Publié par : Memento Mouloud | février 23, 2015

Pourquoi il faut se débarrasser de la gauche de gouvernement

Avec les attentats de janvier 2015, il est bien évident qu’une guerre a été déclarée et qu’elle vise trois cibles la petite-bourgeoisie intellectuelle, la police, les juifs. Cette guerre est menée par des musulmans. Elle vise sans doute d’autres musulmans mais sur notre sol, elle n’a jamais tué un seul musulman proclamé et nombre de musulmans l’approuvent. Or que dit le premier ministre ? Ceci est la faute d’un apartheid. Il n’a pas dit ghetto mais apartheid. Or l’apartheid fut imposé par la minorité européenne d’Afrique du sud aux populations de couleurs, à l’exception des japonais, blancs d’honneur. Elle fut une doctrine d’Etat. Comme Manuel Valls écarte la doctrine d’Etat, il vise donc un ensemble populeux, un ensemble nombreux, les français d’avant l’immigration afro-maghrébine et parmi ceux-ci les français propriétaires et dans ce sous-ensemble, les français propriétaires diplômés et parmi ce sous-groupe, les français propriétaires diplômés et cultivés. La cible est claire, son antonyme est un fantasme : le prolétaire afro-maghrébin musulman exploité et discriminé seul (s) dans son/ses « quartiers ». Il est aussi une réalité électorale : 80 % des musulmans votent socialistes, le PS est donc le premier parti des musulmans de France.

Qui fut désigné comme le coupable, non pas des attentats, mais des manquements scolaires à la minute de silence donc à la défection de milliers d’enfants français musulmans ? Les enseignants et l’école, la petite-bourgeoisie intellectuelle. Non pas le prof de techno, de math ou de gym voire l’instituteur mais le professeur de lettres, de philosophie ou d’histoire. Non pas le chanteur de rap, le parent observant fondamentaliste, l’imam, l’éducateur péri-scolaire, le ponte de télévision, le journaleux aux ordres, les chaînes arabes, l’ignorance d’Etat, le nombrilisme de masse mais le professeur de lettres, de philosophie ou d’histoire auxquels des programmes désastreux ont été imposés par l’Etat républicain, justement parce qu’ils étaient désastreux car le savoir est inepte comme l’a proclamé Najat Vallaud-Belkacem en réclamant l’abolition de la seule évaluation française fondée sur un savoir : la note.

Najat Vallaud-Belkacem est ministre de l’Education Nationale, son mari, secrétaire général adjoint de l’Elysée, leurs enfants, directeurs de cabinet ?

En instituant le travail dominical, le ministre banquier-socialiste Macron a déclaré illimité en droit le temps dévolu à tout projet entrepreneurial sur le territoire français. Exactement comme la SNCF réhabilite les trois classes sous d’autres noms, le socialisme de gouvernement est le chemin le plus court vers l’assujettissement.

A-t-on jamais vu un socialiste d’Etat s’opposer au capitalisme ? Julien Dray trouve qu’on doit admirer l’homme qui a une belle voiture, Macron espère que les jeunes français désirent devenir millionnaires. Le crime des socialistes de gouvernement, invoquer Jaurès et Moulin pour ripoliner leur vulgarité spiritualiste et cupide.

Je prendrai au sérieux l’écologie quand elle aura désigné la cible principale de l’iniquité contemporaine : le corps mortel de l’être parlant. Quand le socialiste évoque l’écologie il encourage le support technologique et l’exhibition du premier des cyborgs, l’épure de l’avant-garde émancipatrice, le trans, parce que celui-ci est porteur d’un projet entrepreneurial dont l’épreuve qualifiante est la souffrance dialectisée qui se résout dans l’offre industrielle d’identités. La souffrance qui ne se surmonte pas, l’indicible, la mort à l’œuvre, le progressiste y oppose les molécules, l’accompagnement neuro-cognitiviste, l’euthanasie, comme disait l’autre « C’est l’émission Secret Story qui a tout déclenché. Il y avait Erwan et son secret : il était transsexuel, FTM, comme moi !…il y avait une équipe à l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, dédiée au trouble de l’identité de genre…c’est cette équipe qui m’a donné le feu vert pour l’hormonothérapie, un protocole qui dure deux ans et qui est pris en charge par la Sécu…Un jour, je ferai une phalloplastie, là, c’est secondaire. Socialement, c’est fait, je suis un garçon ».

Publié par : Memento Mouloud | février 11, 2015

HSBC, Swissleaks et démocratie véritable : le triomphe du premier venu

L’administration de George W. Bush avait fait de la « société de propriétaires » un thème central de l’âge d’or à venir : « Nous sommes en train de créer une société de propriétaires dans ce pays, dans laquelle toujours plus d’Américains auront la possibilité d’ouvrir la porte de l’endroit où ils vivent, et diront : ’Bienvenue dans ma maison’, ’Bienvenue dans ce que je possède’. ». Entre 2007 et 2014, 12 millions de foyers américains furent expulsés de leur chez eux, sans dire vraiment au revoir, plus de 500 mille dans des conditions parfaitement illégales mais sans aucun risque pour les banques.  En effet, l’amende payée était comprise entre 300 et 2 mille dollars par « erreur ». Le prix cassé du rêve à crédit. Les autres accusations portées contre les fourriers de la béatitude propriétaire concernaient les ventes de produits structurés composés de crédits hypothécaires toxiques (Mortgage Backed Securities), notamment aux sociétés publiques Freddie Mac et Fannie Mae. Aucun banquier ne fut inquiété, aucun directeur d’administration publique, pas même un guichetier.

Entre 2010 et fin 2013, rien que dans l’affaire des crédits hypothécaires, sont intervenues 26 transactions impliquant différentes autorités des Etats-Unis et les principales banques du pays : JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo, Goldman Sachs et Morgan Stanley. En tout, depuis 2008, elles acceptèrent de payer 86 milliards $ pour échapper à des condamnations. Bank of America, 44 milliards $, JPMorgan, 26,4 milliards $, Well Fargo, 9,5 Milliards $, Citigroup, 4,7 milliards $, Goldman Sachs, un peu moins d’un milliard $ et Morgan Stanley, 330 millions $. Il faut y ajouter les frais d’avocats et quelques autres dépenses. Néanmoins, pour l’année 2012, les bénéfices nets des 6 banques concernées s’élevèrent à 59,5 milliards $ (après paiement des amendes). Elles firent mieux en 2013. Après avoir défalqué de leurs profits 18 milliards $ pour faire face aux amendes de la même année, leurs bénéfices nets avaient progressé de 21 % en 2013 pour atteindre 74 milliards $. Si ces six banques n’avaient pas dû payer d’amendes, leurs profits auraient dépassé le record historique atteint en 2006 en pleine bulle immobilière. Elles ne remercièrent pas les contribuables et les détenteurs de bons du Trésor pour leur participation à un tel festin. Quant à leurs parrains, on ne les embrasse pas en public.

Or une telle désinvolture a toujours des motifs politiques.

Alan Greenspan le confirma, dans ses mémoires, « je me rendais bien compte que l’assouplissement du crédit hypothécaire accroissait le risque financier et que l’aide au logement exerçait un effet de distorsion sur le marché. Mais j’ai compris aussi que l’augmentation du nombre de propriétaires renforçait le soutien au capitalisme de marché – vaste question. J’estimais donc, et continue de le faire, que les avantages de cet élargissement de la propriété immobilière individuelle valaient bien l’accroissement inévitable des risques. La protection des droits de propriété, si essentielle dans une économie de marché, a besoin d’une masse critique de propriétaires pour bénéficier d’un soutien politique. » car si le peuple est souverain, il faut transformer la souveraineté en parc à thèmes pour ânes couronnés ce qu’avait bien saisi Nicolas Sarkozy qui invitait, en 2007, les Français à s’endetter toujours plus pour s’aliéner sans fin, « les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l’État intervienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades. (…) Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. »

En 2010, la manipulation du taux LIBOR (London Interbank Offered Rate) par un groupe de dix-huit banques pendant la période 2005-2010 devint évidente. Or le LIBOR est le taux d’intérêt de référence sur la base duquel se calculent les taux sur un marché de 350 000 milliards (350 millions de millions) de dollars d’actifs et de dérivés financiers, ce qui en fait le deuxième taux de référence le plus important au monde, après le taux de change du dollar. Il s’agit donc d’un taux politique soustrait comme le précédent à la fameuse souveraineté populaire. En effet, ce taux est calculé à partir de l’information fournie par dix-huit banques quant à leurs coûts respectifs de financement sur les marchés interbancaires.

Jusqu’ici les amendes payées tournent autour d’un montant total de moins de 10 milliards de dollars mais aucune banque ne s’est vu retirer le droit d’opérer sur les marchés, preuve que les Etats ont besoin de prête-nom pour alimenter le mythe de l’autorégulation et de l’efficience du marché.

Le 29 mars 2013, Naomi Buchwald, juge du District de New York, devançant le procureur général de son pays qui est aussi, indirectement, le nôtre, a exempté les banques impliquées dans le scandale de toute responsabilité légale face à des personnes ou institutions affectées par la manipulation du LIBOR. Pour protéger les banques de possibles plaintes pour collusion et pratiques monopolistiques, elle a développé une argumentation selon laquelle la fixation du taux LIBOR ne relève pas des lois sur la concurrence. Les banques peuvent dès lors s’accorder sur le taux sans que cela ne constitue une violation des lois antitrust aux États-Unis. La fixation des taux sur les marchés des Swaps et des CDS étant similaire – via l’envoi des taux par les participants, dont on fait la moyenne pour obtenir le résultat final -, ce verdict crée un précédent et découvre le voile, du moins pour ceux qui ne craignent pas l’obscénité capitaliste.

De son côté dans le cadre de cette affaire du LIBOR, la Commission européenne a infligé des amendes pour un montant total de 1,7 milliard € à huit banques en les accusant d’avoir constitué un cartel qui a manipulé le marché des dérivés. Quatre banques formaient un cartel pour manipuler le taux des dérivés sur le marché de change de l’euro, six manipulaient ensemble le taux des dérivés sur le marché de change du yen. Comme les banques ont accepté de payer une amende, celle-ci est réduite de 10 %. On trouve JPMorgan et Citigroup (1ère et 3e banque aux Etats-Unis), Deutsche Bank (1ère banque allemande), Société Générale (3e banque française), Royal Bank of Scotland (3e banque britannique), et RP Martin. Vu le fait qu’elles ont dénoncé le cartel, deux banques, UBS (1e banque suisse) et Barclays (2e banque britannique), sont exemptées du paiement d’une amende.

En Australie, les autorités ont réprimandé BNP Paribas pour mauvaise conduite potentielle (« potential misconduct ») concernant les taux d’intérêt interbancaire australien de 2007 à 2010. BNP Paribas a licencié des traders et a déclaré qu’elle ferait un don d’1 million de dollars australiens pour promouvoir la littérature financière.

Par conséquent Eric Holder, procureur général des États-Unis, interrogé en juin 2013 par une commission du Sénat énonça, à propos des banques, la doctrine du monde impérial libre :  « ces institutions sont si grandes qu’il est difficile de les poursuivre en justice, et si on le faisait, on se rendrait compte qu’effectivement, les inculper pour activités criminelles pourrait avoir des répercussions négatives pour l’économie nationale, voire mondiale ». de fait, elles n’ont jamais été condamnées, sinon à des amendes.

« Environ 120 chargés d’affaires suisses seraient présents clandestinement en France pour démarcher les grosses fortunes hexagonales, ce qui est rigoureusement interdit par la loi mais réalisé, en toute connaissance de cause par la maison mère en Suisse. Chaque commercial est muni d’un document, le manuel du Private Banking, ’ véritable guide en évasion fiscale ’ ». Quelques semaines plus tard, en février 2014, paraissait sous forme de livre un témoignage, il est le fait d’une ancienne employée d’UBS en France chargée d’organiser des activités mondaines pour rabattre des clients. ’Il s’agissait de mettre en relation des chargés d’affaires d’UBS avec leurs futurs clients, de préférence les plus riches, ceux à 50 millions €. Comme vous ne séduisez pas un millionnaire avec un simple café, les événements devaient être prestigieux. Tournoi de golf, régate en voilier, soirée à l’opéra suivie d’un dîner chez un grand chef… rien n’était trop beau pour attirer ces fortunes.(…) À chaque événement, les chargés d’affaires suisses étaient présents en très grand nombre. Venus de Lausanne, Bâle, Genève, Zurich, ils avaient pour mission de convaincre les cibles, présélectionnées par nos soins, de déposer leur fortune chez eux. Chaque année, à la demande du siège de Zurich, nous faisions le bilan : combien de nouveaux clients ? Combien d’argent frais ? La règle d’or, c’était qu’un événement devait être rentable. »

Comme la méthode est la même en Allemagne ou aux Etats-Unis, il indique une structure, celui de l’exception ploutocratique ou plutôt de l’état d’exception permanent dont bénéficient ceux qui se sont distingués dans leurs activités respectives qui vont de la coupe de cheveux industrielle aux meurtres de masse.

Dans le cas de l’affaire HSBC, la France se classe 2ème par le nombre de fraudeurs fiscaux, 5ème pour le montant des placements par fraudeur. Evidemment les arrangements suivront et les flux et les fonds se déplaceront jusqu’à ce que l’illusion d’une indignation citoyenne soit définitivement disloquée, alors ce sera le véritable temps des populistes et des démagogues, celui d’un avènement, d’une allégorie qui énonce que le premier venu a bien le droit de planquer sa fortune et de parader en parvenu, puisque la foule l’envie ou le suit et que les banques ne sont pas pillées ou mises à feu.

Tout sur le swissleaks

Publié par : Memento Mouloud | février 11, 2015

Français musulmans ou musulmans français ?

Le «Berlin Social Science Center » a sondé 9.000 musulmans et chrétiens dans six pays de l’Union européenne (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, France, Suède et Autriche). 1.200 personnes, principalement d’origine turque et marocaine, qui se considèrent comme musulmanes ont été interrogées sur le territoire belge.

L’enquête, publiée par le « Journal of Ethnic and Migration Studies », relayée par le quotidien néerlandophone De Morgen, révèle que la moitié des belges musulmans sont considérés comme fondamentalistes. Pour en arriver à cette conclusion, les personnes interrogées ont répondu par « oui » ou par « non » à trois affirmations:

- Les musulmans doivent retourner vers les racines de la foi.

- Il n’y a qu’une seule interprétation du Coran. Chaque musulman doit s’y tenir.

- Les règles religieuses sont plus importantes que les lois.

Le panel interrogé en Belgique montre ainsi que la première affirmation recueille 66 % de « oui » (61,4 % en France), la seconde 82,2 % (81, 7 % en France) et la troisième 69,6 % (73,2% en France). Plus de la moitié des belges musulmans questionnés (52,5 %) ont répondu « oui » aux trois affirmations et sont donc considérés comme « fondamentalistes ». Seule l’Autriche compte davantage de musulmans dits « fondamentalistes » en termes de proportion (55,2 %) que la Belgique.

Le Soir

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« J’ai passé deux jours à me souvenir d’aimer les gens juste parce qu’ils étaient là et qu’on pouvait encore le leur dire. J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée. Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb. Je les ai aimés dans le mouvement de la focale écartée en grand, leur geste devenait aussi une déclaration d’amour – regarde-moi, prends-moi en compte. On ne tire pas sur ce qu’on ne voit pas. »

Virginie Despentes

Que font Bernard Cazeneuve et Manuel Valls ?

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« Puis est venu Coulibaly. En deux temps, jeudi matin, la policière, et vendredi après-midi, l’épicerie casher de la porte de Vincennes. Cette fois comme un mauvais remake de Merah – d’abord le fonctionnaire qui ressemble le plus possible à l’assassin, comme effacer une version de soi qui se serait plus intégrée, à qui on aurait confié les armes de la République alors qu’à toi on n’a confié que dalle, crevard, et ensuite les Juifs – et on peut le voir de la même façon, quand même, une version de toi qui aurait mieux réussi. Une saleté de preuve supplémentaire de ta propre nullité : puisque d’autres réussissent à le faire, qui te ressemblent quand même beaucoup, c’est vraiment que t’es qu’une merde, toi et tous ceux qui te ressemblent. Alors crevez tous. »

Virginie Despentes

Le zyprexa n’est plus en vente ? Sinon résumons le délire despentesque : le nègre est un juif resté prolétaire et le juif serait un nègre devenu riche, en trois mots, un blanc, un abject, une merde.

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« Sur Facebook, j’ai vu aussi un journaliste demander à une musulmane de se dissocier officiellement des meurtres. Je crois que c’est ça qui a marqué la fin de ma phase “amour pour tous”. On a chacun nos petites obsessions. La sienne, c’est que tous les musulmans doivent payer. On a un peu envie de lui dire, gars, le jour où les rebeus sortiront tous leur kalachnikov des caves pour nous tirer dans la gueule, à la couleur, comme le contrôle de papiers, plus t’as l’air blanc moins t’as de chance de terminer ta journée entier, ce jour-là, tu verras, on sentira la différence. Pour l’instant, je ne vois pas bien pourquoi le monsieur qui vend des légumes au bout de ma rue devrait se sentir plus proche des tueurs que moi. On est tous du quartier des Buttes-Chaumont, on n’y peut rien si c’est dans notre parc que les tueurs faisaient leur jogging. Pas plus le rebeu qui vend ses légumes que moi, on vit dans la même rue, pourquoi lui plutôt que moi ? […] c’est ça, au final, ce que nous vivons depuis une semaine : les hommes nous rappellent qui commande, et comment. Avec la force, dans la terreur, et la souveraineté qui leur serait essentiellement conférée. Puisqu’ils n’enfantent pas, ils tuent. C’est ce qu’ils nous disent, à nous les femmes, quand ils veulent faire de nous des mères avant tout : vous accouchez et nous tuons. »

Virginie Despentes

Ce qui vaut pour l’épicier arabe en particulier ne vaut pas pour l’homme en général, c’est publié dans les Inrocks, un journal de gauche, en bon français, on appelle ça du racisme mais les juges doivent estimer qu’une femme raciste est raciste avec ses ovaires, ce qui n’est pas grave tandis qu’un homme raciste est raciste avec sa bite et ça c’est méchant et dangereux, surtout quand la bite en question est café au lait.

 

Publié par : Memento Mouloud | février 6, 2015

1972 : L’affaire Bruay en Artois et la justice populaire

Le 5 février 1972, Michel Foucault et le dirigeant de la gauche prolétarienne, Benny Lévy alias Pierre Victor, débattent du concept de justice populaire. Dès le départ Michel Foucault sépare la forme-tribunal (un élément tiers, la référence à une règle universelle de justice, une décision avec pouvoir exécutoire) des actes de justice populaire. Il désigne la première comme un embryon d’appareil d’Etat, la seconde comme une manière, en période révolutionnaire, d’opérer le partage entre le peuple et ses ennemis. Pierre Victor lui oppose l’exemple chinois et la justice organisée et politique de l’armée rouge qui se distingue des règlements de compte possibles. Foucault ne vient pas sur le terrain de Pierre Victor (celui de la différence entre une justice toujours bourgeoise et une justice dite prolétarienne), il réplique par une généalogie.

Il établit que la justice devient, durant la période féodale, un droit (lucratif) du côté du pouvoir et une obligation (coûteuse) du côté des classes subalternes. De fait, la justice s’adosse à une coercition armée. Avec la crise du XIVème siècle, l’ordre judiciaire nouveau ne peut être qu’étatique. D’une part, il prend en charge la lutte antiséditieuse, d’autre part, il contraint à la prolétarisation, mendiants, vagabonds et oisifs, les « inutiles au monde » en les poursuivant. Il coupe en deux les classes subalternes et sépare la « lie » du peuple véritable, le peuple de ceux qui se lèvent tôt et travaillent en chantant. Dès lors toute justice populaire est opposée à la forme-tribunal qui masque le triple nœud entre guerre sociale, prélèvement fiscal et force armée. Elle est liée à la résurgence de formes archaïques et cruelles de vengeances privées spectaculaires.

Etrangement Pierre Victor déplace son propos de la Chine maoïste, avec son idée de délégation du pouvoir de la plèbe à l’armée rouge (embryon du futur appareil d’Etat révolutionnaire), vers les filles tondues de la Libération qui « avaient couché avec les Boches » qui deviennent plus loin des « officiers allemands ». Il en conclut que la bourgeoisie française, « nouvel ennemi », a manipulé un acte de justice populaire afin d’éviter le châtiment des « vrais collabos » et « véritables traîtres ». Pierre Victor en conclut que le tribunal populaire est l’instance du châtiment et de l’apparition de la vérité soumis aux impératifs politiques du moment que les masses, perclues de contradictions, ne peuvent saisir. Subtilement Foucault lui répond que les tribunaux de la Libération ont moins condamné que blanchi. Il ajoute que la lie du peuple est toujours un instrument de répression disponible dans le combat contre le prolétariat.

La lie du peuple et sa production sont donc pour Foucault le centre du dispositif pénal. D’une part parce que l’Etat doit en assurer le contrôle, d’autre part parce que la lie est une armée de réserve de la répression et une limite (à ne pas franchir) aux yeux de tous. In fine, la lie du peuple est indirectement un instrument de consensus autour de valeurs dites communes.

Michel Foucault ne nie pas la nécessité d’une instance afin de déterminer un acte de justice (« qui « ne peut pas être confié à une espèce de spontanéité instantanée » car ce « besoin de riposte qui existe, en effet, chez les masses, il faut trouver les formes pour l’élaborer, par la discussion, l’information ») mais il appelle à une critique radicale de la forme-tribunal.

Le 6 avril 1972, deux mois après cette discussion publiée par les Temps Modernes, le corps dénudé et mutilé de Brigitte Dewevre gît sur un terrain vague de la cité minière de Bruay où il ne reste plus qu’un peu plus de trois mille mineurs sur les dix-neuf mille de la Libération. Une semaine après, le juge Pascal inculpe un membre local du Rotary Club, Pierre Leroy au prétexte que le domicile de sa maîtresse n’est pas très loin du lieu où le corps de la victime a été découvert. Les indices sont maigres : le principal suspect portait un col roulé, la mère de Pierre Leroy a nettoyé elle-même les vêtements de son fils le lendemain du crime plutôt que les porter au pressing, enfin un trou de quinze minutes lézarde l’alibi de l’incriminé. Comme notaire, le bonhomme est chargé des transactions immobilières en lien avec la compagnie des Houillères. Le 1er mai, la Cause du Peuple, l’organe de la gauche prolétarienne titre « Bruay : et maintenant ils massacrent nos enfants ! ». On peut y lire les réflexions avinées de certains habitants du lieu « Il faut le faire souffrir petit à petit- qu’ils nous le donnent, nous le découperons morceau par morceau au rasoir ! – je le lierai derrière ma voiture et je roulerai à cent à l’heure dans Bruay ! il faut lui couper les couilles » et le journaliste de conclure, « Oui nous sommes des barbares ». Plus tard, la Cause du Peuple prétendra que la jeune fille fut violée puis tuée suite à une partouze de bourgeois du cru. Le journal n’ira pas jusqu’à impliquer le couple Pompidou. Sur la maison de la maîtresse du notaire, on peut alors lire sous la plume d’un admirateur de Jacques Brel « Bourgeois…Cochons » et sous celle des journalistes de la Cause du peuple, « qui à Bruay en Artois achète de la langouste ? » ou « c’est un acte de cannibalisme ».

Ceux qui mènent cette campagne s’appellent Joseph Tournel et Serge July, l’actuel scripteur d’un dictionnaire amoureux du journalisme. On y trouve aussi Jacques Theureau, François Ewald, l’actuel concepteur de l’opposition entre riscophiles et riscophobes et Simone Weber qui sera condamnée en 1991 pour l’assassinat de son second mari et de son amant. André Glucksmann, Robert Linhart, Gérard Miller, Christian Jambet s’opposent à cette campagne. Le 17 mai, Sartre tonne contre le lynchage, cette « pratique trop louche » et « réactionnaire ».

Pierre Victor lui adresse une réplique imparable, il écrit « c’est la première fois depuis 1968 que le peuple ouvrier se met complètement à contrôler la justice…Cette imagination est très sérieuse, elle revient à imaginer de renverser le monde : de faire subir au patron ce que l’ouvrier a souffert, et, en fin de compte, de le faire travailler à la place de l’ouvrier –‘’Dreyfus à la chaîne’’, à Bruay, ‘’Leroy à la fosse’’ ».

En 1986, il dira « Qu’est-ce qu’il y avait de plus nul, de plus minable, dans ces articles concernant Bruay, que dans les autres papiers sur la classe ouvrière publiées par la Cause du peuple ? Ce qu’on nous reprochait à ce moment-là c’était de jouer sur la corde moraliste…Il faudrait comprendre pourquoi tout le monde nous est tombé dessus. Je me demande si ce n’était pas l’occasion rêvée, pour le pôle libidinal, de prendre sa revanche sur nous. Car c’est cela qui s’est joué, entre 1968 et 1973 : est-ce qu’un discours corrosif qui reste, quant au fond, prolétarien peut fonctionner encore ? Il y avait nous. Et il y avait les autres, ceux qui avaient choisi la voie du marxisme libidinal, du joyeux immoralisme. Ce pôle-là, nous l’avons vraiment emmerdé. Et il a trouvé sa brèche avec les fumeuses et fameuses histoires d’avortement. »

Publié par : Memento Mouloud | février 5, 2015

1971 ou Nixon et le haricot magique

Lorsque les Etats-Unis abandonnèrent la convertibilité du dollar en or, en août 1971, ils avaient étendu les bombardements stratégiques à tous les pays de l’ancienne zone indochinoise, vivaient une sorte de guerre civile de faible intensité et s’acheminaient vers un condominium avec l’URSS de Brejnev. Il fallait qu’ils opèrent une percée sans quoi leur hégémonie touchait à sa fin.

L’art de Nixon et de Kissinger consista à maquiller en mesure technique un choc stratégique que les européens étaient dans l’incapacité de comprendre mais que les japonais avaient saisi à l’instant même. D’une part, la puissance américaine changea d’allié dans la continuité d’une obsession asiatique qui datait de son implication dans la guerre de conquête japonaise qui avait abouti à Pearl Harbor. Les Etats-Unis tendaient la main à la Chine communiste au moment où ils étouffaient dans l’œuf toute tentative de socialisme sur les continents américain et européen, laissant l’URSS arborer les couleurs rouillées d’un stalinisme à visage mafieux et les terroristes endimancher le communisme avec les couleurs du deuil éternel. Ils renforcèrent l’alliance avec les puissances musulmanes (Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Egypte), dès lors que le dollar se mit à flotter. Ils laissèrent les émules des Chicago Boys expérimenter dans l’ombre de Pinochet et plus sérieusement dans les salles de marchés où les premiers produits dérivés se présentèrent.

Comme la Trilatérale avait diagnostiqué l’ingouvernabilité des sociétés démocratiques, l’élite américaine en vint à déplacer les lieux de pouvoir vers les multinationales et les modalités de l’autorité légitime, autour des procédures d’arbitrage où Plutus est la seule loi. La jonction serait assurée par les croupiers diplômés des salles de marché. De l’Etat, on n’attendait qu’une certaine manne fiscale mêlée d’endettement dès lors qu’il fallait financer un effort de guerre qui se différenciait radicalement du cycle ouvert en 1941 pour s’achever par le désastre symbolique de l’évacuation de Saïgon. L’Université allait populariser la distinction entre soft et hard power mais dans le domaine de la puissance, celle-ci ne se partage pas, elle innerve, elle contourne, elle crée, elle ploie, elle endigue, elle neutralise, elle guide enfin, elle abat. Quant à la gouvernabilité on allait la restaurer à travers la compétition entre prolétaires surnuméraires du globe et un mixte de pauvreté et de chômage de masse.

L’endettement et le réseau de clientèles qu’il crée avait une figure essentielle dans le serpent, c’était une figure biblique, une figure bien faite pour tenter des auditeurs de chants et de sermons qui confient leur montée de dopamine et de sérotonine à des industries culturelles, à des vendeurs de came et à des prêcheurs d’enthousiasme et de haine conjointes. Le pasteur figurait l’antonyme du toxicomane, les américains ne savaient pas que les deux personnages antithétiques d’une mythologie recyclée allaient fusionner dans un idéal bistre, celui du détective rédimé en voyeur-exhibitionniste, une sorte de Bruce Willis tapotant ses écrans, un whisky-coca à la main, indifférent au spectacle de la corruption triomphante parce que dévoué à sa seule image glorieuse et déchue. Les américains et les autres ne savaient pas que c’était là le modèle proposé, devenir son propre commissaire épuisé, son propre Narcisse dégoûté, son propre vanneur toujours prêt à décharger son flingue dans la foule des figurants.

Publié par : Memento Mouloud | février 3, 2015

DSK for ever

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Nommé le 1er novembre 2007 à la tête du FMI, Dominique Strauss-Kahn avait été mis en cause en 2008 pour une relation extraconjugale avec l’une de ses subordonnées, Piroska Nagy, cadre d’origine hongroise employée au département Afrique du FMI. Déjà,  DSK avait comme un tropisme. Une enquête interne avait conclu à l’absence d' »abus  d’autorité » mais Dominique Strauss-Kahn avait présenté des excuses publiques en  reconnaissant « une erreur de jugement ». Celle-ci avait écrit aux enquêteurs : « je n’étais  pas préparée aux avances du directeur général du FMI. […] J’avais le sentiment que  j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais. […] Je crains que cet homme  n’ait un problème qui, peut-être, le rend peu apte à diriger une organisation où  travailleraient des femmes. »

Cette femme n’avait pas compris que la sexualité social-démocrate possédait comme  substrat un club de gens de bonne compagnie. On s’y échangeait des légitimes, des  maîtresses et des putes afin de perdre, dans un tourbillon de bonnes manières, les trop  faciles assignations d’état-civil. De toute façon, ce monde était emmerdant. Que pouvait il faire d’autre ? Sauver l’univers de la cupidité ambiante. Mais qui croyait encore à ce  genre de conneries, à part Joseph Stiglitz. Encore un putain de juif qui s’en remettait à un tikkun keynésien. Dominique avait laissé ça dans les bureaux de la MNEF et les couloirs  du mitterrandisme. Toute cette panoplie de l’intellectuel en charpie puait le relativisme  mais c’était un parfum moins encombrant que les charniers de l’utopie moderne. Ça  sentait peut-être le foutre et un peu la merde mais personne ne sortait d’un gang-bang,  décapité à la hâche avec ses aveux sur un parchemin du NKVD.

Dominique avait tenté d’agir auprès des instances dirigeantes du FMI afin de favoriser la  carrière d’une ancienne partenaire socialiste de partouze, Emilie Byhet. Comme quoi, il  pouvait aider les femmes quand elles étaient des Loges cochonnes et Cie. Pensionnaire  régulier du club échangiste, les Chandelles, DSK était décrit comme un forcené du cul  mais jamais comme la doublure pathétique d’un performer façon Marc Dorcel.

On trouve une mention rapide des chandelles dans l’ouvrage de Michel Houellebecq, les  particules élémentaires. Le club y est présenté comme un appendice de cette sexualité  partouzarde social-démocrate dans laquelle Bruno et Christiane vivent leurs quelques  mois de bonheur malgré la chute tendancielle du taux de plaisir. En revanche, nulle  mention de DSK, pourtant abonné.

On en vient forcément à se demander si Dominique et Anne étaient liés à cette sexualité  social-démocrate décrispée ou si Dominique était un exclusif de la liaison entre amitiés  masculines, partouzes et adjonction de professionnelles pour enrayer la chute  tendancielle inévitable et l’ennui qui la suit.

DSK était sans doute dans l’entre-deux.

Après tout il n’était ni une pop-star, ni un acteur adulé si bien que ses journées ne  ressemblaient pas à celles décrites avec minutie par Sofia Coppola dans Somewhere. Ce n’était pas non plus un footballeur ou un  chanteur qui fait son marché sans bien regarder l’âge légal pour tailler une pipe, c’était  juste un candidat à la présidentielle confronté à deux tocards et éliminé d’un commun  accord.

Comment tout a commencé, sans doute par une scène semblable à celle décrite par  David Roquet, un collaborateur du groupe de BTP Eiffage. « Je suis allé avec Jade, une  prostituée que René (René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, mis en  examen) m’avait fait connaître. Il y avait Fabrice Paszkowski et Jean-Christophe Lagarde.

On s’est retrouvés à la gare et puis, à quatre, nous sommes allés sur Paris. Nous nous  sommes rendus dans un hôtel, l’hôtel Murano. Nous avons mangé dans la chambre puis  nous avons eu des relations sexuelles tarifées. Chacun était avec sa copine, moi j’étais  avec Jade, DSK avait aussi sa copine et il y avait d’autres personnes.»

  Question policière : «Est-ce que M. Strauss-Kahn a payé quelque chose?»

-«Non, il était invité.»

- «Il était invité mais il venait avec une copine?»

- «Oui.»

Sur le Procès-Verbal, David Roquet a affirmé que les billets d’avion ont été réservés à  chaque fois par son ami Fabrice Paszkowski, via l’agence événementielle de sa  compagne, Virginie D… « C’est sa société qui avançait l’argent, et ensuite elle établissait  une facture ; c’est pareil avec Fabrice : il organisait, il prenait la moitié des frais et me  disait ce qu’il me restait à charge. » Soit entre 12 000 et 15 000 euros pour chacun. « Je  tiens à préciser que le prix de chaque nuit était de 1 200 euros la nuit, et cinq chambres  étaient réservées ».

Économe des deniers de son entreprise, David Roquet prenait, dit-il, des billets ordinaires  et non business. Trois voyages ont été relevés par les enquêteurs: en décembre 2010,  février 2011 et du 11 au 13 mai 2011, soit la veille du samedi 14 lorsque le patron du  FMI fut arrêté à New York.

On nous disait ces gens travaillent d’arrache-pied, juste le temps d’avaler un sandwich et  de mettre une chemise enveloppée dans un sachet en plastique et les voici au chevet du  monde. « Agir en sauvage, penser en stratège », il se répétait l’adage en avalant un café  entre deux rendez-vous, le nez poudré de cocaïne. Un truc éreintant que cette vie de thaumaturge et d’oligarque nomade. Loin de tout, loin des siens, « j’aurais voulu être un artiste », tout ça, le trip chevalerie costard-cravate.

Bilan, quand on regarde l’agenda de DSK, on observe que le type ne fout strictement  rien. Il ne lit pas, il ne pense pas, il baise comme d’autres font des joggings. Il va au restau, il prend le temps de rencontrer le 60ème petit ami de sa fille de 36 ans, avant d’aller voir Merkel pour lui exposer son point de vue, du moins le point de vue de son staff. Sa femme assiste au 50ème anniversaire de fesses joufflues alias Patrick Bruel alias Benguigui, alias tocardman, une sorte d’Intouchable d’il y a 15 ans. Décidément les français ont mauvais goût, ou plutôt les françaises. Le royaume du chic sent le faisandé.

Il y a encore trois ans, on les entendait les pauvres, nous dire que c’était DSK qu’il fallait. Désormais on le conspue de meetings féministes en dîners. Certaines ne voulurent pas croire que c’était là un violeur. Elles avaient raison, juste un cochon qui, après une nuit partouzarde, ne manque jamais de se faire sucer si l’occasion se présente. N’importe qui, n’importe quoi, le moindre galbe lui fout la trique quand il se lève sur les coups de midi. Une femelle dans l’ascenseur et oups Priape se découvre. On dira, « pas grave, c’est normal, c’est un chaud lapin, un libertin ». Comme l’écrit Marcela Iacub, «le personnage est un être double, mi-homme mi-cochon (…). Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté»

On peut tout pardonner à un homme de pouvoir mais pas ça. «Le cochon, c’est le présent, le plaisir, la vie qui veut s’imposer sans morale, qui prend sans conséquence…la liste de tes maîtresses, de tes conquêtes d’un jour, de tes putes successives et concomitantes montrait un autre aspect émouvant de ta vie de cochon. Ces femmes étaient laides et vulgaires comme si en chercher de jolies était déjà une manière d’être plus homme que cochon.» On peut espionner ses opposants et laisser filer les voyous, on peut plastronner sur tous les plateaux en tant que ministre de l’Intérieur et se révéler incapable d’endiguer la délinquance. Cela se pardonne et s’oublie.

Un bijoutier, un buraliste, un juif, un journaliste, un policier se font buter, on crie « c’est inadmissible », comme si un cravaté d’énarchie passait l’oral du micro-trottoir et était payé sur fonds publics pour nous débiter ses condoléances et ses « je suis avec vous Madame ». Et toujours les mêmes zozos, les mêmes baby-boomers pour applaudir et voter pour la même clique de demeurés qui servent de gouvernement. Des gars qui causent le langage des gangsters font la leçon à DSK, c’est merveilleux.

« Voilà ta véritable faute, ton unique faute impardonnable. Tu as prétendu que tu étais prêt à donner ton sang pour la patrie quand en vérité tu te serais servi de cette patrie pour verser ton sperme inépuisable. Tu aurais transformé l’Elysée en une géante boîte échangiste, tu te serais servi de tes assistants, de tes larbins, de tes collaborateurs et de tes employés comme de rabatteurs, d’organisateurs de partouzes, d’experts dans l’art de satisfaire tes pulsions les plus obscures. […] Pour cette faute tu seras toujours honni, maudit, méprisé, mis au ban par la douce France qui avait mis tant d’espérances en toi. Rien ne sera en mesure de te relever, aucun non-lieu, aucun accord. La politique te sera à jamais fermée. […] »

Sans doute par modestie, Marcela avait oublié d’ajouter qu’un juif qui joue le cochon dans un pays si doux et si islamo-catholique que la France, si puritain-athée que l’hexagone, si province du marché mondial, ne peut qu’être conspué mais pas pour les bonnes raisons parce que la seule bonne raison c’est que la dépendance à l’Instant du cochon DSK l’empêchait de viser la présidence. Du moins la présidence d’un pays indépendant, d’une puissance même moyenne.

 Seulement la France n’est plus une puissance, même moyenne parce qu’elle n’est plus une puissance du tout. Et ce constat, DSK le connaissait bien. Administrer le capitalisme du désastre affranchit de toute illusion. La sphère de coprospérité atlantique oblige l’hôte de la Maison Blanche pas celui de la sous-préfecture élyséenne à tête nucléaire.

Son blackberry contenait nombre d’informations confidentielles, voisinant avec des textos du genre «Tu viens accompagné à Washington ?». C’est donc à cet homme que les français allaient confier une certaine force. «J’emmène une petite faire les boîtes de Vienne (Autriche) le jeudi 14 mai. Ca te dit de venir avec une demoiselle? Au fait tu sais pas où j’ai mis le code confidentiel du PC de Taverny ». Réponse « je crois que t’as oublié ta clé entre les deux seins de Marylou ». Re-texto, « Ah Putain, t’as raison, tu peux envoyer Stéphane Fouks le récup’. Bisous et gare à tes fesses, je viens juste de découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel) ».

Ce type a donc figuré pendant des décennies comme un espoir, un sacré pédagogue, un  mec vraiment sérieux, épaulé par des pointures du patronat comme Raymond Lévy. Et lui de se gonfler le melon, de frétiller de la queue, d’hennir de la prostate à chaque coup de rein, avec la Sinclair pour signer les chèques et rêver du destin de première dame de France.

Des français qui ne savent plus ce qu’ils sont, lointains appendices d’un Empire atlantique ou cul de sac de l’Eurasie ont tripé sur un juif avant de le recracher sous la forme d’un cochon. Comme d’habitude, l’indignation morale a masqué les questions et l’art n’est pas venu.

Avec DSK, les femmes dites libérées ont un beau miroir devant elle, un beau miroir d’intellectuelle à la con, qui veut du mâle parfait, c’est-à-dire provisoirement sur le podium, comme si un individu n’avait pas pour fonction d’explorer des espaces inconnus et parfois de s’y casser les dents. Il suffira donc de paraître résolu dans les actes et décidé, en paroles, pour jouer les sur-mâles et voir se pavaner, comme en chaleur, toutes les connes du régiment, même diplômées et élevées dans les bonnes familles.

Elles parlent, toutes, les langues les plus modernes de l’Occident, celle des traités de sociologie et des avions, des cultureux et des gourous bouddhistes à l’humour plombé, des parlementaires ministrables et des essayistes de France-Cul, des conseillers en placement et des congrès cognitivistes, toutes ces langues empesées où l’on débat gravement des problèmes sociaux et de ceux du futur, de la révolution arabe et du féminisme, des femmes dans l’islam et des hémorroïdes chez les quinquas.

Ces langues qui permettent d’improviser un échange de vues avec n’importe quelle dame émancipée avant de tringler icelle, sans grand enthousiasme. Il faut bien le dire. Quand on voit Anne Sinclair, on voit la femme occidentale dans son dernier atour. Jusqu’ici la femme n’avait jamais créé le futur que sous la forme d’un enfant et elle portait cette fidélité à l’évènement avec plus ou moins de réussite. Désormais elle y ajoute le vide et le clinquant, et que devient-elle sinon ce mannequin bouffi de suffisances et troussé de fidélité imbécile mais corrélée sur l’indice synthétique des Bourses qui a nom Anne Sinclair ?

L’Empire du Bien, le rêve de l’Occident, produit la pire canaille de haut en bas et de bas en haut, on a plus honte de rien, moi comme les autres. Aujourd’hui, c’est le commandeur qui finit à la casse et Don Juan qui bénit les foules avec son foutre dans un abreuvoir.

220 jours de voyages, de conférences, de types qui l’attendent comme s’il était le messie, de types qui envoient tout un tas de doléances, de jérémiades, d’escorts girls plus ou moins bonnasses, de connes à micros qui pensent qu’entre deux faux-cils et une branlette, il allait leur révéler le secret du monde.

Quel métier de catin que celui de journaliste.

Toujours à colporter des rumeurs, à jobardiser, toujours là pour le cirque où des clowns dans son genre font le trottoir des espérances. Le pire c’est le coup de l’amitié, le gars qui lui tape sur l’épaule en clignant de l’œil et qui voudrait intégrer l’équipe de campagne pour se taper en troisième main, des filles qu’il a vues sortir de ses chiottes tandis qu’il remontait sa braguette.

Il était comme les nanas du quartier rouge dans la transparence d’une vitrine où il montrait son cul à des affamés, sauf que son cul c’était sa sollicitude. Voilà le dirigeant démocratique new style, une pute qui parle à cœur ouvert à des gars et des filles qui voudraient retourner en enfance et sucent le pouce de leur gâtisme, toujours partants pour la prochaine fête où l’orchestre jouera la partition du Bien.

Halte aux malheurs, sus aux inégalités, des foyers pour les sans-papiers, des emplois pour tous, les français d’abord, tous ensemble. C’est dire s’ils font peur les opposants à l’oligarchie qui attendent leur tour de gloriole.

C’est pas comme cet anarchiste espagnol qui, cerné par la police, sortit avec un flingue dans chaque main, pour finir cribler de balles. Aujourd’hui les subversifs attendent juste qu’on leur ouvre un guichet, ils font tellement pitié que ça donne toujours envie d’aller plus loin dans le purin. On peut toujours clouer DSK au poste de téléviseur dans un huit clos de série noire, rien ne viendra rédimer un monde aussi médiocre.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 25, 2015

Anatomie de la crise grecque et délire européen (2000-2014)

An 2000

La Commission a décidé de déférer la Grèce devant la Cour de justice parce que sa législation relative au prix de gros des médicaments a pour effet d’entraver les importations en provenance d’autres Etats membres. En Grèce, le système de fixation des prix des médicaments est basé sur un « prix de confirmation » égal au prix le plus bas en Europe. Le prix de tous les médicaments commercialisés en Grèce ne doit pas dépasser le « prix de confirmation ». Dans la pratique, cependant, ces règles sont souvent appliquées d’une manière qui constitue une discrimination à l’encontre des produits importés d’autres Etats membres.

Single Market

2002

Goldman Sachs réalise avec le gouvernement grec un cross currency swaps, soit des contrats d’échange de dérivés d’obligations libellés en yen et en dollars contre d’autres libellés en euros et ce pour une durée de 20 ans. Les premières sont émises par l’Etat grec, les secondes par la banque d’affaires américaine. Ces swaps sont bien sûr réalisés hors bilan par une entité appelée Titlos. Le Titlos, en question, est un équivalent des SIV (Special Investment Vehicles) dont se servent les banques pour financer, hors bilan, l’acquisition de CDO (collateral debt obligation), paniers de crédits hypothécaires sanctionnés par un AAA au sein des agences de notation. Ainsi les dettes disparaissent, comme par enchantement, des bilans. Autre bonne affaire pour Goldman Sachs, après que l’Etat grec a touché son pactole la première année, mathématiquement ce sera le tour de la banque de récolter la moisson bien au delà de la somme prêtée.

2005

Alors que le gouvernement grec refourgue les dérivés de Goldman Sachs à la banque nationale de Grèce (privée), les transformant en dette d’Etat, la Grèce est admise dans l’euroland sur la foi d’un déficit public de 3 % du PIB qui s’élève, en fait, à 7 %. Or, entre 1826 et 1932, le pays a fait faillite à cinq reprises. Pas grave, Eurostat comme le conseil des ministres de l’UE avalisent l’artefact. Cerise sur le gâteau, les titres d’Etat créés de toutes pièces sont acceptés par la BCE de Francfort comme garanties d’avances futures. L’Etat grec pratique donc une des plus vieilles opérations du monde, la cavalerie. Titlos ne suffisant plus, on crée d’autres SIV, Aelos ou Ariane, l’un basé sur les taxes de l’aéroport d’Athènes, l’autre sur les revenus de la Loterie nationale. Retour aux avances consentis par les fermiers généraux du temps de la monarchie absolue.

Janvier 2010

La dette publique grecque atteint les 300 milliards d’euros. Alors que l’Etat grec s’apprête à placer pour 8 milliards d’euros de bons du Trésor à 5 ans et 6,1 %, le Financial Times annonce que Goldman Sachs aurait envoyé une équipe mendier auprès de la Chine 10 ou 25 milliards d’euros afin de renflouer le partenaire grec défaillant. Le soupçon se renforce quand on apprend que Goldman Sachs aurait acheté des CDS sur la dette grecque pariant sur le collapse de l’Hellade.

Avril 2010

Les Etats de la zone euro, s’engagent contre la mise en œuvre de « réformes de structure » à renflouer le partenaire grec à hauteur de 80 milliards. Le FMI de DSK y ajoute une trentaine de milliards. Personne ne pose une question, comment un pays peut-il rembourser sa dette lorsque son déficit budgétaire annuel atteint les 30 milliards et son déficit commercial les 28 ?

Mai 2010

L’Etat fournissait emplois (surtout pour les gens de la famille) et hausses de salaires (sous forme de primes ou de 13e et 14e mois, pour que ça ne se voie pas trop). Tout ceci pour acheter les votes et assurer la paix sociale. L’Union européenne fermait les yeux et continuait d’attribuer de généreux fonds de développement, sans vérifier s’ils étaient efficacement utilisés, fournissant ainsi de l’argent facile aux grosses boîtes privées. Magouille, travail au noir, fausses déclarations d’impôts, petites enveloppes sous la table : personne ne disait rien, tout le monde ayant un jour profité du système pour s’acheter un permis de conduire, trouver un boulot, ou construire 250 m2 au lieu de 80.

Le plan d’austérité réduit le pouvoir d’achat de tout le monde. Il prive de revenus nécessaires des petits fonctionnaires et des retraités qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts. Il met en péril le petit commerçant et l’artisan du quartier. Le prix de l’essence a déjà augmenté de 10%. La soupape de l’immobilier, qui avait permis à une génération d’enfants gâtés de vivre confortablement, ne fonctionne plus (60 000 logements neufs invendus dans la Grèce du nord). Trouver un deuxième emploi n’est plus une option. Les banques ne prêtent plus, les sociétés de cartes de crédit relancent les clients tous les deux jours pour être remboursées.

Depuis quelques mois, les Grecs évoluent. Ils considèrent maintenant comme normal de taxer les activités commerciales de l’Eglise, organe tout-puissant, impliqué ces dernières années dans des scandales politico-financiers. Ils n’ont plus peur de dénoncer les médecins ou les fonctionnaires corrompus : cinq agents des impôts viennent de prendre de sept à quinze ans de prison pour corruption passive ; le patron du bureau des permis de construire de Syros vient de tomber, incapable de justifier sa fortune personnelle de 600 000 euros.

Un exemple vu à la télé : une pauvre dame se demandait comment faire pour payer les cours de rattrapage privés de ses enfants (5 000 euros par an). Si la moitié de cet argent allait dans les caisses de l’Etat (en déclarant honnêtement ses revenus et en payant ses impôts), l’école publique fonctionnerait. Les parents n’auraient pas besoin de payer des cours privés, souvent donnés par les enseignants du public qui arrondissent leur fins de mois (salaire d’un prof : 950 euros). Même chose pour les dessous de table pour avoir un bon docteur.

Rue 89

Mai 2011

Récemment, à Athènes, en Grèce, des militants d’extrême droite ont lancé des attaques contre des immigrés dans le centre de la ville. Tout a commencé le 10 mai. La veille, un homme de 44 ans qui accompagnait sa femme enceinte à l’hôpital a été agressé et poignardé à mort. On ignore qui sont les assassins, mais des groupes ont réagi en organisant une expédition punitive d’une grande violence contre les immigrés – ou même contre des Grecs qui ressemblaient à des étrangers – qu’ils tiennent en général pour responsables de l’augmentation de la criminalité et du chômage en Grèce.

Global Voice

Septembre 2011

La crise grecque se propage au monde de l’entreprise. Le groupe pharmaceutique suisse Roche a ainsi annoncé ce dimanche qu’il ne livrait plus ses médicaments aux hôpitaux grecs, ces derniers n’ayant pas payé leurs factures. « Il y a des hôpitaux qui n’ont pas payé leurs factures depuis 3 ou 4 ans », a déclaré le directeur général Severin Schwan, cité par un porte-parole. « On en arrive à un point, où on ne peut plus faire des affaires normalement », a-t-il ajouté. Roche a cessé d’approvisionner certains hôpitaux cette année. Selon le porte-parole de Roche, l’arrêt des livraisons a commencé cet été. D’après Severin Schwan, les hôpitaux publics grecs « ont l’habitude de ne pas payer l’industrie pharmaceutique », contrairements aux pharmacies.

« Certains hôpitaux ont repris leurs paiements, depuis que Roche a cessé de livrer, car ils ont compris que leurs réputation vis à vis des patients est en jeu », a directeur général de Roche. Le groupe suisse a parallèlement augmenté ses livraisons aux pharmacies, qui payent leurs factures plus régulièrement.

La Tribune

Un jour Papandréou s’est réveillé en se rappelant qu’il était grec. Pas démocrate, socialiste ou européen mais grec. Un jour Papandréou le cosmopolite qui ressemble à une caricature de highlander a redécouvert qu’il appartenait de toutes ses fibres à une nation, à une histoire et qu’il était de son devoir de consulter son peuple dès lors que se jouait non plus une simple crise mais la simple dissolution de la Grèce en tant qu’entité politique et partant morale. Les nations peuvent sans doute échouer mais Papandréou a redécouvert ce qu’affirmait Valéry, elles peuvent aussi mourir.

Dans la notion de politique traduit tardivement en français sous le double patronage de Raymond Aron et Julien Freund, Carl Schmitt avait perçu qu’une SDN pouvait décréter le blocus contre un pays et partant sa destruction par inanition dès lors qu’une norme supranationale primait sur toute autre considération. Nous sommes donc arrivés à ce point où lorsque la dictature des commissaires européens, des commissaires du FMI et des juges autoproclamés des agences de notation causent de sauvetage d’une nation, on doit comprendre que l’intérêt des créanciers prime sur la survie du dit peuple et qu’il pourra toujours se dissoudre en émigrant, en prostituant massivement ses femmes, en clochardisant ses vieux, en se transformant en main d’œuvre docile, en érigeant son pays en champ de foire pour rodéo post-colonial, en se déguisant en wargus, en intégrant, pour certains, l’élite vérolée du monde globalisé. C’est la voie russe vers le capitalisme, elle est désormais conseillée aux grecs.

Papandréou s’est réveillé et seul il a décidé de convoquer le peuple, comme Cicéron réclamait le justitium, on ne sait s’il va se rendre à la déraison européenne mais, au moins, il n’aura pas eu ce ridicule de socialiste espagnol qui tapine auprès de la Santander et roucoule les lois du marché auto-efficient comme ne l’aurait jamais fait Franco.

Avec la crise grecque on voit bien que l’idée européenne est un cancer à trois têtes : socialiste, technocratique, contre-révolutionnaire. Sa survie est un épisode de ce XIXème siècle à travers les âges qu’avait ausculté Muray dans son essai baroque.

Très tôt les socialistes ont émis des doutes sur l’idée européenne qu’ils trouvaient trop limitée. Les socialistes modérés en ont conclu qu’ils pouvaient tout intégrer dans cette Europe invertébrée parce qu’elle ne formait que la première pierre d’un édifice qui se terminerait par un gouvernement mondial. Les socialistes durs à la sauce post-communiste ou non, en deuil de la Révolution moribonde prônent aujourd’hui la dissolution des peuples européens dans le métissage général et le sans-papiérisme sans frontières. Puisque la Révolution a échoué, un continent de gueux de tous les pays donnera le signal de l’incendie où le grand soir fera de nouveau ses courses en slalomant entre les ruines et les charniers, l’islam servant de combustible.

D’origine saint-simonienne, l’idée d’une Europe productiviste, féministe, et championne de la paix s’est muée en une dictature des commissaires. Puisque l’ancienne aristocratie était morte, il fallait en refaire une sur les fondations pourries de l’Etat-Nation. Pour Jean Monnet, l’Europe n’était pas l’affaire des peuples mais d’un commando de fédéralistes qui allait bâtir le peuple européen à travers une chaîne d’institutions allant de l’armée au marché commun. Le fédéralisme étant enterré, l’Europe est devenue un étrange attelage où la souveraineté intermittente de l’Allemagne s’accouple à l’aréopage de commissaires et de lobbyistes qui siègent à Bruxelles. Une véritable délégation des pleins pouvoirs a transformé la Commission et son appendice le Coreper (sigle orwellien pour comité des représentants permanents) en une usine à produire des directives, donc des décrets-lois, dont la Cour de Justice assure le caractère normatif : libre circulation des capitaux, des marchandises et des hommes, concurrence non-faussée, défense acharnée des droits de propriété, dissolution progressive de tout dispositif de protection sociale au profit de l’assistanat, indifférentisme éthique pour le reste. Lorsque les commissaires du FMI ou de la Commission dirigée par l’ancien maoïste Barroso, n’arrivent plus à convaincre, même avec l’aide tarifée des agences de notation et les avis vénaux des économistes, l’Allemagne est chargée de sortir le big stick sauf en ce qui concerne la Turquie dont les Etats-Unis réclament l’admission avec insistance.

D’origine contre-révolutionnaire, l’idée d’un concert des nations européennes dont Metternich fut le champion, n’est plus. La référence, même vague, à la chrétienté a disparu et les Etats européens ont appris depuis 1945 à réciter avec précision les mille et un détours du vassal face au suzerain américain et à l’Ogre soviétique. L’Allemagne peut toujours faire peur avec ses panzer fantômes en Europe même, mais un pays dont la moyenne d’âge des électeurs avoisine les 50 ans ne peut en aucun cas s’affirmer sur la scène mondiale où le concert s’est déplacé. Quand la Chine communiste fait partie de l’orchestre, avec le Japon et bientôt le Brésil, on voit que le Concert en question est chargé d’établir sur la planète entière la loi du créancier que le mercenaire américain avec ses 700 milliards de dollars de budget pour la défense, se charge de rendre effective, tandis que le Royaume-Uni avec ses archipels de paradis fiscaux veille sur la tuyauterie de l’édifice. Quant à l’ONU, sa bureaucratie obèse et ses ONG subventionnées édictent des normes universelles selon lesquelles le droit des peuples à rentrer dans le rang du cordicolisme armé est proclamé horizon indépassable de notre temps.

En conséquence, l’idée européenne est, comme tous les délires du XIXème siècle, un mort-vivant qui n’en finit plus de se survivre de réunions d’urgence en carnaval des indignés sans que jamais le réel ne lui apporte le moindre démenti puisqu’elle navigue dans une sorte de réalité de synthèse où d’acte en monnaie uniques, la somme de ses désastres forme l’édifice flamboyant de son épiphanie.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 24, 2015

Encore une victime d’Al Qaida : le tyran Abdallah est mort

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Le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise

 

En déplacement vendredi au forum de l’oligarchie mondiale à Davos où il venait quémander l’aumône de quelques chèques auprès des représentants syndicaux de la finance mondiale, le président frankaoui et ancien ennemi, d’un meeting, de la dite Finance, François « Félix » Hollande voyait en l’Arabie saoudite, véritable modèle de despotisme éclairé « un partenaire, à la fois sur le plan économique et politique (…) J’avais avec le roi  Abdallah des relations de confiance, y compris pour lutter contre le terrorisme. », formule à laquelle semble se réduire la politique à l’heure de la démonologie. Les lignes se déplacent, bientôt le PS sera à la droite de l’UMP sauf sur les questions sociétales, bien entendu.

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De François « Félix », on peut dire qu’il porte en un cœur tout laïc, une flamme toute chagrine, il vient rendre les honneurs au chacal altéré de sang pour en voir naître et saluer un autre, plus jeune, donc plus éructant. De François on sait bien qu’il ne peut promettre aucune victoire et qu’à la différence de Condé, il nous adjoindrait de finir, égorgés comme des veaux, s’il n’était pas, seulement, un pitre aveuglé, un éternel abonné aux imaginations en berne, un homme dénaturé, un malheureux politique, un esclave ambitieux de peurs chimériques, l’égal d’un clown miteux, un frère de cirque.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 21, 2015

Le fils d’Andrea Gritti : une parabole

Andrea Gritti avait parcouru avec son grand-père toutes les missions diplomatiques de l’Europe latine et appris le métier de marchand, à Constantinople, conquise par le grand seigneur, avec l’aide d’un artificier hongrois. Comme tous les praticiens, il avait été formé dans les écoles de Padoue et à la science politique, c’est-à-dire à la lecture des politiques d’Aristote. Il n’écrivait pas de théorie, parce que la politique d’une République marchande n’est pas affaire de théorie, mais d’action et de gros sous. Il lui suffisait de savoir et de lire et de n’en rien dire à un public de pauvres et d’illettrés. Il était devenu l’ami d’Hirsec Ahmet Pacha, trois fois grand vizir. Rentré dans la fière cité de la Lagune, la cité idéale de ce temps, il avait épousé la fille du doge Vendramin. Celle-ci n’allait pas survivre à son premier fils, Francesco. Et celui-ci survécut à peine à sa mère. Ces deux-là, Andrea n’avait pas eu le temps de les pleurer.

Ses quatre autres fils, Andrea les avait tirés des entrailles de concubines turques. Il avait ses entrées à la cour ottomane mais n’en fut pas moins arrêté lors de la guerre de 1499. Pourtant, le sultan Bajazet le libère en 1501 car il a besoin d’un homme pour conclure la paix. Aussi, en 1503, après avoir obtenu un accord avec Ali Bey, pour le compte de la Sérénissime, Andrea part comme orateur de la République et s’en revient avec une de ses magnifiques relations qui font alors la gloire des ambassadeurs vénitiens qui l’ont transformée en genre littéraire à part entière.

En 1523, le voici doge. Il avait commandé les armées vénitiennes lors de la guerre de la ligue de Cambrai mais le peuple est oublieux et versatile et n’aime pas trop la gloire et l’intelligence ostensibles. Certains calculs lui échappent mais sa haine tombe parfois juste. Toujours pour de mauvaises raisons. On dit qu’Andrea favorise les juifs, on l’écrit. On prévient que si les grands sont incapables de conjuration, un tumulte populaire finira bien par le dépecer. Alvise Priuli, son adversaire et membre de la même famille, explique qu’un doge dont trois bâtards sont en Turquie est chose impossible ou du moins dangereuse.

En 1537, Andrea veut éviter la guerre contre la Porte dite sublime mais le sénat bascule à une voix de majorité. Giorgio, un de ses fils, vend alors tous ses biens et retourne auprès du sultan. Alvise, autre bâtard, éduqué dans les meilleures écoles vénitiennes se lie à Ibrahim, beylerbey de Roumélie. Il entretient une cour et un sérail, il vit en prince corrompu entouré d’eunuques, de concubines, de soldats purs comme une lame de cimeterre. Begoglu, il est fait filleul du grand seigneur. Il combat avec les turcs, en Hongrie, devant Vienne. Il connaîtra sa fin dans les montagnes de Transylvanie où les insurgés le décapiteront.

Or les ambassadeurs vénitiens observeront ceci, Giorgio n’était pas le seul de son espère à courir les bras ouverts servir le grand seigneur. Se convertir à l’islam, pour un citoyen vénitien, n’était pas une honte mais un passeport vers la richesse et les honneurs. Un passage, rien de plus.

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