Publié par : Memento Mouloud | novembre 22, 2016

Fillon, Fions, Fion, Fuyons

François Fillon, Fifi pour les intimes, est la créature des catholiques sociologiques , ceux de Sens Commun et du libéralisme revanchard qui voudraient que l’esprit de sacrifice succède à l’esprit de jouissance. Si on traduit cette rengaine bien connue, elle se résume simplement en ceci : ils aimeraient transformer ceux qui ne leur ressemblent pas en choses et en objets de leur jouissance sordide qu’ils tireraient de leur domination commune. Ils veulent notre silence, notre mutisme ou nos cris, ils nous prennent en blocs et en foules, ils s’imaginent les derniers hommes, les cons.

Ce sont les mêmes gens qui ne trouvent rien à redire à la perversité des prêtres violeurs d’enfants parce que les prêtres sont sacrés et que l’Eglise est infaillible, à la corruption endémique de cette même Eglise car l’Eglise est intouchable, à son alliance passée avec les régimes autoritaires, fascistes ou nazi parce que le communisme c’est mal, qui ne voient pas l’absurdité du célibat des pasteurs et continuent de professer cette idée surannée selon laquelle les femmes sont habitées par une matrice autonome, olfactive, vivante que seuls le mariage, l’enfantement ou l’abstinence peuvent maîtriser. Les mêmes pour lesquels le droit naturel de commander intime celui de se soumettre. Ils ne veulent pas seulement effacer 1789 mais jusqu’à l’évangélisme

Que cette droite soit de surcroît antisémite se lit dans les résultats. Humiliation de Sarkozy et plus encore de Copé, ces additions-là ne relèvent pas du hasard, ils pointent une aversion dont le ralliement à l’homme de l’ouest, l’homme des chouans est l’autre face. Aux yeux des catholiques sociologiques François Fillon est une métamorphose de Philippe de Villiers, ils avaient le général de Castelnau dans les années 1920 puis le colonel de la Rocque, Antoine Pinay, dans les années 1950, ils voulaient le tandem Pasqua-de Villiers en 2002, cette fois-ci, ils ont leur homme, leur incarnat, ils peuvent enfin parader, ils trépignaient depuis si longtemps.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 15, 2016

13 Novembre

Dimanche tombait un 13 novembre, j’ai vu à la télé les rassemblements spontanés autour de la place de la République, de fait des centaines de personnes avec des fleurs, des lanternes sur le canal Saint-Martin comme si Raiponce s’invitait dans le deuil national décrété par les autorités et puis cerise sur le gâteau, les Free Hugs distribués ; j’ai traduit, calins gratuits que ça voulait dire.

Je ne dis pas que nous retombons en enfance mais la voie est prise. Les pères Noël et les pères Fouettard de l’Etat d’urgence doivent planer bien haut, surplombant une nation de victimes, de victimocrates et de victimologues. D’ailleurs, à l’écoute des témoignages, on avait la sensation que tout Paris s’était donné rendez-vous au Bataclan ce 13 novembre. Des filles, des garçons disaient qu’ils devaient y aller ou qu’ils devaient se trouver en terrasse, qu’ils avaient échappé à la mort, c’était toute la France qui avait, semble-t-il échappé à une sorte de catastrophe naturelle, le terrorisme. C’est sûr, les djihadistes n’auront pas leur haine, ils ont la mienne en sus du mépris, c’est peu de chose devant ce déferlement de câlineries et de fronts plissés, de rires interdits et de cris étouffés, ces torrents de larmes qui semblent psalmodier, « djihadiste laisse-moi devenir l’ombre de ton croissant et de ta kalash » ou « Père fouettard que ton règne arrive avec ton double le Père Noël, ce sera chouette, vraiment ».

Il semble que les français n’aient toujours pas compris que nous nous vivons un tournant. Nous sommes cernés par les dictatures et les dictatures plaisent, elles ont le désir pour elles, le désir de servitude. Il faudrait combattre et nous pleurons, nous cajolons, nous huguisons et faisons un triomphe à ce type qui écrit sur le cadavre de sa compagne qu’ils auront son amour car c’est l’art de la litote de cacher l’hyperbole sous les dénégations. Va je ne te hais point, en effet, il ne les hait point, il conjoint l’amour d’une femme et celui de ses ennemis existentiels, il ne tend pas la joue, il prend le costard de Joseph K et offre son cou pour que les bourreaux aillent toujours plus vite, plus fort, plus efficacement.

Il semble que les français ne comprennent pas une chose. Les daechites seront ensevelis mais il restera Poutine, Erdogan, les autocrates arabes, le Parti Communiste chinois et tous les apprentis flingueurs, purificateurs, préservateurs et autres manieurs d’Etat d’urgence et de mobilisation permanente dans un contexte de concurrence, pour notre Bien évidemment et pour le progrès et pour le peuple et pourquoi pas, pour dieu.

Le vendredi c’était le 11 novembre. Il y avait quelque deux cents personnes dans mon bled entourant le maire. Les enfants chantaient la Marseillaise et puis une autre chanson en français et en allemand. Les instituteurs avaient choisi des lettres de poilus locaux, un seul avait choisi le pacifisme. Dans la lettre, le poilu disait à sa femme qu’il allait mourir pour rien et que le général Pétain était un chic type, il avait préservé la vie des soldats. L’instituteur voulait faire le malin, il faisait juste le pétainiste de gauche, c’était en 2016, c’était une préfiguration de 13 novembre, un véritable retour de la mémoire refoulée, de celle qui a bâti Vichy.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 11, 2016

Histoires ordinaires et République

Je ne sais ce qui se raconte chez les arabes de France ou les noirs de France mais je sais ce qui se raconte chez les petits blancs de France puisque je ne connais pas les grands sinon par ouï-dire mais comme tout homme résume l’humaine condition, on sait bien que les grands comme les petits, les noirs comme les arabes, les homo sapiens du début comme les candidats au transhumanisme préfèrent les cancans à tout autre dialogue dans le registre phatique, celui du contact et du plaisir. La plupart des hommes sont inaptes à la discussion, c’est ainsi, la discussion est un sport d’homme de loisirs et d’homme studieux, pas de chômeur tirant sur son bédeau en se projetant sur Facebook ou Instagram.

Les petits blancs de France ne parlent jamais des grands, ils sont comme une montagne qu’on vise du regard et qui semblent recouvrir l’horizon de toute éternité. Visiblement les petits blancs pensent les grands d’une autre nature ou du moins d’une nature à laquelle ils ne participeront pas sinon par effraction, en gagnant au loto. Ils causent bien des joueurs de foot, des stars de la chanson ou des politiques mais ce sont gens d’une autre espèce, des dieux de l’Olympe pour rire dont on s’amuse à constater les aventures, l’ascension, la rage, la chute, la disparition, les accouplements. Même Hervé Vilar a droit au souvenir ou Gérard Janvion.

Les petits blancs regardent donc leurs voisins. Ils évoquent le fils du maire, dealer de cocaïne ou déterreur de cadavres, la famille d’à côté qui vit dans un grand pavillon, profite des allocations pour les handicapés, des dégrèvements sur le crédit en cas de chômage, de l’allocation de rentrée scolaire, du refus plus ou moins marqué de travailler ; ils évoquent aussi les arabes toujours nombreux, accros à la CAF, dealers et islamistes, ils en font des petites historiettes où l’honnête petit blanc raconte le petit blanc affreux, sale et méchant et l’arabe, intrus, fourbe et drapant ses femmes dans des rideaux de douche ou des tissus de moine, ils évoquent aussi leurs amis, leurs connaissances, leurs collègues, ils s’en moquent et se tapent sur les cuisses, surtout quand il est question d’une historiette de cul bien sentie ou d’un ratage quelconque. On en oublie que la seule réussite c’est la mort, on s’en divertit. Les arabes doivent se raconter des trucs sur les petits blancs et sur leurs cousins et frères, les noirs de même, les juifs sur les goyim mais ces histoires là, ces histoires à propos des petits blancs, ces histoires d’arabes, on ne les entend, quand on est blanc et petit, qu’à la radio ; ça tourne autour du racisme et du complot, des pauvres musulmans et des mécréants pas gentils.

On dirait le titre de Souchon, tu vois pas qu’on s’aime pas, mais ce sont des histoires sans importance. Les histoires importantes ne se livrent pas sur la place publique, elles touchent l’intime, le ressort glacé des passions, les fragments du discours amoureux,  la cicatrice de la honte, elles se disent en confession ou raturée par la fiction.

La République, au sens étymologique du terme qui ne concerne pas le type de régime politique, ne relève ni des cancans dérisoires ni de l’intime et du secret.

La République est cet espace où des individus, élus ou tirés au sort, apprennent à juger leurs prochains sans invoquer l’intime ou le cancan, en raison des lois et de ce qui dépasse les lois, le principe de Justice. Il se trouve que, contrairement à ce que les législateurs français ont prétendu, un jury populaire se trompe moins qu’un juge professionnel dont l’irresponsabilité est avérée.  En conséquence, les législateurs français ont bridé la souveraineté du jury populaire.

La République est cet espace où des dirigeants et des hauts-fonctionnaires, élus, tirés au sort ou choisis par concours, devraient apprendre la responsabilité et la reddition de comptes, devraient se déprendre de cette mystique d’angelot qui se drape dans la doctrine juridique du Bien public, saint des saints dont la définition n’est jamais claire : le bien public est-ce un optimum calculable ? Le respect  des procédures à suivre ? Ce que décide le seul souverain ? Une fumisterie ? Une tautologie ? Nos dirigeants et nos hauts fonctionnaires ont trouvé la solution : le Bien public est ce qu’ils décident d’appeler de ce nom.

Enfin et c’est là, le plus important, la République est cet espace où une collectivité, au bord de la guerre civile, prend des décisions irrémédiables. Ainsi la défaite de la Ligue a décidé pour des siècles que le sentier de la République française ne serait pas celui, exclusif, du catholicisme. De nouveau, nos dirigeants ont trouvé un moyen de chevaucher le tigre de l’irrémédiable : le transférer dans un espace a-républicain, un espace politique de troisième type : l’Europe.

Publié par : Memento Mouloud | novembre 11, 2016

Trump un idéologue à la Maison Blanche

1 Contrairement aux idées reçues, Trump n’a pas bénéficié d’un raz de marée, 47 % des suffrages exprimés de 54 % des américains inscrits, font à peine ¼ du corps électoral. Il s’agit donc d’un président sans véritable assises populaires.

2 Trump a perdu dans quasiment toutes les grandes métropoles américaines et ce malgré le rejet d’Hillary Clinton dans le pays et de ce qu’elle représente : l’inféodation à Wall Street et la roublardise des politicards du Congrès.

3 Millionnaire, ses actifs doivent se monter à 250-500 millions de dollars, son endettement, en partie soutenu par des montages fiscaux tout à fait légaux font de Trump un représentant éminent de cette classe de capitalistes pour laquelle s’applique la règle d’airain du revenu minimum garanti pour le capital, les pauvres ayant droit quant à eux aux expulsions et aux tickets de disette.

4 Endetté, il n’est pas un homme indépendant mais un homme tenu en laisse, ce qui explique qu’un ancien de Goldmann Sachs tienne la caisse de sa campagne.

5/ Trump est un représentant de cette classe de capitalistes américains pour lesquels le monde n’est pas un territoire où déplacer ses actifs et ses liquidités. Elevé aux hormones de la spéculation, sa marque de fabrique et de faillite c’est le made in America, la vente en leasing du rêve américain faisandé aux seuls américains neuneus.

6/ Trump est une pure créature du Spectacle : vulgaire, télévisuelle, outrancière, bas du front, exposant sa jouissance à tout bout de champ.

7/ La victoire de Trump signe la faillite de cette gauche incapable d’inscrire ses valeurs dans le symbolique de la Loi et l’architecture des institutions. Il est en effet incompatible de défendre à la fois le droit des individus et celui des minorités, Wall Street et un financement sain de l’économie capitaliste, les droits sociaux et les sociétés d’assurances, la prohibition du port d’armes et la privatisation des écoles, la liberté de conscience et la coexistence des superstitions, l’américanité et sa réduction à ses slogans et gestes fabriqués par les industries du divertissement, la rhétorique cicéronienne et les impératifs de la décision souveraine, la transition énergétique et le pétrole ou gaz de schiste, l’absence de racisme institutionnel et le transhumanisme, l’immigration légale et la gratuité des droits d’installation dans le pays d’accueil, l’hospitalité et le refuge, la démocratie et ses seules formes électorales.

8/ Comme le prouve le vote à 80-90 % pour Trump de certains comtés, Trump est dépendant de son colistier et de la droite évangéliste qui l’a soutenu. Il a les Temples derrière lui, les Temples en attendent donc quelque chose.

9/ Ses diatribes contre les latinos ne sont pas une erreur mais un axe stratégique de sa campagne. Sans le dire, Trump pense que les latinos vont entamer le plasma germinatif de la race blanche américaine et introduire à toutes les échelles de la dysgénie. Il est donc persuadé que la race blanche a vocation à diriger le monde en se préservant dans son bastion nord-américain des intrusions de ces métis dégénérés d’indiens, de nègres et de blancs décadents qui en sus causent un espingouin déclassé. Il se voit donc en paladin de la race dolichocéphale d’où ses œillades à Poutine.

10/ Sa sortie sur les femmes qu’il tient par le sexe est d’un évolisme basique, évolisme selon lequel le pansexualisme est d’essence féminine et qu’il est donc dans la nature de l’homme de gouverner la femme et de lui imposer des valeurs spirituelles supérieures, ce qui passe par le nœud gordien de sa domination absolue.

11/ Avec la victoire de Trump, la nouvelle droite américaine pense prouver son premier axiome, le peuple est trop con pour se diriger, il lui faut un chef qui ouvre les voies de l’avenir comme chaque entreprise est dotée d’un mini-Führer. Derrière le clown Trump, il y aura donc un gourou à venir.

12/ De quoi le soutien essentiel du directeur du FBI à Trump est-il le nom ?

Publié par : Memento Mouloud | octobre 26, 2016

Portrait du complotiste en narrateur

Dans la véritable théorie du complot, on garde toujours la possibilité formelle d’une explication exotérique et publique des évènements mais en même temps cette explication  est complètement privée de probabilité interne. Il existe un évènement  qu’on peut expliquer de deux manières, par des types de causes publiques et documentées ou des causes ésotériques et cachées. La possibilité d’hésiter entre les deux crée l’effet complotiste.

Le complot se caractérise donc par une intrusion paranoïde brutale dans le cadre de la vie publique. C’est une déchirure du réel, une blessure qui ne veut pas se refermer sur une interprétation autorisée. Le récit complotiste place le voyeur en présence de l’inexpliqué mais aussi de la possibilité ésotérique du dévoilement du secret. Il existe une clef dont le narrateur est le seul détenteur, tel est le message. Tout le complot est une rupture de l’ordre reconnu, l’irruption de l’inadmissible dans la trame d’une sorte de légalité évènementielle. Le complot est l’envers du messianisme, il dénote une brusque fièvre satanique.

Comment s’y prendre pour créer un effet complotiste ? On relate une série d’évènements dont aucun ne contredit aux lois de la vraisemblance mais leur accumulation pose déjà question. Une inquiétante étrangeté s’infiltre, des coïncidences insolites se forment et se croisent. En conséquence, l’effet complotiste advient lorsque l’explication publique retenue ne peut rendre compte de l’ampleur de l’évènement. J’en viens presque à croire telle est la formule qui résume l’esprit du complot.

Le complotiste n’est pas un fanatique, il en est même la figure inverse, celle d’un sceptique en voie de conversion. Dans cette opération c’est le voyeur qui hésite, il vibre sur la toile du narrateur-araignée. Le narrateur-araignée complotiste est bien celui qui intègre le voyeur dans la trame de son récit. Il le prend à témoin, il lui indique la voie du doute. Il ne va pas convaincre par un syllogisme ou par une série d’indices mais par une opération de destruction méthodique de la thèse autorisée et de ses prétendues preuves dessinant dès lors un contre-motif.  Cette sorte de peinture se situe à mi-chemin des images infinies, incohérentes, et des images entravées, traduisant des motifs précis en un lexique conceptuel qui va convoquer les juifs, la pègre, les services secrets, la soif de pouvoir, la cupidité, le Vatican, etc.

Il y a deux manières d’entrer dans le complot : on peut douter de l’interprétation donnée à une série d’évènements perçus par tous, on doute alors de l’explication autorisée fournie ; on peut aussi douter de l’existence même de l’évènement. Dès lors l’évènement est le fruit d’une intoxication donc d’une machination. La modalisation est donc un trait de l’écriture complotiste.

On ne dit pas « un avion s’est écrasé sur le Pentagone », mais « peut-être qu’un avion… », on n’affirme pas, « des islamistes d’Al-Qaida ont lancé un assaut sur les Etats-Unis » mais « officiellement, Ben Laden est responsable… ». On met en scène l’incertitude, on place le voyeur dans un espace ambigu, on l’emmène doucement vers la conclusion et le coup de théâtre, l’Eureka final d’un Archimède des lois du complot et des secrets du monde.

Publié par : Memento Mouloud | octobre 25, 2016

La Cour des Valois par Jean Clouet

 

 

 

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Publié par : Memento Mouloud | octobre 24, 2016

Appendice à la fronde policière. Vu à Sète, octobre 2016

 

 

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Publié par : Memento Mouloud | octobre 20, 2016

Pierre Rabhi, premier charlatan de France

Dans la France de l’après-68, les techniques de ce charlatan atypique, né dans le sud de l’Algérie, suscitent la curiosité. Pierre Rabhi donne des conférences et intègre le Centre de relations internationales entre agriculteurs pour le développement ( CRIAD ). Décervelé au contact des écrits de Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie et inventeur d’une méthode fumeuse d’agriculture en biodynamie, il redécouvre le néolithique à base de compostage et d’humus.

La paralogie des propos de l’Ardéchois, son vocabulaire troué de métaphores plan-plan, son sens infantile de la narration et la crédulité des foules, lui permettent de toucher un auditoire élargi. « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux, terrifiés et atterrés, observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : “Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?” “Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.” ». Dans les années 1980, il développe un centre de formation à l’agroécologie au Burkina Faso, à Gorom Gorom, grâce à un tour-opérateur épris d’Afrique et rencontre Thomas Sankara, micro-Che Guevara assassiné peu après par son ancien compagnon d’armes, depuis lors exflitré par la France. Bien entendu, Pierre Rabhi ne se donne jamais la peine de citer les travaux de chercheurs, même agro-écologues. Il préfère méditer Rudolf car Les lamentations, ça remplit les bibliothèques et lire c’est mal. Ne lisez pas, croyez.

Il relie l’agroécologie à la « mutation des consciences », la transformation de soi pour obtenir un monde meilleur. Délire usuel d’un autre monde à travers les dystopies de celui-ci qui ne sont pas autre chose que le réel, épicerie new age, tout est en place. On sent poindre en l’homme un petit akhenaton tiré de la permaculture, « Ça ne me pose pas de problème car je ne suis pas Dieu. Si j’étais Dieu je changerais les choses. Je ne suis pas Dieu. ». Derrière la dénégation, la question rhétorique et s’il était dieu ?

Entre temps, il pond des chiards à la pelle, cinq et multiplie les discours vides « L’histoire de l’humanité a généré des valeurs dont la nature transcendante est reconnaissable au fait qu’elles contribuent à une authentique humanisation du destin collectif. Elles participent à l’instauration de l’unité, de la solidarité et à la convivialité du genre humain. ». Il est le miroir des âmes apeurées, à genoux devant la catastrophe, les yeux hagards à la recherche du sauveur.

Comme Juppé, il est pour quelque chose d’heureux. Juppé c’est l’identité, lui c’est la sobriété, chacun sa variété de pétainisme. Pour Rabhi le capitalisme est  une sémantique liée à une histoire qui ne me convient pas. Ouf la Terre ne ment pas. D’ailleurs le maréchal Rabhi fait lever la terre comme le boulanger son pain industriel.

Il fustige « la célébration d’un démiurge occidental autoproclamé, un être qui s’est voulu l’égal des dieux de l’Olympe par la seule puissance de la raison » car c’est une fulmination facile qui permet de ne jamais s’interroger sur les raisons du désir mimétique qui anime l’ensemble de la planète. Pourquoi les mexicains traversent-ils le rio grande et les syriens la mer Egée ?  Pourquoi la Chine est-elle en passe de se substituer aux puissances européennes en Afrique ?

« Jardiner, c’est refuser le système » assène-t-il, combien de gens à ce compte refusent le système le dimanche et reprennent la voiture le lundi ?

Depuis les années 1990, il a bâti et suscité autour de lui un enchevêtrement de structures associatives : centres de recherche et de formations ( Terre et humanisme, centre des Amanins ), écoles ( école des Colibris, école Montessori fondée par sa fille en Ardèche ), éco-village ( le Hameau des Buis ), collection de livres ( « Domaine du possible » chez Actes Sud ), magazine (Kaizen ), outil de mise en réseau (les Colibris ). Cet entre-soi où relations familiales, amicales, militantes et professionnelles se confondent semble avoir inspiré Alain Soral mais avec plus de succès. D’ailleurs Gabriel, l’un des fils Rabhi, l’aime bien, « un écorché vif, un mal embouché pas mauvais dans le fond ». Dans son film, Gabriel écarte les accusations d’antisémitisme, de racisme et de négationnisme – qualifiées de « grossiers amalgames » pour empêcher le public d’écouter leurs arguments – à l’encontre du squatteur de canapés ou du quenellier pro-iranien Dieudonné. Il a aussi relayé un message de la Manif pour tous. Son frère David a, quant à lui, partagé sur sa page Facebook une interview d’Aymeric Chauprade, alors conseiller de Marine Le Pen, par Reopen 9/11. D’où le soutien inconditionnel de Marion Cotillard très érudite en ce qui concerne la rétrologie à propos du 11 septembre dont Hillary Clinton semble être la principale commanditaire.

Colibri, au prétexte qu’il enregistre 206 mille followers sur Facebook serait « la 5e ONG la plus influente de France, au même niveau que Greenpeace, devant le Secours populaire et Emmaüs ». Si on mesure Colibri à ses cotisant, le résultat est plus modeste, 4500, la taille d’une bonne secte apocalyptique. À neuf euros par mois la contribution, ce sont 480 000 euros qui sont versés annuellement aux Colibris, soit presque la moitié du budget global ( environ 1 million d’euros ). Le reste provient de dons, du soutien de la fondation MACIF, des droits d’auteur de leurs livres et de leur boutique en ligne, dont les publicités assaillent l’internaute quand il se rend sur leur site. Ils ne refusent pas par principe les subventions : « Ce n’est pas une ligne rouge. Mais il y a des conditions à la coopération. ». Comme tous les moralineux, Rabhi et sa secte font partie du système mais prétendent incarner une vertu sans tâche.

Loin de Paris, le cœur de la galaxie Rabhi bat sur un plateau du sud de l’Ardèche où se côtoient la ferme familiale des Rabhi, à Montchamp, l’association Terre et humanisme, et un lieu de vie développé à partir de 2001, le Hameau des Buis. En langue Rabhi, on parle d’une « oasis de vie », en référence à la petite enfance du paysan aux portes du désert. Ce hameau de maisons bioclimatiques ( qui consomment très peu d’énergie et utilisent les matériaux de leur environnement ) et autoconstruites a été fondé autour de l’école Montessori créée par Sophie, la fille de Pierre Rabhi. Durant l’été, jusqu’à quatre-vingts personnes viennent chaque semaine dans ce haut lieu du tourisme vertueux. « Il n’y a jamais moins de cent personnes par mois », affirme Laurent Bouquet, cofondateur du Hameau des Buis, adjoint des responsables de pôle des Colibris et époux de Sophie Rabhi. Cela fait beaucoup de volontaires et de travailleurs bénévoles.

 Pour habiter au Hameau, les loyers s’étalent entre 380 euros et 600 euros par mois, toutes charges comprises. Pour y habiter, il faut venir avec un apport financier, compris entre 75 500 euros (pour 35 m2) et 145 500 (pour 105 m2). C’est l’alternative mais avec pilier immobilier et crédit décerné par BNP-Paribas. Heureusement le maréchal Rabhi déteste le lucre. « Ils vivent en communauté, apportent leur fric, font payer 600 euros pour apprendre à planter des tomates et touchent des subventions. Ce n’est pas comme ça qu’ils vont nourrir la planète. » osent avancer des voisins totalement jaloux et méchants, à faible coefficient Rabhique (FaCR).

À une heure de route de là, dans le département voisin de la Drôme, s’étend le centre des Amanins, fondé grâce à l’argent d’un chef d’entreprise, décédé lors d’une randonnée en 2012, Michel Valentin. C’est un autre centre névralgique de la galaxie Rabhi. En ce mois d’octobre 2015, le séjour « courge à la fête » propose des jeux coopératifs pour les enfants en vacances scolaires. Des séminaires et des forums s’y tiennent régulièrement : pour encourager l’intelligence collective, mieux travailler en entreprise, apprendre à gérer les conflits, apprendre à être heureux et surtout jamais seul ou avec un livre. Suivre un forum de cinq jours en pension complète coûte 650 euros par personne – des tarifs solidaires existent. Le stage pour apprendre à créer un éco-projet peut-être financé par Pôle emploi. Le séjour « pause partagée », couronné par une rencontre avec l’illustre paysan, coûte 593 euros pour cinq jours en pension complète.

La boucle est bouclée, la visite au maréchal Rabhi, comme nouveau rituel farcesque des amis de la terre gaste et du précieux facteur humain illettré (PFHI).

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | octobre 20, 2016

L’Ecole en miettes ou quand la violence s’invite

Depuis 1992, il y a de plus en plus de mineurs violents qui frappent de plus en plus tôt et de plus en plus fort. Ce n’est pas quelque chose de ponctuel et ce n’est que le début. Ce que j’observe depuis des années et des années, ce sont des professionnels en difficulté dans des crèches, à l’école primaire, et au collège. Ils doivent faire face à des jeunes insolents, parfois dès le primaire, qui sont très agités. Ils sont beaucoup plus excités en groupe que quand ils sont en pédagogie individuelle, où l’on a des sujets complètement différents. Ces mineurs ont une intelligence normale mais ils n’arrivent pas à apprendre dans une position assise qui leur demande d’être immobiles, de se concentrer. Surtout, ils ont besoin d’apprendre du concret, de manipuler les choses. Ce qui nous laisse penser qu’il faut abaisser l’âge de l’apprentissage. Ils n’apprennent plus rien à l’école dès l’âge de 12 ans et restent en stand-by. Du coup, ils sèment le trouble. Ces comportements auraient moins lieu avec la mise en place d’un apprentissage plus précoce. Toutes les institutions, notamment les centres éducatifs renforcés, qui reçoivent ces jeunes mineurs violents (13 à 17 ans) sont actuellement débordés par ce genre de comportement. J’ai constaté que ce comportement anomique émane de mineurs exposés à des scènes de violences conjugales et qui ont intégré cette violence. Autre situation, ce sont des parents qui du fait de leur histoire personnelle, ont laissé leur enfant être négligé au niveau des soins les plus précoces. En effet, la violence se construit dans les deux premières années de la vie. C’est là que se mettent en place les processus psychiques de la violence.  Et enfin, il y a aussi le phénomène de familles qui fonctionnent sous forme de clan, un système induisant une grosse violence interne et externe. Aussi certains enseignants ont été frappés par les membres d’un clan rameuté par un sujet se sentant frustré ou humilié par une remarque.

Maurice Berger

Près de la moitié (49%) des directeurs d’écoles élémentaires et maternelles se sont fait agresser verbalement ou physiquement par des parents d’élèves durant l’année scolaire 2012-2013. Le harcèlement avec 38,6 % est le principal type d’agression devant les menaces (26,7 %), les insultes (23,1 %) et les coups (0,7 %). Ce sont les punitions et les sanctions qui viennent en tête des différends entre les parents et l’école avec 53,3 %, devant la surveillance et la maltraitance entre élèves (45,4 %) et les résultats et les difficultés scolaires (33,1 %), selon l’étude.

20 minutes avril 2014

«Les établissements publics du second degré ont signalé en moyenne 12,4 incidents pour 1 000 élèves en 2014-2015, un chiffre comparable à celui de l’année précédente», selon le recensement effectué par le ministère de l’Éducation nationale, qui note que «le taux d’incidents se stabilise en lycée professionnel après plusieurs années de hausse.»«Les établissements qui déclarent le plus d’incidents signalent le plus souvent des cas de violence verbale envers les enseignants. La violence en milieu scolaire se caractérise principalement par des atteintes aux personnes (79 % des incidents recensés). Les atteintes aux biens représentent 8,5 % des faits et les atteintes à la sécurité 12,5 %.»

La Dépêche 19 octobre 2016

«Je suis arrivé à 8h10, la proviseure était à la grille du lycée comme tous les matins. Peu de temps après, on a entendu des cris, on a tout de suite compris. Notre lycée a déjà été attaqué il y a dix jours», raconte un enseignant du lycée Hélène-Boucher à Tremblay-en-France (93), encore sous le coup de l’émotion. Il ne veut pas que son nom apparaisse dans l’article. Le personnel, dit-il, est parti se réfugier dans le réfectoire, «on est resté confiné en attendant que les secours arrivent.»

L’académie de Créteil confirme: «Un cocktail Molotov a été lancé dans l’enceinte de l’établissement, entre la grille et le bâtiment. La proviseure a été victime de coups de pied et de poing». Cet événement s’ajoute à d’autres actes de violences qui ont émaillé ces dernières semaines la Seine-Saint-Denis. Tous les établissements concernés par les violences sont des lycées professionnels ou polyvalents (filières générales, technologiques et professionnelles mélangées).

Le climat est vraiment tendu depuis la rentrée. Un surveillant a été agressé au lycée Suger (Saint-Denis) début septembre, entraînant un mouvement de grève des enseignants de quinze jours. A Jean-Moulin (Le Blanc-Mesnil), une enseignante a été agressée. La semaine dernière, ce sont un proviseur et son adjoint qui ont été touchés, au lycée l’Enna de Saint-Denis.

A chaque agression, le rectorat dépêche un agent dans l’établissement pour la gestion de crise. Les gestionnaires entendent par ce terme gestion de la communication, avec rappel du devoir de réserve des professeurs, entendu de manière très stricte. L’épisode de grève des enseignants du lycée Suger, très médiatisé, a déplu au rectorat.

Libération

Un professeur de l’école primaire Paul-Langevin d’Argenteuil (Val-d’Oise) a été roué de coups, lundi, en pleine rue alors qu’il ramenait sa classe de CE2 d’un cours de sport. Après être sorti des cours de tennis du stade, situé à moins de un kilomètre de l’école, le quinquagénaire s’est mis à réprimander un élève «qui faisait le pitre», explique un policier d’Argenteuil au Figaro. En entendant le professeur élever la voix, deux jeunes hommes qui conduisaient une voiture se sont arrêtés. Ils lui ont demandé «pourquoi il s’en prenait à cet enfant». Le professeur leur a répondu qu’il était «son maître». Les deux hommes sont alors sortis de leur voiture et lui ont fait une «balayette» pour le faire tomber, puis l’ont frappé à plusieurs reprises alors qu’il était au sol avant de prendre la fuite.

Pour le policier, il s’agit d’une «agression de rue, probablement de hasard». Une source avait préalablement affirmé au Parisien que l’un des agresseurs aurait justifié son geste en accusant le professeur de «racisme» envers l’élève et aurait lancé «le seul maître c’est Allah». «Ces phrases ne nous ont pas été rapportées», affirme le policier. Vu mardi par une syndicaliste, le professeur, lui, a confié «ne pas se souvenir de la teneur des éventuels propos» tenus par ses agresseurs. Doute qui devient selon le parquet de Pontoise « l’enseignant n’a jamais entendu l’un de ses agresseurs lui dire ‘Le seul maître, c’est Allah ou une phrase de ce genre' ».

Le Figaro/LCI

Convoquée en juin dernier par le directeur de l’école de son fils, dans le Gard, alors que ce dernier avait brisé une vitre, une mère d’élève est revenue avec son compagnon qui a frappé l’enseignant tandis qu’elle-même se tenait à califourchon sur l’institutrice la serrant à la gorge. Des faits confirmés par la gendarmerie de Salindres, dont dépend le village de Saint-Privat-des-Vieux où a eu lieu l’altercation. « Il y avait eu des soucis avant » avec cet enfant, précise la gendarmerie. Le tribunal d’Alès a requis 9 mois de prison avec sursis et 600 euros d’amende.

L’Express

La Voix du Nord racontait que plusieurs lycéens, sept selon des témoins, ont suspendu leur camarade « par les pieds, depuis la passerelle du troisième étage » de leur établissement scolaire. Lundi, en réaction à cette agression, les enseignants du lycée ont décidé d’exercer une grève momentanée. Ils ont demandé à ce que les auteurs des faits soient sanctionnés. Le procureur, François Pérain a indiqué que « l’élève-victime âgé de 15 ans a été entendu ce matin et a indiqué avoir été suspendu dans le vide à deux reprises les 21 et 28 septembre 2016 par un groupe d’élèves. Les auteurs principaux seraient au nombre de quatre ».

L’Express

22% des filles ont été traitées de « pute » et de « salope » et 20% d’entre elles rapportent avoir été insultées en ligne.

L’Express

Mariette Laborde, 64 ans, directrice de l’école maternelle Pierre-Trébod, un établissement public du quartier du Grand Parc, à Bordeaux, a été agressée hier matin par la mère d’une élève de l’école. C’est semble-t-il une remarque de la directrice sur le retard de l’élève qui a été à l’origine de l’agression. La mère a bousculé la directrice, entraînant sa chute sur le sol dans l’enceinte de l’école. Elle lui aurait ensuite donné des coups pied. Des parents d’élèves et des membres de l’école seraient intervenus pour mettre fin à l’agression. La mère de l’élève, âgée de 24 ans, a été interpellée à son domicile le jour même et placée en garde à vue puis sous contrôle judiciaire. Une comparution immédiate avait été évoquée. Elle sera finalement jugée début 2017.

Sud-Ouest / France 3

La directrice de l’école maternelle Alain-Fournier avait été blessée à coups de poignard en février 2015. L’agresseur fut interpellé quelques minutes après, à quelques rues de cette école. Le parent d’élève placé en garde à vue pour tentative d’homicide volontaire et vol avec arme, était «très défavorablement connu des services de police» et avait effectué quatre ans de prison, notamment pour des faits de violence avec arme.

La Dépêche / BAM

Le matin, le soir, plusieurs fois par semaine, pas plus tard que jeudi matin. Depuis un mois, un parent d’élève fait des apparitions remarquées devant l’école maternelle Jean-Macé d’Angoulême, où son fils de 6 ans est scolarisé. Sa cible : l’équipe encandrate et plus particulièrement sa directrice, Virginie Debacq. Son mode de communication : l’agression verbale.

Tout a commencé le 3 mai, après une sortie scolaire au zoo de la Palmyre. Le sac à dos du petit garçon est oublié sur place. De retour à Angoulême, la directrice en prend acte et avertit le parc animalier pour le faire mettre de côté. Pour le père de famille, l’oubli est tout simplement inadmissible. La première agression en découle. Ce seront les prémices d’un déchaînement de violences. « Il n’y a pas jamais eu de coups, mais sa façon de s’exprimer est extrêmement brutale », précise Virginie Debacq.

Parallèlement, il se serait invité au centre de loisirs CAJ de la Grand-Font. Là, il y aurait eu une empoignade entre son fils et un autre enfant. C’est ce dernier que l’homme serait venu chercher en pleine journée, pour se faire justice lui-même. Pendant dix minutes environ, il aurait emmené l’enfant hors du centre de loisirs sans l’accord de personne. Le garçonnet a raconté à son retour ne pas avoir été frappé mais aurait subi des pressions. Ses parents ont déposé plainte pour cet acte qui pourrait, en l’espèce, être considéré comme un enlèvement.

Le père de famille nerveux, qui a déjà connu des déboires avec la justice pour violences, va très prochainement être entendu par les instances judiciaires.

Sud-Ouest 4 juin 2016

Il est un peu plus de huit heures, ce jeudi, quand un professeur du lycée d’application de l’ENNA à Saint-Denis (93) amène chez la proviseur-adjointe un de ses élèves, passé par trois conseils de discipline au collège. Arrivé dans l’établissement en début de semaine, il a menacé, la veille de l’agression, un de ses professeurs, poussant la direction à convoquer ses parents et à le refuser dans l’établissement tant que cette rencontre n’avait pas lieu.

Le proviseur et son adjointe, dans le couloir qui mène à leurs bureaux, lui maintiennent qu’ils veulent absolument voir un adulte de sa famille avant de le réintégrer. Le lycéen bougonne et se dirige vers la sortie, selon un témoin, puis fait demi-tour et s’en prend directement au proviseur. Les rares personnes présentes à ce moment-là et quelques agents du lycée parlent “d’une balayette” qui a fait tomber le proviseur, puis de “coups de poings“, de “coups de pieds“, d’un “coup de coude” assénés à la proviseur-adjointe venue s’interposer. Ils racontent le sang “qui coulait sans s’arrêter“, les “yeux révulsés” du proviseur, inconscient au sol, la “violence qu’on ne pouvait pas arrêter” de ce lycéen de 15 ans que personne ou presque n’avait eu le temps de connaître, les “trois ou quatre personnes qui viennent le calmer et qu’il fait tomber ».

Bondy Blog

Mustapha Chelouah, 47 ans, n’est pas professeur. Mais proviseur depuis plus de dix ans en Seine-Saint-Denis. Actuellement en poste au lycée Louise Michel d’Epinay-sur-Seine, il a été agressé par un de ses élèves le 6 octobre. Il a accepté de témoigner pour 20 Minutes.

« Nous étions dans le lycée, à la pause du matin à 10h. Comme d’habitude, j’étais présent. J’ai vu un élève qui portait un couvre-chef, une casquette. Je lui ai dit de l’enlever. Il a d’abord refusé. Puis il a accepté en proférant quelques insultes et menaces. Pour le calmer, je lui ai dit de monter en classe, la pause étant terminée. Il ne voulait pas, non plus, quitter l’établissement. Le ton est monté. J’ai donc appelé la police qui, il faut le dire, est extrêmement réactive. Il a compris que les policiers allaient arriver. Cette fois, il a voulu s’enfuir mais les grilles avaient été fermées. Il a tenté de forcer le passage. Je me suis mis face à lui. Il m’a attrapé par le cou. Des élèves du lycée sont intervenus pour le séparer de moi. Ils lui ont dit, dans leur langage : ‘’Tu es ouf ! Tu t’attaques au proviseur !’’ Il s’est enfui et a très vite été arrêté par les policiers qui étaient arrivés. Je ne le connaissais pas. C’est ma première rentrée dans cet établissement. Et lui aussi. Il s’agit d’un élève qui venait de la MLDS [Mission de lutte contre le décrochage scolaire]. On essayait de l’aider à reprendre une scolarité normale »

20 Minutes

Ce lundi matin, un élève de terminale aurait tenté de sortir du lycée Victor Hugo par un accès interdit. La professeur de sport s’est interposée pour faire respecter la règle et le lycéen, qui est majeur, a frappé l’enseignante. Elle n’est pas gravement blessée, « elle ne souffre d’aucune fracture » indique ainsi le proviseur Didier Devillard. « Nous n’avons pas d’éléments » explique le proviseur Didier Devillard dit el tontet. « Son dossier est classique, je n’avais aucun élément qui pouvait annoncer un tel geste. Mon adjointe l’a vu hier, il n’expliquait pas son geste… Je pense que c’est une rencontre fortuite entre une professeur et un élève qui veut faire le mur… Interpellé il a eu, à un instant T, un geste totalement incompréhensible. »

France bleu Toulouse 17 octobre 2016

«  On était en atelier d’électricité. Ces deux élèves ne faisaient rien depuis un moment, alors je leur ai dit de sortir de mon cours. Mais ils m’ont coincé dans un angle de la salle, avec des armoires, pour m’empêcher d’appeler le surveillant. Je ne me suis pas laissé faire et je les ai mis dehors. L’un d’eux m’a alors asséné un coup de poing dans la figure.  »

Le professeur a regretté ce mardi que (presque) personne ne soit venu lui rendre visite à l’hôpital : «  Même pas le proviseur ou l’adjoint. Ils n’en ont rien à foutre du personnel.  » Il nous a invité à nous rapprocher de l’établissement et à consulter «  le proviseur et les profs  » pour connaître leur point de vue. Seulement, la direction du lycée s’est refusée à tout commentaire. Idem pour les rares professeurs rencontrés dans l’après-midi. Une surveillante a voulu empêcher les élèves de nous livrer leur témoignage. «  C’est un bon gars, soutient Dylan, 14 ans. Pour nous, c’est de la légitime défense : le prof l’a bousculé, alors il a répondu.  »

La Voix du Nord 18 octobre 2016

Jeudi 6 juin 2015, au matin, un parent d’élèves, âgé d’une trentaine d’années, s’est introduit dans l’école du Chemin-bas d’Avignon, à Nîmes, en direction du bureau de la directrice. Très excité, le père de famille aurait demandé des comptes à propos d’un jouet confisqué, frappé un mur puis arraché le téléphone portable des mains de la directrice. Celle-ci a été légèrement blessée. La police nationale est intervenue rapidement et a interpellé le père de famille qui a été conduit à l’hôtel de police.

Midi Libre

Publié par : Memento Mouloud | octobre 18, 2016

Itinéraire tortueux de la croix gammée

En août 1933, Theodor Lessing, un intellectuel juif allemand que Freud désigna comme le paradigme de la haine de soi juive, était assassiné, à Marienbad, par un groupe d’austro-nazis qui accomplissaient un vieux règlement de comptes interne au cercle de Stefan George. En effet, Theodor Lessing fut, dans sa jeunesse, l’ami de Ludwig Klages, avant que ce dernier ne le chasse de son domicile au prétexte qu’il n’était qu’un juif répugnant et poisseux.

Entre temps, le futur aspirant au führership de la philosophie nazie dans les premiers temps du régime hitlérien, avait rencontré Alfred Schuler, qu’il désignera comme le dernier des païens. Klages avait fondé avec ce dernier, à Munich, le cénacle cosmique (Kosmiche Runde) avec Wolfskehl, un juif assimilé. Le groupe pratiquait la magie noire et voulait impliquer dans l’entreprise l’Empereur de l’Allemagne secrète, Stefan George, qui leur préférait la bière et les saucisses blanches.

Klages voyait dans le paganisme, « la foi en la réalité extra-individuelle de la flamme ardente de l’instant », et il opposait au païen, le juif, désigné comme le vampire de l’Humanité car destiné à dérober le butin le plus précieux qui se puisse faire sans pouvoir l’ajuster en un Tout. Toutefois, Klages et Schuler n’étaient pas des gnostiques chrétiens. Aussi, leur hostilité commune au judaïsme et au christianisme en font des précurseurs méconnus d’Antonin Artaud. Tous trois ne haïssent pas les juifs parce que ceux-ci ont crucifié Jésus-Christ mais parce qu’ils l’ont engendré. La différence entre Schuler/Klages et Artaud c’est que les premiers sont aryanophiles quand le second préfère les indiens Tarahumaras.

Alfred Schuler, bien qu’il ait peu écrit, est l’homme le plus important de ce trio. Mort en 1923, il a marqué toute une génération de littérateurs et de poètes de langue allemande. On trouve des traits de cet homme dans le Naphta de la Montagne Magique rédigé par Thomas Mann, mais aussi dans la dernière des élégies de Rainer Maria Rilke saturée de mythologie égyptienne. Schuler inventa un bestiaire où le juif se figurait en martre ou en belette, voulut revenir au sacrifice au prétexte que l’arène de sable est le sein maternel fécondé par le sperme né du sang. Cet homme qui vivait entre son chat et sa mère, avait en horreur la sexualité et l’engendrement. Dans ses textes on trouve réunis en faisceau, la théorie romantique du matriarcat comme âge d’or, qui vient de Bachofen, la vision gnostique de la sphère lumineuse du Bien, enfin le scénario de la destruction de l’Un-originaire (la cellule-swastika) par Juda. La croix s’oppose à la swastika car la crucifixion contraint à l’immobilité la roue de la vie alimentée par des sacrifices constants. Pour entendre Schuler, un détour par ce poème est nécessaire :

Au zénith de l’azur nous voyons la pourpre

Tétons de femme et lolos,

Omphalos turgescent.

Dans la trame écarlate des bandelettes

Le phallus doré gonfle et s’emplit

 

Ni homme ni femme.

Engendrer, concevoir est tout-un.

Ce qui n’engendre jamais engendre la lumière

Dans le noyau de la profondeur l’Un luit.

Venant de lui

La vie s’enroule en spirales d’or.

En cercles toujours plus larges tourne la swatiska.

Plus faible chaque fois que plus loin.

Plus froide chaque fois que plus loin.

Somma et halo de lune, son flux ne s’écoule plus

 

Dès 1895, la croix gammée orne chacune de ses lettres, comme elle ornera chacune des publications du cercle de Stefan George. Si ce dernier refuse de se séparer, entre 1902 et 1905, de ses amis juifs qui écrivent dans les Blätter für die Kunst, ces deux là sont issus du d’un substrat commun et partagent une même conception du retrait. Stefan George opère une séparation des pouvoirs charismatiques ( celui du poète / celui du souverain). Néanmoins, la morphologie de leur présence au monde est la même. Le souverain et le poète ont le Bund, l’alliance, mais aussi le Ring, l’anneau, ou le Kreis, le cercle. Le Bund est le creuset de toute autorité authentique car il lie la consécration de la valeur des individus et de leur ministère à l’exercice d’une même discipline aristocratique. C’est une initiation qu’anime le geistige Führung (le commandement par l’esprit). Schuler y ajoutait un trait. Chez lui, les élus sont les porteurs du flamboiement du sang appelés à régénérer le monde, ils s’inscrivent dans une lignée raciale nécessaire à toute vision intuitive. La Schau de Stefan George est, dès lors, aryanisée, par son disciple antisémite.

La swastika n’a pas été inventée par Schuler ou reprise d’un pèlerinage en Inde. Outre que je l’ai vue figurée sur un tesson datant de plusieurs millénaires du musée d’Agen, elle figurait, stylisée, sur le portail du séminaire de Lambach où séjournèrent Adolf Hitler et Heinrich Himmler. On ne sait si les armes de l’abbé Theodoric Hagen ont marqué Adolf Hitler, mais celui-ci évoquera les « somptueuses cérémonies de l’Eglise ». Puis les diverses sectes völksich s’en emparent. Ainsi Hans Liebenfels, fondateur de la revue Ostara, avait hissé, en 1907, le drapeau à croix gammée sur les tours du château de Werenstein, sis dans la vallée du Danube. Bénédictin défroqué, son ordre des Templiers attira Strindberg et Lord Kitchener, le célèbre général britannique quelque peu pédophile. Nouveau Marcion, Liebensfels réarme la figure d’un Christ déjudaïsé, d’un Christ aryen. Où l’on voit que la swastika s’il est un symbole antisémite n’en conjoint pas moins les courants chrétiens-allemand, païen et gnostique qui ne cesseront de se disputer la première place au sein du mouvement « national », c’est-à-dire völkisch. De marginal, ce courant en vient à occuper le centre de la scène politique allemande au cours de la première guerre mondiale.

Aussi, en 1916, le Grand Etat-major allemand qui édite un pot-pourri des œuvres de Houston Stewart Chamberlain à 7 millions d’exemplaires sous le titre de catéchisme pangermaniste, reprend non seulement une vision du monde  où l’homme du Nord s’oppose à l’Orient sémite mais recense les juifs sous les drapeaux. On trace donc une séparation entre camarades de combat et cette séparation deviendra un mur avec l’avènement d’un style radical dans la politique allemande. Ce style se repère facilement : il entend porter à l’absolu certaines valeurs, construire des alternatives contraignantes et réduire la complexité à des éléments univoques. Il crée la figure de l’ennemi que Carl Schmitt déterminera comme le critère quasi-ontologique du politique. Que cet ennemi soit fantasmatique importe peu, il faut qu’il soit. On retrouve donc la Croix gammée sur les brassards des troupes cosaques du Balticum commandées par le général von Goltz, mais aussi sur les blindés de la brigade Ehrhard lors du putsch manqué de Kapp en mars 1920.

Klages et Alfred Schuler sont des familiers du salon d’Elsa Cantacuzène-Bruckmann. Ils lui confient, à l’instar de Chamberlain, l’édition de leurs écrits, tandis qu’Hitler et Rosenberg se servent d’elle comme d’un pass pour accéder à la mondanité munichoise. C’est dans ce salon que Rilke sera bouleversé par une conférence de Schuler. Si on ne sait rien des relations entre Schuler et Adolf Hitler, les deux hommes avaient comme connaissance commune le médecin et thaumaturge Wilhelm Zaiss, un anthroposophe, dont la famille a détruit la correspondance avec le futur guide de l’Allemagne. Les seules choses qui soient certaines et certifient le cheminement parallèle des disciples dissidents du cercle de Stefan George et du NSDAP concernent la manière dont la croix gammée fut introduite dans le parti nazi et la proximité de Ludwig Klages avec les nazis. On sait que c’est un membre de la Thule Gesellschaft, sans doute Alfred Rosenberg, qui introduit au sein du NDSAP, la Hakenkrutz, ce signe éternel de la race selon le même Rosenberg. Ce qui ne l’empêchait nullement d’avoir une maîtresse juive et d’avoir obtenu la nationalité allemande à coups de fausses déclarations. Les liens d’Adolf Hitler avec cette société secrète sont tels que tous les membres de celle-ci formeront une catégorie d’intouchables dans l’entourage du Führer. En janvier 1923, Ludwig Klages offre 2200 Reichsmarks au Völkischer Beobachter puis, sollicité par Rosenberg, collabore au même journal, à partir de mars 1931. Professeur à l’Université de Berlin, protégé de Baldur von Schirach, le chef de la jeunesse hitlérienne, Klages entre 1933 et 1938, incarne le pôle païen du IIIème Reich. Cioran qui félicite Hitler d’avoir ravi l’esprit critique de toute une nation, assiste alors à ses cours. A son frère Aurel, un membre de la garde de fer, il écrit « l’action comme fin en soi représente le seul moyen de se réintégrer dans la vie ». Ce qu’il voit dans le nazisme : le culte de l’irrationnel, l’exaltation de la vitalité, l’expansion virile de de la force. Très imprégné par l’enseignement de Ludwig Klages, il oppose deux pôles : d’un côté, le caractère originaire des valeurs vitales, l’âme, de l’autre, le caractère dérivé et inconstant des valeurs spirituelles, l’esprit. De ce détour hitlérien, Cioran conclut « cela ne me semble pas constituer un crime que de détruire l’existence d’individus en qui la volonté de puissance ne peut trouver aucune satisfaction ». Encore et toujours le sacrifice, Cioran avait alors trouvé le chemin vers Alfred Schuler.

 

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