Publié par : Ivan Kruger | mars 24, 2020

81 fragments sur Homère

1 Si les grecs sont des colonisateurs, ils ne reviennent pas. Or Ulysse retourne dans des conditions catastrophiques. Il est le revenant, celui qui hante les poleis métropolitaines, le grand vendangeur d’hommes.

2 Troie n’est pas une ville. Un palais et des murailles, une porte, rien de plus. Troie est une île ou un rivage aussi l’Iliade s’ouvre sur une querelle autour de l’autel d’Apollon. En effet, ce dieu, au même titre que Poséidon, est maritime. Des autels lui étaient dédiés sur la plage par ceux qui débarquaient des navires. Qu’Apollon soit ekbasios ou delphinios comme dans l’Hymne homérique, Agamemnon a maltraité son prostates ou son timouchos, son prêtre. Il doit payer son impiété au prix fort. La montre de sa vacuité.

3 Qu’Achille ait été lu comme un dieu, la chose est avérée puisqu’il fut vénéré comme pontarchos par les marins de la mer noire. Ce culte eut son côté farce avec le Kaiser Guillaume qui reprit la villa d’Elisabeth d’Autriche à Corfou pour la gratifier d’un Achille gigantesque, Phallus de pierre célébrant la Grèce aryenne ressuscitée.

4 Le camp des achéens est un emporion qui ne dit pas son nom. On y sacrifie des bœufs, de l’orge, des chevaux, des chèvres, des porcs, on y fait venir du vin de Lemnos ou de Thrace. On y accumule trépieds de métaux, cuirasses et lingots d’argent ou d’or. C’est un ensemble de stocks et de flux qui se renouvelle par le pillage et le trafic d’esclaves. Le catalogue n’est pas seulement là pour compter, dénombrer, Danaens, achéens et argiens, la liste est, de droit, illimitée. Le commerce, le rapt, la guerre sont une seule et même fabrique d’un peuple dont le territoire n’a pas de centre ni de bornes puisqu’il est coextensif à la mer et à ses littoraux. Les grecs ne voient pas à partir des terres mais penchés sur des vagues. Ils ne partent pas, ils ne cessent d’arriver.

5 Sur les hauteurs ou les profondeurs, le dieu gîte dans un gouffre ou sur une surrection, les troyens, eux, campent sur la plaine noire, on dirait un champ d’étoiles. Ulysse et Diomède s’y glissent, il y égorgeront Dolon, le fils d’Eumède, auquel Hector avait promis le char d’Achille. La nuit, le sang, la lueur des torches, l’attente d’un accouchement.

6 Sur les 1596 ouvrages trouvés en Egypte avant 1963, la moitié sont des copies de l’Iliade et de l’Odyssée ou des commentaires des chants soit près de huit cents rouleaux à comparer aux quarante deux volumes de Platon, vingt fois moins.

7 L’idée explicite de l’hospitalité envers l’ami, l’étranger, le mendiant, a pour corollaire l’idée implicite de la défiance envers la parole de l’ami, de l’étranger, du mendiant soit qu’elle soit inutile ou parcellaire (Nestor et Ménélas face aux demandes de Télémaque à propos de son père) soit qu’elle s’avère mensongère (les étrangers narrant des bobards à Pénélope à propos d’Ulysse). Si l’hospitalité envers l’ami implique une règle de réciprocité, celle envers l’étranger est une conjuration de la menace qu’il représente (un dieu, un hypocrite marchand phénicien, un ennemi). Envers le mendiant, c’est une marque de révérence au sujet d’un destin possible (celui d’Eumée, fils de roi capturé par des marchands puis esclave à Ithaque), la converse du mépris de caste (des prétendants envers Ulysse-mendiant) dont la conséquence est la menace généralisée d’asservissement qui pèse sur tous et chacun. Le destin de Troie est donc une allégorie dont le cheval est la figure métonymique. Le cadeau, indissociable du séjour dans une demeure étrangère, est une forme de ruse mais d’une ruse qui porte la destruction avec elle, car la véritable règle entre être humains, malgré le fait que l’obligation d’hospitalité soit mentionnée de manière réitérée et systématique dans l’Odyssée, est la défiance. On en déduit une typologie de la parole : celle véridique du devin (qui attend une oreille), celle fictionnelle de l’aède (qui produit du pathos), celle indiciaire des interprétants des songes et présages (qui indique l’avenir), celle insuffisante de l’ami (qui a pour horizon la trahison), celle mensongère et menaçante de l’étranger (qui a pour transition de phase, la guerre), celle, contrainte du pauvre (née de l’asservissement ou comme le dit Ulysse des nécessités du ventre). Par conséquent, le secret que partagent Ulysse et Euryclée ou Pénélope et Ulysse supplante la parole parce qu’il scelle un pacte potentiellement porteur de mise à mort dès lors que la subsistance de l’oikos est menacée ( exécution des servantes dénoncées par la première ainsi que des prétendants qui attentaient à la virilité d’Ulysse dont le pied-tronc du lit nuptial est l’analogie)

8 Moses Finley tient les thètes pour des sortes de brassiers de l’Antiquité, des prolétaires au sens étymologique et romain du terme, dépendants des oikistes et dont le statut serait inférieur à celui des esclaves. Néanmoins, les thètes sont libres et font partie d’une communauté politique. Il faut donc admettre qu’une limite avait été instaurée au sein des poleis grecques, une limite qui empêchait l’asservissement des concitoyens mais ne pouvait proscrire leur mise à mort en cas de stasis (guerre civile). La naissance de la politique s’inscrit dans cet entre-deux fragile entre la limite posée à l’asservissement (limite qui n’est pas universelle ni générique) et la stasis.

9 Dans l’Iliade comme dans l’Odyssée personne ne lit ni n’écrit. Soit c’est une pratique inconnue, soit c’est une pratique ignorée. L’aède voit et chante, il ne trace pas.

10 L’ Iliade, le poème du carnage.

11 Le récit s’ouvre sur une querelle entre Agamemnon et Achille, querelle parallèle à celle entre les dieux. La Discorde est donc au coeur du monde au même titre qu’Eros. Si ce tissu existe, c’est en lisière de la destruction.

12 Les dieux, puisque c’est aussi le récit de leur querelle, n’interviennent pas réellement dans l’intrigue sinon sous le regard de l’aède, inspiré des Muses.

13 Agamemnon est le reflet déformé de Zeus, pasteur divin. Il a rassemblé les Achéens contre Ilion mais malmène un desservant d’Apollon, insulte son frère, Ménélas, n’écoute pas les conseils de Nestor, ne déploie pas la ruse d’Ulysse, finit blessé, remporte un prix sans concourir et ne sait rien de la venue de Priam dans le camp des Danaens. Il est si peu à la hauteur de la fonction royale, de la fonction pastorale qu’il rompt avec Achille à propos de Briseis avec laquelle il ne couchera pas, à l’encontre d’Achille dès lors que la mort de Patrocle ouvre la voie de l’union charnelle.

14 L’aède est l’égal d’Hephaestos. Maître des tekhnai, il déploie l’ekphrasis, tour de force et tour de potier dont le bouclier est l’objet car il déploie la scène où les hommes s’assemblent et se querellent.

15 Achille est le seul protagoniste du récit qui connaît le jour de sa mort, l’instant où la gloire le tiendra saisi parmi les mots des hommes, coeur palpitant des Muses. Parmi les héros, où la tradition le classe, il est le seul qui soit fils d’une mère. Le seul qui soit soit dans l’inaction. Le seul, cithariste. Le seul qui organise des concours. Le seul qui préside à un sacrifice humain. Le seul qui outrage la dépouille d’un mort. Le seul dont le deuil est décrit.

16 Les Achéens sont dit-on tous rassemblés autour de l’appel d’Agamemnon et du corps sanglant d’Iphigénie mais la richesse en excepte quelques-uns puisque Echépolos de Sicyone échangea la jument Aetha en guise d’exemption.

17 Hélène se nomme elle-même la chienne, si l’on en croit l’aède mais combat-on à mort pour une chienne ? Why not.

18 L’Iliade manque d’humour ou plutôt cet humour est trop semblable à celui de Budd Spencer et Terence Hill pour qu’il ne dénote pas une humanité de bourrins.

19 Les Troyens sont des vaincus. Le corps de leur héros est profané, Sarpedon est tué par Patrocle, les femmes pleurent et parlent, des priamides sont vendus comme esclaves, d’autres massacrés sous les remparts de Troie, Priam est fourbu, l’incendie de la ville annoncé. Le récit s’achève donc sur le chant funèbre de la Cité. Peut-être le site d’Hissarlik en conserve-t-il la trace mais cela n’a aucune importance, L’Iliade est un récit pas une enquête archéologique.

20 Si la destruction de la ville est inéluctable, comment peut-il se faire que la royauté soit promise à Enée ? Interpolation ?

21 Polydamas est le parallèle troyen d’Ulysse mais Hector ne l’entend pas et ses exploits sont médiocres.

22 Achille est mis en rapport avec les astres. Sa blondeur est solaire, Hyades et Pléiades ainsi que l’Ourse figurent sur son bouclier et il est dit le chien d’Orion sur la plaine de Troie. Achille est cet hapax, une divinité mise à mort, de là le choix de son tombeau et son dédoublement avec Patrocle.

23 L’armure d’Achille tue. Patrocle puis Hector succombent. Elle ne protège pas, elle brûle.

24 Les héros grecs : Diomède, Ajax, le fils de Télamon, Ulysse. Le furieux, le fort, le rusé, trois types qui ne peuvent être Un.

25 Le champ de bataille n’est pas un sacrifice, une hécatombe ni une boucherie. C’est un carnage. On y fracasse des crânes, on y découpe des têtes, on y dénude des corps en dépouillant les vaincus, on roule sur les cadavres, on enfonce lances et épées. L’éclat des armures s’éteint dans la poussière et le sang. Seul l’aède transfigure ce carnage en un récit plaisant mais plaisant pour qui ?

26 Par la parole et l’assemblée, l’homme découvre ses semblables ; par le sacrifice il unit les bêtes aux dieux. La première est action, le second, dépense. Le sacré est cette dépense qui transforme le nécessaire en parfums et en temples. Mais sacrifier des hommes est affaire de dieux et malmener un corps vaincu, affaire de bêtes. Achille est l’un et l’autre.

27 Les Achéens combattent de toutes les manières : en archers, en peltastes, en hoplites, sur un char, en duel. Ce qu’ils ne savent pas faire, c’est prendre une ville. Ils ne sont pas poliorcètes. Cela aussi est réaliste.

28 L’Iliade est un récit où les femmes n’existent que peu. Esclaves, servantes, inaudibles, elles sont butin ou parole inutile, compagne de lit ou domestique mais le sacrifice les conjoint aux guerriers. Elles sont le disjoint (qui donc est fils de sa mère, sinon Achille, le fils de la divine Thétis?) et le sein, celui que découvre Hécube. Matrice, leur nom est rare (Hélène, Hécube, Briseis, Andromaque, Cassandre) à l’opposé de ces longues listes de guerriers massacrés dont l’énumération forme la trame du carnage et l’horizon funèbre du récit. Aux hommes, la gloire, aux femmes, le plaisir et le service.

29 La géographie grecque, si l’on entend par là un territoire précis, n’existe pas, c’est un catalogue et comme tout catalogue, il n’est clos qu’au moment de son énonciation. Par conséquent, la Grèce est l’intégrale de toutes les fondations.

30 Quelques jours, devant Troie, où le sort semble vaciller. Le récit commence in medias res mais s’achève sur la mise au tombeau d’Hector, le défenseur de son peuple. Dans le Cratyle, Platon donnera cette étymologie d’Astyanax au prétexte que seul Hector protégeait Ilion. Il se rallie donc à la définition d’Andromaque car la réalité de la chose doit régner dans le nom si bien qu’Astyanax et Hector sont indiscernables. L’un dit ce qu’est Hector, l’autre, sa fonction, il est le tuteur. Le sarment de la vigne brûlée car un peuple disparu n’a plus de héros parce qu’il n’a plus d’aède pour le chanter.

31 Une femme experte vaut quatre bœufs et s’avère plus précieuse qu’une jument mais moins qu’un prince sur le marché aux esclaves de Lemnos si l’on en croit le sort du priamide Lycaon.

32 Iris est la messagère, Hermès, le passeur.

33 La ruse de la femme, c’est son corps paré. Cela vaut pour les dieux comme pour les hommes.

34 La métamorphose est l’art des dieux, l’épithète, la comparaison, la métaphore, celui des poètes. Ce glissement des qualités, transmissible dans et par l’écriture, le Platon d’Alcibiade fait semblant de l’ignorer. Il prétend le poème un partage du juste et de l’injuste comme si champ de bataille et procès ekphrasique du bouclier d’Achille étaient une seule et même scène judiciaire. Seulement le Platon du Banquet dément celui d’Alcibiade au prix d’une distorsion. Phèdre associe l’éraste et l’éromène à un bataillon invincible d’hoplites mus par l’honneur donc mus par Eros. Il cite donc l’Iliade « la fougue qu’inspire à certains héros la divinité ». Aussi Platon rature, d’avance, le propos de Phèdre car cette « mâle ardeur » est une fureur. Ce qu’Athéna inspire à Diomède, c’est un massacre accompli, en compagnie d’Ulysse, dans le camp troyen. Il ne s’agit pas d’honneur mais de transe. L’ivresse de tout guerrier.

35 Le récit n’est ni mensonge, ni vérité, il est rappel, sauvetage, crochetage de la gloire passée et annonce de celle à venir. Il n’est donc pas nécessaire de tout raconter ou de raconter depuis le début mais de rappeler. Le poète est comme l’âme errante de Patrocle, il réclame sa part du feu.

36 Aphrodite est une déesse faible, Arès, un idiot. Ils forment donc le couple idéal dont Hélène et Ménélas sont la projection humaine.

37 Le récit est la cithare du monde grec, son vibrato. Il est errance parce que les argiens, les danaens, les achéens sont où sont leurs temples, leurs sacrifices et leurs poètes. Ils sont un cercle irreprésentable, l’ekphrasis, la parole qui dépasse le simulacre et le déborde. La peinture est fantomale, seul l’aède perce le voile de la dissipation, aidé des Muses. Le récit est le chiffonnier du temps perdu.

38 L’art de l’invocation est essentiel au monde grec car au monde fini répond la démesure de l’illimité pourtant bordé et borné d’un cercle, celui des étoiles.

39 Les animaux ne jouent, à l’exception des chevaux, aucun rôle dans l’Iliade. Matière à sacrifices ou présages, ils sont débités ou interprétés. Le guerrier s’associe au devin mais se disjoint du laboureur et du berger, du maçon et du charpentier. Poseidon fut maçon et Apollon, berger sous Laomedon mais le roi troyen peut choisir de ne pas les payer. Ils sont subalternes. Mais, entre guerriers, il est impossible de ne pas partager le butin. La guerre n’est pas seulement un carnage, c’est une association commerciale.

40 Les dieux lézardent, s’amusent, forniquent, ripaillent, parlent à l’exception du boiteux et de ses soufflets. Les hommes sont leurs figurants colorés, troupeau qui s’agite sous le clapotis de l’ennui divin. Sans le plaisir, la fureur, la ruse, le ressentiment et la parole qui les porte, l’ataraxie gagnerait sans doute mais elle s’appellerait la mort.

41 Si Ouranos « engendre » avant comme après sa castration, il n’enfante pas, il tisse.

42 Les récits ont ceci de particulier qu’ils sont créateurs de sépulture : celle d’Agamemnon à Mycènes ou de Thésée à Athènes après que Cimon en avait ramené les restes.

43 Qui sont les Ahhiyawa des archives royales hittites (XIV-XIIIèmes siècles av J-C) ? Emile Forrer affirmait : les Achéens. Le « frère » du roi hittite est-il le wanax des palais mycéniens ? Nul n’en sait rien.

44 Si l’origine tient de la castration et le chaos d’un anus pantelant c’est bien que les grecs, même comiques, ne pensaient pas le monde comme un rapport, une grossesse et une délivrance. Le monde n’est pas généalogie.

45 Le récit de l’Atlantide supplante celui de la guerre de Troie ou du moins le double et ce malgré le rapport de un à dix entre les copies des ouvrages de Platon et ceux d’Homère. Depuis Schliemann on cherche la vérité de l’épopée dans l’archéologie tandis que les atlantes sont comme l’orichalque, un élément qui double la réalité et en masque le gouffre. Le récit platonicien s’ouvre sur une chaîne et un double rapport. La chaîne lie Solon, le grand-père de Critias l’Ancien, Critias l’Ancien, le jeune Critias, les protagonistes du dialogue platonicien, le lecteur. Il s’agit d’une actualisation. Le rapport est double : géographique, entre Saïs l’égyptienne et Athènes la grecque, divin entre Neith et Athéna. C’est là le propre d’une place de commerce, elle établit une zone commune entre grecs et barbares. Seulement, aux yeux d’un grec, les égyptiens ne sont pas n’importe quel barbare, ils sont l’Immémorial en personne. Aussi, l’autre rapport est temporel, il tisse la mémoire d’un instant et les cycles civiques. Il s’établit entre le moment du dialogue platonicien qui s’inscrit dans un cycle, la fête des Panathénées commémorant la naissance d’Erichthonios, et le moment où Critias l’Ancien s’entretient avec son petit-fils, dialogue qui s’inscrit dans un autre cycle calendaire et civique, la fête des Apatouries donc celle des phratries réformées par Clisthène. Cette double marque civique indique un des objets du récit platonicien : un mythe politique va être forgé, comme le sperme d’Hephaestos avait engendré le premier des athéniens, élevé par les trois filles de Cécrops et la déesse dont l’Oeil étincelle. Ce mythe, Critias le jeune le définit lui-même : une peinture, un simulacre. Le récit a échoué car, comme l’affirme Timée, « ce qui se corrompt est appréhendé par l’opinion à partir du sensible ». Aussi l’échec du mythe est de nature puisque ce mixte de devenir, de croyance et de copie doit être en rapport avec l’être, la vérité et le modèle sans quoi il dégénère au même titre que l’Attique contemporaine qui a perdu sa terre nourricière. Mais l’Attique n’est pas seule dans ce cas puisque l’Océan Atlantique est devenu, selon le mythe, un amas de boue qui empêche toute navigation. La leçon est claire : généalogie ou Immémorial, ce cycle du temps qui est celui des poètes et des prêtres est voué à dégénérescence. Au-delà des figures géométriques qui forment le corps du territoire atlante avec ses canaux, son fossé et ses cercles, Platon n’énonce ni les lois de l’Athènes d’avant Thésée, ni celle de la polyarchie atlante avec ses dix rois qui sont le parallèle des dix tribus athéniennes de Clisthène, comme l’île centrale est le doublon du nucleus lacédémonien. En effet, ces lois n’ont jamais existé, elles sont à inventer en vertu du principe de géométrie, créateur de modèles, principe qui se déploie dans la République et les Lois, principe porté par la réminiscence des Idées, seules formes fixes dominant le devenir ou plutôt seuls recours face à la déroute inéluctable inscrite dans le temps, Immémorial, cycles ou mémoire. L’analogie politique est donc la suivante. L’Atlantide est l’analogue de l’Athènes impériale de Périclès qui ne transmet rien, comme il est affirmé dans l’Alcibiade, comme l’Athènes d’après le désastre de 404 av J-C est l’analogue de celle de Périclès : une polis tentée par l’hubris et soumise à la loi des renversements et des catastrophes, loi propre au récit tragique, loi fondamentale, celle de l’oubli des fautes, comme le déluge succède à l’incendie, sans que rien n’en reste

46 L’Odyssée commence avec Zeus et Athéna et finit avec eux. Entre temps, la société des dieux a disparu.

47 Les dieux de l’Odyssée sont accessibles à l’invocation et à la prière, presque portatifs, populaires.

48 Homère dit Nietzsche n’existe pas, c’est une idée, celle de l’épopée. Le nom de l’épopée. Mais il n’est pas évident que l’Iliade et l’Odyssée soient les espèces d’un même genre ou les manifestations d’une même idée, ou les avatars d’une même structure. Il faudrait partir de la matière. En combien de temps se chantent l’Iliade et l’Odyssée ? Trois semaines à raison de quatre heures par jour. A cette aune, toutes les anecdotes autour des récitations in extenso des deux poèmes relèvent de la piété. Elles attestent un culte et non une pratique. Homère comme Hésiode sont des noms en effet, les noms d’un chant dans lesquels les grecs ont célébré leur langue commune et ses variations.

49 Les personnages de l’Odyssée, nymphes, monstres, héros geignant dans l’Hadès, prétendants gloutons, mendiants, servantes, esclaves, porchers, bouviers, chèvriers désignent un public de classes subalternes. L’aède, chez les Phéaciens, se nomme Démodocos, « celui qui est accueilli par le peuple », à Ithaque, Phémion, « l’homme de la renommée ». Sa gloire est un applaudimètre, elle ne discrimine pas, sa gloire est une fonction ancillaire. Le renom (Kléos) s’oppose à la valeur (l’areté). L’aède est dépendant et chante contraint. Selon Nestor, on peut l’abandonner ou le livrer à la mort, à l’instar de celui de Clytemnestre, pauvre gulsari qui n’a ni nom, ni surnom. On peut aussi l’épargner comme l’indique le geste d’Ulysse-massacreur. Néanmoins si Ulysse n’est personne, c’est bien que le nom du héros n’a d’importance qu’à l’aune de son énonciation. Protégé des Muses, l’aède prend sa revanche dans l’espace de la fiction où son sacre le maintient un instant à l’écart, non pas des hommes mais des serviteurs. S’il est aveugle cela ne relève pas de l’épreuve qualifiante mais de l’amertume qu’engendre sa condition. Il est bien celui qui voit et voit clair mais doit s’en taire. Il est celui dont le travesti est la nature. Il est la parure.

50 L’Odyssée est un récit troué de digressions. Les intrigues enchâssées se succèdent, métarécits qui étayent le récit premier : celui de Télémaque en quête d’un père dont il se demande s’il est le sien.

51 Télémaque et ses deux chiens. L’homme désirant, celui qui exhibe son sexe.

52 Le récit d’Antinoos, celui de Nestor, celui de Ménélas, celui d’Hélène, celui de Pénélope, celui de Calypso, celui d’Ulysse chez les Phéaciens, celui de Démodocos, ceux d’Agamemnon et d’Achille,aux enfers, celui d’Ulysse-le Crétois face à Athéna, celui d’Ulysse-le Crétois devant Eumée le porcher, celui d’Eumée le porcher, celui d’Ulysse-le Crétois devant Antinoos, celui de Pénélope destiné à Ulysse-Ethon-le Crétois, celui d’Ulysse-Ethon-le Crétois à Pénélope, celui d’Amphimédon à Agamemnon aux enfers, celui d’Ulysse-l’homme d’Alybas à Laërte, une polyphonie, un art des variations qui s’oppose à la parole oraculaire des devins : Halithersès, Tirésias, Théodymène. La première s’adresse à un public, la seconde n’en a pas besoin. Elle attend son oreille, même en plein marché.

53 Les songes traversent l’Odyssée comme l’oniromancie suit le périple d’Ulysse, mais d’un Ulysse mort.

54 Télémaque a beau chercher, son père est mort. Le voici dans la grotte de Calypso puis accueilli dans celle des Naïades, à Ithaque. Deux cryptes plus une, celle de Polyphème. Poseidon n’y ajoute que la touche des flots, la mer vineuse, la grande engloutisseuse.

55 Aux confins du monde, chez les Phéaciens, chez les Cimmériens. En bordure d’enfer ou de Soleil, c’est à dire nulle part. La voix d’Ulysse est celle du conteur, Démodocos. Ulysse n’est plus un héros, il est « Personne », le masque, l’hypocrites, la marionnette de Kleist, la créature de l’aède, son instrument.

56 Ulysse le Crétois comme Ménélas sont des marchands. Quand ils n’échangent pas, ils pillent, ils raflent. En premier lieu, les êtres humains. Il n’y a pas de disette monétaire puisque la monnaie est vivante.

57 L’asservissement est le coeur battant de l’Odyssée. On comprend la prédilection de Catherine de Russie pour ce nom, celui d’Ulysse. Oncle Tom se nomme Eumée le porcher mais le sort de Mélanthée le chévrier est sans équivoque : nez et oreilles mutilés, castration, pieds et mains coupés. On n’échappe pas à son maître, sinon morcelé. Un art de boucher qui s’oppose au couteau du sacrificateur. La conjonction des deux donne Jack l’éventreur mais c’est une autre histoire.

58 On entend bien les femmes dans l’Odyssée : Hélène, Pénélope, Euryclée, Calypso, Circé, Mélantho. A la fin, on les voit, douze silhouettes suspendues sur une corde ou plutôt sur une ligne. Douze suppliciées.

59 Il n’y a pas de héros dans ce chant d’Ulysse. Sa bêtise et celle de ses compagnons, l’impuissance de Télémaque, la hargne des prétendants dessinent la carte du sort : richesse ou mendicité.

60 L’Odyssée hésite entre le récit merveilleux et le drame pathétique. L’invraisemblance des situations se conjugue avec le ressentiment. Le monde y est une féérie dont l’issue est le silence. Aussi Ajax se détourne d’Ulysse, il n’a pas trouvé sa voix.

61 Récits qui se répètent, interpolations, incohérences, l’Odyssée est une marquetterie disjointe par le plaisir d’entendre.

62 Le Phénicien est le double du grec, comme les égyptiens ou les éthiopiens en sont l’antipode. Les monstres (cyclopes, sirènes, éoliens, lestrygons, Scylla, Charybde), la foire divine mais sur le mode bouffon.

63 Le massacre des prétendants est une orgie de tueries dont Athéna orchestre la partition. Du théâtre où les servantes expient leurs sexes essorés, ramassant les cadavres, nettoyant, récurant le sang et le sol avant l’exécution finale. Leur propre exécution. La logique est celle de l’humiliation. Celle de Télémaque, celle de Pénélope, celle du porcher, celle d’Euryclée, celle d’Ulysse-mendiant. Le ressentiment les anime. Ulysse-Le Crétois reçoit quolibets, insultes, escabeaux et cuisse de bœuf sans broncher. Son rêve final est donc tout d’impuissance. Or il n’est pas l’autre d’Ulysse mais Ulysse lui-même. Eupithée, le père d’Antinoos, le méchant du récit, dit juste : Ulysse est un dingue et un incapable qui n’a pas su protéger ses compagnons avant de massacrer la jeunesse de la ville. Un funambule tanguant sur le fil de la tyrannie, un mangeur d’hommes.

64 Ulysse ne désire plus Calypso. Ulysse craint la castration devant Circé. Ulysse a enchaîné Pénélope au pied d’un lit, sexe de bois qui lui sert de simulacre. Il est l’homme au bout du rouleau, au bout du coït. Son naufrage est la converse de la naissance d’Aphrodite, la descente du désir aux Enfers.

65 Arès et Aphrodite bondage, pris dans les rets d’Hephaestos, arrêt sur image. L’adultère enchaîné.

66 Personne ne reconnaît Ulysse d’emblée. Il émet donc des signes auprès d’Euryclée, de Pénélope, de Laërte. Pour son fils, il a l’air d’un dieu. La supercherie est son domaine et son fils, comme plus tard Perceval est éduqué par une femme, il ne sort pas de l’enfance, définition parfaite de la brute.

67 Pourquoi ont-ils cherché la géographie de l’Odyssée alors qu’Ulysse n’a jamais existé autrement qu’en songe ?

68 Porcher et bouvier sont des serviteurs honnêtes, le chévrier est louche, une matière vivante à tortures. Il est à la remorque des prétendants, notamment d’Eurymaque qui doit bien le sodomiser de temps en temps. Il est le premier à frapper Ulysse-mendiant, son sort final le place à part. Finalement, les Muses l’ont choisi mais comme détritus.

69 Pirates, marchands, guerriers, c’est tout un. La métaphore est leur domaine. D’un fils de roi ils font un esclave, d’un butin, un don, d’un objet, une marchandise, d’une marchandise, une offrande. C’est ainsi que sur la route qui va de Corinthe vers l’Occident sicilien furent découverts dans la grotte d’Ormos Polis à Ithaque, treize trépieds de bronze.

70 Homère serait l’ombre portée d’Hésiode, le second du concours dont la trace se perd dans le manuscrit « Sur Homère et Hésiode, leur famille et leur combat ». En 1867, Nietzsche qui est encore philologue d’Université y perçoit le texte d’un disciple de Gorgias, Alcidamas. Je ne sais pas ce qu’en dirait Carlo Ginzburg qui ne le trouve pas assez rhétoricien, assez sophiste, assez aristotélicien. Néanmoins, en 1925, un papyrus confirme l’analyse. Le concours en question est un simple topos, une manière de parler.

71 L’Iliade est sans doute une guirlande de fleurs mais décapitées.

72 En 520 av J-C, Hipparque, le fils aîné de Pisistrate intègre la récitation in extenso des poèmes d’Homère dans le rituel de la fête des Panathénées entre procession et remise de peplos. C’est ainsi que naissant les classiques, dans le brouhaha.

73 Le plus vieux manuscrit conservé d’Homère est byzantin. On le nomme le Venetus A et on le date du Xème siècle ap J-C. Il est conservé à Venise. S’y intègre le codicille « Date d’Homère, sa vie, son caractère et le catalogue de ses écrits » attribué à Proclus (mort en 485 ap J-C). Si on ajoute qu’une vie d’Homère a été rédigée par Hésychius de Milet (VIème siècle ap J-C) et fut sauvée de l’oubli par la Souda byzantine, le circuit s’éclaire. On dit souvent que les traductions syriaques puis arabes ont sauvé donc transmis la culture grecque, la chaîne de la Tradition. On oublie de préciser que les traductions en question ne sont pas un sauvetage mais une mise au rebus. Comme le codex de Justinien avec le droit romain, les arabes ont jeté dans l’oubli définitif ce qui fut la matière d’une course de relais continue partie de l’école alexandrine. Ils ont tamisé et non suscité et encore moins ressuscité. Les manuscrits sont aussi mortels que les hommes. Il n’est que justice qu’ils tuent, comme leurs doubles de chair.

74 Le nom commun homêros désigne l’otage, le verbe, en outre, est proche de cette signification. L’adjectif homarios est appliqué à Zeus. D’autres diront qu’homêrios est consistué du préfixe homo plus ararasiskô, ajuster, ajointer ou homêreô, se joindre à. Cela aurait plu à Montaigne. Mais Montaigne maçonnait des essais tandis qu’Homère tresse une guirlande, le premier se peint nu pour quelque ami lecteur, le second dépose sur les épaules d’un dieu une offrande : sa voix.

75 Selon Luciano Canfora, l’Odyssée surgissait après le nostos d’Agamemnon (il s’appuie sur l’incipit où Zeus évoque le sort d’Egisthe et la mort d’Agamemnon). Dans l’épopée, « le poète ne fait pas d’allusion ni ne requiert de présupposés; il réexpose intégralement ». Dans son récit, le poète expose la totalité du réel et la totalité des techniques : l’art du discours, les jeux, les connaissances géographiques et cosmogoniques, les pratiques religieuses, les usages guerriers, les coutumes civiles et militaires, l’éducation, etc.

76 Le linguiste Calvert Watkins a déchiffré dans une tablette en dialecte hittite datant du XIIIème siècle av-J-C un vers « quand ils retournaient de la Wilusa escarpée » (aipys), épithète homérique d’Ilion. De même il existe entre la Théogonie et des textes acadiens ou hittites des parallèles. Le traité du sublime note que le ton de l’Iliade est dramatique alors qu’il est narratif dans l’Odyssée.

77 Le procédé de création de l’épopée c’est la continuation, une rhapsodie suit l’autre (c’est ce que préconise Solon pour la récitation d’Homère selon Diogène Laërce qui entend dénier tout rôle positif à Pisistrate)

78 Pour Héraclite il fallait chasser à coups de fouet Homère des concours. Luciano Canfora part de l’hypothèse de l’existence d’une puissante corporation des rhapsodes.

79 A la question de Socrate adressée à Ion de retour des fêtes d’Epidaure en l’honneur d’Asclépios lui demandant s’il y existe un concours de rhapsodes, ce dernier répond, oui et de toutes les parties de la musique aussi. Ion évoque, en outre, les homérides dont il attend une couronne d’or. L’idée de Socrate c’est que la même méthode qui conduit à connaître un art dans son ensemble sert à juger des différentes manifestations de cet art (car Ion prétend ne connaître qu’Homère). Socrate lui assène ceci : tu parles bien d’Homère en vertu d’une inspiration divine et non d’un art. Il compare la Muse divine à un aimant. C’est une chaîne d’inspiration qui unit poètes épiques et lyriques. Il lui faut donc des figures. Bacchantes ou abeilles, les rhapsodes sont la proie d’un délire divin mais le poète aussi, qui est chose légère, ailée, sacrée. Les rhapsodes sont donc définis comme les interprètes des interprètes des dieux.

80 Luciano Canfora affirme que les rhapsodes furent une corporation au moins jusqu’au IIIème siècle ap J-C. Ils conservaient donc le texte homérique. En s’appuyant sur Xénophon (Mémorables IV 2) il prétend que seuls les rhapsodes détenaient au IVème siècle les livres d’Homère. Or Xénophon introduit le bel Euthydème qui avait une collection d’ouvrages de poètes et de sophistes mais n’avait pas l’âge de se rendre à l’assemblée. Socrate se moque de lui qui prétend de rien apprendre d’un maître versé dans quelque art que ce soit, bien qu’il se destine clairement à celui de gouverner. Il lui lance, toujours ironiquement, car Euthydème pense que posséder les livres d’un sage c’est déjà se placer sur la voie de la sagesse « Eh bien tu veux être rhapsode ? Car on dit que tu as tous les poèmes d’Homère », lui répond « Non, par Zeus, je n’ignore pas, en effet, que les rhapsodes savent exactement les vers mais n’en sont pas moins stupides ». On en tire trois choses : posséder les œuvres d’Homère est une condition du métier de rhapsode mais on ne peut en conclure que des particuliers n’en possédaient pas puisque c’est le cas d’Euthydème ; l’art du rhapsode c’est la mnémotechnie mais ils passent pour des sots aux yeux de ceux qui cherchent le savoir. En ce sens, l’Ion de Platon (outre que le Phèdre est une réécriture d’Ion) place la fureur poétique en dehors de la droite raison, on peut être un âne possédé. En outre, dans la vie d’Alcibiade, Plutarque rapporte que ce dernier, enfant, cherchait des livres d’Homère et qu’un grammairien lui indiqua qu’il en avait un corrigé de sa main ce qui est l’occasion d’une tirade mémorable d’Alcibiade. Néanmoins, on peut en tirer la conclusion que le livre est pour ce grammairien un instrument de travail, ce qu’il est aussi pour le rhapsode. Il peut aussi, visiblement, faire partie de l’espace de l’otium. On en conclut donc que la conservation et la circulation des livres d’Homère était diverse, vaste et débordait largement le milieu des rhapsodes mais aussi les occurrences de la seule récitation publique.

81 Selon Cicéron (de oratore) Pisistrate (mort en 527 ) aurait donné aux poèmes homériques sa forme actuelle. Aristote a consacré un ouvrage aux problèmes homériques n’hésitant pas à rectifier ce qui paraissait des fautes logiques (qu’il mettait donc sur le compte d’une copie défectueuse). Il n’en reste que des fragments.

Episode précédent :

https://bouteillealamer.wordpress.com/2020/03/17/99-fragments-sur-la-chute-de-rome/

Dans les Particules élémentaires, le principal protagoniste Bruno trouve son acmé sexuelle avec une prof de SVT experte en fellation et son nadir avec une jeune beurette de seconde qui le regarde, le zob flasque pendouillant de son falzar dans une salle de classe. Parfois, le même Bruno rêve, s’il m’en souvient bien, d’une jeune négresse dont la bouche d’aération avalerait à jets continus son sperme. Ce sont là les propres fantasmes cotonneux de Michel Houellebecq. Je ne sais si les profs de SVT sont particulièrement experts en fellation, je n’ai jamais essayé, ni les hommes, ni les femmes, il faudrait peut-être commencer, je devrais sans doute enquêter maintenant que j’habite (excusez le calembour) dans l’Hérault. Je devrais demander, « dis-moi Franck est-ce que tu suces comme un expert en corps caverneux ? ». Si ce n’est pas Franck, ce serait Louise, ce n’est pas grave, les choses avancent. Les profs de SVT sont-ils des piliers de bars nudistes du cap d’Agde. Aiment-ils cet éperon rocheux, basaltique et noir comme un déduit solaire ? Votent-ils comme les gitans d’Agde, les fréquentent-ils, les sucent-ils en expert, même si la brochette de profs de SVT nudistes du cap d’Agde risque d’être limitée pour ne pas dire, réduite, surtout si elle se spécialise dans la fellation pour gitans. C’est un segment de marché très réduit, il faut bien le dire et il n’est pas sûr que le gitan soit généreux en biftons. Trois, quatre suceurs-suceuses et combien d’expertes ? Cela devrait fortement intéresser les successeurs en reportage de Michel mais aussi ceux qui apprécient tous les experts en fellation car les experts en fellation ne sont pas légions, comme les diables si nombreux, incubes et succubes réunis en sabbats de plastique, les experts en fellation, à l’exception des putes mais les putes sont hors-jeu, ne sont pas en libre-service dans l’éducation nationale, ils doivent être rares sauf dans les romans de Houellebecq, Michel, où ils finissent partouzards sociaux-démocrates et paralytiques. Un autre type d’allégorie que les poèmes en prose de Baudelaire, mais une allégorie tout de même. Michel a beau spatuler à la truelle ce qu’il désigne comme ses poèmes il connaît son Baudelaire, comme son Lovecraft et toutes ses héroïnes sont des expertes en fellation, ce qui ne trompe pas sur l’avis de Michel à propos des profs de SVT. Un A+ ou quelque chose dans le genre, l’antonyme de la prof de français, la tête à claque de la guêpière mal assortie et du porte-jarretelle en carafe. Il se trouve que je suis prof de français et je porte mal la guêpière ; quant aux fellations, je ne suis pas expert, je laisse ça aux profs de SVT. Pour ce qui est d’enculer Michel, je laisse ma place ou elle est déjà prise. Quant aux profs de SVT, elles demandent à leurs élèves si un chinois castré peut encore faire l’amour. Une sorte d’énigme à laquelle il est urgent de répondre, bien sûr.

Premier épisode :

https://bouteillealamer.wordpress.com/2020/03/17/quelques-eclats-dune-vie-de-prof-1/

Publié par : Ivan Kruger | mars 23, 2020

Coronavirus : les origines

Le 9 mars j’ai décidé de tenir ce journal, je n’ai rien rectifié. Je l’ai tenu parce que cette épidémie est née sous le signe du mensonge. Je le poste parce que trop de cons nocifs et trop de cons lyriques me répondaient il y a encore dix jours que j’étais vraiment parano et qu’il fallait vivre « normalement ». Ces gens et je ne parle pas des canailles qui s’en servent ne se rappelleront plus et ne se rappellent déjà plus de leurs paroles. Leur idiotie s’ajoute à l’ignominie de nombre de leurs enfants qui ne s’en faisaient pas et ne s’en font toujours pas parce que c’est une maladie de vieux, des morts acceptables comme on dit officiellement en jargon médicalo-administratif.

Le 9 mars, la Chine comptait 80 700 cas recensés et 3119 morts enregistrés, l’Italie, 9172 cas et 463 décès, la Corée du Sud, 7382 et 51 morts, l’Iran 7161 et 237 cadavres, la France , 1191 et 21. Il n’y avait presque aucun cas en Afrique, aucun décès en Allemagne fédérale, des émeutes de prisonniers éclataient dans la péninsule italienne, on savait que des malades étaient morts en quarantaine et non à l’hôpital, c’était en Chine, c’était loin, au pays des niakoués, 40 % des ouvriers n’y avaient pas repris le travail mais le gouvernement exultait, Disneyland restait ouvert, comme le communisme de marché. C’était le bon vieux temps. On pouvait tout de même se demander pourquoi l’état d’urgence se maintenait pour une maladie qui n’enregistrait que 110 mille cas dans le monde. Déjà, la France manquait de lits en réanimation et les masques ne servaient à rien. En Italie, selon Le Soir, les médecins italiens choisissaient déjà qui sauver et qui laisser mourir.

Le 10 mars On apprenait que la souche du virus à Taïwan et en Egypte n’était pas la même. Une étude ultérieure affirmerait le contraire. Aux Etats-Unis, deux mille tests avaient été effectués, de toute façon, 37 millions d’états-uniens étaient peu ou pas assurés. Trump leur envoyait un message : Bullshit. Les congés maladies sont d’ailleurs inexistants dans le droit fédéral états-unien : bullshit. Le système scolaire municipal de New-York, la ville airbnb par excellence, la ville des millionnaires et des appartements de millionnaires, the place to be, dénombrait 750 mille élèves pauvres dont 110 mille SDF : Bullshit. L’Église orthodoxe grecque refusait de changer quoi que ce soit à ses rites, comme elle n’avait rien changé à ses richesses foncières quand la Grèce était acculée par la troïka. Toute l’Hellade pouvait disparaître, seule la grandeur de Dieu formait l’ombilic.

Si on voulait chercher des informations valides sur l’épidémie en Chine, on pouvait en trouver. Dès le 16 décembre, une urgentiste de Wuhan, Ai Fen, envoyait le rapport de laboratoire d’une patiente. Comme son témoignage fut publié dans Ren Wu, un journal officiel, elle indiquait avoir identifié un coronavirus de type SRAS, le 30 du même mois. Excellente concordance avec les données officielles puisque le 31 décembre 2019, la Chine avait informé l’OMS de l’existence d’une nouvelle maladie émergente. Dès le 16 janvier donc 14 jours avant la fermeture de l’aéroport de Wuhan, L’Imperial College de Londres établissait le décompte suivant : 1723 infectés contre 45 selon le bureau de statistique locale. Deux personnes étaient mortes. Le 20 janvier, la population chinoise était informée de l’existence d’une épidémie. Le 21, Ai Fen constatait une affluence anormale dans les couloirs des urgences de Wuhan avec une forte proportion de sujets fiévreux. De l’autre côté du Pacifique, à Seattle, un type revenant de la ville était repéré mais on refusa à Helen Chu qui collectait des échantillons de mucosités nasales afin de suivre la grippe saisonnière le droit de tester ce tout premier cas, comme il y a une première fois. Elle attendrait le 25 février afin de détecter deux cas certifiés de coronavirus. La FDA et le CDC avaient frappé. Les masques étaient de sortie, à Wuhan, depuis le 23 janvier, date du nouvel an, l’année du Rat. On se serait cru à Tokyo ou à Hong Kong en moins glamour.

Ce même jour, l’OMS déclarait la transmission interhumaine du virus. Visiblement, jusque là seuls les pangolins de Wuhan avaient subi l’attaque des chauve-souris.

Moins confiants, sept millions de wuhanais avaient fui la ville.

Dès le 22, le gouvernement central chinois s’engageait à ne pas facturer les actes hospitaliers pour les victimes du Covid 19. Moins il en reconnaissait, moins la facture serait salée. Patrick Berche opinait car il n’y avait aucune inquiétude à avoir. Pour Marcus Dupont-Besnard de Numerama, la dangerosité du virus n’était pas élevée. Et Tania Louis en rajoutait le corona c’est moins que la rougeole. Le 25 janvier, The Lancet annonçait que 75800 chinois avaient été infectés. Ce nombre serait répété mais 6 jours plus tard par un mandarin de Hong-Kong

Les Etats-Unis et l’OMS vantaient alors la transparence chinoise. Pendant ce temps le Life Care Center de Kirkland servait d’incubateur du virus puisque 22 des 26 morts de Seattle, au 13 mars, en seraient issus. Des personnes âgées. Nos anciens comme dit si bien le maréchal Macron. Avec eux, un tiers du personnel de cette maison de retraite allaient être contaminés. Le 24 janvier les tractopelles s’agitaient à Wuhan lors d’une campagne maoïste de grande ampleur : l’érection de deux hôpitaux en moins de dix jours. Dans les faits, le Wuhan Salon fut réquisitionné et aménagé en hôpital de deux mille lits. Pendant ce temps cent à deux cents modules furent agencés ce qui ne nécessitait aucune fondation. Le 10 mars, les deux hôpitaux miracles furent rayés de la mémoire des wuhanais. Il y a fort à parier que les archives aussi.

Le 26 janvier, Guang Yi, un virologue de Hong Kong enquêta. Il constata un manque certain de coopération des laboratoires de Wuhan comme si tout avait été nettoyé pour effacer la primo-source. Si on traduit la novlangue virologique en novlangue de série, cela donne : la scène du crime a été dévastée. On pouvait aussi comme Guizhen Wu, un haut fonctionnaire chinois, constater, en septembre 2019 l’absence de personnel qualifié et le manque de fiabilité des laboratoires de Wuhan, même les P4. Mais c’était mettre sur la sellette la propagande gouvernementale, s’exposer à des représailles.

Le 28 janvier le PCC lançait une campagne de rectification et d’autocritique induite visant les autorités du Hubei et de Wuhan. On avait ressorti les bonnets d’âne de la Révolution culturelle. Le 31, le doyen de la Faculté de Médecine de Hong Kong répétait le nombre de 75 800 contaminés, ils étaient officiellement 11797. Le mensonge est toujours précis, à l’unité près. Le 1er février, la Commission Nationale de la santé chinoise ordonnait la crémation de tous les décédés du Covid. Ce même jour, l’application Tencent afficha, à deux reprises, un nombre de cas dix fois supériers au nombre oficiel. Pour les décès, il fallait multiplier par 80. Les médias occidentaux ou en tout cas français s’empressèrent d’ajouter : voici une fakenews. Le 7 février, le gouvernement annonçait 43838 contaminations et 1100 décès. C’est alors qu’Human Rights Watch accusa les autorités chinoises d’avoir soustrait les documents concernant les débuts de l’épidémie. L’OMS flattait la transparence du gouvernement communiste.

Le 5 février, selon les autorités iraniennes, le virus débarqua à Qom. Les gardiens de la Révolution sous la protection conjointe de Mahomet, d’Hussein et de l’Imam caché poursuivirent leurs vols, via la compagnie Mahan Air, vers la Chine. Ils envoyèrent deux millions de masques aux frères chinois.

Un article intéressant de Libération, daté du 9 février, indiquait que le covid était dénommé sur les actes de décès, pneumonie virale voire pneumonie tout court. C’était plus simple. Les tests étaient de mauvaise qualité puisque du tiers à la moitié des malades n’étaient pas détectés sans même évoquer les faux négatifs lorsque les prélèvements s’effectuaient dans la gorge.

Or, on avait perçu, d’après un article de Medisite du 12 février 2020, une activité 4 à 5 fois supérieure à la normale dans les crématoires de Wuhan. L’ami de Steve Bannon, le milliardaire chinois Guo Wangui y décelait un mensonge et donnait pour morts 50 mille personnes dans la ville des bords du Yangzi et 1,5 million de cas enregistrés. Les décodeurs de Libé et du Monde avaient d’autres chats à fouetter, pur mensonge. Pourtant dans China Press, un employé d’un créamtorium déclarait « j’ai reçu 127 corps hier et j’en ai brûlé 116 parmi eux 8 portaient la mention coronavirus et 48 une possible contamination ». Un autre employé, celui du Caidan Funeral Home expliquait qu’il était à la tâche 24 heures sur 24, du 28 janvier au 4 février date où l’article de Nicole Hao dans Epoch Time fut publié. Il estimait les sacs mortuaires à cent par jour. Il emmenait une précision. Les corps étaient ramassés sans prévenir les familles. Beaucoup n’avaient aucun dossier hospitalier, les causes de leur décès étaient inconnues, tout simplement. Le 11 février une photo satellite enregistrait une hausse spectaculaire de dioxyde de soufre dans l’atmosphère wuhanesque. Seule Chongqing, 900 kilomètres à l’ouest enregistrait un taux similaire dans l’Empire du Milieu. Pour atteindre la concentration en question, 1700 microgrammes/m³ d’air il n’y avait que deux hypothèses : soit 14 mille cadavres avaient été brûlés soit c’était un nombre indéterminé de médicaments contaminés qui avaient été jeté dans le brasier. On avait choisi la deuxième hypothèse. Les masques s’échappaient en volutes. Même si on n’adhère pas à cette hypothèse extrême, les témoignages de nombreux observateurs convergent : les sept créamtoires de Wuhan fonctionnaient 4 à 5 fois plus qu’avant l’épidémie et les morts envoyés n’y étaient sûrement pas testés. Seule certitude virtuelle, si la progression de l’épidémie et de la mortalité avaient été exponentielles la Chine aurait connu presque 4 millions de décès. Le 16 février, un problème advint : la Chine n’avait plus de tests

Le 19 février, les premiers essais à la chloroquine étaient lancés dans des conditions qui ne sont pas encore connues à ce jour. En Iran, les mollahs annulaient les prières collectives mais pas les élections du 21 février. Le 25 février, Didier Raoult outrepassait les conditions de la cléricature médicale en postant son « Coronavirus fin de partie », la chloroquine entrait en scène médiatique.

Chen Qiushi, 34 ans, avait disparu le 6 février après que Xi Jinping avait envoyé sur place Chen Yixin, de la province du Zhejian pour prendre le contrôle du parti dans la province. Les lanceurs d’alerte allaient donc terminer en lambeaux, de cendres ou de laogai avec les amis ouighours. Les algorithmes analysaient à tout rompre le contenu sémantique des images et des textes dans les messageries tandis qu’on laissait les prisonniers dans leurs mouroirs, comme à Jining. Pour les habitants confinés ou en quarantaine, seule la Croix Rouge chinoise était habilitée à distribuer l’aide sociale car la Croix Rouge a toujours été, quelque soient les lieux, y compris Theresienstadt, très compréhensive envers les autorités. Alibaba entamait une coopération avec la police à travers l’application Alipay Health Code, une carte vitale au sens propre du terme, comme quoi les métaphores sont réversibles. Les autorités locales puisèrent dans le stock stalinien d’usage : passeports locaux pour se déplacer, quanrantaines d’immeubles entiers, quartiers bouclés, disparitions soudaines si nécessaires.

Adam Kucharski, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine prévoyait 500 mille infectés avec un pic entre la mi et la fin février à Wuhan. Boris Johnson avait du lire trop vite ou préparé la fameuse stratégie de l’immunité collective qui rappelle si bien les fameux boucliers humains de feu Saddam Hussein. Il aurait pu se pencher sur l’expérience in vivo du Diamond Princess : dix cas le 3 février, 619 le 20 et ce malgré le confinement. L’Université de Southampton s’était servie des données du site Baidu pour bâtir un modèle de simulation. L’étude estimait à 114 325 cas le nombre de sujets infectés en Chine le 29 février. Surtout, elle indiquait qu’un ensemble de mesures allant de l’isolement des malades à l’interdiction des rassemblements en passant par le dépistage auraient permis, si elles avaient été prises, le 2 janvier, de diminuer de 95 % le nombre de malades. C’était là l’information essentielle. Par conséquent, le Royaume-Uni ne pratiqua aucun test sur les passagers de retour des zones à risques.

En Iran, on comptait au moins trois mille malades répartis dans 19 villes. Le régime mentait mais c’était devenu une habitude. On tire à balles réelles sur les opposants. On abat au missile sol-air un Boeing ukrainien avec 176 iraniens à bord. Désormais on laisse mourir ou on colporte l’idée d’une malédiction divine, ou du moins on ne s’y oppose pas. A Bandar Abbas, un hôpital était brûlé par la population car on y soupçonnait la présence de malades. Le régime n’avait rien prévu. Il n’y avait plus de kits de test dès le 19 février. Dans la seule région de Rasht, dans le nord du pays, le coronavirus abattait 20 personnes par jour à tel point que le représentant du Ministère de la Santé, Mohammad Hossein Ghorbani, avait fini par reconnaître, le 9 mars, que dans la seule région de Gilan, 200 personnes étaient mortes du fait du Covid. Le 22 février, les écoles étaient closes Mais on pouvait tout de même appliquer un coefficient de corrélation bricolé à la courbe du nombre des sujets contaminés et des morts, une bonne fonction quadratique, ou à peu près. Le 12 mars, l’Iran allait demander une aide d’urgence au FMI puisque l’Imam caché avait comme des défaillances. Le 10, Ali Khamenei avait décerné le statut de martyr aux médecins iraniens parce qu’il était persuadé qu’au jour de la fin ils inscriraient sur le registre : problème respiratoire ou arrêt cardiaque. Seules quelques images satellites auraient souvenir des fosses communes de Qom couvertes de chaux vive comme dans une nouvelle de Boccace.

The Lancet produisait une étude portant sur 191 malades chinois. Cette étude affirme que l’amplitude de l’excrétion chez un malade contaminé s’étale de 8 à 37 jours. Le mode de contamination s’opère à l’extérieur et à l’intérieur des hôpitaux puisque le réseau Jama donnait 41 % de patients contaminés au sein de l’hôpital Zhongman. Le SARS-Cov2 possède trente mille bases contre 10 mille pour le H1N1, il pratique donc le judo afin de prendre d’assaut la cellule et ses 3 milliards de bases. Ses polymérases qui resynthétisent le génome du virus dans le cadre de la réplication sont homologues à 100 % avec le SRAS, on pense donc à lui appliquer le Remdesivir qui est un inhibiteur. Sa grande capacité de fixation est prouvée puisqu’elle dépend de l’affinité du SARS-Cov2 avec l’enzyme de conversion de l’angiotensine (le récepteur ACE-2) qui est 10 à 20 fois plus élevée que pour le SRAS-Cov avec lequel il partage 80 % de son génome. C’est un effet de seuil essentiel, une opération de clivage analogue à une construction emphatique en grammaire. Comme le clivage change la conformité de la phrase, le clivage transforme la cellule. On est donc face à une nouvelle espèce comme si homo erectus était devenu homo sapiens en un saut. Sur une surface inerte, le virus résiste de 1 à 9 jours, sa durée de vie étant fonction du degré de chaleur et d’humidité de l’atmosphère. Selon une étude portant sur 1099 dossiers médicaux de patients chinois, l’aggravation de la maladie survient entre le 7ème et le 10ème jour. Comme une tempête de cytokines est toujours à craindre, le Remdesivir terrassa ce mélange d’Hydroxychloroquine et d’azithromycine que proposait Daniel Raoult dans une étude clinique totalement bâclée mais qui étonne chez un homme de grande expérience.

Un sujet infecté sur vingt développe un syndrome respiratoire sévère. La moitié en meurt. Le plus souvent les plus âgés parce qu’on les choisit. Le biais ne souffre aucune doute. Un sujet sur cinq ou six nécessite une hospitalisation contre un pour cinq cents pour la grippe. Tous les sujets sont vecteurs de la phylogénèse du virus. Seuls les moins de 15 ans échappent à la maladie. Or les données espagnoles relativisent cette étude chinoise puisque 2 % des sujets contaminés ont moins de 19 ans au 22 mars 2020, 350 personnes tout de même sur près de 19 mille.

La lutte contre l’épidémie faute d’antiviraux à large spectre efficaces et encore moins de vaccin demandait des moyens emprunyés à la période médiévale : confinement, quarantaine et crémations. Les sud-coréens les avaient aménagés en usant de l’analyse et de l’expédition des données personnelles : cartes de crédit, caméras de surveillance et géolocalisation pour étudier les parcours et les contacts et informer en temps dit réel de l’existence d’un foyer individuel et potentiel de diffusion du virus, tests de masse, mais sûrement pas à l’échelle de la population, pour repérer les cas, port du masque FFP2 par tous (mais rationnés à deux par personne et par semaine), surveillance aux frontières, fermeture des écoles et propagande tous azimuts. Le but était d’assurer la continuité de l’activité économique en minorant le nombre de victimes, quitte à mentir sur l’ampleur des dégâts.

Les épidémiologistes avaient fabriqué un modèle de simulation à deux variables, peu compliqué : d’un côté le nombre de reproduction (le nombre de personnes contaminées par un sujet infecté), de l’autre le temps de doublement de la population des malades. A tous les coups on obtient une sorte de pente exponentielle qu’il faut transformer en plateau. Le modèle n’est pas seulement simple, il est faux. En effet, l’espace géographique n’est pas isotrope si bien que le nombre de reproduction dépend largement de la densité des contacts sur un territoire donné. En outre, il est impossible de se fier au nombre de cas constatés et ce quelque soit le pays, enfin le degré de virulence du virus est inconnu et sa phylogénèse accélérée totalement hors de portée pour l’instant. Pour finir, écarter comme variable l’exposition des personnels soignants et le seuil à partir duquel le système hospitalier ne peut plus contenir la propagation et son corollaire la létalité de la maladie est méthodologiquement plus que discutable.

La doctrine française c’est celle du combattant muni d’un fusil mais dépourvu de balles. On lui en donne cinq, il doit tenir un mois face à des infiltrations permanentes. On ne teste que les cas graves. Ce qui revient à dire : tous les autres seront contaminés. Tandis que le SAMU des Yvelines voyait son nombre d’appels multiplié par quatre, le 15, le numéro d’urgence, le sas des sas, le gardien des portes du RT-PCR limitait la délivrance d’ordonnances au même titre que les hôpitaux de l’AP parisienne ou ceux de Mulhouse.

Aurélien Rousseau avait une explication toute autre que celle de la pénurie ou de l’impéritie, il annonçait que « l’épidémie » était « très disséminée », une propagation « en patchwork » selon Xavier Lescure, de l’hôpital Bichat. D’ailleurs, « ce n’est pas à Paris que le virus circule le plus » puisqu’on a « seulement des clusters nosocomiaux dans certains hôpitaux liés à des chaînes de transmission ». Faciles à endiguer ces clusters. Et puis Aurélien ne souhaitait pas connaître avec précision le nombre de cas de contamination mais « modéliser le nombre de cas graves ». Pourtant le 8 mars, le gouvernement autorisait les laboratoires privés à dépister mais sans kits, sans masques et sans les gestes techniques afférents. Les laboratoires français étaient aptes à mesurer la glycémie pour les compagnies d’assurance aux chevets des emprunts immobiliers mais démunies devant la biologie moléculaire. C’est cela un pays du Tiers-Monde, un pays à deux mille tests quotidiens. Aussi le Bade-Wurtemberg demandait aux travailleurs transfrontaliers de rester chez eux. Toute la France en patchwork était une menace. Mais les résistants hexagonaux étaient légions. Le 11 mars, des concerts clandestins eurent lieu. A Bergame, 147 personnes étaient tombées en 15 jours. On irait, bientôt, amonceller leurs cadavres dans les églises. Te deum, Te deum. Les pays se fermaient, les uns après les autres. Les Bourses plongeaient. Le tiffosi du PSG faisaient la fête.

Zhao Lijian, comique troupier du PCC lança un premier test d’effacement des données historiques. Le coronavirus avait été introduit par l’armée états-unienne sous couvert de jeux mondiaux militaires. D’ailleurs les Etats-Unis, selon le théorème de l’État profond, qui court du 11 septembre au SARS-Cov2, a toujours tout manigancé en lousedé avec ses copains sionistes. Le 16 mars, Cécile Ghander, endocrinologue à la Pitié-Salpêtrière indiquait qu’il était mécaniquement impossible de soigner tous les patients en réanimation. Des villes se teintaient de noir et de lueurs bleutées, des entreprises préférèrent la fermeture préventive à la grève sauvage. La France était toujours démunie de tout, sans stratégie, sans gants, sans gel, sans blouses de protection, sans masques, sans usines, sans ventilateurs artificiels, sans kits de tests nombreux, sans laboratoires équipés pour les traiter efficacement, sans antiviraux nouveaux, sans dispositifs technologiques de combat. Elle avait le confinement et les leçons de morale. Le 17 mars, Antoine Flahaut avait établi une projection. Il prévoyait pour le 23 mars, d’après les données disponibles, 20 mille cas dont 2 mille graves et 400 morts. Les deux premières projections étaient justes mais il y avait 860 morts et personne ne savait si l’hécatombe en cours dans les Ehpad où nos anciens mouraient sans témoins étaient inclus dans cet ensemble.

Pour les épisodes précédents :

https://bouteillealamer.wordpress.com/2020/03/07/deux-ou-trois-choses-sur-le-covid-19/

https://bouteillealamer.wordpress.com/2020/03/16/chronique-du-coronavirus-16-mars-2016-1er-jour-de-teletravail/

Publié par : Ivan Kruger | mars 18, 2020

Zemmour les droitards et la fermeture des frontières

Hier soir, je lisais un entrefilet dans Valeurs Actuelles, le périodique des droitards rassemblés, Zemmour accusait le gouvernement de ne pas avoir fermé les frontières plus tôt. Je me suis dis « quel con » et je m’expliquerai sur ma théorie de la connerie ou plutôt ma typologie mais ailleurs. Il faut en venir aux raisons de ce jugement. Il tient en quatre dimensions.

1 La phrase de Zemmour est dépourvue de sens politique si on attend par politique une décision qui affecte les conditions de la pérennité d’une collectivité toute entière. Les droitards l’approuveront sans condition parce qu’il sont idéologues mais les droitards ne pensent pas, ils sont comme les cocos d’antan, ils suivent des mots d’ordre. Il ne s’agit pas en effet de dire, il fallait fermer les frontières mais de dire à quel moment : en décembre ? Le 24 janvier après l’annonce des autorités chinoises ? Après ?

2 Il est bien évident que Zemmour en évoquant la fermeture des frontières flatte en bon démagogue l’aversion des droitards pour les basanés et mélanineux sans portefeuille qu’ils tiennent pour responsables de tout (de la hausse du prix de l’abonnement à Pornhub, désormais gratuit en premium, vive la crise, à l’économie administrée d’urgence mise en place hier). Néanmoins, comme le Cambodge, les Etats-Unis et l’Allemagne ont pris la même décision, on ne peut accuser le gouvernement du maréchal Macron d’avoir agi en vertu du sans-papiérisme humanitariste à tendance totalitaire (pour causer la novlangue droitarde). Ils ont simplement agi à l’instar du Cambodge face à la Chine parce que la France est dépendante stratégiquement de l’OTAN et économiquement de l’Allemagne. Si Zemmour pense que le Frexit est la solution qu’il zyeute du côté de Londres qui est dans la même situation que la France, mais en plus ridicule. S’il entend changer cet état de choses qu’il nous dise, sans bouffonner, comment il perçoit le tournant à prendre : un alignement sur l’autocratie russe ?

3 Pour avoir suivi les articulets de Causeur et Valeurs Actuelles ces derniers temps, il est clair que la famille droitarde était plus préoccupée par la cérémonie des Césars et le casier judiciarire de Ladj Ly que par la propagation du covid-19. Il faut reconnaître à Causeur le fait d’avoir posté un article intéressant sur la réaction probable du système hospitalier français à la propagation de l’épidémie mais il était noyé dans cent autres insignifiants et répétitifs, sans même évoquer le mea culpa d’Elisabeth Lévy à propos d’une faute de syntaxe orthographique imaginaire en une : le gauchisme tendance rend possible tous les délires. Tandis que le covid 19 commençait à ravager l’Italie, Elisabeth Lévy sans doute aidé par Brighelli, l’agrégulaire de service, avait décidé d’ajouter un « s » à possible, ce qui rend la phrase proprement absurde. Comme quoi le « gauchisme » n’est pas la seule idéologie productrice de délires.

4 Zemmour occupe, dans ses chroniques, la posture de celui qui gouverne alors même que sa position est celle d’un valet membre de la domus de M.Bolloré. N’est pas Figaro qui veut. Cette posture fut théorisée par Raymond Aron selon lequel un éditorialiste devait prendre la place de celui qui gouverne donc épouser une éthique de la responsabilité pour reprendre les termes de Max Weber. Seulement, Raymond Aron au même titre que Kojève, était l’héritier de la philosophie spéculative allemande alors que Zemmour est au mieux un clone de Max Gallo. Tandis que Raymond Aron et Kojève furent peu ou prou des agents l’un de la CIA, l’autre du KGB, Zemmour est un simple employé de Bolloré, un stipendié qui aimerait bien gouverner mais « pour de faux ». C’est là une position biaisée. Zemmour n’est pas plus un gouvernant que je ne le suis, juste un auxiliaire, ce que je ne suis pas.

Publié par : Ivan Kruger | mars 17, 2020

Quelques éclats d’une vie de prof (1)

Il existe des récits de prof comme il existe des hagiographies et des polars. C’est un passage obligé, une niche, un segment de marché et un marronnier. Quand on est une femme, on vient célébrer une nouvelle méthode, un truc incroyable, une réussite imparable. Les élèves y sont toujours formidables et il n’est pas de problème qui ne trouve son sourire et sa bonne humeur. A la fin de l’ouvrage, on y loue l’Humanité réconciliée, le collège de demain et une sorte de communauté des belles âmes qui triompheront du Mal. Les femmes qui écrivent, les femmes-profs, sont des sortes de femmes-troncs, ni belles, ni moches, ni grosses, ni maigres, ni connes, ni intelligentes, des femmes-Quételet, des femmes passe-partout mais qui dépassent rarement les 35 ans à moins de s’appeler Elisabeth Badinter qui n’est pas prof mais essayiste car la femme-prof qui écrit, autre chose que des romans qui seront bien traités dans les colonnes de Télérama, ou ce qu’il en reste, la femme-prof donc, souvent prof de français, allez savoir pourquoi, à croire que les autres femmes-profs n’existent pas, donc la femme-prof n’est pas une intellectuelle, elle n’écrit pas exactement avec ses tripes mais avec ses larmes. La femme-prof est super-care, elle prend soin d’un peu tout. C’est une infirmière asexuée et délicate, une fonctionnaire de l’Universel larmoyant, une femme formidablement grise. Une passe-muraille en foulard.

Quand on est un homme, c’est autre chose, on est satiriste, un peu moqueur, réactionnaire, parfois misopède, jamais pédophage, ce serait mal vu. Le prof masculin écrivant est une espèce qui appartient à différentes disciplines, philosophe, historien, littérateur, c’est une pouffiasse sérieuse qui s’ennuie. Le prof-homme qui écrit est acide, rancunier, il n’aime pas ses collègues, il a conscience du poids de mépris qui accable et l’institution et ceux qui en vivent et y vivent. Il veut sortir du lot alors il tape avec la masse tout en niant le faire. C’est un salaud sartrien sous Prozac. S ‘il réussit, il évitera la prochaine rentrée, s’il échoue qui l’aura lu dans le public de plus en plus blasé du récit de prof ?

Je me demande d’ailleurs s’il existe encore un lot de parents d’élèves et de profs en lézarde pour acheter les produits d’une telle industrie littéraire de petites mains. Les romans me tombent des mains, je veux dire la plupart des romans actuels sans même évoquer les autobiographies, les auto-fictions et de fait toute la gamme des autos quelque chose. En novlangue universitaire, on appelle ça le moment énonciatif. Tout en vient à s’énoncer en auto, le lyrisme, les idées, l’enfance et tout le reste. C’est le degré zéro de la disparition élocutoire. Tout est saturé comme un acide gras omega 3 ou 6 en manque d’hydrogène. Mais la disparition du roman comme il y eut disparition de la comédie pastorale, de la tragédie et de l’épopée ne signe pas la fin du récit, la fin des récits.

Raconter et se raconter, Raconter tout en se racontant, s’imager en prose et se prosifier dans le scintillement d’une évanescence de papier et d’encre, tout cela va continuer, tout cela ne peut pas mourir parce que l’homme est de loin, de très loin, cet animal qui ne fouille pas seulement son monde mais tous les arrières-mondes. Il veut le déchirement, l’indice et le plan abstrait et les coud dans le sac de ses astrocytes qui sont comme la grande ourse dépliée en fractales. Je ne dis pas que tous les hommes le veulent, ni que tous les hommes le sachent mais le bonheur pour lequel Simone dit le Castor était si doué, la plus douée de tous et de toutes dit-elle, ce bonheur-là, l’homme s’en fout, il veut les bulles, le feu et le chaos, il aspire au rythme, à la danse et à la géométrie, il dessine sur le sable la figure de sa disparition et celle de sa métamorphose. En tous les cas, c’est ainsi que j’ai conçu ce petit organon du prof à mi-distance.

Publié par : Ivan Kruger | mars 17, 2020

99 fragments sur la chute de Rome

1

 

En 1531, dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel pointe le responsable de chute de Rome et on imagine assez aisément de l’impossible unité italienne, le christianisme.

2

 

En 1853, Jacob Burckhardt introduit l’adjectif Spätantike lequel est substantivé par Aloïs Riegl en 1901. L’Antiquité tardive est donc née en Allemagne sur le terrain de l’histoire de l’art et plus simplement de l’historicisme.

 

3

 

Le 21 octobre 1941, Hitler énonce « Saül-Paul eut une illumination : on pouvait mettre à bas l’empire romain en diffusant la doctrine de l’égalité de tous les hommes devant un dieu unique ». C’est un appendice à la doctrine de Machiavel, les juifs sont les créateurs de la matrice de toute décadence raciale dont la forme sociale est la hiérarchie et la forme politique, l’Empire.

 

4

 

Les hypothèses contemporaines sur la chute de Rome privilégient la déforestation des rivages méditerranéens et l’avancée des zones marécageuses qui auraient répandu la malaria ou les éruptions volcaniques de la première moitié du VIème siècle, enfin la peste, ou une conjonction des trois. Dans la tripartition héritée de Jean Bodin, histoire divine, naturelle, humaine, seule la seconde a le vent en poupe. Elle réintroduit dans les explications historiques la notion de prodige dans ses versants divins et/ou naturels, un ensemble d’opérations étonnantes ou d’algorithmes de simulation, des sortes de « cygnes noirs » annonciateurs d’événements étonnants.

5

Par civilisation, l’historien britannique Bryan Ward-Perkins entend : une structure économique et sociale complexe permettant l’existence d’une production de masse, d’un système de transport efficace, d’une présence massive de villes aux fonctions multiples et d’une capacité à produire des biens de consommation courante de bonne qualité : céramique, vêtements, meubles, objets de culte, etc. Le premier et le dernier facteur sont redondants si bien que la structure économique et sociale en question se réduit à deux facteurs : un réseau hiérarchisé et relié de villes dont les échanges marchands fondent l’unité. Les questions de la forme-Etat de son extension et de ses relations avec ceux qui la refusent, des sujétions, de l’usage et de la configuration des forces notamment militaires, des pratiques écrites de la langue latine, des relations entre Institutions et otium dans la circulation des savoirs, des conditions écologiques, techniques et sociales d’un tel dispositif socio-économique, de la relation entre Temples, lieux de culte et exercices spirituels dans la production et l’usage du sacré, de la procession des simulacres et de leurs degrés de figurabilité sont donc évacuées jusqu’à rendre totalement évanescent le concept même de civilisation.

6

L’Empire à son apogée, un conglomérat de poleis : près de 2000 dont une dizaine de plus de cent mille habitants. Or cette unité politique qui servit de parangon à la forme-Etat fut incapable de remédier à la succession biblique des vaches grasses et des vaches maigres, ce caractère cyclique des bonnes et mauvaises récoltes, des disettes et des famines qui ne pouvait manquer d’entraîner des mouvements de population et des émeutes.

7

Prétendre que les distributions de blé à Rome relèvent d’une politique contracyclique sur le marché des grains comme le font certains archéologues est simplement absurde. D’une part, ce système n’était pas généralisable à l’ensemble de l’empire mais tenait aux relations singulières entre l’empereur et la plèbe romaine, d’autre part, aucune statistique sur la mortalité urbaine n’est disponible mais ce que nous connaissons des insulae, quand elles ne sont pas des maisons à étages destinées aux membres de la plebs media, n’incite pas vraiment à considérer celle-ci comme particulièrement basse.

8

Paul Veyne, dans son ouvrage l’Empire gréco-romain, prétend d’une part que le prêt était omniprésent dans le monde romain si bien que l’emprunteur avait recours soit aux banquiers soit à un ensemble d’amis et de confrères. Il en excepte donc les Institutions d’État ou communales et les Temples dont le rôle est largement attesté en Grèce Ces prêts reposaient sur la bonne foi (fides) donc la confiance et l’avance en numéraire. De nouveau, il ne cite aucune hypothèque, ce qui paraît tout à fait impossible. Enfin il ne territorialise pas une pratique qui décrite comme il le fait suppose l’interconnaissance. Enfin, une novelle de Théodose II éclaire une pratique qu’elle prétend interdire, la conversion d’un capital social en capital tout court. Ainsi les anciens officiers civils et les vétérans avaient l’habitude de proposer leur connaissance du monde des bureaux et des gouvernants pour occuper des postes de régisseurs (conductores) dans les domaines ruraux que leur propriétaire ne gérait pas lui-même. Comme la création monétaire n’existe pas dans ce cadre et encore moins un marché monétaire, Paul Veyne affirme « la vie économique n’était pas fondée sur l’investissement ; du reste, le capital fixe ne comptait guère avant la révolution technologique, sauf pour les gros navires ». Or l’existence même des moulins hydrauliques, d’une armée pléthorique comme des cheptels d’esclaves infirment une telle affirmation mais nous ne connaissons pas, faute de contrats, les modalités de tels prêts, à l’exception des prêts maritimes qui intègrent très clairement une autre activité financière, l’assurance. De même, il prétend que le processus de production était morcelé ou du moins constitué d’unités à échelle réduite (un atelier s’ajoutant à un autre) et dominé par des marchands commanditaires et des spéculateurs qui auraient acheté ou vendu aux enchères mais il néglige la standardisation de nombre de produits, des amphores aux tuiles en passant par le vin, les pressoirs à vis ou les scies hydrauliques.

9

Sous l’Empire les charges municipales (munera) étaient à vendre en ce sens qu’il fallait payer pour s’en exempter et être inscrit avec le titre d’officier sur les albums locaux. Or le fonctionnaire en question, ce milicien étatique était, tout simplement, un fantôme. Une fois l’office acheté, on ne le voyait plus. Il n’était plus inscrit à la Curie et son patrimoine était dispensé de toutes les charges publiques, liturgies comprises. En outre, il pouvait vendre son office et l’empereur lui demandait gentiment de ne pas l’aliéner à des gens qui en occupaient déjà d’autres, ce qui donne en langue impériale « ceux des assistants qui peuvent établir qu’ils n’ont pas encore rempli un poste de cette espèce ». Preuve qu’il existait un véritable marché des postes de miliciens (stationes).

10

On échappait à la plebs media selon trois voies : la curiale, le service armé (militia armata), le service des bureaux (assimilé au militaire). Soldat ou bureaucrate, vétéran ou officier civil, les deux portaient le ceinturon, le cingulum, ils étaient des honestiores, bientôt des honorati s’ils versaient un pot de vin ou une contribution volontaire au Trésor Impérial. Il intégrait alors le perfectissimat. Seulement le service armé était à la fois dangereux et héréditaire comme les deux autres. Si le fils d’un vétéran voulait échapper au service armé, il n’avait plus qu’à se mutiler pour être versé dans les bureaux. Constantin les renvoya directement vers la Curie. Qu’ils servent au moins à quelque chose.

11

Pendant que l’Empereur multiplie édits, constitutions et rescrits, le patronicium donc le réseau de clientèles autour d’un padrone, gouverneur ou non, décide des décrets d’application.

12

En 400, Honorius tance son proconsul d’Afrique. D’une part, il lui fixe un maximum d’officiers dans ses bureaux afin d’empêcher la fuite des curiales puis il ajoute que ce maximum est purement fictif du moins si le curiale en question travaille gratuitement pour les bureaux du gouverneur.

13

Un officier civil en congé (commeatus) n’était rayé des cadres qu’après plus de quatre ans d’absence. Il y fallait donc quelque persévérance.

14

La forme-Etat s’inscrit dans la règle mais s’actualise selon deux modes : la figure unaire (tyran, meneur, anarque, monarque) et la faveur (celle d’un groupe, celle d’un padrone). L’universalisme du droit est donc un plan abstrait qui sait ne rencontrer que des cas. Il est donc conventionnel, contraignant, contingent et congruent comme la langue dont il est un des versants fictionnel.

15

Les sportulae étaient un système de racket qui fonctionnait de haut en bas. Du duc au chef de bureau, du clarissime au juge, chacun réclamait son dû. On en déduit que la classe parlante romaine ne pouvait pas ne pas avoir de patrimoine, les autres étaient réduits à l’animalerie. Ils criaient ou on les contraignait à crier. Comme le hurle Constantin « Que les mains des officiales cessent d’être rapaces, qu’elles cessent, je le répète ».

16

Dès le IIème siècle et d’une manière plus marquée au IIIème siècle, la population mesurée selon la densité relative de l’habitat semble s’effondrer. L’anarchie militaire qui suit la période des Sévères et s’achève par la tétrarchie n’est donc pas un facteur de la crise de l’empire mais une résultante de celle-ci. Dès Marc-Aurèle, les exercices spirituels marquent une première déroute.

17

Il est possible de distinguer parmi les pauperes, c’est-à-dire l’ensemble de la population civile en dehors de l’étroite classe dirigeante une plebs media qui se distingue de la plebs sordida de Tacite soit tous ceux qui ne sont pas assurés du lendemain et subissent à l’instar des esclaves la justice privée du maître. La plebs media inclut les notables municipaux, les décurions (100 mille sesterces de cens), mais se définit, plus largement, par la possession d’un patrimoine en biens-fonds qui leur procure des revenus assurés, ce qui ne limite pas leur activité à la seule gestion de l’agriculture mais l’étend à la boutique et au commerce. C’est donc une classe esclavagiste qui méprise les affranchis et dont les membres vivent dans une domus de 120 à 350 m², comme à Pompei.

18

Quand les historiens décrivent l’apogée romain, ils devraient aussi indiquer la carte exhaustive des auberges, cent pour la seule partie dégagée de Pompei, à comparer avec les 20 maisons de passe de la ville dont certaines étaient formées d’une seule cellule de 1m,70 de long sur 0,8 de large. Ils devraient y ajouter la torture qui, appliquée aux esclaves sous la République, se répand parmi les hommes libres humbles puis s’applique à tous après qu’Auguste a imposé la procédure inquisitoriale car l’une et l’autre vont de pair. C’est le sens de l’édit de Caracalla, en 212, tous sont citoyens romains parce que, désormais, tous sont torturables.

19

Comme le sucre, en l’absence de soufre, bloque la multiplication des bactéries acétiques, le vin romain était épais et mélangé à des moûts concentrés où le raisin était coupé de jonc, de coings, de fenugrec, de souchet, de myrrhe, de nard, d’iris et sans doute d’autres ingrédients tels que la résine d’arbres qui contient de l’huile de térébenthine, la poix, de l’eau de mer bouillie voire du plâtre si un peu d’acidité était nécessaire. En outre, le vin était chauffé donc madérisé.

20

 

Entre 249 et 276, les Goths et les Alamans, épaulés par les Francs pillent avec une fréquence annuelle l’Empire qu’ils dévastent. Les masses d’armes découvertes dans les tourbières du Danemark indiquent à la fois que les « barbares » ont accumulé des surplus et peuvent mobiliser leurs hommes en plus grand nombre mais aussi que l’Empire romain est incapable d’étendre sa souveraineté en vainqueur. Il a atteint sa limite qui joint la mer du Nord, le Rhin et les champs décumates. Il se disloque par séquences, en Occident de 260 à 274, autour de Palmyre ailleurs.

21

A partir de 260, l’élite sénatoriale n’est plus au coeur de la machine impériale romaine. Ce n’est pas un élément du décor mais un facteur de sécession qui fracture l’oligarchie esclavagiste et guerrière mais aussi le territoire même de l’Empire. A sa mort, Septime Sévère avait résumé la nouvelle pratique impériale « Enrichissez les soldats et moquez-vous du reste ». Bien plus tard, des toxicologues prétendront que le saturnisme aurait provoqué de graves perturbations mentales parmi cette élite romaine friande de plats en étain et d’aqueducs, parfait exemple de réductionnisme infra-matérialiste.

22

L’Empire romain de Dioclétien ressemble à feu l’Union Soviétique où un potentat hiératique coiffe un ensemble d’administrateurs civils et militaires qui pressurent implacablement une paysannerie où la distinction entre esclaves et hommes libres est devenue superflue. En effet, l’armée impériale aurait compté un demi-million d’hommes sur une population totale de 60 millions d’habitants. Ce ratio d’un soldat professionnel pour 120 habitants était proprement intenable. A la conscription fiscale de Dioclétien qui exige de chaque propriétaire un soldat ou son équivalent monétaire s’ajoute l’adjonction de troupes dites « barbares » afin de renouveler cette version européenne du sacrifice sanglant des aztèques où chaque bataille entre ursurpateur et empereur « légitime » se solde par la mort de dizaines de milliers de combattants. Tant que le réseau de communication avec points fortifiés fonctionne, la défense est assurée. Néanmoins une question se pose, à qui cela sert-il ?

23

La réponse est vite obtenue. A ceux qui s’imposeront par la force comme l’indiquent les innombrables guerres que mène Théodose, à l’ouest, pour maintenir l’unité fantasmatique d’un empire divisé. A partir d’Honorius, son fils, les romains jouent barbares contre barbares sans bien comprendre que la symbolique impériale n’est pas éternelle. L’Empire devient un excursus.

24

 

Peux-tu croire, ô empereur, que des hommes que le manteau militaire du percepteur suffit à faire trembler mépriseraient ton pouvoir royal ?

 

25

 

Beaucoup de cités ont placé son image dans les temples des dieux et l’honorent comme ces dieux, et même on lui a déjà adressé des prières, à lui aussi, pour lui demander quelque avantage, et l’on n’a pas été désappointé

26

On s’étonnait que Julien dit l’Apostat ne fit pas mettre à mort ceux qui l’insultaient lors des Saturnales mais Epictète avait déjà répondu à la question : s’il châtiait tous ceux qui le maudissent, il dépeuplerait son empire.

 

27

 

Dès le début du IVème siècle, on assiste, du moins en Gaule, à un retour à la mouture manuelle exécutée à domicile par des femmes alors que la mouture artisanale permise par les moulins hydrauliques dominait jusque-là. Il était lié aux villes mais aussi aux villas donc à une agriculture marchande et à l’existence d’un corps de meuniers et d’artisans spécialisés. Techniquement, il était lié à un approvisionnement en eau donc aux réseaux d’aqueducs. En outre, l’adoption de l’arbre à cames avait permis de diversifier les usages des moulins : meunerie, écrasement des minerais, fabrication du tanin pour traiter les cuirs, sciage des plaques de marbre. Des innovations incrémentales telles que la standardisation des meules, la mise au point de l’engrenage à lanterne, l’invention de l’anille ou le couple bielle-manivelle attestent d’une recherche d’efficience dont le rythme n’est pas connu. L’impact environnemental de telles productions ainsi que son agencement avec une économie esclavagiste n’a pu être étudié faute de sources encore que le premier terme de l’analyse peut être reconstitué.

28

 

Comme Ausone a vu fonctionner sur les bords de la Moselle des scieries à marbre intactes au coeur du IVème siècle, comment interpréter ce retour à la mouture manuelle dans d’autres lieux et dans le même temps, sinon comme une brusque adaptation des populations à une destruction localisée.

29

 

Au Ier siècle de notre ère, il existait, près de Senlis, un temple spécialisé dans la guérison des maladies génitales. Après avoir servi de carrière de pierres dès le IVème siècle, il n’était plus que le support d’une forêt verdoyante au Vème.

30

A partir de la fin des Sévères, en 235, les usurpations sont la règle. Par prétention, jalousie, désespoir, des troupes se soulèvent et délèguent un officier, elles le proclament empereur. Tantôt c’est un rival malheureux, d’autres fois un ambitieux, parfois un quarteron d’officiers, rarement des émeutiers pressurés, l’intrigue est toujours la même, une course contre la mort annoncée, une chronique si l’on veut mais répétitive.

31

 

En 376, les Wisigoths sous la poussée des Huns obtiennent de Valens, basileus d’Orient le droit de camper dans l’Empire. Dans un premier temps, on les cantonne en Thrace. Dans un deuxième temps, ils défont les légions romaines à Andrinople et tuent l’empereur. Dans un troisième, ils arrachent à Théodose un foedus qui leur accorde des terres en Mésie (rive droite du bas Danube) et des revenus tirés du fisc. Ils serviront de troupes de choc lors de la bataille de la rivière froide où l’empereur les sacrifie pour vaincre l’usurpateur Eugenius. Alaric s’en souviendra. Dans un quatrième temps, ils diffusent l’hérésie arienne et leur liturgie auprès des peuples dits germaniques. Dans un cinquième, ils s’installent en Illyrie puis en Italie (401). Dans un sixième, ils mettent à sac Rome. Dans un septième temps, ils sont en Gaule où ils obtiennent un nouveau foedus qui leur accorde des terres dans la moyenne vallée de la Garonne. Ils y écrasent les bagaudes insurgés.

32

Les foederati sont considérés comme gentes externae par le droit romain or Alaric se voit bien en magister militum, disons en général romain d’une armée entièrement composée ou du moins dominée par les goths. Ce qu’il obtient per Illyricum. Il n’y a plus d’intérieur et d’extérieur et le droit romain en dehors de ce qui soutient tous les droits connus, la puissance, n’est que flatus vocis.

33

En 392, Argobast défie ouvertement Théodose. Il connaît la partition. Il délègue un prétendant, Eugenius auquel se rallie l’aristocratie païenne. Son armée est composée de légionnaires romains, de Francs et d’Alamans. La bataille de la rivière froide, près de l’Isonzo, n’est pas seulement un combat de plus, c’est la défaite militaire du parti païen. A l’issue du combat, Eugenius est décapité et Argobast n’a plus qu’une issue, le suicide.

34

Le moine Jean Cassien avait élaboré une doctrine de l’aveu : « il dit, il montre, il expulse, il délivre ». Il suppose donc un intérieur et un extérieur, un déplacement de la notion d’asservissement qui passe du domaine du corps vers l’immatérialité de l’esprit enfin un interlocuteur qui transforme la topologie de l’intérieur et de l’extérieur car l’interlocuteur comme dieu n’est pas à l’extérieur de l’individu mais loge dans son âme. On en vient donc à cet adage orwellien avant la lettre « se soumettre libère ».

35

Michel Foucault écrit à propos de l’analyse par saint Augustin du péché originel « c’est la forme involontaire d’un mouvement qui fait du sexe le sujet d’une insurrection et l’objet du regard. Visible et imprévisible érection ». Si on se contente de rallier Montaigne, on dira que les mouvements de la verge sont indépendants de notre volonté, qu’entre l’esprit et le corps il y a discordance ou si on suit Freud que l’investissement libidinal obéit à des lois, dont celle de la castration, qui échappe à notre volonté donc que notre désir ne s’épelle pas en terme kantien. Mais saint Augustin vise autre chose : il s’agit donc de renverser la piété romaine qui allie au fascinus, le sexe en mouvement, le sexe qui se dresse, le regard, un regard généalogique qui traverse le temps, celui des ancêtres. Le sexe masculin, sa semence est ce qui transmet la forme, selon Aristote, pour les romains, le sexe dressé ne peut se distinguer d’un rite filial, Enée portant Anchise, dressant sur ses épaules Anchise alors que Troie est la proie des flammes. C’est la thèse de Pascal Quignard. Or saint Augustin retourne le fascinus romain en simple libido passant par le regard. Désormais le désir est ce qui s’inscrit dans une médiation où les simulacres sont légions, au même titre que le peuple des diables. En effet, le désir peut passer par la vision du regard d’une femme sur un fascinus qui se dresse (cas d’Adam et Eve), il est alors aliéné donc trompeur, il est aussi narcissique, piège et miroir. Il peut aussi s’inscrire sous le regard de dieu et ordonne un silence obéissant, une méditation dont la conversion, le transport en un mot la métaphore est le mode d’action. Dans l’aveu, comme dans la prière c’est le désir qui se déplace (de l’intérieur vers l’extérieur avec retour et mutation topologique des deux dimensions) car la seule piété désirable se tient dans l’ombre intime de l’âme où siège le seul géniteur, dieu.

36

Au début du Vème siècle alors que l’empire est partagé entre les fils de Théodose, Honorius et Arcadius, la Notitia dignitatum ou « registre des fonctions » récapitule l’organisation administrative et militaire d’une unité politique déjà fracturée et sur le point de rompre. La carte est devenue le territoire, le seul territoire, imaginaire, de la fiction romaine. En effet, selon la Notitia, l’armée impériale aurait compté 570 mille hommes divisés en troupes palatines (elles-mêmes divisées en légions, en auxilia, des bataillons de fantassins et en vexillationes, escadrons de cavaliers), en comitatenses, une armée clientélaire selon les historiens, en praesentalis, une armée de manœuvre impériale et le reste soit les limitanei qui sous le commandement d’un duc provincial sont constituées d’anciennes légions, de troupes de cavalerie (les alae), d’equites et de fantassins. Comme ce reste forme les 2/3 des effectifs, il n’est pas difficile de déterminer la nature de cette armée romaine héritée de Constantin : un conglomérat de chefferies prédatrices territorialisées duquel l’empereur émerge sans réellement s’imposer. En outre quand on constate que Stilicon ne pouvait réunir, au mieux, que 20 mille hommes lors de batailles prétendument décisives, il y a fort à parier que la Notitia n’était plus qu’un diagramme abstrait et clos, une archive en dissolution. Au même titre que le Code Théodosien rédigé entre 429 et 439.

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En 402, la cour impériale migre de Milan où elle s’était installée depuis 286 à Ravenne. nouvelle Alexandrie. La ville est ceinturée de marécages et reliée par des canaux à la flotte d’où l’empereur observe lé déhiscence de l’Urbs.

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En 406, des Vandales, Suèves et Alains passent le Rhin. Quatre ans plus tard, ils sont en Espagne. En 429, les Vandales finissent leur course en Afrique du Nord. Pirates, ils transforment Carthage en base de pillage, mettant à sac Rome, ou ce qu’il en reste, en 455.

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Si la population de la ville de Rome ne s’effondre qu’après le sac des Vandales selon une division par 10 en moins d’un siècle c’est bien que ce pillage relevait d’un assaut suivi de destructions irréversibles et non d’une simple migration musclée.

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Des noms de peuples valsent, Burgondes et Alamans, enfin les Francs. Vers le milieu du Vème siècle, ils seraient divisés en deux ensembles : rhénans et saliens. En dehors ou fédérés, l’heure est à la conquête. Toute la mer du Nord devient un excursus de type brownien pour ceux qui s’en iront badigeonner de saxon l’ancienne province de Bretagne si bien qu’en 407, Constantin III, usurpateur des Gaules la vide, entièrement, de ses légions.

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La conquête est si avancée que les Huns sont vaincus par une alliance germano-romaine en 451-453.

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A la fin du Vème siècle, la dignité impériale est à Byzance où le basileus Anastase joue les uns contre les autres les roitelets affamés qui se disputent les terres et les revenus de ce qui fut le berceau d’un Empire. Clovis comprend alors qu’il lui faut changer de liturgie s’il entend jouer les kadors en fanfreluche romaine parmi les roitelets germaniques.

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Les historiens ne parlent plus d’invasion mais reprennent le concept allemand de « Völkerwanderung » jusqu’à le traduire par ethno-genèse itinérante des peuples mais y-a-t-il autre chose sur la planète que des ethno-genèses des peuples, une communauté imaginée et imaginaire territorialisée mais qui n’en est pas moins opérante puisqu’elle est close et limitée. Un seul coup d’oeil sur la carte actuelle de l’Europe montre parfaitement ce qu’est le réel de cette ethno-genèse : un oubli organisé et permanent des origines qui se traduit par un fractionnement scissipare et des haines de voisinage qui se délestent en épurations sauvages plus ou moins planifiées. Processus dont la converse est le délire impérial dont le dernier avatar est cette bureaucratie européenne qui siège à Bruxelles.

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Il est tout de même symptomatique que des peuples, tels que les Francs et les Alamans dont on dit qu’ils étaient basés en Franconie et refusaient de fait, depuis des siècles l’intégration à l’empire soient décrits sous la parabole de la déficience comme s’il leur manquait quelque chose, la romanité. Il faut donc en conclure que les historiens d’État sont incapables de concevoir un phénomène simple : le refus de cet assujettissement.

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Quatre groupes de « barbares » peuvent être cartographiés : les peuples de langue germanique, ceux issus de l’espace scandinave (Goths, Vandales, Gépides), les peuples steppiques de langue « iranienne » (Alains, Avars et Sarmates) enfin les peuples steppiques non-iraniens qui appartiennent à la grande famille des peuples dont la langue est indo-européenne (les Huns longtemps assimilés aux turco-mongols), ce qui implique un espace qui s’étend de la frontière chinoise à l’est au littoral atlantique à l’ouest et dont les coordonnées nord-sud s’étendent des littoraux de la mer du Nord et de la Baltique à tout l’espace méditerranéen. Le recours à l’histoire profonde s’impose donc puisque des phénomènes climatiques et épidémiologiques semblent autant de facteurs possibles dont le cadre est celui des peuples de la famille linguistique indo-européenne si bien que la véritable rupture/hybridation culturelle n’interviendra qu’avec l’intervention des peuples turco-mongols mais aussi arabes dans ce même espace. En outre, il faudra bien s’interroger sur les exceptions juive et basque et leur présence dans un espace linguistique qui n’est pas le leur.

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Sur une stèle germanique du VIIème siècle du Musée rhénan de Bonn on observe un guerrier sculpté, un fantassin. L’ouvrage est si grossier qu’on le dirait gravé par un enfant.

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Quand Louis Halphen croyait au péril jaune ou bolchévique, on ne sait pas trop, il avait identifié les Huns avec les « Hiong-nou de la Muraille de Chine » et donc les barbares avec les germains, ses allemands vaincus qu’il ne fallait pas trop affaiblir.

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Ammien Marcellin avait distingué près de la mer d’Azov (le Palus Maeotis), deux peuples. L’un indo-européen donc beau car blond, svelte et martial, les « Halani » ou Alains, l’autre tirant vers l’animal à forme humaine, les Huns. Il affirme simplement que ce sont des nomades. Il sait qu’ils cherchent une niche territoriale, qu’ils n’hésiteront pas à piller et pénétrer dans l’empire. Il présage déjà de quel côté ira la dilection des romains. Ces Halani fuient l’empire sassanide et vont transmettre aux goths des éléments de la culture des steppes. Ils ne veulent pas encore d’une grandeur souveraine, ils fuient la forme-Etat coincés entre deux blocs.

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On ne sait pas grand-chose des Huns. Ils viendraient des hauts plateaux dominant le lac Baïkal et aurait pris le chemin de l’ouest pour trouver leur Canaan où piller et s’installer. On peut se dire qu’une niche territoriale s’épuisait. Mais leur formation guerrière est assez rodée pour absorber dans les années 360-370, les Halani beaux et blonds d’Ammien Marcellin. En 375, les mêmes pulvérisent l’armée belle et blonde des Ostrogoths. Les romains leur proposent alors la Pannonie où ils peuvent déployer leurs cantonnements.

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Il n’y avait aucune sépulture, d’aucune sorte, hormis les ruines des maisons et les ventres des bêtes sauvages et des oiseaux de proie

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La fureur de ces barbares allait jusqu’à arracher les tout-petits du sein maternel et à écraser sur le sol cette enfance innocente ; d’autres en revanche les tenant tout droit par les pieds, ils les pourfendaient depuis l’anus jusqu’au sommet de la tête.

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Ceux-ci ont été la proie des chiens ; ceux-là ont eu leurs toits dévorés par les flammes, et leur vie éteinte sous le bûcher. Dans les hameaux, dans les villas, dans les campagnes, dans les chemins, dans les bourgs, çà et là sur toutes les routes, la mort, la destruction, la douleur, les désastres, l’incendie, le deuil ; elle n’a été qu’un bûcher fumant, toute la Gaule.

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Il y eut une si grande multitude de prisonniers goths, que des troupeaux d’hommes étaient vendus pêle-mêle pour une seule pièce d’or chacun, à la manière du bétail du plus vil prix

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L’odeur fétide que dégagent le corps et les habits des barbares.

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La lumière la plus éclatante du monde entier s’est éteinte, en effet, l’empire romain a été décapité

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Elle est donc prise la Ville qui a pris l’Univers

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Tout notre salut est devenu un commerce

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En 1985, l’historien allemand Alexandre Demandt recense 210 explications de la chute de Rome

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A la mort de Valérien sa peau fut tannée et teinte, puis exposée en témoignage de son humiliation

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La presque totalité des esclaves de la Gaule rejoignirent la conspiration des bagaudes. A propos de ces bagaudes insurgés, en Gaule et en Espagne, on ne connaît que peu de choses, jusqu’à prétendre qu’ils n’avaient jamais existés.

 

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Durant l’hiver 408-409, les esclaves allaient se mêler aux barbares qui assiégeaient Rome.

62

Le 27 août 410, les troupes d’Alaric ne prirent Rome qu’à la faveur d’une reddition en bonne et due forme négociée par l’empereur Honorius.

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Quand ils passèrent le Danube, les Goths fuyaient les Huns, les romains surent qu’ils ne pourraient pas fuir ni vaincre mais s’agenouiller ce qu’on nomme dans la novlangue s’accommoder ou prendre sa part des transformations inéluctables.

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Au Vème siècle, l’infanterie romaine n’était plus qu’une force ancillaire au service de la cavalerie lourde.

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En 440, Valentinien III ordonna aux citoyens romains de s’organiser en milices d’auto-défense comme s’il était encore un anarque.

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Les murs de la Cité [de Bazas] sont défendus par les soldats Alains qui, après l’échange de serments sont prêts à combattre pour notre défense, eux qui naguère nous avaient assiégés en ennemis.

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Par traité les romains se démembrèrent. En 419, ils attribuaient l’Aquitaine aux wisigoths, un territoire autour de Valence aux Alains (vers 440), une partie de la Gaule du Nord aux mêmes (vers 442), le Haut-Rhône aux Burgondes (vers 443). En 475, Clermont fut livrée aux assiégeants pour préserver Arles et Marseille.

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Les Alains, à qui des terres avaient été accordées par le patricien Aetius, soumirent par les armes ceux qui résistèrent et, chassant les propriétaires, prirent possession par la force de leurs terres. Le même Aetius allait vaincre les Huns sur les champs catalauniques avec une armée à moitié barbare.

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Notre servitude est devenue le prix payé pour la sécurité d’autrui

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Tu nous a livrés comme des agneaux aux bouchers et tu nous as dispersés parmi les nations

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Quand Stilicon, romain par sa mère, écrasa les goths dans le nord de l’Italie en 402, il perdit, faute d’une supériorité numérique marquée, les usages anciens qui commandaient de détruire l’ennemi et se fit tout miel en les invitant à retourner au-delà du Danube, imitant Commode, c’est-à-dire en le répétant sous la forme marxiste de la comédie.

72

Dans la cathédrale de Monza est conservé un bas-relief représentant Stilicon. Son visage tend vers l’icône barbue, il porte la lance, le pilum, le poignard, le gladius, et le bouclier, les armes traditionnelles et déjà abandonnées par les légionnaires. Il est vêtu à la romaine mais se perd dans une éternité figée et vide, glacée comme un calcul théologique.

73

A peine Alaric vaincu, un dénommé Radagaise pénètre en Italie du Nord. Stilicon épaulé par Sarus, un général romano-goth s’allie avec ce qu’il trouve de guerriers Huns et Alains. Radagaise finit décapité, ses hommes aussi. Quatre mois plus tard, rebelote, les Vandales opèrent une descente. C’est ce moment que choisissent les légions de Bretagne pour nommer empereur un certain Flavius Claudius Constantinus.

74

L’évêque Maxime de Turin connaît la recette pour repousser Radagaise en chrétien « Il est bon, dans la tribulation, de prier, de jeûner, de chanter des psaumes et de faire miséricorde ».

75

Stilicon et Honorius laissent l’Occident latin à sa fragmentation et se concentrent sur la consolidation de ce qu’il reste d’Empire autour de Ravenne : L’Italie, l’Illyricum, l’Afrique. Ils réclament donc au confrère d’Orient les diocèses de Dacie et de Macédoine tout en préparant une vague invasion. Comme ils ne disposent pas des troupes nécessaires, Stilicon s’en va trouver Alaric et lui propose une alliance. Une comédie s’engage. L’opération Dacie-Macédoine est abandonnée en rase campagne et Alaric en histrion joue la colère tout en exigeant 1,3 tonnes d’or soit 4 mille livres. Stilicon admoneste le Sénat en attendant des rétro-commissions. Honorius sent bien que l’affaire est mal engagée et ordonne donc l’assassinat de Stilicon. Fin août 408, Alaric a tout perdu, son tribut et son titre. Privés de donativum, des fidèles de Stilicon renforcent les troupes d’Alaric qui passent en Italie. Le Sénat romain verse alors, selon Zosime : 5 mille livres d’or, 30 mille d’argent, 4 mille tuniques de soie, 3 mille toisons teintes en écarlate et 3 mille livres de poire. Mais Alaric en bond prédateur est insatiable. Il veut des terres et un titre. Honorius refuse et lui offre la ville de Rome, sans un seul combat. Le brave magister militum per Illyricum serait mort de maladie en Calabre alors qu’il s’apprêtait à envahir l’Afrique du Nord.

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L’aristocratie sénatoriale détestait Stilicon et le tint pour responsable du sac de la ville romaine. Ce dernier avait bien compris qu’il fallait la réintégrer au coeur de la machine impériale mais il n’avait pas saisi à quel point la morgue raciale allait l’emporter sur le simple bon sens politique. En 395, il lui avait accordé une remise massive d’impôts. Les latifundiaires restèrent silencieux. En 397 alors que le comte d’Afrique Gildon suspendait la livraison de blé à Rome, il demanda au Sénat de voter la guerre. Mais en 408, quand l’ordre de l’assassiner vint, Stilicon n’allait pas périr seul. Tous les soldats barbares présents dans l’armée ainsi que leurs familles furent massacrés. Une sorte de limpieza de sangre suicidaire.

77

Stilicon avait négligé une règle non-écrite de la magistrature impériale qui est une délégation et non une propriété. Comme l’empire n’avait jamais été confié à un grec, on en écarta, à partir du IVème siècle, tout germain.

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Le même homme qui détestait Stilicon, le bâtard Stilicon, était l’ancien préfet de la ville de Rome, un protégé de l’empereur Honorius. Il s’appelait Rutilius Namatianus, il était gaulois, païen et versait une petite larme en observant les paysans célébrant la renaissance d’Osiris lors des moissons. Dans son récit, de reditu suo, il s’en prend à un grincheux, querulus. Le grincheux en question est juif, iudaeus. On ne sait s’il fut transformé en nain de jardin pour Blanche-Neige après que Jésus en avait fait le traître par excellence mais le juif précède l’hérétique dans le joyeux empire romain tardif. A partir de 336, il lui est interdit de convertir un esclave, en 409 c’est autour d’un chrétien libre, en 417 d’un esclave chrétien, preuve que la première loi n’était pas appliquée. Du côté de la sphère publique, ils sont exclus de l’armée (404) puis en 419 du service de l’État, en 438 du statut de décurion. En 429, le patriarcat juif était aboli et une taxe prélevée sur les communautés et versée au seul empereur. Ainsi les juifs sont désarmés et exclus du statut de maître, le seul qui puisse conférer la dignité d’homme qui se confond avec celle de padrone.

79

En 427 ou 428, les sources arméniennes attestent que le royaume d’Arménie est abandonné par l’Empire d’Orient et partagé entre romains et sassanides.

80

Quand l’évêque Nestorius s’adressait à l’empereur Théodose II, il indiquait ses priorités « Donne-moi, ô roi, une terre purgée des hérétiques, et je te donnerai le ciel en retour. Aide-moi à détruire les hérétiques, et je t’aiderai à vaincre les Perses ». Lui aussi aimait les bains de sang mais prophylactiques. L’ennemi était à l’intérieur, l’ennemi ne pouvait être qu’intérieur.

81

Entre 431 et 451, conciles d’Ephèse et de Chalcédoine, la doctrine chrétienne s’épure séparant de l’église universelle les nestoriens, partisans de la nature exclusivement humaine du Christ, et les monophysites, partisans de la nature pleinement divine de Jésus. L’hypostase en est le concept-clé.

82

Au Vème siècle, les évêques d’Occident se spécialisent. Intercesseurs de leur cité auprès de l’empereur, des chefs barbares et de Jésus, les voici ambassadeurs mais aussi négociateurs de captifs qu’ils rachètent. Ils sont non pas les bergers d’un peuple de brebis et de moutons mais les chiens d’un troupeau qui signe des traités avec des loups.

83

La Germanie elle-même scrute les paroles de l’esprit saint.

84

Salvien de Marseille, on aimerait l’entendre avec l’assent « presque tous les Barbares, qui sont d’un seul peuple et d’un seul roi, s’aiment mutuellement, presque tous les Romains se persécutent les uns les autres ». Pureté raciale et unité divine, le barbare conjoint les vertus du sénateur romain et celle du chrétien, un modèle.

85

En 441, les Huns prirent d’assaut la ville fortifiée de Naissus. Quand les armées impériales y retournèrent, sept ans plus tard, il ne restait plus que des moellons et des os.

86

Lorsque Priscus se rendit à la cour d’Attila en ambassadeur du basileus. Il y rencontra un ancien marchand grec capturé, asservi puis affranchi par son maître, Onégesios, un lieutenant d’Attila. Le grec lui déclara « la guerre une fois finie, chacun jouit ici tranquillement de ce qu’il a, et personne ne songe à en molester un autre. Au contraire les sujets romains courent tous les jours le risque d’être pris, leurs tyrans ne leur permettent point de porter des armes, et ils sont trop lâches pour les défendre. Les tributs n’y sont point également répartis et la justice y est mal exercée. »

87

En 483, l’empereur d’Orient Zénon qui avait déjà concédé aux Vandales de Genséric le gouvernement de l’Afrique du Nord et des îles de Méditerranée Occidentale, tente de fixer les Ostrogoths en Mésie. En 487, sans doute à court, il leur propose la conquête de l’Italie. L’Occident latin n’est plus qu’une proie.

88

En 536, alors que Rome est assiégée, l’alimentation en eau est coupée par les Goths si bien que les moulins à eau ne permettent plus de moudre le grain, preuve que ceux-ci fonctionnaient encore de manière efficace au premier tiers du VIème siècle et que leurs règles de fonctionnement furent transmises aux communautés cénobitiques ce dont témoignent les polyptiques carolingiens des domaines ecclésiastiques.

 89

En 552, les Goths d’Italie vaincus par les armées de Justinien évacuèrent Rome. Durant leur retraite ils exécutèrent outre 300 enfants de l’aristocratie romaine pris en otage, tous les patriciens qui leur tombaient sous l’épée et la moustache.

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Le Monte Testaccio, sur la rive gauche du Tibre, porte les restes de 53 millions d’amphores correspondant à 6 milliards de litre d’huile. Avec l’empire romain, disparurent les déchets mais aussi le design. Désormais, même en Italie, la poterie ne fut plus décorée. Néanmoins, on a découvert sur le site de l’ancienne Crypta Balbi, près de Rome, les restes de 100 mille poteries et de 500 amphores importées datant du VIIème siècle. Soit l’équivalent de la moitié d’un chargement d’un navire.

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Lorsque l’Empire fut détruit la pollution au plomb et au cuivre qui affectait le monde romain, disparut.

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Les romains construisaient en briques et en tuiles leurs maisons puis vinrent les formidables toits de chaume qui avaient la faveur des barbares, des insectes et des intempéries. La deep ecology était en route.

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Avec la chute de l’Empire romain, l’Europe allait vivre une démondialisation brutale et la victoire des circuits courts.

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Dans la province de Bretagne, la totalité des arts de la construction romains disparurent au Vème siècle. On passa au bois et à la pierre séchée. Ce qui réjouit encore les amateurs de grandes randonnées sur le plateau du Larzac. Il fallut attendre l’abbé Biscop pour que la Northumbrie réapprenne le mortier et le vitrail. C’était à l’extrême fin du VIIème siècle. En Italie, on maintint l’usage du mortier et de la brique mais on le limita aux églises quand l’empire esclavagiste l’étendait à chaque maison. Quant aux colonnes, aux socles et aux chapiteaux, on les pillait dans les ruines.

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L’habitat post-romain était un écosystème parfait : du bois, des insectes, du vent, de la terre battue et des toitures accueillantes aux champignons et moisissures.

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La petite monnaie de cuivre disparut brutalement dans la province de Bretagne, au Vème siècle, ailleurs au VIème, à l’exception de Rome et de la Sicile. Le troc redevint donc d’actualité. L’actuelle Grande-Bretagne avait opéré un grand bond en avant vers l’âge du bronze. Il fallut attendre le début du VIIème siècle pour qu’un phénomène similaire frappe les littoraux de la mer Egée et celui-ci est corrélé aux invasions slaves et avares. Puis l’Asie mineure fut touchée. En s’emparant de l’Egypte, les envahisseurs arabo-musulmans firent la conquête de la dernière province impériale prospère et leur dynamique allait reconstituer une nouvelle économie-monde sur d’autres bases.

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Selon Procope, le roi ostrogoth Théodat s’en vint quérir un prophète juif pour prédire ce qui allait arriver dès lors que les byzantins lançaient leur offensive sur la péninsule italienne. Le successeur de Joseph enferma 3 groupes de 10 cochons dans 3 baraques séparées. Du groupe qui représentait les goths, seuls 2 cochons avaient survécu, seuls quelques-uns étaient vivants dans la baraque byzantine, la moitié dans la baraque italienne mais tous avaient perdu leur poil.

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La taille des bovins qui s’était élevée sous l’empire rejoignit son palier préhistorique.

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On a découvert dans Pompéi, 11 mille inscriptions de tailles diverses. La propagande électorale et la publicité y sont omni-présents. Parmi les soutiens, on dénombre un groupe de branleurs, un autre de voleurs, un dernier d’ivrognes. Les autres graffiti vont de Sabinus était ici au genre des graffiti de bordels. On retrouve en Grande-Bretagne 350 stylets en métal sur des sites ruraux, ceux-ci servant à écrire sur des tablettes de cire. Une tuile porte la mention Assez, une sorte d’I will prefer not to antique. Les sites militaires fouillés attestent d’une large pratique dé l’écriture. Des projectiles sous forme de boulons étaient ornés d’inscriptions plaisantes « Lucius Antonius le chauve, et Fulvia, montrez-nous vos culs ». L’écrit épaulait tous les rouages du commerce et tous les labyrinthes de la fiscalité. Il fallut attendre Justin Ier, en 518, pour que Procope souligne que pour la première fois un empereur analphabète était monté sur le trône. Le logo-phallo-centrisme occidental en avait pris un coup. Dès lors, les temps étaient murs pour les angelots de Rome. A l’otium des classes cultivées de l’empire succédaient le labeur des moines pour lesquels l’intellectualité était un travail, une manière d’échapper au mal d’acédie. Plaire, émouvoir, instruire, le triptyque n’existait plus.

Les gens n’ont plus de théorie sur le covid 19, c’est comme une panique qui s’actualise de manière stochastique et s’empare des corps, les brûle, les consume et les éteint dans le dernier spasme d’un ventilateur. Tous ne mouraient pas mais tous étaient touchés, le vers vient s’enkyster autour des déclarations du maréchal Macron. Nous attendons tous qu’un proche soit touché ou chacun le redoute mais c’est la même chose, nous ne voyons rien du tour du monde en cours parce que notre vision est fragmentaire et étriquée. Pour le moment comme il est répété mensongèrement, l’Europe est l’épicentre mais l’incidence et la prévalence disent tout autre chose. Dans le cloisonnement général qui s’annonce, dans la brusque dépression déclenchée par les ours en furie des Bourses et les tortionnaires russo-saoudiens, des pays entiers seront transformés en mouroirs, des zones et pourquoi pas des marges à peine mentionnées et comme oubliées des cartes. Nous regarderons mourir comme dans un vers de Lucrèce tous les corps possibles, noyés et dépulpés, en agitant un thermomètre derrière l’écran de notre télétravail en panne.

1/ Il y a bien des choses à Wuhan mais il n’y a plus de cérémonies funèbres. On y meurt en solitaire à l’hôpital ou en famille, en quarantaine. Puis direction l’incinérateur. Les hôpitaux adjacents ont été démontés. On les appelait Huoshenshan et Leishenshan. Toutes les traces ont été effacées. On dirait un mauvais remake d’un film dystopique. Entre les 30 mille paires du covid-19 et le coronavirus de la chauve-souris, 4 % de différence, autant dire 1200 paires. Si on y ajoute leur production, les protéines, on voit bien que nous ne savons rien de son origine précise ni de son destin. Et le destin se résume à un dessin parce que nous sommes des primates et qu’un primate est avant tout un voyeur et un exhibitionniste. Donc ce dessin est une courbe comme il se dit puisqu’on aime les courbes mais justement sur quelle portion de la courbe sommes-nous ? Attendons-nous son pic comme on attend celui du pétrole, avec un mélange de candeur, de joie funèbre, et de plaisir pris à la destruction à venir. Il y a une jouissance du krach qui n’envisage jamais les conséquences d’un tel effondrement.

2/ Il existe une hypothèse sur l’origine du covid-19 qui n’est jamais évoquée réellement. Je veux dire en dehors des cercles para-marxistes. Le lien entre l’émergence des coronavirus et l’élevage agro-industriel via le transfert zootonique. Epizooties et épidémies sont liées au même titre que le dressage des animaux grégaires ou non et celui des hommes. La domestication est une histoire profonde, l’atavisme aussi. Il est attesté historiquement puisque le passage à l’agriculture sédentaire est concomittant de l’apparition des premières épidémies sans doute pour des raisons morphologiques (le rassemblement de populations nombreuses sur un territoire réduit) mais aussi génétiques (la chute de la disparité des espèces élevées). Il y a donc une série homologue, historiquement et il ne semble pas déraisonnable de tester l’hypothèse suivante : est-ce que l’utilisation de monocultures génétiques d’animaux domestiques ne supprime pas les pare-feux immunitaires disponibles pour ralentir la transmission ?

3/ S’il est avéré que le covid-19 ne se transmet pas comme la grippe (il n’y aucune immunité collective face au premier) ni comme le SRAS comment se fait-il qu’un nombre plus que majoritaire de blouses blanches ont minimisé jusqu’à ce jour, l’incidence du covid, contribuant au désastre en cours ? Ainsi je lisais aujourd’hui sur Mediapart les élucubrations d’un épidémiologiste qui expliquait qu’il ne fallait pas tester en masse la population pour ne pas l’affoler. Il ajoutait que le tensiomètre crée l’hypertension. Face à une telle bêtise il faut répondre trois choses. En premier lieu, une pensée post-galiléenne a cessé depuis longtemps de croire que ce qui n’est pas visible n’existe pas. En deuxième lieu que la Corée du Sud a prouvé que tester en masse permet d’agir vite et de manière ciblée. En dernier lieu que ce n’est pas le tensiomètre qui crée les incidents ischémiques.

4/ L’économie politique du test (60 par jour au CHU de Clermont-Ferrand, on souhaite bonne chance aux auvergnats) coûte 32 dollars en Afghanistan, 1200 dollars à un états-unien non-assuré, 3270 dollars à un employé d’une société d’appareils médicaux de Floride qui revenu de Chine, aux premiers temps de l’épidémie, avait demandé à ce qu’on le teste. Les comparatifs ppa de l’ONU devraient intégrer d’urgence cette distorsion quand les statisticiens comparent les parités monétaires et donc le pouvoir d’achat entre les peuples où nous figurons toujours parmi les « riches » sans doute parce que nous craignons la pauvreté. Une sorte de baume psychologique, les plus méchants diraient de la vaseline.

6/ Vendredi, donc après l’intervention du maréchal Macron, le sergent-chef Blanquer était en visio-conférence avec ses collègues recteurs. Le même homme qui prévoit un taux de prévalence maximum au sein de l’Humanité réclamait une présence massive des enseignements dans les écoles, histoire de continuer à tester l’immunité collective du corps enseignant après l’avoir dépouillé d’une retraite décente, de salaires, même médiocres, et de pouvoirs, presque insignifiants quant à la validation des examens. Pour ce qui est des professions médicales, les voici réduites à mendier des masques de protection et des ventilateurs mécaniques. J’imagine déjà l’homélie digne de la République islamique iranienne honorant les futurs martyrs du covid-19.

7/ Le mensonge donc le secret est devenu l’apanage de tous les Etats et pas seulement de la Chine, de toutes les firmes transnationales et pas seulement des Etats. Ils se réservent donc le monopole de la force et de la contrainte. L’individu dont la seule protection est justement le droit au secret est exhibé en permanence : comme foyer de contamination, comme pervers, comme cible, comme porteur d’un code (rouge, jaune, vert), comme salarié, comme assujetti. Plus que jamais, Joseph K est son avenir.

8/ L’information est toujours aussi verrouillée. Les seules paroles autorisées, en dehors des clowns manufacturés par les dictatures et les démocraties, sont celles des experts et des chefs de service. Les premiers sont les porteurs de savoirs morts, les seconds n’ont pas pu, dans le meilleur des cas, s’opposer à la ruine du service public de santé. Au pays des moribonds et des éclopés, seule la mort est reine.

9/ J’ai découvert avec stupéfaction à quel point l’Europe est devenue une sorte de Tiers-Monde qui s’ignore. Incapable de produire des masques en série, des ventilateurs mécaniques, de trouver des solutions coopératives et technologiques à la propagation du virus. Ce constat de faillite remet au goût du jour Marc Bloch et son étrange défaite.

10/ Si nous sommes en guerre, comment faire confiance à des officiers supérieurs dont l’incompétence est flagrante ?

11/ Les gestes-barrière est le nouveau mot d’ordre. Notre nouvelle ligne Maginot.

12/ Durant la grippe espagnole, les deuxième et troisième vague furent les plus meurtrières. Comme l’écrivait Villon, priez dieu que tous nous veuille absoudre.

Publié par : Ivan Kruger | mars 8, 2020

Compter le noirs, les non-blancs, les musulmans, etc.

Voici ce que j’ai trouvé sur le site de France 3 Occitanie. L’inconsistante Aïssa compte les non-blancs et les noirs parmi les membres de la tribu du cinéma qui va vers une mort certaine remplacée par la forme-série où il y aura beaucoup de non-blancs et de noirs comme le prouve la micro-série Parents mode d’emploi, Zemmour compte les noirs et les arabes parmi les délinquants parisiens, Dieudonné compte les juifs un peu partout, Jack Lang compte les tortionnaires parmi ses partenaires saoudiens de l’Institut du monde arabe, moi je compte les femmes non-voilées dans ce cliché. Il me semble qu’il n’y en a aucune. Comme disait l’autre, « le monde de demain nous appartient »

Voici le titre et le chapô de l’article

A Montpellier, une association accompagne les femmes étrangères dans leurs projets professionnels

Au cœur du quartier populaire Saint-Martin à Montpellier, l’association Jasmin d’Orient aide des femmes de 45 nationalités différentes à s’intégrer. Du suivi scolaire à l’apprentissage du français, les bénévoles assistent aussi ces femmes dans leurs projets professionnels.

 

 

 

Publié par : Ivan Kruger | mars 7, 2020

Deux ou trois choses sur le covid 19

Bien des gens ont leur théorie sur le coronavirus ou le covid 19 le nom choisi par l’OMS pour éviter de stigmatiser un pays ou un peuple. On ne refera pas l’erreur de 1918 on n’appellera pas espagnol ce qui est chinois, on utilisera un acronyme, c’est plus sûr.

Ce que l’on sait du virus et de sa propagation tient en peu de choses.

1/ L’Institut Pasteur et l’Académie chinoises des sciences supervisent l’Institut de virologie de Wuhan dont L’Inserm et l’Institut Mérieux ont mis en place les  » protocoles de sécurisation et de protection ».

2/ La forme génétique du covid 19 chez la chauve-souris (une espèce évidemment) et celle de l’homme diffèrent et l’élucidation de cette disparité nécessite l’hypothèse d’un intermédiaire inconnu entre l’animal et l’homme : le pré-patient 0, une sorte de snark.

3/ La propagation du covid 19 ne ressemble ni à celle de la grippe, sa létalité est bien plus forte, ni à celle du SRAS, il se transmet durant la période d’incubation et sans doute sans symptômes apparents.

4/ Selon le porte-parole du ministère afghan de la santé un test coûte 32 dollars. Tester tous les français coûterait donc autour de 2 milliards d’euros.

5/ La France est ce pays singulier où les professions de la santé et celles de l’éducation sont toutes envoyées au casse-pipe, sans doute un tropisme aztèque de l’énarchie.

6/ Tous les États, à l’exception de l’Italie, mentent. Si vous voulez glaner des rapports. Observez le nombre de personnes testées et celui des contaminés. La proportion actuelle se situe entre 7 et 10 %. Pour le moment le rapport personnes décédées/ personnes contaminées est, en Italie, de 4 %. Si la proportion est respectée, cela établit un maximum des décès dus, directement, à la maladie. En effet, Le calcul est simple si 5 millions d’italiens sont contaminés et si 4 % en meurent, il y aura au maximum 200 mille morts. Soit mille fois plus qu’aujourd’hui. Est-ce réellement possible ou même probable ?

7/ L’information est totalement verrouillée et à ce jour, je n’ai lu aucune enquête indépendante sur les différents aspects de la vie humaine à l’heure du virus.

8/ Tous les dispositifs de contrôle ne sont d’aucune utilité pour la protection des populations. En revanche, ils entretiennent l’industrie de la haine (le coronavirus ce sont les sectes), l’exhibitionnisme contraint (où la performance de la Corée du sud est inégalée) et la vie soporifique des merveilleuses petites et grandes mains du monde moderne.

9/ Le covid 19 est l’énième preuve des méfaits combinés de l’autoritarisme (à moustaches, à calvitie, aux yeux bridés, à la lippe boudeuse, etc.), de la bêtise démocratique (dont la Toile est le réceptacle et les mots d’ordre hilarants : se laver les mains empêche la transmission, porter un masque est l’analogue du préservatif dans d’autres domaines, prendre le métro en équilibre instable est la seule garantie de survie, se confiner ne sert à rien, les « anciens » seront les seules victimes, il n’y aura aucune rupture d’approvisionnement si la propagation du covid 19 continue, la Chine a atteint le pic épidémique, le gouvernement veille et Salomon est sa vigie, Benjamin Griveaux est une victime, les élections municipales sont importantes, etc.) et de la mondialisation en tant que mise en concurrence de tous les territoires et de toutes les populations.

10/ J’ai entendu l’ancien maire de Lourdes et grand vendeur de cierges, Douste-Blazy, très connu pour ses exploits marocains, expliquer qu’il faut toujours obéir à ses chefs, en tout cas, les écouter. Comme disait l’autre il duce a sempre ragione.

11/ Si j’en crois les mots d’ordre cracher par terre et en tous lieux ne facilite en aucun cas la propagation du virus.

12/ Le précédent de la grippe espagnole ne peut être établi, c’est, selon les manuels et l’historiographie un point de détail voire un point inexistant de l’entre-deux-guerres

Il y eut ces français qui n’ont pas le sens de l’effort mais l’esprit de jouissance, grand classique depuis Vichy et désormais ritournelle du président Macron, la cagnotte pour les forces de l’ordre et le syndicat alliance qui ressuscite le monument Henry, Luc Ferry qui appelle l’armée à tirer dans le tas des gilets jaunes avec un instinct versaillais intact, Castagner, célèbre pataphysicien, pour lequel détériorer un radar c’est tuer un conducteur, les médecins d’urgence transformés en mouchards et puis Chantal Jouanno convaincue d’avoir accepté un salaire modeste, un salaire d’austérité pour présider un débat national inutile que les maires sont chargés d’organiser, la danseuse et les notables ou le dîner chez Chantal, une pièce de Feydeau ou de Bernstein. Décidément le nouveau monde ne ressemble même pas à l’ancien, il le singe, tout simplement. Les temps sont difficiles

Heureusement le maréchal Macron dispose d’un ensemble d’autorités qui doublent la structure administrative usuelle et dont le coût était évalué à 600 millions d’euros en 2015. En voici une brève liste avec pour chaque « autorité » les renseignements afférents à son titulaire et son salaire (seuls ceux dont le salaire est supérieur à 100 mille euros / an sont mentionnés).

 

Autorité des marchés financiers sise rue Vivienne (2ème arrondissement). Robert Ophèle 238 mille euros / an. Ce dernier est aussi membre de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et, depuis janvier 2014, membre du Comité de Supervision du mécanisme de supervision unique de la Banque centrale européenne. Diplômé de l’Essec, il est passé par la Fed de New-York pour un stage de mise à niveau. C’est un apparatchik de la banque de France (36 ans de carrière). Il est chevalier de la légion d’honneur. Fin gourmet, le brave homme est le beau-père de Julien Denormandie, ancien directeur adjoint du cabinet du ministre des Finances du temps que le Maréchal l’occupait auprès de François Hollande.

Autorité de sûreté nucléaire Olivier Gupta 223 mille euros. Polytechnicien, apparatchik du nucléaire, il fut un temps directeur-adjoint de Meteo-France. Voici sa réaction du temps de Fukushima, « L’accident n’est pas devenu plus grave à partir du jour où il a été reclassé par l’autorité japonaise en niveau 7. Sa gravité reste comprise entre l’accident de Three Mile Island en 1979 et la catastrophe de Tchernobyl » survenue voici vingt-cinq ans en Ukraine. En ce qui concerne les importations en France de produits japonais, il y a un contrôle de la radioactivité sur « 100 % des denrées alimentaires », a rappelé un responsable de l’ASN, se référant à la déclaration commune des directions de la consommation, des douanes et de l’alimentation du 28 mars. Pour les produits manufacturés, les contrôles systématiques à l’arrivée de conteneurs en France ont été « tous négatifs », a précisé M. Laurent Kueny, indiquant que des contrôles se poursuivaient par « sondage sur un avion par jour ». Les entreprises importatrices de pièces détachées en provenance du Japon peuvent aussi mettre en place un contrôle « si elles ont un doute par rapport à leurs salariés » ou pour rassurer leurs clients.

Haute autorité de santé Dominique le Guludec 210 mille euros / an. Bonze médicale, spécialiste en imagerie, apôtre du nucléaire, elle s’est montrée en tant que présidente de cette autorité en dessous de tout dans la supervision du groupe de travail chargé d’élaborer des recommandations sur la maladie de Lyme.

Commission de régulation de l’énergie Jean-François Carenco 200 mille euros. Enarque puis préfet. « Parmi les plus grands souvenirs de mon passage en Ile-de-France, j’en citerai un. Le 4 novembre [2016], lorsque j’ai dû, en une journée, reloger 4 000 migrants à la rue à Paris. On n’avait que 2 800 places et en deux heures on a réussi à en trouver 1 200 de plus ». Sur les deux ans écoulés, M. Carenco a « un seul regret » : l’attitude « fermée » d’une partie des habitants du 16e parisien, à l’annonce de l’ouverture d’un centre pour sans-abri dans le bois de Boulogne. « J’ai le regret de ne pas avoir convaincu ces gens », soupire celui qui a été directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo. Il est président de Coallia qui accueille et héberge tous les jours des milliers de migrants

Autorité de régulation des jeux en ligne Charles Coppolani 195 mille euros. Enarque, Il entendait élargir le champ de compétence de son administration en intégrant le PMU, la FDJ et les casinos. Pour le moment, le fringant Charles régule via l’Arjel plus de 9 milliards de mises en ligne (et près d’1 milliard de pertes pour les joueurs). Pour le Pr Marie Grall-Bronnec, psychiatre spécialisée en addictologie «  les sportifs sont particulièrement soumis aux fausses croyances en lien avec le jeu… ils prennent des paris et ont ainsi l’impression d’avoir plus de chances de gagner. Les sportifs sont aussi souvent frappés d’impulsivité, une pratique pathologique avec perte de contrôle. ». La théorie de Coppolani qui prétend le système de croisement des données infaillible est la suivante «Les sportifs prennent des paris en raison de leur esprit de compétition, presque inscrit dans leurs gènesEt ils développent aussi des risques d’addiction parce qu’ils ont beaucoup de temps libre.»

Autorité de la concurrence Isabelle de Silva 194 mille euros. Elevée au Brésil, cette fille d’un diplomate péruvien possède la double nationalité franco-américaine. Elle est, bien entendu, énarque. Spécialisée dans la gestion des caisses de retraites des artistes d’État, conseillère d’État à temps très partiel comme tous les autres, elle est nommée à ce poste en vertu de sa totale absence de connaissance du secteur.

Autorité de régulation des communications électroniques et des postes Sébastien Soriano 191 mille euros. Deuxième péruvien de la bande et polytechnicien, il fut très proche de Fleur Pellerin, désormais mise en examen. Grand comique, il prétend que chacun peut choisir son opérateur en automate rationnel. Avec lui, les GAFA n’ont rien à craindre.

Conseil supérieur de l’Audiovisuel Olivier Schrameck 188 mille euros. Petit-fils d’Abraham que Maurras appelait à liquider avant de trouver une cible plus large en la personne de Léon Blum puis de tous les juifs, français et étrangers, piégés entre 1940 et 1944, énarque, il fut la main droite de Lionel Jospin. Son poste ne sert à rien. La seule revendication qui tiendrait serait donc l’abolition pure et simple de la redevance et la liquidation du conseil en question.

Président de la République et premier ministre 181 mille euros

Commission nationale du débat public Chantal Jouanno 176 mille euros. C’est la seule détentrice d’un BTS parmi la liste, la seule karatéka, aussi.

Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet Denis Rapone 175 mille euros. Spécialiste en autorités qui ne servent à rien telle que le CSA, il a rejoint celle-ci dont l’inanité tient en quelques nombres. D’après les statistiques du gouvernement, la Hadopi a envoyé 10 380 000 courriels de premier avertissement, puis 920 000 courriers de second avertissement, pour seulement 2 904 dossiers transmis à la justice. Sur ces dossiers, 910 exactement ont reçu une réponse pénale, dans la majorité des cas une alternative aux poursuites (indemnisations des ayant droit, versement d’une amende, rappel à la loi, etc.).

Commission nationale de contrôle des techniques du renseignement Francis Delon 170 mille euros. Enarque, d’abord dépêché au ministère de l ‘éducation nationale puis secrétaire général de la défense nationale, il est donc accompagnateur de tous les budgets en berne et de l’ensemble de la politique catastrophique menée tant en matière de défense que d’instruction publique depuis quelques décennies désormais.

Commission nationale de l’informatique et des libertés Isabelle Falque-Pierrotin 160 mille euros. Enarque, ancienne du cabinet de Jacques Toubon, elle incarne parfaitement la théorie graebérienne des bullshit jobs bien rémunérés.

Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur Michel Cosnard 157 mille euros. Spécialiste en algorithme, on le suppose cognitiviste en diable. Il n’a rien à dire sur la dépendance française, envers l’étranger, en matière de recherches, sur la place respective des langues anglaise et française, sur l’excellence française en mathématiques.

Défenseur des droits Jacques Toubon 155 mille euros

Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières Bernard Roman 150 mille euros. Titulaire d’une maîtrise en histoire, c’est un pur produit du socialisme des corons, à la fois corrompu, népotique et indigent.

Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires Gilles Leblanc 150 mille euros. Ingénieur des eaux, des ponts et des forêts, il s’est spécialisé en gestion des établissements publics de la Défense, aux aéroports de Paris en passant par la RATP. On suppose qu’il aime les cantines d’entreprise pour cadres et les réunions inutiles.

Contrôleur général des lieux de privation de liberté Adeline Hazan 148 mille euros. Autre socialiste de la bande et ancienne du syndicat national de la magistrature, elle est la parfaite représentante du progressisme français.

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