conseiller diplomatique du premier ministre, Horace Wilson. Un programme fut mis au point qui comprenait la reconnaissance des intérêts allemands au sein de la Mittleuropa, la renonciation bilatérale à la guerre pour régler les différends germano-brinanniques, une politique commune d’importations, la création d’un condominium colonial en Afrique, enfin l’attribution à la Reichsbank de crédits britanniques.

Parallèlement, Goering avait pour intermédiaire un affairiste suédois, Axel Wenner-Gren, patron d’Electrolux. Le 6 juin monsieur Axel s’entretint donc avec Chamberlain mais une fuite du Daily Telegraph mit fin au plan de paix, le 23 juillet. Du 18 au 21 août 1939, le cabinet britannique était prêt à négocier avec Goering mais Ribbentrop était déjà à Moscou. Alors que le pacte avec Staline venait à peine d’être signé, l’homme d’affaires Dahlerus, proche de Goering, fut chargé par Hitler de transmettre aux dirigeants britanniques une offre d’alliance contre la garantie que le corridor de Dantzig reviendrait au Troisième Reich. Le 27 août, Dahlerus était à Londres. Il faudra la fronde du cabinet britannique et celle du Parlement pour que Chamberlain se décide, enfin, à lancer un ultimatum à Hitler le 2 septembre 1939.

La suite mit un terme aux rêveries conservatrices. Le 8 septembre 1939, les troupes allemandes avaient atteint les faubourgs de Varsovie. Le 24, Goering, l’homme de la paix, ordonna le bombardement de la capitale polonaise par mille deux cents appareils. C’était une opération purement terroriste, sans aucun intérêt militaire. La Pologne capitula le 27 alors que Varsovie n’était plus qu’un amas de ruines.

Afin d’immortaliser son exploit, l’omni-ministre Hermann Goering fit tourner un film à la gloire de la Luftwaffe : Feuertaufe. On dénombra durant la campagne, soixante trois massacres de prisonniers polonais désarmés, tandis qu’Heydrich lançait l’opération Tannenberg qui aboutit, en quelques mois, à l’assassinat de près de cinquante mille civils dans les régions occupées par la glorieuse armée allemande.

A cette orgie de destruction, Hitler ajouta ses propres prédictions. Le 30 janvier 1939, il déclarait, « dans ma vie, j’ai souvent été prophète et la plupart du temps on m’a tourné en dérision. Au temps de ma lutte pour le pouvoir, c’étaient surtout les juifs qui riaient de m’entendre prophétiser que je serais un jour le chef de l’Etat et du peuple allemand tout entier, puis que, entre autres choses, j’apporterais sa solution au problème juif. Je crois que ces rires creux d’alors restent en travers de la gorge de la juiverie d’Allemagne ».

Le cap fixé, en août 1939, Himmler, le chef de la SS, présenta son plan de révolution démographique en Europe centrale. Celui-ci visait à germaniser « l’espace vital » dévolu à la race aryenne au détriment des slaves, tandis que les juifs seraient chassés des territoires conquis. Par conséquent, Heydrich, n°2 de la SS présenta à Göring, en mars 1940, un projet de solution globale du problème juif et demanda l’autorisation de traiter avec les chefs de l’administration civile et des autres organismes.

Pour Hitler le pacte avec l’URSS était parfaitement contre-nature. Il ne s’agissait pas de délimiter les sphères d’influence entre deux empires, comme il aurait convenu de le faire avec le Royaume-Uni  mais de gagner du temps afin de se « retourner » contre les hordes judéo-bolchéviques, le moment venu.

Si le chancelier allemand empruntait au mythe de la bataille décisive entretenue par les officiers de son armée, le führer comme mage et visionnaire, préparait une nouvelle ère, une ère post-chrétienne. Il désirait son Gog et Magog et son Armageddon. De cette lutte titanesque, il entendait que la race aryenne sorte maîtresse de la Terre ou entièrement détruite. Il planta donc les premières tessitures de son opéra, agissant en rêveur, et le monde allait se glisser dans les plis de son cauchemar à mesure que ses triomphes le hissaient sur l’échelle de la démesure. Celui qui prétendait revenir aux grecs ou les surpasser n’avait visiblement pas saisi la Némésis. C’était un homme moderne, opportuniste, qui croyait au progrès, dans les  sciences, dans les techniques, en politique et en morale. L’idée romaine de profanation, lui était étrangère. Il ne voyait pas que le cabotin était en proie à la fureur et qu’il menaçait, par l’énormité de son crime, les allemands, d’une souillure irrémédiable.

Il prenait les juifs pour des peaux-rouges ou des arméniens parce qu’il traitait le récit chrétien comme un récit primitif, un récit à effacer. En pleine transe gnostique, il déclara donc à Hermann Rauschning, « le juif est une créature d’un autre Dieu. Il faut qu’il soit sorti d’une autre souche humaine. L’Aryen et le Juif, je les oppose l’un à l’autre, et si je donne à l’un le nom d’Homme, je suis obligé de donner un nom différent à l’autre. Ils sont aussi éloignés l’un de l’autre que les espèces animales de l’espèce humaine. Ce n’est pas que j’appelle le Juif un animal. Il est beaucoup plus éloigné de l’animal que nous Aryens. C’est un être étranger à l’ordre naturel, un être hors nature […] Il ne peut y avoir deux peuples élus. Nous sommes le peuple de Dieu ».

Gustavo (la mort de)

Dans sa lettre bimensuelle, Faits et Documents, datée du 15 au 31 mai, le journaliste Emmanuel Ratier révèle l’identité de « Gustavo ». Ce personnage était au coeur du documentaire de Michel Despratx diffusé en 2010 par Canal+. Alors rendu méconnaissable d’aspect et de voix,  il y racontait son parcours de militant nationaliste et affirmait être l’assassin de Pierre Goldman. L’exécution, qui rappelle le mode d’action des terroristes de droite mis en scène dans les Réprouvés, aurait été menée par un commando de quatre personnes dont un inspecteur de la DST et un policier des RG.

Figure judéo-romantique du gauchisme français, Pierre Goldman a été tué par balles, à bout portant, le 20 septembre 1979, place de l’Abbé Georges Henocque  dans le 13ème arrondissement de Paris, à quelques mètres de son domicile. L’assassinat de Pierre Goldman qui n’a jamais été élucidé  avait été revendiqué, à l’époque, par une organisation d’extrême droite inconnue : Honneur de la Police.

Emmanuel Ratier indique que « Gustavo » n’était autre que René Resciniti de Says dit  « René l’élégant », dit Néné, décédé à 61 ans, le 17 avril dernier. « Maintenant qu’il est retourné à Dieu et étant sans famille connue, nous pouvons révéler que sous le pseudonyme de Gustavo, il s’était confié au journaliste Michel Despratx, expliquant comme il avait porté le coup de grâce à l’ancien chef du service d’ordre gauchiste de la Sorbonne, Pierre Goldman, ancien guérillero, braqueur, journaliste à Libération et soutien logistique d’ETA » écrit Emmanuel Ratier.

Camelot du roi et membre de l’Action française dès l’âge de 14 ans, René Resciniti de Says est un ancien parachutiste du 9 e RCP, puis du 6eme RPIMA. « Après cinq ans d’armée, il fut très amer contre ceux, Français, qui avaient donné la main au FLN durant la guerre et qui plastronnaient dans les média. Il participa à des actions spectaculaires contre ces traîtres, très en vue chez les ‘élites ‘ de gauche qui dominaient déjà le pays » indique pour sa part Olivier Perceval, dans le numéro de l’Action française qui lui rend hommage.

René Resciniti de Says s’engagea dans les Phalanges libanaises, mais fut aussi des bandeirantes de Bob Denard et, comme le résume l’Action française, il « participa à de nombreuses missions s’inscrivant dans le cadre de la politique française en Afrique » dont l’opération Omega lancée contre Cotonou. « Gustavo » a donc désormais une identité. Pour autant le récit qu’il a fait de l’assassinat de Pierre Goldman reste à corroborer.

Selon ses dires, le groupe était composé de quatre membres dont le chef travaillait pour la Direction de la surveillance du territoire (DST) et un guetteur pour les Renseignements généraux (RG). Son témoignage impliquait aussi Pierre Debizet, patron du SAC (Service d’Action Civique), police secrète gaulliste au service du général Charles de Gaulle, de Georges Pompidou puis de Jacques Chirac, qui aurait en totalité supervisé l’action. «Gustavo» en vient même à «mouiller» les hautes sphères de l’Etat notamment Victor Chapot, conseiller spécial du président Valéry Giscard d’Estaing pour les affaires réservées, supposé prévenu de l’action par Pierre Debizet. Invérifiables accusations, puisque le patron du SAC et le conseiller du Président sont morts respectivement en 1996 et 2008. Il est assez clair que son témoignage entremêle le faux, le vraisemblable et le vrai et brouille, à souhait, les pistes qui conduisent à l’exécution d’un homme qui avait toujours rêvé de se consacrer à la lutte armée clandestine.

En revanche, Lucien Aimé-Blanc (commissaire, directeur de l’OCRB…) affirme lors d’une rencontre avec le journal Libération : «C’est mon informateur Jean-Pierre Maïone qui a flingué Pierre Goldman et me l’a avoué bien après. Au départ, comme la revendication était signée Honneur de la Police et que Maïone travaillait avec le directeur des RG, Maurice Paoli, ancien des réseaux Algérie française, j’ai pensé que ces «ultras» avaient liquidé Goldman, acquitté du double meurtre de la pharmacie. Mais mon collègue Paoli, qui ne me cachait pas grand-chose, m’a dit : «C’est pas nous». Et puis mon indic, Maïone, m’a expliqué que c’est le futur Groupe d’action libération, le GAL, qui avait décidé du «flingage» de Goldman. Le GAL, c’était un service parallèle de contre-terrorisme composé de barbouzes et de voyous manipulés par les forces répressives officielles espagnoles qui liquidaient des gens d’ETA. Pierre Goldman, qui fréquentait la brasserie Bofinger, fief des indépendantistes basques, ambitionnait de monter un réseau armé pour contrer ces anti-ETA. Il a contacté des voyous de gauche, comme Charlie Bauer qui n’a pas marché, Mesrine qui s’est défilé, et des autonomes. À force de se vanter de ses futures actions contre le GAL, Goldman est apparu dangereux. Des voyous marseillais du GAL l’ont tué avec Maïone, qui a évoqué aussi un commandant, ancien du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) mais actif à l’époque, sans me donner son identité». Invérifiables propos, Jean-Pierre Maïone est assassiné le lendemain de sa sortie de prison, le 13 juin 1982, année qui voit la dissolution du SAC suite à la tuerie d’Auriol.

Que ce soit l’hypothèse René Resciniti de Says ou celle de Lucien Aimé-Blanc, on retrouve donc ce mélange de barbouzerie, de gangstérisme, de services de l’ombre retors et de soldats perdus qui de l’assassinat de Ben Barka à celui d’Henri Curiel traîne comme une parallèle perdue dans l’espace euclidien du gaullisme et de ses succursales. Dans tous les cas, l’assassinat de Pierre Goldman a peu de chances d’avoir été décidé autour du bureau de l’Elysée pour la simple raison que cet homme, même auréolé de ses succès littéraires, n’était qu’un demi-sel dans l’action terroriste ou simplement clandestine et para-gouvernementale et qu’il fut donc abattu, non pour ce qu’il faisait ou aurait pu faire mais pour le symbole qu’il représentait.

Hérold-Paquis (Jean) : Jean Hérold dit Hérold-Paquis avait combattu aux côtés des franquistes. Il anima les émissions en langue française de Radio-Saragosse et c’est Pétain qui l’introduit à Vichy. Il part à Paris où il rallie le PPF. Membre d’honneur de la Waffen SS, il entre à Radio-Paris. Il tient la chronique militaire et s’en prend au marché noir (il est d’ailleurs mis à pied quelque temps). Il finira en chien crevé.

Humiliation : « Je me souviens d’être remonté dans ma chambrée qui était vide, m’être assis sur le rebord de la fenêtre ouverte sur le ciel d’un été éclatant, et d’avoir longuement, très longuement pleuré. Que ce fut cette voix cassée de vieillard qui me fasse brutalement passé de la situation de fils de vainqueur  à celle de vaincu, privé même de la fierté la plus élémentaire, celle du combat, me faisait toucher au fond même de l’humiliation. C’était tout un monde de certitudes implicites, de fidélités toujours intactes, qui s’écroulait »

Raoul Girardet

Idiots utiles et pacifistes : La coopération économique comme solution pour maintenir l’Europe en paix réunit après Munich, Gaston Bergery, les nouveaux cahiers ou René Belin au sein de la CGT. Marcel Roy de la Fédération des Métaux de la CGT maintient le cap en mai 1939. Normaliens et instituteurs sont pacifistes ultras. En juillet 1939, André Delmas, secrétaire national du SNI propose d’en finir avec ce qui reste des traités de paix de 1919-1920, le désarmement et la grève générale en cas de déclaration de guerre. Zoretti, l’homme du on ne fera pas la guerre pour 100 mille juifs polonais, comme Soulès militent dans la tendance Redressement de la SFIO. Mais on trouve autour de Paul Faure, Charles Spinasse proche des nouveaux cahiers, Paul Rives, ultra du pacifisme, ou le député René Brunet qui défend en Turquie, comme avocat, des intérêts allemands très suspects. Barthélémy accuse ses adversaires d’être des judéo-bolchéviques

 

I prefer not to

Louis-Ferdinand Céline est toujours dépeint comme un écrivain génial aux idées monstrueuses, une sorte d’accoucheur de la barbarie nazie du fait de son obsession de la dégénérescence raciale, de la dysgénie et finalement, du mépris qu’il affichait envers une Humanité toute prête à bêler avec n’importe quel maître avide de voir couler son sang. On ne s’est jamais demandé où le médecin Destouches avait puisé son carburant, c’est-à-dire son prêt à porter eugénique qui l’a conduit à soutenir les nazis, une fois la défaite française consommée. Pour Louis-Ferdinand Céline, la guerre n’était jamais que l’occasion d’un changement de maître. Au maître juif, succédait le maître indo-germain. Dans sa vision du monde, un maître corrupteur de l’Humanité et de sa constitution physiologique avait cédé la place à un autre maître, certes un peu violent, voire cruel, mais qui avait comme projet de réformer l’espèce autour d’un noyau de dolichocéphales blonds, bronzés, sportifs et absolument ennemis du christianisme. Il en avait conclu à la bonne nouvelle.

Louis-Ferdinand Céline avait emprunté son bric-à-brac eugénique à la fondation Rockefeller qui avait financé tout ce que le monde européen et américain comptait de centres de recherches dont le but était d’améliorer le cheptel humain en prétendant discerner et éliminer les foyers d’infection. Là où les américains, surtout californiens, les scandinaves ou les suisses misaient sur l’eugénisme négatif, donc la stérilisation, les nazis, mais aussi le docteur Muller qui échoua à convaincre Staline, entendaient mettre en place un eugénisme positif dont l’Etat se ferait le maître d’œuvre.

Une fois les nazis éliminés de la scène, des solutions plus « douces » revinrent à l’honneur. Or l’Eglise catholique avait bien vu, dès 1930, qu’un agencement pouvait exister entre la contraception, l’avortement et l’eugénisme, lien que la législation suédoise de 1938 se chargea de mettre en forme avant que l’ONU ne décrète que la priorité des priorités pour les pays en développement (notion née en 1949 de la doctrine Truman) revenait à contrôler les naissances. Priorité qui fut appliquée sans nuances, aux japonais. Seulement cette solution s’avéra absolument contre-productive lorsque la contraception et l’avortement refluèrent au cœur des sociétés occidentales comme un enjeu crucial pour le contrôle par les femmes du calendrier des naissances et de leur sexualité, prétendument débridée. Auparavant, Ayn Rand fit paraître sa bible des libertariens, Atlas Shrugged, avec sa division entre créateurs et parasites, elle s’inscrivait dans une tradition libérale darwinienne parfaitement éprouvée, pour laquelle, non seulement, il était temps de démanteler le welfare state mais aussi de protéger les « meilleurs » contre la marée montante des déchus qu’Harry Laughlin dénommait, en 1922, les « socialement inaptes » soit les débiles mentaux, les fous, les criminels, les épileptiques, les ivrognes, les malades, les aveugles, les sourds, les difformes, les assistés.

Adjoint de Charles Davenport, lié à Madison Grant, Laughlin n’était pas un marginal puisqu’il dirigeait l’Eugenics Record Office du Cold Spring Harbor dont la tradition se maintint après-guerre, puisque James Dewey Watson, prix Nobel en 1962, et co-découvreur de la structure de l’ADN, se lança, en 2007, dans une sortie selon laquelle l’intelligence des africains n’étant pas égale à celle des blancs, il était inutile de maintenir toute aide au développement. Dans cette déclaration, c’est bien le lien entre un manque supposé d’intelligence d’une population donnée et l’inutilité de toute aide qui fonde le maintien d’une pensée eugénique qui épouse parfaitement certains présupposés du laissez-faire libéral selon lesquels le marché ne crée par seulement un optimum indépassable pour l’allocation des facteurs (capital et travail) mais a aussi pour corollaire une sélection des plus aptes, ce qui entraîne une extinction progressive des lignées de ceux qui ont perdu le droit à mener leur lutte pour l’existence si bien qu’intervenir dans les mécanismes du marché c’est promouvoir les « parasites » et les « inaptes ».

Du côté d’une certaine gauche, il est entendu que les occidentaux sont pervers et que parmi eux, les hommes sont une espèce particulièrement infâme formée de brutes, de violeurs et de tueurs en puissance dont le but ultime est d’asservir les femmes et tous les « bamboulas » et autres grandes civilisations de l’Orient plein de sagesse. A cela, le gauchiste lambda ajoute que plus un homme blanc est riche, plus sa probabilité d’être un salaud suprême augmente et que plus cet homme blanc s’affirme croyant, en un mot chrétien, plus c’est un hypocrite patenté, partisan du règne obscurantiste du capital, du viol légal (prostitution, subjugation psychologique des « faibles », harcèlements divers) et de la force brute (guerres aux arabes, guerres aux africains, guerre du Vietnam, coup d’Etat de Pinochet, etc.). Devant un tel constat il est évident qu’il faut noyer les gènes de l’homme blanc dans un bain de jouvence tiers-mondiste, c’est l’impératif du métissage, libérer la femme de tous ses asservissements millénaires, c’est le féminisme, détruire la famille patriarcale, c’est le mariage pour tous, promouvoir la fraternité festive contre les rites désuets, c’est notre monde, construire un univers équitable contre tous les spéculateurs, c’est l’altermondialisme, enfin promouvoir une conversion de notre esprit cupide vers une frugalité volontaire, c’est la décroissance ou l’appauvrissement consenti.

Que la gauche soit racialiste, est une évidence, qu’elle se masque cette évidence sous un universalisme de façade ou en conspuant les libertariens et Louis-Ferdinand Céline, est une autre conséquence de ce dispositif ; que le choix se limite à choisir entre une voie crypto-nazie, libertarienne ou gauchiste est un tel paralogisme qu’on en vient forcément à se dire comme Bartleby, I prefer not to.

Internationale Blanche (qu’est-ce que l’)

Dans la nuit du 29-30 juillet 1937, un attentat frappait l’aéroport de Toussus-le-Noble, en bordure de la forêt de Rambouillet, près de Paris. Un avion fut détruit, deux autres endommagés. L’opération commanditée par le colonel franquiste Ungrilla auprès de son ami Eugène Deloncle aurait été exécutée, selon Philippe Bourdrel par Jean Filliol. Ce dernier aurait déposé les charges de plastic qui était alors un explosif nouveau.

 

La Cagoule signait ainsi son appartenance à l’Internationale blanche dont l’Allemagne nazie entendait tirer parti. Cette Internationale d’un genre singulier unissant des agents des services de renseignements, des activistes, des tueurs et des intellectuels dont les épithètes de nationaliste, de fasciste, de nazi ou de catholique, cachaient mal des convergences qui avaient Moscou pour cible et Berlin ou Rome pour étoiles jumelles du berger. Elle entendait effacer de l’Histoire la courte tragi-comédie inaugurée à Londres, dans les années 1860, par des socialistes désunis.

En effet, le SIM italien servait de trait d’union entre l’Abwehr, le service secret de l’armée allemande et les nationalistes espagnols. Aussi, à partir d’avril 1937, Eugène Deloncle possédait un passeport délivré par l’ambassade chilienne, au nom d’Hector Davila Solis.

Ses passages du côté de Salamanque, où siégeait le gouvernement franquiste, en furent donc facilités. Mais la SS n’était pas en reste. En effet, en mars 1937, Bernard Faÿ tint une conférence à Berlin dans le cadre d’une réunion de propagande du IIIème Reich organisée au nom d’une Internationale des nationalismes alternative aux Internationales « rouges ». Celle-ci était patronnée par l’Académie des droits des nations dirigée par Friedrich Grimm, conseiller privé d’Hitler. Or, en 1934, le vice-président de l’association France-Allemagne. Hans Keller, cheville ouvrière de l’Académie, avait publié, un manifeste de l’Internationale des nationalismes : La Troisième Europe, qui en posait les fondements.  Outre le distingué Bernard Faÿ, membre élu du Collège de France et grand connaisseur des Etats-Unis, on y trouvait le SS Theodor Vahlen, lord Queenborough, l’italien et sénateur fasciste Emilio Brodero ainsi que l’universitaire suisse de Fribourg, Gonzague de Reynold.

Néanmoins, la SS ne cherchait pas un alignement sur ses positions mais voulait créer un espace de rassemblement et une orthodoxie aryenne qui lui permettraient de jauger ses alliés et de les tenir loin des centres de décision. Aussi, dans un rapport, le Brigadeführer SS Karl-Maria Weisthor jugeait de cette manière les écrits d’un illustre fasciste italien, Julius Evola : « la doctrine n’est ni national-socialiste, ni fasciste. Ce qui le sépare le plus de la Weltanschaung national-socialiste, c’est sa négligence radicale des données concrètes et historiques de notre passé national au profit d’une utopie abstraite à base fantastique. Aujourd’hui encore, Evola prône le dépassement de la nation dans l’élite traditionnelle qui, sous la forme d’un ordre supranational et secret, doit mener le combat contre les forces du monde inférieur hostile à la Tradition.

Le mobile secret et profond d’Evola semble être une révolte de la vieille noblesse contre le monde moderne étranger à toute forme d’aristocratie. C’est ainsi que se confirme la première impression, à savoir qu’il s’agit d’un romain réactionnaire »

L’époque des conceptions du monde était donc, non seulement, impitoyable mais elle ne se demandait pas s’il fallait des poètes en temps de détresse. Ce qu’elle appelait, c’étaient des alignements et des mises au pas, des actes et non des questions, des résolutions de problèmes et non le fil d’une Tradition. Il y eut donc la solution finale (endlösung) du problème juif, mais aussi la solution du problème féminin (lösung der frauenfrage), la solution finale du problème du pain (endlösung der brotfage), la solution du difficile problème des fumeurs (lösung dieses schweren Rauchproblems) et las but not least, la solution du problème du cancer (der krebsbekämffungsfrage). Durant cette période, le logos n’était pas la flèche la plus cruelle de la Nature, c’était l’ornement du bombardement de Guernica et de Varsovie, le cliquetis des machines à écrire du NKVD et la parturition des formules d’Enrico Fermi d’où sortiront des calculs des ingénieurs de la société Dupont de Nemours, le projet Manhattan et les bombes atomiques.

 

Dans les rouages de cette Internationale blanche, un homme tenait une place essentielle dans les rapports hispano-italo-germaniques, ce fut l’amiral Canaris. Militaire de carrière et très largement acquis à la contre-révolution conservatrice dont il fut un acteur, Canaris n’était pas nazi mais s’était mis au service d’Hitler, à partir d’octobre 1934, avant que ce dernier n’ordonne son exécution le 9 avril 1945 alors que l’amiral déchu parcourait la biographie de Frédéric II écrite par Ernst Kantorowicz. Les allemands qui finirent pendus durant cette période, pour haute trahison, ne sont pas si nombreux pour justifier le dédain ou les jugements sommaires.

Canaris avait cru, un temps, que le complot militaire viendrait à bout du petit caporal puis, durant la guerre, même s’il ne fit rien pour démanteler les tentatives d’assassinat du grand forestier, il se tint éloigné, ne prenant pas au sérieux les entreprises visant à l’élimination du Führer.

Dès le mois de janvier 1925, Canaris avait été envoyé en mission en Espagne afin d’y monter un réseau de renseignements. Son travail lui permit de connaître et d’apprécier l’ensemble de ceux qui allaient jouer un rôle majeur dans le movimiento nacional : Francisco Franco, Kindelan, le général Jordana, Vigon et Martinez Campos soit les principales figures politico-militaires du premier franquisme.

En avril 1935, il noua des liens avec son homologue italien, le général Roatta, lui-même descendant d’une lignée de sépharades espagnols expulsés par les rois très catholiques. Leur rencontre eut lieu à Munich, au mois de septembre, car le SIM italien, créé en 1900, manquait d’argent et de correspondants à l’étranger mais avait réussi à casser les codes diplomatiques de nombre de pays balkaniques qui intéressaient la diplomatie hitlérienne puisqu’on trouvait en Hongrie et en Yougoslavie, de la bauxite et du pétrole en Roumanie. Le chancelier suivait tout cela de près si bien qu’entre décembre 1935 et mars 1936, il eut dix sept entretiens avec le dirigeant de l’Abwehr, le service d’espionnage et de contre-espionnage de la Wehrmacht. Puis les contacts se firent plus denses, dès lors que le coup d’Etat approchait. Outre la visite de Sanjurjo à Berlin, Canaris était en lien permanent avec Juan Beigbeder, un membre influent de l’Union Militaire Espagnole, qui était l’épicentre du complot contre la République.

Le 25 juillet 1936, alors qu’Hitler soulignait devant les sœurs Mitford, le « danger juif et bolchévique », Wilhelm Furtwängler dirigeait une représentation de Siegfried à Bayreuth. Emporté par le lyrisme, le chancelier prit, contre l’avis du ministère des affaires étrangères, la décision d’envoyer à Tetouan vingt Junker 52, afin de faciliter le passage des troupes coloniales sur le sol espagnol. A la mi-octobre, treize mille hommes et deux cent soixante-dix tonnes d’équipement avaient été acheminés en Andalousie, tandis que Canaris assurait la liaison entre Mola, au nord, et Franco, au sud. Toute l’opération fut baptisée Unternehmen Feuerzauber (Opération feu magique), en référence à la traversée héroïque d’un cercle de feu par Siegfried, venu libérer la brave Brunehilde.

Dès le 28 août, l’intervention germano-italienne en Espagne était coordonnée, aussi le général Warlimont pour l’Allemagne et Mario Roatta, pour l’Italie, furent dépêchés auprès de Franco, en septembre 1936, pour lui présenter les modalités de l’aide apportée par les puissances fascistes. A la fin du mois d’Octobre, sous le nom de Guillermo, l’amiral Canaris rejoignit la capitale de l’Espagne nationaliste, Salamanque, afin d’y rencontrer le caudillo et préparer le terrain au déploiement de la légion Condor.

Néanmoins, Hitler opposa une fin de non-recevoir à la demande des espagnols qui lui réclamaient une division d’infanterie entièrement équipée afin de s’emparer de Madrid. Le 6 décembre 1936, Canaris assistait, en tant que special guest, à une conférence organisée par les chefs d’état-major italiens, tandis que le général Roatta s’apprêtait à prendre la tête d’un corps expéditionnaire de quinze mille hommes qui se débanda dans la plaine de Guadalajara, en mars 1937.

Le Büro Lenz de l’Abwehr qui épaulait le SIPM franquiste (police secrète) et dont le correspondant, en France, était le capitaine de vaisseau Lietzmann, membre de l’ambassade, s’établit à Algesiras puis, en juin 1939, à San Sebastian. Toutefois, Canaris ne menait pas une politique solitaire puisqu’il était en lien avec Werner Best, un homme de la SS, avec lequel il avait mis sur pied la GFP, le pendant militaire de la Gestapo. De plus, dans la guerre des services, il avait marqué un point en infiltrant certains de ses agents dans le réseau de ventes d’armes soviétiques de la Haye coordonné par W. Krivitsky.

Mais la vie au sein de l’Internationale blanche telle que la concevait Adolf Hitler n’était pas un fleuve tranquille. Le 4 février 1938, les généraux Blomberg et Fritsch avaient été débarqués, à la suite d’une provocation délibérée, sans doute organisée par le SD d’Heydrich et d’une campagne de calomnie qui avait pour motifs des affaires de mœurs dont la pseudo-pruderie national-socialiste aimait à se parer. Un général venait d’épouser une fille légère, un autre officier était désigné comme homosexuel et le tour était joué. Comme l’avait prévu Hitler, les généraux s’achetaient à coups de médailles et de gratifications, décidemment la caste des officiers était décadente. Von Neurath fut contraint à la démission, des ambassadeurs furent rappelés, seize généraux mis à la retraite d’office et quarante quatre autres, transférés. On savait désormais qui tenait le timon et les SS n’avaient plus qu’à attendre leur heure, découvrant, sans ménagements, leurs appétits illimités.

A l’occasion de la guerre d’Espagne, cette Internationale recrutait tout azimut. Ainsi le cagoulard Armand Magescas, qui, comme Pierre de Bénouville, était en lien avec les carlistes, apportait à Salamanque, les renseignements collectés en France. Introduit par le commandant Antonio Barroso auprès de Franco, il passait, aux yeux des services français pour un agent de l’Abwehr, tant les actions de l’antenne franquiste parisienne et celles des hommes de Canaris étaient coordonnées. Pour la Sûreté Nationale, il ne faisait pas de doute que Magescas était un agent appointé de l’OVRA italienne. Dans tous les cas, à la mi-juillet 1937, épaulé par le docteur Martin, du 2ème bureau du CSAR, il créa l’agence de presse universelle et d’action espagnole qui inondait la presse française de droite d’informations.

Et il ne s’agissait pas de l’action de comploteurs marginaux et entêtés puisque Pierre Laval, lui-même, offrit alors ses services au Caudillo.

En effet, on trouve dans les archives allemandes de la série Akten zur Deutschen auswartigen Politik, le compte-rendu suivant écrit le 13 avril 1937, « l’ancien ministre Pierre Laval a fait savoir à son Excellence le général Franco, par le canal d’une personnalité apparentée jouissant de toute sa confiance, qu’il souhaiterait rencontrer un homme-lige de Franco, pour s’entretenir avec lui de questions importantes en relation avec la cause de l’Espagne nationaliste […] Pendant cet entretien, l’homme politique français a parlé de la grave situation intérieure du pays, de la menace proche d’un soulèvement communiste et il a déclaré qu’il était en relation avec Doriot, le colonel de la Rocque et le maréchal Pétain. Selon lui, à la fin juillet ou au début août […] il faut s’attendre à l’échec de l’emprunt et à la chute du gouvernement Blum.  M. Laval estime que le salut de la France réside dans un gouvernement Pétain et que le Maréchal est prêt à assumer ses responsabilités […] M. Laval espère que, malgré les dommages irréparables et les triomphes locaux du communisme, la France peut être sauvée par un mouvement national […] Il a proposé d’envoyer en Espagne des journalistes de gauche qui travailleraient pour nous et il nous prie d’accepter l’offre du concours d’un poste émetteur très puissant qui sera installé à San Sebastian sous le contrôle du gouvernement espagnol et qui pourra travailler en France au soutien de la cause nationale ». 

 

On le voit toute la thématique des Cagoules civile et militaire était reprise par Pierre Laval et la subtilité des nazis consista à s’appuyer sur de telles affinités pour parfaire l’affaiblissement diplomatique et, bientôt, militaire de la France. On trouvait donc en Espagne, une bandera Jeanne d’Arc pour laquelle recrutait François de Boisjolin, rédacteur à la Libre Parole de Coston, successeur autoproclamé d’Edouard Drumont. Ces nationalistes peints dans le bleu de la Phalange étaient aussi présents au sein du CRAS (Comité de Rassemblement Anti-Bolchévique), élément fondateur de l’UCAD qui servait de paravent à des trafics d’armes.

On y trouvait la fine fleur antijuive grimée en Quijote. Manquait Pierre Ménard, numéro invisible de l’armada de Borges.

Étaient aussi présents en Espagne, Jean Hérold dit Hérold-Paquis qui animait les émissions en langue française de Radio-Saragosse ou Jacques Chevalier, normalien et agrégé de philosophie, catholique thomiste auquel Francisco Franco avait fait appel afin de refondre le système scolaire espagnol malmené par la République rouge et dont l’objectif consistait à alphabétiser toute la population, véritable crime contre les esprits conjugués de la contre-réforme attardée et du libéralisme à la Ernest Renan. Néanmoins, si les nazis manoeuvraient cette Internationale blanche, cette dernière n’était pas pour autant acquise ou réductible aux seuls objectifs de la SS.

En effet, il existait un lien, autre que diplomatique et strictement administratif, entre le SIM du général Roatta, composé de barbouzes à médaillons, fidèles à la dynastie des Savoie et l’Abwehr de Canaris, ramassis de nostalgiques du Kaiser Wilhelm, chaîne réactionnaire de stricte obédience dans laquelle se situait la Cagoule civile, sensible à cette hypothétique restauration monarchique que ses membres avaient appris à désirer dans les rangs de l’Action Française.

En 1944, la liquidation d’Eugène Deloncle par la Gestapo, après son flirt de 1941 avec la SS, permet de scruter ce lien et sa nature, mais aussi son ambivalence. En effet, l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler comme l’exécution de Ciano, indiquent les tensions préalables et les paradoxes d’une telle Internationale soumise à la brutalité du nouvel ordre européen hostile aux vieilles maisons toujours promptes à jouer leur propre partition.

En revanche, la pendaison soudaine de Mussolini pointerait vers l’hypothèse d’un nettoyage par le vide de toutes les traces de cette chaîne exactement comme Monsieur Arkadin dans le film d’Orson Welles se prétendait amnésique afin qu’un détective, lancé en petit Poucet, lui permette de liquider tous les témoins de ce qu’il fut. En tuant Mussolini sans même lui offrir la tribune sordide d’un procès d’exception, on coupait l’accès à ses sentiers qui avaient transformé les élites européennes en idiotes utiles du fascisme triomphant.

Selon d’autres sources, on peut emprunter le chemin des moeurs particulières comme les appelait Roger Peyrefitte. Selon Patrick Buisson, Eugène Deloncle était un homosexuel discret donnant sa femme en gages au beau Jacques Corrèze faute de satisfaire les ardeurs de la belle Mercedes Deloncle. Aussi le Guide suprême de la Cagoule se révèlerait, sur le tard, aimanté par le neveu de l’Inspecteur Bonny, clef de voûte de la Gestapo française, un certain Jean-Damien Lascaux servant d’appât pour le compte de Daniel Fernet alias « Duval ». Cet assemblage romanesque, fresque gay sulfureuse, aurait conduit à l’exécution d’Eugène car il est bien connu que les motifs de tout un chacun ne seront jamais que le fric, le cul et le pouvoir, le brave Eugène ayant épuisé les trois mobiles criminels de toute vie.

Patrick Buisson aurait donc découvert sur le revers du CSAR des tatas hautes en couleur aux profils publicitaires. Du côté des couleurs, Jean Fontenoy, dirigeant du MSR (Mouvement Social Révolutionnaire créé en 1941 et dont Eugène Deloncle fut un temps le fondateur), opiomane, alcoolique, très en jambes avec les allemands et qui serait porté sur l’amour grec revu par Arno Breker, bretteur émérite, aimant les coups de feu et la bagarre prêt à périr éventré sur une baïonnette soviétique, parfait portrait du lansquenet gay-cuir.

Pourtant, l’hypothèse ne tient pas debout et semble reposer sur des rumeurs. Non pas qu’il n’y ait jamais eu des sodomites façon Samouraï chez les activistes de la droite radicale, mais justement parce que Deloncle comme Fontenoy semblent se distinguer de cette lignée pour rejoindre la face inquiétante d’Hitler, celle où les femmes sont bannies. C’est l’univers des mages, s’il n’y a pas de rapport sexuel pour paraphraser Lacan alors autant s’accoupler avec le grand Autre, en être le petit véhicule, après lui avoir sacrifié son membre viril. Comme l’a écrit Jean Fontenoy, « ma première expérience amoureuse a été déplorable. A la réflexion, elle m’a fait antiféminin. Il était trop tard pour que je devienne pédéraste. Et puis je suis timide ». Les voici tous deux, eunuques des dieux absents ou de la race, mélancoliques de la cité divine, et non portiers de nuit pour le compte de Reinhard Heydrich, excellent violoniste dans l’intimité et fils d’un chanteur d’opéra et d’une actrice.

L’Internationale blanche fut une tentation et dépassa largement les frontières de la droite radicale puisqu’elle accueillit des notabilités telles que Bernard Faÿ ou Pierre Laval mais aussi des sortes de compagnons critiques, comme Paul Claudel ou Maurice Blanchot qui ne renoncèrent jamais à leur hostilité envers le Troisième Reich tout en louant le combat de Franco et du movimiento nacional contre la racaille rouge. Néanmoins, il fallut un homme aussi extérieur que Georges Bernanos pour saisir, sans en connaître les détails, ni sans doute l’existence, toute la vertu d’Apocalypse qui régnait dans un tel attelage contre-nature.

Le concordat avec Adolf Hitler fut signé le 20 juillet 1933. Dans un memorandum du 20 juin, rédigé par le cardinal Gasparri, secrétaire d’Etat, on lit « les catholiques devraient être libres d’adhérer au parti d’Hitler, de même que les catholiques italiens sont libres d’adhérer au parti fasciste » car selon Pie XI, le concordat avait rendu Dieu à l’Italie et l’Italie à Dieu. Néanmoins, en 1928, le mouvement les amis d’Israël, comptait dans ses rangs, dix huit cardinaux, deux cents archevêques et évêques ainsi que deux mille prêtres et le secrétaire du Saint-Office Merry del Val (mort en février 1930) y voyait la « main et l’influence des juifs ». Aussi, Pie XI, inquiet, en vint à les dissoudre dès lors qu’ils avaient demandé la fin de la mention liturgique sur les juifs perfides, car le temps où on flagellait sur les bords du Tibre un juif du ghetto était passé, mais il n’était pas question de faire risette au peuple déicide. Au cours de cette période, Orsenigo, nonce berlinois et d’une lucidité qui laisse pantois, voyait dans le nudisme des wandervögel une dépravation totale, une folie collective. Il n’était pas seul puisque la conférence épiscopale de Fulda avait réagi, en 1925, contre cette poussée irrépressible de naturalisme païen.

Ce néo-paganisme fut la véritable cible du Saint-Office qui condamna le mythe du XXème siècle de Rosenberg, ce qui n’empêcha pas Hitler de lui confier la weltanschauung du parti, en février 1934. Conscient de l’échec d’une telle attaque frontale, l’évêque Alois Hudal, qui ne désespérait pas d’un accord avec le nouveau pouvoir, eut l’idée de détacher l’aile pagano-gauchisante du nazisme de son aile conservatrice incarnée par Hitler.

Après tout, von Papen avait décrété que l’action de la SA ne pouvait s’achever que dans une sorte de révolution marxiste. Il fallait donc guider le Führer vers la sainte défense de l’ordre social.

De son côté, Pie XI avait une prédilection pour les jésuites et il leur confia Radio-Vatican. Le supérieur général en était le polonais Wlodimir Ledochowski. Un premier rapport sur l’idéologie nazie fut fourni au Saint-Office en mars 1935. Le seul hiatus que les jésuites y avaient rencontré était la légalisation de la stérilisation, premier pas vers l’eugénisme. Pourtant, le 30 juin 1934, lors de la nuit des longs couteaux, le dirigeant berlinois de l’Action catholique fut assassiné, ainsi que d’autres laïcs en vue, mais visiblement on faisait confiance à Hitler pour limiter l’action vengeresse des SS. En, conséquence, Orsenigo, le contempteur du nudisme païen, écrivit en écho aux lois de Nuremberg, « j’ignore si le bolchévisme russe est l’œuvre exclusive des juifs », laissant en suspens la question et sa résolution. Or celle-ci était tout sauf périphérique.

Si toute négociation avec l’URSS avait été rompue en 1929, le 19 mars 1937, Pie XI était allé plus loin en condamnant fermement le communisme athée dans l’encyclique Divini Redemptoris. Le jésuite Ledit en vint à opposer, le communisme, cette entière perversion de l’homme, au catholicisme, entière élévation de ce dernier. Or sur l’échelle des dilections, une sorte d’échelle de Jacob made in Pie XI, le nazisme s’il était purgé de ses parades païennes était plus proche de Rome que de Moscou.

Dès lors, au cours de l’été 1936, le Saint-Office prétendait lancer une offensive conjointe contre le communisme, le nazisme et le fascisme, mais une offensive dont l’objectif n’était pas explicité mais tenait en une phrase : placer Rome au centre de la croisade anti-bolchévique, refaire le coup de Grégoire VII et obliger les petits Césars à baiser le cul du Pape dont l’infaillibilité avait été proclamée en ces termes par Pie IX face à des cardinaux récalcitrants. Vous nouerez les lacets de mes bottes christiques, telle était la teneur du caractère divin du magistère papal.

Aussi La doctrine chrétienne était ainsi formulée, en cet été 1936, « les différences entre les races ne doivent pas être exagérées au point d’abolir l’unité de l’humanité affirmée par la révélation. Et l’on ne doit pas perdre de vue le devoir de justice et d’amour envers toutes races, qui n’exclut en rien la race sémite » puis, en contrepoint, « tout l’enseignement social du communisme est incompatible avec le véritable Christ ; le communisme et le christianisme sont déclarés contradictoires et inconciliables : nul ne peut être, tout à la fois, catholique vertueux et communiste sincère ».

Une telle doctrine se traduit ainsi : il existe bien des races inférieures et parmi toutes les races la juive doit être comptée à part. Or ce fameux devoir de « justice et d’amour » était assez alambiqué pour porter un coup de griffe contre les gazages de l’aviation fasciste en Ethiopie mais surtout pour mettre en cause les politiques coloniales des deux principaux Empires, le britannique et le français.

Or, depuis janvier 1936, le ministre nazi des cultes négociait avec les évêques allemands, en l’occurrence le cardinal Bertram. Aussi Hitler favorisa les positions nazis-catholiques de Hudal en lui déléguant Von Papen comme interlocuteur et Hudal fit paraître les fondements du national-socialisme, en novembre 1936. Il fustigeait l’intransigeance des évêques allemands alors même que ces derniers tenaient Hitler pour un arbitre. De plus, le peuple devait se réjouir que ce mouvement intellectuel (Geistesbewegung) ait sapé l’idéologie des droits de l’homme et aboli la foi dans les institutions démocratiques, premier pas sur la voie du bolchévisme comme l’enseignait de son côté un athée convaincu, Louis Rougier. Le racisme était à la fois un mouvement scientifique tout à fait sérieux et un ensemble de propositions acceptables en tant que discriminant religieux mais bancal comme conception du monde car le catholicisme devait rester l’idéologie régulatrice d’une chrétienté à reconstruire. En conséquence, Il fallait former un rempart solide contre la menace universelle, le « raz de marée du bolchévisme culturel asiatique ».

Rosenberg condamna le livre, ce qui n’empêcha pas Hitler de recevoir, trois heures durant, le cardinal von Faulhaber, le 4 novembre 1936. Le chancelier et président réitéra, au cours de cet échange de vues, sa proposition d’une alliance entre nazis et catholiques contre le bolchévisme. Et ce n’était pas là une proposition en l’air puisque chacun savait que le chancelier avait pris seul la décision d’envoyer vingt Junker à Franco au début du soulèvement. De plus, il venait de dépêcher au Caudillo la légion Condor, tout en négligeant la demande espagnole d’une division d’infanterie entièrement équipée pour prendre Madrid dans les semaines suivantes. Néanmoins, il avait mis les points sur les « I » en plaçant les lois raciales au centre de son critère d’obéissance des catholiques au IIIème Reich.

En février 1937, Alois Hudal reçut l’imprimatur ecclésiastique du cardinal autrichien Theodor Innitzer. En Autriche, le livre connut 5 éditions en une année, en Allemagne sa diffusion fut limitée à deux mille exemplaires, Rosenberg ayant obtenu une sorte de censure. Aussi, après l’Anschluss, son livre fut interdit.

Le 19 novembre 1936, Pie XI réclama la condamnation du communisme en guise de gage pour son ami Franco qui cherchait à baptiser du nom de Croisade sa liquidation des pauvres malcontents comme allait l’écrire Bernanos. Dans la Civilta Cattolica du 19 septembre 1936, le jésuite Enrico Rosa écrivait un article incendiaire contre « l’Internationale de la barbarie dans son combat contre la civilisation » : « ces tragédies sanglantes épouvantables, ces massacres, cette folie collective montrent qu’une tempête satanique s’est déchaînée sur les peuples, annonçant la mort et la profonde décadence des nations ». Alors qu’à Badajoz on fusillait trois mille militants de gauche dans les arènes, en Catalogne et en Aragon, la chasse aux prêtres allait aboutir au martyre de six mille d’entre eux. Seulement si le martyre est un témoignage, s’il doit mettre fin aux rituels païens du sacrifice, de quelle vérité étaient porteurs ces deux séries de martyrs : l’une de gauche et l’autre catholique, dès lors que ce n’est plus une foule qui lynche un homme mais la tragédie qui revient dans toute sa force et sa cruauté.

En octobre 1936, naissait de la guerre d’Espagne, l’axe Rome-Berlin. Le 19 novembre, Mussolini réclama, en petit comité, d’intégrer la question raciale dans la doctrine fasciste. Les 25-26 novembre, les évêques bavarois réaffirmèrent leur loyauté et leur bienveillance envers le régime et son Führer.

En mars 1937, sortit l’encyclique Mit Brennender Soge (« avec une brûlante inquiétude ») qui semblait viser le nazisme. Or le Vatican voulait conserver le Concordat à tout prix. Aussi, lors de l’entrevue de janvier 1937 avec les hiérarques allemands, Faulhaber demanda une réaffirmation pacifique du dogme, soit une soumission au pouvoir légal. On ordonna au cardinal de participer à la rédaction du document sans l’informer du texte du Saint-Office qui condamnait les propositions d’Hitler et on attira l’attention de tous sur la situation de l’Eglise dans l’Empire allemand.

L’encyclique notait la violation du concordat, condamnait le panthéisme, dénonçait l’erreur du « dieu national » et non l’hérésie. On avait été nettement plus dur avec l’Action Française, en 1926 et en 1929. Tandis que Maurras était dépeint en hérétique, transgressant l’enseignement de l’Eglise sur la Providence et les limites de la raison humaine, les nazis s’étaient juste éloignés de la vraie foi en dieu, il fallait les y ramener. C’était Moïse qui se lançait au secours de la brebis égarée. D’ailleurs, Ledochowski, le général des jésuites, jugea le document un peu sévère. De son côté, Mussolini ne chômait pas et le Manifeste fasciste de la Race fut publié en juillet 1938, c’est dire si l’encyclique lui faisait peur.

L’attitude de Pie XII, durant la guerre, ne peut pas se comprendre sans ces convergences entre forces conservatrices et forces révolutionnaires de droite pour lesquelles l’ennemi commun, le bolchévisme mais aussi la démocratie libérale méritaient d’être abattues. Ce qui n’était pas clair, c’est la manière dont on sortirait d’une telle alliance conjoncturelle. La Curie pensait qu’elle dominerait une chrétienté rénovée, Berlin que le temps du christianisme était clos.

Quand Pie XII le comprit, il lâcha la bride à l’épiscopat allemand et la condamnation publique de l’Aktion T4 en Allemagne (l’assassinat en masse des « malades mentaux »), en 1941, encouragea d’autres catholiques à s’opposer à la destruction des juifs d’Europe mais aussi à d’autres massacres de masse. Mise sous le boisseau durant deux décennies, la démocratie-chrétienne semblât sortir des catacombes où les papes l’avaient laissée pourrir. Avec la victoire des anglo-américains en perspective, maintenir le salut « à la romaine » était tout à fait contre-productif. Aussi le Vatican opéra son virage, sans abandonner ses ouailles, très entêtées dans l’erreur.

Ainsi, entre 1941 et 1945, 487 mille serbes sur 2,2 millions et 27 mille tziganes furent assassinés dans l’Etat croate de monsieur Pavelic. 30 des 45 mille juifs que comptait la Yougoslavie, furent exterminés dont 20 à 25 mille dans les camps de la mort oustachis. Or, le 28 avril 1941, Mgr Stepinac, depuis canonisé, demandait aux fidèles de collaborer à l’action du Plogavnik alors même que le général Edmund Glaise von Horstenau constatait, au cours du mois de juin 1941, que les oustachis étaient devenus fous furieux. Dans la sphère d’influence italienne, effective jusqu’au 1er juillet 1943, les transalpins, héritiers d’une vieille civilisation et d’un certain sens de l’Humanité qui avaient toujours limité la portée des délires fascistes, avaient sauvé plus de 33 mille civils d’une mort certaine.

En revanche, à Rome, le collège San Girolamo degli Illirici fut, sous la supervision du père Dragonovic, le Quartier Général des oustachis en fuite, avec, faut-il le préciser, leurs 80 millions de dollars-or et la certitude que Tito les fusillerait sans autre forme de procès.

En outre existait le réseau ODESSA dont personne n’a prouvé qu’il était un dispositif unique et parfaitement structuré de fuite pour les anciens nazis, mais qui, néanmoins, fonctionnait à merveille, sans quoi Juan Peron n’aurait pu prolonger sa dictature sous les yeux éteints de Borges.

Alois Hudal joua sa partition jusqu’au bout. Il avait travaillé à la Commission pontificale pour les prisonniers et réfugiés où il permit à des hommes comme Eichmann de passer en Amérique Latine, de même qu’il aida le commandant de Treblinka, Franz Stangl. En 1952, sous la pression des alliés, il était écarté. Cette solitude, cette claustration, cette vie à l’ombre du néant lui pesa. Aussi il fournit  à Hochhuth l’essentiel de la matière de sa pièce, Le Vicaire, qui, la première, relança, publiquement, la question du rôle de Pie XII, durant ces quelques années.

Internationale Blanche et Communisme

Le 6 novembre 1937, Jean Fontenoy, membre éminent du PPF et ancien communiste, envoya une lettre à Otto Abetz à propos du judéo-bolchévisme russe. A la mi-septembre, son interlocuteur, ravi, lui proposa de piger pour le Berliner Tageblat, éminent journal nazi. Au printemps 1939, les SS invitèrent Jean Fontenoy à visiter le camp d’Oranienburg, en fait, Sachsenhausen, non loin de Berlin. Il publia son reportage lénifiant dans le Journal, en avril 1939 car les frontières n’arrêtaient pas les camarades du combat antibolchévique.

Il ne s’agissait pas d’espionnage mais d’un agencement inédit que seul le communisme réellement existant avait suscité : l’Internationale blanche. Celle-ci se nourrissait du désastre absolu que fut l’avènement du communisme en terre russe. Pour des hommes qui, tels que Jean Fontenoy, avaient connu le régime soviétique, n’importe quelle alliance était préférable au maintien de Staline sur son trône.

Staline, d’une logique implacable, était persuadé que les puissances fascistes (Allemagne nazie et régime militaire japonais) allaient s’unir afin de dévaster l’URSS avec la neutralité bienveillante des puissances occidentales, moyennant en quoi il fit exécuter la quasi-totalité des officiers expérimentés de son armée si bien que les services de renseignements anglo-français étaient persuadés qu’un complot militaire soviétique était bien en cours. Ils n’avaient pas saisi toute la logique de la politique communiste et de ses interprètes.

Ainsi Staline fit cette confidence à Romain Rolland qui ne broncha pas « Nos ennemis des cercles capitalistes sont inlassables. Ils s’infiltrent partout ». De la guerre d’Espagne le khoziaine tira la conclusion qu’il fallait non seulement liquider la cinquième colonne et les espions et ennemis fascistes mais aussi toute opposition intérieure. Ce qu’entendait Staline par le terme de cinquième colonne, la directive 00447 se chargea de l’éclaircir : 669 929 anciens koulaks furent arrêtés et la moitié exécutés sous le prétexte fourni par le NKVD qu’une organisation monarchiste blanche (la ROVS) préparait, clandestinement, un soulèvement en liaison avec une invasion japonaise de la Sibérie.

Le NKVD poussa si loin son auto-intoxication qu’il dénombra dans l’Altaï vingt deux mille membres de la ROVS mis hors d’état de nuire. Que l’homme soit une proie et non un prédateur, nul mieux que le scénariste Valeri Frid ne l’indique « nous étions tous semblables à des lapins qui reconnaissent le droit du boa constricteur à les avaler ; quiconque tombait sous l’empire de son regard avançait très calmement, avec un sentiment de perte dans la bouche ». Toute la population était compromise dans cet exercice de loterie où le gagnant avait droit à son lot spécial : une balle dans la nuque.

Ainsi, selon un haut responsable de la police, un employé de bureau soviétique sur cinq était un informateur du NKVD. Un autre évaluait ce peuple de mouchards dans les grands centres urbains à 5% de la population totale. Evidemment le spectre était large, allant d’une famille d’informateurs sur sept dans Moscou, à un informateur pour dix sept mille habitants à Kharkov. Reste que l’exercice était profitable et rétribué en argent, places, logement, rations spéciales et immunité, confondant la morale socialiste et celle du Milieu.

Encore aujourd’hui, il est possible de trouver un ouvrage universitaire à propos de Staline pour nier toute implication du régime dans la famine ukrainienne déclenchée lors de la collectivisation. Aussi, il faut reprendre le récit de cette séquence, non pour en épuiser l’horreur, mais pour la rappeler et en situer les enjeux.

Afin de résoudre la question agraire et accélérer la marche vers le socialisme, Staline ordonna, en décembre 1929, la liquidation des koulaks en tant que classe. Le 2 février 1930, la GPU posta dans chaque village une troïka afin de décider du sort de chaque famille paysanne car la déportation et la collectivisation allaient de pair. Dans les quatre premiers mois de l’année, plus de cent mille paysans furent expédiés dans la taïga sibérienne ou sur les steppes du Kazakhstan en tant qu’ennemis du peuple. Durant cette même année, la GPU, inquiète, enregistra plus d’un million d’actes de résistance tandis que des dizaines de milliers d’ukrainiens gagnaient le territoire polonais. Aussi Staline, échaudé par la dérouillée prise face à l’armée polonaise en 1920, décida de ralentir le rythme de la collectivisation, en stigmatisant le vertige du succès. Tous, paysans compris, crurent à un abandon, il ne s’agissait que d’une pause.

En 1931, les camps de travail et les colonies spéciales de peuplement fusionnèrent pour donner l’armature du Goulag et accueillir les presque deux millions de koulaks qu’on y avait envoyés. Staline en profita pour épurer les cadres subalternes du parti ukrainien et fixer un taux d’imposition tel sur les paysans indépendants que ceux-ci ne pouvaient que rejoindre les fermes collectives ou mourir de faim. Dans les faits, il ne resta qu’une branche de l’alternative car Staline avait déjà décidé la destruction de la paysannerie et partant, de la nation ukrainienne. Conséquent, il ordonna la réquisition des semences afin de respecter les quotas de livraison, ce qui pour tout paysan se résumait à un simple verdict de mise à mort.

Les effets de la collectivisation au Kazakhstan étaient connus, puisqu’un million de personnes étaient déjà victimes d’inanition, mais Staline malgré les suppliques des cadres du parti communiste ukrainien se refusa, en juin 1932, à toute aide alimentaire puis ficela une loi selon laquelle l’ensemble de la production agricole était propriété de l’Etat si bien que le vol de tout produit alimentaire pouvait être sanctionné par une fusillade ou une déportation.

Pédagogue, il envoya la saine jeunesse des komsomols s’éduquer moralement et de manière socialiste en pillant les greniers et les caves des paysans, en les humiliant en toute impunité et en violant leurs femmes et leurs filles, dès lors qu’ils disposaient d’armes, de vodkas et de gourdins.

Le 8 novembre 1932, jour anniversaire de la révolution d’Octobre, la compagne de Staline se suicida et l’humeur du khoziaine s’assombrit. Entre la date de sa mort et les premiers mois de l’année 1933, il fut saisi d’une véritable fringale qui avait vocation à transformer « le matériel ethnographique » du pays ukrainien en le nettoyant de ses habitants, de ses traditions et de tout son substrat : toutes les avances en grains furent réquisitionnées puis la totalité des semences, un impôt sur la viande réduisit à néant le cheptel, une liste noire de communautés villageoises coupées du monde fut dressée, des responsables du parti et de simples citoyens furent déportés au prétexte qu’ils participaient à un immense complot nationaliste dont la famine était un avatar, des tours de guet campèrent sur tout le territoire gardées par près d’un demi-million d’adolescents transformés en gardiens de camps à ciel ouvert, les frontières furent bouclées par l’armée ainsi que les abords des villes pour que les paysans meurent sur leur finage.

Alors que le pouvoir soviétique affamait le peuple ukrainien, il lui dépêcha Yossyp Panasenko et ses joueurs de bandoura. Ils ne virent personne, s’inquiétèrent du silence de la campagne, puis rencontrèrent deux filles mortes dans un lit, les jambes d’un homme sortant d’un four et une vieille qui délirait en raclant le sol tandis que des bandes de cannibales sillonnaient le pays.

Les moyens de survie étaient limités lorsqu’on n’appartenait pas à la classe ouvrière urbaine, aux organes de répression, à la bureaucratie ou à l’appareil dirigeant des kolkhozes avec ses stations de tracteurs sans tracteurs et son matériel sans ouvriers. On vendait tout, y compris les ornements d’église qui servaient de bibelots pour les familles de la nomenklatura. On mangeait toutes sortes d’animaux errants. Des femmes se prostituaient pour de la farine, on essayait de sauver ses enfants en les confiant à des inconnus ou en les envoyant en ville. D’autres parents les mangeaient comme le signalaient les rapports de la GPU, quand ils ne demandaient pas à leurs enfants de les dévorer, s’ils venaient à mourir. En juin 1933, une jeune femme médecin écrivait à un ami qu’elle n’était pas encore cannibale mais qu’elle n’était pas sûre de ne pas l’être devenue quand il recevrait sa lettre.

Un tel traitement abrase un peuple plus que tout le reste. Les orphelins se comptaient par millions et aucun survivant ne pouvait s’épargner d’avoir survécu dans la honte, même si les bourreaux socialistes prétendaient l’avoir fait pour construire un avenir meilleur. Lorsqu’on croisait un bébé tétant le sein de sa mère morte, on le baptisait de bourgeon du printemps socialiste et c’était ce qu’il était, un bris de coquille dans l’omelette de l’avenir radieux.

Si ce génocide, connu des autorités polonaises, des organisations ukrainiennes et des diplomates allemands en poste à Moscou, fit presque quatre millions de victimes sur le seul territoire de l’Ukraine, il ne fut pas reconnu par tous. Edouard Herriot ne le vit pas, lui qui débarqua à Kiev, en août 1933, le prix Pulitzer et grande plume du New York Times, Walter Duranty le baptisa de « grande rumeur alarmiste » et Arthur Koestler ne délivra son témoignage que bien après les faits. Quant à l’universitaire italien Domenico Losurdo, il ne le mentionne pas dans son anthologie critique contemporaine intitulée Staline et préfère le subsumer dans une phase de l’histoire russe marquée par des violences extrêmes.

Le 2 mars 1933, Adolf Hitler lors d’un meeting à Berlin lança « des millions de gens meurent de faim dans un pays qui pourrait être le grenier du monde ». Il disait vrai mais les gens de gauche n’écoutent pas les fascistes sous le prétexte que le réel quand il est énoncé par un fasciste n’existe pas.

Et lorsqu’un avocat des Lettres Françaises lors du procès Kravchenko, en 1949, brandissait de vieux numéros de Gringoire ou de Candide pour évoquer le cannibalisme dans les campagnes soviétiques, c’était pour pointer l’évidence de la calomnie. En revanche, ce que le chancelier aux pleins pouvoirs ne disait pas, c’est qu’il s’apprêtait à commettre un crime jumeau et à saigner de nouveau l’Ukraine afin de faire place nette pour les colons allemands, exactement comme les colons russes étaient entrés en possessions des fermes ukrainiennes après les avoir préalablement vidées des cadavres qui les encombraient. Des victimes et leurs noms, on pourrait dire ce que disait Anna Akhmatova, on a pris la liste et il ne reste plus rien.

Pour nombre de membres ou de sympathisants de l’Internationale Blanche, les crimes des régimes nazi ou fasciste voire simplement franquiste devinrent des billevesées pilotées par la propagande du Komintern. Le pays du grand mensonge comme l’avait baptisé Ante Ciliga étendait son règne jusque chez ses ennemis qui en avaient adopté les méthodes et la morale.

L’ancien communiste devenait une sorte de voyant et d’expert auxquels les autres, très prosaïques dans leur indifférence ou leur hostilité de principe, ne pouvaient rien entendre comme s’ils avaient à faire à des gens d’une substance autre et bien entendu supérieure à la substance commune de l’être humain. L’adhésion au communisme devenait, une fois dépassée, une sorte d’épreuve qualifiante sur la voie de l’héroïsation de soi alors qu’elle avait marqué le plus souvent, un désir d’abêtissement volontaire par goût d’un pouvoir à venir dont la gloire était assurée puisque le communisme se proposait d’en finir, à tout jamais, avec le Mal si bien résumé par les termes de capitalisme et d’argent.

Par un retournement du balancier idéologique, la lutte à mort contre le communisme fut conçue par les membres de l’Internationale blanche comme une continuation de l’élection héroïque par d’autres moyens. Le communisme devenait la boussole qui permettait d’orienter sa vie, en bien ou en mal, il était aussi l’épreuve dans laquelle était né un homme nouveau doté d’une morale à la hauteur de cette guerre civile planétaire annoncée par Lénine. Des hommes comme Jean Fontenoy étaient partis de l’idée que l’éradication du communisme était absolument nécessaire, puis, pris dans l’engrenage de l’Internationale blanche dont les rouages à croix gammée tournaient autour de la machine de guerre allemande, ils finirent par tout accepter et tout défendre, quitte à se donner la mort, lorsque leur pari s’était révélé absolument vain et leur position compromise.

Jean-Marie Le Pen dérape

« En marge du meeting de Marine Le Pen au Zénith de Paris mardi 17 avril, le président d’honneur du Front national a comparé le meeting de Nicolas Sarkozy, dimanche, à Paris, sur la place de la Concorde à Nuremberg, en référence aux rassemblements organisés par le parti national-socialiste, en Allemagne, de 1923 à 1938. Cela après avoir associé les initiales de Nicolas Sarkozy (NS) avec« national-socialisme ». »

Le Monde

Jean-Marie Le Pen est sans doute un spécialiste du dérapage mais ses pas de côté ne doivent jamais rien au hasard. Je doute que le toujours président d’honneur du Front National soit assez ignorant pour ne pas savoir que l’inventeur britannique du gouvernement invisible et de la manipulation de l’opinion par les médias, Lord Northcliffe, fut l’homme qui inspira Goebbels. De fait les techniques de propagande nazie ne dépareillent pas des dispositifs en usage dans les pays démocratiques et parmi les partis qui se déclarent les garants de la démocratie libérale. C’est là un héritage de la première guerre mondiale et de son bourrage de crâne perpétué par le marketing naissant. Comme le disait Emmanuel Le Roy Ladurie, dans un vieil entretien au feu magazine Enquête sur l’Histoire de Dominique Venner, on a longtemps mis de côté la lecture du journal de Goebbels et l’analyse de ces procédés par pur a priori idéologique. On préférait alors commenter la moindre traduction du plus minable auteur marxiste, de Bordiga à Manouilski pour éviter de voir ce qui est l’évidence même : tout leader politique se vend comme une savonnette car le secret se pavane en plein jour, c’est son obscénité. Les Le Pen inclus, sans quoi on ne comprendrait pas ce slogan aussi vide que lisse qui entend mettre sur pied une alliance bleue marine.

Quant aux provocations, Le Pen est franchement un ton en dessous du Godard d’une femme mariée. Le 20 décembre 1963, s’ouvre à Francfort le procès d’Auschwitz. 22 responsables et gardes y sont jugés. On y voit défiler 350 témoins dont 211 survivants du camp. Dans son film, on entend le dialogue suivant :

« L’Homme : vous avez entendu parler d’Auschwitz ?

La jeune femme : c’est la thalimonide ?

L’Homme : non pas exactement, c’est une vieille histoire juive, un camp…

La jeune femme : ah oui, Hitler

Puis l’homme narre une histoire qu’il ponctue ainsi « le premier dit et si demain on tuait tous les juifs et tous les coiffeurs ? Et l’autre de répondre, Pourquoi les coiffeurs ? »

La jeune fille : Oui, pourquoi les coiffeurs ? »

Et pour bien apprécier cette géométrie des rencontres qui ne doit rien à Euclide, on peut aussi noter que le même Godard parce qu’il n’avait pas obtenu gain de cause dans je ne sais plus quelle affaire avait baptisé le Théâtre de Strasbourg, le TNS, Théâtre national-socialiste, sans susciter une levée de boucliers. Toutes les exagérations sont des marques de dépit, des signaux de défaite. Le vieux ligueur s’en va et va passer la main alors il cite Brasillach et joue sur les initiales du président en exercice, il lâche encore quelques salves, quelques pets malodorants sur les éternels exercices de vertu et d’innocence de la clique au pouvoir.

 

Jean-Marie Le Pen, la torture et l’Algérie

Le Monde publie un numéro spécial sur la guerre d’Algérie, intitulé « guerre d’Algérie, mémoires parallèles ». A la page 36, on tombe sur un article signé Florence Beaugé à propos du même Monde qui relancerait le débat sur la torture. On part du témoignage de Louisette Ighilahriz violée de manière récurrente par le capitaine Graziani qui appliquait là un modus operandi que vont reprendre les tortionnaires argentins. Là où les choses collent moins c’est que cette femme suppliciée sera sauvée par un autre officier français dont l’existence est confirmée à la veille de sa mort par le général Massu.

Jean-Marie Le Pen n’apparaît qu’à la page 38. La journaliste qui vit en circuit fermé traite de l’article sorti dans le Monde du 4 mai 2002, soit 48 heures avant le second tour qui verra la victoire à l’africaine de Jacques Chirac. On apprend qu’un « indépendantiste algérien » Ahmed Moulay aurait été torturé par un grand blond et une vingtaine de parachutistes devant sa femme et ses enfants puis achevé à la mitraillette au petit matin du 3 mars 1957. Mohamed Cherif, le fils du martyr, se serait alors emparé du poignard du grand blond qu’il aurait conservé comme une relique.

Le poignard en question porte sur sa lame la mention JM Le Pen, 1er REP. Ce serait un modèle en usage chez les Hitlerjugend. Selon le journaliste Sorj Chalandon, un autre antifasciste intrépide, il aurait été fabriqué par JA Henckels, fabricant à Solingen. On nage donc dans une sorte de thriller nazifiant où Jean-Marie dévoile sa face obscure et ce d’autant plus que le Monde du 4 juin 2002 rapporte les témoignages de quatre autres combattants algériens.

Premier problème, tous les témoignages sont issus du milieu des moudjahiddines, ce qui ne garantit en aucun cas leur véracité, et celui de la famille Moulay ne tient pas debout puisque celle-ci prétend qu’elle n’aurait découvert l’identité du grand blond qu’après quelques semaines alors qu’elle est gravée sur la lame du couteau dont le petit Mohamed devenu grand affirme qu’il n’a pas voulu le donner à la gendarmerie en 1957 mais qu’il l’a confié à Florence Beaugé en avril 2003 pour qu’il serve de pièce à conviction dans le procès devant la 17ème chambre correctionnelle. Rappelons que le 1er REP avait son propre « centre de tri » et qu’il aurait été pour le moins outrancier d’organiser des séances de tortures plus ou moins sadiques (la journaliste expliquant que le cadavre du supplicié avait les commissures des lèvres entaillées) devant témoins pour que Rania Moulay, la femme du combattant, aille porter plainte au commissariat. De plus le système mis au point par l’armée française complétait la torture par la « disparition » du supplicié ou son retournement et ses différentes phases étaient inséparables.

Second problème, Florence Beaugé n’étudie pas le contexte des révélations en question. En 2001, paraît le livre d’Habib Souaïdia, la sale guerre. Il met en cause le cénacle des généraux et leur stratégie dans la guerre civile qui déchire alors l’Algérie. Aussi le 25 avril 2001, le général Khaled Nezzar, sorte de parrain officieux de la junte et du paillasson Bouteflika est visé par une plainte déposée en France pour « tortures, traitements inhumains, cruels et dégradants ». La coalition Chirac-Jospin lui permet de sortir indemne de ce mauvais pas en violation flagrante de la convention signée à New-York en 1984 qui fait obligation d’intercepter tout tortionnaire ou présumé tortionnaire présent sur le sol français. En juillet 2002, le même Khaled Nezzar attaque en diffamation Habib Souaïdia devant la 17ème chambre. La tribune se transforme alors en procès du régime algérien accusé d’avoir instrumentalisé les groupes islamistes afin de se maintenir au pouvoir par la terreur.

C’est alors que monte l’étoile de Rafik Khalifa, petit pion dans le jeu du clan Belkheir et lui-même fils du fondateur de la sécurité militaire algérienne. Sponsor de l’Olympique de Marseille, ami de Gérard Depardieu et de la bande à Canal +, il est visiblement chargé de redorer le blason de la junte algérienne avec l’accord du gouvernement français donc de Chirac et Sarkozy. En février 2003, la chute du pseudo-empire Khalifa intervient après la découverte par les autorités algériennes de 300 mille euros non-déclarés dans les valises de trois collaborateurs de Magic Rafik. Néanmoins, les relations entre Paris et Alger sont au beau fixe.

Dès lors, les révélations opportunes faites au Monde ressemblent à un coup double. Rendre service à l’ami Chirac mais aussi remettre sur le tapis la période de la guerre d’Indépendance pour effacer l’actualité d’une série de tueries bien réelles où l’armée algérienne joue sa propre partition. Le Pen était donc la cible la plus commode et la plus consensuelle.

Dans un autre registre on peut se demander à quoi riment les demandes d’excuses présentées par l’Algérie quand il est écrit sur les monuments aux morts de la guerre d’Indépendance cette sourate du Coran « Ne pense pas que ceux qui sont tombés pour la cause de Dieu sont morts, ils sont au contraire vivants auprès de leur Seigneur et comblés de faveurs ».

Karski Jan (la leçon de)

Jeudi soir, je regardais cette sorte de pièce adjacente à Shoah que fut une partie de l’entretien entre Claude Lanzmann et Jan Karski, dès le préambule il était évident que cette exhumation répondait très exactement au « roman » de Yannick Haenel qui emprunte au docu-fiction sa technique du récit.

Son livre est un réquisitoire à charge à l’encontre de la présidence Roosevelt et des alliés en général qui reprend l’antienne accusatrice d’Arthur Morse, Henry Feingold, Walter Laqueur et David S Wyman qui tous finirent par souscrire à l’idée d’un abandon des juifs par les alliés. Son livre est donc inepte en ce qu’il prétend offrir une vérité qui a la structure de la fiction selon la phrase de Lacan qui finit par évacuer jusqu’au réel lui-même. A l’instar de Lanzmann dans son préambule je crois aussi qu’une fois la solution définitive du problème juif décidée par Hitler, il n’y avait plus moyen d’arrêter la machine sinon par la défaite de la Wehrmacht.

Quand j’écoutais Jan Karski, quand je le voyais, il me semblait un homme qui parlait d’un autre lui-même déjà mort une fois, quelque part en Pologne entre 1940 et 1945. Il dit ainsi qu’il était aux yeux des polonais un héros, à ses propres yeux une machine à rapporter plus qu’un témoin, un être qui a traversé l’abattoir nazi où agonisait la judaïcité européenne et qui vient conter le martyr de sa propre nation.

Car Karski n’oublie jamais de distinguer juifs et goyim, quand il évoque le juge Frankfurter, il tient à préciser son « allure juive », manière de dire l’extranéité des juifs au sein de toutes les nations et pas seulement la polonaise.

Election ou non, il ne se prononce pas, ces gens sont ailleurs voilà tout et s’il entend bien Lanzmann et la nécessité de son film, il comprend que ce dernier traite d’une disparition, d’un crime sans nom et sans précédent que la pauvre qualification judiciaire ne peut en aucun cas circonvenir. Karski le répète oui les hommes se battent, torturent, sont cruels mais là c’était autre chose Monsieur Lanzmann, une chose que je ne comprends pas, bien que je l’ai vue, et que cette vue m’ait brûlé à jamais.

Karski ne dit jamais que les américains ont abandonné les juifs ou qu’ils furent indifférents, il narre un dispositif qui rappelle celui de Joseph K lorsqu’il se rend chez l’avocat à ceci près qu’il n’y a pas de femme dans ce décor, donc pas de secrétaire, du moins pas de ces silhouettes en jupe qu’il puisse se rappeler avec précision et minutie. Il dort à l’ambassade, il accompagne l’ambassadeur polonais quand il sort son chien, tout le monde lui donne des conseils à commencer par Sikorski, vous allez rencontrer Roosevelt, il faut donc être bref et concis, c’est un homme important, il n’a pas de temps à perdre.

Et Karski de dépeindre un géant, un souverain égal à Dieu tenant dans ses mains les destinées du monde. La vue du jeune lieutenant polonais, du jeune résistant est celle d’un homme extrait des coupes sombres de la mort en série et en tas, la vue d’un homme dont la patrie s’effraie de sa sujétion peut-être de sa disparition, qui lutte pour exister tandis qu’agonise à ses côtés ceux qui viennent en dernier dans le discours de Karski, ceux dont on peut seulement dire, ils vont tous mourir si on ne fait rien Monsieur le Président-Dieu, tous et un par un.

Roosevelt ne dit rien, non pas parce que ses oreilles sont bouchées à la cire ou qu’il est indifférent mais parce qu’il ne sait que dire et que dans le même temps il sait bien qu’on attend de lui une parole, un réconfort, un mot gentil, une façon de dire, l’Amérique sera votre tutrice, pas d’inquiétude.

Il parle à Karski de ces chevaux polonais que les allemands ont pris et qui manquent tant puisque la Pologne est une nation agricole, il parle en big boss, il pense qu’une nation européenne ce sont des quintaux, des charrues et des usines, alors il croit parler réalité à un homme qui l’écoute mais qui sait bien que son pays c’est cette place de Cracovie, ces vers de Witkiewicz, la noce de Wyspianski, les rebbe aux habits noirs des shtetlekhs qui ne reviendront plus, le carillon des églises, la marche de Pilsudski, une manière affable de se savoir à l’ouest coincé entre le marteau prussien et l’enclume russe, comme dans un pressoir où le raisin qu’on moud c’est l’âme polonaise. Le lieutenant est poli, le grand homme lui a parlé, il sourit mais le souverain universel sait si bien que tout ceci est insuffisant qu’il lui envoie Frankfurter, comme Dieu enverrait ses ministres et ses anges.

Ce dernier crie, tempête qu’il ne le croit pas, que c’est impossible, que l’homme n’est pas comme ça, il veut bien croire que Karski ne ment pas, il veut bien avaler tout le rapport, blême comme on l’est le tympan collé aux gorgones des enfers mais il est tout aussi impuissant. Son refus vient de son aboulie, que faire quand tout est inextricable et inéluctable, quand la machine s’est emballée absorbant un peuple entier dans les sous-sols de la croisade aryenne où le jour ne perce plus.

Comme dans la parabole de Kafka, on voit bien que tous ses hommes ont en commun de voir la Justice fuir cette Terre, le sens déserter l’Histoire, l’humain se faire si déhiscent qu’on peut se demander encore si ce nom existe, sa figure disait Foucault disparaît, Karski lui annonce qu’elle n’existe plus, devant la béance il en vient donc à répéter je ne comprends toujours pas, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé, ce qui est l’écho exact de la colère du juge Frankfurter tellement dépouillé qu’il entrevoit qu’un jugement même est impossible, l’humanité a sombré, prière de l’endormir par de bonnes et saines paroles, « je connais les hommes » crie le conseiller de Roosevelt, je les connais ce sont les artefacts du code de procédure.

Dans ce brouillard là, des hommes peuvent venir nous chercher un matin, un temps, nous résisterons, nous crierons à la vérité qu’on dévaste, à la réalité qu’on désavoue puis de guerre lasse, le désir exténué, la conscience vague d’un crime oublié, nous nous laisserons entraîner dans un terrain vague et dans une lassitude extrême nous fermerons les yeux quand le bourreau lèvera sa pelle pour nous fracasser le crâne. Et ce bourreau là, nous ne pourrons le désigner du nom de frère ou d’enculé parce qu’il sera l’allégorie d’un Verdict qui aura prononcé notre effacement.

 

Lang Carl contre Marine (Le Pen)

Deux semaines après l’intronisation de Marie Le Pen à la tête du Front national, les adversaires de l’héritière dans les rangs de la droite dite nationale refusent de faire allégeance. Carl Lang, ancien frontiste qui a quitté le parti il y a deux ans, voudrait les fédérer autour de lui. Il a commencé ce week-end à rassembler des militants d’obédiences diverses dans ce qu’il décrit comme « une maison nationale » ou « un pôle » et pourquoi pas une auberge ou un sanatorium.

Cette auberge n’a pas encore de nom et pourrait se réunir devant le comptoir d’une pizzeria Domino si nécessaire. Mais le sanatorium des convalescents du frontisme dit le rejet de la nouvelle présidente du FN. Car si la structure est floue, la stratégie est plus précise : cette entente a prétendument une fin électorale et vise à proposer une alternative Potemkine à Marine Le Pen et les siens dans les circonscriptions. Ceci en vue des prochaines élections : la présidentielle, certes, mais surtout la législative et en attendant l’encaissement des subsides de l’UMP.

Pour occuper le terrain et empêcher la nouvelle présidente du FN de prendre confortablement racine, Carl Lang a d’ores et déjà lié sa formation squelettique (le Parti de la France) à deux autres : la Nouvelle droite populaire (NDP) de Robert Spieler et le Mouvement national républicain (MNR) de l’insaisissable Bruno Magret. Habitué au grand-écart, le maire d’Orange, Jacques Bompard, divers droite identitaire et umépo-compatible, pourrait aussi en faire partie avec sa Ligue du Sud, confirme Carl Lang. Bompard (actuellement mis en examen pour prise illégale d’intérêts), est certes un ancien du FN comme les personnalités précédemment citées. Mais il a fait alliance pour les régionales de 2010 avec le Bloc identitaire, au détriment de Jean-Marie Le Pen.

Le Bloc identitaire pourrait-il, à son tour, rejoindre Carl Lang ? Peu probable compte tenu des références idéologiques et surtout des codes autour desquels s’articule le nouvel acteur à l’extrême droite. Interrogé par Rue89, Carl Lang n’y serait pas opposé mais botte en touche « parce que les Identitaires n’en veulent pas ! ». Même sans les Identitaires, l’alliance des bras cassés qui se forme autour de Carl Lang et contre Marine Le Pen s’est étoffée ces dernières heures. Les frontistes déçus du scrutin du 16 janvier semblent avoir trouvé une oreille pour leurs frustrations en la personne de Lang. Ce qui ajoute une nouvelle onomastique à ce parti des refusés. Carl Lang, trente années de militantisme au compteur a conservé de nombreuses relations au sein du FN. Y compris parmi les cadres du parti.

Le vétéran de la guerre d’Algérie, Roger Holleindre avait annoncé sa démission du Front le 15 janvier 2011. La présence de cet ancien cadre auprès du French Party est donc tout sauf anecdotique et pourrait annoncer un repli des déçus de l’élection de l’ex-« fille du chef » vers une nouvelle formation. Jean-Pierre Reveau, trésorier historique des années Jean-Marie, était également annoncé. Ces piliers frontistes avaient en réalité entamé le chemin avant ce week-end et même pressé Bruno Gollnisch de faire de même, tant ils sont hostiles à la stratégie de conquête du pouvoir initiée par Marine Le Pen.

Pour le blogueur Jean-Claude Camus, universitaire d’occasion et fafhunter de toujours, Gollnisch a toujours refusé toute scission parce qu’il a parfaitement intégré les leçons de l’histoire de l’extrême-droite et de sa fonction de vivier pour les formations de notables du post-gaullisme et de feu l’UDF.  Contacté samedi alors qu’il se trouvait à Vienne pour un colloque du FPÖ (le parti populiste autrichien fondé par un Jörg Haider revenu d’outre-tombe, si l’on en croit le rédacteur sous ecstasy de Rue 89), Bruno Gollnish n’était pas surpris de cette hémorragie:  « J’ai dit que je regretterai d’éventuels départs et je continue de le regretter. J’ai perdu cette compétition, je crois qu’il faut maintenant laisser un peu de temps à la nouvelle présidence. Pour l’instant, je reste au Front national. Mais je ne maîtrise pas les intentions de tous ceux qui m’ont soutenu et pour qui j’étais en quelque sorte le “candidat de la dernière chance”… », contre la décadence et l’abandon de l’Empire.

Combien de temps le parlementaire européen tiendra-t-il sa position d’adversaire au sein du Parti ? Parmi ses réseaux, on trouve un certain nombre de personnalités issues de l’Œuvre française de Pierre Sidos, un groupuscule lié à l’OAS, elle-même liée à l’école contre-subversive, elle-même liée à la guerre d’Indo, elle-même liée à la Milice, le tout remontant à Louis XIV et au code noir de Colbert, sans compter la sinistre Opus Dei japonaise que dirige en sous-main la femme de Gollnisch. A Lyon, où Gollnisch fut élu député en 1986 et où il reste conseiller régional, il est soutenu par exemple par Yvan Benedetti. Ce dernier est conseiller municipal de Vénissieux (Rhône) mais il est surtout réputé influent auprès des membres de l’Œuvre, 10 ou 20 fantassins d’après les anciennes notes blanches des RG, même s’il jure en avoir démissionné. Benedetti est contre le rapprochement Gollnish-Lang, qui tiendrait du mariage de la carpe et du lapin. Mais tous les partisans de l’Œuvre (un gros demi-millier aujourd’hui dans le monde francophone) ne sont pas ce cet avis.

Or, dans le giron de l’Œuvre, on lit aussi Rivarol, ancienne gloire de la IVème République dont le lien avec le nom éponyme qui lui sert de titre est une simple coïncidence. Or il se trouve que cet hebdomadaire reste favorable à la stratégie de grande alliance développée par Carl Lang. Rivarol lui donne d’ailleurs une large tribune dans le dernier numéro, sorti le 28 janvier. Avant d’être battu par Marine Le Pen par 68% contre 32% à l’élection du 16 janvier (17 000 votants pour 22 000 inscrits), Gollnisch avait fait campagne pour « la réunion des nationaux ». Gollnisch et Lang auraient-ils tenu cette ligne si Jean-Marie Le Pen était resté aux commandes ? Probablement pas, ils le cachent du reste à peine. Carl Lang explique que c’est aussi bien dans « le programme que la personnalité » de Marine Le Pen que lui et ses nouveaux (anciens) amis ne se reconnaissent pas :  « Je ne lui fais confiance ni humainement ni politiquement. Humainement, elle pratique une culture du mépris typiquement féminine. Politiquement, elle est pour la sortie de la zone euro alors que je juge moins risqué d’y rester aujourd’hui, même si j’avais fait campagne contre la monnaie unique. Elle n’a pas prononcé le mot immigration durant son discours d’intronisation et elle fait preuve de pure démagogie dans les dossiers économiques comme les retraites alors que nous sommes des libéraux-racialistes européens pur jus, Club de l’Horloge oblige. Son discours médiatiquement compatible est politiquement correct alors que je n’avais pas de désaccords politiques avec son père surtout quand il causait des sionistes. »

Rue 89/ BAM

Laubreaux Alain : Il venait de Nouméa, il fut critique littéraire au sein de la Dépêche de Toulouse, travailla pour le plaisir de vivre de Maurice de Rothschild, mais Béraud le débarqua de son poste de secrétaire quand il fut condamné pour plagiat lors de la sortie de son premier roman. Durant l’Occupation, en page 2, de Je Suis Partout, il lançait, anonymement, des échos toujours proches de la dénonciation.

Lolo (Obertone) le Barjo

Ces grognements silencieux

p 13 : « elle avait vu ses yeux. Ses yeux qui l’avaient regardée »

 

p 16 « pas le mauvais gars ce Zakaria […] Le violeur idéal » et p 20 « Zakaria, lui l’Autre, l’homme de Mayotte, le Noir »

 

p 17 « alors on se documente, comme je l’ai fait, en petit journaliste provincial »

 

  1. 19 « 278 mille personnes sont chaque année victimes de violences sexuelles en France. Sept pour cent des françaises ont été violées. Et seulement 2 % des violeurs sont condamnés ». Mais comme p.18, il est énoncé que « les chercheurs estiment qu’elles [ les plaintes pour viol] ne représentent que 10 % de la réalité » que « chaque année 75 mille personnes sont victimes de viols, ce qui représente 200 viols par jour et concerne une femme sur six au cours de son existence. 198 mille tentatives de viols sont commises chaque année » il faut en conclure que chaque année ont lieu près de 2 millions de tentatives de viols, 2 mille par jour, concernant 750 mille femmes, touchant 160 % des femmes durant leur existence mais 70 % des françaises tandis que 0,2 % des violeurs sont écroués. De plus, p. 36, « selon l’observatoire national de la délinquance, environ 300 mille femmes sont victimes ‘’de violences physiques ou sexuelles’’ au sein de leur ménage, contre 1,2 millions hors ménage […] En tenant compte du dimorphisme sexuel, on s’aperçoit que l’agressivité est plus paritaire que ce que l’on veut bien nous dire ».

 

p.19 « Zakaria […] souffrait d’un problème d’identification du Moi vis-à-vis de sa perception du ça ». Lolo l’ironie.

 

p.19 « Enfermer un violeur durablement. Vous n’y pensez pas. Pas au pays des droits de l’Homme […] L’objectif c’est la réinsertion »

 

  1. 20 « le nombre de viols actuel n’a aucun précédent historique depuis que la France est France »

 

p.21 « la sécurité préoccupe les mammifères que nous sommes depuis la nuit des temps »p.24-25 « chaque jour en France, l’Etat recense près de 6 mille atteintes aux biens, 1300 atteintes à l’intégrité physique, 1000 escroqueries économiques et infractions financières, 470 véhicules détruits ou dégradés, 330 violences physiques crapuleuses, 100 incendies volontaires de biens privés. C’est la surface du lac. A-t-on idée de sa profondeur ». Visiblement Lolo ne connaît des statistiques que les moyennes, mais bon on lui répond tous, la profondeur est insondable, merci Lolo. D’ailleurs, p.28, il est indiqué que « la criminalité réelle est trois supérieure aux chiffres officiels constatés par les services de police et de gendarmerie » donc il y a, par jour, 18 mille atteintes aux biens, 3900 atteintes à l’intégrité physique, 3000 escroqueries économiques et infractions financières, 1410 véhicules détruits ou dégradés, 990 violences physiques crapuleuses, 300 incendies volontaires de biens privés. Comme il y a toujours 365 jours par an, même si je me demande si l’Etat ne ment pas aussi là-dessus, je vous laisse faire les multiplications. De nouvelles statistiques sont avancées p. 29 pour l’année 2005, « selon cette étude, plus de 9 millions d’atteintes aux biens ont été commises […] et dans le même temps près de 4 millions de personnes ont déclaré avoir été victimes d’au moins une agression, soit plus de 12 millions d’infractions », en fait au moins 13 si on se fie aux déclarations des personnes mais l’Etat mentant comme un arracheur de dents, « les statistiques officielles […] avaient fait état cette année là de 3775000 crimes et délits », d’où le  multiplicateur de 3. Néanmoins, si on suit la courbe présentée page 29, on observe un premier décollage continu de la criminalité constatée durant l’Occupation, une envolée exponentielle jusqu’en 1968, un palier durant les années rouges (un effet du laxisme gaullo-pompidolien), une reprise durant l’ère Mitterrand, un nouveau palier, côté Jospin, une reprise sous Sarkozy.

 

  1. 28 « Autant mettre la barre très haut, en sachant que de toute façon ce sont eux qui paieront. Autant tirer dans le tas ».

 

  1. 32 « Chaque année la délinquance et la criminalité coûtent aux victimes et à l’Etat laxisto-progressiste un total d’environ 115 milliards d’euros, hors délits routiers. Dont 29 milliards d’infractions diverses, 22 milliards de fraude fiscale, 14 milliards de fraude informatique, 6,6 milliards pour les blessures volontaires, 5,3 milliards pour la drogue (hors tabac et alcool), 800 millions de fraudes aux prestations sociales. Les voitures incendiées coûtent à elles seules 1,5 milliards », le traitement des déchets n’est pas inclus, c’est une activité de sursocialisé, comme les fraudes fiscales et informatique, donc Lolo n’en parlera pas.

 

p.33 « Rappelons que les retraites (selon l’Etat) ou l’immigration (selon Gourevitch coûtent 30 milliards d’euros ». Les personnes en fin de vie ou celles avec un handicap ou une incapacité ne sont pas comptabilisées dans les calculs obertoniens, sauf Gilles « en fauteuil roulant » (p. 25-28)

 

p.33-36 « Nous n’avons jamais autant parlé de la sécurité routière. Des sommes considérables sont allouées à la répression et à la prévention dans ce domaine. Est-ce justifié ? Il y a 4000 morts par an sur les routes de France […] La sécurité routière c’est une arme de distraction massive […] la liberté n’est-elle pas un risque acceptable ? […] Tenez-vous bien, en 100 ans de conduite, vous aurez en moyenne six accidents, et un risque sur cent d’y passer […] le tabac représenterait…dix certificats de décès. Le risque que vous vous suicidiez est trois fois plus important. Le risque que vous vous fassiez violer est dix fois plus important   ».

La ferme

p 42 « un hasard qui frappe chaque jour en France, un français, une française, une famille, dont le seul tort est d’être au mauvais endroit au mauvais moment, face à des bandes de cités qui ne respectent rien ni personne, sans doute faute d’avoir peur ni de la police, ni de la justice »

  1. 44 « Selon les chiffres officiels, on recense un millier d’homicides par an, auxquels il faut ajouter un millier de tentatives de meurtre, 200 coups et blessures volontaires suivies de mort. Sans compter des centaines de décès à ‘’l’intention indéterminée’’ ».
  2. 45 « les petits caïds qui se cherchent une carrière passent de la délinquance au crime comme du fromage au dessert […] face aux fusils d’assaut et à la détermination des malfaiteurs, les policiers, leur règlement et leurs 9 mm sont bien peu de choses »

 

  1. 46 « Le commando était composé d’une dizaine de personnes. Est notamment suspecté un certain Redoine Faïd, caïd condamné à 31 ans de prisons pour plusieurs braquages avec prise d’otage (en 1995, 1996 et 1997 »
  2. 47 « l’espace Schengen a rendu un fier service aux malfaiteurs […] Etablis à Paris, les malfaiteurs disposaient d’un réseau de bases arrières en Belgique »
  3. 48 « Mais l’ultra-violence […] n’est plus le monopole du crime organisé. Plus du tout »
  4. 50 « la racaille s’est habituée à faire des raids dans les parcs d’attractions, quand ce n’est pas dans les stations balnéaires. Ce razzias sont bien entendu organisées aux frais du contribuable  […] En France, l’horreur est quotidienne »
  5. 51-56, journée faits divers du 19 janvier 2012
  6. 57-63 Lexique obertonien revisité: atteinte à l’intégrité physique (un maghrébin tue un nonagénaire) ; rixe ( C’est Mourad…) ; viol avec violences ( « C’est par exemple le procès de Noredine Dif, violeur récidiviste de 41 ans… ») ; actes de torture et de barbarie ( « le gang des barbares orléanais », « ‘’jeunes gens’’ de bonne famille » : un viol avec bouteille, une scène scato, un viol avec bougie) ; actes de torture et barbarie sur personne vulnérable (« Nabil et Karl », on recense une centaine de blessures sur le corps de Domenika, « handicapée, invalide à 80 % ») ; un incident qui prend des proportions dramatiques ( une famille de Neuilly sur Marne en est victime, « sept blessés dont un grave ») ; différend familial ( « un adolescent de 14 ans » écrasé « dans le tristement célèbre quartier des Mesnils Pasteur ») ; une fugue qui tourne mal ( « C’est celle de Julie, 14 ans… » violées pendant quatre jours par « trois kurdes de 37, 24 et 22 ans ») ; une famille connue pour ses comportements limites (un enfant violé par la maisonnée) ; proxénétisme aggravé ( « il s’agit de deux serbes », ils plantent des clous dans les doigts avec un marteau et « chaque fille rapportait 3000 à 4000 euros par jour au réseau », les clients doivent être kurdes ou maghrébins, c’est une évidence) ; un violeur qui connaît bien le fonctionnement de la justice ( Alassane Koundio) ; un troussage de bonne ( « ce n’est pas un commentaire de JFK sur l’affaire DSK », juste un journaliste égyptien ) ; un acte de torture ayant entraîné une infirmité permanente ( trancher le sexe d’un enfant de 4 ans) ; un conflit de voisinage (Youcef Dellouli qui coupe la tête de ses voisins) ; un jeune ( « les garnements violeurs et les nourrissons égorgeurs » ; la relation tarifée (tailler une pipe à un surveillant de lycée lors d’un jeu action-vérité) est reléguée à la page 66-67, c’est une note d’humour.
  7. 66 « les policiers savent qui ils vont revoir »
  8. 68-69 « A Marseille le banditisme a changé de visage […] Les CRS eux-mêmes ne semblent pas à l’abri »
  9. 71 « Certaines barres d’immeubles délabrées sont de véritables Cours des miracles, à l’hygiène d’un autre siècle, où l’on peut encore attraper la gale et la tuberculose »

p 72-73 « les échauffourées de fin de jeûne ne sont pas rares… Autre coutume, l’excision »

  1. 74 « la viande de brousse transitant illégalement par le seul aéroport Paris-Charles de Gaulle, notamment des trompes d’éléphant fumées, était estimée à 5 tonnes par semaine ».
  2. 76 « de nombreux immeubles sont vétustes : les propriétaires ne sont pas là pour payer indéfiniment les dégâts de Messieurs les défavorisés. Ce ne sont pas des mécènes du logement…Dans ces conditions, respecter la loi est quasiment impossible »
  3. 77 « la plupart des commerçants…sont persécutés »
  4. 78-79 « l’ultra-violence ne s’arrête pas aux êtres humains » suit l’histoire d’un homme qui tua son dalmatien en le traînant sur plusieurs kilomètres attaché à une boule d’attelage puis « un homme est condamné à deux ans de prison à Arras, pour avoir torturé et égorgé son Jack Russell »
  5. 79 « chez toutes les espèces vivantes, l’agression interne, dirigée contre d’autres membres de la même espèce, est de loin la plus répandue »
  6. 81-83 « chaque mois recèle son lot de guérilla urbaine ». Suivent 2 pages d’affrontements.
  7. 83-84 « des pans entiers du territoire [sont] mis en coupe réglée par des trafiquants et des criminels […les bandes ] les autorités en dénombrent 313 en 2011 (607 en 2010), pour 331 affrontements violents recensés […] Paris intra-muros est le théâtre de nombreux affrontements. 65 bandes y sont recensées en 2009… En 2011, l’Ile de France, concentrait plus de 70 % des violences opposant des bandes »

p.86 « les Chinois dénoncent le laxisme judiciaire et mettent clairement en cause ‘’les Arabes et les Noirs’’ ».

  1. 86 « Roger Brioult, un collectionneur de 95 ans, se fait voler la toute dernière 2 CV sortie des usines Citroën, en 1988. Un véhicule inestimable »

Aux sources de la Ménagerie

 

  1. 89 « Ne pas frapper les femmes […] C’est une inhibition biologique commune à de nombreuses espèces », « un loup ne s’en prend pas aux louves : c’est une règle intangible »
  2. 90 « comme les grands singes, l’homme est tribal depuis des millions d’années »

p.90 Introduction du terme de mismatch empruntée à la psychologie pour demeurés qu’est la psychologie évolutive très présente dans les récits houellebecquiens.

  1. 91 « les bonobos sont violents, comme toutes les espèces vivantes […] Nous sommes violents parce que nos gènes sont programmés pour se défendre et s’imposer. Ils ont été sélectionnés pour ça par l’évolution […] Ce sont nos gènes égoïstes qui commandent… Nous ne sommes que leurs véhicules […] Nous ne sommes que le moyen que nos gènes ont trouvé pour faire d’autres gènes […] C’est avec des gens « génomiquement » proches qu’un accouplement nous sera le plus favorable »

p.93 « Tant que le mal était lié à une réalité biologique tout allait très bien […] Les humains n’ont pas attendu Moïse pour respecter ses commandements »

p.94 « L’affranchissement de la réalité par la morale bouleverse toute analyse sérieuse de la violence »

  1. 95-96 « De la bactérie à l’homme, toute forme de vie est agressive […] Il y a quelques millions d’années les ours bruns les plus forts ont repoussé certains des leurs… »
  2. 96 « le comportement des individus et des groupes s’équilibre entre un programme attractif (nécessité reproductive et nécessité du groupe) et un programme répulsif (agressivité » »
  3. 97 « les groupes de bonobos aussi ont toujours un bouc émissaire »
  4. 98 « Il y a la violence sociale, celle qui s’en prend aux nuisibles, et la violence antisociale, celle des nuisibles »

 

  1. 98 « L’influence des taux de testostérone élevés sur les violeurs violents ou récidivistes a été pointée par plusieurs études »

p 99 « les malfaiteurs sont… des adultes sans éducation […] les meurtres impliquant l’alcool sont nombreux. L’alcool représente en outre plus de la moitié des accidents mortels ». Puis p 100 viendra l’histoire de Didier et son sexe tranché. C’est un truc qui revient souvent chez Obertone, le viol, la structure binaire de ses propositions, les bonobos et les sexes tranchés.

p 101-102 « les gens normalement socialisés font carrière…les sous-socialisés sont dans la compétition violente », les sous-socialisés « c’est une tribu primitive au sein d’une société développée […] ces groupes sous-socialisés, d’où proviennent la plupart des malfaiteurs, sont aussi ceux qui abritent la plupart des victimes. Mais les citoyens normalement adaptés et socialisés font aussi les frais des comportements violents » or « l’institution légitime […] les prive de tout moyen de défense, en les criminalisant et en les culpabilisant ». Les gens normaux n’ont seulement n’ont rien d’exceptionnel mais en plus ils sont légalistes, « Domestiqués ». « La situation donne une illusion de toute puissance aux asociaux ».

Êtes-vous un mouton androïde qui rêve de sexes tranchés ?

p 106-107 « les rhinocéros ne se multiplient qu’en contexte de sous-socialisation importante […] On leur donne tout, ils ne doivent rien […] Du fait de leur accroissement, les sous-socialisés deviennent politiquement incontournables, parce qu’ils votent massivement…pour leur mère Etat […] Il suffit d’une poignée de sous-socialisés sans aucun sens des convenances pour mettre une rame de métro sans dessus-dessous »

  1. 107 « le vol est le baromètre de la violence ». Il s’agit de devenir caïd aux dépens des hippopotames et des zèbres.
  2. 108 « Tout se paye et rien n’est gratuit. C’est un principe fondamental de la physique […] la finalité de la possession est reproductive […] on estime que 0,5 % du total mondial des hommes (8 % en Asie) descend de Gengis Khan »
  3. 109 « les losers disparaissent, gènes et âmes […] Être le meilleur c’est avoir le pouvoir »

p.111 « A l’opposé des sous-socialisés, les sur-socialisés laxisto-progressistes mènent une véritable compétition morale […] Parce que ces hippopotames haut placés, qui vivent dans des beaux quartiers… pensent qu’il faut que les riches (pas eux, ceux d’au-dessus) partagent…leur femme avec les rhinocéros »

  1. 111 « A un certain seuil de faim, on se décide à manger […] la notion de mérite est cruciale dans la volonté de puissance : plus le mérite est grand, plus la satisfaction est grande. Les désirs et les gratifications sont les gardiens du temple génétique »
  2. 112 « Si vous ne faîtes pas allégeance à la morale dominante laxisto-progressiste, vous êtes exclu du groupe et mis à l’écart de toute compétition statutaire. Cette sélection sociale a remplacé la sélection naturelle ». Il faut retourner à la savane, tel est le mot d’ordre.
  3. 112 « 1 %, ce fut aussi Athènes »
  4. 113 « l’Autre [est] le carburant essentiel de leur compétition morale »
  5. 114-115 « En France, une femme qui résiste à son violeur est priée de ne pas le blesser […] une certaine femme de chambre new-yorkaise en sait quelque chose »
  6. 116 « le viol révèle une absence totale d’empathie envers la victime »

Où sont passés les gardiens de la ferme d’antan ?

  1. 119 « la plupart des grands singes et certains macaques ‘’feraient’’ la police […] On a entretenu et développé la police pour permettre l’essor de sociétés basées sur l’altruisme réciproque et la loi »

 

  1. 120, Villiers le Bel

 

  1. 121-122, Clichy sous Bois, Zyed et Bouna v/s Jean-Jacques le Chenadec et Jean-Claude Irvoas ; la famille monoparentale qui a péri, à Roubaix, dans l’incendie provoqué par un désoeuvré, Cédric V, n’a visiblement pas droit à l’empathie d’Obertone. De simples losers, des sous-socialisés tués par un autre sous-socialisé, un truc de rhinocéros.

 

  1. 123-124 « Acheter 95 millions de vaccins, c’est à la portée de nos gouvernants, mais lutter contre deux millions d’émeutiers ? »

 

  1. 126 « L’argent ? Il venait de la drogue »

 

  1. 128-129 ; 131 ; 132 ; 151 « tout est prévu pour briser le travail des policiers [qui] n’ont pas le droit de se plaindre […] Si vous croyez encore qu’ils sont ‘’respectés’’ vous tomberez de haut […]  les voyous savent qu’une pression énorme pèse sur les policiers. Ils en profitent. Tout le monde en profite […] S’ils essuient des coups ou des tirs, ils se contenteront de se réfugier derrière leurs boucliers […] policiers et victimes sont pires que des lépreux » or « sans policiers pas de société ». Toutefois, « n’allez pas croire que la police ne sert plus à rien. Elle fiche les honnêtes gens avec leur assentiment »

 

  1. 129 « Vous, à la campagne, vous dialoguez en permanence avec les gendarmes, quand vous ne tapez pas le carton avec eux […] l’échec de votre fils est aussi et d’abord le vôtre  »

 

p.132-134 Liste des morsures subies par des policiers

 

  1. 135 « Si un enseignant reçoit un jour des coups de bébés et des giclées de lait maternel, il passera sa vie sous psychotropes, entre un divan et une cellule psychologique »

 

  1. 135 ; 137 « En 2009, plus de 1000 pompiers ont été agressés dans le cadre de leurs interventions […] les gendarmes ne subissent ‘’que’’ deux fois plus […] 920 médecins ont été officiellement agressés en 2010 […] En 2010, au sein des hôpitaux, plus de 5000 actes de violences ont été signalés […] Les videurs ne sont pas les derniers à tâter de l’émotivité de nos jeunes »

 

  1. 150 « Autant salarier les voleurs et offrir des prostituées aux violeurs », à propos de l’assignation à résidence de certains étrangers sans-papiers.

 

  1. 151 « La naturalisation, c’est un droit de l’Homme, ce sont les Français qui doivent être discriminés »

 

  1. 151 « la préoccupation des gouvernants … c’est prévenir toute vraie rébellion populaire ». Lol. « Le désordre régnant dans les banlieues est un prétexte béni pour mieux contrôler tous les citoyens ». L’agent Obertone veille sur l’effroyable imposture.

 

 

Nowhere, en slip

  1. 161 « L’interdiction du viol au sein du groupe, comme l’inceste, est biologique […] Ce sont les mâles qui font la roue et c’est la femelle qui les sélectionne […] Pour cette raison, la prostitution est très majoritairement féminine […] Comme l’inceste, le viol n’existe pas dans la nature »

 

  1. 161-162 « La désinhibition due à l’anonymat de la société ‘’autorise ‘’ les sous-sociaux à violer »

 

  1. 162 « viennent ensuite […] le Décalogue, le code d’Hammourabi (IIème siècle av J-C), la Table des douze Lois (Ier siècle), le code justinien, la loi salique, le code pénal, etc.»

 

  1. 163 « les sociétés rejettent…depuis toujours, ce que la biologie commande de rejeter. Elles rejettent le malade, le difforme, le dangereux, le voleur, le tricheur, le déviant, ou même l’éternel célibataire ». Par prudence la liste n’inclut pas les homosexuels.

 

  1. 163 « la loi ne se demande pas si les fautifs sont responsables ou non : la sélection naturelle (devenue sociale) ne se le demandait pas non plus. Puis viennent les Lumières… »

 

  1. 163-164 « la fable de l’insertion ou de la réinsertion ne concerne que ceux qui croient que ces gens peuvent […] se réintégrer de bon gré dans un corps qui leur est étranger, pour ne pas dire ennemi »

 

  1. 164 « Aux fondements de la dignité, on retrouve la notion de sacralisation de l’humain, qui se tiendrait hors du règne animal » alors que l’humain est un primate comme les autres comme en témoigne l’évolution respective de nos cousins génomiques.

 

  1. 169 « Ils se disent désarmés, nos magistrats, face aux populations qu’ils devraient punir et maîtriser, parce que la société leur a donné ce pouvoir, les a investis de cette mission sacrée. Ils préfèrent s’en remettre à tous les Gérard Miller de la Terre »

 

  1. 171 « notre époque formidable permet…de se droguer en toute sécurité […] Il faudrait songer à distribuer des kits de ce genre aux violeurs »

 

  1. 171 « cette collectivisation de tout…va finir par fournir des victimes aux assassins »

 

  1. 172 « En France, on estime que 600 000 schizophrènes ordinaires déambulent librement dans nos rues […] Même si certains d’entre eux se contentent seulement de pousser les gens sous les rames de métro […] Ils représentent grossièrement 7 % des détenus, c’est-à-dire 4 000 personnes. Parallèlement, seulement 40 000 lits sont disponibles en psychiatrie ». Puis vient l’histoire du schizo violeur d’handicapée mentale dans les rames du métro lillois, Mohamed. Question finale et angoissée, « combien d’entre eux ne suivent pas leur traitement ? ». L’Aktion T 4 était bien vue, quand même. Et laisser les internés mourir de faim, comme sous l’Occupation, n’est-ce pas une manière de renouer avec la sélection naturelle saine et bien comprise ?

 

  1. 174 « La vie est une sélection permanente […] Par exemple, la loi du mariage, qui devait soutenir une stratégie évolutive élaborée (la stratégie K : les parents font peu d’enfants mais s’en occupent beaucoup »

 

 

 

 

Nulle trépanation sans anesthésie

  1. 177 « l’exhibition sexuelle …échappe à toute sanction sérieuse » or « la masturbation publique (en dehors des films pornographiques)…représente une étape clé de l’évolution du délinquant sexuel, un premier passage à l’acte ».

 

  1. 179 « un certain Max… A 27 ans, il circulait drogué et alcoolisé ». Paragraphe suivant, un « Montpelliérain » qui a agressé une « touriste américaine ». « Il l’a volé, jeté au sol et tabassé »

 

  1. 179 « le sursis ne sert à rien »

 

  1. 180 «  Celui qui a les moyens paie la note, pas l’autre. Avant, on trouvait un moyen de lui faire payer, par exemple en l’envoyant taper sur des cailloux en Guyane »

 

  1. 183 « …tuez votre bébé, violez votre prochain, vous ferez de un à trois ans de prison. Il faut continuer comme ça, c’est écrit sur la feuille de route humaniste »

 

p 184 « 2250 victimes (sexuelles) de récidivistes », 6 atteintes sexuelles par jour sur les 200 recensées sur la quatrième de couverture du livre orange. Aussi, 194 nouveaux violeurs surgissent du sous-bois des sous-socialisés, chaque jour, parmi eux, un nombre indéterminé de Mohamed schizos et d’Alassane scarifiés.

 

  1. 184 « Il y a Tony Meilhon et il y a les responsables, ceux qui ont décidé qu’il pouvait sortir […] C’est la tête d’une innocente qui a été coupée suite à une grave erreur judiciaire »

 

  1. 185 ; 188 ; 192 ; 194 « Il faut les priver à tout jamais de société. La prison ça sert à ça […] De nombreux trafics ont lieu dans les prisons […] 67 000 détenus, taux d’occupation de 117 % […] La création de 24 000 places de prison pour fin 2017, a été votée en février 2012 […] entre 20 et 30 % des peines de prison son aménagées  »

 

  1. 189 « La justice coûte aussi cher que l’Outre-mer »

 

  1. 194 ; 199 « un minimum de 500 violeurs par an…après leur condamnation ne passent même pas par la case prison […]  Combien de primo-violeurs sont en réalité des récidivistes ? »

 

p.199 « le passé judiciaire des criminels…est rarement pris en compte lors d’un procès »

 

  1. 201 « la part des victimes, c’est la part des ténèbres »

 

  1. 201-203 Le combat du général Schmitt après le viol et le meurtre de sa fille, Anne-Lorraine, dans le RER D. Dernier paragraphe de la page 203, sans transition, l’histoire de Marcel, 86 ans, frappé par un jeune, et désormais sous tranquillisants.

 

  1. 204 « Pas besoin d’être un violeur pour bénéficier du laxisme judiciaire…le cambriolage… est également très grave, car profondément antisocial (tu perds ton sang-froid), puisqu’il remet en cause les principes de la propriété, de mérite et le droit tout entier »

 

  1. 207-209 Pour illustrer le laxisme judiciaire et les « parcours déviants », les itinéraires judiciaires de Samy Naceri et Joey Starr.

 

  1. 209 « les condamnés à de courtes peines récidivent beaucoup plus que les condamnés à de longues peines […Il] faut supprimer les courtes peines…[et] les remplacer par des longues peines »

 

  1. 211 Entre 2007 et 2009, sur « 45 000 églises, 2000 mosquées [et] 280 synagogues », 636 églises (0,014 %), 27 mosquées (0,013 %) et 12 synagogues (0,042 %) ont été profanées. Les Temples (protestants ou bouddhistes) sont exclus de la comptabilité obertonienne. Aussi sur l’ensemble des lieux de culte, cela donne, 0,014 % des lieux de culte profanées mais aussi 94 % d’églises catholiques parmi les lieux de culte profanées. On le voit on peut considérer la surreprésentation relative des synagogues (malgré 15 millions d’euros dépensés à les sécuriser) ou la probabilité extrêmement forte qu’un lieu de culte profané soit la plupart du temps et en période de paix civile, une église catholique.

 

  1. 211-214 On relève, en 2011, 389 actes antisémites (avec le récit par Obertone du viol et cambriolage d’une française d’origine judéo-tunisienne de 83 ans), 180 actes islamophobes (sans aucun récit), 142 agressions homophobes pour 2010 (toujours sans récit). A ces actes, Obertone oppose les 450 mille personnes victimes de violences physiques (« 0,7 % des Français » définis comme les « gens n’appartenant à aucune communauté »). A cela s’ajoute la conclusion, « A part ça, il y a en France 75 000 viols par an (0,1 % de la population) ». Obertone veut ainsi illustrer l’impact médiatique décroissant des actes dès qu’il est question de français ordinaires. Il pointe juste l’indifférence médiatique à ce bruit de fond qu’est l’existence du common man, l’individu singulier.

 

Traité d’horticulture et d’élevage

  1. 217 « les premiers résidents des grands ensembles s’installaient dans ces immeubles avec joie »

 

  1. 218 « Habiter des ZUS, des ZEP et autres ZUP donne droit à des avantages considérables »

 

  1. 219 « Immigrés portugais, polonais, italiens ou manœuvres français, ce sont eux qui ont fui massivement le nouveau communautarisme qui s’installait dans les banlieues dès les années 60 »

 

  1. 220 « A Bobigny le mètre carré est à 3200 euros…2300 euros dans une ville dynamique comme Dijon »

 

p.221 « les égalitaristes ont décidé de favoriser ceux qui n’y arrivaient pas, par l’éducation, l’accès à la culture, les aides sociales, l’invention de droits spécifiques »

 

  1. 222 « de favoriser les faibles on en vient tout naturellement à pénaliser les forts. Lorsque on prétend lutter ‘’contre les inégalités’’, on lutte contre la réussite, c’est-à-dire contre la propriété, le pouvoir, le possédant, le méritant, le riche, l’héritier […] En clair le Français qui rapporte de l’argent à la société, qui peut se targuer de sa réussite, de son patrimoine, de son histoire, de sa civilisation occidentale »

 

  1. 223 « Pour devenir l’élite, il faut consacrer son temps à savoir ce qu’elle sait et à penser comme elle pense. Le conservatisme social et l’immobilisme intellectuel sont assurés »

 

p.223 « Qu’est-ce que l’éducation nationale sinon une vaste entreprise d’endoctrinement précoce ? […] Un féroce combat contre l’autorité est livré depuis quelques décennies […] Aujourd’hui on combat la fessée […] qui osera encore s’opposer à la sublime trajectoire des enfants-adolescents-jeunes-prisonniers-assassins »

 

  1. 227 « céder massivement à la consommation apporte davantage de frustration que de plaisir […] Demandez aux Anciens : à Noël, ils étaient plus heureux avec une bande dessinée que nos enfants ne le sont avec leurs tas de jouets sophistiqués et éphémères »

 

p.227 « la télévision…agit comme la drogue en court-circuitant nos facultés évolutives (stimulus-gratification) et en finissant par les détruire […] Le désir, négligé, devient permanent. Imaginez, vous désirez une paire de chaussures […] Les gens n’ont pas conscience de la voracité de l’engrenage dans lequel ils mettent leur portefeuille »

 

p.229 « les gens font des caprices […] Les bons élèves sont persécutés par les envieux…certains étudiants organisent le blocus des lieux de formation…les grévistes empêchent leurs collègues de travailler […] Tout cela légitime le vol, cette gratification non-méritée »

 

  1. 230 « le téléspectateur a peur d’Hitler »

 

p.230 « le spectateur ingère quantité de slogans…qui saturent son réservoir mémoriel inconscient »

 

  1. 234 « L’homme de droite plus discret et individualiste, est aussi plus libéral […] Sachez que l’Etat paie indirectement la presse »

 

  1. 245-248 Sur les réveillons

 

  1. 249 « la presse locale…raconte aux gens ce qui se passe, pour de vrai »

 

  1. 249 « le vote Le Pen est un décalque de la carte de l’insécurité ».

 

Fibroscopie avec caméra embarquée

p.271 « chaque caïd est à la fois un bandit et un terroriste potentiel ». A partir du cas Merah, pris comme paradigme

 

  1. 272 « 72 % des ‘’tournantes’’ c’est-à-dire des viols collectifs, sont commis par des violeurs d’origine subsaharienne et maghrébine ». Au paragraphe suivant, même page, Obertone affirme, « ces viols racistes ne concernent pas que la France ». Aussi, on aimerait aussi savoir d’où viennent les victimes et quel est le pourcentage des jeunes afro-maghrébins impliqués dans de telles affaires, ce serait un maniement honnête des statistiques.

 

  1. 272-273 « A Oslo, deux viols sur trois sont commis par des malfaiteurs musulmans et 80 % des victimes sont des norvégiennes autochtones […] Les viols inter-ethniques sont monnaie courante en Afrique (p 108, Lolo expliquait que le « viol de guerre est un moyen de transmission massive du capital génétique », un moyen innocent puisque les gènes se servent de nous comme d’un support, une adaptation à la réalité de la sélection naturelle, pourquoi s’en offusquer au regard de la morale obertonienne ?) […] En Afrique du Sud, un homme sur quatre a déjà violé »

 

  1. 275 « Faut-il…censurer la réalité, en s’interdisant d’utiliser le terme ‘’allochtone’’ » la meilleure traduction du vocable unvölkisch.

 

  1. 277 « Selon l’INSEE en 2008, le France héberge 1,6 millions de Maghrébins, 400 000 Roumains et 85 000 ex-yougoslaves. Le nombre de Roumains est un maximum théorique, car le chiffre de 400 000 englobe en réalité tous les européens hors UE et certains Européens UE (hors Italie, Pologne, Espagne et Portugal) »

 

p.282 « Les Roms sont un peuple Indo-Européen »

  1. 284 « Selon l’INSEE, immigrés et descendants directs d’p. 284 « Selon l’INSEE, immigrés et descendants directs d’immigrés sont 12 millions, en 2008. Soit 20 % de la population […] on peut estimer les personnes d’origine maghrébine établies en France à 6 millions […] On compte en outre 2 millions de ‘’musulmans déclarés’’ (Insee). Selon le Ministère de l’Intérieur, ils sont entre 5 et 6 millions »
  2. 294, après un très long développement (p.287-293) sur la sur-représentation des jeunes d’origine étrangère (en fait afro-maghrébo-musulmane) parmi la population délinquante, la conclusion tombe, « l’augmentation générale du crime coïncide avec la mondialisation », nouveau mot codé pour immigration comme l’énonce l’exercice appliqué de synonymie p. 295, « Vis-à-vis de l’immigration, ces pays présentent des stratégies d’accueil différentes […] En dépit de leurs différences, tous ces pays connaissent avec la mondialisation la même insécurité galopante »
  3. 297 « Eric Zemmour, un journaliste qualifié de ‘’polémiste’’ »

Tant va la cruche à l’eau…

  1. 302-303 « le constat qui saute aux yeux de ceux qui en ont est la corrélation entre immigration et insécurité, de l’ordre de 0,714 […] Une corrélation n’implique pas nécessairement une causalité […] Mais la corrélation entre insécurité et immigration existe […] Les villes les plus criminogènes de France sont souvent celles où les enfants d’immigrés sont majoritaires »

 

  1. 304 « Aujourd’hui, les immigrés sont majoritaires dans certaines parties du territoire. En 1999, on recensait 42 villes abritant une majorité de jeunes d’origine étrangère »

 

p.304-305 « le nombre de travailleurs immigrés européens (espagnols, italiens, polonais, portugais) ne dépassait pas le million avant les années 20, où la reconstruction exigeait une forte main d’œuvre…qui n’atteindra jamais les trois millions d’individus ». Dès 1927, il y avait plus de deux millions de naturalisés depuis la loi sur la nationalité de 1889, auxquels s’ajoutaient les étrangers et les populations de l’Empire présents en métropole, sans oublier le melting-pot pied-noir en Algérie ainsi que les juifs maghrébins, mais passons.

 

  1. 309 « Trois raisons principales peuvent empêcher les immigrés…d’atteindre leur objectif : 1/ Ils manquent de volonté ; 2/ Ils n’ont pas les capacités naturelles pour réussir ; 3/ On leur met des bâtons dans les roues ». Obertone retient un cocktail des deux premières avec une prime à la deuxième.

 

  1. 311-312 « les Asiatiques de l’est vivent dans des sociétés très semblables aux sociétés européennes […] De par leur culture, certains immigrés sont autres »

 

  1. 313-314 « les classes sociales sont aussi des classes intellectuelles. Une partie de l’intelligence se transmet (de 50 à 80 % selon les spécialistes), et les gens se marient avec ceux qui leur sont socialement proches, donc intellectuellement proches […] statistiquement, en France, les enfants de manœuvres ont un QI moyen de 92, tandis que les enfants de cadres supérieurs ont un QI moyen de 112 (Ined 1973) […] L’éducation n’ayant que peu d’influence sur le QI, le seul moyen d’effacer les inégalités sociales, c’est d’interdire la réussite »

 

  1. 316-317 ; 320 « La sous-socialisation ne concerne pas qu’une partie des immigrés, mais aussi une partie des autochtones […] Pour exister les sous-adaptés ont besoin d’un groupe […] Une des caractéristiques de la sous-adaptation [est] une forte natalité […] une stratégie évolutive dite de type r »

 

  1. 318 « Les groupes sont des superorganismes comparables à des fourmilières. Leur but ? Dominer les autres »

 

  1. 319 « Un pays naît souvent de la violence, une civilisation naît de l’harmonie »

 

  1. 323 « Un système mafieux s’est construit autour de quelques familles criminalisées…qui contrôlent peu à peu quartiers et cités…C’est le modèle napolitain. En France, le seul argent du cannabis fait vivre 100 000 personnes »

 

  1. 325 « Combien de pays hétérogènes ont sombré dans la violence ? »

 

p.334 ; p.339 « La sursocialisation est une maladie plus grave encore que la sous-socialisation […] Ce qui compte ce n’est plus le statut social mais le statut moral-laxiste-progressiste […] Et pour assouvir leur désir de compétition, le but des sur-sociaux…est de faire venir toujours plus de sous-sociaux. L’aide aux clandestins, ça paye bien en monnaie statutaire »

 

p.335 « La loi devient un ennemi…comme les notes sont l’ennemi des mauvais élèves »

 

p.338 ; p.343 Pour les « Blancs », « la compétition se traduit par l’inhibition physique…par l’inversion morale…par la prohibition de toute réaction…et par l’illusion suicidaire […] ont-ils eu seulement honte ? La fierté ne rentre pas dans le cadre de la compétition morale. La victime, c’est l’Autre. Jamais les nôtres, c’est la tél qui le dit…Tout a été fait pour briser la cohésion naturelle de la nation »

 

p.345 « Tabassée, volée, agressée sexuellement, son premier souci est de prévenir tout amalgame. Sur l’échelle de la compétition morale, c’est un strike »

 

Lukka Rocco Magnotta

L’ennemi public n°1 ressemblait à un replicant de Blade runner, à le voir s’évertuer à singer des modèles, on pensait à un Justin Bieber, en bordure d’existence. On l’a retrouvé dans un quartier turc de Berlin, il avait sans doute pris l’Eurolines de la porte de Bagnolet après avoir passé la nuit à se branler dans un hôtel algérien du coin. Un road movie. Il avait fini dans la peau de Tom Cruise, capuche et lunettes sombres, un single man, dans la foule, on l’appelait le dépeceur.

De sa victime on disait juste qu’il était un étudiant chinois. Une sorte d’enveloppe vide, un parmi d’autres. Pourtant l’étudiant chinois s’appelait Jun Lin. C’est pas compliqué de dire ce nom et ce prénom mais c’était de trop. Jun Lin a fini par se retrouver agrafé dans une série entre deux chatons étouffés et la mention insistante des sacs vomitoires et des revues pornographiques. On aurait dit une scène adjacente de The Chaser. On oubliait presque que la tête de Jun Lin avait tout à fait disparue, un peu comme dans l’Amante anglaise de Duras. Peut-être qu’Eric Clinton Newman avait lu Duras, qui sait ? Peut être qu’il avait des échos dans la tête, des échos de son petit enfer portatif à lui. Les psychiatres ont une explication. Ils disent, il était narcissique. Comme la plupart des occidentaux qui ne sont pas obèses, on voit bien à quel point c’est une science, la psychiatrie. Il était narcissique et quand t’es narcissique, il est assez connu qu’on en vient forcément à découper un inconnu au pic à glace. C’est évident. Merci la psychiatrie. La jouissance d’Eric Clinton Newman était post-sexuelle, au même titre que celle de l’héroïnomane. On veut le flash, la perception ultime. Même pas la transgression parce que tout est déjà transgressé, juste le flash, l’Instant. Une vie résumée en une chanson et quelques unes. On jouit de ce qu’on accomplit au regard des anonymes. Six cent types, parmi les 900 millions de pensionnaires de Facebook cliquent sur j’aime. Des millions cliquent sur Lukka Rocco Magnotta et le tour est joué. C’est ça le virtuel. Un verdict, un passage à la limite. Tout sauf une statistique.

Il rappelait les Brigades rouges dans son mode d’action. J’envoie un pied aux conservateurs, une main aux libéraux. Un peu comme on avait déposé le cadavre d’Aldo Moro à mi-chemin des sièges du parti démocrate-chrétien et du Parti communiste. Le genre de symbolique à la con qu’affectionnent les terroristes. Sauf que Jun Lin n’a pas eu droit à ses communiqués, ni à sa prison du peuple, ni à des lettres à écrire. Juste une vidéo sur You tube, et un nom, one lunatic. C’est ça la différence entre les Brigades rouges et Eric Clinton Newman. Les premiers avaient le sens dévoyé de l’Histoire, le second a le sens post-fasciste de la performance. On mesure à cet écart, un basculement d’époque. Je laisse à d’autres le soin de juger si c’est un progrès.

Massignon Louis et la synarchie

Le terme de synarchie fut lancé en place publique, au XIXème siècle, par Saint-Yves d’Alveydre dont la prophétie peut se résumer par cette citation, « L’Europe vit sous une loi publique sans foi, sans autorité générale sur les mœurs de ses nations, une constitution dépourvue de toute sanction morale, de toute justice distributive. Son équilibre est à la merci du succès brutal et repose sur le poids du fait accompli, ce qui rend toute unité de pensée et d’action, impossible.  L’Europe ne traitera jamais efficacement avec l’Islam en politique si le christianisme ne traite avec l’Islam, en religion, et par devant Israël comme témoin. A 50 ans d’échéance, vous verrez l’Asie renaître à l’esprit de son antique synthèse et les armes à la main, elle vous empêchera de venir la troubler dans son observance de la Loi du Règne de Dieu, et, Chine et Islam en avant, sous la conduite de vos propres instructeurs militaires, elle viendra vous imposer de mettre votre signature au bas de la promesse sociale des Abramides, de Moïse et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que vous aurez repoussée ».

Dans le même temps, un homme comme Louis Massignon redistribuait la place du christianisme comme religion révélée en l’intégrant dans une séquence fluide, celle des religions abrahamiques qui englobe en une même hypostase, judaïsme, christianisme et Islam. En effet, entre 1906 et 1908, sous l’impulsion de Luis de Cuadra, son amant et guide, Louis Massignon connut une crise spirituelle et morale qui le conduisit à se convertir à l’Islam. Désormais circoncis, il revint au christianisme en lisant le mystique Hallaj, exécuté en 922.

En 1929, il envoya à Claudel sa prière pour Sodome dans lequel l’ambassadeur perçut « un prodigieux amas de foutaises ».  Dans les années 1930 il traversa, sur les charbons ardents, une période d’antisémitisme échevelé qu’il dénoua en espérant bâtir à Jérusalem un temple où les « trois religions abrahamiques » entreraient dans l’ère de la communion eschatologique. En 1950, marié et père de plusieurs enfants, il se fit ordonner prêtre selon le rite melkite au Caire si bien que Paul Claudel après avoir noté dans son journal que Monsieur Prêtre déraillait comme à son habitude, ajouta « il a réussi à se faufiler dans le sacerdoce »

La doctrine de Massignon était celle des symbolistes chrétiens à la Huysmans, lui-même converti sous les auspices de l’abbé Boullan, défroqué, heureux sodomite, occultiste et sataniste à ses heures. A la communion des saints, les cercles symbolistes catholiques substituaient une loi de solidarité dans le Mal contrebalancée par une réversibilité de ce dernier dans le Bien. Aussi Massignon, très introduit dans le cercle, reçut en héritage les papiers de l’abbé Boullan et les confia à la Bibliothèque Vaticane. Il avança la définition d’un héroïsme isolé qui aurait valeur « de projection hors du monde de la trajectoire de la vie de son auteur » si bien que la « douleur réparatrice et salvatrice, sainte, de quelques âmes héroïques » entrait en résonance avec les misères multiples des masses : « vertus rentables, appétits médiocres, péchés et crimes ».

En conséquence, Massignon considérait Hallaj « comme une de ces âmes données, substituées à la communauté musulmane, ou, plus bibliquement, à tous les hommes, à travers les croyants au Dieu du Sacrifice d’Abraham, à travers les pèlerins expatriés, guérim, qui désirent se retrouver en mourant dans le sein d’Abraham où ce Dieu réalisera leur promotion spirituelle immortelle ».

 

Ici les termes de guérim et de sein d’Abraham sont à expliciter. Le terme hébraïque de guérim, l’étranger en terre d’Israël, désigne l’homme expatrié du jardin de Dieu pour être jeté sur la Terre, au coeur du Mal et de la concupiscence. A contrario, Thomas d’Aquin définit le sein d’Abraham comme le lieu qui doit accueillir les justes, le limbe des pères où on accède à la béatitude. Tandis que les mauvais riches croupissent en enfer, le bon Lazare jouit de la vision de Dieu. Tandis que le sein de Satan abreuve la bouche des avares et des cupides, celui d’Abraham nourrit, tandis que le sein des femmes a un goût de tortilla peccamineuse, celui d’Abraham assure une protection angélique. C’est une manière d’homosexualité rédimée que présente Massignon.

La figure paternelle et post-mortem d’Abraham relève de la parenté charnelle (Abraham est le père du peuple juif), spirituelle (il est le parrain des chrétiens dont l’élection élargie a renvoyé le vetus Israël à son Antiquité), divine (il est assimilé à Dieu le Père et un nimbe crucifère entoure sa tête). Mais c’est la parenté spirituelle qui est privilégiée car la caritas est le lien qui assure l’unité de l’Humanité et ce lien n’est pas charnel mais spirituel si bien que la relation père-enfant est ignorée. Dès lors, a contrario des damnés, les élus sont absolument uniformes : sans distinction de sexe, d’âge, de statut. Retour à la caverne utérine d’avant la division des sexes. Voici la promesse abrahamique, réparer les morsures et humiliations du désir et de la convoitise.

Dieu octroie le salut de l’âme via le parrain héroïque, dispensateur de  la Grâce rédemptrice et de la manne eucharistique. Abraham est  donc un modèle de foi car de tous les pères, seul Dieu transmet toute sa substance dans un Fils identique à lui-même. Il est le père absolu dont tous les autres sont une ombre portée. Aussi, la domination du masculin sur le féminin et du père sur le fils est soumise à celle de Dieu sur tous les pères. Elle établit un biais qui permet de déposer à tout moment l’autorité paternelle, ce dont témoigne saint François d’Assise, promis à une vie de marchand et partant fonder l’ordre franciscain contre l’avis de son père et ses démarches légales pour le contraindre à l’obéissance.

l’Incarnation qui est le sexe divin abolit l’ordre charnel de la génération et multiplie les dénis de paternité. C’est une anti-généalogie qui se raconte, une manière de combattre jusqu’à la racine, la puissance des lignages de sang, familles ou nations mais aussi des lignages d’églises.  Dans le même temps, cette tension nihiliste qui conduit au nivellement ne peut être tenue jusqu’au bout sans saper les fondements de toute communauté organisée. Dès lors, la parenté spirituelle que fonde l’élection de quelques héros qui sont revenus d’entre les légions sataniques sera mise en exergue, comme une marque des hiérarchies terrestres nécessaires.

Mosquée de Poitiers (et le Bloc occupa la)

Samedi 20 octobre au petit matin, plusieurs dizaines de militants du Bloc identitaire, occupent pendant quelques heures, le toit de la future mosquée de Poitiers, dotée d’un minaret et sise dans la banlieue de Bruxerolles. Ils déplient une banderole portant la mention « 732, Génération identitaire » et scandent des slogans tels que « Reconquista » ou « L’identité, elle est à nous, on s’est battu pour la reprendre, on se battra pour la défendre ». Dans un reportage diffusé sur BFM-TV, un porte-parole du groupe, Julien Langella, déclare : « On est ici sur la mosquée de Poitiers 1 300 ans après une bataille historique parce qu’on dit la même chose qu’il y a 1 300 ans. On ne recule plus. ». En effet, A 6h du matin, M. Vardon, à la fois chef provisoire du Bloc et très matinal envoyait un texto à quelques journalistes. Il y était écrit que « le chantier de la grande mosquée de Poitiers » était occupé « par 70 militants de Génération identitaire. » « Ils sont montés sur le toit, accompagnés des équipes de RMC et de BFMTV ». La machine télé et radio était lancée. Restaient les réseaux sociaux. Toute la matinée de samedi, Fabrice Robert, président du Bloc, Philippe Vardon et le compte (en français et en anglais) de Génération identitaire ont arrosé Twitter de messages relayant leur action. Jusqu’à ce que cela soit repris par de grands médias.

Ils sont évacués peu avant 13 heures par les forces de police. «Le préfet a négocié avec eux», déclarait à l’AFP le sous-préfet de Montmorillon (Vienne) Rachid Kaci. «On avait l’intention de rester plus longtemps mais comme on n’a pas du tout l’intention de s’affronter physiquement, nous repartons avec la police, dans la bonne humeur sans que cela se finisse mal», a confirmé un porte-parole du groupe, Damien Rieue. Lors d’une conférence de presse, le préfet de la Vienne Yves Dassonville soulignait que les 73 militants étaient «des personnes, semble-t-il, de bonne famille qui viennent de toute la France». «Ils étaient très organisés», aussi le préfet déclarait : «c’est une affaire qui n’est pas à prendre à la légère».

Les dirigeants du Bloc, Philippe Vardon en tête, ont donc  voulu lancer en grande pompe Génération identitaire,  la nouvelle branche jeunesse de cette formation, avec un buzz dont ils ont le secret. Ce nouveau logo jeunesse doit en effet remplacer le précédent « Une autre jeunesse » qui n’a jamais connu le succès escompté. L’idée est également de  relancer l’intérêt autour des Identitaires à deux semaines de leur Convention qui se tiendra à Orange et fêtera leur 10 ans d’existence.

Le Bloc identitaire vient de connaitre une scission après la tentative avortée d’intellectualiser le bloc, voie que voulait emprunter Philippe Milliau. Suite au départ de ce dernier, des militants ont pris le large, notamment en Languedoc-Roussillon derrière Richard Roudier ou en Bretagne avec Yann Vallerie. A Toulouse, sa section est en déliquescence depuis que son leader a été placé en détention provisoire après une agression extrêmement violente contre un étudiant chilien. Et son éphémère candidat à la présidentielle, Arnaud Couillon,  un peu échaudé par le rôle de lièvre qu’on lui a fait jouer, préfère aujourd’hui jouer de la bandoura chez les Serbes du Kosovo.

Par ailleurs, les Jeunesses nationalistes d’Alexandre Gabriac commencent à occuper le terrain de l’activisme et à piétiner quelques plates-bandes. Il y a quelques jours, ces derniers ont en effet mené une action contre un chantier de construction de mosquée à Beauvais. Quant aux contacts étrangers du Bloc identitaire, ils lui  préfèrent désormais de plus en plus le Front national.

Le procureur de la République de Poitiers, Nicolas Jacquet, annonçait, parallèlement, l’ouverture d’une enquête pour «manifestation non autorisée, provocation à la haine raciale, participation à un groupement en vue de la préparation de dégradation de biens en réunion». La qualification de «vol et dégradation en réunion» est aussi retenue, notamment pour une dizaine de tapis de prière déplacés de la mosquée sur le toit et très fortement endommagés par la pluie.

Le préfet de la Vienne, Yves Dassonville recevait, dans l’après-midi, les représentants de la communauté musulmane pour leur faire part de la détermination de l’Etat à ne pas permettre ce genre d’actions. Dans la matinée, Jean-Marc Ayrault avait «condamné fermement cette provocation qui révèle une haine religieuse inacceptable». Après un déplacement dans la cité phocéenne où Jean-Luc Mélenchon avait déclaré que les maghrébins étaient l’avenir de la France, le Premier ministre a ajouté qu’«un tel acte bafoue les valeurs de notre République laïque, parmi lesquelles la liberté d’exercice des cultes». Le président de l’Observatoire contre l’islamophobie au Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri, a condamné dans un communiqué«ce coup de force pratiqué par des extrémistes venus de toute la France pour prêcher encore une fois la haine anti-islam». Ce sont les identitaires qui «constituent un danger pour la France, pas les musulmans de Poitiers qui ne demandent qu’à pouvoir disposer d’un lieu de culte décent», a réagi la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Quant au maire de cette ville de 90.000 habitants qui compterait selon les responsables musulmans 8 à 9 mille âmes, Alain Clayes, il considère que «Poitiers est sous le choc». «Jamais nous n’avons eu la moindre difficulté», visant la communauté musulmane, a-t-il assuré. En écho, Boubaker El Hadj Amor, président de la communauté musulmane de Poitiers et imam déclarait, «nous sommes blessés profondément».

«Cette occupation grave, sauvage et illégale, accompagnée de slogans hostiles à l’islam et aux musulmans, est sans précédent dans l’histoire de notre pays», a déploré le Conseil français du culte musulman pour qui l’histoire française doit commencer en 1992.

Dans un communiqué, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) a ainsi demandé « la dissolution immédiate de toutes les poupées gigognes de la mouvance identitaire d’extrême droite qui a occupé le chantier de la mosquée de Poitiers », appelant aussi à la fermeture de ses sites internet et à des poursuites « pour incitation à la haine raciale ». Dès samedi, Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche (PG) avait aussi estimé que ces groupes devaient être dissous.

Seule, la présidente du FN, Marine Le Pen, s’est déclarée lundi « atterrée » par les « réactions d’hystérie de la classe politique » à l’occupation du chantier par un groupuscule d’extrême droite, dont elle ne « partage pas » le « mode d’action ». Elle a jugé « disproportionnées » les demandes de dissolution de Génération identitaire : « Il faut aussi demander la dissolution du Gisti, de SOS Racisme qui avaient poussé à l’occupation d’un certain nombre d’églises », a-t-elle estimé, en allusion à la présence de sans-papiers à Saint-Bernard à Paris en 1996 et à la basilique-cathédrale de Saint-Denis en 2002

Libération / Rue 89 / Droites extrêmes / BAM

Mussolini par les femmes

Mussolini fut le premier fils du peuple à accéder au pouvoir sur le mode bouffonnerie, bassesse et surveillance généralisée. Il aimait les femmes, les femmes laides de préférence, boîteuses, avec strabisme, habillées à la diable, le poursuivant comme Rachele sa légitime, et vraisemblablement sa demi-sœur, avec un pistolet dans les couloirs de sa villa de plénipotentiaire de la déroute italienne.

Benito Mussolini était de ses matamores qui se perpétuait comme il disait, reconnaissant parfois ses rejetons, le plus souvent jamais, allant jusqu’à l’infamie lorsque une Ida Dalser l’obligea à reconnaître le jeune Benito Albino comme son fils. On sait qu’il la fit interner, s’empara de ses lettres pour les brûler avant de faire la même chose avec son fils qu’il laissa, comme nombre de fous italiens et français entre 1940 et 1945, mourir de faim et de manques de soins.

Il fut incapable d’élever ses enfants si bien que Vittorio ressemblait comme deux gouttes d’eau à une jeune pousse sauvage élevée au kebab farci de sauce blanche.

Evidemment celui qui jouait du violon à la façon roumaine pour que chavirent les cœurs d’artichauts des soubrettes aurait été un modèle pour nos multi-cultureux d’aujourd’hui, une sorte d’athlète de la fornication antiraciste, le « dictateur priapique » comme le surnomma Carlo Emilio Gadda.

Couchant en socialiste avec Angelica Balabanoff, en philosémite à éclipses avec Margherita Sarfatti (née Grassini), en orientaliste avec Léda Rafanelli (occultiste et convertie à l’Islam, ancienne maîtresse du grand Carlo Carra), en bellâtre sur le déclin avec la Petacci qui partagea sa fin, suspendue par les pieds en réplique aux pendaisons allemandes de Gênes.

Le reste du harem est innombrable, Benito Mussolini avait une queue à la place du cerveau, une matrice spermatique en guise de prolongement du canal urinaire, l’ensemble de ses enfants est encore, à ce jour, indéterminé, il faudrait donc songer à monter un site Facebook, des descendants du Duce.

Il faisait surveiller ses femmes, ses amis, son gendre, tous les italiens étaient encartés quelque part sur les fiches de l’OVRA, ce quotidien ressemblait à la vie sous la férule de la Stasi à ceci près que les disparitions ne donnaient pas lieu à la même invention méticuleuse et perverse qui fut la signature des agents de la RDA.

On assassinait à coups de couteau, on traitait de porcs ceux qui finiraient sur un bas côté, tabassés à mort par des nervis à gabardines et à chemises noires, on jouait la virilité mais quand la guerre vint, tout se débanda, découvrant toute nue la lâcheté.

Mussolini avait donné l’exemple en 1915, lui l’interventionniste, le grillon appelant à la mort des autres, resta tout au plus trente jours sur le front se blessant lors du maniement d’un mortier.

Ce sinistre bouffon en pierre de Carrare vint à la place de Gabriele d’Annunzio que ces créanciers avaient chassé d’Italie, qui revint sous les vivats d’un peuple revenu à sa fierté, qui se portait à la tête des arditi au cri de eia eia alala qui devint celui des fascistes quand ils battaient à coups de gourdins une famille de paysans inscrite au partito popolare ou chez les socialistes.

D’Annunzio affrontait à plus de 50 ans les nids de mitrailleuses, les lance-flammes et les gaz des tedeschi, Mussolini lui gavait son torche-cul avec l’argent des Perrone, gros matous dont la fortune s’enfla avec la guerre avant de s’effondrer lors du krach de leur banque véreuse.

Il fut l’homme de la Sarfatti mais lorsque sa fille, Edda, tomba amoureuse de Dante Pacifici, bel officier italien dont le tort était d’être juif, il s’y opposa, la confiant à Galeazzo Ciano dont le père fut un compagnon de la première heure, un soutien indéfectible lorsqu’un Mussolini balbutiant ne savait que faire du cadavre encombrant de Matteoti.

De Chirico s’était demandé « sommes-nous des explorateurs prêts pour de nouveaux départs ? », Mussolini lui envoyait à la Sarfatti des « je suis pour toi en surface et en profondeur moi ton très dévoué sauvage » avant de brûler devant la mégère du palais les lettres de sa maîtresse dans un autodafé solennel qui voulait dire, « promis tu es la première ».

Si la tranquille et absurde beauté de la matière est bien métaphysique comme le disait Chirico, la liaison entre cette femme de bonne bourgeoisie vénitienne, qui avait le sexe des femmes du monde et trouva dans le catholicisme de quoi marier sa fille Fiammetta avec le rejeton d’une vieille noblesse italienne qui eut Boniface VIII dans la parentèle, et ce fils d’un aubergiste-forgeron qui transforma l’Italie en décor en trompe l’œil pour mieux masquer son provincialisme indécrottable, cette lisière de la civilisation européenne qu’attaquait déjà à boulets rouges Leopardi, cette liaison donc est comme le travelling de honte que seul vint effacer la beauté et les sarcasmes douloureux du cinéma italien d’après-guerre.

 

Nez des juifs (le)

Un journaliste pénètre dans l’enceinte du Congrès du Front National à Tours. Sans autorisation aucune, glissant entre l’étau du service d’ordre il est malmené par les miliciens frontistes et expulsé manu-militari des lieux. Du côté du FN, on indique que ce héros de l’antifascisme était vêtu d’une parka et nanti d’un crâne rasé, du côté de l’intéressé, on allègue que tout ça s’est déroulé parce qu’il était juif et Jean-Marie Le Pen de répliquer que cela ne se voyait pas à son nez.

Il suffit de parcourir les mémoires de Claude Lanzmann pour rencontrer de manière compulsive cette question de l’intuition immédiate de la judéité d’autrui et celle, connexe, du nez « sémite » qui semble comme un appendice héréditaire des descendants des douze tribus. Ainsi  Lanzmann se targue de pouvoir reconnaître un juif/une juive du premier coup d’œil, de même qu’il évoque le nez de sa mère et les complexes qui furent ceux de sa sœur à propos du nez familial. Comme le même va jusqu’à détecter le visage modèle de l’intellectuelle juive, on en vient à se demander si l’obsession de la physiognomie en général et de la proéminence de l’appareillage nasal en particulier n’indique pas au-delà du fantasme (du genre tous les juifs ont un gros pif, ce qui risque fort d’égarer le tenant d’une telle théorie se promenant en Italie ou au Proche-Orient), un fonctionnement propre à l’homme, celui de la reconnaissance et de la réflexion à partir d’indices, donc la nature commune du raisonnement et du délire.

De ce point de vue, Jean-Marie Le Pen et Claude Lanzmann affirment une seule et même chose et la question du nez agit comme simple symptôme d’une assertion selon laquelle il existe une singularité juive irréductible. Seulement là où Le Pen en tire la conclusion qu’un juif reste toujours un juif quelle que soit sa nationalité (donc un être foncièrement extérieur à la francité, une sorte d’hôte), Lanzmann,  croit découvrir que la judéité n’est pas affaire de yeshivot et de veillées familiales, d’étude et de Talmud, mais de transmission, à la fois biologique et inconsciente, historique et d’intuition immédiate.

L’un, prétend agir en grand seigneur rappelant à ses juifs leur condition de Rigoletto, le second en débiteur éternel. Comme tout grand seigneur méchant homme plongé dans la modernité, Le Pen vient de « l’anarchisme de droite » quand Lanzmann fut révélé dans son irréductibilité juive, mais révélé partiellement, par les réflexions sur la question juive. Il indique d’ailleurs dans son Lièvre de Patagonie deux choses : la première tient à sa rencontre avec Israël en 1952 dont il ne tira ni articles, ni livre, avant de laisser cette question dans les sables synaptiques jusqu’en 1962 où les révolutionnaires algériens lui rappelèrent que la destruction d’Israël faisait partie du programme arabe d’émancipation. Le Pen, lui pourrait adopter ces remarques d’Albert Paraz,  l’une sur l’orgueil démesuré des juifs, « c’est du donquichottisme de raisonner une autruche ou des gens convaincus depuis trois millénaires qu’ils ont toujours raison, qu’ils sont le peuple élu », l’autre dérivé de la défense de Céline où il écrit « les juifs devraient lui élever une statue à cause du mal qu’il ne leur a pas fait et qu’il aurait pu leur faire ».

 

Il pourrait aussi balancer entre le philosémitisme du Céline de 1947 « questions juifs, il y a beau temps qu’ils me sont devenus sympathiques : depuis que j’ai vu les Aryens à l’œuvre, fritz et français. Quels larbins ! Abrutis, éperdument serviles. Ils en rajoutent. Et putain ! Quels fourbes, quelle sale clique. Ah j’étais fait pour m’entendre avec les Youtres. Eux seuls sont curieux, mystiques, messianiques à ma manière. Les autres sont trop dégénérés. Et voyeurs les ordures, voyeur surtout ! Les juifs eux ont payé comme moi. Vive les juifs, bon Dieu ! Vive les Youtres ! J’en voulais à certains clans juifs de nous lancer dans une guerre prdue d’avance. Je n’ai jamais désiré la mort du Juif ou des juifs. Je voulais simplement qu’ils freinent leur hystérie et ne nous poussent pas à l’abattoir » et cette litanie désabusée de Jean Cau « Madame, le crois aux races. Un Nègre est nègre, un Jaune est jaune et vous savez fort bien, puisque vous êtes juive, qu’un juif est juif. Refuserez-vous de m’accorder qu’il existe ce qu’on appelle rapidement un « caractère » juif, une « âme » juive, un humour juif, un génie juif, bref une juiverie de Juif. Juive, ne jouez pas l’innocente : vous savez pertinemment que vous l’êtes. Que signifie cet être ? Que vous appartenez à une minorité avec tout ce que cela suppose d’orgueil et d’humiliation, d’espérance et de crainte, de tristesse et de grandeur. Je suis catholique et mon grand-père était paysan, vous êtes juive et vos parents sont nés en Pologne. Je m’en fous, Madame, et ne suis pas « nationaliste » si cela signifie qu’on s’éprouve français (par exemple) CONTRE ce qui ne l’est pas et CONTRE ceux qui ne le sont pas et CONTRE ceux qui le sont devenus. Mais le seul fait de me définir comme français, me direz-vous, est déjà du racisme et, à force de brailler qu’ils étaient allemands, les Allemands ont un jour brûlé les Juifs. ERREUR, madame, ERREUR ! ça n’est pas en s’affirmant allemands que les Allemands ont construit Auschwitz, c’est en s’affirmant hitlériens. Voyez les Anglais qui, depuis des lustres, ont promené sur leur île et de par le monde leur insolent orgueil d’être anglais ! Ont-ils brûlé des juifs ? Nenni »

Lanzmann s’est conçu comme en dette ou en faute envers sa judéité, il n’a pas voulu qu’elle soit vide, qu’elle soit le jouet de l’antisémite, un effet de son regard. Seulement, il lui était impossible d’aller un jour de Shabbath rejoindre la synagogue, et sans fioritures, il conte dans ses Mémoires l’horreur de ces jours où tout s’arrête dans les villes d’Israël, véritable rejet d’un culte qu’il ne comprend pas, qui lui est absolument étranger malgré toute l’empathie qu’il éprouve pour son peuple, car il s’agit bien de cela, son peuple. Ce peuple, Lanzmann est allé le chercher parmi les cendres, parmi les morts, dans le creux d’une disparition programmée et inaccomplie. Ce peuple, il est allé le chercher non seulement parmi les derniers survivants des sonderkommandos ou dans la parole de Raoul Hilberg mais aussi à travers les déclarations des bourreaux, découvrant cet alliance paradoxale de la singularité intraitable et de l’universalité, car cette histoire n’est pas seulement celle des juifs mais un épisode, une époque, de celle de l’Humanité.

Dès lors, il faut bien se rendre à l’évidence, ce n’est pas en se dénaturant, en se résolvant à disparaître ou à se fondre qu’on devient universel puisqu’on réussit juste une forme collective de suicide mais en maintenant ce nous singulier qui n’appartient qu’aux constellations d’individus qui ne veulent pas mourir. Claude Lanzmann a voulu voir dans le nez proéminent (inverse de la circoncision qui ne se voit pas) un signe visible de judéité, Le Pen, une marque d’altérité. Le premier pense destin, mais un destin individuel, donc une question, le second pense race, soit un destin mais un destin fantasmé, coalescent, un destin qui appelle des épurations car toujours un corps barre le corps glorieux et originel que l’Histoire a scarifié. Ce corps il peut l’appeler breton, celte, français, car ce corps est inconsistant, il ne sait pas dire je.

 

Notre avant-guerre

Il y avait donc bien des manières d’entrer dans le champ magnétique des fascismes. A la différence de Je Suis Partout dont la dérive avait fâché Fayard, Combat avait un financement militant alors que celui de la bande à Pierre Gaxotte réunissait un industriel lyonnais, un imprimeur juif d’extrême-droite et un héritier d’origine argentine. Un ploutocrate, un juif, un rastaquouère, c’était le trio des mousquetaires qui allaient porter le fascisme français de plume sur les fonds baptismaux. C’était bien le genre de Je suis Partout et sa bande, le pédaleux boy-scout Brasillach, l’apprenti-mondain en quête de nuit de Walpurgis, Rebatet, le romancier plagiaire, Alain Laubreaux. On ne pouvait impunément côtoyer cette sorte de fascisme singulier qui présentait comme programme la capitulation perpétuelle et la jouissance sans troubles des avantages acquis.

Parcourons notre avant-guerre dont le titre est écrit à la première personne du pluriel, adressé tout autant à la jeunesse française qu’à la petite meute mondaine qui était celle de Robert Brasillach. Comme toutes les générations, celle-ci portait un millésime, 1934. Le style est celui d’un premier prix au concours général, oscillant entre un pastiche du Nerval mémorialiste, l’évocation en moins, et tout ce qui traîne de poncifs dans cette prose de rhéteur arthritique qui tenait lieu de vade mecum littéraire.

Robert Brasillach avant d’être fasciste déclaré fut un mondain à la manière dont Proust peint Oriane de Guermantes et son cercle. Il règne donc dans le petit salon amical, un certain esprit, une émission permanente de signes de reconnaissance, on cite les classiques pour agrémenter les soirées, on fouille où on peut, Macrobe, Sénèque, Virgile. On déterre un grimoire grec, on alterne les jeux de mot et les prouesses bachoteuses, on exhibe l’ironie du candidat gagnant, on plaint les juifs, les étrangers, les érudits trop sérieux. En revanche, Brasillach oublie les talents qui tranchent, grincent, arasent, révèlent (Artaud, Blanchot, Aragon, Jean Renoir, Jean Epstein, Germaine Dulac, Céline peint en forcené, l’équipe des Annales, Bataille, Kojève, Bernanos, Pierre Duhem, de Broglie, Dumézil etc.).

Paris est sans doute une blonde qui plaît à tout le monde, alors, entre deux disques enfournés dans un phonographe alors que pointe le lever du jour on regarde, du haut des toits, la belle endormie du Quartier Latin, les chaussettes remontées par saccades. La Bohême selon Bob Brasillach.

Côté gentil garçon, on a le Robert prévenant qui aime la compagnie des vieux et leur tient le crachoir, ce seront Bellessort, Massis, Colette et Maurras en papys/mamies gâteaux, côté culotte de peau, on plante la tente, on court les forêts, on descend les rapides en canoë, c’est déjà la France du rafting et du jogging, des butagaz et du camping.

Brasillach aime le théâtre du Cartel, plus Jouvet que Baty parce que ce dernier s’égare tout de même dans la mise en scène, disjoint littérature et planches, tente avec désespoir de brûler le vieux marigot des vrais Hamlet, des vrais Don Juan, des vrais Faust pour rappeler que si le théâtre est féerie c’est celle du faux, que la vérité, dès lors, a moins à voir avec la mimesis qu’avec l’estrangement, ce choc d’où tout émerge comme le dira Heidegger après avoir abandonné le nazisme en rase campagne.

Lui, Robert aime les chemises brunes et les Pitoëff, Jouvet, le Christ et les cathédrales de lumière, les drapeaux rouges glissant dans un décor spectral d’uniformes alignés au cordeau. Brasillach vibre au mythe, à la nation, à la race, il le dira le fascisme c’est la joie car le jeune fasciste, appuyé sur sa race et sur sa nation, fier de son pieu enfoncé bien profond, de son esprit dérangé, soucieux de sa place dans le monde, le jeune fasciste partouzant dans son camp en une orgie infinie, le jeune fasciste qui pète, rote, éjacule, il est tout d’abord un être joyeux.

Le mythe, l’unité trouvée, la joie vécue, ce triangle fonde l’onirisme politico-esthétique de Brasillach, avec ses prétentions à refonder l’homme dans toutes ses jointures en l’émancipant dans cet orgasme sans limites où les sexes, les classes, la propriété, les langues, les savoirs, les inhibitions, les tristesses, les vieilleries, la séparation d’avec les dieux n’existent plus.

La structure des thématiques idéologiques est simple : culte étroit d’une jeunesse de bourgeois désoeuvré dont les mains fines et blanches battent dans le vide d’une conversation sans fins, traînant l’ennui d’un salon à l’autre dans de grands éclats de rire qui font toujours croire à l’amitié partagée, jusque dans le dernier bal où les gueules froissées et les visages défaits ne sont là que pour un spectateur lointain, un œil plissé dans la spirale du Temps, un œil qui attend que la mort fasse son œuvre.

Il est à noter que les rédacteurs de Combat n’éprouvaient ni ce masochisme, ni cette érotique un  peu trouble qu’on trouve dans tous les écrits des rédacteurs de Je Suis Partout si bien qu’on peut les parodier sans efforts et y découvrir une logique libidinale qui ne demande aucune interprétation complexe. Sartre, dans l’après-guerre, s’était demandé pourquoi on trouvait tant d’homosexuels dans la Collaboration. C’était à la fois une insulte pour les deux cent mille « gays » recensés par les services de police d’avant-guerre dans la seule capitale, et un problème mal posé. Ces fascistes français éprouvaient un amour sincère envers les desservants du Troisième Reich parce qu’ils pensaient leur emprunter une énergie dont ils étaient dépourvus. Ils se percevaient comme passifs, comme masses, comme de pathétiques escrocs de la perversité et ils attendaient des rafles, des massacres et des épurateurs en vert de gris qu’ils leur livrent un monde dont ils auraient les clés. Aussi, en pleine Occupation, Lucien Rebatet écrivit, « je ne savais où donner de la tête entre les invitations à dîner, les raouts, les vernissages ». Il était enfin devenu important à ses propres yeux.

A ce fascisme de Gatsby en chemise brune, Blanchot opposait celui-ci, « le fascisme, en effet, plutôt qu’un système de gouvernement, est un système de pensée. C’est à la fois une philosophie, une religion, un mouvement politique. C’est la pétition de grandes espérances, l’ébranlement de mythes, l’appel de la conscience obscure. Sa ruse est d’habituer les hommes aux illusions morales pour les empêcher de s’étonner des illusions économiques. Sa force est d’être réellement en harmonie avec des régions profondes de l’âme humaine. Il est entendu que la plupart des notions dont il se sert ne sont que de faibles reflets de vraies pensées, des ersatz déraisonnables, un vrai tumulte de mots. Mais sa supériorité est dans un style que forgent l’héroïsme et l’honneur et qui brille d’éclats innombrables. C’est une sorte de philosophie de la forme. C’est une création dont la littérature et les arts tirent des mythes qui sont beaux. Le fascisme offre à l’homme un système total où il est mystifié, mais où cette mystification ne le dégrade pas. Il lui assure à la fois un régime inhumain puisqu’il ne lui permet pas les conditions matérielles suffisantes, et une doctrine humaine puisque l’homme y puise prodigieusement l’orgueil d’être homme. C’est par cette voie que le monde a été conquis à d’extraordinaires puissances de ténèbres ».

Occultisme (Hitler et l’)

Le grand-père d’Adolf était-il juif ?

Le père d’Adolf Hitler, Aloïs, s’appela, jusqu’en 1876, Aloïs Schicklgruber. Il était le fils illégitime de Maria Anna. Cinq ans plus tard, elle épousa un certain Johann Georg Hiedler, un meunier de 50 ans. Comme les deux décédèrent, ce fut son oncle paternel, Johann Nepomuk qui l’accueillit dans sa ferme et l’adopta. Il connut une ascension sociale qui le conduisit au poste d’Inspecteur des douanes de Braunau am Inn, aux portes du Danube. Seulement le protocole de légalisation de 1876 l’enregistre en tant que fils de Georg Hitler. Puis le curé de la paroisse de Döllerstein raya le nom de Schicklgruber du registre de baptême. Le père d’Adolf avait 39 ans, il avait changé trois fois de nom. A la clé, un héritage de 5 mille florins lui fut alloué avec lequel Aloïs s’installa comme maître de maison tandis que les filles de Nepomuk n’eurent droit à rien à la mort de leur père. Or Hiedler, Hietler, Hüttler, Hütler ou Hitler désignent un petit propriétaire donc un homme libre. Ce fut Hans Frank, dans sa cellule de Nuremberg qui prétendit que le grand-père d’Hitler n’était autre qu’un juif de Graz du nom de Frankenberger chez qui sa grand-mère aurait servi comme domestique. Le problème c’est qu’il n’y a jamais eu de Frankenberger de Graz dans les années concernées ni même aucun juif dans toute la Styrie au cours de cette période. Malgré tout dans son ouvrage, Hitler et les sociétés secrètes, Philippe Valode maintient cette fiction d’un grand-père juif nommé Frankenberger comme si Adolf était le monstre surgi des couilles hébraïques d’un boucher inconnu.

 

Adolf contre les clercs racistes gyrovagues

Chez le jeune Hitler, la coupure intervient lorsque son échec à l’examen d’entrée de l’école des beaux-arts de Vienne vient composer un tableau lugubre lorsqu’il apprend la mort concomitante de sa mère. Dès lors sa colocation avec son vieil ami de Linz, Kubizek s’achève et tandis qu’il glisse vers la misère, le jeune Adolf en vient à dévorer la revue de Lanz von Liebenfels, Ostara dont il méprisera les rituels catholiques ainsi que son attachement à la dynastie des Habsbourg. Arrivé au pouvoir, le pouvoir nazi chargea la Gestapo de liquider l’Ordre des nouveaux templiers et le Lumenclub, les principaux vecteurs de la propagande fumeuse du vieil aryosophe. Les « clercs völkisch gyrovagues » sont d’ailleurs une des cibles de Mein Kampf si bien qu’on peut se demander si son acharnement n’était pas lié à une façon d’effacer un passé qu’Hitler considérait comme honteux.

 

Rudolf von Sebottendorf von der Rose et la société Thulé

 

Rudolf von Sebottendorf von der Rose, de son vrai nom Glauer, est le fils d’un chauffeur de locomotive qui se prétendra baron et joua un rôle capital dans la fondation de la société Thulé. Après avoir échoué en tant que chercheur d’or en Australie, il vécut en Egypte puis dans la partie turque de l’empire ottoman. Selon ses dires, Hussein Pacha, dont il fut le régisseur, l’initia au soufisme tandis que via la famille sépharade des Termudi il aurait été coopté au sein de la loge Memphis-Misraïm. Plus vraisemblablement, la loge était une sorte de doublure de l’organisation jeune turque, Union et Progrès. Néanmoins, il est de retour en Allemagne en 1901, puis son mariage avec une fille de paysans est un échec si bien qu’il finit pas être jugé et condamné pour escroquerie devant un tribunal berlinois.

Il repart alors pour Constantinople.

Comment devient-on un Sebottendorf quand on s’appelle Glauer ? Il est désigné comme cousin dans les notices nécrologiques de Siegmund von Sebottendorf, un noble allemand de vieille ascendance balte qui l’a adopté. Sur les circonstances d’un tel acte, on ne sait rien. Rudolf participe à la seconde guerre balkanique dans les rangs de l’armée ottomane, puis blessé, il rentre en Allemagne. En juillet 1915, il épouse une divorcée Berta Anna Iffland, fille d’un riche marchand berlinois décédé. Comment un demi-solde s’est-il doté d’un nom et d’une femme pleine aux as, cette carrière à la Barry Lyndon ne trouve pas d’explications. En 1916, de nationalité turque mais de prétendue ascendance aryenne pure, il adhère au Germanenorden. En décembre 1917, le voici grand-maître de la province de Bavière. Une structure exotérique, la société Thulé fut adoptée fin 1918. Son emblème était un poignard posé sur une roue solaire en forme de svastika.

La société Thulé, contrairement à nombre d’affirmations péremptoires n’est pas le creuset du nazisme, même à ses débuts. En effet, Hitler s’appuya sur un trépied : la société Thulé, l’association des travailleurs allemands fondée par un frère aryosophe et le parti socialiste allemand doté d’un organe de presse l’Observateur munichois que finança Sebottendorf. En juillet 1919, le baron quitte Munich, en décembre 1920, Anton Drexler prend le contrôle du journal dont la propriété est transférée à Hitler en novembre 1921. La boucle est bouclée. De personnage central, Sebottendorf devient une ombre parmi les oubliés.

Pourtant, lors de la contre-révolution, Sebottendorf lève un corps franc mais sa carrière politique s’arrête là. Sa seconde vie de baron se passe en études astrologiques et en digressions à propos des derviches bektachis, des rosicruciens et de l’alchimie. Puis il fut consul honoraire du Mexique à Istanbul avant de terminer sa vie en espion. La fatalité s’abattant sur lui, il se suicida en se jetant dans les eaux mordorées du Bosphore.

Le 30 avril 1921, les communistes exécutent 7 otages dont 4 sont membres de la société Thulé. Parmi eux, le prince Gustav von Thurn und Taxis, lié à plusieurs grandes familles d’Europe. Lorsqu’Hitler, d’informateur de l’Etat-major au sein du microscopique DAP de Drexler en devint le führer, il écarta Harrer, en janvier 1920, car il le jugeait trop inféodé à la société Thulé. De même, lorsqu’il adopta la svastika, comme emblème du DAP, il la choisit dextrogyre, donc symbole de déclin et de mort contre l’avis de l’expert völkisch, Friedrich Krohn.

 

Karl Maria Wiligut, mage d’Himmler, roi secret de l’Allemagne éternelle et général SS déchu

 

Karl Maria Wiligut fut chargé de la préhistoire au sein de la SS par le Reichsführer Himmler en personne. Il conçut la Totenkopfring, choisit Wewelsburg comme château de l’Ordre noir et fut un concepteur de rites. Issu d’une lignée d’officiers au service des Habsbourg, il intégra la Schlarraffia de Görz, une loge maçonnique intermittente. Colonel durant la première guerre mondiale, il combattit sur tous les fronts autrichiens. Il prétendait appartenir à une parentèle de sages germaniques dont l’origine se perdait dans la nuit des temps, les Uiligotis de l’Asa-Uana-Sippe. Il se disait doté d’une mémoire ancestrale clairvoyante, masque de ses propres délires où il se voyait chevaucher en fourrures des femmes nues parsemant des forêts très sombres où des romains égarés finissaient scalpés et sodomisés par des troncs d’arbres. En contact avec l’Ordre des nouveaux templiers, avant la guerre, il se voyait en grand interprète des runes et en païen intransigeant, au demeurant roi très secret de l’Allemagne éternelle, celle qui flamboie dans le sang et le sperme. Mieux que les reliques sacrées des saints empereurs, sa couronne se trouvait dans le trésor du palais impérial de Goslar et son épée dans une tombe, à Steinamanger. Il se disait, non pas wotaniste mais irmaniste parce que les juifs avaient dérobé aux germains leur Trésor, la Bible, dont le dieu se nommait Krist et non Yahve, ce petit despote balourd qui demandait de sacrifier à la hâche et au couteau les prêtres de Balaam.

 

Secoué par des visions subites, il voyait la Germanie naître dans les 230  mille ans avant notre ère alors que trois soleils étaient établis sur la voûte céleste. Le monde était alors peuplé de géants, de nains, d’elfes, de satires aux verges immenses, de nymphes à gros seins, de sylphides blondes et caressantes et de boucs stellaires avec des couronnes de gui. Les ancêtres de Wiligut, comme mus par un scénariste de Walt Disney, les Adler-Wiligoten avaient ouvert la seconde culture de Boso (le clown ?) en fondant la ville d’Arual-Jöruvallas (Goslar). Plus tard ces salauds de wotanistes allaient quitter la religion de Krist, en hérétiques indomptables. Ils allèrent même jusqu’à crucifier sur un chêne, le prophète Baldur-Chrestos qui réussit à se détacher pour mener la guerre sainte. Comme les wotanistes étaient vraiment fumiers, les irministes canal-historique, virent leur ville sacrée incendiée si bien que leur centre, leur Temple ombilical se déplaça vers Externsteine, repris par les wotanistes et pillé par les troupes fanatisées de Charlemagne.

Après la perte de son fils, Wiligut dériva si bien que le tribunal de Salzburg le déclara irresponsable et le plaça sous tutelle. Enfermé en hôpital psychiatrique sur la demande de sa femme, il médita trois ans durant sur l’interruption qui avait frappé la dynastie royale allemande des Adler-Wiligoten. Il continua à correspondre avec ses disciples et des membres de l’Ordre des nouveaux templiers (ONT) et de la société de l’Edda. Sorti d’asile, Kathe Schaefer-Gerdau de Mülhausen l’hébergea et lui permit de constituer un cercle de fidèles, les libres fils du Nord et de la mer Baltique.

La révolution nazie occupant les strapontins du pouvoir, un vieil ami, Richard Anders, un officier SS présenta Wiligut à Himmler. En septembre 1933, Wiligut intègre l’ordre noir sous le pseudonyme de Karl-Maria Weisthor. C’est à lui qu’on doit ce jugement à propos de Julius Evola, « La doctrine d’Evola n’est ni national-socialiste, ni fasciste. Ce qui le sépare le plus de la Weltanschaung national-socialiste, c’est sa négligence radicale des données concrètes et historiques de notre passé national au profit d’une utopie abstraite à base fantastique. Aujourd’hui encore, Evola prône le dépassement de la nation dans l’élite traditionnelle qui, sous la forme d’un ordre supranational et secret, doit mener le combat contre les forces du monde inférieur hostile à la Tradition. Le mobile secret et profond d’Evola semble être une révolte de la vieille noblesse contre le monde moderne étranger à toute forme d’aristocratie. C’est ainsi que se confirme la première impression, à savoir qu’il s’agit d’un romain réactionnaire »

Il est alors chef du département de protohistoire au sein du Bureau principal de la Race et du peuplement, sis à Munich. Devenu général, il présenta à Himmler, Günther Kirchhoff qui se disait descendant des deux lignées royales de Günther Barberouge et du clan Kirkpatrick qui n’était selon ses dires qu’un avatar de la tribu de Günther qui aurait émigré en 800 avant notre ère dans les Highlands. Partisan de la théorie des trois rois sacrés, Uiskunig de Goslar, Arthur de Stonehenge et Ermanrich de Vilna, il pourchassait les lignes géodésiques sacrées sur la surface de l’Europe bouillonnant du sang aryen. Au printemps 1936, les deux grands prêtres décidèrent de transformer la vallée de la Murg, près de Baden-Baden, en un complexe religieux irministe dont le centre était le château d’Eberstein. En avril 1937, un universitaire de la SS détruisit la crédibilité scientifique du travail de Kirchhoff. Mais l’Ahnenerbe ne put convaincre Himmler du caractère fantaisiste des mémoires du grand ami du roi secret de l’Allemagne aryenne.

 

Otto Rahn, un autre ami de Wiligut était d’un autre calibre. Son ouvrage, Croisade contre le Graal fut un succès de librairie. Il y défendait la thèse selon laquelle l’Eglise, en brûlant les cathares, avait anéanti une religion gnostique d’origine gothique dont les traces se trouvaient dans les Minnesänger ou les légendes du Graal. Intégré dans la SS en mars 1936, il est initié à son aspect administratif par sa formation dans le camp de Dachau avant de se consacrer à ses travaux. Cet homme intransigeant qui avait écrit la cour de Lucifer, en 1937, journal de son voyage en Islande, quitta la SS en février 1939 et s’en alla mourir lors d’une randonnée solitaire dans les montagnes près de Kufstein. Comme Stefan George, comme Wiligut, Rahn croyait à la tradition ininterrompue d’une Allemagne secrète, seulement tous n’y entendaient pas les mêmes mélodies. En août 1939, après que le passé psychiatrique de Wiligut fut découvert, ce dernier fut contraint à la démission. Himmler, un sentimental, le protégea tant qu’il put en roi Lear alité abandonné par ses filles mais soigné par une infirmière.

 

Hitler, grand prêtre de l’Humanité

 

Hitler s’est voulu médecin de la décadence raciale, prophète de sa réparation. On a voulu le trouver du côté des aryosophes ou du Roi du monde dans son Agartha tibétaine mais Adolf voulait ressusciter les grands Césars et l’Empire aryen gréco-romain, ce fut son obsession, sa hantise. Mettre un terme à la division européenne imbécile par le IIIème Reich, effacer l’immondice d’une histoire taillée dans le chaos et le mélange et pour ce faire, guérir l’Europe de la lèpre juive, des juifs de Lourdes et pendre le pape à une vergue sur la place Saint-Pierre avec ses costumes sacerdotaux et un film en couleurs pour fixer l’évènement dans son éternité de celluloïd.

On n’a pas filmé Auschwitz, c’est sans doute un objet manquant mais il manque aussi le clap de fin de l’épopée nazie, les étendards de la victoire flottant du Caucase jusqu’aux geysers islandais. Le monde est dodécaphonique, le monde résonne d’accords judéo-bamboulas, avait hurlé le prophète, les panzers et les crématoires ramèneront l’Harmonique des pythagoriciens en combinaisons de lin, c’est le message de l’ordre noir suivant en chien fidèle le funambule visionnaire plongeant dans le crépitement du sang qui transfigure les siècles.

L’espérance du XXème siècle, ce n’est pas le communisme à face de Staline ou de Brejnev ce sont les oriflammes nazies et les bals déguisés, Brasillach, le vit enfin forclos, devant les cathédrales de lumière et les pectoraux des Hitlerjugend. Jouhandeau dressé comme un pont entre Berlin et Chaminadour, la Charente à l’heure allemande. Les moujiks, leurs tournantes et leurs pillages ça faisait trop barbarie asiatique et il fallait le cerveau très froid de Kojève ou des cinq de Cambridge pour se dire qu’il n’y avait que l’ancien séminariste géorgien pour arrêter la déferlante de l’espoir, le Grossland et sa terre ferme, plongeant l’épée dans le flanc du Léviathan capitaliste anglo-américain.  Tremblent, tremblent, les os vermoulus du monde…

On se plaint qu’Hitler croyait aux choses secrètes mais il avait été infiltré comme espion au sein d’un groupuscule de la droite radicale allemande et il avait fait se lever des brasseries entières puis un peuple en perdition, couché devant son sceptre des dynasties prussiennes d’officiers, des industriels faux-culs, des notabilités de partout. Quand il sentait l’odeur puante des bouges viennois où il serrait dans la nuit les pages froissées de la revue Ostara, quand il songeait à plonger dans le Danube la tête la première, quand il avait épuisé tout l’amour de sa maman en échecs divers, en argent gaspillé, en lectures inutiles, en putains effrayantes dont il ne pouvait soulever les robes, quand le tourbillon revenait dans les pièces vides de l’Obersalzberg, il devait se dire, quel est le dessein d’un tel destin, qu’est-ce qui a fait de moi un tel marteau ?

Eduquer les masses, instruire les familles, leur fournir des Volkswagen et des loisirs impeccables, leur éviter les sales cabarets décadents, offrir aux enfants de la race aryenne un héroïsme comme il n’en existait plus depuis les phalanges d’Alexandre à l’assaut de l’Himalaya avec des chevaliers montés sur des V2 gagnant l’orbite de la fin de l’Histoire judéo-chrétienne dans un grand bain de jouvence, c’était le programme, autre chose qu’Hollywood, autre chose qu’un baume, un petit divertissement, de quoi occuper de nouveaux Arrien, la plume à la main et la caméra en grand angle. Louis B Mayer, combien de divisions ?

En finir avec la tragi-comédie du sexe dont Dieu est le grand ordonnateur par un Familistère rénové de la race nouvelle qui est tout autant la plus ancienne race, celle des origines, court-circuit de nabot de cirque. Tournant la caméra, on voyait affluer les amputés, ceux qui avaient gelés sur une plaine de Russie, ceux qui avaient fini broyé sous les décombres des bombardements, toutes les villes allemandes en feu et des cortèges de zombies, des femmes violées par centaines de milliers, par millions, certaines crevées dans les tessons et l’urine, les fermes trop propres, trop bien tenues, incendiées ou occupées, toute l’Allemagne exorcisée comme le Mal, le centre nerveux du Diable qui causerait Chleuh et rien que Boche, voilà tout ce qui sort de l’alambic du désastre.

Comme s’il ne s’était rien passé. On avait juste coupé les couilles des allemands pour l’éternité et, avec celle des allemands, toutes celles des européens. Aussi à des hommes sans couilles, on avait adjugé des femmes nouvelles. C’est connu, la nature a horreur du vide. Même les pédés veulent pouponner, c’est dire. La liberté fait horreur, tout simplement horreur. Supprimer la liberté, premier pas vers la maladie salutaire car des hommes malades de leur indétermination et malades en permanence, sont tout de même moins à craindre puisqu’ils oublient dans la fête et l’éclate, la réalité glauque, en fait la seule réalité. Même une prison doit ressembler à la foire du trône dans le renouveau sulpicien de l’Humanité nettoyée dans la gaité loin de l’escadron hitlérien en habit Hugo Boss dont la vision rappelle à quel point les jours d’aujourd’hui sont lumineux.

Plomb (années de)

Le 12 décembre 1969, à Milan, une bombe explose dans la grande salle de la banca dell’agricoltura, sises sur la piazza Fontana. On relève 16 morts et 88 blessés. C’est le lever de rideau des attentats-massacres et des années de plomb. Le 22 juillet 1970, une bombe fait dérailler le Treno del sole à Gioia Tauro provoquant la mort de 6 personnes, le 28 mai 1974, une autre, cachée dans une poubelle, dévaste un cortège antifasciste à Brescia tuant 8 manifestants. Le 4 aout de la même année, une bombe explose dans le rapide Rome-Brennero, 12 morts et 50 blessés sont relevés des décombres. Le 2 août 1980, l’attentat dans une salle d’attente de 2ème classe de la gare de Bologne fauche 85 personnes, le 23 décembre 1984, le train rapide de San Benedetto Val di Sambo déraille, bilan 17 morts et 250 blessés.

Le temps a effacé les attentats de la droite ultra pour leur substituer les figures malfaisantes des Brigades rouges et de la mafia, démons officiels de la démocratie restaurée. La commission sur les massacres mise en place en 1988 n’a servi à rien. 42 % des élèves des lycées de Milan attribuent l’attentat de la piazza Fontana aux brigades rouges, 39 % à la mafia, 19 % aux fascistes. Comme les réponses multiples étaient permises, on trouve aussi 22 % des élèves pour l’attribuer aux anarchistes et 4,3 % aux services secrets.

Adriano Sofri revient sur l’épisode de la piste anarchiste suivie par le bureau politique de la police milanaise lors de l’année 1969 dans son ouvrage, les ailes de plomb. Cet épisode fut immortalisé par une pièce de Dario Fo, mort accidentelle d’un anarchiste, puisque l’un des suspects, Giuseppe Pinelli mourut, défenestré, lors de son interrogatoire.

Comme le dit parfaitement Sofri, toute la gauche en vint à tenir la thèse de la défenestration par les policiers présents du malheureux cheminot anarchiste comme une vérité de fait si bien que le commissaire Calabresi fut lui-même abattu un jour de 1972, en représailles. Cette conséquence sanglante de la mort de Giuseppe Pinelli, dans des conditions qui ne sont toujours pas élucidées, valut, bien des années plus tard une condamnation au même Adriano Sofri, comme complice et concepteur de l’assassinat du commissaire. L’historien Carlo Ginzburg eut beau démontré dans son ouvrage, le juge et l’historien, l’innocence de Sofri, ce qui n’évacue en rien sa responsabilité dans ce meurtre, en tant que dirigeant du journal et du mouvement Lotta Continua, le tribunal l’envoya derrière les barreaux pour expier la faute d’avoir cru, un temps, en la Révolution dans un langage quelque peu exalté. Il est à noter que, lors des tribulations judiciaires du même Sofri, Beppe Nicolai, ancien dirigeant du MSI et opposant à Almirante, le soutint, ce qui prouve que les frontières politiques n’ont pas grand-chose à voir avec la lucidité qui exigerait, pour tous, une amnistie.

Les années de plomb furent des années de guerre civile de basse intensité et de mensonges institutionnels, des années où la figure du complot en vint à recouvrir tout le spectre des évènements initiés par l’attentat de la piazza Fontana. A la décharge des complotistes, il faut noter que le Guardian, dans son édition du 7 décembre 1969, mentionnait le projet d’un coup d’Etat en Italie, fomenté par les colonels grecs. On y citait un prétendu rapport Kottakis, agent secret s’adressant au 1er ministre Papadhopoulos. Or il semble que ce rapport, concocté par les services secrets britanniques ait été élaboré à partir de véritables informations. Mieux, Paolo Emilio Taviani, ancien notable démocrate-chrétien et ministre de l’Intérieur, déposant devant la Commission, a évoqué le rôle d’un agent secret du SID envoyé trop tard, auprès des activistes vénitiens de l’ultra-droite, pour annuler l’attentat.

On le voit, le puzzle est complexe. Le bureau politique de la police milanaise croyait réellement à la piste anarchiste, des pans entiers de l’appareil d’Etat connaissaient parfaitement les poseurs de bombes puisque certains officiers ou politiques en étaient les commanditaires, enfin cette connaissance s’étendait à l’étranger puisque les britanniques eux-mêmes en vinrent à forger un vrai-faux rapport afin de brouiller les pistes remontant au sein des institutions d’un Etat, membre de l’Alliance atlantique.

Adriano Sofri trace avec minutie la garde à vue et les derniers jours de Giuseppe Pinelli, ce citoyen italien qui entra vivant dans un commissariat et en sortit la tête fracassée sur le pavé. Il démonte parfaitement les pressions exercées par la police milanaise qui entend obtenir un résultat conforme à son hypothèse de départ (la responsabilité des anarchistes dans les attentats), la manière dont la tératologie s’invite dans ce genre d’évènement terroriste (en effet parallèlement à Pinelli, un autre anarchiste, Valpreda fut présenté comme un monstre afin d’accréditer la même thèse), pour finir la chaîne des mensonges et des protections qui cadenassent l’appareil judiciaire et policier autour d’une erreur manifeste de jugement. Il ne s’agit pas d’un complot, juste d’une manière de protéger l’Institution quand les repères flanchent et qu’on sent l’animosité et le conflit gagner toute la société. L’attentat de la piazza Fontana fait basculer l’automne chaud italien dans la guerre civile, ce basculement, Sofri ne s’en tient pas pour innocent, ni pour coupable parce que dans une guerre civile non-déclarée, il n’y a pas de coupables et d’innocents, juste des hommes qui s’apprêtent au combat dans une langue à la fois vulgaire et comme empâtés de mots tout faits.

Les moralistes hiératiques de la gauche à la gauche du PCI (qui s’en tiendra à la thèse de la seule piste noire pour épargner les démocrates-chrétiens de gouvernement) et les malades du ressentiment et de la haine sans emploi, ont plongé, de concert, dans le terrorisme, l’enlèvement, les bastonnades. Les uns par impératif kantien, les autres par pulsion de mort, se sont emparés du thème de la fascisation de l’Etat italien pour réactiver les rotatives moribondes du marxisme insurrectionnel. Il semble que de l’autre côté, l’automne chaud ait activé, parallèlement, les mêmes mécanismes où tous les types de gauche sont gris et donc tous les syndicalistes, intellectuels et militants à pendre ou à traiter à la dynamite. C’était là, l’héritage un peu encombrant de l’activisme à la Gentile, le retour du refoulé du fascisme en sa jeunesse, qui faisait écrire au philosophe hégélien que la force de la loi librement votée et acceptée devait s’accoupler à celle de la violence s’opposant avec rigidité à la volonté déviée du citoyen. Il en concluait que toutes les forces étaient morales, sermon ou bien matraque. Les activistes de gauche et de droite auraient pu ajouter la bombe au milieu de la foule et les opérations itinérantes de « jambisation » très prisées des brigades rouges. Puisqu’il faut persuader l’homme de consentir, Gentile avait conclu que les moyens importaient peu, les acteurs des années de plomb l’avaient donc rejoint sur ce terrain.

La guerre civile italienne fut une guerre de fantômes et une guerre de philosophes de rue, une guerre où se convoquaient les spectres de Gentile et de Croce s’opposant l’un à l’autre, la decima X de Borghese et les partisans du Parti d’Action, le rouge embourgeoisé de Berlinguer et la baleine blanche d’Aldo Moro, un monde tissé de mémoires et de futurs contingents qui ne voulait pas du présent et des mutations qui le dynamitaient sans bombes, ni violence, des mutations qui mettaient un terme au temps des lucioles comme l’a écrivit Pasolini. Quand tout fut retombé, les prisons remplies, Craxi exilé sur une plage tunisienne chez son ami Ben Ali, le cinéma italien éradiqué, le visage de l’Italie nouvelle apparut, il s’appelait Berlusconi.

Portrait de l’artiste en criminel

Communion, deuil, marche blanche, minute de silence, recueillement, toute la panoplie des grands rassemblements, tout le dispositif sirupeux du sacré réduit à son exorcisme répétitif du mal. On ne cesse de répéter, « qu’est ce que nous sommes bons, qu’est-ce qu’il est méchant ». On ne peut que répondre « I prefer not to » et faire un pas de côté. Le tueur porte une caméra autour du cou, ce qu’il filme, un happening. Il agit en souverain et la seule figure de souveraineté encore disponible est celle de l’artiste.

Il faut donc en venir au quadrilatère de l’art : l’artiste, le spectateur, l’œuvre, l’objet sur quoi repose le triangle précédent. L’objet est simple à repérer, une série de meurtres ciblés, espacés, allant de 4 jours en 4 jours. Ceux qui sont visés sont porteurs de symboles, militaires maghrébins, juifs visibles. Le tueur opère par le vide, il dessine une fosse commune où s’amoncellent les cadavres de ceux qui ont encore trop de significations. Son œuvre criminelle est à la fois rupture avec l’évangile démocratique des droits et instauration d’un double espace : il tue des gens sans grade, il les traite en déchets, dépourvus de toute utilité, de toute valeur d’échange. Mais d’un même mouvement, il les fixe sur un écran de pixels et, partant, les rend à la sphère sacrée, celle où les hommes sont retirés de la condition commune. En ce sens, son œuvre est traversée par le degré zéro du meurtre de masse, la destruction anonyme des juifs d’Europe tués un par un, parce que tous devaient disparaître. C’est cela, le sens de la série, tous doivent disparaître, en tout cas, tous ceux qui sont compris dans le problème identifié par le terroriste.

Comme un artiste lambda, le tueur signe son crime par le calibre de son arme, par la figure du scooter, il attend juste que se découvre son nom et son visage, il peut aussi changer de mode d’opération. Comme tout artiste de la modernité il inclut le spectateur dans la série, dans ses tueries. Il ne vise pas le secret mais la publicité. En suspendant la campagne électorale, en accomplissant un acte de rupture avec la temporalité politique usuelle, les pouvoirs publics et l’ensemble des autorités de ce pays lui ont offert son premier triomphe, sa marche vers ce qu’il doit percevoir comme une mort héroïque. Chacun d’entre nous doit être le témoin de son opération, chacun est invité à vivre sa geste dans le registre de l’intime. Il a déjà déplacé la perspective. L’œuvre est ouverte, donc sujette à interprétations, politique, métaphysique, psychiatrique, criminologique, sociologique. L’œuvre n’est pas close, elle attend le mot fin et la seule fin permise est la capture ou plutôt le sacrifice du tueur. Aussi l’œuvre ne sera accomplie qu’à la mort de l’artiste, jusque-là, il ne pourra que répéter l’objet de son œuvre : une tuerie indéterminée de gens réduits à l’univocité d’un symbole en trop.

Poujadisme et Front National

On a souvent présenté Poujade comme le de Gaulle du pauvre, la Fondation Nationale des Sciences Politiques en a fait le porte-voix des catégories sociales en déshérence, à la tête d’une insurrection corporative d’indépendants condamnés par la modernité capitaliste.

Roland Barthes l’a croqué en ventriloque de la pensée petite-bourgeoise pétrifiée dans un pseudo-naturalisme et un antisémitisme de toujours. Tout à son projet d’une science de l’idéologie venant coiffer la science de l’économie et de l’Histoire édifiée par Marx, Barthes traquait le slogan, l’idée reçue, le stéréotype, la littérature de gare glissée dans le corps imputrescible de celui qui s’appelait lui-même Pierrot et dont certains accents rappellent paradoxalement Léo Ferré « ils t’ont pelé comme un mouton, avec un ciseau à surtaxe, progressivement contumax, tu bêles à tout va la chanson ».

En fait, Barthes attendait sa révolution, celle de la petite bourgeoisie intellectuelle, elle vint en 1968. Pour la révolution de droite portée par Poujade, il n’eût que mépris et c’est ce mépris qui sert encore aujourd’hui d’analyse à ce mouvement disparu dans les poubelles de la grande Histoire.

La France de la séquence 1940-1962 avait connu une défaite majeure, une quasi-guerre civile, la mobilisation de 1944-1945, deux guerres coloniales, une grève insurrectionnelle, deux putschs, une journée des barricades, une modernisation à marche forcée, c’était beaucoup pour un seul pays et un seul peuple.

Le poujadisme fut affecté par tous ces phénomènes. D’une part il relevait de la tradition ligueuse et de la fronde de milieux professionnels non-salariés (commerçants, artisans, épiciers, etc.), de l’autre il rompait avec la tradition bourgeoise (conservatrice et nationaliste du XIXème), s’ancrait dans des catégories sociales nouvelles, un état d’esprit relevant de la camaraderie (homologue à celui des maquis) et prit pour chef non plus un militaire (Boulanger ou La Rocque) ou un conclave d’intellectuels (l’Action Française) mais un homme quelconque sorti de la glèbe.

Quand Poujade disait je suis de vieille race paysanne, on se moquait de lui dans les couloirs de Sciences-Po, quand il s’en prenait à Mendès en hurlant c’est lui le raciste moi je suis de la Terre et de la matrice des races qu’est le peuple français (ce qui sort tout droit de Michelet), on sortait son joker, attention antisémitisme. Pourtant c’est en Afrique du Nord que les listes poujadistes firent un véritable carton et c’est dans la peur de l’abandon, la confrontation avec les musulmans que la thématique de la violence et du corps naquirent.

Déjà on sermonnait la France moisie et déjà elle exprimait des sentiments tus par pudeur mais qu’elle ne supportait plus de garder pour elle. Les poujadistes étaient hostiles au fisc parce qu’ils y voyaient une machine à transformer les hommes en choses, un pressoir où les revenus des uns formaient les projets secrets des autres. Ils s’en prenaient à la rue de Rivoli, au Plan, aux technocrates parce que ces derniers prétendaient mettre en équation et évaluer ce qui devait prospérer et ce qui devait mourir.

L’idéal des poujadistes, c’était l’antonyme du statut et du salaire, une vague idée d’indépendance et de liberté, l’horizon des professions libérales. Un deuil aussi, celui du fascisme historique. La petite bourgeoisie intellectuelle française qui a toujours privilégié le rare sur le nombreux voyait dans cette cohorte furibarde une foule et qui dit foule dans le lexique progressiste dit fasciste. Elle trouvait donc, et Roland Barthes en fut l’interprète, que le fascisme était aux portes de Paris, que les provinciaux ringards assiégeaient la capitale, que les grenouilles voulaient un Roi. D’une certaine façon, Barthes ne se trompait pas.

Entre ses deux versants de la petite-bourgeoisie, il y avait et il y a encore antipathie réciproque si bien que les gouvernants peuvent dormir sur leurs deux oreilles. D’un côté on dénonce les fonctionnaires budgétivores, de l’autre les fraudeurs du fisc. Chacun soutient la destruction des libertés de l’autre camp, chacun désigne l’autre comme le parasite, on fait donc du sur-place.

Le Front National est souvent présenté comme l’héritier du poujadisme sous le motif unique que Jean-Marie Le Pen en fut le plus jeune député, comme il fut membre du CNI et bateleur en chef des comités Tixier-Vignancourt.

On oublie qu’il fut porté à la tête du Front National à 44 ans par une camarilla de militants d’Ordre Nouveau qui n’avaient personne de présentable à nommer comme président d’une coquille vide. Jean-Marie Le Pen est un outsider, du FN il fit une boutique familiale, un repaire de camarades plus qu’un mouvement. Jean-Marie Le Pen est un orphelin du fascisme, incapable de s’assagir, de jouer les Manuel Fraga.

On le sent calqué sur un personnage de l’argent de la vieille, lui le grand légataire universel, on le sent autodidacte, un oxymore permanent qui veut les médailles et l’encanaillement. Si la bombe de la villa Poirier ne l’avait pas épargné, en 1976, il serait une simple notice dans un dictionnaire confidentiel de la vie politique française. Mais voilà, la bombe avait soufflé l’immeuble mais laisser vivants la famille Le Pen.

Quand Mégret voulut cornaquer façon Club de l’Horloge, la structure du parti, il en fut chassé et disparut, le Front National est lié à un nom et une lignée, celle des Le Pen, c’est une légitimité qui se fonde sur la durée et le plébiscite. Avec Marine, il semble qu’elle soit transférable. Pasqua a bien failli y mettre un terme en 1999-2002, mais lui-même a dû céder devant Chirac. On n’est jamais très tendre dans la famille gaulliste.

Nous ne sommes plus en 1962, ceux qui entendent occuper la bonne position sur les réseaux ou consolider leur patrimoine, ceux qui aspirent à la notoriété et à ses bénéfices, ne sont pas ces catégories sociales qui prenaient pour modèle les professions libérales, ils agissent en milieu mondialisé, ils se foutent plus ou moins du pays et de son devenir et quand ils votent, c’est pour Sarkozy ou le PS selon leur flatulence spirituelle qu’ils appellent opinion. Pour eux, il n’y a rien d’autre à faire qu’à respirer l’humeur des faits, économiques ou statistiques, contrôler les miasmes du crime et de la maladie et réciter l’homélie de la nouvelle démocratie, la souffrance n’existe pas, c’est un simple délire.

Le Front National se place justement sur ce point de souffrance qui conjoint des problèmes irrésolus (chômage, délinquance, maladies) parce que les diagnostics sont toujours à refaire en fonction des experts du jour et de la conjoncture.

Toute crise surgit comme d’une météo agitée, chaque émeute d’une fièvre un peu prolongée, chaque maladie a son remède mais qui varie, un peu de pédagogie, un peu de patience et tout sera résolu. Comme rien ne l’est, les douleurs perdurent et le Front National devient comme un chamane itinérant auprès des français souffrants dont Marine Le Pen se fait l’avocate et le médecin avec son code de lois désuet et sa trousse. On la regarde de haut, la pauvre, elle veut plaider et guérir, elle est donc si folle, pauvres français, ils l’écoutent, ils sont donc si cons ?

Tant que la petite bourgeoisie d’Etat, intellectuelle ou non, tiendra le FN pour un parti fasciste, le jeu continuera sans heurts sinon pour la galerie car, avec Marine Le Pen, le FN n’a plus de fasciste à sa tête, juste une nouvelle figure de la droite parlementaire, un Gianfranco Fini avec perruque. Tant que la gauche n’aura pas renoncé à ses œillades, elle sera l’éternelle bouffonne des défilés de milieu de semaine avec ses slogans en toc qui ressemblent furieusement au Pénitenziagité des franciscains dégénérés du Nom de la Rose.

Ouvrons au hasard un bouquin de Madelin daté de 1995, quand les autruches relèveront la tête. Pas une page sur la délinquance, pas une sur la maladie, pas une sur l’immigration, pas de véritable analyse autour du chômage de masse mais une envolée en faveur du libre marché et de la libération des initiatives, à peine une remarque sur l’Islam et l’intégration d’où il ressort qu’intégrer ce n’est pas fondre dans un moule mais poser un cadre, ce qui revient à dire que l’Islam n’est pas un problème et que la France n’existe pas puisqu’elle se réduit à des modes de vie et des coutumes, en gros des profils et des styles, des classes d’équivalence, comme chez les publicitaires.

Fabius, du temps où il était premier ministre, avait concédé que le FN posait de bonnes questions, comme si le problème n’était pas justement que seul un premier ministre puisse se prévaloir de son appartenance au cercle des experts permanents (ex-cercle de la raison) pour distinguer ce qui est bon ou mauvais, utile et nuisible, oubliant que les non-experts agissent et pensent, non pas comme des petits animaux de statistiques groupés en meutes stériles, mais comme des hommes inscrits dans un peuple dont l’Histoire n’est pas une idole passée mais un futur contingent.

PPF : le Parti Populaire Français était dirigé par Jacques Doriot, renégat du PCF, au charisme incontestable, du moins pour ceux qui s’attachaient à ces sortes de soudards à bretelle et à grand bagout. Doriot parlait peuple, c’est ce qui lui attira les faveurs des banques, dont la banque Worms, et les subsides de l’Italie fasciste toujours favorable aux grosses caisses tambourinant sur du vide. Au printemps 1937, Ce parti rassemblait un peu plus de cent mille adhérents, dont ¼ d’anciens communistes.

Bien implanté dans la région parisienne, à Marseille où il faisait cause commune avec une frange du gangstérisme local, et en Algérie, le PPF rassemblait autour d’un trio d’anciens apparatchiks revenus de tout, Barbé, Marion et Doriot, des intellectuels en manque de peuple, tels que Jouvenel, Drieu, Fernandez ou Fabre-Luce, des membres des milieux d’affaires, Pucheu ou Lousteau avec Gabriel Le Roy Ladurie dans les coulisses et un syndicaliste, Jean Teulade.

Le PPF était assez influent pour s’allier dans son front de la Liberté avec la très parlementaire Fédération Républicaine de Louis Marin, mais aussi, assez phynancé pour racheter la Liberté d’Henri de Kérillis car tout mouvement se devait d’avoir son organe de presse, sa petite Pravda. Jusqu’à sa défaite électorale dans son donjon de Saint-Denis, en juin 1937, Doriot avait convaincu les élites d’entretenir son train de vie ubuesque puisque Wendel, Hennessy, les Violet frères ou Ford apportèrent leurs subsides.

Son programme était des plus succinct : à l’extérieur : la paix avec les puissances fascistes. A l’intérieur le triptyque Famille, corporations, provinces qui se substituait au Travail, Famille, Patrie du PSF. Comme on le dit dans la langue populaire, plus le pantalon est large, plus l’homme est fort. Le PPF avait trouvé un chef selon Drieu la Rochelle, un homme qui donne et qui prend dans la même éjaculation, un homme qui pourrait dire, je voulais enculer tous les hommes autour de moi, m’en accroître et les accroître d’un même mouvement. Un homme dont le vit vibrait à l’énoncé de son nom. Non pas le tambour ou l’aimant hitlérien, mais l’éternel corrompu pris dans son reflet de narcisse en sueur, s’épuisant à jouer monsieur courage sur le Front de l’est, avant de finir mitraillé par un avion allié, quelque part dans un bosquet allemand.

De fait, l’ancien communiste était resté un outsider parmi les membres des élites et son parti ne pouvait réussir dans son entreprise qui visait à siphonner les troupes des Croix de feu. Le Parti Social Français du colonel de la Rocque n’était pas seulement hégémonique, au sein des droites, mais il fut une sorte de rempart objectif contre la dérive terroriste de certains de ses membres, parmi les plus radicaux.

Selon Paul Chopine, un ancien du parti, une seule vente de charité au palais Berlitz pouvait rapporter aux Croix de feu, 1,2 millions de francs, tandis que le PPF, son principal concurrent ne recueillait, pour les années 1937-1938, que la somme modique de 19 millions, moitié par le canal patronal, moitié par celui du comte Ciano qui marquait son intérêt pour l’Internationale blanche dont les frontières allaient des catholiques aux nazis, ensemble dont La Rocque était exclu, parce que La Rocque était un vieux patriote que le communisme n’avait pas transformé en internationaliste à la remorque des dictatures allemande ou italienne.

Le PSF n’était pas un parti de quémandeurs ni de sans le sou. Il était alimenté en carbure par le prétendant via la banque Mallet frères mais aussi par les increvables familles légitimistes que ce soit la duchesse d’Uzès ou les de Luynes. La totalité de la haute banque protestante était derrière l’ancien protégé du maréchal Foch puisque Pierre Mirabaud et Jacques de Neuflize versaient leurs cotisations au mouvement. François de Wendel, la tête pensante et agissante du comité des Forges disait de lui, en décembre 1936,  « La Rocque n’est pas un tribun, ni même un propagandiste, mais il sait organiser un service, une manœuvre, et il semble bien qu’il soit fait pour grouper les gens acquis et coordonner leurs efforts ». Il en tira la conclusion en cessant tout versement au PPF de Jacques Doriot qui passait aux yeux du jeune Cioran, pour « le meilleur de tous les nationalistes, il a les vraies aptitudes d’un chef ». C’était en décembre 1937, dans une lettre à Mircea Eliade, en dehors de toute propagande obligée sur les vertus du tribun et son corps plébéien pétri par l’effort.

QI (une histoire du)

Lorsqu’ Alfred Binet fut chargé par le ministère de l’Instruction Publique d’une enquête afin de déterminer les causes de l’échec scolaire, il mit au point une série d’épreuves destinées à calculer l’âge mental de chaque enfant, en dissociant « l’intelligence naturelle » de l’érudition. C’est le psychologue allemand, W. Stern qui en divisant l’âge mental par l’âge chronologique, mit sur pied le QI, véritable échelle métrique de l’Intelligence. Le but n’était pas de déterminer l’intelligence innée, encore moins de classer les individus mais de repérer ceux, dyslexiques, agités ou arriérés mentaux qui avaient besoin de méthodes spécifiques afin d’accéder au plus petit commun dénominateur des savoirs exigés par la IIIème République pour la formation de citoyens éclairés.

En ce début du XXème siècle, on déterminait l’idiotie par l’incapacité de parler dans la langue naturelle (âge mental inférieur à 3 ans) et l’imbécilité par celle d’écrire (âge mental entre 3 et 7 ans). Ceux-ci étaient inutiles à la société et incapables d’apprentissages. Seuls les nazis, avec l’action T4 décidèrent de leur élimination entre 1939 et 1945. Dans les conditions démocratiques, le repérage prénatal et l’élimination des idiots et des imbéciles avant même leur venue sont confiés aux médecins, chargés de diagnostiquer les risques d’anomalie, et à la volonté des familles. Tant que le christianisme aura quelque consistance, il restera des idiots et des imbéciles et les prescriptions médicales ne vaudront pas sentence de disparition. Quand il n’en restera rien, ils seront considérés comme une préhistoire de l’Humanité véritable.

Restait une troisième catégorie, celle des débiles, selon la classification française ou celle des feeble-minded selon la taxonomie anglo-saxonne. Il revint à H. H Goddard de nommer les déficients mentaux, en question, morons, d’un terme grec qui signifie stupide.

En important, l’échelle de Binet, Goddard en transforma la signification. En effet, ce dernier pensait que l’intelligence n’était pas seulement héritable mais héritée, qu’elle était une sorte de denrée unique et que l’individu faible d’esprit était à l’individu intelligent ce que le chaînon manquant est à l’homo sapiens sapiens. En bon anglo-saxon il détermina que le sens moral était lié à l’intelligence ainsi que la place de chacun dans la société si bien qu’il se mit à définir la Démocratie en ses termes : « le peuple gouverne en choisissant les plus sages, les plus intelligents et les plus humains pour lui dire ce qu’il faut faire pour être heureux. Ainsi la Démocratie est une méthode pour parvenir à une aristocratie réellement bienveillante ».

Où l’on voit qu’il y a moins une différence de nature qu’une différence de degré entre cette sorte de libéralisme conservateur racialiste et moderniste et le nazisme. Aussi Goddard se mit à organiser la traque des morons, ces agents porteurs d’un véritable danger dysgénique pour la santé raciale du peuple américain.

Révolution fasciste

Par le biais des futuristes et des syndicalistes révolutionnaires, les fascistes se présentèrent comme des révolutionnaires de droite qui avaient choisi la voie insurrectionnelle afin de sauver, au sein des décombres de l’ordre libéral d’après-guerre, ce qui pouvait l’être.

En effet, avec la révolution bolchévique victorieuse, l’indistinction entre la guerre et la révolution transformait le monde en un brasier intermittent de guerres civiles dans lequel il n’était plus possible de reconnaître une civilisation commune ou une marche quelconque vers le progrès.

Si Louis Rougier, alors libéral anticonformiste pouvait écrire, « dès lors qu’on identifie l’idéal républicain avec la justice et que l’on postule l’égalité naturelle de tous les hommes, on est inévitablement conduit au communisme », c’est bien qu’un libéral du temps n’était pas éloigné par un gouffre des positions fascistes ou contre-révolutionnaires parce que l’ennemi commun avait pris, non pas une figure précise mais se présentait comme un espace de contamination où Edouard Herriot finissait par jouer l’alter-ego de Trotsky et Lénine.

Ce modèle du coup d’Etat se distinguait très nettement de celui du coup de force théorisé par Maurras dans son enquête sur la monarchie. Car le modèle de l’éditorialiste de l’Action Française, celui pour lequel ce conservateur-né avait de la dilection, c’était la révolution gantée de Talleyrand en 1814 ou les manœuvres policières de Monk en 1660, une façon de tenir à l’écart la soldatesque aussi bien que « la grande populace et la sainte canaille ».

A défaut, il attendait d’un général X qu’il prenne les armes au nom du Roi, accompagné par ses colonels. La contre-révolution n’était même plus le contraire de la Révolution juste un point de bascule entre la conquête de l’opinion et des élites par l’écrit, les banquets et les discours et l’occasion profitable de ces journées où l’atmosphère est électrique. Dans sa technique du coup d’Etat, Malaparte rompit radicalement avec cette vision du coup de force et explicita ce que les fascistes devaient au modèle bolchévique de prise du pouvoir.

Celui-ci aurait pu décrire ainsi les fascistes italiens :

Ils étaient de jeunes gens, coiffés de casques d’acier, armés de fusils, de poignards, de grenades, et ils chantaient d’une voix fière en agitant des drapeaux noirs sur lesquels étaient brodées d’argent des têtes de mort. Ils n’étaient pas munis de poignards et de grenades pour la défense de la philanthropie mais pour la guerre civile, c’était le rouage essentiel de la machine insurrectionnelle. Le manganello et l’huile de ricin, les camionnettes farcies de types aux chemises retroussés avec des bidons d’essence dans un coin, brinquebalant sur les chemins caillouteux et dans la poussière. Certains avaient connu les tranchées, d’autres sortaient tout juste des jupes noires des prêtres.

Ils avaient envie de respirer, monsieur le journaliste, ils en avaient assez des crachats, des insultes, des drapeaux rouges et des faucilles et des marteaux, la seule vue d’une redingote les faisait vomir. Ils aimaient le brouillard de Fiume et le vent de Borée, le débarcadère des marins et les fusils en quinconce dans le noir.

Ils étaient fiers, assez fiers pour mourir en silence et vivre en chantant, c’étaient des hommes, des bourgeois, mais dépouillés des vieux accoutrements, farcis de rêves diurnes, dans une virilité d’opéra. D’un peu loin, vous les auriez trouvés ridicules, de près, vous saviez votre jour de honte sur le point de commencer.

 

Leurs visages brûlés par le soleil avaient les traits durs des paysans, leurs barbes taillées en pointe donnaient à ces visages un brouillard picaresque, hardi et menaçant. Leurs yeux sans pitié, tout délavés de cruauté, leurs mâchoires en trapèze, leurs mains faîtes pour cogner et cogner dur, jusqu’à défoncer crânes et cages thoraciques, s’accompagnaient de regards méprisants et insistants pour tout ce qui s’apparentait à une allure d’agent de police, d’employé ou de député libéral. Ce ne sont pas les gens aimables qui font les révolutions. Ce n’est pas par la douceur et la ruse que se mène l’essentiel de la bataille politique mais par la violence. La plus implacable, la plus inexorable, la plus méthodique des violences.

Les représailles étaient un des éléments les plus importants de la tactique des chemises noires. Elles étaient le fait des troupes d’assaut exercées à la technique de l’infiltration, des coups de main, de l’action d’éclat, armés de poignards, de grenades et d’engins incendiaires. Les Bourses du travail, les cercles ouvriers, les maisons des dirigeants prolétariens étaient attaqués, dévastés, incendiés, les familles humiliées. Au final, la peur des représailles ébranla l’esprit combatif des chemises rouges et des syndicalistes. Alors tous fuyaient en désordre et la chasse à l’homme pouvait se dérouler.

Ce n’était pas toujours bienséant, parfois cela donnait des aigreurs, on voyait des enfants pleurer, accrochés aux haillons de leurs mères dont on venait de déchirer le corsage dans un grand éclat de rires, le soleil écrasant, la fange campagnarde, l’atmosphère itinérante de caserne, une humeur de soudards, l’impunité absolue de la force, toute cette exaltation révolutionnaire tournait en une floraison de bravades et de culbutes dans les champs où les femmes perdues, les gestes affolés, couraient loin de leurs hommes laissés en tas et pantelants, leurs jambes nues dans l’herbe, culottes déchirées et lèvres violacées de douleur répondaient à la gueule amochée pour longtemps de leurs maris défaits et proscrits, la parole antée dans la gorge comme un poignard, la signature des arditi, mais des arditi noirs, ceux des compagnons du diable.

A partir de la marche sur Rome, en octobre 1922, puis de la radicalisation du régime avec l’adoption des lois dites fascistissimes, en 1925-1926, où apparaît le syntagme d’Etat total, le mouvement, parti et Etat de Benito Mussolini fut à la fois, un modèle et un aimant pour toutes les forces contre-révolutionnaires et les ennemis intimes de l’ordre libéral pour lesquels ce dernier ne pouvait conduire qu’au communisme.

Dès lors, le concordat conclu avec le Vatican, en 1929, accrédita les idées fascistes puis hitlériennes en terre catholique.

Pie XI en avait tiré cette sentence selon laquelle ce pacte avait rendu Dieu à l’Italie et l’Italie à Dieu si bien que dans un memorandum rédigé par le secrétaire Gasparri, en juin 1933, memorandum qui précédait la signature du concordat entre le Vatican et le régime hitlérien, le 20 juillet 1933, le secrétaire définissait la doctrine de l’Eglise en matière d’adhésion à de tels régimes, « « les catholiques devraient être libres d’adhérer au parti d’Hitler, de même que les catholiques italiens sont libres d’adhérer au parti fasciste ».

Il n’y avait donc aucune incompatibilité entre les doctrines nazi-fascistes et catholique même si le Saint Office accordait que « les différences entre les races ne doivent pas être exagérées au point d’abolir l’unité de l’humanité affirmée par la révélation. Et l’on ne doit pas perdre de vue le devoir de justice et d’amour envers toutes races, qui n’exclut en rien la race sémite ». Une seule comparaison avec les tombereaux d’hostilité déversés sur le nudisme allemand et la révolution espagnole de l’été 1936 suffit pour discerner la position de l’Eglise catholique sur l’échiquier européen. Ainsi, dans la Civilta Cattolica du 19 septembre 1936, le jésuite Enrico Rosa écrivait contre « l’Internationale de la barbarie dans son combat contre la civilisation » et évoquait « ces tragédies sanglantes épouvantables, ces massacres, cette folie collective » qui montrent « qu’une tempête satanique s’est déchaînée sur les peuples, annonçant la mort et la profonde décadence des nations », phrases dont on cherche vainement la trace à propos des bombardements aux gaz des populations éthiopiennes lors de la conquête de l’Abyssinie en 1935-1936.

Ruines

« Nous sommes aujourd’hui au milieu d’un monde de ruines. Et la question qu’il faut se poser est celle-ci : existe-t-il encore des hommes debout parmi ces ruines ? Et que doivent-ils faire, que peuvent-ils encore faire ? »

Sidos Pierre et Jeune Nation

En 1943, Pierre Sidos avait rejoint, à l’âge de 16 ans, le mouvement franciste, témoignant d’un attachement certain au nouvel ordre européen sous hégémonie allemande. Son père, François, héros de la grande guerre, ancien membre des jeunesses patriotes et ami de Pierre Taittinger, colonel, puis inspecteur général adjoint au maintien de l’ordre sous l’autorité de Joseph Darnand, avait combattu aux côtés des allemands afin de retarder l’avance des colonnes américaines qui rejoignaient la frontière du Rhin. Appointé par les services anti-maçonniques de l’amiral Platon, François Sidos était possédé par cette passion de l’intrigue et celle des listes à établir en vue d’identifier les ennemis supposés de la France. Aussi son autre fils, Jacques, fut accusé d’avoir combattu les maquis de Poitou-Charentes. Néanmoins, la phratrie Sidos est moins limpide qu’on ne l’imagine puisqu’un autre frère, François, avait rejoint les forces navales françaises libres en 1942 et débarqué en Provence an août 1944. Quant à l’aîné, il était mort durant les combats de mai-juin 1940 tandis qu’Henri, qui avait rejoint le corps des parachutistes, mourra en Algérie, en mars 1957. Quant à la seule fille Sidos, on ne trouve rien à en dire. La seule conclusion qu’on puisse tirer de ce portrait de famille bourgeoise c’est l’attachement à la politique, au signifiant France, à la guerre, qu’elle soit civile ou non.

Le 28 mars 1946, le père Sidos après un jugement lapidaire fut condamné à mort et fusillé tandis que Jacques écopait de 10 ans de travaux forcés et que Pierre était expédié au camp de rétention du Struthof où il rejoignit deux mille jeunes en instance de rééducation politique. La famille Sidos, à l’exception de François II, ingénieur commercial aux charbonnages de Haïphong, avait perdu tous ses biens, confisqués en vertu de la loi sur l’indignité nationale. Puis les deux lois d’amnistie de 1951 et 1953 les réintégrèrent dans le giron commun où ils se firent une spécialité de se déclarer les véritables martyrs des années sombres.

Outre ses amis Pierre Louis, engagé à 20 ans dans la Waffen-SS et André Cantelaube, ancien franciste, Pierre Sidos rencontre dans le camp du Struthof un militant autonomiste breton, Marcel Bibé qui l’aurait initié aux arcanes de la Croix celtique. Plus tard, on trouvera dans le bulletin de Jeune Nation, la présentation suivante de ce logo, « nos ancêtres celtes donnèrent du soleil, symbole de la vie universelle, une représentation schématique reproduite sur les casques, les monnaies, les enseignes et dans la décoration en général. Sous diverses formes, l’image de la course solaire est donc notre emblème national le plus ancien ».

Lorsqu’il sort de cet antre, en août 1948, il prend contact avec son frère François et s’engage dans le travail du cuir auprès des tanneries Sueur de Bagneux.  Lui-même s’installe rue Saint-Martin, à Paris. Il fréquente le salon de Jeanne Pajot qui accepte de financer la première plaquette de Jeune Nation. Lancé en octobre 1949, le mouvement est enregistré en préfecture, le 28 mars 1950. Sa ligne est celle de la défense de l’Empire combinée à l’héritage maurrassien et bonapartiste.

De fait, on retrouve des membres de Jeune Nation lors des conférences de Nation et Progrès, dont le principal animateur fut Charles de Jonquières qui se prenait pour une sorte de Rivarol racialiste, et à l’occasion des élections législatives de juin 1951, où certains se présentent sur les listes UNIR (Unité Nationale et des Indépendants Républicains). Toujours passionné par la confection de listes de patronymes, Pierre Sidos publia dans son bulletin d’informations, Peuple de France et d’outre-mer, sous le titre « Quand Israël est roi…de France », une liste des titulaires des principaux départements ministériels et services officiels dont le nom sonnait quelque peu « youpin » : Mayer, Bloch, Kahn, Hirsch, Ben Kaled et d’autres, eurent donc droit à une publicité gratuite à propos de la conjuration juive.

Mais le véritable tremplin du mouvement fut la lutte anticommuniste et la déconfiture de l’armée française en Indochine. En effet, le mouvement recruta ses troupes parmi les soldats perdus radicalisés qui avaient rejoint le groupement pour la défense de l’Union Française (GSUF) ou l’Association des amis des combattants d’Extrême-Orient. Ainsi, le 4 avril 1954, des militants de Jeune Nation, infiltrés parmi des anciens combattants en tenue, giflent publiquement, sous l’arc de triomphe, le président du conseil Joseph Laniel et son ministre de la Défense, René Pleven, tandis que le 8-9 octobre, une camionnette de livraison de l’Humanité fut interceptée de manière assez musclée puisque son chauffeur, Georges Goulley, mourra des suites de ses blessures. Action qui conduisit Jacques Sidos devant le juge. Alors que le mouvement connaît un net déclin puisqu’il passe, selon les RG, de 4 à 500 militants en 1954 à une cinquantaine en 1955, un premier congrès a lieu, le 11 novembre 1955. Le Congrès charge alors Dominique Venner, officier volontaire en Algérie, de monter un camp école.

L’intervention soviétique en Hongrie va permettre un premier renouveau puisque Dominique Venner réussit à galvaniser des milliers de personnes parties à l’assaut du siège du PCF, qui fut mis à sac, tandis que celui de l’Humanité résistait à l’attaque. On comptait quatre morts et un nombre indéterminé de blessés. L’année suivante ce fut la fête de l’Huma qui fut prise pour cible. Dans le même temps, Dominique Venner développe les réseaux de Jeune Nation en Afrique du Nord recrutant parmi les milieux étudiants et militaires. Comprenant parfaitement le double-jeu anglo-américain à propos de l’Algérie, les troupes de Jeune Nation provoquent, en novembre 1957, des heurts violents aux alentours de l’ambassade américaine. L’impact est tel que le New York Herald titre, « émeutes devant l’ambassade des Etats-Unis ». Si les banderoles proclament qu’il faut défendre l’armée française partout où elle se bat, Jeune Nation, comme les gaullistes, les poujadistes et l’ensemble des « nationaux » visent la chute du régime parlementaire, ce « système » honni.

Seulement dans cette course au pouvoir les plus réalistes ne sont pas ceux qu’on croit. Paul Sérant, lucide, écrit, en 1958, « le fascisme français appartient au domaine des rêves. La première raison c’est qu’il n’est pas de fascisme sans chef. De plus, le fascisme suppose un climat nationaliste qui correspond mal à celui de l’après-guerre ». Or, en décembre 1956, Charles de Gaulle, qui n’était pas fasciste, déclarait au correspondant du New York Times : « il faut que s’installe d’abord un certain chaos. Ce régime a été fait contre moi. Il ne peut donc appeler de Gaulle pour se sauver. De Gaulle n’est pas disposé à sauver ce régime », ajoutant « on ne peut pas faire de coup d’Etat si l’opinion publique ne le demande pas ». Aussi, on allait se servir, entre autres, des militants de Jeune Nation pour porter de Gaulle au pouvoir parce Pierre Sidos n’était pas un chef et que le nationalisme d’ancien style avait péri avec Vichy. De nombreuses personnalités adhèrent alors : François Duprat, Amaury de Chaunac-Lanzac, alias François d’Orcival, Robert Martel, Jean-Jacques Susini, Philippe Sauvagnac, Jean-Luc Cazettes, Jean-Charles Marchiani.

Dissous, par le dernier gouvernement de la IVème République, Jeune Nation est sur la sellette. Aussi, Pierre Sidos obtient un rendez-vous avec Yves Guéna, directeur de cabinet de Michel Debré, alors ministre de la Justice. On lui prodigue quelques assurances. Néanmoins, afin de perpétuer le mouvement, une Société de presse et d’éditions de la croix celtique est créée et reçoit les conseils avisés de Noël Jacquemard, un professionnel. Le « Conductoire » de Jeune Nation décide donc de lancer un journal portant le nom du mouvement, désormais interdit. Henry Coston propose alors au périodique une aide matérielle ainsi que les bonnes feuilles de son best-seller, les financiers qui mènent le monde. Jacques Ploncard d’Assac, réfugié au Portugal et ancien du service des sociétés secrètes fait de même. On trouve aussi, parmi les soutiens du journal, un homme assez singulier, le franc-maçon Jean-André Faucher. Celui-ci est en contact avec la maison Albertini, mais aussi avec Jean Baylot qui dirige l’aile droite du parti radical et fut l’adversaire implacable du PCF et de François Mitterrand qu’il tenta de compromettre lors de l’affaire des fuites, en 1954. Or Faucher est apparenté au mythe errant.

Hostile au pouvoir gaulliste, Jeune Nation se transforme, brièvement, en parti nationaliste. Mais le gouvernement rend coup pour coup. En une année, on compte 450 interpellations, 76 inculpations, 180 perquisitions et 15 arrestations. Néanmoins, on poursuit, sans la connaître, la stratégie évoliste d’alliance avec les corps « sains » de l’Etat et de la société : étudiants activistes, militants nationalistes, membres présents ou passés des régiments d’élite, corps des officiers, anciens épurés. Parallèlement, la ligne qui vise à combattre le parti communiste se poursuit puisqu’une enquête sur l’assassinat par six militants d’un ouvrier tunisien près de Marseille aboutit au démantèlement d’une cellule responsable d’une série d’attentats contre les permanences communistes de la ville et de sa banlieue. Jeune Nation rassemble alors près de 4 mille militants actifs à Paris, Lyon, Marseille et Alger.

Après la journée des barricades de janvier 1960, où les militants nationalistes algérois sont en pointe, l’ensemble du staff de Jeune Nation plonge dans la clandestinité laissant aux « jeunes » le soin d’émerger publiquement, en avril de la même année, sous l’appellation de Fédération des Etudiants Nationalistes (FEN). Dès lors, Pierre Sidos, bien qu’actif dans les rangs de l’OAS-métropole, va perdre la position centrale qu’il avait occupée pour voir passer les trains de la mutation en cours des droites radicales. Il se survit dans l’œuvre Française et son périodique le Soleil, abonné aux bons de caisse des régimes arabes et à la lutte contre le « sionisme ». Comme le disait un ancien militant de l’œuvre Française : « Pierre Sidos voit arriver des jeunes prolos hyper-racistes, qui veulent bouffer du négro. Il leur explique que l’ennemi n’est pas le balayeur noir du coin de la rue mais tout ce qui nuit à la nation française. Il leur fait lire les 200 familles de Coston. Les prolos comprennent vite. Ils commencent à manger du sioniste […] Pierre Sidos est un brave exalté national-catholique, à la mode franquiste, très respectueux des formes et pas révolutionnaire du tout […] Il mène un mouvement bien traditionnel, avec insignes émaillés, brochures luxueuses et chant officiel […] Tout ce qui l’intéresse, c’est son mouvement, sa collection de croix de fer allemandes et que son fils soit reçu à Saint-Cyr », un boutiquier en somme.

 

 

Sociétés secrètes (le vent d’hiver des)

 

Le collège de sociologie fonctionnait comme une secte. Au tournant des années 1930, Georges Bataille rejoignit la Critique Sociale de Boris Souvarine avec Jean Piel, Michel Leiris, Raymond Queneau, Jean Bernier, et Colette Peignot (sous le pseudonyme de Claude Araxe) qui finançait la revue car elle était issue d’une dynastie de typographes.

La revue, liée au Cercle Communiste Démocratique, attira Simone Weil qui perçut tout de suite le conflit central entre la ligne défendue par Boris Souvarine et la ligne Bataille, lignes qui passaient par la conquête d’une femme qui en sortit ravagée, Colette Peignot.

Bataille entendait conserver le feu de l’insurrection qu’il concevait comme la dynamique centrale de toute République et la résultante d’un état immoral de l’homme assurant, par la honte qu’il ne manque pas d’inspirer, un mouvement perpétuel. Une telle approche de la Révolution rencontrait l’orbe du fascisme car la pensée de Bataille était contre, tout contre le fascisme.

Il écrivit, « à cette marée montante du meurtre beaucoup plus acide que la vie (parce que la vie n’est pas aussi lumineuse de sang que la mort) il serait impossible d’opposer plus que des vétilles, les supplications comiques des vieilles dames ».

Cette phrase, il faut la comparer à celle d’Adriano Romualdi, disciple de Julius Evola : « la vie tire sa lumière d’une sphère supérieure de l’être qui, seule, confère un sens à la convulsive succession du devenir. Elle est la répétition dans le temps de certaines actions qui se situent hors du temps, dans le monde du mythe et du rite et qui assure à celui qui les accomplit la participation à des essences non périssables. Le rite, le sacrifice et la loi sont les trois piliers de l’ordre traditionnel. L’initiation constitue la seconde naissance, le rite de passage entre le visible et l’invisible, et la contemplation et l’ascèse guerrière sont les deux grandes voies de la réalisation de soi ». Ce que cherchait Bataille était une sorte de rapt de la tradition, une manière de conquête des forces libérées par l’ordre noir des bataillons fascistes et nazis.

Cette quête était incompatible avec la pensée de Simone Weil qui, sous le choc de l’accession d’Hitler au pouvoir, dont elle fut une des seules à percevoir les conséquences, notait « il est inutile et déshonorant de fermer les yeux. Pour la deuxième fois en moins de 20 ans, le prolétariat le mieux organisé, le plus puissant, le plus avancé du monde, celui d’Allemagne, a capitulé sans résistance. La portée de cet effondrement dépasse de beaucoup la limite des frontières allemandes ».

Mais Bataille bricolait sa théorie du fascisme. Il trouva chez Durkheim une conception du sacré où le sain et le souillé se mêlent, sauvant le prolétariat pour conclure que le fascisme n’était pas révolutionnaire car il se voulait intégrateur d’une seule face du sacré, la plus noble.

Le fascisme n’était donc qu’un sacré édulcoré, comme castré, une étape sur la voie de la souveraineté véritable. Que le nazisme soit la tentative conjointe de produire un homme épuré et un homme-déchet, sans doute Bataille l’a compris, mais plus tard, trop tard, d’où son repli sur l’expérience intérieure. Dès l’automne 1935, André Masson lui écrivait « je crois que se réclamer si peu que ce soit du marxisme est une erreur, c’est se réclamer d’un échec […] je suis sûr que tout ce qui reposera sur le marxisme sera sordide parce que cette doctrine repose sur une idée fausse de l’homme ».

Mais le retour des anciens dieux passait par le néo-paganisme et Georges Bataille entreprit de le bâtir sous la forme d’une société secrète : Acéphale. L’ensemble des rites qui la soudait n’est pas connu, ni même l’ensemble des membres qui y furent liés. On a beaucoup balbutié, beaucoup raconté, beaucoup déliré, on a dit que Colette Peignot, alors atteinte de tuberculose et compagne de Georges Bataille, y fut sacrifiée. On a donc fait de Bataille, à l’instar de Boris Souvarine, un monstre, « un détraqué sexuel » en proie à des « obsessions libidineuses », des « élucubrations sado-masochistes » toutes choses altérant, selon le cher Boris, la chimie de l’intellect dépendant d’une saine morale, fut elle conventionnelle. Morale qui lui permettait de collaborer à Gringoire ou Candide sans en aviser ses compagnons qui le croyaient toujours communiste critique ou démocratique et non compagnon de route de la droite française.

On le voit, à la différence d’Hitler, Georges Bataille en disciple du marquis de Sade ne séparait pas son régime des passions d’une certaine exténuation des personnages qu’il prétendait habiter et d’une prolifération de ses doubles et de ses détritus alors que le Führer était cette machine fantasque où circulaient tous les flux déchaînés de l’Allemagne, si bien que sa figure publique était parfaitement instable.

Tour à tour, animal hurlant, pervers jouant de ses rencontres avec de jeunes filles à couettes, chanteur plus que pasteur, décomposant la figure du dictateur que Mussolini avait contribué à fixer sur un socle romain, estampillé 1920.

Georges Bataille était incapable de se séparer de son legs de bibliothécaire et d’élève de l’école des chartes, sa mise à mort était celle de son âme chrétienne alors qu’Hitler, après un détour par la société secrète de Thulé entreprenait une sorte de défection des significations et des constructions langagières ou rituelles qui leur sont liées. Le résultat était un effet de sidération, une horreur pure et simple que le terme de cruauté effleure à peine. Le théâtre nazi dont Hitler fut le seul interprète avait pour but d’effacer  la liturgie chrétienne en introduisant à doses massives, dans les chœurs et les chants, une homogénéité feinte, une homogénéité raciale.

Hitler surplombait le vide de la société moderne comme s’il accomplissait un rite de disparition de toute culture en ce sens que le sublime ne peut pas s’éprouver en communauté, sans quoi il signale une catastrophe dans les plis du temps historique.

De son côté Georges Bataille renouvelait les intrigues du théâtre de boulevard. En effet, Colette Peignot qui allait devenir sa compagne, fut la femme de Boris Souvarine que ce dernier prétendait sauver des fantasmagories du bon docteur berlinois Trautner qui la sortait un collier de chien autour du cou.

Ce monde était si petit que tous les protagonistes semblaient s’être croisés au détour d’un placard ou plutôt d’une partouze. A force de revenir sur les lois de l’hospitalité, ils avaient fini par ne s’éprouver que dans les rôles alternatifs du bourreau et de son suppôt. Ils étaient si frappés par l’indistinction de la jouissance bourgeoise et sa morale de commis-épicier qu’ils ne s’éprouvaient souverains que dans l’abjection et le défaut. Ils étaient des tragédiens minuscules que les gens qui ne savent pas voir imaginent autant d’insectes paresseux renversés sur le dos et agitant leurs pattes en appelant au secours.

En effet, Colette Peignot fut internée sous les bons auspices du chef de clinique psychiatrique Weil, père de la gentille philosophe à lunettes rondes Simone, si bien que Boris, l’ancien bolchévique de la première heure, Bataille, le bibliothécaire défroqué adepte d’un marxisme sadien et Simone Weil, en rupture de judéité et même de républicanisme normalien, tournaient autour de cet astre rayonnant qui avait le bon goût d’avoir un père fortuné et dont le nom était connu sur la place parisienne où il ne se vend que de beaux mensonges, d’après le Bottin mondain.

Un passif de haine opposait les deux hommes, comme il oppose toujours le mari et l’amant, le premier accusant le second d’être un salaud, avant de poursuivre sa route. On peut s’en tenir à ses coordonnées du théâtre de boulevard, on peut aussi y voir autre chose. Simone Weil mourut durant la guerre, convertie au catholicisme et littéralement épuisée, en sainte normalienne n’ayant, sans doute jamais connu l’amour charnel, Bataille alla jusqu’à l’extinction de la passion politique, Colette Peignot allait mourir, crachant du sang et Boris Souvarine vit sa bibliothèque pillée par les nazis tandis que les américains appelaient Staline, Uncle Joe. Tous ne moururent pas mais tous furent brisés.

Voici ce qu’affirmait Georges Bataille avant de fonder une religion nouvelle, en guise de voyage de noce « Fascisme et nietzschéisme s’excluent, s’excluent même avec violence dès que l’un et l’autre sont considérés dans leur totalité : d’un côté la vie s’enchaîne et se stabilise dans une servitude sans fin, de l’autre souffle non seulement l’air libre, mais un vent de bourrasque ; d’un côté, le charme de la culture humaine est brisé pour laisser la place à la force vulgaire ; de l’autre, la force et la violence sont voués tragiquement à ce charme ».

On voit donc le motif d’une telle société secrète, prendre acte de la force et de la violence et laisser pourrir sur pied la morale de vieille fille édentée avec laquelle les démocraties entendaient combattre le fascisme mais, dans le même temps, trouver le moyen de convertir cette force et cette violence non en une servitude suicidaire mais en un acte de souveraineté qui aurait pour site la mort de Dieu et pour enjeu de soutenir l’assertion suivante, « Tout exige en nous que la mort nous ravage ».

Quant aux contenus de cette souveraineté et au mode d’administration de cette mort, Georges Bataille les laissaient dans un flou absolu, laissant ses lecteurs s’épuiser en interprétations sans fins.

De son côté, Roger Caillois théorisa cette immobilité de la démocratie : Le vote, qui est son rite central, serait un geste qui n’a pas de rapport évident et précis avec les préoccupations quotidiennes, dont l’importance est indirecte et infiniment divisée, si bien qu’il faudrait, pour l’accomplir en toute connaissance de cause, étayer son geste d’une information, d’une compétence, d’un sang-froid et d’une divination presque inimaginables.

C’était là une argumentation fallacieuse, en ce sens, que les conséquences, à terme, d’une action ou d’un acte quelconques sont tout à fait imprévisibles, non pas aux seuls regards du calcul des probabilités mais de la simple trame des évènements qui a toujours, à grande échelle, cette allure hiératique qu’on trouve dans la trajectoire d’un cyclone.

Mais Roger Caillois poursuivait. Le vote est un acte si indéterminé qu’une série progressive de suggestions hypocrites ou impérieuses le convertit en réflexe. Aussi, en temps ordinaire, un certain équilibre des approximations et des erreurs aboutirait au triomphe de l’immobilité. De plus, l’appareil bureaucratique et la hiérarchie corrigent ou compensent les fragilités du système.

On en resterait donc à ce constat de faillite datant de 1914, car « les gens acceptent d’aller risquer de se faire tuer et essayer de tuer autrui sur la décision d’une douzaine et  demi de personnages solennels, assis autour d’une table ». La passivité à l’état pur, la mort consentie seraient l’horizon silencieux de la République. De là, il est aisé de conclure que la démocratie n’est pas un régime qui organise certaines libertés en vertu de quelques principes et de lois imparfaites, mais une entreprise d’assujettissement destinée à pourfendre les esprits forts parmi lesquels Georges Bataille et Roger Caillois étaient comme une avant-garde éclairée par les sirènes hurlantes du fascisme.

Car le fascisme n’était pas l’envers de la démocratie mais le diagnostic qu’on pose sur un malade, un diagnostic qui réclame un médecin et un poète. Comme l’avait affirmé Nietzsche, un législateur.

Dès lors, Roger Caillois inversa la conception convenue de la démocratie en la vidant de son lien avec le progrès des Lumières qui est son horizon métaphysique. Pour lui, le véritable pouvoir démocratique était le pouvoir charismatique qui s’obtient par la faveur populaire alors que le pouvoir fonctionnel dépendrait soit d’une bureaucratie soit d’un agencement constitutionnel libéral. Aussi si tout pouvoir se fonde sur le consentement, donc sur l’idée plus que sur la force, sa racine serait magique et non rationnelle. De là, une nouvelle analyse du nazisme.

Dans ce parti, le but n’était pas d’administrer mais de diriger. Les militants avaient pour tâche de relayer la volonté du chef et de drainer vers lui, la ferveur du peuple. De plus, le parti nazi était totalisant ne laissant rien en dehors de lui. Le souverain était double : Légiste (celui qui garantit les contrats et s’appuie sur la gravité, la lenteur, les anciens) ou Inspiré (son action, magique, est fulgurante, sa vitesse d’exécution est essentielle, il s’appuie sur les jeunes guerriers). On retrouvait donc sous la plume de Roger Caillois la dialectique mise en évidence par Georges Dumézil entre la fonction conservatrice assumée par les anciens et la fonction transgressive incarnée par les berserkirs, sous la férule d’un mage moderne et un peu noir qui s’appelait Hitler.

En conséquence, le führer pense et agit avec l’aisance d’un artiste somnambule mais ses décisions mettent en jeu l’existence de la Nation. Ces thèses ne sont pas éloignées de celles de Carl Schmitt. Il revient à ce juriste conservateur et catholique d’avoir énoncé une proposition forte à propos de la modernité « : « tous les concepts prégnants de la doctrine moderne de l’Etat sont des concepts théologiques sécularisés ». Or, comme catholique, Schmitt estimait qu’une deuxième descente du Christ était inéluctable mais qu’un élément la contrecarrait et la retardait.

L’histoire humaine ne pouvait être le Règne annoncé mais un simple intermède assuré par tous les grands Inquisiteurs faisant office d’empereurs.

En 1933, théorisant le nouveau régime national-socialiste, Carl Schmitt en vint, hors des catégories du Règne et du Gouvernement, séparés dans l’ordre politique libéral, à analyser le concept de « Führung ».

Or les termes führung, fürhen ou fürher renvoient à une sphère sémantique assez vaste pour désigner tous les cas de figure dans lesquels quelqu’un guide et oriente le mouvement d’un être vivant, d’un véhicule ou d’un objet. Désignant le peuple comme le troupeau qui croît à l’ombre des décisions politiques, il définit le Führer comme un berger pris dans une égalité de race inconditionnelle avec ses partisans.

De fait, ce qui sépare l’étranger des semblables n’est plus seulement la race d’origine mais une ligne de démarcation entre ami et ennemi. Le Règne comme le gouvernement sont fondus dans le Führertum dont la destinée est la guerre et l’horizon, la parousie. En novembre 1936, l’évêque Alois Hudal que Pie XI avait envisagé d’élever à la pourpre cardinalice, fit paraître les fondements du national-socialisme qui reçut, en février 1937, l’imprimatur ecclésiastique du cardinal autrichien Theodor Innitzer. Hudal y fustigeait l’intransigeance des évêques allemands face au pouvoir nazi alors même que ces derniers tenaient Hitler pour un arbitre légitime.

Selon Alois Hudal, le peuple devait se réjouir que ce mouvement intellectuel (Geistesbewegung) ait sapé l’idéologie des droits de l’homme et aboli la foi dans les institutions démocratiques. Le but d’une alliance avec le nazisme était de former un rempart solide contre le « raz de marée du bolchévisme culturel asiatique » qui constituait la seule menace universelle et satanique. Dès lors, le racisme était à la fois un mouvement scientifique prometteur et une vision du monde acceptable en tant que discriminant religieux, même s’il se révélait faux du point de vue de la conception globale du monde défendue par le Vatican.

Derrière ce vocabulaire alambiqué destiné à détacher le mouvement nazi de son aile païenne incarnée par Rosenberg, Alois Hudal reprenait à son compte la vision de Carl Schmitt et sa conception du politique où la plasticité du critère de séparation entre ami et ennemi incluait le racisme d’Etat dont Adolf Hitler avait fait la pierre de touche de son critère d’obéissance des catholiques allemands au nouveau régime. Ce que n’avaient pas prévu Schmitt, Caillois ou Hudal, c’était la destruction totale du nouveau Reich après son ascension spectaculaire.

Quand Georges Bataille créa la société secrète Acéphale, dont l’existence fut si discrète qu’on peut légitimement se demander si elle ne relève pas du canular, il s’agissait de joindre quelques hommes peu satisfaits du monde où ils vivaient et désireux de le réformer, au sens religieux du terme.

Des rites qui avaient cours dans cette communauté de conjurés sans conjuration, on ne connaît que des bribes. En premier lieu, l’interdiction de serrer la main d’un antisémite. En deuxième lieu, la commémoration, place de la Concorde, tous les 21 janvier, de la décollation de Louis XVI, car Bataille considérait cette guillotinade héroïque comme un attentat contre la souveraineté monocéphale dont le fascisme serait l’héritier car « la seule société libre est la société bi ou polycéphale qui donne aux antagonismes fondamentaux de la vie une issue explosive constante mais limitée aux formes les plus riches ».

Encore une fois, Georges Bataille souligne, sans s’en douter, la polycratie du régime nazi où chacun tirait la couverture à soi et avançait ses pièces sur l’échiquier, sous l’arbitrage lointain d’un Führer qui semblait, parfois, un autre Pythagore, caché derrière un rideau ou une rangée de propylées en marbre.

Pour les autres rites de la communauté sans tête, on doit se reporter au témoignage de Pierre Klossowski et à un texte de Georges Bataille dont le statut n’est pas clair, entre onirisme noir et simple sténogramme du sacrifice d’une femelle gibbon dont on ne sait si elle fut choisie parce que, de tous les primates supérieurs, le gibbon est le seul, avec l’homme, à vivre en couple.

Dans le premier cas rapporté par Pierre Klossowski, la vingtaine de membres de la secte se rendait à Saint-Nom-La-Brétèche avec l’impératif de méditer en secret et de n’en parler à personne au cours d’une communion d’un genre particulier au pied d’un arbre foudroyé.

Dans la cérémonie du sacrifice mi-ridicule, mi-orgiaque, sorte de messe noire aux relents métamorphiques, on a une femelle gibbon enterrée vivante la tête en bas et l’anus suspendu, comme symbole palpitant du ciel renversé. On atteignait au sommet de la bouffonnerie sacrificielle dès lors qu’était déléguée, au centre du cercle, une femme nue se tortillant dans les excréments de la bête tandis que les participants auraient été « détraqués par l’avidité du plaisir ».

Acéphale voulait gagner en étendue et en puissance, elle finit par se disperser. En revanche, la Cagoule, cet agglomérat de Belphégor et de Fantomas, comme la baptisa Michel Audiard, était protégée par son insignifiance ou son ridicule supposé.

Une mauvaise saison s’ouvrait pour cette France démantelée, sénile, à moitié croulante : un esprit d’examen, une incrédulité impitoyable et très irrespectueuse, aimant la force et jugeant sur la capacité de résistance, assez rusée pour démasquer promptement les ruses.

La Cagoule possédait ses vertus turbulentes notées par Caillois, elle entendait que les mythes prennent corps, qu’ils modèlent la réalité, qu’ils prennent d’assaut le pouvoir.

Cette association secrète de terrorisme et de vengeance était bien la réplique des réprouvés allemands des années vingt mais elle n’avait pas trouvé l’alliance qu’elle cherchait du côté des officiers généraux, elle s’offrit donc en ordre dispersé après la défaite de juin 1940, du côté de Berlin, de Londres ou de Vichy.

Par certains aspects les hommes de la Cagoule allaient ressembler à ceux de la Légion de l’Archange Saint-Michel que commandait Codreanu. Les légionnaires prêtaient ainsi serment : « nous jurons de défendre l’honneur et de punir les traîtres et les canailles au prix de notre sang. Que la malédiction du peuple tout entier s’abatte sur nous si notre main venait à trembler ».

L’assassinat était donc un rite d’initiation car « les guerres sont gagnées par ceux qui ont su attirer de l’espace les forces mystérieuses du monde invisible. Ces forces mystérieuses, ce sont les âmes de nos ancêtres », une sorte de traduction plébéienne des essais de Julius Evola. Quand Emil Cioran expliquait que les juifs ne sont ni des semblables, ni des prochains, les légionnaires les rêvaient pendus à des crocs de boucher, menace qu’ils mirent à exécution dès qu’on leur en laissa la possibilité.

A la différence des cagoulards, les dirigeants légionnaires ne survécurent pas à leur arrestation et furent exécutés un à un mais leurs gestes sanguinaires étaient parallèles.

Les assassinats et les attentats des uns et des autres faisaient écho à cette envolée rhétorique de Roger Caillois, « le temps n’est plus à la clémence, il s’élève présentement dans le monde un grand vent de subversion, un vent froid, rigoureux, arctique, de ces vents meurtriers et si salubres, qui tuent les délicats, les malades et les oiseaux, qui ne les laissent pas passer l’hiver. Il se fait alors dans la nature un nettoyage muet, lent, sans recours, comme une marée de mort montant insensiblement. Les sédentaires réfugiés dans leurs demeures surchauffées, s’épuisent à ranimer leurs membres où le sang figé dans les veines ne circule plus. Ils soignent leurs crevasses et leurs engelures et frissonnent. Ils craignent de se risquer au dehors où le nomade robuste, tête nue, dans la jubilation de tout son corps, vient rire au vent, enivré de cette violence glaciale et tonique, qui lui claque au visage les cheveux raidis ».

Le vent d’hiver n’était pas une métaphore, lorsque Caillois le comprit, il fut définitivement désotérisé.

 

 

Strauss Botho

Lars von Triers a déclaré, lors d’une conférence de presse, à propos d’Hitler, « Je dis seulement que je comprends l’homme. Il n’est pas vraiment un brave type, mais je comprends beaucoup de lui et je sympathise un peu avec lui ». « Je comprends Hitler. Je pense qu’il a fait de mauvaises choses, absolument, mais je peux l’imaginer assis dans son bunker à la fin ». « Bien sûr je ne suis pas pour la Deuxième Guerre mondiale, je ne suis pas contre les juifs », avait-il nuancé. « Je suis avec les juifs bien sûr, mais pas trop, parce qu’Israël fait vraiment chier », avait-il enchaîné devant une assistance partagée entre rires et silences gênés.

Lars Von Trier était interrogé sur ses origines allemandes, découvertes en 1989 à la mort de sa mère et sur ses propos tenus récemment dans une revue danoise, concernant « son goût pour l’esthétique nazie ». Lars Von Trier avait conclu, mal à l’aise et riant à moitié: « Ok, I’m a nazi ».

AFP

Mettons ce happening en parallèle avec ce que déclarait Botho Strauss au Spiegel en 1993 « être de droite, non par conviction bon marché, pour des visées vulgaires, mais de tout son être, c’est céder à la puissance supérieure d’un souvenir, qui s’empare de l’être humain, et pas tant du citoyen, qui l’isole et l’ébranle au milieu des rapports modernes et éclairés où il mène son existence habituelle. Cette pénétration n’a pas besoin de la mascarade abominable et ridicule d’une imitation servile, ni qu’on aille fouiller la brocante des malheurs historiques […] Il s’agit d’un acte de soulèvement contre la domination du présent qui veut ravir à l’individu et extirper de son champ toute présence d’un passé inexpliqué, d’un devenir historique, d’un temps mythique. A la différence de la gauche qui parodie l’histoire du Salut, la droite ne se brosse pas le tableau d’un royaume à venir, elle n’a pas besoin d’utopie, mais elle cherche le rattachement à la longue durée, celle que rien n’ébranle, elle est selon son essence souvenir de ce qui gît au fond de nous, et dans cette mesure elle est une initiation religieuse ou protopolitique ».

Le lien entre les deux déclarations tient en une date, 1989. En France, elle évoque le défilé Mondino sur les Champs Elysées, en Allemagne, la destruction des idées de gauche. Aussi en 1995, un appel, contre l’oubli (Gegen das Vergessen), indiquait « au fond ce 8 mai 1945 demeure pour chacun d’entre nous une tragédie absurde, nous avons été sauvés autant que détruits, connu le début de la terreur des expulsions et d’une nouvelle oppression à l’est ». Botho Strauss ajoutait « les vieilles choses n’ont pas simplement fini leur vie, ne sont pas mortes ; l’être humain, individu ou membre d’un peuple, ne date pas simplement d’aujourd’hui ». Puis, Strauss en vint à qualifier les crimes racistes, comme celui de Solingen, de « passions culturelles déchues qui, à l’origine, avaient un caractère sacré, créateur d’ordre » si bien qu’il jugeait dangereuse, parce que criminogène, la politique qui consiste à « laisser entrer avec inconscience des hordes d’individus sans logis ni hébergement ».

 

Subventions nazis d’entre-deux-guerres : Louis Darquier de Pellepoix du Rassemblement antijuif de France et conseiller municipal parisien était subventionné par les services allemands. Céline est en contact avec le Weltdienst. Dans l’école des cadavres, il appelle à une alliance avec l’Allemagne et « pas une petite ».

Süss (le juif)

En 1940, sortit le Juif Süss de Veit Harlan, une adaptation-trahison de l’ouvrage de Lion Feuchtwanger. Le film voulait démontrer par une succession de fondus-enchaînés intensifs la nocivité intemporelle du juif. François Vinneuil, alias Lucien Rebatet y vit une « oeuvre d’une portée vaste et sérieuse », il voulait dire un prélude au règlement définitif du problème juif et du problème français, le fondement esthétique d’une refondation de la communauté des hommes, de la communauté raciale. Feuchtwanger avait tracé le destin de Joseph Süss Oppenheimer, juif de cour du XVIIIème siècle selon une optique opposée, le juif était la victime expiatoire éternelle, l’agneau du monde.

Les destins de ces deux hommes se croisaient donc. Dans les années 1920, Lion Feuchtwanger était un auteur à succès et qui, malgré les exils en France et aux Etats-Unis, le resterait toute sa vie. Veit Harlan débutait comme acteur aux côtés d’Alexandre Moissi et sous la direction de Max Reinhardt. Il était alors l’ami du comédien communiste Hans Otto que les SA défénestreront un jour de novembre 1933. Sa première femme était juive. Visiblement, rien ne le destinait à devenir le cinéaste le plus populaire du Troisième Reich.

Le nazisme transforma le destin des deux hommes, l’un devint un instrument docile de la propagande communiste, le second le jouet de Goebbels et de sa future femme, Kristina Söderbaum. Quelque bourgeoise que fut l’existence de Feuchtwanger durant les années 1930, il n’en joua pas moins un rôle essentiel dans les rouages de la propagande antifasciste que mettaient en scène le Kremlin et le talentueux Willy Münzenberg.

Il occupa la direction avec Brecht de Das Wort et participa au Congrès pour la Défense de la Culture. Lorsque l’Emergency Rescue Committee donnera pour mission à Varian Fry de sauver les artistes exilés en France, Feuchtwanger figurait en bonne place sur une liste de deux cents noms. Aussi, après un passage dans le camp des Milles, où, à 55 ans, il fut astreint à des travaux à la fois pénibles et inutiles, il gagna les Etats-Unis à bord du Nea Hellas qui débarqua son lot de réfugiés célèbres le 13 octobre 1940.

Après quelques essais concluants, Goebbels commanda à Veit Harlan, dès 1939, un film qui s’inscrivait dans la propagande antisémite du régime consécutive à la Nuit de Cristal. Le Juif Süss n’était donc qu’un des quatre opus chargé d’expliquer à la communauté du peuple, comme on disait dans la novlangue nazie, la ligne du régime en matière d’antisémitisme. Entre novembre 1939 et mars 1940, le scénario fut ficelé avec l’aide de deux écrivains. Lors du tournage, tous les plans furent supervisés par Goebbels qui apporta donc sa touche d’artiste. Bien entendu, la réalité historique fut travestie.

Ce film, au succès considérable, compte 607 plans.

Trois juifs orchestrent le complot, Süss, son secrétaire Lévy et le rabbin. Les trois évitent la caméra, tous sont mats de peau et le cheveu frisé ou ondulé. A ses trois personnages s’opposent Sturm, Roeder et Faber, les bons aryens. Au chapitre de l’antisémitisme expliqué aux allemands de 1940 et à tous les peuples de l’Europe occupée ensuite, les groupes de juifs sont composés d’hommes, le plus souvent vieux. Ils accaparent donc à leur profit les filles nubiles et jettent, à la manière de Süss, leur dévolu sur les femmes des gentils qu’ils corrompent (les courtisanes), séduisent (la duchesse) ou violent (Dorothéa).

Le juif constitue par son existence un péril à la fois sexuel et racial car les femmes aryennes, de par leur faiblesse de caractère, sont incapables de leur résister. C’est là le point faible du dispositif aryen, retour à Pandora. Quant à la seule juive qui apparaît dans le film, le corsage débraillé, elle côtoie un vieillard (les juifs sont aussi incestueux) et suce un objet non-identifié (les juives sont lubriques), ce qui explique le goût des juifs pour les aryennes et celui des aryens pour de telles cochonnes. Quant au procédé filmique, l’usage répété des fondus enchaînés illustre la capacité de métamorphose qui est celle du juif, car le juif n’a aucune substance, c’est une anti-race. Aussi Harlan multiplie les métaphores et les transitions. On voit donc les papillotes et le caftan de Süss disparaître au profit d’un accoutrement des plus raffiné (le Juif c’est le magicien Houdini), l’or qu’il possède se transformer en ballerines destinées à ruiner le prince via des dépenses somptuaires (le juif est maître de l’usure et des désirs), son sabir de ghetto se transmuer en un usage raffiné du français (le Juif est cosmopolite) destiné à masquer ses appétits sexuels voraces par une courtoisie qui n’est que feinte, car le véritable amour n’a pas besoin de parole, c’est une question de race.

Ita Missa Est, la messe nazie n’attendait pour l’épiphanie que la défaite soviétique.

Synarchie (la)

La révolution morale s’élevant sur les décombres du christianisme historique, le mot même de Synarchie fut remis en selle par l’ouvrage d’Ossendovski, publié en 1924 sous le titre de bêtes, hommes et dieux. Récit de sa fuite en Mongolie, l’homme relatait, dans la cinquième partie du livre, sa visite au royaume souterrain d’Agharta. Or, Saint Yves d’Alveydre dans sa Mission de l’Inde, rédigé en 1886, mais publié post-mortem, en 1910, décrivait ce centre initiatique, le situant dans certaines régions de l’Himalaya. Selon Saint-Yves, cinq mille pundits, qui sont les racines hermétiques de la langue védique, gouvernaient ce royaume puisque chaque racine formait un hiérogramme magique lié à une puissance céleste et sanctionné par une puissance infernale. Les pundits avaient donc créé, afin d’agir aux quatre coins de leur royaume, un animal polypode à dos de tortue, possédant œil et bouche aux deux extrémités et portant une croix jaune sur leur dos.

Au détour de ses pérégrinations, Ossendovski mentionnait un mystérieux Roi du monde qui seconderait Dieu en orientant les destinées et projets de la communauté humaine. Aussi délirant soit-il, l’ouvrage fut l’occasion d’un débat entre René Grousset, Jacques Maritain et René Guénon, débat que publièrent les Nouvelles Littéraires.

Ainsi introduit, René Guénon fit paraître, en 1927, sa propre vision du Roi du monde et l’acclimata en milieu occultiste. Hitler en fut si convaincu, au même titre que le fondateur de l’anthroposophie Rudolf Steiner, qu’il obligea ses physiciens à tenir compte de son délire et à vérifier expérimentalement cette idée saugrenue selon laquelle la terre était creuse, premier pas vers une prise de contact avec les missi dominici de l’Agartha qui ne pouvaient que lui assurer la maîtrise du globe. Cette idée d’une vie souterraine tout à fait inconnue n’est pas morte puisque Thomas Gold, dans un ouvrage contemporain sur la biosphère chaude des profondeurs, émet l’idée selon laquelle des êtres vivraient à plusieurs kilomètres de profondeur, à l’intérieur de la croute terrestre qu’il présente comme la partie la plus ancienne et la plus importante de la vie sur Terre.

En France, l’ordre martiniste fut le petit véhicule de la doctrine synarchique. Outre Papus, on trouvait à la tête de l’ordre, chez lui dans la loge maçonnique le Sphinx, Téder, alias Charles Détré puis Jean Bricaud, patriarche de l’église gnostique universelle. A sa mort, en 1934, Constant Chevillon, employé de la BNCI fut son successeur. Il semble que la Milice l’ait doté d’un tel pouvoir qu’elle n’hésitera pas à l’exécuter en mars 1944. Pourtant si l’on en croit Henry Coston, Chevillon, prudent, avait orienté, en 1941, la police vers un Ordre Martiniste et Synarchique présidé par un certain Blanchard, alors fonctionnaire du secrétariat de la Chambre des députés.

En France,  les grands apôtres de la Synarchie furent le groupe des Veilleurs groupés autour de Jeanne Canudo et Vivian Postel du Mas.

Il semble que les Veilleurs étaient liés à la Fraternité des Polaires qui comptait parmi ses initiés, le directeur de l’Intransigeant, Fernand Divoire, ainsi que Jean Marquès-Rivière, futur persécuteur de la franc-maçonnerie et Maurice Magre. On doit au premier groupe un activisme de tous les instants afin d’organiser en 1934 et en 1937, les États Généraux de la Jeunesse qui avaient pour ambition de générer une renaissance spirituelle de l’Europe.

Jeanne Canudo avait fini par rallier à ses projets des radicaux, Anatole de Monzie ainsi que ces pionniers de l’idée européenne que furent Jean Monnet, Coudenhove-Kalergi ou Keyserling.  Mais un amas de noms et de sigles ne font ni un mythe, ni un prétendu complot bien que Chevillon ait déclaré à la police que c’était Jeanne Canudo qui lui avait transmis le texte du Pacte Synarchique d’Empire.

La force de la synthèse de Saint-Yves d’Alveydre était de rompre avec la haine des théosophes pour le judéo-christianisme afin de lui substituer une sorte d’universalisme qui de mission des juifs en mission de l’Inde avait pour vocation de fédérer spirituellement l’Humanité autour d’un clergé intégrateur d’un nouveau genre. C’était un avatar de l’ordre positiviste rêvé par Auguste Comte mais passé à la moulinette occultiste. Néanmoins, cette thèse n’avait de chance de gagner la crédulité publique qu’au détour d’un emprunt à ses adversaires antisémites. Si le règne de l’esprit avait été annoncé par les spirites et les occultistes, si l’Eglise devait déposer dans les poubelles de l’Histoire son magistère et transmettre le flambeau aux prêtres et prêtresses du nouveau culte, il ne pouvait s’imposer qu’à la faveur d’un complot qui ressemblait fort à celui décrit dans les protocoles des sages de Sion.

Dans son ouvrage, les technocrates et la synarchie, Henry Coston, place Jean Coutrot au centre de son pamphlet. Il indique que « parmi les affiliés du Mouvement Synarchique d’Empire, le rapport Chavin citait Jean Coutrot, auquel il attribuait une place dirigeante » mais nuance son assertion en citant un synarchologue émérite, Roger Mennevée pour lequel « Jean Coutrot joua incontestablement un rôle de premier plan  dans la phase synarchique polytechnicienne », car la Synarchie allait connaître une deuxième phase visant à la conquête du pouvoir mondial.

Retour aux protocoles des sages de Sion. Pour faire bonne mesure et s’en démarquer car trop de niaiserie nuit, Henry Coston cite le journal collaborationniste l’Appel, en date du 6 juin 1941 « il y a quelques jours est mort subitement à Paris, 51 rue Raynouard, un certain Jean Coutrot. Ce Jean Coutrot avait joué un rôle important dans la néfaste politique des Pierre Cot, Guy La Chambre et autres saboteurs de notre aviation. Oui ce Jean Coutrot avait beaucoup trafiqué dans l’aviation. N’appartenait-il pas à la plus secrète et à plus nocive des loges maçonniques : la Synarchie. Cela expliquerait peut être sa mort mystérieuse »

Selon l’infatigable pourfendeur de complots, la synarchie était un dispositif occulte qui groupait en premier lieu « les personnalités qui touchaient d’assez près à la banque Worms » puisque celles-ci « étaient d’emblée classées parmi les affiliés du MSE » mais aussi Jacques Branger, « ami de Coutrot », Eugène Deloncle, le  fondateur du MSR et de la Cagoule, Alfred Sauvy désigné dans une courte note comme un « membre du centre d’études des problèmes humains et du groupe d’études de l’humanisme économique, organisations animées par Jean Coutrot », l’Ordre martiniste et l’Ordre des Memphis et de Missaïm (sic) qui permet de convoquer Cagliostro parmi les synarques dans une liste déjà longue. Il ajoute à la Synarchie le groupe France 50, fondé par le polytechnicien Francis Hekking, un étrange français naturalisé américain, où l’on retrouve Raoul Dautry, René Belin, Jean Milhaud, Robert Lacoste ou Paul Planus mais pas Auguste Detoeuf, Louis Vallon, Roland Boris et Gibrat qui jouèrent un rôle majeur dans le groupe X-Crise.

Outre que Coutrot aurait fait sien le plan du 9 juillet 1934 rédigé sous l’autorité de Jules Romains, il est qualifié, par Henry Coston, de mentor de Charles Spinasse, le ministre socialiste de l’Economie nationale du Front Populaire, ce qui permet d’établir un lien de subordination pourtant inexistant. Enfin Jean Coutrot est mentionné en tant que vice-président du Centre d’Organisation Scientifique du Travail ou COST, auquel collabora Jacques Branger, lui-même désigné comme synarque, et dont le secrétariat était assuré par Francis Hekking assisté de Claude Bourdet, futur fondateur du mouvement de résistance Combat.

Bien entendu, un juif hollandais envoyé par la Royal-Dutch, M. Hymans et un certain Oppenheim, de la banque Rothschild ferment la marche du complot. Pour faire bonne mesure, Coston donne pour hypothétique mais vraisemblable l’appartenance de Dimitri Navachine au COST. Néanmoins, lui-même doit reconnaître que la seule mesure tangible prise par le COST fut une résolution sur la standardisation du papier à lettres et des formulaires administratifs, actes qu’il juge symptomatique de la réalité même de la conjuration occulte.

La logique du récit d’Henry Coston, comme celui des synarchologues est agglutinante. On relie de manière arbitraire à la Synarchie, dont l’existence est posée d’emblée, des individus militant ou travaillant dans une même organisation aux côtés de Jean Coutrot. Chaque nom recensé alimente alors la liste présumée des synarques et comme chaque individu est indexé à une organisation, celle-ci se trouve incluse au sein de cet ensemble fourre-tout et en expansion permanente qu’est la synarchie car la contiguïté vaut causalité ; on ne cherche pas à connaître l’activité de l’organisation puisque le but de la Synarchie est évident, la conquête de l’Europe puis du monde.

On ne précise pas la fonction de chacun, encore moins les liens réels entre les individus puis on établit une logique imparable dans laquelle la Synarchie, la « finance cosmopolite » et la Cagoule ne faisant qu’un, il faut absolument adjoindre Dimitri Navachine au COST puisque le meurtre de ce dernier par les hommes du CSAR est attesté et que le CSAR n’est autre que le bras armé de la synarchie, cette fois-ci, le serpent se mord la queue et la spécularité est reine.

Dès lors, on suppose que des conjurés conjurent du soir au matin si bien que si le COST n’est capable de s’entendre que sur la standardisation de la mine de crayon et le modèle de papier peint dans les bureaux des ministères, on subodore que les véritables motifs des assemblées ne peuvent être aussi prosaïques.

Le récit d’Henry Coston reprend sans les modifier les assertions de Pierre Nicolle, du docteur Martin et de Raoul Husson, contemporaines de la création du mythe. En effet, selon Pierre Péan, le nom de Jean Coutrot apparaît, le 16 août 1940, dans le journal de Pierre  Nicolle, un ami de Pierre Laval et de Raphaël Alibert, alors garde des sceaux. Ce patron offensif tient la chronique du « royaume » de Vichy et entend contrer une double offensive des hauts fonctionnaires et de la « banque juive » (Lazard, Worms) contre le nouveau régime et les « professions ». De son côté le docteur Martin tient le compte des polytechniciens et des inspecteurs des Finances dans l’appareil d’Etat. Bientôt il les ordonne en une société secrète dont le chef serait Gabriel Le Roy Ladurie, administrateur de la banque Worms et, selon Pierre Nicolle, nid d’espions au service du Royaume-Uni.

En janvier 1941, Marcel Déat s’en prend aux technocrates conservateurs infiltrés dans l’Etat français. Le nom générique qui est donné à cette entité satanique, en ce sens qu’elle attente au corps sacré de la nation, est celui de « trust », terme qu’on retrouvera dans le programme du Conseil National de la Résistance. Pierre Nicole mentionne la Synarchie, en tant que telle, le 3 juin 1941, celle-ci réunirait des « polytechniciens » et à la « tête de cet organisme se trouveraient Bouthillier et Berthelot ainsi qu’un nombre important de hauts fonctionnaires des Finances et des Travaux  Publics ».

Parallèlement, le docteur Martin prétend avoir reçu d’un ami parisien, le colonel Heurteaux, un ancien de la Cagoule militaire, l’exemplaire du « Pacte Synarchique d’Empire » détenu par Jean Coutrot, exemplaire que Martin aurait transmis au docteur Ménétrel, médecin personnel du maréchal Pétain. Parmi les principaux membres de cette société secrète, il cite Yves Bouthillier, le ministre des Finances, Jean Coutrot et Edmond Chaux. Selon la note Martin, citée par Pierre Péan, « ces documents ont pu être remis au maréchal par suite de l’indiscrétion d’un des animateurs du mouvement appelé Jean Coutrot, indiscrétions qui ont donné lieu au sein du groupement à des dissentiments violents qui ont été suivis de la mort de Jean Coutrot et de son secrétaire ».

L’assertion selon laquelle la divulgation du pacte synarchique d’Empire par Jean Coutrot a conduit à sa liquidation ou à son suicide est névralgique en ce sens qu’elle atteste du sérieux supposé d’un avertissement qui figure dans le document en question selon lequel « toute détention illicite du présent document, dénommé le livre doré, expose à des sanctions sans limites prévisibles, quel que soit le canal par lequel il a été reçu ».

Or cet avertissement se présente comme le codicille d’un serment par lequel l’initié « accepte par le présent pacte synarchique d’Empire » de se lier « avec les promoteurs du Mouvement pour la France métropolitaine et les pays de son ressort » si bien que l’impétrant  se porte garant du pacte et « y engage » sa vie. Le troisième larron est un certain Raoul Husson que Pierre Péan désigne comme le rédacteur du « rapport confidentiel sur la société secrète polytechnicienne dite MSE ou CSR », plus connu sous le nom de rapport Chavin qui sert de matrice aux amateurs du complot synarchique.

Durant la période, il travaille pour Arthur Pfannstiel, le SS en charge de la lutte contre les sociétés secrètes qui invitait Céline à ses conférences. Néanmoins Pierre Nicolle n’en finit plus de broder dans son journal intime des affaires vichyssoises en cours. En août 1941, il lance « l’existence du complot synarchique se précise. Il est à peu près certain aujourd’hui que ce mouvement n’est pas isolé en France ; en Angleterre, un mouvement similaire existe  sous le titre de F 1950 » et Nicole de lancer le nom de Heiking (sic) en mission spéciale aux Etats-Unis pour le compte de Bouthillier.

Une note citée par Péan indique le véritable cercle vicieux dans lequel se déploient les chasseurs de conjurations. Après avoir affirmé que la banque Worms a littéralement mis en coupe réglée l’Etat français, le rédacteur de la note se demande « comment une banque juive a-t-elle pu être le principal artisan de la collaboration avec le nazisme antisémite et organiser l’emprise des allemands sur des éléments essentiels de l’industrie française ? » puis balaie cette réflexion de bon sens au profit de l’affirmation de « l’unité politique de la juiverie » et de « l’opposition à l’Axe de la ploutocratie mondiale juive ».

Le suicide de Jean Coutrot est l’épicentre du mythe de la Synarchie. A qui l’attribuer ? On voyait bien que le geste de Jean Coutrot avait une signification mais on n’en décelait ni le sens ni les intentions. Pour Olivier Dard dont la position établie d’expert de la bonne conscience historienne et des limites qui sont les siennes garantit les analyses, le suicide de Jean Coutrot est un simple drame personnel, le dénouement d’un certain mal de vivre. Je passe sur cette psychologie de comptoir, mais il est difficilement tenable d’affirmer, sans rire, qu’un homme qui avait résisté vingt-six ans à son amputation, qui avait mené une vie publique trépidante et joué un rôle, même feint, dans nombre de cénacles, qui venait de surmonter une période de désaffection, ne se suicide que pour des raisons strictement personnelles. En se jetant par la fenêtre, il est possible que Jean Coutrot ait obéi à une pulsion, au désespoir de l’Instant mais probable aussi, qu’il ait envisagé sa mort comme énigme et défi. De plus, le tract synarchique n’était pas une invention des complotistes, il existait et Jean Coutrot en avait un exemplaire.

On peut penser comme monsieur Olivier Dard que cela n’a aucune importance, on peut aussi en inférer que ce tract, s’il ne dit rien sur une pseudo-organisation secrète, en dit beaucoup sur la manière dont ces experts concevaient leur fonction dans l’Europe future.

En effet, les treize points fondamentaux du Pacte Synarchique d’Empire sont les suivants : Révolution intégrale comme on dit du bronzage, révolution définie comme un « élément constant de force » au service de l’Etat français ; création continue de l’Empire comme véritable au-delà du socialisme ; service du Peuple opposé à la masse ; service de la civilisation transformée en un « groupement organique de nations majeures » véritables incarnations du « plus haut facteur de perfection possible » ;  service de l’Etat ; service de l’ordre réel, « synthèse d’autorité et de liberté » et « révolution des gouvernants » opposée à la « révolte des gouvernés » ; défense de la « hiérarchie naturelle  des réalités collectives » à travers « l’acceptation virile de la révolution continue » au sein de la famille, de la profession organisée, de la commune, de la région, de la nation, de l’Etat ; coordination des cinq pouvoirs dits réels : culturel, judiciaire, exécutif, législatif, économique ; vers une « société sans classe mais hiérarchisée » ; « concorde impériale dans la coopération des races » ; « fraternité impériale dans la force » ; promotion d’une « économie d’Empire ouverte sur le monde » ; Paix perpétuelle avec comme premières étapes « l’union fédérative de l’Europe » et la « Pan-Eurafrique ».

On le voit, toutes les thématiques qui ont orienté la politique française depuis la Libération, agrémentées d’un lexique vichyste propre à la période avec ses notions de service et ses saillies corporatistes, sont présentes dans un texte considéré par les gens sérieux comme un exercice loufoque parce qu’il agit à la manière de la lettre volée d’Edgard Poe. Sa bouffonnerie est évidente, néanmoins celle-ci est partagée par la quasi-totalité des élites françaises voire européennes revenues du fascisme, aussi on évite avec prudence la conclusion.

Quel que soit le rédacteur ou les rédacteurs de ce texte pointilleux, ce ou ces derniers avaient l’expérience des mondanités et des conclaves où se refont entre personnes accréditées les oripeaux du monde. Le Pacte Synarchique d’Empire synthétise une vision d’ensemble partagée par un aréopage d’Ubus en délire, délire masqué par les positions d’autorité et la redondance des doctrines d’appareil où les mêmes Ubus adoptent l’uniforme gris sur gris des Diafoirus dont l’ENA fut la pépinière d’après-guerre.

Enfin, monsieur Olivier Dard pèche par orgueil et suffisance et pour un historien c’est un défaut rédhibitoire. Il oublie que sa propre reconstitution du mythe de la synarchie n’est qu’un récit et ce qu’il nomme réalité, le tissage approximatif et vaguement cohérent de causalités qu’il tente de superposer au réel qui n’est jamais qu’une succession discontinue de situations et d’évènements. L’historien n’atteint pas la vérité mais le vraisemblable, ce qui est différent. Il est poète, pas savant, il joue avec des noms de peuples et des noms d’acteurs, il suit certains noms de l’Histoire car l’historien est aussi clinicien. Il trie dans les délires ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas en fonction de la raison commune. Il édifie des entités narratives qui ne valent pas beaucoup mieux que celle des acteurs de l’évènement. La position du narrateur omniscient n’est donc ni la meilleure, ni la plus adéquate.

Mais monsieur Dard s’en fout, il anime des colloques, il dispose d’une chaire, ses pairs le reconnaissent. Sous cape, il rit de Madame Lacroix-Ritz, il se moque d’elle, il se dit « quelle conne, mais quelle conne » puis il avale son petit verre de vin moyen en passant sa langue sur ses lèvres minces.  « La Synarchie, pouf, pouf, mais ça n’existe pas ». Justement, si.

La Synarchie est un mythe puissant qui emprunte au roman d’espionnage. L’Etat y est perçu comme un complot permanent, l’existence comme un flux à la fois absolument déterminé et parfaitement imprévisible, tant et si bien que la réalité se dissout au profit de sa représentation et que la fiction y devient la fabrique du réel, un modèle de simulation.

Dès qu’il apprit le suicide de Jean Coutrot, le docteur Martin informa ses supérieurs, donc l’amiral Darlan, de l’existence d’un pacte synarchique qui aurait été volé dans son appartement en février ou mars 1941. Il ne poussa pas la déférence jusqu’à dévoiler ses sources. Selon Richard F. Kuisel, le pacte synarchique était un tract martiniste et la manière dont il parvint entre les mains du docteur Martin illustrerait l’existence d’une filière cagoularde intacte puisque le document aurait transité par le bureau du colonel Heurteaux qui l’aurait transmis au colonel Groussard qui l’aurait offert au docteur Martin. D’autres auteurs prétendent que le manifeste synarchique aurait été retrouvé lors d’une perquisition au siège de l’ordre martiniste lyonnais ou que Jeanne Canudo l’aurait transmis de son propre chef. Mais l’usage qu’en fit l’ancien chef du Deuxième Bureau de la Cagoule n’avait rien de spontané ni d’innocent car cet homme calculait chacun de ses gestes, chacune de ses paroles, chacun de ses écrits.

Aussi, dans la note rédigée par le docteur Martin, à l’intention de ses supérieurs, le suicide est présenté comme la preuve manifeste de l’existence d’un méta-complot qui aurait fini par liquider l’un de ses initiateurs, le polytechnicien Jean Coutrot, membre d’X-Crise qu‘il est assez mal venu de confondre avec X-Files.

Ce méta-complot aurait pour opérateurs des inspecteurs des Finances et des polytechniciens qui se réunissent rue Tronchet, dans la popote de la banque Worms dont le nom même indique qu’elle est très louche, puisque juive et cosmopolite. Le docteur Martin en déduit qu’il s’agit d’une manœuvre de la City contre la politique de Montoire. L’intention de la note est transparente. Elle tient la politique de collaboration comme nécessaire tout en dénonçant ceux qui la mettent en œuvre au sein du gouvernement.

Il y avait là un paradoxe facile à dénouer et qui ne pouvait mener qu’à chercher une alternative auprès de messieurs Laval et Déat ainsi que chez leurs alliés cagoulards dont le jeu compliqué avait pour objectif la prise du pouvoir en solitaire. Aussi, les troisièmes couteaux de la Collaboration parisienne tels que Pierre Constantini et Jean Mamy, journalistes à l’Appel et au très antisémite Au Pilori, reçurent le tract dans leurs boîtes à lettres le 5 juin 1941.

Puis, le rapport Chavin, inspecteur de la Sûreté Nationale, dévia quelque peu la cible précédente. Désormais Eugène Deloncle y était dépeint en chef du mouvement synarchique d’Empire tandis que Jean Coutrot passait pour cagoulard. Pour l’heure, Eugène Deloncle n’était que le chef du MSR, Jean Fontenoy le chef-adjoint et remplaçant du chef en cas d’absence, Eugène Schueller, y dirigeait toutes les commissions, Jean Filliol s’occupait des services de renseignements, et Raymond Abellio fut affublé, en qualité d’intellectuel, du titre de chef du comité de travail. Mais la permutation est intéressante puisque le terroriste devient grand-prêtre et le mage fou de la technocratie, un dynamiteur nocturne. Or le 19 août 1941, les Renseignements Généraux vinrent étayer le rapport en opérant le rapprochement entre « l’assassinat » de Jean Coutrot et celui de Dimitri Navachine. Le cœur du complot s’était donc déplacé, sous l’effet d’un pare-feu inconnu, mais la Synarchie faisait l’unanimité.

Ainsi, l’ambassade des Etats-Unis se procura la note du docteur Martin et la transmit à Washington tandis que l’amiral Leahy, ambassadeur à Vichy, déléguait, discrètement, des enquêteurs.

Pierre Nicolle, cheville ouvrière de la CGPF, l’organisation patronale de l’entre-deux-guerres, allait se convaincre de l’existence d’un complot synarchique contre les PME, comme il s’était déjà convaincu du côté Bazaine de tous ces hommes qui avaient signé les accords de Matignon sous la férule du juif Léon Blum, ouvrant toute grande la porte aux soviets. Le terme de Synarchie avait donc plusieurs acceptions mais toutes se ramenaient à cette idée que la France n’était pas victime de ses choix calamiteux mais d’un vaste réseau de traîtres installés aux commandes du pays. Une sorte de remake des 39 marches avec Pétain dans le rôle du brave patriote dépassé. Angelo Tasca, ancien communiste italien, puis ancien socialiste en exil dans l’hexagone, enfin simple employé du régime de Vichy comme Ionesco le sera de l’ambassade roumaine auprès du Maréchal Pétain, savait garder la tête froide. Il avait bien entendu les rumeurs de complot autour de la Synarchie mais compte tenu des antécédents de Jean Coutrot, il avait perçu, dès le départ, le canular. Toutefois, la muleta sortie, la synarchie devint la contagion du moment.

Le 1er août 1941, les hommes de la Collaboration parisienne ouvrirent le feu sur le quartier Général. L’Oeuvre de Marcel Déat consacrait son éditorial au mystérieux complot dont le nom était dévoilé. Le lendemain, on étrillait la banque Worms, qualifiée de banque juive. Le surlendemain, on s’en prit à Gabriel Le Roy Ladurie.

L’écho était si puissant que le 12 août, le maréchal Pétain le plaça au centre névralgique de son discours sur le « vent mauvais » qui ne devait pas grand-chose à Verlaine. Il se fit l’apôtre de la lutte contre les trusts et contre l’ancien régime républicain, tous deux inclus dans une même exécration. Il en appelait à un nouvel élan, à la confiance, à l’unité.  Il défendait Darlan, il défendait la Collaboration visant un ennemi d’autant plus puissant qu’il était indéfini dans ses contours. Chaque auditeur pouvait être satisfait, chaque parti, chaque coterie. C’était un « je vous ai compris » avant la lettre mais les allemands avaient d’autres préoccupations.

Du 8 au 16 août 1941, la Gestapo, intriguée, entreprit quinze perquisitions en rapport, plus ou moins étroit, avec l’existence du complot synarchique. Les domiciles de Raoul Husson, de Jean Coutrot, de Gérard Bardet, de Jacques Branger et de sa maîtresse, Nicole Terkon, de René Gillouin, furent visités. La liste ressemblait à un catalogue sans queue, ni tête. On y trouvait le suicidé, le rédacteur du rapport attribué à l’inspecteur Chavin, des membres de la banque Worms enfin un ami du maréchal Pétain qui n’avait que mépris pour les affidés du régime. L’enquête parisienne sur la synarchie fut menée par le service Moerschell de la préfecture de police, chapeauté par les allemands. Les locaux de ce service se situaient square Rapp, un lieu que les officiers de la Gestapo tenaient pour une de leurs annexes. Les procès-verbaux furent établis au nom du lieutenant Moritz, délégué du SD, donc du RSHA, donc de la SS.

D’après des sources concordantes, Pierre Constantini, le directeur de l’Appel, avait orienté les hommes de Moerschell vers le domicile de Jean Coutrot puis chez les proches du groupe X-Crise, Gérard Bardet, ancien secrétaire général du groupe, et président du comité interprofessionnel, enfin Jacques Branger, collaborateur du centre d’études des problèmes humains et vice-président de la caisse nationale des marchés de l’Etat. Ce dernier notera que tout n’était pas consigné au sein du procès-verbal d’interrogatoire.

Visiblement, la SS voulait faire plaisir à certains ennemis collaborationnistes de la banque Worms, voire intimider ses membres, mais sans toucher à son rôle efficace d’intermédiaire dans les relations économiques franco-allemandes. Tandis que l’opération Barbarossa affichait des succès impressionnants, l’Allemagne avait encore besoin de l’hexagone pour la logistique de ses opérations. Elle pratiquait donc la politique de tous les conquérants : diviser pour mieux régner, compromettre pour mieux tenir, abattre moralement les vaincus pour mieux les subjuguer, s’appuyer sur le ressentiment pour trouver des alliés précieux et vindicatifs. Le 21 août, Au Pilori et l’Appel tiraient à boulets rouges sur la Synarchie, l’Appel publiant de larges extraits du pacte synarchique d’Empire.

Le chanoine Moncelle, conseiller de l’ambassade de France au Vatican, comme Raphaël Alibert, l’ancien garde des sceaux du maréchal Pétain et véritable rédacteur des premiers actes constitutionnels du nouveau régime, furent assez intéressés par cette franc-maçonnerie d’un nouveau genre pour lui consacrer du temps et du labeur. Alibert qui était un esprit méthodique, trempant dans toutes sortes d’entreprises cryptées, se mit à réunir une documentation. Le 5 novembre 1941, le Service des sociétés secrètes rédigea un rapport de deux pages sur ce complot international où le président de la Reichsbank et Hermann Goering jouaient les premiers rôles. En juin 1942, le même service synthétisait les données les plus extravagantes dans un document sobrement intitulé, Intrigues synarchiques. Cette fable vichysto-cagoularde se retrouva intacte dans un ouvrage rédigé en 1968, Synarchie et Pouvoir. Co-écrit par André Ulmann et Henri Azeau, alors proches du PCF, leur récit sera repris point par point, mais d’une manière plus étayée, plus érudite, plus historiographique, par Madame Lacroix-Ritz, qui témoigne d’une grande fidélité à toute la camelote idéologique entreposée dans les magasins staliniens de l’épuration toujours recommencée.

Ils ne sont pas les seuls. Plutôt libéral, l’économiste Charles Rist, s’en prend dans son journal, à Jacques Barnaud, qu’il juge ténébreux, sectaire, avide avant de s’interroger sur le rôle exact de la banque Worms. Même son de cloche du côté du sénateur Jules Jeanneney qui considère la banque comme la cheville ouvrière de l’absorption de l’industrie française dans la machine de guerre allemande, oubliant le rôle matriciel des conditions d’armistice dans un tel état de fait.

En 1941-1942, des tracts prirent pour cible Pierre Pucheu. Ce qui ne l’inquiétait pas trop jusqu’à ce que le 5 janvier 1942, on retrouvât le corps de son directeur de cabinet, Yves Paringaux, sur une voie de chemins de fer, près de Provins. Le tout ressemblait à la mort du conseiller Prince lors de l’affaire Stavisky. De fait, Pucheu était un ancien du comité des Forges mais aussi du PPF de Jacques Doriot, un appointé des soirées Gabriel Leroy Ladurie et autres joyeux drilles de la banque Worms. Il avait du raisonner en fonction des réseaux politiques, réseaux qu’il avait quelques raisons de connaître puisqu’ils l’avaient porté au pouvoir. La seule mention du colonel Groussard et du docteur Martin lui indiquait que la Cagoule était pour quelque chose dans cette opération d’intoxication et cet assassinat qui le plaçaient lui et ses amis sur la sellette, alors même que l’étoile de l’amiral Darlan palissait.

Le ministre de l’Intérieur réagit avec célérité. En mars 1942, il renvoya l’inspecteur Chavin et plaça en détention le docteur Martin qui n’en sortira plus. A Paris, les locaux du Boulevard Haussmann étaient pris d’assaut sans coup férir, mais rue de Paradis, un combat s’engageait entre membres du MSR. Eugène Deloncle fut évincé, la Cagoule avait perdu sa tête et un triumvirat lui succédait. Désormais Charbonneau, Filliol et Soulès dirigeaient ce qui n’était plus qu’un appendice du service d’ordre légionnaire, l’embryon de la Milice, et restaient en contact avec Pierre Laval et le docteur Ménétrel dont ils recevaient des subventions. Toutefois, en novembre 1942, Pierre Laval qui soupçonnait Jean Filliol d’avoir organisé l’attentat de Versailles le fit coffrer puis l’interna dans le camp de Saint-Paul d’Eyjaux.

 

Tradition (arcanes et ruses de la)

Lorsqu’une forme traditionnelle est sur le point de s’éteindre, ses derniers représentants peuvent fort bien confier volontairement, à la mémoire collective, celle de la plèbe, ce qui autrement se perdrait sans retour ; c’est en somme le seul moyen de sauver ce qui peut l’être dans une certaine mesure ; et, en même temps, l’incompréhension de la masse est une suffisante garantie que ce qui possédait un caractère ésotérique n’en sera pas dépouillé pour cela, mais demeurera seulement comme une sorte de témoignage du passé, pour ceux qui, en d’autres temps, seront capables de le comprendre, car un homme de pensée est un contemporain du passé, son prolongement. De toutes les manières, il faudrait garder secrètes les connaissances destinées à un petit nombre puisque certaines formules abstraites sont susceptibles de développements néfastes puis dévastateurs. Tout héroïsme scientifique est un occultisme car le logos est la plus mortelle des flèches décochée par l’arc de la vie.

Le dépassement de la douleur, de l’aigreur, du dégoût ? On les trouve dans le plaisir de la compétition, la ruse, le triomphe rhétorique, le rire sans cynisme, la satiété dans la victoire qui épargne au vaincu le coup mortel, l’indifférence pour les résultats de ce qu’on accomplit, la prédisposition à la colère, à l’impulsion incontrôlée, la susceptibilité, le fait de tout risquer pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine, l’impatience, le goût du déguisement, le caprice d’expérimenter des modes de vie opposés, le détachement à l’égard de l’élément personnel, la déchirure du tissu individuel.

Regardez-les. La première certitude d’un moderne est le doute. De ce doute, il tire qu’il est un sujet pensant, une figure en mouvement dans une étendue garantie par un Dieu ou une matière véridiques. Puis le Un se séparant en Deux, la coupure de l’Esprit et du Corps se perpétue sous les formes les plus bouffonnes, toujours garantie par l’existence de Dieu ou de la dernière mode scientifique. C’est cela que les modernes appellent un progrès sur les anciens.

La démocratie produit un rationalisme médiocre et plébéien, un histrionisme de tous les instants. Ce rationalisme est une critique adressée à une classe sociale, à un peuple, à une communauté, particuliers. C’est la petite revanche de l’homme de culture sur la puissance du moment. Mais l’homme de culture n’est ni un artiste ni un homme de pensée, il se donne juste des airs de supériorité et d’effronté, il cherche un public qui l’approuve. Tous les hommes de culture sont des sentimentaux, des gentils fâchés, assoiffés de justice, des porteurs de morale, des ennemis acariâtres de la connaissance. Ils ne connaissent pas la pudeur, ils sont incapables de rire d’eux-mêmes. Ce sont des fanatiques, complaisant devant toute destruction, acharné à accélérer la chute de ce qui tombe, forcenés du scandale. Ils ne savent pas vénérer.

Comme le monde est un songe, la vie s’est chargée de produire des dieux qui avaient longue vie. Les anciens voyaient dans la sexualité, un évènement tardif, contingent, dérivé, la farce philanthropique d’un dieu cruel, le remède accidentel d’un malheur irrémédiable, la trace d’une perte de la vie divine. Si l’homme est un despote quand il bande, il est, le plaisir obtenu, un dégoûté, sa queue pend, détumescente, en proie à la hantise de l’impuissance. En conséquence, les romains avaient traité cette obsession par les ludi.

En obligeant tout un chacun à accomplir ses devoirs envers l’empereur, tous se firent esclaves parce que coupables envers lui de quelque manquement, de quelque mauvaise pensée, de quelque complot, de quelque insulte. L’Empereur aux regards de l’ancienne loi républicaine était donc un anarque. Le Dieu des théologiens scolastiques lui ressemble étrangement. L’Empereur pouvait, comme Tibère, s’adonner à la lèche ou à la façon de Néron se faire mettre, se pavaner en comédien, s’accoupler avec divers animaux ou sucer à qui mieux-mieux. Sur le pont Milvius, l’hallucination du labarum conduisit Constantin sur la voie de l’autel. Il ne suspendit pas les rites, il les désactiva. Il ne combattit pas les philosophes, il les prostitua à la tolérance, il ne les tua pas, il rangea leur existence sous l’épée de son caprice. Quand les chrétiens se sentirent assez assurés, ils détruisirent les sanctuaires des dieux, fermèrent les théâtres, firent condamner les ludi. Ils firent ce qui s’est toujours fait : commettre un crime et effacer dans le même temps la mémoire de ce crime. Ils décrétèrent que les païens n’existaient plus, qu’ils n’étaient que le jouet des démons. Le règne de l’argent a fait de nous des esclaves ou des affranchis sur le site de la mort de Dieu. Nos simulacres de maîtres sont fils de Vénus. Les oligarques sont donc enfants de Sexus et de Ploutos, ils vaquent à leurs offices ; seul le dégoût triomphe. Il achève son prédécesseur en prétendant qu’il n’était que superstition, maintenant, intactes mais fragmentées, toutes les couches de nos passés.

Un homme qui ne sait plus le pathos, un homme qui n’est plus dans la polarité, est soumis à la seule juridiction de la raison, donc soumis à la dégénérescence. Il ne connaît plus la plénitude de l’Instant. Seulement l’extase n’est pas une rave-party et la perception ne se gagne pas à coups de cachetons, c’est le premier pas d’une initiation, l’entrée dans une mystique qui est tout sauf le délire de l’ineffable et de l’inaccessible auxquels l’ont réduite les différents courants monothéistes qui y ont transféré toute une sensualité encombrante qu’ils ne savaient où mettre, sinon en dehors de la chair. La mystique est le premier pas dans l’acte de penser, une méthode de désindividuation, une prise de contact avec les mythes qui comme l’a démontré Dumézil sont organisés autour d’une pensée hiérarchisée qui est autre chose qu’un classement serait-il structuraliste.

La Hiérarchie est affaire de sacré, le classement, de réseaux neuronaux émergeants puis stabilisés ou de simples jugements d’opinion sur l’échelle du Journal. La Hiérarchie ne connaît pas la panique et la contagion, elle se maintient inaltérable, dans la pureté de son éclat puis s’effondre d’un coup quand l’opinion est comme Protée, un monstre d’oubli, informe, soumis à toutes les métamorphoses, à tous les délires, à toutes les envies destructrices qui sont autre chose que la plainte déchirante de Médée.

 

Tucson (massacre à)

Gabrielle Giffords a été atteinte d’une balle à la tête, les médecins gardant cependant espoir pour sa survie. Une fillette de 9 ans et un juge fédéral figurent parmi les six morts. Douze personnes ont été blessées, selon les autorités locales, dont plusieurs grièvement. Tous participaient à un rassemblement politique sur le parking d’un supermarché à Tucson quand un homme de 22 ans, Jared Lee Loughner, a fait feu avec un pistolet Glock 9mm, dont certains modèles peuvent tirer avec une cadence très élevée. Des témoins font état d’une multitude de coups de feu et la police recherche un deuxième homme.

Le tireur a été arrêté sur les lieux. Originaire de Tucson, il avait des antécédents judiciaires, avait raté son entrée dans l’armée et été suspendu de son lycée l’an dernier, la direction exigeant une autorisation psychiatrique prouvant qu’il n’était pas un danger pour autrui. Quelques heures avant le drame, il avait envoyé un message sur le site MySpace, disant « au revoir » à ses amis et leur demandant: « s’il vous plaît, ne soyez pas fâchés contre moi ». Apparemment sain d’esprit selon la police, il a gardé jusqu’à présent le silence durant son interrogatoire. « Il y a des raisons de penser qu’il est venu sur les lieux avec un autre individu », a déclaré à la presse le shérif Clarence Dupnik.

Dimanche matin, la police a diffusé la photographie d’un homme recherché comme témoin, prise par une caméra de surveillance à l’endroit où Gabrielle Giffords a été attaquée. Il s’agit d’un homme blanc aux cheveux bruns, entre 40 et 50 ans, portant un jean et une veste bleue et entrant apparemment dans un magasin, les mains dans les poches. Selon un témoin, qui a contribué à immobiliser Jared Lee Loughner, le tireur avait l’intention de tuer d’autres personnes, car il avait deux recharges supplémentaires de munitions et un couteau dans ses poches. « Il était prêt à faire la guerre, il n’était pas venu pour s’amuser », a déclaré ce témoin, Joe Zamudio, interrogé sur CNN. « Il semblait presque inhumain ».

Sur sa page MySpace, Jared Lee Loughner tenait des propos vengeurs et incohérents, revendiquant l’introduction d’une nouvelle monnaie, critiquant l’illettrisme et le gouvernement. Jared Lee Loughner confie également que le «rêve conscient» est son activité préférée. «J’ai pour ambition d’informer les rêveurs conscients au sujet d’une nouvelle monnaie. Dans quelques jours, vous saurez que je suis un rêveur conscient». Il explique aussi sur MySpace qu’il lit «Le Magicien d’Oz», «La ferme des animaux», «Peter Pan», «Mein Kampf» mais aussi le Manifeste du parti communiste

Après le drame samedi, Barack Obama a dénoncé « une tragédie pour tout le pays ». Le président américain, pour lequel Mme Giffords est une « amie », a promis une enquête exhaustive et dépêché sur place le directeur du FBI, Robert Mueller. La Chambre des représentants, dont Mme Giffords est membre, a annoncé la suspension la semaine prochaine de la session, ouverte il y a trois jour.

Blonde, élégante, âgée de 40 ans, Gabrielle Giffords est l’épouse de l’astronaute Mark Kelly. Selon des médias locaux, elle serait parvenu à reconnaître son mari venu à son chevet. « Elle est dans un état critique mais je suis optimiste sur sa survie », a indiqué le chef de traumatologie de l’hôpital universitaire de Tucson, Peter Rhee. « Je suis d’un optimisme prudent, j’espère qu’elle va survivre mais c’est une blessure aux effets très dévastateurs », a nuancé Richard Carmona, ami de la famille Giffords et ancien chirurgien.

Première femme juive élue par l’Arizona au Congrès en 2006, réélue en novembre après une campagne tendue dans un Etat plutôt marqué à droite, Mme Giffords appartient à l’aile centriste du parti démocrate et est plutôt conservatrice en matière de fiscalité et d’immigration mais avait voté pour la réforme de la santé du président Obama. Selon le shérif local Clarence Dupnik, la période électorale a été marquée par deux incidents visant Mme Giffords ou sa permanence, certains médias publiant des articles « au vitriol ».

Ainsi la première réaction, aux États-Unis, de la blogosphère démocrate a été de rendre responsable les républicains pour leur rhétorique, de désigner Loughner comme un taré de droite (« right-wing nut »), de lancer ses attaques contre Sarah Palin, parce qu’elle avait inscrit Gabrielle Giffons dans la liste des objectifs à atteindre lors des dernières élections, et, dans la foulée, d’accuser le mouvement populaire du Tea Party d’engendrer ce genre de dément. Et là, on ne parle pas de Tartempion s’exprimant sur son blog personnel, mais bien de personnages comme Paul Krugman, Brad DeLong, Andrew Sullivan, etc.

Tout d’abord, il est plus que difficile de relier Jared Loughner aux républicains ou même au mouvement du Tea Party dès lors qu’un de ses livres préférés se trouve être le Manifeste du parti communiste de Marx (de même que Mein Kampf) ou qu’il approuve sur Youtube une vidéo montrant quelqu’un brûler la bannière étoilée. Quand ce fait a été connu, les démocrates ont dû baisser d’un ton et admettre que, de fait, ce dément criminel ne devait pas être « de droite ». Au contraire, selon plusieurs de ses anciens condisciples, Loughner se considérait comme un radical de gauche.

De plus – mais ce fait n’est pas confirmé –, il se pourrait que Jared Loughner ait posté plusieurs messages sur le site de gauche américain Daily Kos sous le pseudonyme de BoyBlue. Cet élément n’a pas pu être vérifié parce que peu de temps après le drame d’hier les posts de BoyBlue ont disparu du site. Néanmoins, des captures d’écrans avaient été faites et on peut y lire ainsi un rejet définitif de la représentante démocrate jugée trop conservatrice (les fameux « Democratic Blue Dog »).

De son côté, le département de la Sécurité intérieure enquêterait sur des liens possibles entre le suspect de la tuerie de Tucson, Jared Loughner, et American Renaissance, un groupe antigouvernemental, anti-immigration et antisémite qui publie des annonces du Tea Party sur son site internet, selon un article de Politico.

AFP/ Richard Hétu/ Contrepoint/7 sur 7

« Je crois qu’il a sombré peu à peu dans une crise psychotique. Quelque chose en lui s’est brisé. Il n’a pas toujours été comme ça », a écrit Caitie Parker, l’une de ses camarades de lycée, sur le site de micromessages Twitter. Elle se souvient que Jared Loughner avait embrassé les idées de gauche et appréciait le groupe punk Anti-Flag, et qu’il aimait beaucoup parler des théories apocalyptiques programmant la fin du monde pour 2012, sur la base de prophéties mayas. Persuadé de l’existence d’un complot visant au contrôle mental des citoyens à partir de la destruction de la syntaxe, il évoquait la nécessité d’y échapper à travers la création d’un langage nouveau, s’inspirant des théories de David Wynn Miller.

La police a trouvé dans un coffre-fort une note de Gabrielle Giffords, le remerciant d’avoir participé à une réunion politique de style “Congress on your corner”. C’était daté de 2007. Des jeunes qui avaient connu Jared Loughner ont raconté à l’Associated Press qu’il était allé lui poser une question, sur le gouvernement. Qu’est-ce que c’est que gouverner si les mots n’ont pas de sens ? Gabrielle Giffords n’avait pas su répondre, ce qui l’avait beaucoup fâché. Il semble qu’il ait déjà prémédité un massacre à cette date si l’on en croit le FBI

Selon un officiel du Pentagone, il aurait été écarté de l’armée après un test de dépistage, certains lui reprochent de rire à contretemps, de rédiger des poèmes où il prétend se masturber sous la douche, de formuler des questions étranges, de s’enfermer dans les toilettes, de se vêtir selon des styles disparates, de se montrer différent de ses congénères, d’user d’une rhétorique surgie de l’extrême-droite à la manière des patriotes. Le dollar était son obsession, le retour à l’étalon bimétallique, sa planche de salut. On le prétend proche d’American Renaissance, « première revue américaine de pensée réaliste-racialiste ». Il fut exclu temporairement de son « College » en septembre 2010 après qu’il avait déclaré celui-ci illégal et inconstitutionnel dans une vidéo postée sur le web. En octobre, les dirigeants du Pima College entendaient lui faire subir des tests psychologiques avant toute réintégration.

D’après Robert Mueller, le directeur du FBI, dépêché sur place par Barack Obama, Jared Loughner avait acheté son pistolet (un semi-automatique Glock de 9 mm) à la régulière en novembre dernier. Il se l’est procuré dans un magasin de Tucson après les quelques formalités d’usage, dont le “background check”, le contrôle prévu par la loi. Le FBI en est désormais convaincu (note  de BAM : c’est le syndrome Timothy Mac Veigh, le tueur politico-psychopathe américain est un fou solitaire) : le jeune homme, déjà connu de la justice américaine, a agi seul, et avait prémédité son acte. Il semble qu’il ait ouvert le feu à moins de 5 mètres de la congressiste en tirant une rafale à l’aveugle. Néanmoins, il refuse de coopérer avec les enquêteurs de la police. Le deuxième suspect apparaissant sur les enregistrements vidéos serait un taxi l’ayant accompagné sur le lieu du massacre.

Il semble que l’avocat de Timothy Mac Veigh et d’Unabomber, Judy Clarke, ait été contacté afin de le défendre.

Le Point/Le Monde/ Le Figaro/ El Pais/ The Guardian/ The New York Times

 

Venner Dominique (la mort de)

Mardi, l’essayiste Dominique Venner, 78 ans, s’est suicidé devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris en se tirant une balle dans la bouche. Dans la précipitation, nombre de médias titrent sur le « suicide d’un anti-mariage gay ». Sur Twitter, des opposants au mariage pour tous tentent de rattacher cet acte à leur mobilisation, comme, Samuel Lafont, conseiller national de l’UMP, membre actif de la Manif pour tous : « Dominique Venner, 1er mort dans la lutte contre le mariage gay ». Comme si tout Dominique Venner se résumait à une banderole : un enfant c’est une papa et une maman.

Mercredi, au lendemain du suicide de l’essayiste, le Printemps français, frange radicale des opposants à la loi sur le mariage pour tous, a publié un communiqué intitulé « Ordre du jour numéro 1 », qui reprend le style épistolaire des Brigades Rouges. Sous forme de manifeste fondateur d’une « nouvelle résistance », il annonce de nouvelles actions (« la bataille ne fait que commencer » et « se prolongera jusqu’à la victoire ») et liste ceux qui seront « tenus pour cibles ». Encore une fois le geste radical de Dominique Venner es subsumé dans la langue de bois militante du « tous ensemble » qui prend pour cible le Grand Orient.

Mais de son côté, Pierre-Guillaume de Roux, éditeur et ami de Dominique Venner, tempérait : « Je ne crois pas que l’on puisse lier son suicide à cette affaire de mariage, cela va bien au-delà. » Ce que confirme une lettre laissée sur l’autel par l’essayiste, dans laquelle il juge « nécessaire de (se) sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable ». Il écrit : « Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité », « contre les poisons de l’âme » et « les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations ».

Les hommages pleuvent. Marine Le Pen, en tête. Jean-Marie, le papa, évoque dans un oxymore dont il a le secret, un « geste de désespoir positif », une « interpellation » (policière ?), dont la « motivation » est « l’invasion migratoire massive de la France », comme si Dominique Venner avait pu suicider en scrutant sous son lit pour voir si un maghrébin ne l’attendait pas une kalash entre les dents. Bruno Gollnisch enregistre « un acte de désespoir et de protestation ». Sur Nouvelles de France, Christine Boutin lance l’accusation la plus ridicule,  c’est « une responsabilité qui incombe en partie à François Hollande » car il a « participé avec la loi Taubira au déclin de la civilisation qui a conduit Dominique Venner à ce geste désespéré ».

Car François Hollande, outre sa mollesse et son indigence, ajoute à toutes ses qualités de notaire roublard sorti d’un film seventies de Chabrol celle du criminel qui sommeille dans le gras du bide du bourgeois français.

Mardi soir, une trentaine de militants d’extrême droite lui rendaient hommage devant le parvis de la cathédrale. Parmi eux, des anciens du GUD gravitant dans l’entourage de Marine Le Pen (Frédéric Chatillon, son conseiller officieux, Axel Loustau, prestataire pour la sécurité du FN), le responsable du FNJ Julien Rochedy, l’ex-FN Jacques Bompard, député et maire d’Orange.

À l’UMP, Hervé Mariton, pilier de l’opposition au mariage pour tous, fait une étrange déclaration sur BFM-TV : « Je dis qu’un homme est mort et que je le respecte. Je ne partage pas la totalité » de son message final, a-t-il dit, « il y a quelques points sur lesquels je peux m’accorder et d’autres sur lesquels je suis en désaccord ». Dominique Venner « avait des convictions et une vraie conception de la France », estime Thierry Mariani, autre député UMP, sur Nouvelles de France. Le fondateur de la Droite populaire se dit « consterné » et incrimine également François Hollande.

Dans le dernier numéro de la revue des amis du néo-maurrassien  Jean MabireDominique Venner retrace son parcours politique depuis les années 1950 et donne quelques indications. Bien sûr, il est opposé à la loi sur le mariage pour tous, mais il n’était pas un pilier des manifestations, et il y a surtout chez lui une opposition au « grand remplacement » de la population française et de sa civilisation, théorisé par l’écrivain Renaud Camus. Il est aussi le fondateur de la NRH, la nouvelle revue d’Histoire qui succède à Enquêtes sur l’histoire.

Dominique Venner est de ces barrésiens qui, sans être catholiques, se réapproprient le blanc manteau des églises en estimant qu’il fait partie de la civilisation française, du chant continu de la Terre et des morts. Chant qu’interrompt l’appel du muezzin. Plus profondément, il renoue avec la tradition chevaleresque, celle d’une sacralité sans ancrage social, figurale et anti-fonctionnelle qu’avait théorisée Philippe Ariès au tournant des années 1960.

Le monde a perdu sa transcendance, dès lors l’horizon de la globalité (financière, économique, multiculturelle) et le procédé de la mise au pas se confondent dans un conformisme individualiste généralisé et agnostique. Au-delà de Dominique Venner, un certain nombre de militants sont persuadés que seul un réveil, un choc réveillera un pays qui n’a pas encore le dégoût de sa déchéance supposée.

Or la récupération politique de Marine Le Pen est ambigüe ou électoraliste. Si elle défend la “priorité nationale”, qui ne semble plus signifier le renvoi des immigrés (depuis 2010, elle n’évoque jamais l’inversion des flux migratoires), pourquoi rendre hommage à celui qui évoque le “grand remplacement” ? Selon Jean-Yves Camus, « elle n’est pas claire sur le choix idéologique à faire : est-ce qu’on répond par le culte de la mort sacrificielle ? Sa réaction semble indiquer qu’elle est persuadée que les martyrs pour la cause sont partie intégrante de l’histoire de sa famille, qu’il y a une sorte de positivité dans la mort du héros », car Jean-Yves confond le martyr et le héros or le héros c’est celui qui pénètre dans l’autre monde et qui en revient tandis que le martyr est celui qui n’a que mépris pour les roitelets du jour sachant bien que Jésus nous accompagne jusqu’à la consommation des siècles en souverain absolu.

Mediapart / BAM

Vie indigne d’être vécue

En 1920, Félix Meiner publia un ouvrage cosigné par Karl Binding et Alfred Hoche. Le premier était un spécialiste de droit pénal, le second, un professeur de médecine. Le titre du livre sonnait comme un programme à venir : L’autorisation de supprimer la vie indigne d’être vécue.

Dans cet ouvrage, le suicide était perçu comme la manifestation de la souveraineté de l’homme sur son existence. En posant une valeur au sein même du continuum de la vie, le raisonnement des auteurs posait une non-valeur et partant la suppression de celle-ci, en l’occurrence la vie indigne d’être vécue. Aussi, Binding en venait à cette question : « Existe-t-il des vies humaines qui auraient perdu à ce point la qualité de bien juridique que leur prolongation, aussi bien pour le porteur de la vie que pour la société, serait définitivement privée de toute valeur ? ». Il répondait positivement et indiquait les cibles : les instituts pour malades mentaux, les individus perdus du fait d’une blessure ou d’une maladie. Pour les idiots, « épouvantable image inversée de l’humanité authentique », selon Binding, autoriser leur meurtre ne rencontrait, aucune opposition juridique, sociale ou religieuse. Quant aux malades incurables, il s’agissait de leur offrir la délivrance (Erlösung, qui appartient au vocabulaire religieux). La prophylaxie et l’humanitarisme se donnaient donc la main.

Le 14 juillet 1933, alors que tous les syndicats ont été intégrés dans le Front du Travail, la loi pour la prévention de la descendance héréditairement malade entre en vigueur. Elle autorise la stérilisation des individus affectés d’un handicap défini comme héréditaire. Le mariage est dès lors encadré. Il ne peut être conclu si un des conjoints souffre d’une maladie contagieuse, si l’un des fiancés est sous tutelle, s’il souffre d’une maladie mentale ou d’une maladie héréditaire. Comme l’indique le professeur Vershuer, généticien et anthropologue, « le nouvel Etat ne connaît d’autre objectif que la réalisation des conditions nécessaires à la conservation du peuple » or « nous savons aujourd’hui que la vie d’un peuple est garantie uniquement si les qualités raciales et la santé héréditaire du corps populaire (Volkskorper) sont préservées ». Or la race, chez Vershuer, est identifiée non à un phénotype mais à un « héritage génétique » dont les chromosomes sont les supports.

En 1934, Lévinas n’attend pas que l’hitlérisme ait atteint son acmé pour y voir une philosophie pour laquelle « le corps n’est pas seulement un accident nous mettant en rapport avec le monde implacable de la matière. C’est une adhérence à laquelle on n’échappe pas et qu’aucune métaphore ne saurait confondre avec la présence d’un objet extérieur ; c’est une union (avec le Moi) dont rien ne saurait altérer le goût du définitif. Cette identité absolue entre le moi et le corps ne permettra donc jamais de retrouver au fond de cette unité proclamée la dualité d’un esprit libre se débattant contre le corps auquel il aurait été enchaîné. Pour ces partisans, au contraire, c’est dans cet enchaînement au corps que consiste toute l’essence de l’esprit. L’importance attribuée à cette perception du corps, dont l’esprit occidental n’a jamais voulu se contenter, est la base d’une nouvelle conception de l’homme. Le biologique avec tout ce qu’il comporte devient le cœur de la vie spirituelle. Les mystérieuses voix du sang, les appels de l’hérédité et du passé perdent leur nature de problèmes soumis à la solution d’un Moi souverain puisque le Moi n’est plus qu’une inconnue dérivant de la résolution des questions posées et résolues par la biologie. Enchaîné à son corps, l’homme ne peut plus s’échapper de lui-même. La vérité n’est plus théâtre ou scène mais drame dont l’homme est un acteur. C’est sous le joug de son existence qui comporte des données dont il ne peut s’abstraire que l’homme dit oui ou non ».

Début 1940, Hitler décide d’appliquer le programme de mort « par grâce » (gnadentod) spéciale du Führer. Devant les réactions de l’Eglise catholique allemande il suspend l’extermination en cours des malades mentaux, en août 1941. Le plus connu des centres d’extermination fut Grafeneck dans le Wurtemberg. On y recevait chaque jour 60 personnes envoyées par les différents hôpitaux psychiatriques du IIIème Reich. Lorsque les docteurs Schumann et Baumhardt avaient procédé à l’examen médical sommaire, le personnel se chargeait d’administrer 2 cm3 de Morphium-Scopolamine aux malades désignés avant de les conduire à la chambre à gaz.

Viennoise (valse)

Le président d’honneur du Front national Jean-Marie Le Pen, interrogé sur la polémique autour du bal en Autriche où s’est rendue sa fille Marine Le Pen, sur l’invitation de Heinz-Christian Strache, leader du FPÖ, a estimé que l’évènement « retraçait le Vienne du XIXe siècle » et que c’était « Strauss, sans Kahn ». Auparavant, elle avait rencontré, au Parlement, le 3e président de l’Assemblée nationale, Martin Graf, membre du même parti. Ce bal des corporations avait lieu au sein du Palais impérial d’hiver des Habsbourg. Prévu à la date exacte de la journée de la mémoire de l’Holocauste, qui correspond à la libération par les troupes soviétiques du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, l’édition 2012 de ce grand bal était organisée, comme d’ordinaire, par des organisations étudiantes proches des thèses de l’extrême-droite autrichienne. Certaines, comme Olympia, défendent «l’honneur, la liberté, la patrie», prétendant s’engager pour «le peuple allemand». D’autres semblent inspirées par les théories pangermanistes sur lesquelles a prospéré le nazisme, comme Gothia, qui proclame avoir pour objectif «l’unité du peuple allemand au sens mental et culturel». En 1987, une association réunissant plusieurs de ces organisations étudiantes avait ainsi proposé Rudolf Hess, le successeur désigné de Hitler (qui fit défection en 1941), comme candidat au prix Nobel de la Paix, ainsi que l’indique le Centre de documentation de la résistance autrichienne (DÖW). L’attaché de presse de Martin Graf confirme, par ailleurs, l’accueil chaleureux et presque traditionnel offert aux négationnistes lors de ce bal.

De son côté, Heinz-Christian Strache, la nouvelle star de la politique autrichienne, est un orateur souriant et talentueux, qui bat des records de popularité auprès des jeunes. Mais il participe aussi à des rituels initiatiques conduits dans des clubs particuliers. Néanmoins, il aime se montrer dans les discothèques et sur les plateaux de télévision et adhère à une corporation, Vandalia Wien, pour l’honneur de laquelle il s’est battu en duel il y a cinq ans. La devise de ce club constitue, en soi, une forme de programme: « Allemand, uni, fidèle et sans crainte ». Reste que Strache est comme tous les dirigeants du FPO un carriériste et un apparatchik surgi des rangs d’une des 60 Burschenschaften en activité. « Pour être accepté dans une Burschenschaft, il faut passer par une sorte de rite initiatique, commente l’historienne autrichienne Tina Walzer. Pendant un an, les étudiants candidats n’ont droit à rien. Ils n’ont que des devoirs. On vérifie leurs origines et ils sont placés sous la tutelle d’un membre actif, censé tester leurs limites psychologiques et leur résistance physique, mais aussi leur courage, leur loyauté et leur détermination.  Dans certains cas, cela peut donner lieu à des dérives sadiques. L’initiation prend fin lors d’un duel à l’épée, au cours duquel le nouveau membre se devra d’être marqué au visage.  En 2006, 15 des 16 députés masculins du FPÖ étaient membres de corporations pangermanistes qui fonctionnent sur le mode des sociétés secrètes, à l’instar des francs-maçons. « Les Burschenschaftenn’auraient qu’une importance anecdotique si l’extrême droite n’était pas, en Autriche, aussi bien intégrée au jeu démocratique », souligne Heribert Schiedel, chercheur au Centre de documentation et d’archives sur la Résistance (DÖW), une fondation historique financée par l’Etat et la municipalité de Vienne. « Les membres sont tenus de reverser une partie de leurs revenus à la corporation, poursuit-il. Et ils doivent aider leurs pairs à décrocher des postes importants. L’influence de ce lobby est immense, et elle est pleinement acceptée par la société autrichienne moderne. La preuve: Martin Graf a été élu sans problème à son poste honorifique par des députés de droite comme de gauche! » Selon Heribert Schiedel, ces réseaux ont essaimé à peu près 4000 membres dans la haute société autrichienne. Il y a là des médecins, oeuvrant dans les meilleurs hôpitaux, qui peuvent être utiles si un duel tourne mal. Mais aussi des hauts fonctionnaires, comme Gerald Waitz, ancien porte-parole du ministère de la Justice, nommé en 2002, et membre de Brixia, une Burschenschaft tyrolienne. « On trouve aussi des membres de conseils d’administration ou des juges, notamment à Graz, la deuxième ville du pays », ajoute Heribert Schiedel.

Ce bal avait provoqué une contre-manifestation à Vienne vendredi. A l’extérieur du Hofburg, un important dispositif policier avait été déployé pour empêcher des activistes anti-nazis de troubler la fête. Signe, au minimum, d’un art consommé du mauvais goût, le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, a glissé à certains invités: «Nous sommes les nouveaux Juifs», jugeant que des incidents ayant précédé l’événement lui rappelaient la «Nuit de Cristal», gigantesque pogrome qui s’est déroulé en Allemagne dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938. L’homme politique, qui a de bonnes chances d’accéder prochainement au pouvoir, ne savait pas que des journalistes pouvaient l’entendre, d’après le quotidien «Der Standard», qui publie l’information.

« J’ai moi-même assisté à cette magnifique manifestation (le bal, ndlr) qui retrace d’ailleurs le Vienne du XIXe siècle, c’est Strauss, sans Kahn si vous voulez », a lâché le leader d’extrême droite sur France 3, dans un jeu de mots associant le compositeur Johann Strauss, célèbre pour ses valses, et l’ancien patron du FMI, le socialiste français Dominique Strauss-Kahn.

« C’est une plaisanterie, un trait d’humour », a réagi Marine Le Pen, interrogée dans la soirée par des journalistes à Perpignan, où elle a tenu un meeting dimanche. « Je le goûte plus que les traits des humoristes qui nous traitent successivement de gros cons, de salauds, d’étrons (…). Je vois qu’on est plus difficile avec l’humour de Jean-Marie Le Pen qu’avec l’humour de ceux qui sont payés soi-disant pour ça », a-t-elle ajouté.

Au Front national, on redirigeait lundi les questions sur le sujet vers Wallerand de Saint Just, porte-parole de la campagne de Marine Le Pen, mais surtout avocat de la candidate. Interrogé, il se désolidarise des propos de Heinz-Christian Strache, estimant qu’«il avait peut-être abusé du schnaps pendant sa soirée, monsieur Strache». Quant à la polémique elle-même, l’avocat fait mine de s’en étonner, affirmant que «Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch y avaient participé sans que ça soulève la moindre interrogation». Wallerand de Saint Just préfère parler de «bal ancestral, où tout le monde participe» et assure que la manifestation n’a rien de choquant. «Ils sont tous en habits magnifiques, c’est superbe!», s’enthousiasme-t-il.

Y a-t-il un nazi dans la salle ? : Difficile d’être nazi au XXIème siècle quand cette pédale de Renaud Camus et cet enculé de soufi chiite de Richard Millet passent pour nos chefs suprêmes. Je ne cause même pas de ces débiles profonds avec leurs affiches du Joker en guise de guide suprême qui conspue chaque semaine l’arrivée du surhomme de demain, le métis à front de taureau. Putain, c’est vraiment dur de soutenir cet obscur objet du désir universitaire de Faurrisson ou ce bamboula de Dieudonné dans leur lutte contre le sionisme quand t’es secondé par de tels tocards.

On rêvait de pureté du sang et de truc super-païen avec des runes et des costards de Waffen-SS signés Hugo Boss et tu te retrouves au milieu des fans de ce bicot de Batskin en train de tendre le bras devant un pauvre drapeau à croix gammée qui pendouille dans une cave de merde en chiant de la bière sur un poster de Marine Le Pen qui est une suceuse de bites cashers, ça fout vraiment les boules. T’en arrives même à commenter les articles d’Ilys, mais là t’entres vraiment en pleine décadence réacosphérique et libertarienne.

Donc voilà, je suis un supernazi suprématiste, islamophobe et raciste qui aime la choucroute et Munich, qui lit Alain Finkielkraut et écoute radio courtoisie et Eminem. Des fois, je me repasse les entretiens total naked d’Oriana Fallacci mais vu qu’elle a plus de 60 piges et même qu’elle est morte, t’arrives difficilement à l’excitation alors t’es bien obligé de te taper un porno californien avec des blondes bien salopes dont je me demande si elles seraient pas sionistes vu qu’elles sucent à donfe n’importe quelles bites alors qu’une aryenne véritable, ça sélectionne. Question d’atavisme.

D’après le Nouvel Obs et d’autres, mes sites préférés s’appellent Stormfront et Gates of Vienna mais j’aime autant Julien Courbet et Morandini, d’ailleurs je ne suis pas sectaire parce que mon slogan c’est nazisme ou barbarie et que les négresses m’excitent surtout quand elles marchent en string et talon haut.

PS : je compte rendre visite à Breikik et à son psychiatre japonais, si des journaleux youpins veulent m’accompagner et me payer le voyage, je lance un appel d’offres pour une prochaine couverture sur « la menace nazie qui nous menace », ça fera toujours vendre leur papier de merde et ça permettra d’assurer ma survie.

Signé : Un nazi qui vous veut du Bien.

 

 

Publié par : Memento Mouloud | mai 27, 2015

Precrime a commencé

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La « proposition de projet R&D » diffusée par le laboratoire Teralab de l’Institut Mines-Télécom associé à la société Morpho, filiale électronique du groupe de défense Safran, né de la fusion en 2005 de Snecma et Sagem, ne constitue qu’une première étape, une esquisse dont le titre n’est pas définitif : on hésite entre « Horizon » [fermé] ou « Anticrime » [de masse]. Son but : « Développer un projet d’analyse et de prédiction de la criminalité ». Tout voir, tout écouter comme d’habitude. Une dystopie fumeuse mais qui verra le jour.

« L’objectif du projet s’inscrit dans une démarche de renseignement criminel qui consiste à partir d’une compréhension de la criminalité à anticiper les phénomènes en vue d’une meilleure stratégie de lutte en terme de prévention notamment », phrase qui ne veut rien dire puisque le renseignement porte sur un individu ou des réseaux d’individus et forme des configurations de faits liés entre eux (on pourra donc faire des graphes à tout va), la criminalité sur des artefacts statistiques et juridiques et la prévention, sur les dispositifs qui découragent ou rendent inutiles le recours aux illégalismes qui menacent l’ordre public, lui-même défini par le pouvoir politico-administratif et l’opinion.

« La criminalité » ne peut « être considérée comme un signal déterministe ou aléatoire, elle répond à des critères explicatifs qu’il convient d’identifier afin de pouvoir anticiper de nouvelles occurrences ». On se demandera donc ce qu’est un signal déterministe (un pavlovisme ?), quant aux critères explicatifs ils ne correspondent à rien d’autre qu’à des profils de criminels potentiels. Il s’en suit que le projet a pour objectif d’établir un ensemble de profils à partir de données collectées et traitées selon les règles d’échantillonnage des métadonnées.

Il faut donc intégrer à l’algorithme « un ensemble de variables les plus diverses afin de déterminer celles qui à différents échelons administratifs (villes, départements, régions) sont les plus significatives ». Ces données seront « disponibles en sources ouvertes (Insee, météo, géographie) » et s’ajouteront à « des données d’intérêt criminel » transmises par le SCRC « sous couvert d’une clause de confidentialité ». Par ailleurs, « le plan opérationnel nécessitant une rapidité d’action, des données non structurées pourront être intégrées, à savoir des extractions de blogs ou de réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) ».

Nous sommes donc de plain-pied dans « un mode de gouvernement nourri essentiellement de données brutes, signaux infra-personnels et a-signifiants mais quantifiables, opérant par configuration anticipative des possibles plutôt que par réglementation des conduites, et ne s’adressant aux individus que par voie d’alertes provoquant des réflexes plutôt qu’en s’appuyant sur leurs capacités d’entendement et de volonté ». Ce qu’Antoinette Rouvroy nomme la gouvernementalité algorithmique.

Or les algorithmes sont parfois utilisés, aux États-Unis ou encore en Belgique, dans le cadre de l’examen des demandes de libération conditionnelle de détenus. La décision est prise sur la base de modèles prédictifs de la récidive permettant d’en évaluer le risque. Or les modèles d’expertise singent le savoir et fonctionnent sur le modèle de la boîte noire. Ils ne sont jamais soumis à la critique. Aussi tout ce qui est nouveau, tout ce qui n’est pas corrélable, tout ce qui fonctionne sur le mode inconscient et s’ancre dans une corporalité leur échappe largement.

Parmi les applications, les plus connues sont dans le domaine de la finance. Le trading est un cas de décision automatique qui a déjà déclenché un mini-krach, c’est aussi un domaine qui tient pour acquis qu’un aller et retour est le meilleur moyen de piller son prochain ou de le laisser dévasté comme après un bombardement. Les algorithmes sont également utilisés dans le domaine des ressources humaines. Des centres d’appels les utilisent comme aide au recrutement en testant la soumission des candidats à un travail rébarbatif à travers les réseaux sociaux. Des assurances entendent proposer des polices adaptées aux comportements. Traiter l’individu en dividuel devient désormais une industrie et non une simple conjecture. Ce n’est pas l’algorithme qui est monstreux c’est celui qui le pilote et le conçoit.

C’est un dispositif performatif. Il y a une rétroaction sur le comportement des gens. Ces algorithmes ne sont pas un système de prédiction mais de contrôle de l’incertitude, une manière de despotisme bonhomme, pour notre bien.

La plateforme Teralab est un projet commun lancé par l’institut et le Groupe des écoles nationales d’économie et de statistique (Genes), lauréat en 2012 de l’appel à projets big data du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Et le responsable du projet, Stéphan Clémençon, est quant à lui le créateur de la chaire « Machine Learning for Big Data », un département travaillant déjà en collaboration avec des partenaires privés comme Critéo, Safran, PSA ou la BNP Paribas.

Le « machine learning » utilise le calcul stochastique mais y ajoute un élément : l’auto-apprentissage de l’algorithme. Celui-ci est conçu pour se reprogrammer, s’adapter et s’améliorer en fonction d’éventuelles nouvelles données, ou de résultats indiquant la nécessité d’un recalibrage. Plus qu’un algorithme, c’est donc une (toute petite) intelligence qui est au travail. Toute petite car l’équivalent du système limbique y est inexistant. « Le machine learning, c’est “comment une machine peut-elle apprendre à décider toute seule ? Comment compresser, représenter et prédire de l’information à partir de données choisies pour servir d’exemples ?” Voilà tout l’enjeu du machine learning »explique de manière anthropomorphe l’institut Télécom ParisTech sur son site. Dans le cas des criminels potentiels, cela se traduit par la surveillance de toute la population sans quoi l’algorithme qui soi-disant apprend tout seul ne déterminera jamais le motif recherché (la particularité qui fait tâche mais quelle particularité ne fait pas tâche ?)

L’algorithme ne pourra pas échapper à une quantité considérable de faux positifs (en l’occurrence, des gens identifiés comme potentiellement suspects et qui se révèlent non coupables). « Supposons un algorithme qui n’a qu’une chance sur 100 de se tromper. Sur 60 millions de personnes, ça fait 600 000 personnes détectées à tort, plus les 1 000 “vrais positifs” qu’on a bien détectés. Donc l’algorithme détecte 601 000 personnes, parmi lesquelles en réalité 1 000 seulement sont de vrais terroristes. L’algorithme détecte alors les terroristes avec une probabilité de 1 000/601 000, soit 1/600, soit 0,02% ».

L’algorithme servira de mémoire de stockage et d’archivage des délits potentiels et vices répertoriés, une véritable mine pour maîtres chanteurs, une manière de scruter la population, d’ausculter les lignes de faille de la culpabilité et les récifs névralgiques où naufrager. Ceux qui nous gouvernent, c’est-à-dire ceux qui sont un jour ou l’autre en position de maîtres s’y attacheront comme on s’attache à un animal domestique, ils en feront un corollaire de la puissance et presque un ami alors que ce qu’ils auront à leur côté sera l’incarnation combinatoire d’un petit flic local programmé par des firmes qui n’en finiront jamais de se prendre pour l’œil divin scrutant les reins et les cœurs et brûlant leurs ennemis d’un seul clic.

Mediapart / Rue 89 / BAM

Publié par : Memento Mouloud | mai 26, 2015

La révolution Belkacem

Comme l’avait énoncé David Hume « nulle vérité ne me paraît plus évidente que celle qui consiste à dire que les animaux, comme les hommes sont doués de pensée et de raison ». Ainsi un chien moyen semble capable de retenir 165 mots environ, capacité qu’il acquiert beaucoup plus vite que certains adolescents de 15 ans. Selon Stanley Coren les collies et les caniches sont parmi les chiens les plus intelligents et les bulldogs et les lévriers afghans parmi ceux qui le sont le moins. Aussi pour mettre fin à une discrimination intolérable envers la gent canine, nous avons décidé dans le cadre de l’école de la réussite pour chacun d’intégrer selon une procédure graduelle caniches et collies dans le système scolaire, sans préjudice pour les vertébrés porteurs du gène FOXP2 indispensable à l’éclosion de la parole chez tout mammifère. Apportant sa modeste mais vigilante contribution à la grande entreprise des temps modernes, l’école française réalisera sans faillir l’irrésistible ascension de l’Humanité vers la perfection totale. Le Président et moi-même avons pris cette décision malgré les risques évidents de l’entreprise car il n’est rien d’inaccessible, aux esprits lucides et honnêtes, rien qui ne vaille mieux qu’un faisceau de lumières jetées sur de vieilles habitudes pétries de préjugés et débouchant sur des situations dont la gravité n’est plus maîtrisable. De toute façon, des derniers sursauts de discorde, nous sortirons plus confiants, plus forts, plus unis, en un mot plus humains et pour tout dire plus français.

Publié par : Memento Mouloud | mai 23, 2015

Palmyre et les vieux

Temple of Bel, relief carving of warriors. Palmyra/Tadmor, Roman   Photo Credit: [ The Art Archive / Jane Taylor ]

A Palmyre, les membres de Daech s’apprêtent à vendre en douce ce qui pourra l’être et à détruire le reste. D’après Jean-Pierre Filiu et d’autres c’est encore un complot de Bachar el Assad. Quand ce type finira en exil à Moscou, ce sera aussi un complot du baath, c’est évident.

On compte une surmortalité de 18 mille personnes atteintes ou non de la grippe dont 90 % de personnes âgées. Cet excès de décès serait de 90 mille dans 15 pays européens, la France comptant pour 20 % des cas enregistrés. L’échec est évident. La grippe est incriminée mais pas l’hôpital ou les maisons de retraite où « l’excès » n’apparaît pas. C’est donc toute l’offre de soins de ville qui est à revoir et qui ne sera pas revue. C’est Marisol Touraine qui devrait être virée et les médecins libéraux questionnés. Evidemment ce ne sera pas le cas. On préfère causer du tiers-payant.

Publié par : Memento Mouloud | mai 22, 2015

Un collège qui marche

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En couverture de l’Obs, le titre, « Collège les coulisses d’une réforme piège », à la page 38, un autre titre « Villiers-le-Bel C’est un bon collège Madame ». Puis le chapeau « Pendant trois semaines, l’Obs s’est rendu dans un établissement difficile du Val d’Oise qui applique, avant l’heure, certains dispositifs de la réforme des collèges. Et ça marche ».

Selon l’Obs, ce collège de 460 élèves « essentiellement issus de l’immigration (comment le savent-ils en l’absence de toutes statistiques dit ethniques ? A la couleur ? Selon la méthode de Bob Ménard ?) est composé aux 2/3 d’enfants issus de parents appartenant aux « catégories socioprofessionnelles défavorisées » (où l’on voit qu’un journaliste-lambda confond une nomenclature statistique avec le réel). Ce collège compte 8 surveillants (à plein temps ? J’en doute) soit 1 pour 60 élèves. Notons que la journaliste, Caroline Brizard, ne mentionne pas le nombre d’enseignants.

Elle évalue la bonne santé du collège au taux de réussite au brevet passé de 60 à 77 % (contre une moyenne de 85 % dans l’académie de Versailles). Or la réussite d’un collège se mesure dans l’état existant de l’épreuve au nombre de mentions. Premier constat. Second constat, le baromètre du brevet est nul et non-avenu. En effet ce dernier additionne 180 points obtenus lors des contrôles continus (l’Histoire-Géographie comptant pour du beurre tout au long de l’année), 40 lors de l’épreuve d’histoire de l’art (elle-même s’apparentant à une forme de contrôle continu) et 120 pour les trois examens de lettres, mathématiques et Histoire-Géographie. Dès lors et en l’absence de toute épreuve de sciences au brevet, un niveau relatif (compte-tenu des instructions ubuesques lors de la fixation des barèmes) pourrait être évalué à partir des trois épreuves finales. Il n’en est rien.

Dans ce collège où ça marche, 100 exclusions temporaires ont été notifiées (3 fois moins qu’en 2010). On apprend d’ailleurs au détour du reportage qu’un élève de troisième peut insulter son professeur et lui lancer une chaise sans être exclu définitivement. Dans ce collège où ça fonctionne et où il « n’y a que des Noirs » selon les propos d’une élève mais « pas de cris dans les couloirs », il est possible de répondre que Mozart est un chevalier arthurien, que 3×8 font 23, que « mes devoirs ? ça m’intéresse pas » que dans alité il y a Ali et que journaliste c’est un métier de « Blanc ». Pendant ce temps Pap Ndiaye, « parrain » des 10èmes entretiens de l’excellence, sis au sein de l’Université Paris-Dauphine, peut pérorer que « l’école, c’est le trésor de ceux qui n’en ont pas ». Pendant ce temps, un élève privé de console a fini par être hospitalisé, depuis il bénéficie d’un « emploi du temps aménagé ».

Dans ce collège où ça marche, « des élèves » n’ont plus « aucun respect de l’adulte », « pas de goût pour l’école » et accumulent « souffrances » et « rancoeurs ». Des enfants qui ne viennent pas d’arriver en France peinent à lire sur des mangas, choisissent des contes dans la bibliothèque et ont cette chance inouïe de se voir enseigner l’EIST (l’enseignement intégré des sciences et de la technologie).

Bien sûr dans ce collège où ça marche, une professeur de lettres débutante remarque « mes sixièmes ont plus de bases que mes troisièmes. On dirait que les notions s’effacent ».

Publié par : Memento Mouloud | mai 22, 2015

Le djihadiste et le militant socialiste : un conte de notre temps

Le djihadiste fuit le monde occidental dévitalisé, il cherche, il se demande si le combat qui se déroule dans les lointains est le sien, il hésite. Le socialiste fuit le monde réel trop étriqué, il fuit parmi les signes d’un autre monde qui serait plus égal, meilleur, pacifique. Il s’interroge sur le sens de ce songe éveillé, s’il est bien utile après tout puisqu’ici-bas, il vit en sécurité, dans un confort relatif mais un confort tout de même, égratigné de ci, de là.

Le djihadiste découvre qu’un califat s’est ouvert dans le tissu du monde, Dieu a pointé son doigt et séparé ce qui devait l’être. Le drapeau noir signale cette terre lointaine où des hommes meurent et tuent en récitant des versets. Un leader s’avance, il parle d’égalité, il annonce que les pauvres seront rédimés, que le futur s’approche et qu’il en détient les clés. Le socialiste s’engage.

Le djihadiste se rend en Turquie, à la frontière de la nouvelle province, il est aux confins mais aussi au début du monde. Il est à l’an 0 de l’hégire, il fuit et l’araignée le poursuit, sa grotte sera un camp d’entraînement, ses prières se feront au sabre et auront le goût du sang, pour le moment, il brûle son passeport et se voit baptiser d’un nouveau nom. Il peut réciter la shahada, il est libre. Le socialiste prend sa carte du parti, il scrute les différentes motions mais par devers lui, le leader scintille au firmament de son idéal, il est le père rêvé, celui qui sans sexe indique le chemin où tous sont frères et sœurs, militants.

Le djihadiste découvre les ennemis dans les ruines fumantes des combats et les vociférations des bombardiers alliés qui lâchent leur tapis de bombes. Des combattants sont déchiquetés, les amas, les poussières soulèvent le sol, il tient, crispé son fusil, bientôt il abattra son premier ennemi, celui dont il verra le visage, jusqu’ici il n’avait qu’un nom ou plusieurs mais là, il faudra l’achever ou apporter sa tête en trophée.

Le militant socialiste sait bien le nom des méchants, ils sont de droite et lui est de gauche. Ils ont non seulement tort mais ils n’arrivent pas à concevoir leur existence. Comment peut-on être de droite, comment peut-on fanger à ce point et croupir dans les marécages de la bête blonde et borgne. Il rote un soupçon de guerre civile qu’il balaie d’un geste, il est démocrate. Tuer c’est mal. D’autres militants du Bien sont aussi de gauche mais ils ne sont pas modernes, ils sont ringards ou angéliques, écologistes ou communistes. Le militant socialiste parle transition et réalisme, il faudra des étapes, il faudra conquérir l’opinion, ce sera long car les forces du capital veillent et le capital est retors. D’autres viennent et lui disent, le contraire de la gauche, ce n’est pas la droite, c’est la Révolution. Il consulte son dictionnaire, il lit, « tel un astre mort », il le referme. Le leader sait bien ce qu’il faut faire, il est tout de même plus malin qu’il n’y paraît.

Le djihadiste est dans la citadelle, les derniers défenseurs tentent une percée, ils se ruent, en désordre, sur le cercle des combattants au drapeau noir. Il observe flotter la bannière, il voudrait que ce temps soit éternel, il regarde à droite, à gauche et il se met à siffler puis chanter. Il avale deux cachets et hurle. Debout, il soutient le regard de la faucheuse et arrose la position ennemie, il ne voit plus les balles et les corps qui tombent, il avance, sourire aux lèvres, dans quelques minutes, il sera un survivant et dans les décombres, il sentira cette odeur de tambouille et de merde qui est l’ordinaire des bivouacs.

C’est jour d’élection, le militant socialiste vit sa première défaite comme une petite mort, il pleure, le leader se fait attendre, il se tait, il se mure dans l’aboulie et s’il n’était pas le bon ? Du tout, il prépare la contre-attaque, les français n’ont pas encore compris leur véritable intérêt, la droite les embrouille.

Ses yeux sont en amande, l’émir la lui présente, elle est à toi, c’est ton butin. Le djihadiste respire profondément comme un Brad Pitt dans Troie, tout n’est que 3D dans ce monde. Ce soir, elle aura peur et il la déshabillera, il ne lui demandera rien, il prendra, il ne faut pas d’obstacle car le Calife attend ses holocaustes et la femme n’est jamais qu’un support de chair frémissante sur la voie de Dieu, elle est parfum de paradis mais ici le paradis prend les atours de la suie. Ce soir, il jouira d’elle, demain, un autre combattant aura droit à son mariage d’une nuit.

Le militant socialiste est dans une position délicate. La jeune femme lui demande s’il est à ce point coincé qu’il refuse qu’une femme l’encule, ne serait-ce pas un dernier pavé de misogynie dans la marre de l’émancipation. Il éprouve une étrange sensation mais bon, la liberté n’attend pas, l’avenir est à ce prix.

Le djihadiste est devenu chef de la police du marché. On lui offre des présents, on le salue. Il est quelqu’un, il a enfin sa place. Ce pays, ce gouvernement, ce peuple sont les siens, le bonheur est à l’unisson du chant du muezzin, il déploie son tapis de prières.

Le militant socialiste a joui contre toute attente. Il se demande s’il ne serait pas un peu bi. Il évoque entre amis de gauche l’attentat de Charlie-Hebdo et le dernier livre d’Emmanuel Todd qu’il trouve « pas mal » car il pense que « les musulmans sont menacés par les salauds du Front et la xénophobie qui monte ». Quelqu’un ajoute « Béziers », ah oui Béziers. Ils savent que le monstre n’est pas encore terrassé. Pour l’heure, il est « hollando-vallsiste ».

Un envoyé du calife demande au djihadiste s’il ne voudrait pas former des frères français qui ne sauront jamais se battre mais qu’on pourrait employer de manière plus efficace. Il scrute l’émissaire, silencieux. Il le dévisage, il annonce « ma place est ici, si je dois mourir en martyr ce sera sur cette Terre, pas chez les kafirs ».

Le militant socialiste est chez son oncle. Il est haut-fonctionnaire au ministère de la défense, il pourrait bien l’introduire pour un stage. La réalité le rattrape, le meilleur des mondes peut encore attendre, il faut bien gagner sa vie, en attendant. Le militant se dit que c’est trop con d’abandonner pour si peu ses opinions auxquels il tient et qui le tiennent. Le leader a bien fait HEC.

Le djihadiste est sur un piton, seul, les rochers dénudés l’entourent, il entend la voix d’Abu Bakr, le compagnon du prophète, il n’en croit pas ses oreilles, Abu cause en français.

Le militant socialiste commence à connaître du monde, des gens « très intéressants » et « cultivés » qui lui expliquent comment ça marche. Il se dit que la République l’appelle et qu’on ne peut refuser quand on est de gauche. Il va passer de l’éthique de conviction à l’éthique de responsabilité, il a lu ça dans un résumé de Max Weber, il trouve que ça sonne bien, d’ailleurs quand il évoque la formule, les gens approuvent, il se voit bien ministre.

Publié par : Memento Mouloud | mai 21, 2015

L’inceste est de retour

Selon un sondage Ipsos réalisé en 2009, 2 millions de personnes en France déclaraient avoir été victimes d’inceste dans leur enfance. Le Conseil de l’Europe estime qu’un enfant de moins de 18 ans sur cinq est victime de violences sexuelles, dont 70% à 80% sont commises au sein de la sphère familiale. Si on ajoute le même genre de considérations sondagières sur les viols, on se demande quelle femme aura échappé dans sa vie à ce genre de violences intra et extra-familiales. De tels chiffres brandis ici ou là et sortis d’on ne sait quel chapeau de victimocrate fondent donc l’action du législateur dans une société dont les membres masculins sont semble-t-il non pas des criminels en puissance mais comme l’affirmait, la bouche tordue de douleur, Najat Vallaud-Belkacem, des « prédateurs ».

Les députés devraient voter un amendement pour inscrire le crime de l’inceste au code pénal, dans le cadre de la loi sur la protection de l’enfant, en débat à l’Assemblée nationale ce mardi.

Si l’inceste n’était pas nommé dans le code pénal, celui-ci punissait les viols, agressions et relations sexuelles avec des mineurs de moins de 15 ans avec des peines aggravées s’ils étaient commis « par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ». Deux députés socialistes, Bernard Roman et Sébastien Denaja, et un UMP, Guy Geoffroy, profitent d’une proposition de loi sur la protection de l’enfant discutée à l’Assemblée pour déposer des amendements visant à inscrire l’inceste dans le code pénal.

Les membres de la famille susceptibles de commettre des actes incestueux seront précisés. Il s’agira des ascendants, frères, sœurs ou tuteurs. Les oncles, tantes, neveux, nièces, conjoints et concubins seront également concernés s’ils ont « une autorité de droit ou de fait  » sur la victime. L’amendement reçoit des soutiens aussi bien à gauche qu’à droite. Il devrait donc obtenir une majorité sans trop de difficultés.

Pour Isabelle Aubry, la présidente de l’AIVI (association internationale des victimes de l’inceste), l’amendement est une « avancée, qui va au-delà du symbolique ». « Nommer les choses est fondamental. Cela signifie que la société pose un interdit, qui permet aux victimes de se sentir reconnues », insiste-t-elle, oubliant des millénaires d’histoire humaine et plus particulièrement ce texte inconnu qu’est le Lévitique. On se demande d’ailleurs comment l’alliance et la filiation ont pu exister avant mai 2015. De plus on pourra s’interroger sur l’existence de cette « Société » qui pose un interdit qui relevait jusque-là du ça va sans dire. La responsable associative dont le français est pour le moins imprécis ajoute que l’inscription de la notion d’inceste va permettre « de développer la recherche, la prévention, de mieux cerner le phénomène et d’encourager la formation » de l’inceste ? On en frémit.

Cette dernière déplore également que les actes commis par un cousin n’entrent pas dans la qualification d’inceste. « À l’occasion d’une enquête auprès de nos membres, il est apparu que de telles agressions représentaient plus de 6 % de l’ensemble des agressions. C’est une réalité » car la dame ne juge pas cas par cas ou selon une dogmatique clairement énoncée mais par catégories statistiques vagues. Or les relations incestueuses librement consenties entre personnes  ayant atteint l’âge de la majorité sexuelle ne sont pas un délit. Il s’en suit que l’inceste tel qu’il se définit selon le code pénal français n’est pas la pierre de touche de tout groupe humain mais une variété comme une autre de crimes et délits d’ordre sexuel. J’imagine qu’on y lira une nouvelle victoire de la laïcité et de l’esprit républicain.

Il y a plus de 40 années de cela, Truffaut avait refusé le scénario de Jean Gruault anté sur un inceste sous Henri IV qui avait conduit le frère et la sœur sur l’échafaud. Libération écrit « autre film en sélection officielle, celui de Valérie Donzelli. Pour son Marguerite et Julien, la réalisatrice de La Guerre est déclarée s’inspire d’un inceste entre un frère et une sœur qui s’aimaient d’amour fou en 1603. »

L’inceste est devenu amour fou, ne reste plus qu’à jeter encore une pelletée sur la tombe de Breton.

Le Figaro / La Croix / France-Info / Libération / BAM

 

Publié par : Memento Mouloud | mai 15, 2015

Avez-vous lu le dernier Emmanuel Todd ?

UNSPECIFIED - SEPTEMBER 21:  first year preparatory class in humanities for entrance to Ecole normale superieure in 1922 in Louis-Le-Grand in Paris : on the 1st row seated : Paul Nizan (2nd from l), Jean-Paul Sartre (4th from l)  (Photo by Apic/Getty Images)

« As-tu lu le dernier Emmanuel Todd ?

-Non

-Tu devrais

– J’en doute »

Le catholicisme zombie selon Emmanuel Todd et Hervé Le Bras

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« Les valeurs organisatrices du catholicisme apparaissent toujours actives dans les lieux qu’il occupait. L’un des paradoxes les plus étonnants de notre présent est la montée en puissance sociale d’une religion qui vient de s’évanouir en tant que croyance métaphysique. La catholicisme semble, pour l’instant, avoir atteint pour lui-même l’objectif d’une vie après la mort. Comme il s’agit d’une vie terrestre, et nous doutons fort qu’elle soit éternelle, nous parlerons de catholicisme zombie. »

« Avec une grande exactitude, les régions catholiques sont celles où la préférence pour les études longues est la plus marquée. Les seules exceptions…sont la frange ouest du Bassin Parisien…et quelques villes universitaires des régions laïques comme Limoges, Reims, Dijon et Orléans. Les bastions du catholicisme…apparaissent tous comme des pôles du développement éducatif »

« Le catholicisme définit au contraire des pôles d’avance féminine [mais] le catholicisme zombie … encourage l’enseignement technique masculin »

« [Si le catholicisme zombie] admet pleinement l’existence spécifique [des femmes] dans la réalité du monde social, il leur affecte cependant un rôle spécifique, ne leur accordant pas le statut d’être humain en général. Elles peuvent travailler, mais leur place reste à la maison, ce que le temps partiel autorise »

« Les régions catholiques n’ont pu résister longtemps à la généralisation des naissances hors-mariage dont la multiplication signifie en réalité la disparition du mariage-sacrement, idéal de l’Eglise »

« Les régions autrefois pratiquantes catholiques ont nettement plus voté pour la constitution européenne que les régions laïques sans d’ailleurs que le oui l’emporte forcément en terre chrétienne …Ces référendums ont donc aussi révélé…une résistance autonome des régions anciennement catholiques à l’Etat jacobin »

Emmanuel Todd et le mirage islamo-européen

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Petit fils de Paul Nizan, Emmanuel Todd jouit d’une réputation de prophète depuis son ouvrage, le fou et le prolétaire. En effet, ce démographe qui pense avoir trouvé le secret des secrets autour d’un modèle familial à trois variables y aurait prédit la fin de l’Union Soviétique en suivant l’évolution des tables de mortalité. On pourrait objecter que l’accident de Tchernobyl, l’enlisement afghan et les luttes de succession au couteau après la mort du brave Iouri Andropov n’avaient pas vraiment été prévu par le bonhomme mais les réputations ne tombent pas pour si peu.

Donc, l’homme revient à la charge avec un colistier, pour annoncer le midnight rendez-vous de l’Islam et de l’Europe dans un avenir proche. On résume, l’indice de fécondité et les taux d’alphabétisation des pays musulmans convergent vers ceux des pays européens dans un avenir proche, aussi tous s’embrasseront dans la modernité retrouvée qui n’est fondamentalement qu’une. Un tel argument pourrait être démonté par le seul exemple du destin allemand mais le mieux est de remiser l’ensemble de cet ouvrage calamiteux en y exposant les passe-passe et les délires idéologiques qui l’émaillent.

Premier paralogisme, celui qui consiste à partir d’une corrélation, entre taux d’alphabétisation et indice de fécondité, à établir une causalité. Or la corrélation ne met en relief qu’une évolution concomitante entre deux phénomènes, en tirer une « loi » causale est donc une aberration qui conduisit, par exemple, l’économiste Jevons à expliquer les crises économiques cycliques par l’action à distance des tâches solaires. De plus le brave duo nous avait expliqué que le retard dans le processus d’alphabétisation entre monde arabe et Europe du Nord atteignait deux siècles, huit décennies pour l’Europe méditerranéenne et trois décennies sur le Mexique, autant dire que tout autre chercheur aurait abandonné l’idée d’une voie unique vers la modernité mais les deux Dupont et Dupont des embrassades à venir poursuivent tête baissée.

Ils expliquent donc que toutes les religions se résument à ce trait sociologique informe, être des interprétations du monde et un guide pratique dans la vie, ce qui permet de passer du plan descriptif au plan métaphysique de la substance, autre saut paralogique sans parachute. On pourrait y ajouter l’absence totale de réflexion sur la morphologie des peuples, la masse des hommes qui mettent en perspective tout pourcentage et permettent d’éviter la comparaison entre le bloc chinois et le liliput syrien. Enfin, puisque ces deux-là se veulent démographes, peut être auraient-ils pu comparer la descendance finale des femmes de même génération et non l’indice conjoncturel de fécondité qui n’est qu’un instantané, soit l’exact parallèle de la différence entre le cinéma qui capte le temps et la photographie qui fige l’instant.

Plus grave, la thèse centrale  de la convergence ne résiste aux constats des deux bonhommes puisque ceux-ci nous expliquent que les monde arabe et pakistanais pratiquent, dans une proportion d’un mariage sur trois, un régime matrimonial patrilocal et endogame et les pays d’Afrique de l’Ouest, dans la même proportion, une polygamie qui ne relève pas du religieux, traits qui les différencie radicalement de l’islam de l’espace yougoslave qui est un islam européen.

Quant aux délires idéologiques, ils sont multiples. Les femmes maghrébines ne seraient pas sous tutelle mais sous la protection bonhomme de la « solidarité des frères et des cousins », la guerre civile libanaise aurait pour origine les différentiels de fécondité entre communautés, la Chine et l’Inde du Nord pratiqueraient l’infanticide et non l’avortement sélectif qui greffe sur le mécanisme de la dot, un appareillage technologique destiné à éliminer les filles de la descendance, si bien que le sieur Emmanuel Todd ne manquera pas de rejoindre l’association du professeur Lejeune en poussant les hosanna de circonstance.

Evidemment l’anti-occidentalisme et les réserves d’usage face à l’Etat d’Israël émaillent l’ensemble du texte, on sort donc les vieux poncifs, ce qui donne ce moment intense d’ironie, « l’invasion américaine de l’Irak rappelle que le monde occidental n’est pas prêt de renoncer sans lutte à son titre de champion toutes catégories du massacre de masse, établi par une seconde guerre mondiale incluant l’holocauste et Hiroshima. Tout cela sans l’aide spirituelle et guerrière de Mahomet ! » .

Quoi de neuf la France ?

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Anomie

 Si on la mesure par les taux de suicide, d’homicide et le nombre de morts sur la route, l’anomie connaîtrait une éclipse depuis la fin des années 1990. Cette réussite est due à l’usage massif des antidépresseurs et autres anxiolytiques ainsi qu’à l’oubli statistique de l’augmentation des vols et des atteintes aux personnes. De plus, cette approche quantitative passe sous silence le changement qualitatif dans la mise en œuvre du suicide qui, d’intime, devient public.

Bacheliers

Entre 1951 et 1966, le nombre de bacheliers par génération passe de 5 à 12 %, puis à 17 % en 1971 avant d’atteindre un palier de 10 années pour repartir à la hausse jusqu’en 1995 où il se maintient sur la crête des 35 %. En 2009, on constate que dans la génération des 25-34 ans, le tiers des hommes est diplômé du supérieur contre la ½ des femmes. Les filières L et ES se composent, respectivement,  de 80 %  et 2/3 de lauréates, la filière S dite scientifique de la moitié. Dans le même temps, la lecture s’effondre dans toutes les couches de la population.

Classes sociales

Les Dupont et Dupont de la démographie, Emmanuel Todd et Hervé le Bras, définissent les classes sociales en fonction de l’obtention d’un diplôme à l’exception des 1% les plus riches dont on détermine l’existence par la part du lion qu’ils s’octroient dans le revenu national (8 % de celui-ci en 2000 contre près de 17 % aux Etats-Unis). Il y aurait, selon le tandem crypto-socialiste, une vraie classe moyenne de bacheliers, une autre classe moyenne technique composée de titulaires d’un CAP, d’un bac professionnel ou d’un BEP, enfin un sous-prolétariat d’illettrés tissé, en partie, d’afro-maghrébins rejetés par l’école.

Cordicopolis

Ses territoires d’élection sont les métropoles peuplées de cadres supérieurs, d’étudiants et de sous-alphabétisés, la France léopard qui a voté OUI au traité constitutionnel européen de 2005. Selon le tandem Le Bras / Todd, on y trouverait le vivier des intellos islamophobes alliés aux pue la trouille moisis de la France bleue marine : le nord-nord-est, le littoral méditerranéen, l’axe de la Garonne, la bordure normande du Bassin parisien et la couronne parisienne avec des poussées dans l’ouest et  en descendant le couloir rhodanien.

Déchristianisation

Les pôles de la déchristianisation de longue durée furent les bassins parisien et aquitain, la Catalogne française, la Corse et la Provence. Aujourd’hui on peut parler de catholicisme résiduel puisque les messalisants (assistants à la messe dominicale) sont passés de 20 %, en 1972, à moins de 5 %, en 2006. On comprend, dès lors, les subventions d’Etat offertes à l’Eglise catholique tant pour l’entretien des lieux de culte, au nom de la préservation du patrimoine, que pour le réseau d’écoles dites libres, sans lesquelles, le catholicisme français ressemblerait à un paysage ruiniforme. A ceci s’ajoute le nombre de naissances dites illégitimes qui sont passées de 5 % en 1965 à 54 % en 2010, l’effondrement des mariages, stagnant autour de 250 mille et leur cortège de divorces en série.

Désindustrialisation

Le pourcentage d’actifs dans l’industrie a été divisé par 2 entre 1975 et 2009 selon cette loi tendancielle qui veut que la création de valeur dans le cadre capitaliste soit supplantée par une vie économique nécrosée où le travail vivant tend à s’amenuiser irrémédiablement transformant l’endettement chronique en une pyramide de produits dérivés et structurés bientôt qualifiés de toxiques. L’emploi y est donc subventionné ou protégé voire prolongé sous la forme de retraites et de pensions, le rentier aux mille dettes et ses compères le maître en asymétrie d’informations  et les chefs de meute ou de tribus, les rois du royaume. Les régions françaises exportatrices de biens sont donc des plateformes de sous-traitance pan-européennes et les agents de la fonction publique atteignent le tiers des actifs dans le Midi aquitain sauf dans le pays basque français, toute la région PACA à l’exception du triangle Cannes-Antibes-Grasse, le Massif central, la Bretagne, exceptée la métropole de Rennes  et un axe qui part de Calais pour atteindre la lisière des Vosges.

Famille-souche

Délire interprétatif propre à Emmanuel Todd qui y voit le vivier d’une conception hiérarchique et autoritaire de la vie en commun, toujours épaulée par ce qu’il nomme le catholicisme zombie.

Fécondité

Avec un indice conjoncturel de fécondité de 2 enfants pour une femme, la France passe pour un pays européen étouffé par les layettes et les landaus. Les fortes fécondités dans le monde rural se concentrent autour de l’ouest français, dans la région lyonnaise, la Porte de Bourgogne, l’axe de la Garonne et l’Île de France. Dans les zones urbaines, on retrouve la région lyonnaise, la Porte de Bourgogne et on ajoute le Nord de la France. Dans les zones métropolitaines, Paris, Nantes et Lyon.

Illettrés

En 2008, on dénombre 12 % de personnes sans aucun diplôme chez les 25-34 ans, mais 6 % dans le Finistère contre 23 % en Seine Saint-Denis. Durant les journées citoyennes qui excluent les étrangers des tests en vigueur, à peine 80 % des impétrants se révèlent des lecteurs « efficaces » donc capables de déchiffrer un texte publicitaire ou une page de 20 minutes.

Le Tout-France

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L’enquête est de Cris Beauchemin, Christine Hamel et Patrick Simon. Elle est réalisée entre septembre 2008 et février 2009 sur un échantillon de 21 mille personnes. L’objectif avoué de l’enquête est d’établir les seuils de discrimination dans le « parcours » d’une personne.

Elle use de la novlangue : Le français de souche devient population majoritaire (ni immigré, ni natif d’un DOM ( ?), ni descendant d’immigrés ou de domistes) et inclut les rapatriés. C’est un peu la reprise de la tactique napoléonienne qui fait suite au Concordat : la religion catholique n’était plus la religion d’Etat mais celle d’une majorité de français. Ce français « majoritaire » est encadré des immigrés (nés à l’étranger), des natifs d’un DOM, des descendants d’immigrés, des descendants de domistes. Elle comprend les seules cohortes entre 18 et 50 ans (donc nées au plus tard en 1958, exit les pieds-noirs).

Le français de souche formerait 75 % de l‘échantillon (français qui ne sont de souche que d’après la date de naissance choisie, 1958, ce qui inclut quasiment tous les descendants d’italiens, d’espagnols, de polonais, de juifs ashkénazes, d’arméniens, d’algériens et de belges) les immigrés 10 % (2,7 millions de personnes par projection), les descendants d’immigrés 12 %, les domistes et descendants de domistes 455 mille personnes soit 1,6 %. A noter que les rapatriés et leurs descendants, 1,2 millions sont inclus dans les français de souche alors que la marque des pieds-noirs (soit 5 % de l’échantillon), c’est d’être une sorte de melting-pot de la Méditerranée occidentale.

Si on rétablit les contours, la part des français dits de souche doit être comprise entre 50 et 60 %.

On apprend tout de même quelques phénomènes curieux : ainsi la part des femmes chez les immigrants de l’Afrique guinéenne ou centrale atteint les 60% et dépasse les 50 % chez les algériens. De même, la part des 18-35 ans, est de 47% pour les immigrés d’Afrique centrale et guinéenne, 42 % pour l’Afrique sahélienne, 41 % pour les domistes, 53 % chez les turcs, contre 37 % chez les français de souche (idem chez les maghrébins) et 26 % chez les immigrants d’Asie du sud-est.

Chez les descendants d’immigrés la jeunesse (relative) de la population est encore plus marquée : 66 % des descendants d’algériens ont moins de 35 ans, 82 % chez les descendants de marocains et tunisiens, de 86 à 92 % chez ceux descendant d’Afrique, 96 % chez les turcs contre 49 % chez les français de souche. En toute logique démographique, la part des descendants de descendants devrait donc s’agrandir mécaniquement.

La région francilienne concentre 40 % des naissances d’immigrés du pays et plus de la moitié de celles des domistes. Tout l’Ouest français ainsi que le Nord et Pas de Calais ont un faible pourcentage de naissances d’immigrés sur leur sol : Moins de 7 %. On a là une polarisation extrême. La métropole qu’est Paris et qui avait pour but de donner le la à la francité est devenue l’épicentre d’un devenir Tout-Monde du pays. Il est possible que ce projet rencontre de fortes résistances.

17 % de l’ensemble des immigrés ont un bien foncier à l’étranger, 23 % apportent une aide financière à un ménage du pays d’origine ou investissent sur son territoire. Enfin plus des 2/3 se disent intéressés par la politique locale. Chez les descendants d’immigrés ces indices sont respectivement de 4, 10 et 5 %. Chez les marocains et les tunisiens les propriétaires d’un bien foncier dans leur pays d’origine atteint les 17 %, 24 % pour ceux qui aident ou investissent. En Afrique sub-saharienne, les indices sont respectivement de 17 (23 pour les sahéliens) et 51 %. Chez les asiatiques de 2 et 23 %. On apprend donc, comme prévu, que c’est moins les immigrés qui sont une chance pour la France que la France qui est une opportunité pour le lignage qui a su tirer profit de son installation dans l’hexagone puisque tout lignage peut désormais investir ou tirer des ressources à la fois de sa présence en France et dans le pays d’origine. Si on en croit l’enquête, l’immigré serait victime de discriminations ici mais pourrait s’avérer un notable là-bas, le mécanisme schizophrénique est donc patent chez les « élites » immigrées.

Le ¼ des immigrés maghrébins est diplômé du supérieur (avec une très légère prépondérance masculine), 18 % des sahéliens (avec une proportion de 3 hommes pour une femme), 30 % des originaires du Golfe de Guinée (avec une proportion de 2 hommes pour une femme), 30 % des asiatiques, 30 % des domistes (avec une nette prépondérance des femmes), 9 % des turcs contre 34 % pour les français de souche (avec une légère prépondérance féminine) et 54 % chez les ressortissants de l’UE (avec une très nette prépondérance féminine, 2 hommes pour 3 femmes diplômées du supérieur).

Chez les descendants d’immigrés le pourcentage de diplômés du supérieur descend à 20 % chez les algériens mais monte à 31 % chez les autres maghrébins, atteint 33 % chez les domistes, 25 % chez les descendants d’africains du Sahel, 41 % chez ceux du Golfe de Guinée (avec résorption de la disparité hommes/femmes), la ½ chez les asiatiques, 15 % chez les turcs et 34 % chez les enfants de la population majoritaire. Si on entre dans la cohorte des 18-35 ans, le nombre de descendants d’algériens ayant obtenu une licence atteint 8 % chez les hommes et 12 % chez les femmes, contre 14 et 16 chez les autres maghrébins, 10 et 17 chez les domistes, 6 et 12 % chez les sahéliens, 19 et 27 chez ceux du Golfe de Guinée, 25 et 27 % chez les asiatiques, 11 et 3 % chez les turcs, 19 et 21 % dans la population majoritaire contre 34 et 31 % chez les descendants d’autres ressortissants de l’UE.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes les africains du Golfe de Guinée sont venus chercher une reconnaissance et des opportunités qu’ils n’avaient pas dans leur pays respectifs, les familles asiatiques ont visé pour leurs enfants l’excellence (et l’insertion dans les circuits transnationaux), les familles maghrébines (à l’exception des algériennes) ou celles des Dom ont entamé une ascension petite-bourgeoise via le système scolaire (elles seront donc républicaines), les familles algériennes et sahéliennes ont, semble-t-il, laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes ou à leur caprices et délires (d’où une virilité d’apparat et un islamo-racaillisme d’analphabètes parmi un nombre important de ces jeunes et moins jeunes qui vient frapper comme d’un halo et recouvrir tous les autres membres de la « communauté ». Au final, on a tellement honte de cet état lamentable qu’on finit par justifier n’importe quoi)), enfin contrairement aux familles d’autres ressortissants de l’UE, il semble que le système scolaire français ne change rien à la situation globale des familles de la population majoritaire, ce qui semble augurer d’une paupérisation relative de certaines lignées de français de souche, touchées par un véritable déclassement (ce qui apparie dans un même mouvement une haine de classe intra-majoritaire, façon à bas les gros et les cosmopolites, et un racisme classique de défense envers des immigrés qui, à la fois, réussissent mieux ou sont trop proches dans la déchéance annoncée et l’absence complète de perspectives. Là se trouvent les gros bataillons frontistes).

Le chômage et l’inactivité permettent aussi de mesurer la place des immigrés et de leurs descendants dans la société française. Dans la population majoritaire, le taux de chômage des 18-50 ans atteint 8-10 % des effectifs, le taux d’inactivité, respectivement 3 % des hommes et 10 % des femmes. Or le taux de chômage des hommes est quasi-inexistant pour les immigrés masculins portugais, italiens ou espagnols, puis, comparable pour tous les autres immigrés à l’exception des algériens et des sahéliens. Chez les descendants d’immigrés, ce taux est le double chez les maghrébins, les africains et les turcs, relativement élevé chez les asiatiques et inférieur pour tous les autres.

Si on passe au taux d’inactivité des femmes, il atteint le tiers des effectifs chez les femmes maghrébines, la ½ chez les turques d’origine, le double de la population majoritaire chez les asiatiques, les européennes (à l’exception des italiennes, espagnoles et portugaises) et les africaines. En revanche, il baisse fortement chez les descendantes d’immigrés à l’exception relative des descendantes d’algériens (le double des françaises majoritaires) et de turcs (le triple). On voit donc que le terme d’Etat-Providence n’est pas un vain mot quand on connaît la difficulté qu’il y a à vivre sur un seul salaire voire deux. Il n’y a pas à chercher bien loin les raisons d’une dégradation de la perception de l’Etat social qui n’est plus considéré comme le filet de protection collective due aux travailleurs mais comme la condition nécessaire d’un mode de vie sans rapport avec la condition salariée.

Le caractère plébéien de l’immigration afro-maghrébine masculine est marqué (80% d’ouvriers et d’employés), comparable pour la population asiatique et européenne (à l’exception des portugais : 80 %, et des espagnols et italiens plus des 2/3) à celui de la population majoritaire (la ½). Si rien ne bouge pour les enfants masculins de la population majoritaire (toujours 50 % d’employés et d’ouvriers), le taux se maintient chez les africains mais tombe au 2/3 chez les descendants de maghrébins ou de portugais. La véritable rupture s’opère vers le haut, 32 % des enfants d’asiatiques occupent un poste de cadre (17 % dans la population majoritaire), 22 % des enfants d’européens, 8 % de ceux de maghrébins. C’est donc l’ensemble de la structure d’encadrement qui se mondialise de l’intérieur, comme de l’extérieur au moment où les classes plébéiennes françaises qui n’ont jamais cru aux promesses de l’école (un truc de bourgeois) sont frappées de plein fouet par la mondialisation. Si le poncif le plus éculé du jeune plébéien maghrébin concerne cette école qui ne lui a jamais donné sa chance (d’ailleurs ce n’est jamais de sa faute), le cliché du plébéien français est celui de la trahison car le monde qu’il perçoit n’a plus réellement de sens. Il n’en identifie ni les limites, ni les codes et n’a jamais vraiment goûté la théorie du capital humain.

L’enquête prétend que la moitié de la population majoritaire se prétend sans-religion, sans qu’on sache s’il s’agit d’un vaste ralliement au cordicolisme, d’un simple scepticisme ou d’un athéisme de choc, tandis que près de la ½ des immigrés et le même pourcentage parmi les descendants de deux parents immigrés se proclament musulmans. La France rassemblerait 47 % de catholiques parmi la population majoritaire, ¼ parmi les immigrés et le même pourcentage chez les descendants de 2 parents immigrés. Néanmoins, l’addition finale est étrange : Si 8 % de la population métropolitaine est musulmane, on compte donc près de 5 millions de musulmans et non un peu plus de 2 millions comme le prétend un des enquêteurs. S’il existe 43 % de catholiques et 45 % de « sans-religion » donc de superstitieux divers, d’athées, d’agnostiques, etc., il faut croire que cette dernière catégorie fourre-tout n’est là que pour mettre en minorité un héritage catholico-latin qui exerce toujours sa primauté.

Le Tout-France est donc en route, comme il se définit par des obstacles à son avènement infini, son rouleau compresseur ne cessera de piétiner les réticences du vieux monde, comme s’il s’agissait de vestiges sans importance. La question n’est donc pas celle des immigrés et des français dits de souche mais ce qui reste du signifiant France, ce qu’il en est de son tissu quand près de la moitié de sa population n’est pas d’origine française (et là je ne parle pas de l’immigration récente), quand ses classes plébéiennes sont en perdition (puisque sans travail), quand la mondialisation y est perçue soit comme un levier pour se défaire de l’Etat-providence en douceur, soit comme une machine à écraser et à trahir, quand les élites de ce pays connaissent une transformation majeure et sans conséquence puisque seule l’accession à l’Hyperclasse est de quelque effet, quand la condition de petit-bourgeois ne protège de rien, quand toutes les Institutions sonnent creux, quand les réalités vécues à Quimper et dans la région parisienne sont séparées comme par un gouffre que rien ne comblera jamais, quand la novlangue française se perd de prescriptions fantasmatiques en mots valises suscitant dans le pays ce goût de l’exorcisme qui se trahit en émeutes, en manifs, en sit-in, en éternels moulinets du néant.

Une personne clef émerge grâce aux journalistes Matthew Cole de NBC et Jane Mayer du New Yoker. Grâce à leurs enquêtes préalables et à leur connaissance de la CIA, ils ont pu reconstituer le puzzle d’une espionne que l’on retrouve en filigrane tout au long du rapport du Sénat sur l’action de la CIA, la responsable de l’unité chargée de la traque d’Oussama Ben Laden (nom de code : Alec Station), et que Jane Mayer surnomme« la reine de la torture ». C’est notamment elle qui a en partie inspiré le personnage de Maya, joué par l’actrice Jessica Chastain dans le film Zero Dark Thirty.

« Cette femme semble être la source de nombreuses années d’erreurs de jugement, avec des conséquences tragiques pour les États-Unis. Elle n’a rien fait quand la CIA a reçu des informations qui auraient pu empêcher le 11 septembre 2001 ; elle a allègrement participé à des séances de torture ; elle a mal interprété des renseignements qui ont eu pour conséquence d’envoyer la CIA sur la piste absurde de cellules dormantes d’Al-Qaïda dans les montagnes Rocheuses. Elle a aussi faussement expliqué aux élus du Congrès que la torture produisait des résultats ». « Peu d’agents de la CIA ont tenu un rôle aussi important dans la traque d’Oussama Ben Laden que cette experte, une ancienne analyste de l’Union soviétique qui a travaillé dans l’unité de traque d’Al-Qaïda à partir du milieu des années 1990. (…) Son nom a été caviardé au moins une trentaine de fois dans le rapport du Sénat afin d’éviter de l’identifier publiquement. D’ailleurs, le gros de la bataille qui a duré huit mois entre les sénateurs et la CIA à propos de la censure du rapport s’est focalisé sur sa personne. (…) Un ancien agent de la CIA qui a travaillé à ses côtés estime “qu’elle aurait dû être jugée et mise en prison pour ce qu’elle a fait” ».

La commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 avait déjà pointé son cas, sans l’identifier : un de ses subordonnés avait refusé de partager avec le FBI (qui est chargé de la surveillance du territoire national) le nom de deux des pirates de l’air — Khalid al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi — qui avaient été identifiés avant les attentats par l’unité dont elle était en charge. En 2003, elle a supervisé, dans une prison secrète en Pologne, les séances de torture de Khalid Sheikh Mohammed (KSM), considéré comme le « cerveau » des attentats du 11 Septembre, se réjouissant même par avance de le faire parler. « Mukie va détester sa vie sur ce coup-là », écrit-elle à propos de KSM dans un mémo révélé par le rapport du Sénat. Ce « coup-là » est par ailleurs une information bidon : un Pakistanais détenu par la CIA avait évoqué l’idée de recruter des Noirs américains convertis à l’islam pour les envoyer attaquer des stations-essence aux États-Unis. Interrogé à ce sujet, projeté à répétition contre les murs de sa cellule et torturé au supplice de l’eau, KSM avait fini par lâcher à ses interrogateurs que oui, il avait bien eu ce projet, spécifiquement dans l’État du Montana. Les agents de la CIA ont ensuite passé des semaines dans les montagnes Rocheuses à traquer ces soi-disant « Noirs américains convertis à l’islam » qui auraient séjourné dans des camps d’entraînement en Afghanistan. Sans résultat, car KSM a admis plusieurs mois après qu’il « avait cédé sous la torture et dit à ses interrogateurs ce qu’ils voulaient entendre ».

Elle a orchestré en 2003 le kidnapping de Khalid el-Masri, un citoyen allemand, lors de ses vacances en Macédoine. Celui-ci fut extradé illico en Afghanistan où il a été torturé pendant plusieurs semaines avant que la CIA ne se rende compte qu’elle l’avait confondu avec un quasi-homonyme. Après avoir réalisé sa bévue, la CIA l’a néanmoins gardé quatre mois avant de le relâcher en pleine nuit sur une route en Albanie.

Elle a été régulièrement promue, au point d’être désormais, à quarante-neuf ans, à la tête de l’unité « anti-djihad » de la CIA, avec un rang qui est l’équivalent de celui d’un général dans l’armée. Elle s’appelle Alfreda Frances Bikowsky.

Seymour Hersh vient de publier un long article dans la London Review of Books qui met à mal la version officielle de la mort du leader d’Al-Qaïda. Il a mauvaise réputation et on le dit complotiste.

Selon cet auteur, Oussama Ben Laden était en fait assigné à résidence par les services secrets pakistanais (l’ISI), qui l’avaient capturé en 2006 dans les zones tribales après qu’il eut été « vendu » par certains de ses alliés. Les Américains auraient découvert le lieu d’emprisonnement de Ben Laden quand un ancien des services secrets pakistanais leur aurait livré l’information en échange d’une partie de la rançon promise de 25 millions de dollars et non du fait de l’interception des communications d’un coursier (ce qui impliquerait que les Etats-Unis aient été tenus à l’écart des années durant, ce qui paraît peu probable. De plus Al Qaida aurait accepté la perte de son chef charismatique sans même exercer de représailles, ce qui impliquerait soit qu’elle était la proie de conflits internes, soit qu’une puissance régionale a réussi à y placer ses sbires, soit que Ben Laden ait été un homme de l’ISI de longue date, dans tous les cas, aucun document n’atteste ces trois hypothèses). La confirmation de la présence de Ben Laden serait intervenue sur l’initiative d’un médecin militaire, Amir Aziz, chargé par l’ISI de soigner Ben Laden dans sa villa, et non pas par l’intermédiaire d’un programme de vaccination mis en place par la CIA.

Les Pakistanais auraient accepté de le « remettre » aux Américains en échange d’une reprise des subventions américaines à l’armée pakistanaise et de la mise en place d’une « couverture », à savoir attendre sept jours avant de révéler la mort de Ben Laden. Lors du raid sur la villa, les Navy Seals auraient été guidés par un agent de l’ISI (ceux qui gardaient Ben Laden se seraient éclipsés avant l’arrivée du commando). Les seuls coups de feu tirés lors du raid l’auraient été contre Ben Laden dont le corps a fini déchiqueté. Craignant que les officiels du Pentagone ou de la Maison Blanche ne sachent tenir leur langue pendant sept jours, Barack Obama aurait finalement pris la décision d’annoncer immédiatement la mort de l’ennemi n° 1 des États-Unis. C’est là un autre point faible de l’enquête parce que les motifs invoqués n’expliquent en rien comment et pourquoi les pakistanais ont utilisé pendant 5 ans Oussama Ben Laden pour manœuvrer Al Qaida ou peser sur l’Arabie Saoudite sans en informer les américains (ou en les informant tardivement et encore si on en croît Hersh, du fait de la cupidité d’un seul homme), ni même pourquoi les Etats-Unis ont choisi ce mode spectaculaire d’exécution qui plaçait le gouvernement pakistanais dans une posture d’accusé auprès de son opinion et d’une partie de ses forces armées.

La version de Seymour Hersh échoue parce qu’elle n’éclaire pas les raisons pour lesquelles Oussama Ben Laden a trouvé refuge dans la cité de villégiature de l’élite pakistanaise, située à 100 kilomètres de la capitale et hébergeant l’académie militaire du pays ainsi que plusieurs garnisons. De plus, elle ne permet pas de comprendre les motifs des américains quant à la date choisie et au mode d’exécution du chef politico-militaire d’Al-Qaida et n’aborde en rien l’échec du djihadisme ubiquitaire dont la fin lamentable d’Oussama Ben Laden ferme la possibilité et la légende.

24 heures après Hersh, affirmait à son tour que le Pakistan savait au moins où se cachait Ben Laden, et qu’un contact des Américains au sein des services secrets pakistanais les en avait informés. Ce qui contredit déjà en partie la version officielle selon laquelle la traque, comme l’assaut, avaient été une affaire 100% américaine. Il y a un an, la journaliste Carlotta Gall, qui a couvert l’Afghanistan et le Pakistan de 2011 à 2013, affirmait, de même, que les autorités pakistanaises avaient toujours su que Ben Laden se terrait à Abbotabbad – où il a été exécuté le 2 mai 2011 par les Américains.

C’est donc là, la seule chose qui se puisse conclure : Ben Laden était bien présent au Pakistan et sous la tutelle de l’armée et des services. Seulement de cette certitude, on ne peut pas induire grand-chose de plausible ou de probable mais conjecturer et jeter dans les chiottes de l’histoire la version officielle de l’exécution et son scénario.

Mediapart / Rue 89/ BAM

The Killing of Osama bin Laden

Une traduction

Publié par : Memento Mouloud | mai 11, 2015

Viols en Centrafrique : Bienvenue en enfer

« En janvier 2015, un rapport d’une commission d’enquête de l’ONU affirme que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis par la Seleka et les anti-balaka mais qu’il n’y a pas de preuve de génocide. Selon la commission le conflit en République centrafricaine a fait 3 000 à 6 000 morts en deux ans »

Wikipedia

« Leurs corps portent un peu partout la trace des machettes. Les cinq enfants, allongés sur une dalle de béton, arborent des plaies, des estafilades, des entailles plus profondes recouvertes de pansements sanguinolents et de grands yeux terrorisés. Une jeune fille, déjà couchée dans l’une des ambulances venues les chercher, a la tête et la jambe gauche bandées. Enceinte, au moment du carnage, elle a accouché quelques heures plus tard. Le bébé est vivant. Les sept autres blessés plus âgés ont déjà été envoyés à l’hôpital. En ce mardi 3 décembre, tous viennent d’être rapatriés sur Bangui. L’attaque date de la veille. Ils bivouaquaient, plus au nord, dans la forêt primaire, avec leur bétail, à une quinzaine de kilomètres de la bourgade de Bouali, quand ils ont été attaqués par des hommes armés de coupe-coupe, de couteaux et de fusils de brousse. « Les assaillants étaient près de quarante. Ils venaient des villages environnants. On a reconnu deux d’entre eux, affirme Issa Roua, 39 ans, coiffé d’un bonnet tricoté, vêtu d’une djellaba blanche. Ils ont encerclé le campement et commencé avec les enfants ». »

« A l’écart du bitume, des habitants de Bouali se pressent autour d’une tombe toute fraîche, creusée au pied d’une hutte en pisé. Ils viennent d’enterrer Simon Anzibé, 39 ans, un vendeur de potions médicinales qui dispensait aussi des cours de boxes aux jeunes du coin. Durant la nuit, il a été traîné dans la cour par une « vingtaine de musulmans », selon son fils, et abattu d’une balle dans la tête. « Soi-disant, c’était un anti-Balaka », ajoute le garçon qui dit avoir reconnu parmi les assassins de son père un Peul du quartier surnommé « Issa Problème ». Une centaine de mètres plus loin, les mêmes agresseurs ont ensuite cherché un réparateur de radio nommé Dieudonné. Faute de le trouver, ils ont mis le feu à sa maison. « Ils ont dit qu’ils allaient en finir avec tous les hommes chrétiens », déclare un voisin. Fidèle Zangata, chef du quartier de Mayango 3, a quant à lui été exécuté dans la journée de mardi, au milieu de ses champs, avec trois de ses fils. « Des gens du village sont arrivés. C’étaient des Peuls, appuyés par des Séléka venus de Bangui. Ils ont commencé à nous tabasser. L’un de mes frères a tenté de prendre la fuite, ils l’ont descendu, puis ils ont tué les autres », raconte la fille du défunt, son bébé noué dans le dos. »

L’Obs

« Dans des petits villages éparpillés à 300 km au nord-ouest de Bangui, des groupes armés affiliés aux anti-balaka exploitent en toute impunité des nomades qu’ils ont progressivement réduits en esclavage. En 2014, alors que les anti-balaka reprennent le contrôle de Bangui, les civils musulmans sont contraints de fuir par la route et tentent de rejoindre le Cameroun ou le Tchad. Beaucoup n’y parviendront jamais. « Cet événement témoigne de ce qu’est la réalité Centrafricaine aujourd’hui. La situation est pacifiée dans les zones urbaines, mais des exactions sont commises tous les jours en brousse et ne sont pas documentées », insiste Dalia Alachi, la porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), qui parle de « graves violations des droits de l’homme ». Son calvaire, Myramou a dû le supporter près d’un an. Le 4 avril 2015, une mission conjointe des Casques bleus et du HCR a permis de la libérer, avec 20 autres peuls retenus captifs. « Sur les 6 femmes récupérées, trois ont été violées et sont traumatisées par ce qu’elles ont vécu. Tous ont rapporté des cas de tortures et de travaux forcés », détaille Dalia Alachi. Myramou n’a pas été la seule à subir ces sévices sexuels. D’autres nomades ont servi de concubine pour des chefs anti-balaka locaux. Les hommes eux, sont progressivement éliminés comme le rapportent des Peuls à l’ONG Human Right Watch (HRW). « Ils disaient, nous ne voulons pas voir d’hommes, nous ne voulons voir que des femmes. »

Le Monde

« Les conditions de vie sur M’Poko etaient dignes de l’armée moldave tout au plus. L’approvisionnement en eau était déjà insuffisant pour 450 personnels, je vous laisse deviner pour 1200. Donc pas d’eau pour les cuisines. Coupures de courant à répétition. WC bouchés, pas pratique quand il y a 10 cas de gastro dans une compagnie. Certains postes de section à Bangui ont des douches et ce sont d’ailleurs des sites très prisés comme l’Institut Pasteur ou l’Alliance Francaise.

On est partis sur Bossangoa le 7 décembre sans lits picots avec moustiquaires, les derniers  ayant été donnés en crash à la compagnie Guépard arrivée dans la nuit, mais on en a reçu une semaine plus tard pour la visite de Jean-Yves Le Drian, évidemment. Il y a eu de nombreux cas de paludisme dans notre compagnie.

Pour l’eau, nous avions deux remorques de 1500L pour 180 hommes, soit 1,5 L par homme pour se raser et se laver, à remplir tous les jours grâce aux ONG qui approvisionnaient les camps de réfugiés… 2 de nos quatre sections  étaient équipées de VAB surannés. Des gilets pare-balles classe III. Une roue de rechange pour tout le parc VAB du GTIA !  Et je passe les ruptures de stock de munitions ou le potentiel hélico gaspillé pour des journalistes… « 

« On circule dans des véhicules sans blindage dans des zones pourtant sensibles. Alors on fait avec les moyens du bord : on prend des gilets pare-balles et on les déplie sur les portières en guise de protection. A l’arrière, là, on met des sacs de sable pour arrêter les balles. »

Témoignages de soldats français de la force Sangaris

 

Les français sont comme tout être rationnel selon David Hume, les massacres lointains à la machette les trouvent indifférents. Dès lors, les interventions françaises dans la lointaine Afrique centrale sont comme les chromos sépias d’une étrange langueur coloniale. Aussi le soldat français est comme celui de saint Augustin, un éternel mélancolique.

Si on annonçait à ce même citoyen français que les boat-people africains repêchés par les marines européennes dans le bassin méditerranéen ont un rapport de causalité avec ces mêmes massacres lointains, il tendrait sans doute l’oreille. Si on ajoutait que toute affaire qui touche à l’honneur de son armée et partant à la puissance de son pays établit la cote de la France dans le monde et donc la sienne, il est peut-être possible qu’il en viendrait à se demander ce qu’il en est de cette affaire de viols d’enfants dans Bangui l’inconnue.

Le camp de déplacés à Bangui qui borde les pistes de l’aéroport M’Poko est immense. Il s’agit du plus grand du pays. Un peu plus de 20 000 personnes s’y entassent aujourd’hui. Au plus fort de la crise dans le pays, début 2014, il en accueillait plus de 100 000, qui avaient fui les violences dans leurs quartiers.  Des militaires déployés en République centrafricaine (RCA) dans le cadre de l’opération « Sangaris » y sont soupçonnés d’avoir abusé sexuellement d’enfants lors de leur mission. Des informations révélées, mercredi 29 avril, par le quotidien britannique The Guardian, qui a eu accès à un rapport interne de l’Organisation des Nations unies (ONU).

C’est en mai 2014 que débute l’enquête préliminaire. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU en Centrafrique, qui enquête alors sur des exactions commises par des soldats tchadiens dans la capitale, se rend dans le camp de déplacés M’Poko. Les trois enquêteurs qui ont eu vent de rumeurs concernant des violences de soldats à l’égard d’enfants viennent vérifier sur le terrain. Ils vont alors interroger 12 personnes, parmi lesquelles 6 enfants. Les autres sont des proches ou des témoins directs. Ces enfants particulièrement démunis, certains orphelins, trainent à l’entrée du camp à la recherche de quoi se nourrir ou d’objets à récupérer. Des jeunes garçons âgés de 9 à 13 ans qui vont décrire des sévices perpétrés par des soldats français, en échange de nourriture.

Les faits incriminés se seraient déroulés entre décembre 2013 et mai-juin 2014, lors des premiers mois de l’opération « Sangaris ». Ces témoignages, recueillis par un agent du BINUCA (Bureau intégré de l’Organisation des Nations unies en Centrafrique) assisté de personnels de l’UNICEF, furent transmis à Genève.

Selon The Guardian, les soldats sont soupçonnés d’avoir abusé de ces jeunes garçons « affamés et sans abri » en échange « de nourriture ou d’argent ». Selon les informations du Monde, le « document de travail » de l’ONU qui a fuité évoque des « fellations ». Les enfants situent ces abus sexuels dans un « abri » aux abords de la barrière d’accès à l’aéroport de Bangui, gardé par des soldats français. Un petit abri fait de sacs de sable existe bien près de cette barrière, qui jouxte le centre pour déplacés où vivent les enfants. Les accusations ne donnent aucun nom. Selon les recoupements des enquêteurs, quatorze soldats français sont soupçonnés d’être impliqués. Parmi ces militaires, « très peu » ont été identifiés, indique une source judiciaire, sans en dévoiler le chiffre précis.

Selon une source proche du dossier, les accusations visent aussi cinq militaires étrangers. Il s’agit de trois soldats tchadiens et de deux équato-guinéens, a précisé la codirectrice de l’ONG américaine Aids-Free World, Paula Donovan, qui a consulté le rapport de l’ONU et l’a communiqué au Guardian. Un des deux enfants témoins dit avoir assisté à une sodomie pratiquée par un de ces soldats étrangers. Ces faits ne sont pas visés par l’enquête française.

L’ONU a pourtant confirmé avoir enquêté dès le printemps 2014 sur des « accusations graves d’exploitation sexuelle et d’abus commis sur des enfants par des militaires français » en République centrafricaine. Le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, a également confirmé qu’Anders Kompass, directeur des opérations de terrain et fort proche des marocains sur la question du Sahara occidental au point d’y bloquer toute enquête, a transmis en 2014 les résultats de cette enquête aux autorités françaises au mépris des procédures. Il a été suspendu.

Kompass a transmis le rapport aux autorités françaises après avoir constaté que l’ONU tardait à agir, affirme le Guardian. Une version contredite par une source onusienne, qui affirme, sous couvert de l’anonymat à l’Agence France-Presse, que le responsable avait fait fuiter le rapport une semaine seulement après qu’il eut été fourni par les enquêteurs, et que son action ne pouvait donc pas s’expliquer par une frustration devant un manque de réactivité de l’ONU.

Ce n’est pas la première fois que l’armée française est touchée par ce genre de soupçons. En 1994, des soldats de l’opération Turquoise furent accusés d’avoir violé des femmes rwandaises dans des camps de réfugiés. Ce soupçon s’ajoutait à celui d’avoir participé au génocide des tutsis. Ces soupçons conjugués avaient un but politique précis, exclure la France du partage en cours de l’Afrique des grands lacs.

Selon une source judiciaire, le ministère a reçu cette information le 29 juillet 2014 sous la forme d’un document de travail de l’ONU, qu’il a aussitôt transmis à la justice française. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 31 juillet pour « viols sur mineurs de 15 ans » sur la base de l’article 40 du Code de procédure pénale, après « dénonciation » du ministère de la défense.

Or depuis la loi de programmation militaire votée en 2013, une plainte de victimes se constituant partie civile ne suffit plus à déclencher une enquête et encore moins une procédure. La décision vient donc de l’Elysée. La section de recherches (SR) de Paris et la SR de la gendarmerie prévôtale – une formation dont la mission principale est d’enquêter auprès des forces armées françaises stationnées hors du territoire français – ont été saisies.

La situation est la suivante : une enquête est ouverte à partir de déclarations d’enfants recueillies par un fonctionnaire de l’ONU dans un pays où l’horreur, la terreur et le mensonge permanent ont détruit toute confiance au profit de la lutte très simple pour survivre. Il est possible que des soldats français aient commis un tel crime, en revanche c’est une faute évidente que de renforcer les rumeurs locales selon lesquelles les soldats français sont tous des prédateurs sexuels en quête de garçonnets orphelins. En proclamant sans attendre les conclusions de l’enquête que le crime commis est abject on balaie la présomption d’innocence et on atteste publiquement l’existence de ce qui doit être prouvé, preuve que les pseudo-leçons d’Outreau ont été oubliées.

Sur les motifs de François Hollande, on se perd en conjecture. Coup de semonce contre la chaîne de commandement militaire mise en cause par quelques fonctionnaires de l’ONU, repentance post-coloniale sur un mode automatique, festival de moraline à destination des bien-pensants, lâcheté usuelle ? Quoiqu’il en soit un gouvernement qui s’assied sur la vie privée du citoyen lambda peut bien larguer la présomption d’innocence quand ça l’arrange, c’est une évidence.

Les gendarmes de la prévôté ont été envoyés dès août 2014 dans le camp de déplacés pour effectuer des vérifications, mais n’ont pu interroger les enfants, faute de cadre légal. S’il ne remet nullement en cause les déclarations « très précises » des enfants sur les actes sexuels évoqués, le compte rendu des gendarmes soulève quelques questions à éclaircir sur le déroulement précis des faits, au regard notamment de la topographie des lieux présumés des faits, explique une source proche du dossier.

En septembre, le parquet de Paris a envoyé une demande d’entraide à l’ONU pour obtenir la levée de l’immunité de l’employée onusienne qui avait recueilli le témoignage des enfants, une condition nécessaire pour l’auditionner même en qualité de simple témoin. Une demande refusée par l’ONU, qui a en revanche accepté de lui transmettre un questionnaire écrit. Les réponses à ce questionnaire ne sont parvenues au parquet de Paris que sept mois plus tard, le 29 avril, soit la veille de la révélation du scandale, ce qui a considérablement ralenti l’enquête, explique encore une source proche du dossier.

A Ouzbine, en 2008 en Afghanistan, dix soldats français furent tués dans une embuscade des talibans. Le rapport de l’OTAN mit en lumières le manque de moyens de la section décimée. Ils n’avaient qu’une radio et manquaient de munitions. Le président Sarkozy n’avait pas promis de dézinguer les responsables, encore moins d’être ferme sur les principes. Les présidents modernes réservent leur foudre aux pervers consensuels, c’est plus sûr.

Le Monde/ L’Opinion / France-Info/ Libération / Mediapart/ L’Obs/ BAM

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