Publié par : Memento Mouloud | janvier 12, 2019

Le maréchal Macron, ses autorités administratives et salariés fictifs

Il y eut ces français qui n’ont pas le sens de l’effort mais l’esprit de jouissance, grand classique depuis Vichy et désormais ritournelle du président Macron, la cagnotte pour les forces de l’ordre et le syndicat alliance qui ressuscite le monument Henry, Luc Ferry qui appelle l’armée à tirer dans le tas des gilets jaunes avec un instinct versaillais intact, Castagner, célèbre pataphysicien, pour lequel détériorer un radar c’est tuer un conducteur, les médecins d’urgence transformés en mouchards et puis Chantal Jouanno convaincue d’avoir accepté un salaire modeste, un salaire d’austérité pour présider un débat national inutile que les maires sont chargés d’organiser, la danseuse et les notables ou le dîner chez Chantal, une pièce de Feydeau ou de Bernstein. Décidément le nouveau monde ne ressemble même pas à l’ancien, il le singe, tout simplement. Les temps sont difficiles

Heureusement le maréchal Macron dispose d’un ensemble d’autorités qui doublent la structure administrative usuelle et dont le coût était évalué à 600 millions d’euros en 2015. En voici une brève liste avec pour chaque « autorité » les renseignements afférents à son titulaire et son salaire (seuls ceux dont le salaire est supérieur à 100 mille euros / an sont mentionnés).

 

Autorité des marchés financiers sise rue Vivienne (2ème arrondissement). Robert Ophèle 238 mille euros / an. Ce dernier est aussi membre de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et, depuis janvier 2014, membre du Comité de Supervision du mécanisme de supervision unique de la Banque centrale européenne. Diplômé de l’Essec, il est passé par la Fed de New-York pour un stage de mise à niveau. C’est un apparatchik de la banque de France (36 ans de carrière). Il est chevalier de la légion d’honneur. Fin gourmet, le brave homme est le beau-père de Julien Denormandie, ancien directeur adjoint du cabinet du ministre des Finances du temps que le Maréchal l’occupait auprès de François Hollande.

Autorité de sûreté nucléaire Olivier Gupta 223 mille euros. Polytechnicien, apparatchik du nucléaire, il fut un temps directeur-adjoint de Meteo-France. Voici sa réaction du temps de Fukushima, « L’accident n’est pas devenu plus grave à partir du jour où il a été reclassé par l’autorité japonaise en niveau 7. Sa gravité reste comprise entre l’accident de Three Mile Island en 1979 et la catastrophe de Tchernobyl » survenue voici vingt-cinq ans en Ukraine. En ce qui concerne les importations en France de produits japonais, il y a un contrôle de la radioactivité sur « 100 % des denrées alimentaires », a rappelé un responsable de l’ASN, se référant à la déclaration commune des directions de la consommation, des douanes et de l’alimentation du 28 mars. Pour les produits manufacturés, les contrôles systématiques à l’arrivée de conteneurs en France ont été « tous négatifs », a précisé M. Laurent Kueny, indiquant que des contrôles se poursuivaient par « sondage sur un avion par jour ». Les entreprises importatrices de pièces détachées en provenance du Japon peuvent aussi mettre en place un contrôle « si elles ont un doute par rapport à leurs salariés » ou pour rassurer leurs clients.

Haute autorité de santé Dominique le Guludec 210 mille euros / an. Bonze médicale, spécialiste en imagerie, apôtre du nucléaire, elle s’est montrée en tant que présidente de cette autorité en dessous de tout dans la supervision du groupe de travail chargé d’élaborer des recommandations sur la maladie de Lyme.

Commission de régulation de l’énergie Jean-François Carenco 200 mille euros. Enarque puis préfet. « Parmi les plus grands souvenirs de mon passage en Ile-de-France, j’en citerai un. Le 4 novembre [2016], lorsque j’ai dû, en une journée, reloger 4 000 migrants à la rue à Paris. On n’avait que 2 800 places et en deux heures on a réussi à en trouver 1 200 de plus ». Sur les deux ans écoulés, M. Carenco a « un seul regret » : l’attitude « fermée » d’une partie des habitants du 16e parisien, à l’annonce de l’ouverture d’un centre pour sans-abri dans le bois de Boulogne. « J’ai le regret de ne pas avoir convaincu ces gens », soupire celui qui a été directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo. Il est président de Coallia qui accueille et héberge tous les jours des milliers de migrants

Autorité de régulation des jeux en ligne Charles Coppolani 195 mille euros. Enarque, Il entendait élargir le champ de compétence de son administration en intégrant le PMU, la FDJ et les casinos. Pour le moment, le fringant Charles régule via l’Arjel plus de 9 milliards de mises en ligne (et près d’1 milliard de pertes pour les joueurs). Pour le Pr Marie Grall-Bronnec, psychiatre spécialisée en addictologie «  les sportifs sont particulièrement soumis aux fausses croyances en lien avec le jeu… ils prennent des paris et ont ainsi l’impression d’avoir plus de chances de gagner. Les sportifs sont aussi souvent frappés d’impulsivité, une pratique pathologique avec perte de contrôle. ». La théorie de Coppolani qui prétend le système de croisement des données infaillible est la suivante «Les sportifs prennent des paris en raison de leur esprit de compétition, presque inscrit dans leurs gènesEt ils développent aussi des risques d’addiction parce qu’ils ont beaucoup de temps libre.»

Autorité de la concurrence Isabelle de Silva 194 mille euros. Elevée au Brésil, cette fille d’un diplomate péruvien possède la double nationalité franco-américaine. Elle est, bien entendu, énarque. Spécialisée dans la gestion des caisses de retraites des artistes d’État, conseillère d’État à temps très partiel comme tous les autres, elle est nommée à ce poste en vertu de sa totale absence de connaissance du secteur.

Autorité de régulation des communications électroniques et des postes Sébastien Soriano 191 mille euros. Deuxième péruvien de la bande et polytechnicien, il fut très proche de Fleur Pellerin, désormais mise en examen. Grand comique, il prétend que chacun peut choisir son opérateur en automate rationnel. Avec lui, les GAFA n’ont rien à craindre.

Conseil supérieur de l’Audiovisuel Olivier Schrameck 188 mille euros. Petit-fils d’Abraham que Maurras appelait à liquider avant de trouver une cible plus large en la personne de Léon Blum puis de tous les juifs, français et étrangers, piégés entre 1940 et 1944, énarque, il fut la main droite de Lionel Jospin. Son poste ne sert à rien. La seule revendication qui tiendrait serait donc l’abolition pure et simple de la redevance et la liquidation du conseil en question.

Président de la République et premier ministre 181 mille euros

Commission nationale du débat public Chantal Jouanno 176 mille euros. C’est la seule détentrice d’un BTS parmi la liste, la seule karatéka, aussi.

Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet Denis Rapone 175 mille euros. Spécialiste en autorités qui ne servent à rien telle que le CSA, il a rejoint celle-ci dont l’inanité tient en quelques nombres. D’après les statistiques du gouvernement, la Hadopi a envoyé 10 380 000 courriels de premier avertissement, puis 920 000 courriers de second avertissement, pour seulement 2 904 dossiers transmis à la justice. Sur ces dossiers, 910 exactement ont reçu une réponse pénale, dans la majorité des cas une alternative aux poursuites (indemnisations des ayant droit, versement d’une amende, rappel à la loi, etc.).

Commission nationale de contrôle des techniques du renseignement Francis Delon 170 mille euros. Enarque, d’abord dépêché au ministère de l ‘éducation nationale puis secrétaire général de la défense nationale, il est donc accompagnateur de tous les budgets en berne et de l’ensemble de la politique catastrophique menée tant en matière de défense que d’instruction publique depuis quelques décennies désormais.

Commission nationale de l’informatique et des libertés Isabelle Falque-Pierrotin 160 mille euros. Enarque, ancienne du cabinet de Jacques Toubon, elle incarne parfaitement la théorie graebérienne des bullshit jobs bien rémunérés.

Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur Michel Cosnard 157 mille euros. Spécialiste en algorithme, on le suppose cognitiviste en diable. Il n’a rien à dire sur la dépendance française, envers l’étranger, en matière de recherches, sur la place respective des langues anglaise et française, sur l’excellence française en mathématiques.

Défenseur des droits Jacques Toubon 155 mille euros

Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières Bernard Roman 150 mille euros. Titulaire d’une maîtrise en histoire, c’est un pur produit du socialisme des corons, à la fois corrompu, népotique et indigent.

Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires Gilles Leblanc 150 mille euros. Ingénieur des eaux, des ponts et des forêts, il s’est spécialisé en gestion des établissements publics de la Défense, aux aéroports de Paris en passant par la RATP. On suppose qu’il aime les cantines d’entreprise pour cadres et les réunions inutiles.

Contrôleur général des lieux de privation de liberté Adeline Hazan 148 mille euros. Autre socialiste de la bande et ancienne du syndicat national de la magistrature, elle est la parfaite représentante du progressisme français.

Publié par : Memento Mouloud | janvier 6, 2019

Christine Clerc, le gilet jaune et Brigitte à quatre pattes

Hier soir sur le plateau, il y avait Christine Clerc. Christine Clerc est une vieille conne. Une vieille conne de journaliste. C’est son droit, c’est sa vie. On a le droit d’avoir fréquenté le couvent et d’être une vieille conne, c’est même un chemin très emprunté.

Christine Clerc est une ancienne cocotte et une actuelle rombière, c’est comme ça, on ne peut pas être et avoir été, à un moment il faut passer la main. Christine Clerc ne le veut pas. Elle aime bien sa position. Elle a 76 ans, elle n’a rien écrit de remarquable, elle n’a rien publié de lisible, elle a toujours été déférente et bien habillée mais là Christine Clerc est choquée.

Elle fait part de son indignation. Depuis Stéphane Hessel, c’est un droit inaliénable de tous les vieux de France de s’indigner. Seulement Christine Clerc est moderne, elle a entendu parler de Mee Too, comme elle a entendu des paroles intolérables. Des paroles inadmissibles de gilets jaunes. Quatre gilets jaunes exactement. C’était dans le métro car les vieilles connes prennent aussi le métro quand elles vont au gymnase club et on imagine parfaitement Christine Clerc, à la fois au couvent très jeune et sur un vélo ou en variation step au gymnase club.

Donc dans le métro, Christine entend des gilets jaunes qui crient « Brigitte à quatre pattes ». Elle est indignée. De sa vie, Christine n’a jamais été à quatre pattes ni à deux, c’est pas un animal Christine, c’est une journaliste et les journalistes surtout politiques sont des hommes ou des femmes débout, on ne les prend jamais en levrette, c’est impossible.

Christine est vraiment indignée au nom du droit des femmes. Elle somme le gilet jaune de plateau de s’expliquer au nom du droit des femmes. Le gilet jaune, un syndicaliste Sud se tait, gêné. Elle insiste, toujours au nom du droit des femmes qui ne travaillent pas dans les abattoirs et sont illettrées. Mais Christine aime les femmes gilets jaunes qui sont à l’initiative du mouvement, elle les préfère en tout cas aux gilets jaunes qui prennent des cartouches flash-ball dans le ventre, sur l’oreille, sous l’arcade.

Peut-être qu’ils le méritent après tout, n’écrivent-ils pas sur l’asphalte MACRON PD. C’est super-homophobe mais Christine en a après le droit des femmes bafoué. Elle s’identifie à Brigitte, elle s’imagine déjà au milieu de la rame de métro à quatre pattes avec dans le dos des gilets jaunes ithyphalliques qui hurlent, « Christine à quatre pattes ». On dirait un scénario de Despentes mais c’est un scénario de Christine Clerc. C’est dire si Virginie Subutex est subversive.

Donc le gilet jaune de plateau, un arabe syndicaliste de Sud ne sait pas bien où se mettre. Il dit j’ai une femme, une sœur, des nièces. Je vois le moment où Christine va lui demander au nom des femmes tuées au Bataclan de s’excuser pour les gilets jaunes de Daech. Elle ne va pas aussi loin. Elle humilie un gilet jaune, arabe et syndicaliste sur la plateau avec son « Brigitte à quatre pattes », avec son fantasme, avec sa morgue de vieille conne. Elle appelle ça la justice, la République.

De l’autre côté d’un ministère Benjamin Griveaux, très bronzé, s’échappe d’un immeuble en string après une attaque au transpalette. C’est la France qu’on bafoue qu’il dit. Mais Christine Clerc est tétanisée, ses acouphènes répètent « Brigitte à quatre pattes » et elle entend distinctement Christine, elle les voit, avinés, violeurs, hirsutes, les classes dangereuses sont de retour. Vivement que Thiers revienne et leur apprenne à vivre se dit Christine en récitant son Benedicite.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 31, 2018

Le monde moderne va mal finir mais il aime ça (6) : un florilège

Les femmes réalisent toujours l’essentiel des tâches ménagères (alors que cela pourrait rendre les hommes heureux d’y participer)

« Le porn pimente notre quotidien. C’est un projet qu’on mène à deux, une chose qu’on parvient enfin à réellement partager”

Les garçons aussi ont le droit de vouloir une poupée, ou les filles un camion de pompier. Cela ne révèle aucun dysfonctionnement particulier : simplement un désir d’enfant facile à combler.

« Nous n’avons pas, matériellement, le temps d’aller derrière le microscope, de vérifier les données brutes. Nous ne pouvons que vérifier les données analysées, ce qui laisse un espace à la faute, voire à la fraude, pour celui qui est décidé à réussir à tout prix. De plus, nombre de PI transmettent la pression à laquelle ils sont eux-mêmes soumis à leurs étudiants, ce qui les incite à trouver exactement ce que leur supérieur aimerait qu’ils trouvent. »

La crise de 2008 a apporté une vague latine qui s’est totalement insérée dans l’atmosphère libérée de Berlin.

Le bio est en « très fort développement »« surtout chez les jeunes vignerons »

Etre nu en public ou en club, ça libère plein de gens. A une soirée comme Pornceptual, les filles se baladent seins nus sans risquer de se faire importuner.”

 Depuis 2008, la Chine est devenue la seconde puissance scientifique mondiale en nombre d’articles publiés annuellement.

« Nous y sommes allés très progressivement en cinq ans, avec l’aide d’agronomes, nous avons diminué les doses de produits phytosanitaires, puis utilisé des huiles essentielles pour donner de la vigueur à la vigne »

Lors de sa démonstration à Leipzig, Werner Schober s’est concentré sur l’un des trois produits, le Vibratissimo Panty Buster, fabriqué en Allemagne et commercialisé aux alentours de 40 euros. Un vibromasseur connecté, qui se glisse dans la culotte et que les utilisateurs et utilisatrices peuvent activer via une application ou le Bluetooth sur leur smartphone servant de télécommande.

Même disponible sans ordonnance, un médicament n’est jamais inoffensif.

La Sécurité routière rappelle que la dégradation de radar est un délit, passible d’une amende de 3 750 euros, assortie d’une peine de travaux d’intérêt général pour les dégradations légères. Pour une dégradation lourde, l’amende peut grimper de 30 000 à 75 000 euros en fonction des circonstances. Recouvrir un radar d’un sac poubelle ou d’un gilet jaune est aussi une infraction passible des mêmes peines, précise la Sécurité routière, car il s’agit d’une « tentative » de dégradation.

Le dispositif visuel employé assimilerait la représentation du président de la République, Emmanuel Macron, à l’imagerie des dictateurs du XXe siècle, et particulièrement à celle utilisée pour Adolf Hitler.

 Entre 75 et 90 % des résultats publiés dans les meilleures revues biomédicales ne sont pas reproductibles. 

 » Notre hypothèse, c’est que les patients sous MDMA vont avoir des réactions de peur plus réduites, face à un stimulus menaçant, que ceux qui n’ont reçu qu’un placebo « 

Le Monde / Futura Sciences / Les Inrocks / Science et Vie / Mediapart/ Midi Libre

Publié par : Memento Mouloud | décembre 29, 2018

Alexandre Benalla, affranchi et star du rap

Si l’on suit l’actualité Benallienne avec une oreille inattentive et des yeux sevrés, on y verra un feuilleton de plus. Après Benalla joue de la matraque, Benalla ouvre la maison du Touquet, Benalla parle aux sénateurs, Benalla rencontre Alex, Benalla s’envole pour N’Djamena. On aura évité Benalla joue de la mandoline, Benalla mange un mars et Benalla couche avec Manu et Brigitte en même temps mais c’est de justesse et parce qu’il y a des lois, notamment à propos de la diffamation et éventuellement de la calomnie.

Si on lit un peu plus si on s’avance, si on fouille mais à peine, on peut voir Benalla en star du rap français. Non pas une star qui chante et joue les émancipés pour des blaireaux tricards qui vivent chez leurs mères et fantasment sur des meufs gros culs gros seins dans les clips du grand duc, non pas le feuilleton Kaaris Booba d’Orléans au Zénith et mate ma teub comme elle est grande, non une vraie star du rap qui aurait rencontré Scorsese.

Pour une fois, on tient sous la loupe un affranchi ou en passe de l’être, un type à récits s’il y avait des rhapsodes.

Le « petit gars d’Evreux » n’a pas rendu ses passeports diplomatiques. On surjoue l’indignation. Le Quai d’Orsay qui n’avait rien vu rien su attend le feu vert présidentiel, le Parquet suit. On prépare l’immolation d’Alex sur l’autel des gilets jaunes. On invente une taffiole de favori pour le brûler en effigie sur l’autel du Roi qui se prend, sans doute, pour Borgia et y va de sa petite entourloupe.

Il paraît que le président est fâché par les rencontres londoniennes avec Djouhri, foutaises. Le président a compris qu’il fallait une tête au peuple et celle-ci était la plus commode dans son esprit. Comme avec les gilets jaunes, Manu risque encore de se planter ; le roc Benalla n’a pas l’intention de jouer la guimauve. Sur ce point, son parcours est éloquent.

Alexandre Benalla n’était pas très études. S’il fait partie des classes parlantes de ce pays avec son master de droit en poche, contrairement à l’amie Rachida Dati, il ne l’a pas volé mais obtenu avant de bifurquer. La basoche, c’est pas son truc. Pour Marc-Antoine Jamet, ancien collaborateur de Laurent Fabius et secrétaire général du groupe de luxe LVMH, Benalla est forcément « un petit gars de la Madeleine », une ZUP d’Evreux, un moins que rien, un invisible mais Marc-Antoine qui ne s’appelle pas Muret et n’a pas les traits de Marlon Brando, ne connaît rien aux petits gars d’ici ou là. Tous les Marc-Antoine de l’hexagone devraient savoir que bien d’autres Benalla ne voudront jamais ressembler aux spectres qu’ils sont tout troussés de bel argent et de beaux diplômes. Ils préfèrent les rough boys. Ce sont des petits gars qui se sculptent, corps, cerveaux, langues, prosodies, biftons, ils sculptent.

Le petit gars croise la route d’Eric Plumer, dit « Jaurès », patron historique du service d’ordre du PS qui l’envoie nettoyer la section héraultaise retournée par Georges Frêche. Il s’y emploie en accompagnant la brave Pascale Boistard. Boistard contre Frêche, c’est Gérard Oury qui se prolonge. A la fin de 2012, il rejoint Velours International, fondé par deux anciens policiers de l’antigang. Du vent, selon un ancien de la société, qui assure que celle-ci attendait davantage du carnet d’adresses que le jeune homme se vantait de posséder. Le vent en question reste jusqu’en 2015, comme quoi le vent souffle où il veut. Il tente d’ouvrir une filiale marocaine et y expérimente ses limites. Il apprend et vite, il a 24 ans.

On le retrouve au siège de l’Office européen des brevets (OEB), pseudopode de la bureaucratie de l’UE. Il est alors garde du corps de son président, le Français Benoît Battistelli. Il a muté. De salle de muscu en programmes, il s’est transformé à l’instar d’un Zidane rejoignant la Juve. Il commence la sculpture de soi en compagnie de Jean-Jacques Mormeck qui l’envoie sur les rings d’Aulnay-sous-Bois. Un zeste de Rocky, l’évangile selon saint Jean ou son apocalypse se peignent sur le quadrilatère.

« On a passé énormément de soirées ensemble et je peux vous dire que c’est un monde qu’il ne connaît pas » assure Karim Achaoui, l’avocat du Mitan. Pour un homme dont la double profession de foi consiste à mentir comme on respire, on voit ce qu’on peut espérer de sincérité dans chacun de ses oracles. Toujours est-il que Benalla est aux premières loges de l’envolée macronienne vers le château. La scène du 17 novembre 2016 est ainsi relatée dans le Monde, « le lendemain, Alexandre Benalla accompagne le tout nouveau candidat pour un déplacement de deux jours à Marseille. Au programme, un meeting aux Pennes-Mirabeau, dans la banlieue de la ville, en présence de Christophe Castaner. La sécurité du candidat était jusqu’alors assurée par trois boxeurs bien connus dans les Ardennes, les frères Zaïm, recrutés juste après le départ de Bercy. Ce 17 novembre 2016, Benalla fait le fier devant le trio. Hamid Zaïm tente de l’arrêter par une clé de bras. On évite de justesse la bagarre, mais, à compter de ce jour-là, les frères Zaïm disparaissent du circuit : place à Alexandre Benalla, « directeur de la sûreté et de la sécurité d’En marche ! », comme disent ses cartes de visite. »

On appelle ça un récit édifiant, la légende dorée de l’homme moderne qui lit ses journaux chaque matin. Evidemment le style de Jacques de Voragine ne peut plus être le même. Il y a les frères Zaïm et la clé de bras, c’est l’épreuve, puis la carte de visite, c’est l’épilogue de la fable. La rencontre d’un homme et d’un couple, la passion réciproque, le coup de foudre. Bidon, archi-bidon mais cela passe bien dans un pays qui se méfie des pédés et des arabes, surtout quand ils touchent aux arcanes du pouvoir.

Oui Benalla aime la castagne et les flingues, ce sont les attributs des affranchis au même titre que les passeports qu’on ne rend pas et que les clés qu’on garde sous le coude. Le souverain n’est pas celui qui décide des situations exceptionnelles mais celui qui les crée sans même bouger. D’intuition, Benalla a su que c’est dans cet espace à la Riemann qu’il fallait évoluer.

Il faut observer le tétraèdre des relations de Benalla : Alexandre Djouhri, Philippe Hababou Solomon, Vincent Miclet, Marc Francelet. Passons sur le premier trop connu. Observons les autres.

Avant le Tchad, il s’est rendu avec l’affairiste franco-israélien Philippe Hababou Solomon au Cameroun, dirigé par Paul Biya, 85 ans dont trente-six à la tête de l’Etat. A Yaoundé, M. Benalla s’est retrouvé face au chef d’état-major puis dans le bureau du directeur du cabinet de Paul Biya. Il s’est mêlé à une délégation composée de quatre Turcs cornaquée par M. Solomon pour le compte d’une société soudanaise de textile, Sur International, ainsi que Barer Holding, une joint-venture entre le Qatar et la Turquie. Objectif officiel du voyage : négocier la vente d’uniformes pour les forces de sécurité camerounaises et tchadiennes et discuter d’investissements du Qatar. Un zeste de Mossad, une pincée de pétro-dollars, un havre fiscalo-mafieux turc, un circuit Cameroun-Congo Brazza, reste un libanais dans le placard. C’est la première des entrées dans le grand monde selon Alexandre.

Vincent Miclet est un homme de 53 ans, détenteur d’un passeport diplomatique béninois, 180e fortune de France (500 millions d’euros) d’après le magazine Challenges. Il possède quelques résidences de luxe en Dordogne, au Maroc, dans le XVIème. Il aime les cocottes l’ésotérisme et l’Afrique surtout quand elle paye et elle paye grassement quand on la saisit. Les autorités angolaises le poursuivent pour détournement de fonds. On scrute au loin les premières minutes de l’arroseur-arrosé. Il a connu les enfants du clan Denis Sassou-Nguesso et Jean-Jérôme Feliciaggi. Il a fait ses premières armes dans la pêche avec des poissons sans doute fourrés mais seul son chauffeur connaîtra les ors des tribunaux correctionnels. Il rencontre André Tarallo, il est alors au coeur du Foccardisme canal historique. Comme le dit le proverbe, c’est une bibliothèque en attente du brasier que ce Monsieur Vincent. Benalla écoute, il rédige son script, il voit, découpe, tronçonne, rigole. « Cet aventurier du commerce international excelle dans l’importation de denrées alimentaires, d’uniformes, de bottes pour une armée en passe de devenir l’une des plus puissantes d’Afrique. Il fait même venir de France un « ami », l’ancien gendarme de l’Elysée Christian Prouteau, fondateur du GIGN. » L’angolagate est en place on y rencontre des noms connus, usés, le vrai bureau des légendes rouillé de cuivre. La période est aux vaches maigres, Miclet disparaît de la scène et confie la vente de ses appartements français à une femme du milieu corse, une figure dont le mari perfectionne sont art culinaire en cellule. Mais Benalla apprend et enregistre, c’est l’essentiel. Il faut aller vite et dans ce domaine l’apprentissage informel vaut tous les bouquins. Alexandre n’est pas mémorialiste, il veut agir, pomper, vivre en prédateur. Il rêve Lamborghinis et coups de feu, mais pas dans un clip. Il veut palper, toucher, il est comme saint Thomas.

Marc Francelet c’est le petit escroc de la bande mais imaginatif, flic ou voyou remixé. Condamné dans une escroquerie à l’assurance-chômage. Pour le reste, RAS, les preuves manquent, un certain savoir-faire appris à l’école des frères Zemour et de Dédé la Sardine. On imagine les dialogues de Simonin en plus tangible. Tableaux roulés dans les bagages, faux puits de pétrole en Ouzbékistan avec la Sagan en émissaire auprès du mythe errant, Francelet a beaucoup tâté de la tchatche et de l’arnaque mais c’était pas chez Spielberg.

Pour Benalla, le temps de l’école est donc finie, l’écolier est dans la tourmente, s’il s’en sort, les saisons risquent de s’enchaîner et la place de la Contrescarpe paraîtra lointaine, aussi lointaine que la jeunesse hilare du si jeune président remontant les Champs Elysées.

Source : Le Monde

Publié par : Memento Mouloud | décembre 29, 2018

Retour à Nîmes

Comme une avenue titiste qui mènerait au palais, la perspective s’enfuit dans le décor de la zone commerciale où défilent les boulangeries, les enseignes et les terre-pleins, jusqu’aux arènes, jusqu’à la maison carrée, jusqu’au carré d’art, jusqu’aux jardins de la Fontaine avec sa minable tour Magne à Nîmes, calembour trépassé. Le ludibrium s’efface dans le décor Chantilly du musée de la romanité, néologisme tocard dans des yeux de camés Boulevard Gambetta. Fume et Fume la ville aux crocos en croco la ville des crocos, la ville aussi vieille que le meurtre, les putes et les drogues. Un parfum d’immémorial flâne sur le carré de béton de l’agglo, une sérigraphie de Montpellier en plus moche défie le catafalque peinturluré, en botox en détox qui fait du centre, de la place aux Herbes à la frise des déboutés du Paradis l’écrin d’un joyau qui s’éteint vers les 18 heures. Plus de terrasses, plus de touristes, plus de flâne ; la grande roue vide veille sur les teints ocres et basanés des sud-américains en transit par l’Espagne, des maghrébins en survêt qui jouent la vie de ma mère et sur la Mecque de mes couilles à toute heure en se tenant par l’épaule, lé bédeau figé, fixé dans les ténèbres. Nîmes est une ville de racleux et de bourgeois réfugiés sur leurs collines avec tessons, barbelés et caméras. Nîmes la parano avec ses canaux qui suintent jusqu’à la statue d’Antonin le Pieux qui n’avait pas de punaises, ah les yeux décavés de ce gars perdu sur sa bite démâtée, l’humeur en crack et déjà en partance vers l’antre du démon, pardon du shaitan, pardon de l’Iblis qui lui tend sa fourche. Viens, mon blaireau, viens, la farandole est en place, tu pourras toujours cirer les chaussures avec ta langue. Le monde est une enclume et Nîmes est son maillet qui t’arrachera la tête et la langue sous le soleil exactement, le soleil des sacrifices et des exécutions. Ludibrium donc. Sur le rond-point, des gilets jaunes attendent la livraison de bières en brûlant des cageots, la nuit tire sur le rouge, sur la rouille, les lumières des feux clignotent, rayonnent dans l’absence, Nîmes se perd dans le lointain.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 24, 2018

Raisonnement islamique et dissertation française

Les dix sources de la légitimité en pays d’Islam sont les suivantes : le Coran, la tradition, le consensus, le raisonnement par analogie, l’évaluation du juge, l’intérêt commun, les coutumes du pays, la présomption de continuité, les lois des peuples monothéistes, les avis des compagnons du prophète. Ce sont là les garanties d’un énoncé juridique.

Le Coran est l’autorité suprême, il s’en suit que le Texte a la prééminence sur le fait. La tradition repose sur six corpus de hâdiths rassemblés au Xème siècle. Ces hâdiths sont l’ensemble des actes et paroles de Mahomet rapportés par ses compagnons. Le hâdith se présente en deux parties : la chaîne des noms qui transmettent, le contenu de ce qui est transmis, c’est donc à proprement parler un recueil de lieux communs. Le Texte et les lieux communs ont donc la prééminence sur les faits.

Le consensus est une sorte d’infaillibilité attribuée aux experts, aux compagnons et à Mahomet lui-même. La chaîne fonctionne comme l’Idée platonicienne sauf qu’il n’y a pas d’idée intelligible mais le Texte, le Coran. La chaîne a pour but d’écarter les simulacres et de sélectionner les bonnes copies. Elle ouvre la voie à la querelle interminable des prétendants à la bonne copie. Le Texte, les lieux communs, la querelle des prétendants à la bonne copie ont donc la prééminence sur les faits. Le raisonnement par analogie fonctionne par contiguïté et ressemblance. On étend la jurisprudence du Coran à d’autres cas et sans garde-fous ce qu’Al Ghazali avait critiqué dans sa parabole du coquillage. Le Texte se substitue à l’enquête, l’air de famille à l’examen donc au diagnostic analytique. Le Texte, les lieux communs et la querelle des prétendants à la bonne copie ont donc la prééminence sur les faits, l’enquête et le diagnostic analytique. L’évaluation du juge est un simple cas particulier du consensus des biens pensants. L’intérêt commun étant celui de la communauté, c’est un autre cas particulier du consensus des biens pensants puisque quelques noms sténographient l’ensemble de la communauté des fidèles, sorte de copie de la République platonicienne. Dans les coutumes du pays, les préjugés communs ont plus d’autorité que l’argument dit rationnel. Il s’en suit que le Texte, les lieux communs, la querelle des prétendants à la bonne copie et les préjugés communs ont la prééminence sur les faits, l’enquête et le diagnostic analytique.

Le Coran est une somme de narrations, de poésie lyrique et d’énoncés normatifs. De fait, ces derniers définissent cinq catégories de cas : l’obligatoire, le recommandé, le permis, le répréhensible, l’interdit. On voit tout de suite que l’obligatoire et l’interdit, comme le recommandé et le répréhensible sont dans une relation converse tandis que le permis est la catégorie la plus floue, celle où le Texte, les lieux communs, la querelle des prétendants à la bonne copie et les préjugés communs ont la prééminence sur les faits, l’enquête et le diagnostic analytique.

En conclusion, le raisonnement des juristes islamiques et celui des dissertants francophones est le même. Il prend pour un raisonnement ce qui est une domination des arts de la langue (rhétorique, grammaire) et du sémantisme à propos de cas qui ne sont jamais établis après enquête et examen. Le tout enrobé dans une prétention à l’universalité.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 19, 2018

Alex (Benalla) et Alex (Djouhri) : retour vers le futur (sarkozyste)

Les deux Alex vivent un été indien londonien, flottant sur l’atmosphère douce du Brexit, au restaurant, dans un bar privé ou dans les salons d’un hôtel de prestige où Djouhri a ses quartiers. Si proches des oligarques aux paronomases en ov et en ic, si loin des gilets des péquins. « Je suis un homme poli, je rencontre les gens qui le souhaitent, c’est tout ». Alex Djouhri, assigné à résidence attend son éventuelle extradition en croisant les doigts. Et si la justice britannique se conformait aux usages français. Enfoncer Kerviel, sauver le staff de la Société Générale. De la raison d’État au gros rouge Pétrus. Cette fois-ci c’est l’alliance Macron-Sarkozy, cet attelage d’une caste en perdition qu’il faut baptiser au champagne. Exit l’affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy. L’ombre du despote de Tripoli ressemble à celle d’Héliogabale, tous deux achevés près d’un égoût. Dans un rapport de février 2018, les membres du Parquet national financier, sans doute atteint par la thrombose frontiste, affirment que l’enquête judiciaire « démontre son implication centrale dans un réseau organisé de corruption, ayant agi en France comme à l’étranger ». Le déterminant possessif évoque Alex (Djouhri) pas Dominique de Villepin. L’un est né dans un gourbi, l’autre d’une particule. Nuance donc, la pureté du sang doit crier quelque part Montjoie Saint Denis, même quand la particule sent son Louis-Napoléon, une particule d’emprunt contre une mauvaise réputation. Comme si les arcanes d’État ne se confondaient pas avec la corruption, comme si les sales besognes de l’État monarchique, républicain, ce que vous voudrez n’avaient pas un goût de latrines, de sperme, de billets fripés, de comptes numérotés, d’escort-girl, de cadavres dans le placard, de grands hôtels et de petits malfrats dont certains seront devenus grands.

« Tournaire [le nom du principal juge d’instruction de l’affaire libyenne], c’est le soupçon du soupçon que ma grand-mère a des couilles. ». Formulation très djouhrienne car le brave Alex semble obséder par le volume comparé des testicules. Mediapart fait « partie du complot » mais « avec un flingue ou un stylo sur la tempe, jamais je ne céderai. Il faut me tuer pour cela. » Alex joue donc son rôle dans les trois jours du butor.

Au sein de la Macronie, Alexandre Benalla n’est pas le seul point de contact dont Alexandre Djouhri peut se vanter. L’intermédiaire sarkozyste est aussi très proche de l’actuel secrétaire général du ministère des affaires étrangères, Maurice Gourdault-Montagne, qui l’avait invité à une réception officielle en décembre 2017 à l’ambassade de France, sise à Alger. Entendu par les policiers anticorruption de Nanterre dans le cadre de l’affaire libyenne, l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, avait confirmé que c’était le numéro 2 du Quai d’Orsay qui avait insisté pour que Djouhri soit invité à la réception avec Macron. Un complot, vous dis-je.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 19, 2018

Pâques à Bayonne

Entre janvier et juillet, 62 177 migrants ont rejoint l’Europe par la Méditerranée, selon les données de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. Un chiffre en baisse par rapport à 2017 (172 301 sur l’ensemble des douze mois) et sans commune mesure avec le « pic » de 2015, où 1 015 078 arrivées avaient été enregistrées. Les flux déclinent et se déplacent géographiquement : entre 2014 et 2017, près de 98 % des migrants étaient entrés via la Grèce et l’Italie, empruntant les voies dites « orientales » et « centrales » de la Méditerranée ; en 2018, c’est pour l’instant l’Espagne qui enregistre le plus d’arrivées (23 785), devant l’Italie (18 348), la Grèce (16 142) et, de manière anecdotique, Chypre (73).

Mais les nombres ne concordent pas et valsent. Depuis janvier 2018, plus de 53 mille migrants sont arrivés par l’Espagne, soit une hausse de 150 % par rapport à 2017. Parmi eux, nombre d’Africains francophones qui lorgnent sur le Black mic-mac parisien. L’Espagne serait donc une porte d’entrée, la capitale hexagonale, l’aimant. D’après la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, les agents de la police aux frontières (PAF) d’Hendaye, chargés d’effectuer les renvois à l’issue de contrôles inopinés, ont signifié 7 968 « refus d’entrée » sur les onze premiers mois de l’année (sachant qu’une même personne peut être repérée plusieurs fois) contre 4 409 sur la même période en 2017. Mais mille pour le seul mois de Novembre.

Attablé devant la mairie d’Irun, un Malien de 30 ans. Il aurait fui les islamistes, c’est un discours rôdé, il y a toujours quelque chose à fuir et peu de choses à combattre, la balance est biaisée. Il aurait traversé l’Algérie (six mois) puis le Maroc (huit mois) ; il aurait été pris en charge sur la côte espagnole par la Croix-Rouge, puis déplacé vers le Nord, à Barcelone, où il aurait reçu « 80 euros pour payer [son] transport » jusqu’à la ville de son choix. Bien renseigné, l’islamophobe présumé dans un pays de djihad, opte pour Bilbao, point de ralliement de ceux qui veulent tenter la France. « C’est la Croix-Rouge qui donne le liquide ! » assure Ousmane. À Irun, ces témoignages de « remontées » assistées sont légion : certains racontent qu’ils ont reçu des espèces (jusqu’à 200 euros), d’autres des tickets de bus, tantôt fournis par la Croix-Rouge, tantôt par d’autres associations mandatées pour gérer des centres d’hébergement d’urgence. Un passeur coûte 250 euros. La Croix-Rouge s’adapte.

Depuis un mois et demi, à Bayonne, un lieu d’hébergement est accessible à tous les étrangers de passage, baptisé Pausa et doté de plus de 150 lits, imaginé par des bénévoles, réunis dans le collectif Diakité et le maire. Certains racontent les forêts marocaines, d’autres, l’esclavage en Libye. On dirait une tribu de perpétuelles victimes mais on se doute que c’est une autre langue de bois. Ce que fuient des hommes est peut être honteux, peut-être secret, indicible ou trop choquant. Ils attendent de la France, du Luxembourg, de la Belgique d’effacer l’immondice qu’ils traînent ou de donner corps à une fable.

Les antiques appelaient ça la Fortune, elle offrait sa corne d’abondance à certains, son dédain à d’autres. La vie est ainsi faite, quelques-uns gagneront, la plupart perdront, les voici monnaie vivante, ils aimeraient bien être des hommes, tout simplement.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 18, 2018

Vinci reprend son ciseau à surtaxes ou comment punir les gilets jaunes

Vinci Autoroutes (ASF, Cofiroute, Escota et Arcour), affichait, en janvier 2018, des bénéfices en hausse sur un an de 28,5% (1,75 milliard d’euros) et des dividendes en progression de 88,5% (près de 4 milliards d’euros !). D’après le rapport de l’Autorité de régulation des activités routières (Arafer), les bénéfices des SCA ont bondi de 25 % en 2016, à plus de 2,8 milliards d’euros. Sur la même période, elles avaient reversé plus de 4,7 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires (+41%). L’Arafer jugeait que « les augmentations de tarifs de péages prévues excèdent le juste niveau qu’il serait légitime de faire supporter aux usagers ». L’Autorité de la concurrence parle, elle, d’un rapport de force très largement déséquilibré entre les sociétés d’autoroute et l’État, dans ce business doté d’une « rentabilité exceptionnelle ».

Vinci Autoroutes a donc annoncé, lundi 17 décembre 2018, que les automobilistes devront régulariser les paiements dont ils n’ont pas pu s’acquitter au cours des opérations liées au mouvement qui ciblent les péages, depuis le 17 novembre.

Ceux dont les plaques d’immatriculation ont été détectées par les caméras gentilles installées à l’entrée et à la sortie des autoroutes gérées par le groupe devraient donc recevoir une facture équitable par courrier postal. « Nous sommes conscients du caractère exceptionnel des événements qui ont touché le réseau depuis quatre semaines », a souligné un porte-parole de la filiale du groupe de BTP et de concessions Vinci. « Nous avons donc décidé d’adapter nos procédures pour ne pas pénaliser les usagers en préjugeant de leur bonne foi. ». La société autoroutière souligne que cette ponction constitue une mesure de justice vis-à-vis d’eux, comme vis-à-vis des millions de personnes qui ont continué de payer l’autoroute les semaines passées.

Le ministre de la transition écologique, François de Rugy a, quant à lui, sorti sa tenue bondage : « On ne peut pas faire celaEn réalité, sans doute que c’est l’Etat qui va devoir payer une grande partie de la facture, et donc, ça va être une dépense supplémentaire (…) ou sinon cela sera répercuté d’une façon ou d’une autre sur les tarifs d’autoroute, ce qui est bien dommage parce que les Français qui n’avaient rien à voir avec les casseurs ne devraient rien avoir à payer. »

Vinci ou Rugy, dans tous les cas, il faudra gronder et punir le peuple, surnommé casseur dans la novlangue macronienne, en le sermonnant, en le ponctionnant, en lui apprenant ce qu’il en coûte de lever la tête. Pour le reste, le revenu minimum et même maximum du capital sera assuré. 

 

Sources : Autoplus / Ouest-France / Le Monde / AFP / Reuters

Il s’appelle Vincent, l’autre Iskander Makhmudov, Alexandre fut leur trait d’union. Iskander-Alexandre, ah vraiment, c’était prédit, inscrit dans les étoiles. Un contrat à 300 mille euros. Une paille, un détail. Les infortunés ont quitté l’Elysée puis la République en marche, ah vraiment, c’est trop, les animaux de proie ont des airs naïfs et des lunettes trop noires. Le contrat russe de Vincent Crase portait sur la protection de proches et de biens d’Iskander Makhmudov, devenu l’une des plus grandes fortunes de Russie à la faveur des vagues de privatisations de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Des mines, des industries, un carrousel. La revue Forbes estime son patrimoine personnel entre 3 et 6,5 milliards d’euros. Il est l’heureux, le nouveau prince. Le gaz flambe et nage, les enseignes sont vermeilles, comme les mineurs délurés, enterrés, défaits. Un château en Sologne, une villa à Ramatuelle (Var), des terrains de chasse du côté de Blois. Louis XII sourit, à cheval. Les montages financiers scintillent sous les pavillons fiscaux, Chypre, Luxembourg, Monaco. Un tas bleu de petites perles. Tout le passé glapit, tout le passé tressaute. UMMC (métallurgie, cuivre et zinc), Transmashholding (premier fabricant russe de matériel ferroviaire, partenaire en Russie d’Alstom et de Martin Bouygues ) Kuzbassrazrezugol (charbon), tout se résume d’un trait, Ismajlovskaya.

« Nous avons été prestataires de service contractuellement pour la société de conciergerie Mars de M. Crase qui a fait appel à nos services pour une prestation de service réglementée pour l’un de ses clients » . Vincent Crase était Mars, l’autre était Jupiter, Benalla, le giton bleu ou l’Hermes en guêpière, c’était la fête chez Brigitte, Brigitte la fausse blonde et ses acteurs de cabaret, dans le brouillard rose et jaune et tout propret. Alexandre Benalla assure n’avoir joué aucun rôle dans le contrat russe de son « ami » et ancien collègue Vincent. « Je n’ai jamais pris part à la moindre négociation, ni de près ni de loin, avec M. Makhmudov ou ses représentants concernant le contrat avec la société Mars et M. Vincent Crase…Il n’y a pas de lien entre Makhmudov et Benalla. ». Un martyre sans assurance.

Alexandre Benalla assure n’avoir vu Iskander que deux fois dans sa vie, au Maroc en 2016 puis une seconde à Paris avant la campagne présidentielle. Les deux hommes se sont pourtant congratulés à plusieurs reprises en 2018 et ont été vus ensemble par plusieurs témoins les 25 et 26 août derniers dans le château en Dordogne d’une figure de la Françafrique, Vincent Miclet.

Des enquêteurs espagnols soupçonnent des groupes mafieux russes établis sur le littoral espagnol d’avoir blanchi plusieurs dizaines de millions d’euros tirés du trafic de drogue et autres activités illégales, en utilisant des sociétés domiciliées en Espagne et dans des paradis fiscaux. Ils ont découvert que Makhmudov contrôlait la maison-mère de Vera Metallurgica S.A., une structure au cœur de ce réseau. Une filiale de l’UMMC. Mais Iskander est éclectique, membre de l’Association du dialogue franco-russe, le club fondé par l’ancien patron des chemins de fer russes Vladimir Yakunin et le député Les Républicains Thierry Mariani, grand fan de l’annexion de la Crimée par l’oncle Vladimir. Dans son métier, on appelle Iskander le chinois et Alexandre a les yeux si bridés qu’on dirait des all rights.

Dans le sillage des enquêtes espagnoles, une procédure a aussi été ouverte à Stuttgart en Allemagne. Elle a abouti au procès et à la condamnation en 2010 d’un certain Alexandre Afanasiev, du groupe mafieux Izmaïlovski. Là encore, le rôle d’Iskander Makhmudov apparaît. Un témoin clé, à l’époque réfugié en Israël, a raconté par le menu comment la société financière « Blond Invest » – dont les propriétaires étaient au début des années 1990 Deripaska, Makhmudov et Tchernoï – avait pour protecteurs, mais aussi pour partenaires en affaires les membres du groupe mafieux d’Izmaïlovski.

Vincent et Alexandre gonflent des indeeds et des haôs, attendent la suite. Ils s’ennuient, ils matraquent, pour la France, la patrie, Jupiter. Une opération de redressement moral, national, une obstétrique. Il expliquait que les capitaux sales provenant du racket, de la prostitution et des salles de jeu illégales avaient été réinjectés dans la société minière Ural Mining and Metallurgical Company (UGMK) avec l’aide active d’Andreï Bokarev, aujourd’hui devenu l’indéfectible partenaire de Makhmudov et actionnaire d’UGMK. Puis ces fonds avaient été définitivement blanchis au Liechtenstein via des fondations. Les promesses de l’ombre et celles du doute.

En 2008, du temps du tandem Sarkozy-Fillon, Alstom, alléché par la perspective d’entrer sur le grand marché des chemins de fer russes (le premier réseau d’Europe avec 85 000 kilomètres de voies, 1,3 milliard de passagers et 1,3 milliard de tonnes de fret par an), décidait de se rapprocher de Transmashholding (TMH). Cette société de construction de matériel ferroviaire, créée en 2002, était alors contrôlée à 75 % par Iskander Makhmudov et son associé Andreï Bokarev. Une poule aux œufs d’or, puisqu’elle est le principal fournisseur de l’opérateur étatique Russian Railways (RZD) qui y détient 25 % du capital. Puis en 2011, le groupe français entrait au capital Transmashholding (TMH), rachetant au tandem Makhmudov-Bokarev 25 % au sein de The Breakers Investment BV, à Amsterdam (Pays-Bas), la maison mère de TMH, dont la structure est un modèle d’opacité, le capital étant détenu par les deux hommes d’affaires via des sociétés chypriotes 

Alexandre et Vincent ne sont pas seuls, leurs parrains sont légions. C’est Martin Bouygues (alors actionnaire d’Alstom à 30 %, contre 28,3 % aujourd’hui) qui a présenté Iskander Makhumudov à Patrick Kron, à l’époque où le projet de l’hôtel cinq étoiles à Ekaterinbourg prenait forme. Dans une longue interview accordée en 2011 au quotidien Vedomosti, il évoque ses liens d’amitié et d’affaires avec Makhmudov et Bokarev, qu’il qualifie de « grands industriels » pour lesquels il a « le plus grand respect ». Et avec lesquels il fait alors régulièrement des parties de chasse en Russie.

UMMK accumule ses profits en dehors de Russie, sur le compte de sociétés de négoce basées à Chypre et en Suisse. En sûreté, les fonds servent à racheter des actifs en Europe. En 2015, l’une des filiales de UMMK a pris le contrôlevia une structure suisse, du groupe Gindre à Lyon, spécialiste mondial du conducteur cuivre pour les équipements électriques qui possède six usines de production en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Inde, en Slovaquie et en Allemagne. Les gitans ne voleront plus les cuivres, les méchants, Papa Iskander veille.

Vincent regarde le ciel puis les pavillons dans leur ratatinement terrible, il trouve le pli des cils makhmudoviens magnifiques, Alexandre lui sourit « et si on allait s’éclater à la contrescarpe ».

Source Mediapart

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