Publié par : Memento Mouloud | janvier 14, 2017

Du spectacle des primaires et des élections

meluche

Je venais d’avaler le cinquième et antépénultième opus de Jason Bourne au scénario calamiteux, comme les trois précédents, à l’atmosphère de paranoïa crypto-nationaliste, teinté du visage bouffi d’alcoolique non-repenti de Matt Damon, passaient les primaires du PS dont l’intérêt dramaturgique est nul puisque le seul intérêt spectaculaire de cette élection c’est d’assister au naufrage électoral du socialisme français, à sa disparition parlementaire, exactement comme le seul intérêt de la primaire de droite fut d’assister aux défaites humiliantes de Sarkozy puis de Juppé. Il ne souffle aucun vent révolutionnaire sur la France, pas plus que sur les bataillons de prose algorithmique de la presse hexagonale, juste une volonté des spectateurs de changer de récit et de canevas.

Les primaires comme les élections sont un spectacle organisé par l’oligarchie qui en choisit les figurants et les têtes de gondole. C’est ce que les gens sérieux appellent la démocratie. Hamon et  Valls figurent des androïdes japonais égarés dans la partition de leur logiciel, Montebourg joue au chien fou du plein emploi, Benhamias campe sans cravate, Pinel opère en potiche engourdie, Peillon s’est choisi un costard de gardien de Franprix et un brushing crypto-stalinien, quant à de Rugy on se demande bien ce qu’il peut faire là, campé sur le libéralisme avancé et son administration du désastre.

Dans l’élection qui vient l’intérêt va se nouer non pas autour de la présence frontiste au second tour ou sur les sourcils broussailleux du brave Fillon adepte de la monovanne mais sur la victoire de Macron et sur le score à deux chiffres de Mélenchon, en résumé sur la disparition possible et probable du PS. Le spectacle sera assuré comme de l’autre côté de l’Atlantique où Trump n’a pas gagné sur un programme mais sur un ressort dramaturgique simple : en matière de spectacle, le diable c’est l’ennui.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 29, 2016

Raffaele Simone, la démocratie, les populismes et l’Europe

Mon analyse suggère (…) que la démocratie (…) repose sur un système compliqué, courageux et génial de fictions (…). Ces fictions, nombreuses et entremêlées, forment dans leur ensemble une structure conceptuelle à la complexité impressionnante. Mais si (…) on la démonte pièce par pièce, elle s’avère un agrégat instable, presque comme celui des baguettes de mikado qui se superposent une fois retombées : on dirait qu’elles sont bien agencées, alors qu’en réalité leur équilibre est extrêmement fragile. Il suffit de la moindre vibration pour tout défaire.

Dans la modernité occidentale, on souffre de deux décalages fatals : celui de la politique face aux besoins des citoyens et celui des médias face à la vie réelle. Le premier est dû à la mauvaise direction qu’a prise la politique depuis des décennies : sphère close, ou quasiment close, mandarins, clientélisme, cumul, dans la durée, des charges et des mandats, privilèges, professionnalisation rampante, etc. Cette métamorphose – prévue lucidement déjà au début du siècle passé par Max Weber – a été révélée par l’action et la place grandissantes de l’information et, plus récemment, d’Internet. Si l’on veut un exemple caractéristique, triomphant, de cette distorsion, il suffit de regarder la bureaucratie européenne, où les gens qui commandent et déterminent le sort des différents pays sont inconnus et très bien récompensés.

Quant au second décalage, il est clair désormais que les médias sont de moins en moins rivés aux faits et immergés parmi les gens et leurs soucis réels, sauf à l’occasion de catastrophes et de situations dramatiques : les bureaux de presse, les sondages, les communications produites par les lobbies ont pris le dessus. Les médias ne racontent plus la vie des gens, mais plutôt les manigances des puissants, des célébrités et des fortunés. Conséquence de cette logique : la couverture de faits importants comme l’élection américaine, la Brexit et les primaires françaises a été totalement faussée par cette distorsion. La réalité parle évidemment un autre langage, que les médias ne connaissent pas.

Les mouvements populistes importants sont nés dans des pays qui, dans le passé, ont connu des formes de fascisme. Cela signifie que les mouvements populistes modernes ne sont que des formes allégées de fascisme. Il s’agit d’un avatar récent du fascisme européen. Et c’est extrêmement périlleux. Leurs publics sont essentiellement des personnes qui s’informent peu et ne comprennent pas grand-chose. Ce qu’autrefois on appelait la plèbe. L’un des aspects typiques du populisme est de construire une figure de vilain. Il y a un méchant physique et un méchant institutionnel. Pour les fascistes, le méchant interne était les communistes, puis les juifs. Le méchant externe était l’Angleterre. Aujourd’hui, le vilain interne, c’est l’étranger et l’externe, c’est l’Europe. Le scénario est similaire.

La seule particularité des nouveaux populismes, c’est qu’ils créent l’illusion de la démocratie directe à travers les nouvelles technologies. L’humoriste et militant Beppe Grillo entre totalement dans ce schéma. Il y a aussi des populismes de gauche à la Mélenchon. Mais le style de sa communication est un style fasciste. Sa conception des riches est typiquement dans cette veine. Les fascistes parlaient de ploutocratie. Si Mélenchon n’alimente pas le rejet de l’étranger, c’est parce qu’il faut qu’il exhibe quelques éléments de gauche. Le vrai basculement dans le sentiment qu’ont les opinions publiques vis-à-vis de l’UE est dû à l’émergence de ces mouvements populistes qui ont fait tellement de bruit que même les citoyens qui n’étaient au courant de rien s’en sont trouvés sensibilisés. Ce sont eux qui ont la vraie responsabilité du changement d’attitude envers l’UE.

Le politique est souvent aveuglé par ses propres paroles, et par les flatteries des personnes serviles qui l’entourent. Il est donc porté à se surestimer. Il suffit de voir la fin de carrière de Sarkozy … Au début, Renzi était associé à l’idée de jeunesse et de renouvellement ; beaucoup (mais pas moi) l’ont pris au sérieux précisément pour ces raisons-là. Puis, son tempérament est apparu au grand jour : omniprésent, toujours en mouvement,  imbu de lui-même et de son groupe, avec des discours continuels, une surexposition médiatique sans répit, des promesses, des bobards, des annonces surréalistes… Il a même créé l’émission web Matteo répond (à la manière d’Hugo Chávez), dans laquelle il parlait en roue libre, se moquant souvent de ses adversaires ou des dissidents de son propre parti, racontant des blagues – et disant de temps en temps aussi des bobards. Puis, on a compris qu’il n’avait pas grand-chose d’un homme de gauche, qu’il était davantage l’ami des patrons que celui des travailleurs, et que ses mesures (surtout économiques, mais aussi sur l’école, les biens culturels…) ne donnaient pas de résultat. Ensuite encore, il y a eu quelques opérations hasardeuses : le sauvetage de certaines banques opaques, la colonisation des postes publics clés par la nomination de ses amis et amies … Enfin, on a compris qu’on avait affaire à un « mâle politique alpha » : centralisateur, envahissant, bavard et tout à fait ignorant de l’histoire politique de son propre pays. Pas si différent de Berlusconi, qui l’a d’ailleurs reconnu sur-le-champ comme son semblable. Dynamique, menteur, omnipotent et égocentrique, il reviendra.

Les 5 Etoiles fédèrent, interceptent la contestation mais, au bon moment, ils ne savent pas gouverner. On le voit à Rome, qui a élu une maire 5 Etoiles avec un plébiscite (67% des voix en juin dernier pour Virginia Raggi, avocate de 37 ans), mais est aujourd’hui une capitale à l’abandon. En interne, le mouvement pratique de plus une démocratie très très très opaque. C’est un parti non-parti, démocratique mais aussi totalitaire, sans statuts, sans congrès, sans culture politique, confondant sans scrupules des motifs de droite et de gauche, avec une galaxie d’affairistes et d’opportunistes tout autour de lui.

Pour le citoyen ordinaire, le seul intérêt de l’Europe, c’est la possibilité de circuler librement. Pour d’autres catégories de personnes, c’est de faire circuler le capital ou de créer des entreprises sans obstacles. Les motifs de douter de l’Europe sont donc innombrables, et certains sont sérieux et bien-fondés. Du point de vue du peuple, l’Union Européenne signifie surtout limites de souveraineté et interventions incompréhensibles dans certains domaines (comme l’agriculture). Du point de vue de celui qui s’informe, elle signifie quatre choses : une immense bureaucratie quasiment céleste, extrêmement bien rémunérée, privilégiée et repliée sur elle-même ; la multiplication d’organes complexes et inutiles, dont aucun n’est soumis à des élections populaires ; la suprématie effrontée de l’Allemagne, une grande succursale, surtout en Europe centrale, qui est un gigantesque marché allemand ; le manque de réelle coordination sur tous les terrains décisifs tels que l’économie, la politique étrangère, de défense, la gestion de l’immigration etc.

Nous sommes liés à la structure de l’Union européenne un peu comme le chien l’est à sa laisse. Trop de choses dépendent de l’UE : les financements des grands projets d’infrastructures, l’agriculture, la circulation des personnes et des biens, l’euro. Des aristocraties intouchables se sont créées dans la sphère européenne. Ce ne sera pas facile de mettre à la porte Barroso et Van Rompuy avec toute leur clique. On est face à une bureaucratie qui, en grande partie, autolégifère. Ajoutons le fait que l’Europe est composée de pays où l’on parle des langues différentes, ce qui favorise certaines hégémonies. La classe politique italienne, qui ne parle pas l’anglais, ne peut certainement pas être aux avant-postes des débats. Ce n’est pas un détail. Les gaffes linguistiques de Romano Prodi sont restées célèbres.

Du point de vue populaire, l’UE devrait être tout simplement dissoute. Le Brexit a été une expression brutale de cette vision « d’en bas ». Du second point de vue, elle doit être réformée de toute urgence, et de manière drastique. C’est mon point de vue, mais je me rends bien compte qu’il faudrait un accord et un effort gigantesque pour reformer l’Europe et redonner plus d’espace aux citoyens en son sein. Par exemple, le modèle de l’intercompréhension, élaboré par la linguiste française Claire Blanche-Benveniste, pourrait être une solution. Chacun parle dans sa propre langue et en comprend certaines autres sans nécessairement les parler. C’est un objectif réaliste, mais qui requiert une politique éducative au niveau européen.

L’Europe est une entité historique indiscutable, malgré la diversité de langues et de traditions. Et que cela nous plaise ou non, c’est un continent où les valeurs sont en grande partie fixées par le christianisme. Naturellement, il existe plusieurs Europe. Mais comme Milan Kundera, je pense que l’Europe finit là où commence la sphère russe. Les récents événements en Ukraine le prouvent. La Turquie, qui a été l’ennemie millénaire de l’Occident, n’est pas non plus en Europe. Dans l’absolu, il faudrait pouvoir évaluer le degré d’européisme des pays de manière à éviter le syndrome d’immobilisme qui a frappé des organismes comme l’ONU, l’Unesco ou la FAO.

En politique, il n’existe pas de devoir moral. En acceptant les pays de l’Europe orientale, on aurait dû prendre en compte les expériences politiques récentes et on aurait dû demander leur avis aux citoyens européens. Le cas hongrois est intéressant. La Hongrie a connu une longue phase communiste, mais aussi une expérience nazie terrifiante. Ces deux cordes vibrent encore dans ce pays. Même chose pour la Roumanie qui, avec la libre circulation, a laissé partir des groupes de population comme les Tziganes, qui posent problème dans les pays d’accueil. L’intégration de ces pays a été faite de manière superficielle et on en voit les conséquences. La Hongrie est en train de devenir la centrale de l’extrême droite européenne et elle révèle l’impuissance de l’UE à corriger des déformations. L’élargissement a été fait à la légère, sous la pression de l’Allemagne et de ses intérêts économiques.

La dimension économique de la mondialisation prive silencieusement de leur pouvoir, transféré à des multinationales sans adresse postale, les gouvernements locaux; l’ampleur du phénomène migratoire interpelle, quant à lui, un principe au fondement des démocraties libérales modernes – celui de l’inclusion illimitée. La vigueur de ces deux événements sollicite à l’extrême, et parfois jus qu’au point de rupture, des mécanismes démocratiques déjà affaiblis.

La démocratie montre ses limites quand elle est attaquée par des facteurs hors contrôle : aujourd’hui, la variable cruciale des réponses électorales européennes est l’immigration. Que l’intensité de la crise migratoire constitue une stimulation inédite du paradigme démocratique européen. Je sais que c’est une remarque assez peu politiquement correcte, mais qu’importe: on peut aisément ressentir ces afflux massifs de populations en provenance du Moyen-Orient et d’Asie centrale comme un djihad sans armes. La réponse européenne ressemble moins à une prise de mesures qu’à ce que mon confrère Marc Ferro nomme des « aveuglements »: des situations où des phénomènes nouveaux troublants nous arrivent, sans que nous soyons jamais capables d’interpréter adéquatement leur signification, ni même de les voir; d’où la droitisation générale des opinions publiques du Vieux Continent.

L’unique endroit au monde où la démocratie pourrait être pratiquée pleinement, c’est l’école, sorte de laboratoire semi-réel de ce qu’est la démocratie. Si les acteurs publics en avaient conscience, ils pourraient assurer la continuité du modèle démocratique. Or l’école elle-même est en danger, en raison de son exposition aux tentations du monde extérieur et de sa désanctuarisation. Le berlusconisme a été la molécule expérimentale d’un modèle qui s’est généralisé entre-temps – jusqu’à Trump – et qui a conduit à une complète profanation de l’enceinte scolaire.

Le modèle démocratique voudrait, à priori, accueillir sans limite. Les citoyens, eux, n’en veulent pas. L’excès de droits conduit à la dissolution du modèle. La Fée démocratique ne peut pas s’occuper toujours de tout et payer les comptes de chacun. Les chocs font du bien s’ils ne sont pas fatals. Un modèle fragile en lui-même, comme la démocratie, court le risque de partir en lambeaux. Du reste, nous avons près de nous le modèle du poutinisme, qui continue à faire des émules dans le monde, il plaît en Italie, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis… : des droits économiques, mais pas de droits politiques. Il n’en faut pas beaucoup pour que nous tombions dedans. L’antipolitique de Trump fragilise directement la démocratie américaine, et risque d’en faire à terme un régime hybride, une sorte de « démocrature ».  Le système électoral américain offre un exemple époustouflant de baroquisme et d’absurde. Créé il y a plus de deux siècles, il s’est fondé sur l’idée, typiquement paternaliste et pédagogique, selon laquelle le peuple, étant rude et mal informé, il faut passer son opinion par le filtre d’un deuxième niveau, constitué par des personnes plus préparées, réflexives et avec une plus grande expertise. Ce sont elles qui peuvent vraiment interpréter les besoins du peuple, qui, lui, n’est pas à même de dire exactement ce qu’il veut et ce dont il a besoin. Donc, la démocratie qu’aimait tant Tocqueville se base sur l’assomption cruelle que sur le fond le peuple est bête et sauvage et qu’il lui faut un pédagogue pour lui apprendre ce qu’il veut lui-même ! Or, il est bien connu que la manœuvre sur la loi électorale est un des instruments les plus puissants pour déterminer les résultats politiques, comme le cas de Trump (de même que celui de Gore il y a quelques années) l’a démontré de la manière la plus criante. Du coup, il est surprenant que personne, aux états-Unis, ni même chez les radicaux, ne s’attaque à cette loi dérisoire et offensive et ni ne réclame sa révision en profondeur. Entre-temps, la démocratie américaine se confirme paternaliste et hypocrite, quoique pût en penser le bon Tocqueville.

L’initiative de Macron s’inscrit évidemment dans un agenda d’ambition politique assez classique; de l’autre, en ce qui concerne sa capacité à capter l’énergie populaire, sa démarche m’inspire un doute: j’ai l’impression qu’il n’y a que lui et ses amis sur la scène. Est-ce de là que peut sortir une revitalisation?

Telerama/ L’Express/L’Humanité / Libération

 

Publié par : Memento Mouloud | décembre 29, 2016

La grâce de Jacqueline Sauvage et la modernité

En graciant Jacqueline Sauvage, François Hollande accomplit deux actions : un, il méprise souverainement le jugement des jurys populaires ; deux, il rend licite le meurtre en cas « d’emprise » du mari violent sur sa femme.

Dans le premier cas, François Hollande choisit une forme de démocratie contre une autre. En effet, le jury populaire est une instance démocratique majeure en ce sens que chaque individu rend son verdict en fonction d’un faisceau d’indices et des lois en vigueur. Le juré fait donc usage de sa raison et il le fait au sein d’un groupe réduit, 8 personnes plus la sienne, encadré par trois juges.

A la place de cette institution où chaque individu est responsable de son jugement à la fois individuellement et en groupe, François Hollande choisit, et tous ceux qui le soutiennent parmi les politiques, la chosification des individus, soit une vague mesure de l’opinion publique, ce que les journalistes évitent de dénommer une forme de populisme. De plus, il soutient les lobbys, soit dans le cas de Jacqueline Sauvage, ceux du néo-féminisme.

Or une représentante du néo-féminisme, en l’occurrence une porte-parole d’Osez le féminisme, expliquait sur un plateau que la loi canadienne légitimait le meurtre du mari par sa femme en cas « d’emprise » de celle-ci sous les coups de son compagnon. Il est évident que cette notion d’emprise est vague et sans limites assignables. On en vient donc à la conclusion que la féministe en question et Hollande avec entérine l’idée qu’une société peut rendre licite le meurtre dans certaines circonstances qui ne s’apparentent pas à la légitime défense puisque celle-ci est codifiée dans le droit pénal.

Il ne s’agit pas seulement d’un problème de droit mais des fondements mêmes de la société. Si le meurtre devient licite en cas d’emprise, le mensonge l’est aussi en cas d’arrangement avec le réel, l’inceste de même en cas d’amour enfin l’absence de réciprocité du don devient une loi d’airain au prétexte que tout altruisme est un égoïsme déguisé.

Par conséquent, en graciant Jacqueline Sauvage après que deux jurys l’avaient condamnée, le président François Hollande dévoile un pan de la modernité ou plutôt une tendance de celle-ci, la destruction des fondements de toute société au motif que celle-ci entrave les désirs et pulsions de l’individu, aussi il sera tout à fait licite d’opérer un carton sur un groupe de jeunes dont l’emprise est manifeste sur une cité quelconque, de même qu’il est tout à fait licite d’user d’un paradis fiscal quand l’oppression fiscale est trop lourde, comme il est toujours possible d’éliminer des électeurs parce qu’ils votent mal et exercent une emprise sur la bonne santé du pays.

La voie est ouverte, l’imagination débridée va pouvoir se donner libre cours, elle n’aura pas pour nom Donald Trump.

Publié par : Memento Mouloud | décembre 28, 2016

Fissenou S météore de la guerre raciale

Interpellé «sans heurts» à la gare TGV d’Avignon lundi, par la police du rail, Fissenou S aurait tué, seul,  une octogénaire à Chabeuil, non loin de Valence, et un couple de septuagénaires, à quelques kilomètres de là, à Montvendre. C’était sa manière à lui de fêter Noël. En outre, il aurait agressé trois personnes dans le Vaucluse, s’acharnant notamment à coups de pierre sur une femme d’une soixantaine d’années, «très grièvement» touchée et toujours dans un état grave. Lundi soir, «son état psychiatrique a été jugé incompatible avec une mesure de garde à vue et il a été placé en hospitalisation d’office sur arrêté du préfet de la Drôme», a précisé le procureur. Le suspect a un profil judiciaire «assez chargé», notamment pour des violences, des vols et du trafic de stupéfiants depuis qu’il est mineur, a précisé une autre source proche de l’enquête. «Il a été incarcéré à Fresnes pendant sept mois et en est sorti le 1er septembre dernier», a ajouté Alex Perrin. Comme on le voit, la prison persiste dans sa fonction d’école du crime et la psychiatrie dans celle de maquillage du réel.

Fissenou S est noir, il est jeune. C’est le troisième enfant d’une fratrie de cinq. Il est originaire de Beauvais dans l’Oise, non loin de Beaumont, la ville d’Adama Traoré. On l’appelle Fish. Il venait de sortir de prison, en septembre. Une voisine plus perspicace que les autres notait que Fish avait changé d’attitude après son retour du « bled », au Mali. Toutes les victimes de Fissenou S sont âgées et/ou blanches. Les meurtres ont lieu autour de la fête de Noël et Fissenou n’est pas exactement un chrétien mais bien un musulman. Il entend des voix, soit mais beaucoup d’autres entendent des voix et ne tuent pas au couteau des personnes de 75 ou 80 ans. Fissenou est peut-être fou mais c’est surtout un météore de la guerre raciale, peut-être du djihad, sans doute des deux. Il tue par haine. Il tue pour ses voix. L’important est de savoir qui sont ces voix.

Pascal Pertusa, le maire de Chabeuil a raconté à l’AFP avoir été appelé vers 8h par les pompiers et les gendarmes au domicile de la victime de 80 ans, qui vivait seule dans une maison isolée, sans clôture, en bordure de la route menant à l’aéroport de Valence. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme a fracturé une fenêtre pour s’introduire dans la maison. L’octogénaire était morte à l’arrivée des pompiers, victime de coups portés à l’aide d’une arme blanche. Les autres victimes, âgées de 75 ans, présentent elles aussi «des traces d’agression à l’aide d’une arme blanche».

Le véhicule dérobé aux septuagénaires fut repéré sur l’aire d’autoroute de Grès (Vaucluse), à la suite d’un accrochage et d’une altercation avec deux personnes. Lors d’une tentative de vol à main armée, le meurtrier agressait à l’arme blanche le gérant d’un magasin d’une zone commerciale à Orange (Vaucluse), sur un parking, le blessant au ventre avec un couteau. Il aurait ensuite frappé une femme d’une soixantaine d’années à coups de pierre, à proximité, puis blessé, plus légèrement, un troisième homme au couteau. Le suspect aurait par la suite eu un accident de voiture à Noves (Bouches-du-Rhône), le contraignant à abandonner son véhicule. Il fut alors conduit en direction d’Avignon par un automobiliste, sans exercer de menaces ni de violences.

Le Figaro/ Le Parisien /BAM

Publié par : Memento Mouloud | décembre 28, 2016

François de souche Till Steffen et l’avis de recherche du camionneur Anis

Un ministre vert a bloqué plus de 12 heures

l’avis de recherche d’Anis Amri

par crainte de commentaires haineux (MàJ)

Par Francois le 23/12/2016

L’information est reprise par l’ensemble des dispositifs de désinformation de la droite dite radicale et qu’il faudrait nommer festiviste-racialiste. Le titre de Fdesouche est plus que tendancieux. Un ministre suppose, par l’emploi de l’article indéfini, qu’il est un parmi d’autres, le seul épithète de vert indique, par simple sous-entendu que le ministre en question serait français. Or le ministre en question n’est pas même ministre fédéral allemand mais ministre du land de Hambourg. De plus François laisse entendre que le ministre en question aurait entravé l’enquête. Le titre et l’article, tiré du Bild, ne désignent donc pas le même objet.

Or l’avis de recherche pour Anis Amri, auteur présumé de l’attaque de Berlin qui a fait douze morts et qui a été abattu à Milan le 23 décembre lors d’un contrôle de police, avait été publié par la direction générale de la justice jeudi 21 décembre. Si les pages Facebook d’autres forces de police, comme celle de la Police de Berlin, ont repris l’avis dans la foulée, les forces de l’ordre de Hambourg ne l’ont fait que le 22 décembre, aux alentours de midi : Till Steffen aurait demandé à Facebook de désactiver les commentaires, ce que l’entreprise aurait refusé de faire. Finalement, Steffen a tout de même décidé d’autoriser la publication de l’avis de recherche sur Facebook. Il a donc retardé le déferlement de commentaires racistes usuels de 12 heures. Aussi ce que le ministre en question a entravé c’est la publication de l’avis de recherche sur un réseau mimétique. Pour l’enquête on sait bien ce que fut son efficacité : nulle.

Arrêt sur Image / BAM

Publié par : Memento Mouloud | décembre 28, 2016

Qu’est-ce qu’une économie socialiste ? Le cas du Vénézuela

nicolas-maduro

Le dimanche 11 décembre, les Vénézuéliens avaient appris avec surprise qu’ils avaient 72 heures pour déposer à la banque leurs coupures de 100 bolivars.  Le désordre avait atteint son apogée avec le retard de livraison des nouvelles coupures, comprises entre 500 et 20 000 bolivars. Elles devaient arriver le jeudi. La première cargaison arriva le dimanche. Aux longues files d’attente devant les banques et à la nervosité des clients s’ajoutaient, dans plusieurs villes du pays, de violentes scènes de mise à sac de magasins. L’AFP évoqua au moins un mort lors de ces pillages.

Nicolas Maduro, président en survêt, justifiait sa mesure  par un complot cherchant à asphyxier l’économie vénézuélienne : « Les bureaux de change [en Colombie ] sont aux mains de mafias liées à l’extrême droite antivénézuélienne et ils ont monté une manipulation politico-idéologique […] centrée sur l’extraction des billets de 100 bolivars. ». Dans les faits, Le billet, qui ne vaut plus que 4 centimes de dollars au marché noir, serait même utilisé pour fabriquer de faux billets verts ou se recycle en papier-toilette.

Dans ce pays qui, d’après le FMI, devrait connaître une inflation de 475 % en 2016, ce billet de 100, jusqu’alors la plus haute coupure, est utilisé pour tous les achats, même les moins onéreux, comme la baguette de pain à 185 bolivars. Il faut plus de 11 billets pour payer son café au lait. « Avant Chavez, la corruption concernait les onze ministères du gouvernement. Aujourd’hui, nous avons un système conçu pour être corrompu : pour obtenir un document, pour acheter des aliments, pour acheter des dollars, pour les vendre ».

Venezuelan acting President Nicolas Maduro raises his fist during a campaign rally in San Carlos, Cojedes State, on April 4, 2013. The presidential campaign to replace Venezuela's Hugo Chavez formally kicked off Tuesday, with Maduro -- Chavez's hand-picked successor -- battling opposition leader Henrique Capriles for the forthcoming April 14 vote. AFP PHOTO / JUAN BARRETOJUAN BARRETO/AFP/Getty Images

On monnaie sa place dans une file d’attente, on paie un gestor (gestionnaire) qui saura graisser les bonnes pattes pour accélérer l’obtention d’un document officiel… Alors que le pays connaît des pénuries de certains produits, dans les rues de Caracas, les bachaqueros attendent la livraison de produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre bien plus cher au marché noir. Des Vénézuéliens sont rivés sur le site DolarToday pour surveiller le change parallèle du billet vert. Les plus chanceux, qui sont parvenus à obtenir auprès du gouvernement la précieuse monnaie pour voyager, peuvent faire la culbute inverse pour obtenir bien plus de bolivars que ceux investis.

Le 19 décembre 2016, un dollar s’échange à 2 620 bolivars au marché noir. En revanche, il est obtenu contre 10 bolivars seulement au Dipro, le cours officiel en vigueur pour l’importation de biens et services jugés urgents (alimentation, médicaments) et 674 bolivars selon le cours au Dicom qui procède au change officiel pour les autres utilisations, comme les voyages. Aussi, une personne qui parvient à changer 1 000 dollars contre 674 000 bolivars pour voyager aux États-Unis et qui parvient à conserver, grâce à de fausses factures, 500 dollars qu’elle change au marché noir, peut gagner 636 000 bolivars net. La corruption n’est donc pas un sous-produit, elle est au cœur du dispositif bolivarien et socialiste.

Un sport qui a un nom : le cadivisme, du nom du Cadivi, la commission auparavant chargée d’accorder les devises et qui a été remplacée par le Centro nacional de comercio exterior (Cencoex). Les sommes qui disparaissent ainsi deviennent rapidement astronomiques quand il s’agit d’entreprises, publiques ou privées. D’autant plus si elles parviennent à avoir accès au change discrétionnaire du Dipro. En comparant les dépenses et les revenus de PDVSA (la compagnie pétrolière nationale) entre 1998 et 2014, on découvre un « trou » de 216 milliards de dollars.

nico-maduro

Il y a désormais mille et une façons de s’enrichir rapidement au Venezuela : surfacturation des importations, demande de dollars par des entreprises dites de « malettes » (empresas de maletín) qui n’ont pas d’existence réelle, spéculation sur la dette. Des oligarques se forment parmi la classe des enchufados, la rente d’intermédiation bat son plein, le socialisme est tout de même rentable, pour quelques uns.

 Le cas le plus emblématique remonte à 2010, quand l’opinion qui sait et veut lire découvre la perte de plus de centaines de milliers de tonnes d’aliments commandées par PDVSA par le biais de sa filiale Bariven. Les importations ont été surfacturées, en passant par des intermédiaires. Un an avant le scandale, Rafael Ramirez avait été alerté par l’auditeur général, Jesus Villanueva : celui-ci relevait que plus d’un million de tonnes d’aliments avaient été commandées et que seulement 14 % étaient parvenues à destination. Les pertes dans l’opération furent estimées à près de 2 milliards de dollars

Mediapart / BAM

Publié par : Memento Mouloud | décembre 24, 2016

Christian et Mohamed: un cliché

estrosi

Publié par : Memento Mouloud | décembre 23, 2016

Anis et les gentils garçons à la table des réfugiés

Anis est un chic type. Anis est un émigrant tunisien parti de la province d’Ifriqiya pour rejoindre la mère patrie, l’Italie et ses coupoles, l’Italie et ses palais, l’Italie et son pape, l’Italie et son prosciutto. Seulement Anis n’aime pas le cochon car Anis est musulman et les musulmans maudissent le cochon comme ils maudissent l’alcool. Les musulmans, il faut le dire sont maudisseurs, leur truc c’est le haram. Donc haram sur le cochon. Mais revenons à notre barbu. Anis se retrouve en Italie en 2011. Pour fêter son accueil, il brûle une école et effectue un stage de 4 ans en prison. Puis il s’évapore en Allemagne où Anis va poursuivre son projet de vie : perpétrer un attentat. Il est pris en charge par les salafistes d’une mosquée d’Hildesheim et trouve un guide, l’imam d’Hildesheim. Des hommes à haram qui ne trouvent pas haram de rouler en camion sur la foule, ils trouvent même que c’est un commandement de dieu que d’écraser des mécréants un jour de marché de Noël puisque Noël c’est haram aussi. Dès novembre, peut-être et même sans doute avant, la police fédérale allemande estime qu’Anis a un projet de vie terroriste mais Anis poursuit son projet de vie comme beaucoup d’autres réfugiés en terre d’Europe. Mais Anis, à la différence de ces nombreux réfugiés ne cherche pas quelques dinars arrachés au banquet de la vie, il cherche la célébrité, il veut faire le buzz islamique. Il l’a fait, c’est le plus beau jour islamique pour Anis, le jardin l’attend avec plein de houris en porte-jarretelles.

Anis profite quelque peu du fait que l’Europe est une véritable passoire. Au cours des derniers mois, le nombre d’exilés relevant de la procédure de Dublin a fortement augmenté en France : selon la Direction générale des étrangers (DGE), ils représentent désormais 35 % des demandeurs d’asile (65 000 au total en métropole sur les onze premiers mois de l’année), contre 15-20 % en moyenne auparavant. Leur situation est détectée lorsqu’ils se rendent en préfecture pour demander l’asile : leurs empreintes digitales sont alors entrées dans la base de données Eurodac, qui conserve et partage l’historique des traces des interpellations dans l’UE à l’occasion du franchissement illégal d’une frontière ou d’un séjour irrégulier. Le nombre de « hits », selon le jargon administratif, c’est-à-dire de correspondances, est passé de 18 000 en 2015 à 40 000 en 2016, soit une hausse de plus 122 % sur un an (certaines personnes étant identifiées plusieurs fois). Quand un « hit » est constaté, les réfugiés sont susceptibles d’être renvoyés là d’où ils viennent. Ils ne sont dès lors pas autorisés à demander l’asile en France, sauf si leur réadmission échoue : au bout de six mois s’ils se sont présentés régulièrement aux autorités, au bout de dix-huit mois dans le cas inverse.

Peu touchée par les premières arrivées de réfugiés dits syriens, la France est désormais davantage concernée, en raison d’un phénomène de report. Selon la DGE, une proportion importante des « dublinés » sont passés en Allemagne. Dans ce pays, qui a accueilli près d’un million de personnes en 2015, les procédures d’asile aboutissent dans 50 % des cas (en moyenne jusqu’à 2015) à un rejet. Toutes les demandes n’ont pas encore été examinées, mais d’ores et déjà 215 000 auraient été rejetées selon Berlin. En Suède et en Norvège, les refus ne sont pas rares non plus. Certains personnes tentent leur chance en France. D’autres n’ont pas trouvé ce qu’elles attendaient dans leur premier pays d’accueil et poursuivent leur périple sans attendre l’aboutissement de leur requête. Quelques États, comme la Hongrie et la Bulgarie, font l’effet de repoussoir : les exilés se dépêchent d’en partir même s’ils y sont enregistrés. Pour ceux qui ont renoncé à l’Angleterre, la France peut être une option. En Italie, enfin, où les arrivées depuis la Libye et l’Égypte n’ont jamais cessé (près de 180 000 depuis le début de l’année), les contrôles sont de plus en plus systématiques, notamment dans les hotspots installés sur les côtes. Les migrants qui y débarquent, originaires de la Corne de l’Afrique pour la plupart, ne s’y installent pas : leurs pas les mènent naturellement en France, via Vintimille et Menton.

Selon la DGE, les représentants de l’État seraient favorables à l’ouverture de centres « dédiés » pour les uns aux « déboutés », pour les autres aux « dublinés », afin de faciliter leur assignation à résidence.

Pour convaincre les réfugiés installés dans la « jungle » de Calais de quitter les lieux lors du « démantèlement » fin octobre 2016, Bernard Cazeneuve s’était engagé à ce qu’ils échappent à la procédure de Dublin (quelque 75 % d’entre eux étaient concernés). Beaucoup ont ainsi cru qu’ils pourraient aussitôt demander l’asile en France. Erreur : une instruction envoyée aux préfets le 20 octobre 2016 précise que les renvois ne peuvent être exécutés de force, mais que le reste de la procédure s’applique, si bien que les délais de six ou dix-huit mois avant d’être autorisé à déposer un dossier sont maintenus.

Pour l’instant, les retours effectifs restent relativement peu nombreux (environ 5 %, soit quelques centaines), les réfugiés préférant se cacher et les préfets évitant de mettre en œuvre la mesure. Lorsque la « réadmission » a lieu (ce terme est utilisé plutôt que celui de « reconduite à la frontière », réservé aux expulsions vers le pays d’origine), les forces de l’ordre françaises raccompagnent l’étranger à la frontière et le remettent aux autorités du premier pays d’accueil. L’objectif de l’État est dissuasif : il s’agit moins de faire partir la personne à tout prix que d’assurer sa surveillance, en l’obligeant à pointer jusqu’à une fois par jour au commissariat ou à la gendarmerie.

En résumé, les réfugiés sont là pour longtemps et ils le doivent à un pentagramme de forces qui jouent la comédie de l’affrontement : les officines xénophobes qui poussent à des expulsions massives donc impossibles, aux réseaux de passeurs qui voient dans le passage en Europe un business lucratif au même titre que la traite des prostituées, celle des enfants, des organes, des substances prohibées et des armes, les organismes d’aide aux réfugiés qui fournissent clé en main le kit pour ne plus risquer l’expulsion et survivre en attendant mieux, les gouvernements pusillanimes et les candidats au départ, entrepreneurs, comme d’autres, de leur propre naufrage.

Pendant ce temps les sautaréliens fatigués, ces types qui kiffent selon le maître d’œuvre de Fdesouche, les fliquettes mexicaines sexy qui exposent leurs gros seins et qui trop épuisés ou disons surpelés pour réfléchir s’adonnent à leur sport favori, l’affirmation permanente de leur appartenance à la catégorie des surhommes, pendant ce temps donc Fdesouche titrait sur ces organisations caritatives complices des trafiquants et criminels, selon Frontex. La synecdoque était claire : ceux qui aident les réfugiés comme les réfugiés eux-mêmes sont à la fois des criminels et des êtres de piètre qualité, des sous-hommes. Bien sûr Pierre Sautarel se défendra d’être raciste, c’est son job, il est parfaitement calibré. Seulement tout le monde n’est pas Albert Caraco ou Louis-Ferdinand Céline, tout le monde n’a pas la vitupération baroque, Sautarel trouve ça trop intello, il a raison, lui cherche à rassembler, qu’importe le rassemblement s’il lui donne ce vertige de se prendre quelque temps dans sa vie pour un maître, un petit maître.

Finalement Pierrot et Anis ne sont pas si dissemblables, ils aiment la célébrité, le buzz et les nanas à gros seins, la seule chose qui les sépare c’est leur religion et leur taux de mélanine, de quoi s’entendre quand les événements viendront.

BAM/ Mediapart

Publié par : Memento Mouloud | décembre 19, 2016

Trump ou le fascisme new look

Il a été élu par moins d’un quart de la population, et c’est uniquement en raison de l’existence d’un collège électoral archaïque qu’il est sur le point de devenir président. Donc, lorsque nous posons la question du soutien à Trump, nous demandons comment une minorité d’Américains a été en mesure d’amener Trump au pouvoir. Nous nous interrogeons sur un déficit de démocratie, pas sur une lame de fond populaire.

Avec Trump, nous faisons face à une situation que je qualifierais de fasciste. D’une part, Trump est riche, tandis que la majorité de ceux qui ont voté pour lui ne le sont pas. Et pourtant, une partie des travailleurs se sont identifiés à lui – il s’est servi du système et il a réussi. Il y a eu du soutien pour Trump parmi les citoyens économiquement désavantagés ainsi que parmi ceux qui considèrent avoir perdu leurs privilèges de Blancs, mais beaucoup de gens aisés ont également voté Trump avec la conviction que plus de marchés s’ouvriraient et que plus de richesses pourraient être obtenues.

Prenez l’exemple de sa capacité à tirer parti de ses dettes pour ne pas avoir à payer d’impôts. Hillary Clinton se trompait en pensant que tous les gens ordinaires, qui s’acquittent des leurs, en seraient outrés. Il a, au contraire, gagné l’admiration de certains pour avoir réussi à trouver un moyen d’éviter de payer des impôts. Ceux-là ne voudraient pas passer pour naïfs, ils voudraient même passer pour malins. Ils ont donc trouvé leur champion et voudraient être cette personne ! Les imbéciles anonymes ont trouvé un masque, ils ont retourné Anonymous, ils l’ont pris par derrière et il y avait écrit TRUMP, un pentagramme kitsch pour une souveraineté de pacotille.

Le côté fasciste apparaît lorsque Trump s’arroge le pouvoir d’expulser des millions de gens ou même d’envoyer Hillary en prison après sa prise de fonctions (il est maintenant revenu sur ce point), de rompre les accords commerciaux à volonté, d’insulter un gouvernement quelconque, d’appeler à la réintroduction de l’asphyxie par immersion et autres formes de torture. Il ressemble au président philippin, voilà où en est l’Amérique.

De même, quand il affirme qu’il frapperait ou tuerait quelqu’un qui lui barrerait le passage dans une foule, il dessine un désir meurtrier qui, pour être honnête, fait vibrer beaucoup de gens parce qu’ils ont trop vu Charles Bronson ou Bruce Willis et pensent qu’un pépé de 70 berges sortira son 357 magnum en cas de problème. Visiblement ceux qui votent Trump n’ont pas compris que Steven Seagal est un comique.

Lorsque Trump vante le sexe non consenti avec une femme, il donne voix à une misogynie mutante qui tient d’un scénario porno voire gonzo, il est donc tributaire de cette junk culture. Lorsqu’il dépeint les immigrants mexicains comme des assassins, il donne voix à un racisme de longue date, celui de Randolph Hearst. Il fait partie d’une manufacture, non pas celle du consentement mais de la haine qui coagule les atomes marchands qui sont la chair à marché et la chair à sondages. Personne n’est sûr qu’il a lu la Constitution ni même qu’il s’en soucie. Cette indifférence arrogante est ce qui attire les gens vers lui. Et ça, c’est un phénomène fasciste. Il va où il veut, il dit ce qu’il veut, et il prend ce qu’il veut. Ainsi, même s’il n’est pas charismatique au sens traditionnel du terme, il gagne en carrure et en puissance personnelle en occupant l’écran comme il le fait. En ce sens, il offre l’image de quelqu’un qui enfreint les règles, fait ce qu’il veut, gagne de l’argent, a des rapports sexuels quand et où il le veut. La vulgarité remplit l’écran, comme elle submerge le monde. Et beaucoup se réjouissent de voir cet être parader comme s’il était le centre du monde.

S’il transforme ses paroles en actes, alors nous aurons un gouvernement fasciste.

L’acte de langage, you’re fired, présume que lui seul est en mesure de refuser aux gens leur emploi, leur position ou leur pouvoir. Ainsi, une partie de ce qu’il a réussi à faire est de communiquer un sentiment de pouvoir qu’il s’est auto-délégué. La colère contre les élites culturelles prend la forme d’une colère contre le féminisme, contre le mouvement des droits civiques, contre la diversité religieuse et culturelle. Ces différentes causes sont figurées comme autant de contraintes « surmoïques » pesant sur les passions racistes et misogynes. Aussi Trump a-t-il « libéré » la haine envers les mouvements sociaux et les discours publics qui condamnent le racisme – avec Trump, chacun est libre de haïr. Il s’est mis dans la position de celui qui était prêt à risquer et à survivre à la condamnation publique pour son racisme et son sexisme. Ses partisans souhaitent également vivre leur racisme sans honte, d’où l’augmentation soudaine des crimes haineux dans la rue et dans les transports publics immédiatement après les élections. Les gens se sont sentis « libres » de hurler leur racisme comme bon leur semblait.

Trump me semble revendiquer le fait de ne pas étayer ses affirmations par des preuves et de de se passer de toute inférence logique dans ce qu’il dit. Ses déclarations ne sont pas totalement arbitraires, mais il est prêt à changer de position à volonté, en fonction de l’occasion qui se présente, de son impulsion ou de son efficacité. Par exemple, lorsqu’il a dit d’Hillary Clinton qu’une fois devenu président, il « la jetterait en prison » il a été acclamé par ceux qui la haïssaient ; cela leur a même permis de la haïr davantage.

Il vit au-dessus des lois, et c’est ainsi que beaucoup de ses partisans voudraient vivre.

Judith Butler / BAM

Publié par : Memento Mouloud | décembre 10, 2016

Malaise dans la gauche : sur un livre d’Aude Lancelin

Sur les rayons des supermarchés, deux livres politiques s’ébattent comme autant de mémoires du temps présent. Celui de Patrick Buisson qui se peint lui-même en Sancho malheureux du travestissement burlesque sarkozyen ; celui d’Aude Lancelin, licencié par l’ancien souteneur en industrie pornographique, Xavier Niel et son compère élyséen, le lilliputien et futur rentier, François Hollande. Le premier est tellement engoncé dans une posture amphigourique qui tient à la fois de la xénophobie narquoise, du fascisme à clin d’œil et de l’idéal de soi du parvenu à particules qu’il est impossible de le lire sans vaciller dans l’ennui. Le second est écrit dans un style sec et hésite entre le plaidoyer et la satire. On est loin du cardinal de Retz mais au moins, il est agréable à lire. Donc je l’ai lu.

Aude Lancelin fut une journaliste qui méprise les journalistes, elle appartient donc à une espèce particulière, celle de l’agrégée de philosophie qui renie la carrière professorale, elle se situe sur la même ligne parallèle que celle d’Emmanuel Macron. Tous deux ont fréquenté les bons lycées parisiens, tous deux ont de l’ambition, tous deux aiment les idées, l’une a choisi les rédactions, l’autre la banque Rothschild. De fait, on en déduit que l’entregent n’est pas le même. Comme le dit parfaitement Aude Lancelin, une femme, dans ce milieu de la haute bourgeoisie, sert. Il est possible qu’elle occupe l’écran mais elle disparaît dès lors qu’il est question d’exercice du pouvoir. Elle ne décide rien, on peut la couvrir d’injures en mangeant des cacahuètes dans un bar, la convoquer pour la tancer, l’affecter à des tâches inutiles, lui pourrir la vie de réunions, l’affecter à des jeux de rôles stupides. La femme est non seulement l’avenir de son homme mais c’est aussi une bonne hypothèque. Ce sont là les valeurs de la noblesse d’Etat comme disait Bourdieu.

Aude Lancelin étrille la dérive à droite de la gauche de gouvernement à partir d’un système de référence qui se résume d’un nom : Alain Badiou. Seulement elle y additionne un codicille : la gauche se serait la protection des faibles face aux forts. Cette proposition peut se résumer d’un autre nom : Simone Weill, autre normalienne, mais cette fois-ci des années 1930. Dans le premier cas, elle s’inscrit dans la continuation de l’hypothèse communiste, plus concrètement dans le mythe de la geste révolutionnaire avec ses grands soirs (Nuit Debout) et ses gueules de bois : Maduro ou Tsipras. Dans le second, il lui faut identifier les faibles en question : l’ouvrier, l’immigré, le musulman. Les forts seraient donc le manager, le français xénophobe, le catholique et son collègue le laïcard revanchard.

De là l’abondance de perpétuelles nuées. Comment redonner un emploi aux ouvriers ? Mystère, comment défendre l’immigré sans militer pour une liberté complète de circulation ? Re-mystère. Comment rendre compte de la dérive terroriste de nombre de jeunes musulmans ? En se référant à Baudrillard, plus précisément à l’échange symbolique et la mort, ce qui permet d’escamoter un simple fait : les terroristes sont des meurtriers qui entendent construire un système politique basé sur une terreur continue, donc sur une saignée qui tient de l’hémorragie permanente. Il n’est pas sûr que le dialogue ou mieux encore des études anthropologiques et/ou une reddition sans conditions soit la meilleure manière de les arrêter.

Aude Lancelin a beau jeu de railler l’étiquette de social-démocrate accolée aux socialistes de gouvernement. En effet, la social-démocratie n’existe que dans un régime de croissance autocentré. Celui-ci a disparu dans les années 1970. Il est certain que les dirigeants de la gauche socialiste ne l’ont pas annoncé, ni claironné sur tous les toits mais l’expérience calamiteuse des radicaux Tsipras ou Chavez auraient dû servir de clairons. Que la gauche n’ait aucune ligne politique, on peut le constater, que l’alternative à cette aboulie soit le recours à l’hypothèse communiste ou la plongée dans la mélancolie apocalyptique des gars de Tarnac ou de ceux de Jorion est une autre voie certaine pour accompagner avec fumigènes et destructions de DAB l’expérience Fillon de libéralisme carnassier.

Aude Lancelin dispose de trois têtes de turc : Alain Minc, Bernard Henri-Lévy et Alain Finkielkraut. Il se trouve que ces trois têtes sont juives. Bien entendu Aude Lancelin dénonce la haine antisémite, la lèpre, ce qu’on voudra mais le cœur de son argumentation tient en une phrase : la haine à l’encontre des musulmans s’est substituée sans reste à l’antisémitisme des années 1930. Une métaphore chasse l’autre. Les rats d’Oriana Fallaci remplacent ceux de Goebbels. De nouveau, elle convoque un nom : Emmanuel Todd, redoutable pamphlétaire selon son jugement.

Le premier des Alain serait le parrain de la finance française, ce qui est risible. Le second entretiendrait un climat d’angoisse dans le monde éditorial, angoisse que le seul nom de Botul suffit à apaiser. Le dernier serait le Maurras de notre temps, l’allié objectif de la « fille du Diable », ce qui revient à déployer la cartographie discursive de feu Georges Marchais sur le terrain de l’analyse.

Aude Lancelin serait une hérétique ayant fréquenté par erreur et une décennie durant Marianne ou le Nouvel Obs devenu l’Obs tout court. Elle dispose désormais d’un prix Renaudot. Un philosophe balnéaire lui trouve du talent. Elle est donc seule, toute seule dans ce monde cruel. A ce titre, elle cite comme grands auteurs, comme compagnons de causeries Muray, Houellebecq, Badiou et éventuellement Lordon, son « compagnon ». Il se trouve qu’Aude Tancelin s’est illustrée lors du traitement de la nomination de Claudine Tiercelin au collège de France, au prétexte que cette représentante de la philosophie analytique était le symptôme d’une déliquescence de la pensée française ou du moins de la philosophie telle qu’Aude Lancelin la définit : une sorte d’alpinisme surmontant les suffocations du dernier homme en phase terminale. A cet instant, une femme qui avait renoncé à la philosophie et à la littérature en rejoignant les rangs de l’universel bavardage jouait les porte-flingues d’une conjuration de moribonds. Si Aude l’hérétique avait disposé des leviers de commande, si l’époque l’avait intronisée papesse, il est certain que Claudine Tiercelin n’aurait pas eu à être virée, elle n’aurait tout simplement pas concouru.

Aude Lancelin aime les idées, il est d’autant plus remarquable qu’elle ne cite aucun chercheur un tant soit peu rigoureux et subtil (Jean-Claude Milner, Alain Boureau, Patrick Boucheron, Sophie Wahnich, Zygmunt Bauman, Pierre-Noël Giraud, Moustapha Safouan, Fethi Benslama, etc.), que nous ne sachions rien de son rapport à la poésie d’Yves Bonnefoy ou à la prose de Guy Dupré pour citer deux auteurs que la putasserie littéromane de Houellebecq indiffère ou indifférait. Je ne parle même pas de son silence aussi douloureux que celui des espaces infinis sur les sciences comme si la pensée, notamment celle dite des Lumières n’y avait pas puisé son combustible.

Au final, on pourrait dire de son livre ce qu’on peut dire de la gauche actuelle, il se résume en un titre : le bluff chronique.

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