Publié par : Memento Mouloud | juillet 12, 2016

Jésus

Pour parler en pseudo-mathématicien l’ensemble des hommes est un multiple de multiples, un ensemble illimité et inconsistant, Jésus figurerait ce qui transforme cet ensemble sous une forme qui exclut l’Unité (qui ne sélectionne que les observants, en clair les pharisiens) ou la Totalité organique, (Empire ou Eglise), de là que sa royauté soit d’amour car elle ne fabrique pas en série des damnés ou des hérétiques mais s’étend sur et s’entend pour chacun. Comme le dit saint Paul, là où le péché abonde, la grâce surabonde car l’inclusion dans Jésus est en excès sur l’appartenance au genre humain.

Publié par : Memento Mouloud | juillet 7, 2016

Variations autour de Muray : l’utopie, l’islam, la Révolution

1 : l’Utopie

C’est en découvrant le titre original de l’ouvrage de Thomas More, l’Utopie qu’on rencontre le terme festivus qu’on peut traduire par agréable. On sait que le mot dérive de festum, fête et que ses multiples déclinaisons, festivitatem, festivique, festivissima, festivitas, font consonner les adjectifs joyeux, enjoué et plaisant avec le substantif divertissement.

Le mot a une histoire que Muray connaissait parfaitement pour l’avoir entendu résonner dans les vers d’Horace où ce dernier recommande au poète, l’utile et l’agréable auxquels les humanistes ajouteront l’élégance.

Dès lors le retournement de sens avec lequel opère Muray est à la fois conceptuel et littéraire. Il ne s’agit plus de disposer des perspectives incomparables sur notre monde à partir d’un mythe (fabula) mais de voir que la fabulation est en train de dévorer le réel et d’y planter des territoires sans lieu (des utopies), des fleuves sans eau (des Anhydres) et des princes sans peuples (des Adèmes) pour que poussent les nouveaux explorateurs, ces experts en fariboles vertueuses qui sont autant de Raphaël Hythlodée lancés à l’assaut de la citadelle effondrée du judéo-christianisme.

Quand More promeut une description vraisemblable de son Arcadie littéralement mise devant les yeux du lecteur (sic oculis subiectam), il emploie le vieux procédé de l’ekphrasis qui fut celui de Luc lorsqu’il eut à peindre la crucifixion.

Cet équivalent du trompe l’œil pictural avait son parallèle chez un Petrus Christus qui dans son portrait du chartreux laisse incrustée dans la toile une mouche dont on ne sait si elle fut vivante et agonisante dans la nasse des couleurs ou artificiellement mise en valeur par un artiste facétieux.

More imbriqua donc des récits fabuleux et des détails concrets accentuant l’effet de réel quand Muray avait à vaincre la déréalisation du monde imbriquant des récits détaillés et des inventions conceptuelles qui ne sont pas toutes comme le pensent ses détracteurs de simples jeux de mot d’un gros bourru en mal de publicité et d’aigreur. Quand la réalité est un mythe c’est un socle conceptuel qu’il faut inventer pour échapper aux vociférations festivistes sur l’illimitation née des décombres de la nature humaine et de la sexuation.

A cette parenté littéraire entre More et Muray s’ajoute une même thématique autour des saturnales qui remonte à Lucien de Samosate. L’adjectif lucianien a mauvaise presse, Calvin, par exemple, l’emploie pour désigner un mécréant et un athée. Il reste toutefois qu’Erasme et More le traduisirent, que Machiavel le lut et que l’édition allemande du second livre de l’Utopie était accompagnée des textes de Lucien.

Les saturnales furent instituées par les romains à partir d’une synonymie entre Chronos et Saturne, elles étaient cette période d’inversion des rôles où le déchaînement promu devait rappeler à chacun le goût amer et perdu de l’âge d’or. Lorsque ce retour des saturnales se fit dans la modernité chrétienne puis post-chrétienne on eut droit à la guerre des paysans, aux différentes jésuiteries indiennes et pour finir au kolkhoze fleuri de feu Messieurs Staline et Mao. Il s’en suit qu’un mythe est toujours susceptible de produire des effets et de transformer le réel.

Ce nom de saturnales, je soutiens que Muray l’a retourné en festivisme pour tous ceux qui ont oublié ces paroles de Chronos dans les Saturnalia de Lucien dit le menteur « Ma puissance à moi ne va pas plus loin que les jeux de dés, les applaudissements, les chansons, l’ivresse ; et cela même ne dure que sept jours. Quant aux grandes affaires dont tu parles, détruire l’inégalité, rendre tous les hommes également pauvres ou riches, c’est à Jupiter de vous répondre ».

2 : l’Islam

En 1926, Basil Mathews, secrétaire à la propagande de l’Alliance mondiale des YMCA (rien à voir avec Village People) publiait Young Islam on Trek : A study in the clash of civilizations. A l’opposé de Spengler pour qui l’Histoire est le spectacle d’organismes en devenir perpétuels, en nombres limités et aux interactions nulles, organismes prédéterminés et dont le noyau (forme culturelle singulière ) est le cadre germinal, Mathiews n’imagine qu’une civilisation, l’occidentale, sorte d’oecoumène chrétien dont les Etats-Unis formeraient le faîte.

Chez lui, « l’Islam est militaire par essence », les hommes « y sont fondus et soudés par le feu et la discipline en une seule épée conquérante ». Dès lors « Pouvons-nous avoir un Islam libéral ? La Science et le Coran peuvent-ils s’entendre ? Une conviction grandit : la réconciliation est impossible » car « l’Islam vraiment libéral n’est qu’un unitarisme non chrétien. Fondamentalement, ce n’est plus l’Islam ». L’Islam est donc condamné à plier, sous les coups ou au cours d’une sorte de dissolution interne, promis au salut selon la règle de l’universalité chrétienne, les pays de l’Oumma sont terre de mission qu’aucune considération culturelle ou de race ne vient entraver.

Aussi, le bon pasteur affirmait que l’évangélisme est une « Voix qui donnera aux jeunes musulmans un Maître Mot pour vivre leur existence personnelle et construire un ordre nouveau dans leur pays ».

Néanmoins, le doute s’insinue car « la civilisation occidentale ne pourra jamais les mener au but. Obsédée par la prospérité matérielle, obèse d’abondance industrielle, ivre des miracles de son avance scientifique, aveugle aux richesses spirituelles et sourde à la Voix intérieure car trop attentive au bruit extérieur, la civilisation occidentale peut détruire l’ancien dans l’Islam mais ne peut pas apporter le nouveau ». A l’opposé de la métaphore de la greffe dont usait saint Paul pour placer en contiguïté la bonne nouvelle et la Torah, on a là une pierre d’achoppement, le salut ne viendra pas parce que c’est la civilisation occidentale elle-même qui se défait en renonçant à son orthodoxie chrétienne pour lui substituer le cynisme des affaires et des conquêtes.

Aussi naïf que soit le cri du cœur du pasteur, il est pris dans une symptomatologie, celle du nihilisme propre à la supposée civilisation post-chrétienne. Ainsi Philippe Muray constate que les « romains imposaient une civilisation aux peuples qu’ils avaient conquis là où les américains veulent imposer un style de vie dont ils ne voient pas qu’il se partage entre l’horrible, le désolé et le grotesque ». Partant de la même pierre d’achoppement qui conjoint les relations entre Islam et déchristianisation occidentale, Muray énonce « les dépossédés de la planète, une fois encore, sont des occidentopathes, des humiliés et des offensés, des amoureux éconduits de l’Amérique. Et qui se vengent. En réalité, il semble bien qu’ils désirent un maximum de choses qu’a notre Occident terminal, mais ils entendent se les approprier sans en payer le prix (un prix qui s’appelle liberté des femmes, mariage gay, homoparentalité, disputes entre lesbiennes et bi à propos du mariage gay, pornographie de masse, police du langage, associations de pression et de manipulation, débats de six mois à propos de la nécessité d’étiqueter les pieds puisqu’ils représentent un danger pour la santé publique dans la mesure où ils peuvent botter des culs, etc.). [Or] l’ensemble est à prendre ou à laisser. Ils le prendront ».

Il y a donc trois scenarii qui se présentent. Selon le schéma Spengler les civilisations occidentalo-chrétienne et musulmane sont incompatibles et ne peuvent que s’affronter et se détruire si l’une interfère avec l’autre sur un même territoire afin de rétablir une étanchéité nécessaire à leurs destins respectifs. Ce scénario a pour lui les modalités selon lesquelles les pays arabo-musulmans ont résolu la question des minorités juives et chrétiennes par leur extinction démographique, leur exil forcé et l’oubli organisé autour des spoliations subséquentes.

Selon le schéma Mathiews-Muray, deux voies se présentent. Dans la première le nihilisme occidental contamine jusqu’au trognon l’Oumma et les Imams transsexuels ou les lesbiennes pour une réforme de la sharia avec mention Hallal sur le revers des vibros est pour demain. Bien entendu une telle évolution nécessite une guerre tout azimuts au terrorisme selon l’adage de Rumsfeld, car la guerre aura pour point final ce jour où « plus personne ne songera à attaquer le mode de vie américain ». Les déclarations d’Al Qaida Maghreb qualifiant Sarkozy de principal ennemi d’Allah ou les séances de prière telles que je les avais vues dans le parc d’acclimatation de Boulogne, en bordure des manèges et du petit train électrique sont autant de signes d’une réalisation de ce scénario.

Dans la seconde, le nihilisme occidental atteint une telle vacuité que le rythme des conversions à l’Islam se précipite, non par submersion démographique mais par progression en tâche d’huile dès lors que sont conquises les élites culturelles des pays très anciennement chrétiens. La France découvre ébahie qu’elle a vocation à devenir un nouveau Califat de Cordoue moyennant la lutte contre le maquis catholique d’Auvergne, le réduit juif de Créteil-La Varenne, la République populaire de Belleville et les confédérés d’Alsace. Même peu probable, même invraisemblable aujourd’hui (on sait que le vraisemblable et l’Histoire telle qu’elle se fait ne font pas toujours bon ménage), une telle évolution n’est pas à écarter.

3 : la Révolution

Comme toute chose dans ce monde, le concept de festivisme élaboré par Philippe Muray lasse. Dans le dictionnaire des idées reçues de la saison, on doit trouver associée à ce mot, la phrase, « tonner contre » ou familièrement « on s’en bat les couilles ». C’est plus fort que soi, on ne sait pas bien ce que recouvre le substantif, on se demande bien pourquoi Muray a inventé un truc pareil mais on masque son ignorance par le mouvement d’humeur, à la fois simple et direct.

Hier le bon Philou avait viré réactionnaire dans le petit opuscule de Lindenberg, aujourd’hui, il détonne, ringard, down, comme on voudra, on l’édite en reader’s digest aux éditions des Belles Lettres, on s’en sert de couverture pour Causeur, au final, on l’emballe et on n’en parle plus. Pourtant je tiens que Muray est un penseur majeur de notre époque, car il s’agit d’une époque et non d’une période, l’époque de la défaite finale de la Révolution, l’époque de son embaumement, le terminus de son suicide.

Kojève avait annoncé la fin de l’Histoire, la régression animalo-infantile de l’Occident et éventuellement son sauvetage dans un snobisme anti-naturel analogue aux rituels japonais. Après l’Histoire, il y aurait encore quelque chose comme une Forme, comme une dignité humaine dans un vide où le maître et l’esclave échangeraient leurs regards d’hommes devenus libres de ne rien faire de leur émancipation commune, sinon se contempler à l’infini.

Le secret de Kojève, la rumeur de son adhésion secrète à la politique soviétique, tout ceci dut intéresser l’Internationale Situationniste et son fondateur pour qui la fin de l’Histoire c’était encore le règne de la dépendance, le maintien de l’aliénation, un masque de plus de l’économie marchande édifiant son monde en toc.

Guy Debord avait élaboré le concept de société du spectacle en 1967, scindée entre spectaculaire diffus et concentré selon que l’on était du côté ouest du monde libre ou dans le sillage du vent d’est du totalitarisme. Fidèle à l’hégéliano-marxisme, Debord associait l’Histoire, la philosophie et la politique dans un cadre où la vérité de la praxis et la praxis de la vérité c’était la marche vers la souveraineté des hommes, la sortie de l’aliénation tout à la fois religieuse, idéologique et matérielle. Pourtant, dès le milieu des années 1980, il fallut se rendre à l’évidence et passer à la notion de spectaculaire intégré.

Les communismes réellement existant en sapant les fondements des valeurs héritées, en transformant les intellectuels et le Prince moderne en pédagogues de l’immanence absolue avaient fait le lit d’une transition entre une société bourgeoise archaïque et une société bourgeoise absolument nouvelle, tout à fait désaliénée et tout à fait sortie des rails de la locomotive hégélienne, maintenant au jour le jour la machinerie des rapports de classe mais sans stratégie, ni dehors, ni altérité, avec un cynisme tranquille de libertin, une société incrédule dont le moteur marchait à deux temps : celui d’un antifascisme mythologique qui n’avait promu que l’activisme le plus plat, l’activisme à moteur perpétuel, celui d’une approche « experte » et « technicienne » dont la phraséologie alambiquée masque mal le désir compulsif de détruire toute logique et toute argumentation au profit des jeux croisés des commandes et des intérêts.

De l’autre côté des Alpes, Gramsci avait défini le rôle du Parti et des intellectuels, persuasion et contrainte, afin de construire l’hégémonie en resserrant les liens d’une civilisation commune avec les classes subalternes. Au final, reste la contrainte organisée par l’envie de pénal comme dit Muray et la persuasion que ce monde est le meilleur possible même si tous ses fondements sont absolument pourris et que des connasses emperlousées et des foutriquets à la Arnault ou Bolloré en constituent le primum mobile, celui de l’argent, bête et méchant.

La révolution s’était suicidée et Muray en connaisseur a bien vu le lien qui existait entre l’artiste transgresseur qui n’en finit plus de détruire les valeurs fascistes héritées que sont, par exemple, la division sexuelle et l’autorité, l’esthétique du sublime et la recherche de la beauté, et le spéculateur qui règle son coup au but comme les américains mènent leurs expéditions punitives, en les justifiant par le recours grotesque à la défense du Bien qui se réduit in fine, à la fréquentation des centres commerciaux et à l’usage inconditionné des autoroutes.

Muray a pris ces gens aux mots, transgresser les interdits, les piétiner, fonder les relations humaines sur le marché, jeu des atomes amoraux auxquels on envoie quelques signaux pour la ruée, c’est abandonner la perspective de la désaliénation, c’est renouer avec l’épisode de la chute, c’est revenir, dans une perspective catholique, à la nécessité des théodicées, cette défense hautaine et raisonnée de Dieu et de sa création contre tous les gnostiques (il faut bâtir le nouvel Eon today sur les décombres de toutes les corruptions de yesterday).

Or cette défense est toujours une défense de masse, une défense grégaire dont la limite est néo-romaine : à la désaliénation du dernier capitalisme désirant, à l’offensive d’un catholicisme à deux fourches (celle néo-jésuitique et para-festiviste du pape actuel et celle, néo-traditionnaliste des fondus de l’opus dei dont Muray fut, après tout, le meilleur littérateur), on peut opposer le régime des pauci méliores, cette mince élite cultivée qui fit tourner l’empire pendant quatre siècles, une éternité à l’échelle humaine. Ce terme est préférable à celui de libertin depuis que DSK est désigné par ce vocable.

Aussi au geste de Muray, on peut préférer le constat de B. Croce émis en 1948 « le véritable Antéchrist réside dans la négation, dans l’outrage, dans la façon de tourner en dérision les valeurs elles-mêmes, réputées mots creux, fables ou, pire encore, tromperies hypocrites pour cacher et pour faire passer plus aisément aux yeux aveuglés des crédules et des sots, la seule réalité, qui est la soif et la convoitise personnelles tout entière ordonnées au plaisir et au confort »

 

Publié par : Memento Mouloud | juillet 7, 2016

Dantec Machine Gun

1

J’allais partir et je parcourais les rayons d’une FNAC de banlieue, un ouvroir de ventriloqueries négrophiles qui n’en avaient pas fini de peindre rouge sang l’Occident en général et la France en particulier s’étalait sur l’étal étroit du rayon Histoire ; lui était accolée une floraison de livres sur la Shoah, les footballeurs juifs d’Europe de l’Est, les recettes juives de Grand-Maman Shtetlekh, les aventures de Rabbi Jacob et tout ce qu’un vendeur inculte et gavé au marketing de proximité peut prendre pour un précis d’Histoire hébraïque. Le rayon philosophie frisait l’enflure du sens, son obésité, avec Fernando Savater et sa philo pour les nuls, je me rabattis sur la littérature et vit le format poche d’un bouquin de Dantec, Black Box, troisième opus de son Laboratoire de catastrophe générale. Je n’avais jamais réussi à parcourir les deux premiers en entier, j’avais laissé Dantec peu ou prou martiniste, je me disais, tant pis je persiste, je préfère larguer quelques euros sur l’exilé canadien que sur un empaffé quelconque sorti des cuisines éditoriales de la maison bisounours et diversité à portée de Goncourt. De Dantec, la seule chose que j’avais lue en entier c’était ses Racines du Mal, c’était au temps où il passait encore pour un météore de gauche, du temps où les Inrockuptibles lui demandaient de commenter la politique, vu que pour un franchouillard, tout se résume au diptyque droite/gauche, c’est son viatique au français scolarisé dans le supérieur, la politique. Il a le génie ce français-là de vous commenter un oukaze de Bayrou comme s’il s’agissait d’une bulle papale, de tourner le nom de Sarkozy dans les maxillaires autant de fois qu’un soufi avec celui d’Allah, de rêvasser sur le progrès, l’utopie et le possible, de lire Marianne sans faire le signe de croix et larguer un bénitier à la gueule du premier qui le lui propose, c’est comme ça le français du supérieur instruit, c’est modéré, c’est politique, c’est parlant, mais à table. En un mot, c’est parfaitement adapté. Donc je me suis mis à lire Black Box.

2

Maurice se met en scène dans une Eglise, il la parcourt de long en large, la descend, surfe sur les travées et là le blues, il pleure. J’ai songé que Dantec était un autre Ignatius, celui de la conjuration des imbéciles qui fixait au XIIème siècle le début de la décadence européenne.

3

Dantec ne traite pas le référent de la langue comme le ferait un écrivain français respectueux du cisèlement de la prosodie et de la syntaxe. En effet, ce référent n’est pas une variable conceptuelle ou rhétorique (un contexte, un ensemble ou des figures) mais un flux si bien que les énoncés, les lectures, les pensées sont traités comme le serait un courant électrique, sur le mode du voltage que Maurice prend sans doute pour un indice d’intensité. Cela le classerait donc parmi les post-deleuziens qui ont beaucoup lu l’Artaud de la dernière période. Toutefois en grand paranoïaque qu’il est, Dantec trouve son autre pôle dans la recherche éperdu du sens, ce que le même Deleuze appelait le signifiant despotique. Dès lors cette tension permanente entre la tentation du corps sans organes où coulent les flux déchaînés et la coagulation du sens caché qui tend au cryptogramme organise un espace stylistique chaotique et presque illisible parfois, celui de l’homme aux lunettes noires.

4

La recherche du sens chez Dantec rejoint parfois le délire pur et simple qui trouve son combustible dans l’Histoire avec un grand H. Ainsi Hiroshima n’est plus un évènement singulier qui bouleverse certaines certitudes quant à la définition d’un camp du Bien mais le bombardement qui aurait sauvé les juifs de la destruction totale. De même mais en une prolepse appuyée, les Etats-Unis sont présentés comme la base première d’un christianisme spatial à venir, celui du peuple élu parcourant la galaxie en quête de Canaan où Dantec rejoint les scénaristes de Stargate.

5

Si Dantec use de concepts théologiques, il suffit de jeter une oreille attentive à son usage des notions d’hypostase et d’économie pour observer une distorsion qui trouve son pendant dans la manière dont Stockhausen aurait pu démembrer une sonate de Bach.

6

Dans son ouvrage fourre-tout, Maurice  respecte toutefois l’ordre des genres. On retrouve donc, et ce, de manière univoque, le poème rock (« I don’t want my holidays in the sun…), la fusée empruntée à Baudelaire (« Le monde va finir… »), l’aphorisme (« Quand la paix règne, l’homme belliqueux se fait la guerre à lui-même»)[1][1].

7

Dantec s’inscrit dans la rhétorique qui suit 1968, celle qui eut la peau de la scolastique française des dissertations. On trouve donc chez Maurice en guise d’inventio, des stances ésotérico-philosophiques (je te joins Soulès et Leibniz, Hegel et Fabre d’Olivet, le Picatrix et saint Anselme etc.), en matière d’elocutio une prose analogue à celle de Guattari, enfin il termine par une dispositio dont l’insulte est une ronce aux fleurs carnivores.

 

8

Porté sur le martyre, Dantec a la prose salvifique. Ainsi le sexe est transfiguré par l’amour et la sainte famille du brave écrivain canadien est mise en scène, sans ekphrasis mais tout de même, lorsque Papa Dantec répond à sa fille au sujet des sapins de Noël à Cuba, car vous l’aurez compris la procréation comme le disait saint Thomas est la cause finale de l’amour physique sans quoi ce dernier n’est qu’onanisme à deux. De même l’écrivain selon Maurice est prophète en ce sens qu’il est martyr donc témoin. D’une part il sauve la langue de son dépotoir qui la submerge et la pollue. D’autre part, il désigne par sa vocation la nature divine de cette même langue ce qui rejoint les positions de Pic de la Mirandole ou au XIXème siècle de Fabre d’Olivet.

9

Maurice Dantec a un faible pour Julien Coupat qu’il ne connaissait pas mais dont il a apprécié les écrits alors réunis dans la revue éphémère Tiqqun. En revanche il méprise Venise sous le prétexte que Paul Morand ou Sollers y avait, pour le premier, et y a, pour le second, son petit pied à terre avec bougies, chandelles et partouzes sur les berges, avec masques, invitations d’Arlequin et ambiances Eyes Whide shut. Le brave Maurice n’a tout simplement rien vu de Venise, de cette machine humaine de beauté et de défection, de façades en trompe l’œil et d’Eglises flottantes parmi les plus belles de la Chrétienté, les seules Eglises où le plus abruti, le plus aberrant, le plus acharné des païens et des athées ne pourrait s’empêcher de se signer tant il finit submergé par une émotion difficilement répressible. J’ai vu de mes yeux le balcon de saint Marc avec ses mosaïques dépouillées lors du sac de Constantinople, ces mosaïques qui tiennent tout pèlerin entre ciel et terre, sous le balancement des flots de la lagune. J’ai vu cette machine de pouvoir que fut le Palais des Doges où règne sur les fresques le Christ en majesté tandis que la cruauté même se compose un espace et des instruments (vasque pour les dénonciations, vestibules pour les auditions, pont des soupirs, cellules etc.) montrant par là-même que le pouvoir est tout de secrets et d’arcanes, d’une puissance de dévastation qui tient sa limite d’une Loi qui ne peut être une Constitution de papier. Quant à Nietzsche, Dantec l’écarte quand il annonce le néant culturel américain au prétexte que tout grand auteur a ses lubies.

10

Il embarque, par la bande, le judaïsme dans le christianisme sans en repérer la tension et je dirai la frontière. S’il prétend écarter le néo-platonisme de ses réflexions, on voit mal ce qui réunirait tous les mysticismes monothéistes sinon la doctrine de l’émanation, ce qui inclut la kabbale dans l’ensemble. Mais Maurice a autre chose en tête. Il veut établir une séparation nette entre un christianisme ésotérique et exotérique, le second étant réservé au tout venant, le premier formant une chaîne d’Initiation qui conduit au Christ, ce dernier se présentant comme une pure Incarnation du Logos, ce qui est tout à fait incompatible avec le judaïsme, même messianique.

11

Maurice Dantec a une nette tendance à reconstruire le passé, son passé en particulier. Dans ses attaques en piqué sur l’Etat-Providence, il oublie d’indiquer ce qu’il lui doit, c’est-à-dire sa simple survie lorsqu’il se mit à déjanter profond, ce qu’il nomme, l’équilibre précaire de son pauvre psychisme. De même son appartenance proclamée à la génération punk lui permet de négliger qu’il fut de gauche. Un tel masque d’Alceste, on dirait presque un tel lifting permet de grimer avec lunettes noires et cheveux teints un esprit post-adolescent de bande où Maurice continue à régler ses comptes avec le groupe Téléphone qui écrasa de sa notoriété Kas Product.

12

Selon Dantec l’Amérique ce serait l’alliance de l’Antiquité patristique et du fédéralisme maurrassien avec une absence parfaite de crime contre la souveraineté. Comme d’habitude Maurice jette un voile de pudeur sur cette singulière Révolution qui aboutit après la défaite britannique de 1783 à une véritable épuration, chassant plus de cent mille sujets du Roi vers les territoires de la Couronne britannique. Il y a donc absence de crime contre la souveraineté si on entend par là la seule monarchie, il y en a un d’évident si l’on constante que le corps souverain américain ne cesse de s’épurer de ses éléments corrompus. De plus il faudrait être clair, les Etats-Unis à chaque rite électoral présidentiel reprennent l’antienne de Samuel devant Saül, le mauvais Roi, la figure honnie du tyran britannique. Chaque président est l’oint de Dieu, chaque président est un David dont la tâche est la préservation du nouveau Décalogue (la Constitution).

Publié par : Memento Mouloud | juin 25, 2016

Les français et le mirage européen

Les deux-tiers des français sont pour le maintien dans l’UE, 1/3 y placent leurs espoirs. Cette dissonance cognitive se lit dans un sondage. Elle fait symptôme mais symptôme de quoi ? Lançons une hypothèse, la France s’inscrit dans un trauma : la triple défaite de la séquence 1940-1962. Le désastre de mai-juin 1940, la déroute de Dien-Bien-Phû, celle d’Algérie. Trois moments où s’efface le signifiant France.

Le mirage européen s’inscrit dans la déroute de main-juin 1940. Déroute militaire, déroute intellectuelle, déroute politique. La chambre du Front Populaire vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. On veut l’oublier et si on fête les congés payés, on oublie volontiers ce petit addentum. Le pacifisme était le progressisme d’alors. Il en possédait les contours, les œillères, les espoirs. Il pouvait être révolutionnaire ou conservateur, d’extrême-droite avec Brasillach, d’extrême-gauche avec Marceau Pivert. Il était de toutes les couleurs. Mai-Juin 1940 est la conclusion de cette étrange défaite comme la nommait Marc Bloch. Le mythe de Gaulle est venu se substituer à celui du Maréchal Pétain mais le reste ne s’est pas effacé. Depuis la France rêve d’une camaraderie avec l’Allemagne, elle accomplit le plan Darlan mais dans une autre langue, celui de la paix européenne. Le nom d’Europe serait l’autre nom de la puissance perdue, ce serait une France dépassée, meilleure, moderne, une France pas-France mais une France qui fait des bons français comme le chantait Maurice Chevalier, une France de la diversité déjà.

De là la repentance à propos des guerres dites coloniales. La France a perdu des guerres mais c’était de mauvaises guerres. Le progressisme a tranché, perdre n’est rien si on est toujours du bon côté de l’entente des peuples et de la morale. La France des villages rasés au napalm et de la gégène s’efface dans la France qui s’agenouille parce qu’elle était en position de perdre son âme. Or son âme est retrouvée par la défaite. C’était un mauvais combat, il était nécessaire de le perdre. L’âme est nettoyée, elle contemple la défaite avec un sourire de joie et de contentement. Tant mieux, c’est magnifique cette France black-blanc-beur et un peu jaune, la France monde, le Tout-France.

Depuis 1962, la France prétend retrouver de la voix quand elle n’est pas la France mais une autre France et même la France de l’Autre, la France des ôtres, la France transitive, la France inaccomplie mais à accomplir dans un ailleurs brumeux. C’est un conte et une impasse, une manière de défiler tous ensemble quand une tuile djihadiste tombe ou une tuile allemande pointe le bout de son casque à pointe. C’est ainsi la France continue à se raconter une histoire pleine de fleurs et de manèges racontée sur la scène du monde par un idiot en bermuda qui suce son pouce parce que c’est son choix.

Toujours plus d’Europe, toujours plus d’ignorances, c’est la marche à suivre. On pourrait en déduire son slogan marche et crève.

Publié par : Memento Mouloud | juin 24, 2016

Putain de putain c’est vachement bien, j’suis occitan

Les conseillers de la région issue du tronçonnage territorial énarcho-vallsien entre Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont baptisé la nouvelle entité tératologique « Occitanie » du nom d’un idiome qui a cessé d’être une langue de culture depuis la mise au rencart de l’occitan lors des jeux floraux toulousains de 1513. La francisation de l’occitan fut condamnée sans succès par Raimon Vidal comme un gage de versification fautive. Abandonnée par le parlement de Toulouse en 1444, par les Etats du Languedoc dès 1442 et par la chronique de Montpellier en 1426, l’occitan revient donc comme patronyme bouffon d’une région obèse et couturée. Un choix controversé effectué ce matin en assemblée plénière à Montpellier après consultation des internautes (200 mille paraît-il) et référendum étoilé. Comme il était évident qu’il fallait un label qui « parle » on a choisi le plus neuneu.

Selon France-bleu pétrole, il s’agit « d’un choix au positionnement plus géographique [lequel ? la langue occitane étant disposée en croissant jusqu’à rejoindre Grenoble sans même évoquer le Limousin] que culturel [terme absolument vide], pour apaiser les tensions et adoucir les frustrations. Et pour contenter tous les habitants de la grande région, et surtout les tenants du particularisme régionaliste, cette « ‘signature » pourra être dans certains cas traduite en langues catalane ou occitane ». Il s’agirait donc d’un choix identitaire mais de gauche, ouf le progressisme est sauvé

Les élus ont suivi la résolution de la présidente socialiste et lévinassienne tendance closer Carole Delga, qui avait déclaré, en introduction physiognomique de la session plénière : « Un nom, c’est comme un visage. Il permet d’identifier, de reconnaître, de se souvenir de tout ce que l’on sait, ici, sur un territoire. » Le président de l’Aquitaine voisine, Alain Rousset, a notamment protesté contre une « accaparation » d’un patrimoine partagé, arguant que « l’Occitanie ne se limite pas à une seule région ». Et surtout, les habitants des Pyrénées-Orientales, très attachés à leurs racines catalanes, se sont sentis oubliés. Ils ont multiplié les actions pour réaffirmer leur volonté de voir le mot « catalan » figurer dans le nom de la région. Ce vendredi matin, ils ont de nouveau interpellé les conseillers régionaux en menaçant sans le dire de rejoindre un futur Etat catalan mais européen, centré sur Perpignan dont la gare est le centre du monde, comme disait Dali quand il enculait Gala dans les toilettes de la dite station.

Afin de couper court à la tentation souverainiste d’exister Carole Delga a tenu à rassurer : « Je n’accepterais pas que l’on dise que la Région abandonne les Pyrénées-Orientales ». Elle propose de créer un office public de langue catalane, comme il en existe un pour l’occitan et d’installer le siège de l’Eurorégion à Perpignan. Du côté de Lunel que Caroline Fourest situe sur la côte d’Azur dans ses chroniques sur France-Biture, on s’attend à la revendication d’un émirat provisoire du Califat sympa. Carole s’interroge sur la suite à donner. Wilayat al Limosin ne conviendrait-il pas ?

Avant le vote, tous les groupes d’élus ont donné leur avis sur « leur nom » pour la région. Si la majorité de gauche penchait sans surprise pour « Occitanie » car on connaît le goût des progressistes pour l’inanité sonore, la droite insistait pour conserver le nom provisoire de « Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées » parce que les deux premières lettres forment l’acronyme LR et Le FN défendait juste pour faire chier « Languedoc-Aliot ». Le nom « Occitanie », auquel est ajouté le sous-titre « Pyrénées-Méditerranée », a été adopté par 85 voix pour sur 158 conseillers à l’issue d’un vif débat. Huit membres de la majorité de la socialiste Carole Delga n’ont pas validé ce choix.

Au delà du nom de la région, les 158 conseillers régionaux se sont également prononcés ce vendredi sur la localisation des assemblées plénières et de l’ensemble des commissions permanentes. Là aussi, une décision fédératrice l’a emporté :  le pouvoir régional sera partagé entre Toulouse et Montpellier et coûtera donc deux fois plus cher au contribuable.

Le Figaro/ France bleu / BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 24, 2016

L’expulsion d’Alain (Finkielkraut)

« Farid nettoie, vendredi 29 avril, les vestiges de la soirée de la veille sur le quai de la station République, à Paris. Depuis que les rassemblements de Nuit debout ont commencé, il y a maintenant un mois, il assure avoir trois ou quatre fois plus de travail chaque matin. Canettes, tessons de bouteilles, restes de nourriture, autocollants ou graffitis… Il énumère tout ce qu’il retrouve dans la station et sort son téléphone portable, photos à l’appui. « “La Commune revivra”, je l’ai bien aimé celui-là », dit-il en riant, en référence à un tag. « Ils veulent nous ramener combien de temps en arrière ? Le tag “Courage” aussi, il m’a fait rire… Courage pour ceux qui nettoient, oui. » Au début du mouvement pourtant, Farid se sentait « concerné ». « Ils se battaient pour nous aussi et chacun faisait sa partie : eux, ils passent la nuit dehors et nous, on nettoie. Mais là c’est trop, ils n’ont aucun respect pour les gens qui travaillent. »

« Plusieurs internautes pensent entendre « Sale juif ! » (vers 52 s), mais la scène confuse et le son de mauvaise qualité ne permettent pas de déterminer qui parle et qui dit quoi à ce moment. »

Le Monde

Alain Finkielkraut n’eut pas droit à ces cinq minutes de temps de parole (c’est moins, beaucoup moins que le quart d’heure de célébrité promis à l’homme quelconque par la société du spectaculaire intégré), ni à ses bras en croix, ni au vote de la motion, ni à rien. Il n’est pas parti au petit matin laissant là ses déchets que ramasseront les hilotes parce qu’ils sont payés pour ça. Un peu comme ces autonomes qui attaquent une agence immobilière et seraient très surpris si des gars en sortaient avec quelques barres à mine et le désir de se défouler un petit peu. Comme les mêmes seraient encore plus surpris si la justice les condamnait à réparer les dégâts en lieu et place des assurés et des moutons à surtaxes car ce monde est ainsi fait que l’évidence y est un choc.

Alain eut droit à sa prise en charge par la commission accueil et sérénité qui défendait la tranquillité des révolutionnaires en quête d’une assemblée constituante élue par quelques centaines de badauds dans une ville-monde qui compte douze millions d’habitants. Alain avait raison : tout le monde s’en fout de Nuit Debout sauf France-Culture et les différents journaux qui n’avaient pas de Podemos sous le coude. Nuit Debout offrit donc ce barnum délicat qui occupait une place publique pour l’interdire à Alain parce qu’il traite de l’identité. Cela est dit. Mais le prédicat est tu. Identité française. Un syntagme lourd comme un coup de canne d’un camelot battant le pavé et cognant dur. Bernanos en fut, il ne s’étonnait pas que des policiers en pèlerine cognent aussi et parfois tuent, comme un certain 6 février. Alain ne cogne pas, il n’est pas de cette école, il accomplit un rite. Le tourisme intellectuel.

De quelle identité cause Alain ? Non pas de l’identité racialiste celle des lignées, il la conchie, il l’a écrit, dit, réécrit et re-dit mais cela ne fait rien, on fait semblant de ne pas entendre chez les progressistes ou plutôt on n’entend plus à force d’onanisme.

Alain cause d’une identité qui se transmet par la langue donc par la littérature et dont le support matériel de transmission tient sur deux pieds : l’école, la famille. L’école supposait des savoirs, des gens qui s’en passionnent et les transmettent et ceux qui les acquièrent. Un savoir se substitue à une ignorance provisoire. Freud disait c’est un métier impossible mais enfin c’est un métier ; ça ne l’est plus. A la place des savoirs, la pédagogie, à la place des gens qui s’en passionnent, des gens qui s’en excusent, à la place des ignorants, des enfants prescripteurs, des enfants qui savent tout d’emblée ou presque. Alain s’en désole, il n’est pas le seul. Il est donc néo-réactionnaire, comme d’autres, comme moi si c’est cela être néo-réactionnaire.

A la place de la famille qui se décline ainsi : un homme/une femme, des parents/des enfants, une topologie à géométrie variable où s’invitent la logique contractuelle donc la forme-marchandise et l’expertise médicale à coups de FIV, d’eugénisme tu et de GPA. On peut l’appeler famille si on y tient un peu comme on appelle démocratie l’illimitation de la société moderne mais aussi le caractère limité de tout régime politique ; deux entités incompatibles mais homonymes. Il faudrait de pas s’en inquiéter, il faudrait même approuver. Sinon t’es fasciste coco. Nous sommes donc un certain nombre à être fascistes, coco.

J’entendais hier un certain Lebel à propos de Kérouac. Il s’insurgeait que cet alcoolique ait eu une adoration perpétuellement éthylique pour sainte Thérèse, cette pétasse disait Lebel. Une sacrée pétasse. Une sainte. Une enfant du bon dieu comme on dit par ici, c’est-à-dire un ange. C’est ce voudraient être les chenapans de Nuit Debout, des anges qui entendent des voix mais pas sale juif, car sale juif, ça ne s’entend pas dans la gauche progressiste, c’est le seul nom de peuple qui ne s’entend jamais, parce qu’il aurait dû disparaître sous le grand manteau rouge du magicien Révolution, comme il y eut dans le temps un autre magicien qu’on appelait Simon le Mage.

Le clan de l’ancien émir Hamad ben Khalifa al-Thani, qui a abdiqué en 2013 au profit de son fils Tamim dont  la mère est cheikha Mozah, la seconde épouse et femme préférée de Hamad al-Thani, a accumulé à l’étranger des actifs physiques (entreprises, immobilier et bateaux) d’une valeur d’au moins 4,5 milliards d’euros, soigneusement dissimulés derrière une galaxie de sociétés écrans immatriculées dans des paradis fiscaux. Un chiffre colossal, deux fois plus élevé que les 2,1 milliards d’euros de fortune totale attribués jusqu’ici à Hamad al-Thani par les magazines spécialisés Time et Forbes. L’estimation ne comprend ni les avoirs financiers, ni les comptes bancaires, ni les biens situés au Qatar.

S’il se taille la part du lion, tout ne revient pas au patriarche, âgé de 64 ans : une partie du magot, impossible à chiffrer, appartient à des membres de sa famille directe, composée de trois épouses et de vingt-quatre enfants. Dont l’actuel émir Tamim, âgé de 36 ans. Si le nouveau souverain dispose bien entendu d’une fortune personnelle au Qatar, il semble avoir laissé à son père la gestion des avoirs du clan à l’étranger, y compris ceux qui lui appartiennent. Bref, Hamad a cédé le pouvoir, mais semble avoir gardé les clés du coffre-fort familial. Les Qataris ressemblent à la bourgeoisie française et ne jurent que par l’immobilier. C’est l’esprit de rente, la noblesse de notre temps en habit de banquier. Les rares entreprises de l’ex-émir sont d’ailleurs toutes liées à la pierre : les grands magasins du Printemps, avec leur navire amiral parisien du boulevard Haussmann ; et cinq hôtels, rassemblés sous l’enseigne La Cigale (en français dans le texte), le groupe hôtelier secrètement détenu par Hamad al-Thani.

Paris et Londres, villes les plus fréquentées par la famille, sont richement dotées : cinq résidences dans la capitale française et trois au bord de la Tamise, dont un ensemble de trois maisons donnant sur Regent’s Park, qui vont être réunies pour former un palais à 250 millions d’euros. Hamad al-Thani a aussi acheté un hôtel particulier de 20 000 m2 à New York, un château dans la campagne anglaise, une maison avec parc face à la mer à Tanger, une villa géante à Marrakech, une réserve de chasse en Belgique, un domaine de 32 hectares sur les hauteurs de Cannes, ou encore un château du XVIIe siècle à Marly-le-Roi (Yvelines). Pour les vacances, Hamad al-Thani a acheté onze yachts, d’une valeur d’environ 500 millions d’euros. De quoi satisfaire les envies de toute la famille, nombreuse il est vrai. Le fleuron de la flotte, baptisé Katara, est un monstre de 124 mètres payé 410 millions. Détail piquant : ces bateaux n’ont pas été réglés par la cassette personnelle de l’émir, mais directement par l’État, au titre des frais de représentation.

La seconde partie de la fortune familiale est constituée des biens commerciaux (3,2 milliards d’euros), destinés à faire fructifier le patrimoine. On y trouve quelques investissements incongrus, comme ces 15 000 hectares de forêt amazonienne au Paraguay, ou ce golf sur une île caribéenne des Turks et Caïcos,  un paradis fiscal qui vit de la finance offshore et cherche à développer le tourisme. . Mais la quasi-totalité a été placée dans des hôtels et des immeubles, à Bruxelles, à Londres et surtout à Paris. Est-ce à cause de la francophilie de l’ex-émir ? Ou des exonérations totales d’impôts accordées par le président Sarkozy ? En tout cas, la France est, de très loin, le pays où l’ex-émir a investi le plus. Il y possède pour 3 milliards d’euros de biens commerciaux (dont les magasins du Printemps, qui valent 1,4 milliard). Si l’on y ajoute les propriétés privées, le patrimoine total de la famille en France s’élève à 3,3 milliards d’euros.

Les investissements sont concentrés à Paris (voir notre infographie ci-dessous). Hamad al-Thani y possède dix-neuf immeubles commerciaux dans les quartiers les plus cotés. En tête de gondole, il y a le somptueux hôtel d’Évreux et ses annexes place Vendôme, rachetés pour la bagatelle de 250 millions d’euros. S’y ajoute l’hôtel de Coislin, construit en 1770 place de la Concorde, et des immeubles de bureaux dans les quartiers les plus chics (Rivoli, Assemblée nationale, rue de Rennes). Sans oublier, bien sûr, les Champs-Élysées. Le clan al-Thani a racheté sept immeubles sur la plus belle avenue du monde, dont ceux des showrooms Renault et Citroën. L’un des bâtiments, sis au 23, avenue François-Ier, près des Champs-Élysées, est éminemment stratégique. Il abrite le siège social de French Properties Management (FPM), le principal family office de l’ex-émir en dehors du Qatar. Dirigée d’une main de fer par la mystérieuse Chadia Clot, une ex-antiquaire d’origine palestinienne, cette PME d’une dizaine de salariés gère la quasi-totalité des biens privés du clan al-Thani au niveau mondial, et supervise la plupart de ses investissements commerciaux en Europe.

En France, le Qatar est visé par la bagatelle de cinq enquêtes judiciaires. Deux d’entre elles concernent les énormes commissions occultes versées par un fonds souverain de l’émirat : 64 millions en 2007 lors du rachat du palace parisien Royal Monceau, puis 182 millions trois ans plus tard lors de l’acquisition d’un bloc de 5 % de Veolia. Trois autres affaires, révélées par Mediapart, visent directement la fortune personnelle de l’émir et la patronne de son family office parisien, Chadia Clot. Il y a les soupons de « corruption » et de « trafic d’influence » lors du rachat par Hamad al-Thani de l’hôtel Vista Palace, l’enquête préliminaire pour « blanchiment » sur la rémunération offshore des décorateurs de l’émir. Et pour finir, l’extravagante affaire du rachat du Printemps, marqué par des soupçons de fraude fiscale et le paiement de 500 millions d’euros de commissions.

Tout commence en 1995. Le 26 juin, Hamad al-Thani, alors âgé de 43 ans, renverse son père Khalifa et se proclame émir, au terme d’un coup d’État réalisé sans violence. L’émir Khalifa, qui était à Zurich lors du golpe, avait vidé les caisses du pays, accumulant une fortune de 4,5 milliards de dollars.  Il faudra attendre neuf ans pour qu’un accord financier, assorti d’une amnistie et du droit pour Khalifa de rentrer au pays, soit conclu en 2004 entre l’émir et son père, qui aurait accepté de restituer environ 75 % de ses biens.  La compagnie pétrolière Shell quitte le pays. C’est finalement le français Total qui accepte de la remplacer, et d’avancer l’argent nécessaire au lancement des nouveaux champs gaziers géants .

Le 12 juillet 2000, Hamad al-Thani crée à Amsterdam la société Mayapan BV, qui devient sa principale holding personnelle. Elle est contrôlée par une « fondation de gestion »(stichting administratiekantoor) baptisée Alyssum, immatriculée le même jour. Ce type de structure, typiquement néerlandais, est un régal pour se cacher et échapper à l’impôt. Jean-Claude Juncker doit apprécier ce savoir-faire inégalé d’hypocrisie calviniste.  L’émir donne la société Mayapan à la fondation Alyssum, qui lui remet en échange des certificats. Les avantages ? Les détenteurs de certificats restent anonymes. Et l’émir peut léguer à ses enfants, sans payer d’impôts, une partie des certificats, qui donnent droit à la propriété des biens et au versement des dividendes. Tout en gardant, par l’intermédiaire de la fondation, le pouvoir sur l’intégralité du patrimoine. Le système se révèle si avantageux que l’émir créera par la suite deux autres stichting, Takamaka et Tulum.

Dans la foulée, l’émir crée en 2002 à Paris la société French Properties Management (FPM), filiale à 100 % de Mayapan, chargée au départ de gérer ses biens privés et les nombreux investissements qu’il prévoit de réaliser en France. L’entreprise est dirigée depuis le début par Chadia Clot, de son vrai nom Jihan Sanbar, aujourd’hui âgée de 68 ans. Cette Palestinienne, cousine du célèbre intellectuel et diplomate Elias Sanbar, a trouvé refuge au Liban puis en France. Hamad al-Thani compose à Doha une petite équipe de choc chargée de superviser la gestion de sa fortune, qu’il installe aux manettes de Mayapan et de la fondation Alyssum. Comme représentant du clan, il a choisi l’une des filles qu’il a eues avec son épouse favorite Mozah, la cheikha Hind. Cette brillante jeune femme, âgée de seulement 31 ans, est la directrice de cabinet de son père.

Au Diwan, trois hommes de l’ombre veillent également sur la cassette du souverain. Le premier, Victor Agha, aujourd’hui âgé de 55 ans, est un Qatari d’origine palestinienne. À la fois homme d’affaires, homme à tout faire et conseiller financier, c’est lui qui gère la chaîne d’hôtels La Cigale, propriété de l’émir. Le second, Ibrahim al-Mahmoud, est le directeur financier du « private office ». Le dernier, Adel Sherbini, né en Égypte il y a 79 ans, est le conseiller juridique de l’émir et l’auteur de la Constitution du Qatar adoptée en 2004. L’article 17 prévoit que « les émoluments de l’Émir ainsi que les fonds alloués comme primes et indemnités sont déterminés chaque année par une résolution de l’Émir », qui reste strictement confidentielle. Une sympathique monarchie absolue mais spéculative, ce qui change tout. Le Monde appelle ça le despotisme éclairé.

Son hôtel particulier de New York appartient à la société Drefin Limited basée aux îles Vierges britanniques, sa résidence de Tanger à la coquille Birdseye International à Gibraltar, les propriétés britanniques à une société de l’île de Man, tandis que les propriétés françaises sont détenues par des cascades de sociétés luxembourgeoises appartenant à la holding de tête Mayapan. Jean-Claude Juncker ne dit toujours rien, il lutte à mort contre les paradis fiscaux, mais dans l’ombre.

En septembre 2013, deux mois après avoir abdiqué, Hamad al-Thani est devenu actionnaire à 75 % de deux coquilles panaméennes, Rienne et Yalis, aux côtés de son ancien premier ministre Hamad ben Jassem, qui détient les 25 % restants. Ces deux sociétés détiennent des dépôts à terme dans la succursale de la Bank of China au Luxembourg. Neuf mois plus tard, Hamad al-Thani est passé par le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca pour créer une troisième société baptisée Afrodille, immatriculée aux îles Vierges britanniques, qui détient un compte bancaire au Luxembourg et des titres de deux sociétés sud-africaines. À ce stade, on ignore le montant de ces fonds, d’où ils viennent, et pourquoi ils ont trouvé refuge dans des paradis fiscaux juste après que l’émir a quitté le pouvoir.

Porsche avec écussons en or, centre sportif à 15 millions d’euros, vases à 5 millions d’euros la paire, propriété rénovée pour six fois son prix d’achat : le train de vie de l’ex-émir Hamad al-Thani et de ses enfants, financé sur fonds publics, est une symphonie pastorale teintée de lingots et de billets lâchés pour que le petit personnel s’amuse, épie et jalouse. C’est beau un homme aux écus. Le fleuron de la flotte automobile est une Bugatti Veyron à 2 millions d’euros : assemblée à la main en Alsace, c’est la voiture la plus chère et la plus puissante du monde, avec 1 200 chevaux, 431 km/h en pointe et le 0 à 100 km/h en 2,5 secondes.

Lorsqu’il s’offre une résidence à New York, Hamad al-Thani ne fait pas les choses à moitié. Il a racheté l’un des bâtiments de 20 000 m2 qui abritait le lycée français. Il faut dire que la Sloane Mansion, hôtel particulier à colonnades de la fin du XIXe siècle, est idéalement située au cœur du chiquissime quartier de l’Upper East Side, à deux pas de Central Park. Pour la rénovation intérieure, la cheikha Mozah avait d’abord embauché l’un de ses décorateurs parisiens préférés, Alberto Pinto (décédé en 2013), moyennant 10 millions d’euros. Mais Mozah a finalement décidé que le résultat ne lui plaisait pas, et a embauché Philippe Starck, un designer subversif et enrobé, pour tout recommencer, pour un montant encore supérieur. La première dame du Qatar s’est enfin offert pour quelques millions d’euros d’antiquités, comme cette paire de chandeliers en cristal à 165 000 dollars, un bureau anglo-indien incrusté d’ivoire à 730 000 dollars, un couple de fauteuils Louis XVI à 604 000 euros, ou ce tapis français Art déco de 1927 signé Süe et Mare pour 377 000 euros. Les mobiliers irakiens ou syriens ne sont pas cités.

Hamad al-Thani a acheté sa première villa à Mouans-Sartoux, sur les hauteurs de Cannes, en 1983. Le domaine n’a cessé de s’agrandir au fil des ans, avec le rachat, jusqu’en 2008, de sept propriétés mitoyennes, détenues par des sociétés immobilières appartenant à l’émir, sa seconde épouse Mozah et à certains de ses enfants, dont l’actuel émir Tamim. Les propriétés ont été regroupées pour former un gigantesque domaine de 32 hectares, d’une valeur totale d’environ 170 millions d’euros, entouré d’un mur le long duquel des gardiens patrouillent en Porsche Cayenne. Ces travaux ont posé un petit problème, puisqu’un chemin communal coupait en deux la partie sud du domaine. Mais la mairie de Mouans-Sartoux a accepté de céder ce terrain à l’émir pour l’euro symbolique. En échange, Hamad al-Thani a fait un don de 225 000 euros à la commune pour aider à financer le nouveau centre d’incendie et de secours. La France se tiers-mondise en douceur mais reste le pays des droits de l’homme. Une République.

Mediapart / Marianne / BAM

Publié par : Memento Mouloud | juin 24, 2016

God save the queen

Malgré le néo-nazi qui tombe à pic, malgré les sondages plus ou moins faisandés, malgré l’optimisme en commandite des marchés, malgré les menaces hollandines sur le caractère irréversible de la rupture avec l’Euroland, malgré les admonestations de santo Obama, pontifex maximus de l’armée progressiste mondiale, les britanniques ont choisi la voie de l’indépendance. Par contrecoup, l’Euroland ressemble à un club des vaincus de la seconde guerre mondiale. Il y a là une situation qui n’est pas seulement symbolique ou outrancière. La Russie est traitée en ennemie, le Royaume-Uni préfère laisser en rade le rhizome tissé autour de l’Allemagne. Il n’y a pas d’autre pétainisme transcendantal que celui-ci : la révérence envers la puissance allemande, la Kultur allemande, la Wissenschaft allemande, la mannschaft allemande, le Das auto allemand, le standard deutschland. Comme le chantait Souchon, on nous Claudia Schiffer. Les britanniques ont répondu sorry, nous continuons à susurrer wunderbar.

Les leçons à tirer du scrutin sont simples et limpides. La gauche progressiste ne se distingue pas de la droite libérale dès qu’il s’agit de protéger les banques et le système financier. Elle y ajoute une préférence aux immigrés, à l’exotisme, à l’universalisme de pacotille tandis que la droite libérale honteuse vocifère qu’elle va restaurer l’autorité et les colifichets patriotiques dans une langue qui indique clairement la décomposition de toute universalité singulière car toute universalité singulière est entée sur la langue et non sur la forme-marchandise.

Si l’Europe est une somme de traductions, elle n’est pas, comme le disait de Gaulle, un volapuk intégré.

Le patriotisme est ambivalent en ce qu’il mêle sans qu’on puisse les distinguer une revendication démocratique et une affirmation racialiste. La première est clairement dirigée contre les banques, le système financier et ses séides étatiques et paraétatiques. L’affirmation racialiste prétend que l’appartenance à une lignée, une race, confère à un individu des propriétés immémoriales qu’il doit défendre envers et contre tout et notamment contre l’immigré et le juif qui menacent ce que les nazis appelaient le plasma germinatif de la race. Cette ambivalence qui n’est toujours pas tranchée profite aux populistes de droite.

L’Europe n’est pas une composition de forces mais un amalgame de faiblesses qui masque le ressentiment allemand, cette volonté sourde de vengeance et de reconnaissance de l’humilié d’hier, écrasé sous les bombes et les viols de masse. Les allemands n’ont pas oublié le nazisme et ce qui l’a produit, la volonté allemande de contrôler une Mitteleuropa s’étendant de la Mer du Nord à la mer Noire. La politique d’alliance impulsé par de Gaulle, à partir de 1963, est un échec. Elle n’a servi aux allemands qu’à refaire leur unité, à transformer l’Europe médiane en Hinterland et à repousser la Russie hors du système d’équilibre européen. Elle a transformé la France en comparse, en éternelle cocue du néo-impérialisme ouest-africain qui sert sans doute les intérêts de Bolloré et de quelques autres, qui plonge l’armée dans des guerres inutiles et sans fin, qui  semble une longue homélie sur le fardeau de l’homme blanc et/ou progressiste. La France fait semblant d’être une grande puissance moyenne en traquant les djihadistes dans les montagnes du Mali, l’Allemagne se vit, en toute quiétude comme telle, en négligeant la Bundeswehr, pâle héritière de la wehrmacht.

L’Euroland est si faible qu’il ne montre ses dents qu’à une nation épuisée, la Grèce et tend la main et les deux oreilles à une nation agressive, la Turquie. L’Euroland n’est pas par hasard le jouet de l’Allemagne et de son ressentiment et comme l’a dit Nietzsche, une nation striée de ressentiment épelle le discours de la justice, ici Kantienne. Le Brexit prend naissance dans l’accueil inconditionnel des réfugiés énoncé par Angela Merkel au nom de l’âme et de l’esprit européen qui se devrait de transiger avec les enfants du djihad nés sur son sol ou importés. L’accueil inconditionnel est une fadaise quand dans le même temps, il est dit que l’Etat social doit être démantelé pierre par pierre. L’accueil inconditionnel est inconséquent dès lors que des meurtres de masse sont commis sur le sol européen au nom du Califat.

Dans les deux cas, on prononce une sentence : vous ne serez plus en sécurité nulle part parce qu’amis ou ennemis nous accueillerons tout le monde et parce que tout simplement il n’y a plus d’amis mais une somme variable et ajustable d’intérêts que vous ne pouvez comprendre. Ce que Macron dans un entretien avec Houellebecq paru dans les Inrocks traduit dans la langue progressiste : offrir un cadre à l’émancipation de chacun, ce qui se disait chez Guizot plus franchement : enrichissez-vous, et dans sa variante marxiste : accumulez, accumulez c’est la loi et les prophètes. Or une nation ne s’enrichit pas, ni n’accumule, elle promet, elle pointe un sommet et tâche de s’y rendre puis de s’y maintenir.

On dira donc au café du commerce que le vote en faveur du brexit est à la fois une réaction de peur et d’orgueil, un recul et une catastrophe, mais ce n’est rien de tout cela, juste un écart sur la voie du rêve européen pour bébés, juste un rappel du réel.

 

Publié par : Memento Mouloud | juin 17, 2016

La CGT ou la centrale des cocus

La CGT se trompe, seule la victoire est belle. Le processus de négociation dans lequel elle est entrée à la faveur de trois mois de manifestations et de grève, ressemble à s’y méprendre aux processus de paix tel que l’Europe les organise. Un round interminable où il est toujours question de mieux comprendre l’adversaire jusqu’à ce que celui-ci se précipite à la table de négociation et devienne un traître fréquentable, à l’instar du camarade Tsipras.

Si la CGT affirme que le projet de loi inverse la hiérarchie des normes, ce qui est juste, elle doit soutenir la conclusion : le contrat défait la loi et si le contrat défait la loi, le chef d’entreprise est désormais libre de déterminer ce qui est possible et impossible et jusqu’où descendra la sujétion. Il n’y aura plus de permissions et de tolérances mais une cascade de droits et de pouvoirs contraignants définis par un tyranneau local.

Il s’agit bien d’un nouveau monde. Faute de mieux, on pourra le qualifier de néo-féodal.

Or qu’oppose la CGT à cette philosophie, terme dont se gargarisent les membres du gouvernement. Où est son plan opératif, quelle guerre de mouvement mène-t-elle ? Visiblement aucune, Martinez est reçu et repart content. Il a fait le tour des désaccords avec Mimi, il est désormais connu dans l’opinion et le secrétaire de FO reste en rade côté notoriété, sans même évoquer la pauvre tête à claques de la CFDT.

A voir le résultat de trois mois de mouvement dit social, un salarié quelconque doit tirer la conclusion qui s’impose : la grève est disqualifiée, de même que les manifestations rituelles et les pétitions. Reste le bulletin de vote qui reste plus effectif que le bris de quelques vitres d’un hôpital où les membres de la classe politique se sont surpassés d’indignations en enfants malades. Comme le disait Nietzsche, tout indigné est un homme qui ment, et cette fois-ci, énormément.

Le bulletin de vote est sans doute un faible pouvoir mais c’est un pouvoir qui surpasse tous les happenings qui finissent par froisser le moral et fracasser quelques vies. Une centrale syndicale digne de ce nom aurait pour projet de conquérir d’autres droits et d’autres pouvoirs et non d’attendre que le gouvernement lui offre en descendant de la luge fiscale des petits cadeaux de bienvenue et un luna park de la fierté retrouvée.

Il n’y a aucune fierté à perdre, il n’y a que la honte d’être vaincu.

Publié par : Memento Mouloud | juin 14, 2016

Julien coupat (ble) parle

Le mensonge policier qui consiste à faire passer les émeutes des derniers mois dans tant de villes de France comme le fait de quelques « casseurs » infiltrés parmi les manifestants était déjà énorme ; s’imaginer à présent que les émeutiers eux-mêmes seraient en fait infiltrés par nous et que nous les dirigerions invisiblement est à mourir de rire, pour quiconque est descendu récemment dans la rue. L’idée que nous pousserions le vice jusqu’à noyauter la commission Infirmerie de Nuit Debout ou que nous jouerions de notre « médiatisation décomplexée » – quand ce sont à chaque fois les services de renseignement qui tentent vainement de lancer des campagnes médiatiques contre nous et se prennent systématiquement les pieds dans le tapis –, en dit long sur la capacité d’invention burlesque de l’imaginaire antiterroriste.

Il semble que les policiers soient les seuls à ne pas s’aviser du ridicule de leurs constructions, et que ce sont des gens armés, nombreux, organisés, une bureaucratie qui a tout de même les moyens de ses délires. Le désir de nous anéantir qui suinte à chaque ligne de leurs rapports, et ce depuis bientôt dix ans, finit tout de même par avoir quelque chose de pesant. Il s’agit, comme toujours avec l’antiterrorisme, d’intimider et en l’espèce, de nous intimider.

(Question : si la police avait pour objectif de détruire le pseudo-collectif Julien Coupat pourquoi aurait-elle usé d’un atermoiement de 10 années ? Il faut en conclure que la police a trouvé en Julien Coupat un épouvantail, une sorte de transformer de la radicalité à jeter en pâture à l’opinion dès que nécessaire. Le collectif Coupat serait-il devenu une sorte de métaplasme policier nécessaire au maintien du désordre établi ?)

Il n’y a pas plus de « réseau affinitaire Coupat » aujourd’hui qu’il n’y avait de « groupe Coupat » en 2008, à l’époque de nos arrestations. Le seul endroit en France où il y a un « groupe Coupat », c’est manifestement à la DGSI. Nous sommes en mesure d’affirmer que le rapport de la DGSI répond à une commande émanant directement de monsieur Valls, qui n’a semble-t-il pas apprécié l’idée que deux mille occupants de Nuit Debout entreprennent, un soir d’avril, de s’inviter pour l’apéro chez lui. Cela devait avoir un côté un peu trop 1789 à son goût. Ou bien c’est l’euphorie de cette soirée qui a déplu à ce triste sire.

(Question : Valls n’est pas triste, il est même hilarant de sérieux mais l’année 1789 ressemblait moins à une fête continue qu’à une furieuse mêlée teintée d’exécutions sommaires et d’exactions diverses, à la fin ce furent les détenteurs de biens nationaux qui ont gagné ; aussi à quoi sert de confondre Nuit Debout et la Grande peur sinon à rodomonter)

Quiconque connaît la carrière de monsieur Valls sait que tout, dans sa posture, a pour vocation de dissimuler une conception profondément mafieuse de la politique.

(Question : y en a-t-il une autre ?)

On compte notoirement au nombre des « amis de monsieur Valls » un certain Alain Bauer, qui ne nous pardonne toujours pas de s’être fait durablement ridiculiser, et ponctuellement entarter. Cela dit, nous comprenons sans peine que ces gens enragent de voir comme les événements des derniers mois confirment ce qui est écrit dans le dernier livre du Comité invisible, À nos amis. Il est difficile de ne pas entendre dans la charge contre « nos amis » une irritation certaine au sujet d’À nos amis, puisque nous savons que ces gens-là l’ont lu.

(Question : puisque ces gens ne lisent jamais, qui lit à nos amis ?)

 La récente affaire de Rennes, où une « association de malfaiteurs » se réunissant dans les locaux de Sud-Solidaires aurait été « démantelée » alors qu’elle s’apprêtait à « saboter » le métro de la ville en collant des autocollants sur les composteurs, voire en y introduisant de la mousse expansive. Lorsqu’un mouvement révolutionnaire fait irruption sur la scène de l’histoire, il est rare que tel ou tel puisse se vanter de l’avoir « mis sur pied ». Quant aux « institutions étatiques », elles ne nous ont pas attendus pour s’affaiblir d’elles-mêmes, comme en atteste suffisamment l’existence d’un président nommé François Hollande.

(Question : métaphore théâtrale, l’Histoire n’est pas une scène c’est une coupe mobile, quand on la regarde en spectateur, on finit comme tous les spectateurs, par en discuter au bistrot ou en faire la critique, en un mot on la déserte. Quant aux institutions étatiques, on ne peut pas à la fois les dire faibles et porteuses d’un projet de 10 ans. Le désir de maîtrise n’a besoin que de médiocres et d’anonymes, Hollande ou Sarkozy font parfaitement l’affaire, mais il fonctionne et c’est tout ce que les petits maîtres demandent, que ça fonctionne)

Des rapports « secret-défense » de la DGSI ou de la SDAT sur nous, au fil des années, nous en avons eu un paquet entre les mains. C’est un genre littéraire à part entière, qu’on ne peut apprécier qu’à la condition de comprendre à qui ils s’adressent et à quelle fin ils ont été écrits. Dans le cas présent, un scribouillard de la section « subversion violente » de la DGSI doit faire plaisir à monsieur Valls. Imaginez qu’il se soit contenté d’écrire que nous participons aux manifestations contre la loi « travaille ! » [NDLR : c’est ainsi que ses détracteurs l’appellent et l’écrivent], que nous avons écrit un certain nombre de textes à ce sujet et que nous avons participé à des discussions sur la place de la République. Ça n’amuserait personne et pas un seul journal n’oserait le publier.

Ce que joue Philippe Martinez dans ce conflit, c’est la légitimité contestataire de son organisation par rapport aux autres formations syndicales, et sa propre légitimité contestataire au sein de cette organisation – légitimité qui lui faisait parfaitement défaut même après le dernier congrès de la CGT. Cela étant, à voir dans tant de villes le nombre de CGTistes qui rejoignent le cortège autonome de tête et défilent, drapeaux au vent, avec les jeunes masqués, quand ils ne s’organisent pas carrément avec eux, on ne peut sous-estimer la distance qui s’est faite, en bien des endroits, entre la direction et sa base.

(Question : que jouent les cégétistes ?)

 Il y a la CGT qui rosse des manifestants à Marseille et celle qui défonce des locaux du PS au Havre. Il y a la CGT qui sabote des lignes téléphoniques en Haute-Loire, autoréduit la facture de centaines de milliers d’usagers d’EDF et celle qui voudrait bien négocier quelques clopinettes avec le gouvernement. Il y a la CGT qui a pour objectif d’être devant la CFDT et celle qui a pour objectif le blocage de l’Euro. Il y a même des SO qui se battent entre eux, en pleine manifestation, pour déterminer la marche à suivre. Peu de gens y comprennent quoi que ce soit, et certainement pas le gouvernement.

(Réponse : L’histrionisme)

Pourquoi, désormais, tant d’actes de casse sont-ils accueillis, dans les cortèges de tête, par des applaudissements ? Pourquoi, lorsqu’une innocente borne d’Autolib’ se fait fracasser, la foule entonne-t-elle un « tout le monde déteste Bolloré » ?

(Réponse : parce que tout le monde prend au sérieux le Petit Journal)

Au moins depuis l’apéro chez Valls, où le boulevard Voltaire avait été intégralement décrassé de ses banques dans l’assentiment général, au son de slogans fort explicites, il se trouve de plus en plus de gens pour manifester leur approbation de la destruction, quand celle-ci vise des objectifs évidents. Le fait qu’un acte de ravage pur et simple déclenche de la liesse dans les cortèges de citoyens démasqués n’est-il pas plus surprenant, et plus intéressant, que l’acte en lui-même et son mystérieux « auteur » ?

(Question : attaquer un DAB serait un acte de ravage pur et simple, Baudelaire le formulait beaucoup mieux, plaisir naturel pris à la destruction, il ajoutait qu’il s’agissait d’un degré dans le Mal et que la dignité humaine consistait à l’accomplir en le sachant. Quant à comparer le gribouillage d’un DAB et l’incendie du palais des Tuileries…)

S’il n’y a pas de « casseurs », il y a bien des gens qui s’organisent pour prendre l’initiative dans la rue ou, à tout le moins, pour ne pas subir la gestion de troupeau policière. On comprend sans peine que cela rende hystérique le pouvoir : partout où des gens s’organisent directement, celui-ci est rendu superflu, mis au chômage, destitué. C’est donc ce processus qu’il faut propager partout, dans tous les secteurs de la vie, à toutes les échelles de l’existence. Un hôpital pris en main par les infirmières et les aides-soignantes sera toujours plus respirable qu’entre les mains de managers, comme c’est le cas désormais.

(Question : les anarchistes espagnols étaient moins radicaux, ils intégraient les médecins à la communauté, ils ne les remplaçaient pas par un chauffeur d’ambulances)

Nous sommes heureux de vous compter au nombre de ceux qui se soucient de ce que l’insurrection soit victorieuse.

(Question : Pourquoi cette phrase est-elle aussi hilarante que les déclarations de Valls ou de Cazeneuve voire les jugements en comparution immédiate visant les pseudo-hooligans anglais ?)

Et la suggestion d’aller prendre d’assaut les sièges de banques à La Défense ou celui de la DGSI ne peut que résonner doucement à l’oreille de gens qui, comme nous, ont organisé l’année dernière, à la même période, l’opération « Occupy DGSI » à Levallois-Perret pour protester contre la loi Renseignement. Vous noterez cependant que si, grâce au soutien de Mediapart, nous parvenions à être quelques milliers organisés et équipés comme il se doit à La Défense ou Levallois, il y aurait de grandes chances que nous y trouvions aussi quelques milliers de robocops en armes. Disons que la police a une fâcheuse tendance à se placer entre nous et les cibles que nous nous proposons d’attaquer, si bien que ce qui apparaît souvent comme un duel stérile police-manifestants résulte plutôt d’un échec à percer l’obstacle policier – tellement mieux armé et moins accessible aux cas de conscience que nous ne le sommes.

(Question : la police serait-elle le seul obstacle à la prise des palais d’Hiver ?)

Le point d’accord que nous avons avec Éric Hazan est qu’il faudra bien enfoncer un coin dans le bloc policier afin que, celui-ci cédant, les actuels tenants du pouvoir aillent faire la queue à Villacoublay pour prendre le prochain jet. Le désaccord que nous avons avec lui porte sur la façon d’y parvenir. Éric pense que c’est en criant « la police avec nous ! ». Nous pensons que c’est en exerçant sur le corps policier une pression populaire, physique et morale telle qu’une partie de lui doive se dissocier des 50 % qui votent déjà FN et se verraient bien en petits S.A. d’une prochaine révolution nationale.

(Question : Pourquoi le recours aux spectres ? Les SA, le compteur serait-il bloqué sur la case nazie ?)

Quoi qu’il en soit, ce qui a convaincu les policiers de la préfecture de police de Paris de passer du côté de l’insurrection en août 1944, ce ne sont pas leurs sentiments communistes, mais bien la crainte, s’ils n’agissaient pas ainsi, de se faire trucider par les Parisiens pour tout ce qu’ils leur avaient fait subir durant l’Occupation.

(Question : Pourquoi les mauvais garçons de la rue Lauriston n’ont-ils pas agi de même ? )

Le refus qui s’exprime là est autrement plus large que le refus d’une loi ; c’est le rejet de toute une façon d’être gouverné, et peut-être même, pour certains, le refus pur et simple d’être encore gouverné. C’est toute la politique, de droite comme de gauche, qui fait l’effet d’un spectacle oscillant entre le pathétique et l’obscène. Le désir général est que cette mauvaise pièce prenne fin, et d’enfin tenter de se saisir des enjeux d’une époque cruciale et terrible à la fois. Nous sommes dans un navire qui fonce tout droit vers un iceberg et où l’on ne veut parler que de la robe de telle ou telle comtesse en ce beau soir de bal. En toutes choses, les appareils gouvernementaux ont fait la preuve de leur impuissance.

(Question : quelle impuissance, jamais la profitabilité des entreprises n’a été aussi grande, jamais l’épargne n’a été aussi concentrée et disponible)

On n’imagine pas, par exemple, que le Parti socialiste puisse tenir tranquillement sa prochaine université d’été fin août à Nantes.

(Question : le PS la tiendra à Bordeaux ou Toulouse, non ?)

Partout dans le pays, des forces autonomes se sont agrégées et continuent de s’agréger. Un pouvoir qui n’a plus une once de légitimité trouvera face à lui, à chaque nouveau pas qu’il fera, la volonté opiniâtre de le faire chuter et de l’écraser. Il y a là une rage et une détermination qui ne sont pas « de gauche ».

(Rions un peu…)

« Être de gauche » a toujours eu quelque chose de vague, de lâche, d’indécis, de bien intentionné, mais pas au point d’agir en conséquence. Ce qui se passe en France depuis plus de trois mois maintenant a justement à voir avec l’impossibilité d’être encore de gauche sous un pouvoir socialiste.

(Question : pourquoi sous un pouvoir socialiste ? Etre de gauche avait-il un sens sous Sarkozy ?)

Nuit debout a permis à toutes sortes de déserteurs de se rencontrer, de se parler, de constituer un contre-espace public, mais surtout d’offrir une continuité à ce qui ne pouvait s’agréger par des jours de grève ponctuels ou de simples manifestations. Cela a aussi servi de point de départ à toutes sortes d’actions méritoires contre des cibles logiques. S’assembler, discourir puis voter n’est manifestement pas la forme par excellence de l’agir politique, c’est seulement sa forme parlementaire, c’est-à-dire la plus spectaculaire et certainement la plus fausse d’entre toutes. Rien ne témoigne mieux de la confusion qui régnait dans les esprits place de la République que la façon dont s’y est répandue, comme une traînée de poudre, l’idée saugrenue qu’il leur incomberait de rédiger une nouvelle Constitution plutôt que de s’interroger sur les moyens d’abattre la Constitution existante.

(Question : pourquoi ne pas affirmer que Nuit Debout n’est jamais qu’une entreprise vaine, une de plus)

L’emploi de l’Euro de foot comme dispositif contre-insurrectionnel, voilà qui a le mérite de remettre quelques idées en place. Et qui témoigne aussi du peu de choses à quoi tient encore le pouvoir.

(Question : pourquoi ce genre de type est-il incapable de comprendre que des gens prennent réellement plaisir à regarder un match alors qu’ils s’emmerdent à écouter une Ag sur changement de genre et gardes parentales alternées, est-il si difficile de saisir ce différentiel de perception ?)

De même, quand le pouvoir éborgne des manifestants, leur fracasse le crâne à coups de gourdin en plastique ou leur balance des grenades en pleine tête, il est question de « maintien de l’ordre », de « projectiles » lancés par on ne sait qui, d’enquêtes et de contre-enquêtes encore, de « police des polices », etc. Cette blague ! L’appareil d’État est une mafia qui a réussi, la police une bande armée, la prison du kidnapping impuni, le nucléaire une menace de mort faite à toute tentative de bouleversement politique, l’impôt un braquage avec consentement, etc. Les institutions sont des mystifications auxquelles on voue en France un culte aussi incompréhensible qu’au cargo en Mélanésie. Et il y a toute une guerre, une guerre sourde et tapageuse à la fois, pour maintenir à flot cette cité de rêve qui ne cesse de s’enfoncer dans les lagunes du temps.

(Question : le cardinal de Retz avait résumé, on appelle ça un voile, SVP : ne pas le soulever mais comme le disait Pascal l’art de fronder est le moyen le plus sûr pour tout perdre, la mise révolutionnaire offre immanquablement un résultat nul : Staline ou Chavez)

Mediapart/BAM

Older Posts »

Catégories

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 66 autres abonnés