Publié par : bouteillealamer | octobre 13, 2009

Présage

france-politics-national assembly

J’ai rêvé que je faisais parti du gouvernement de François Mitterrand.

Rattaché à l’autorité de François Fillon qui mettait tout en œuvre afin de rendre mes prises de fonction aussi obscures que délicates, je prenais des notes avec un bic noir sur un carnet Rhodia orange de format A4, l’air appliqué et thuriféraire, car bien conscient d’appartenir au Sanctuaire sacré.

La réunion ministérielle se déroulait dans un pièce circulaire minuscule sans fenêtres, située très en hauteur, et entièrement recouverte de boiseries foncées. Une sorte de nappe violette et mitée recouvrait la table ; l’atmosphère était suave, des particules de poussières anciennes flottaient, on aurait dit un tombeau.

François Mitterrand était assis en face de moi, au dessus de sa tête, fixé contre le panneau, un blason maçonnique augurait de temps grotesques, la peinture dorée s’écaillait, laissant paraître une teinte matte et rouge sang.

Le Sphinx visiblement affaibli par la maladie s’exprimait peu. Malgré la souffrance, il semblait guidé par le devoir, à aucun moment il ne donnait l’impression d’une déchéance cérébrale. Nous discutions de l’application d’un décret proposé en 1988, relatif à la réinsertion des prisonniers par le travail. Des postes de plombiers seraient proposés à l’issue de leurs peines.

Nous nous retrouvions d’un coup dans la cour d’un immeuble, à côté de la Seine, enfin je crois. Une délégation vêtue d’imperméables gris se trouvait derrière moi.

François Mitterrand disparut dans une ruelle étroite après s’être retourné au passage d’une sexagénaire habillée d’une mini jupe en laine ; visiblement parcouru d’une attirance soudaine. Son garde du corps attrapa cette femme et lui glissa à l’oreille une proposition de rencontre avec le Président.

Haussant les épaules et faisant une mine de dédain à l’idée de passer pour un sac à foutre, elle finit néanmoins par accepter la liaison ; les désirs du Roi ne se refusant pas, en général. Et il s’agissait de caresser la queue du Sphinx, du moins d’après le garde du corps qui tenait mon propre carnet Rhodia.

Puis vint une vision, tel un voyeur omniscient chargé de témoigner de la fin d’une époque, je regardai malgré moi ces deux corps côte à côte, allongés dans une couche sombre et infâme. À droite du lit, la femme, le regard vide et vitreux de l’héroïnomane prise par son maître, semblait tétanisée par des forces supérieures. À sa gauche, un mort vivant en quasi état de putréfaction, la peau jaunie et tendue, prête à éclater, recroquevillé sur lui même, les os de la colonne vertébrale pliés et saillant comme une pièce de boucherie lacérée par de la ficelle, se vidait lentement par deux orifices d’une substance fécale couleur pétrole, dans un chuintement provenant de l’anus et du nombril mais il bandait d’une turgescence intacte.

J’avais envie de vomir, mais à mesure de cette liquéfaction figurant la mise à mort d’un cafard anéanti par les mortelles exhalaisons d’un neurotoxique, des schémas didactiques monochromes issus du monde scientifique s’affichaient devant moi. François Mitterrand y était représenté par transparence sur fond noir. Une énorme poche de pus vert se vidant depuis l’estomac, provoquant ainsi la contraction du corps jusqu’à sa momification.

Puis la conclusion tombait comme un couperet, cet homme était déjà mort et cette femme se vidait de son souffle, quant à moi j’étais chargé de tenir à jour mon cahier Rhodia sous l’oeil de François Fillon qui me glissait’ « alors ça boume ? ».


Responses

  1. Incroyable

  2. ho putain la gerbe !

  3. Et vous avez réveillé la personne qui partage votre lit, avec vos hurlements ?

  4. bfgrt,

    Les hurlements étaient étouffés, contenus par le choc de cette vision. Le genre de cri que vous poussez à pleins poumons mais qui au final relève, en terme de décibels, du filet d’urine atterrissant sur un tapis Kashmar.

  5. Un dimanche me promenant près du Bois de Boulogne parmi des joggers qui semblaient répéter en soufflant comme des phoques, « je suis un cadre performant, I wanna win, yes, yes », je croise un type qui tenait son pote par les épaules, il ressemblait tellement à Xavir Bertrand que j’ai eu un frisson de terreur, je ne sais pas pourquoi, ce type me fait l’effet d’un poulpe

  6. http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/10/demons-et-merveilles-de-lovecraft.html

  7. Héhé la Crevette.

    J’ai terminé il y a quelques mois de cela, le tome 3 des Œuvres de H.P. Lovecraft dans la collection Bouquins.

    C’est absolument mythique, Innsmouth et ses habitants batraciens mignons de Cthulhu , Hastur, Yog-Sothoth et Shub-Niggurath le Bouc noir aux mille chevreaux. Ce type et ses successeurs sont des géants !

  8. J’ai lu quelques nouvelles de Lovecraft en Bretagne il y a un an environ… Je n’ai curieusement pas de souvenirs précis de mes lectures, sauf quelques passages gravés dans mon esprit.Mais là, votre texte, le rapprochement était tentant.

  9. @ memento mouloud
    un instant j’ai cru que vous aviez écrit « je suis un cadet performant  » !
    outch !
    jamais vu « performant » sous la plume de von salomon
    « perforant » à la rigueur……

  10. Ah Ernst, Kobus, je ne résiste pas à vous citer ce passage des Réprouvés sur Edi, le militant communiste rencontré en prison, « nous vivions dans un monde où tout nous était hostile et nous venions l’un vers l’autre pour tromper notre isolement infini, pour retrouver l’un dans l’autre un sentiment humain au milieu de ce désert de pierres et de fer […] J’appris ainsi à connaître la vie d’un mineur dans la Ruhr, la vie de nos jours dans la noirceur, la poussière et la sueur, dans le souci perpétuel et rongeur, la vie épuisante nourrie de pain, de pommes de terre et de schnaps et coupée de quelques rares et misérables joies. J’appris à connaître l’amertume incommensurable, l’orgueil opiniâtre, la volonté tenace, élastique, de lutter contre tout ce qui n’était pas ouvrier. Et moi je lui disais, pourquoi, moi, le soldat, je me sentais lié à lui, pourquoi ma lutte était la sienne » Vous imaginez vous un jogger umépiste dans une prison, causant avec un ouvrier quelconque et lui disant moi cadre performant je te dis que mon combat est le tien, viens, pour qu’enfin pleuvent sur moi primes et stock-options, je te jure que tu ne seras pas licencié sur la tête de la division du Travail, de la Madonne des marchés et du saint Esprit de compétition.

  11. j’imagine en effet
    le même éclat de rire saluera cette tirade et cette autre « les hommes naissent libres et égaux en droit »
    et beaucoup d’autres tirades d’ailleurs
    relançons le mot d’ordre de mauray
    désespérons billancourt !

  12. J’ai connu le temps où Billancourt était une usine, c’est désormais un terrain vague, les projets se succèdent, le dernier en date c’est d’installer un clapier pour couples en partance pour Gattaca, la roue tourne, Martin Bouygues remplacera Sartre sur son tonneau avec mégaphone et liasse de rôles pour la souscription, il s’agit toujours de ne pas désespérer on a juste substitué les classes

  13. mon père , cet homme excellent et en tout point remarquable , m’a effectivement rapporté cet épisode qui voyait un sartre louchon tenter de refourguer « combat » aux OS de renault , en leur lançant « vous qui avez faim et froid , rejoignez le combat des opprimés ! »
    les manars lui répondaient « va chier , hé con ! nous on baise ! »
    fallait il sous entendre ; « avec ta tronche , tu dois pas tirer chaque jour ! » ou bien « t’as du bol d’être estampillé défenseur du peuple , pasqu’avec ta bouille ma bourgeoise ça la débecterait ! » ?
    toujours est-il que l’île en question (pas cythère , pas clysthère , mais ça viendra ) fera le grand bonheur des bétonneurs après avoir fait celui des voitureurs
    seul cocu dans l’histoire , le père pinault et sa fondation
    ou plutot les édiles qui ont voulu faire le chantage à l’étiquette républiconne
    bien fait pour leurs pieds !

  14. Jean Cau raconte assez bien comment Sartre turbinait à tout ce qui passait sous sa main, du litron de whisky aux amphétamines, il le voyait indestructible genre façonné par un millénaire de paysannerie derrière lui, à la fin c’est vrai il est devenu un peu aveugle, dans sa longue vie même le KGB lui a refourgué comme un vulgaire Lee Harvey Oswald une maîtresse des fois que la hyène dactylographe (citation Jdanov dans le texte) se prenne les pieds dans le tapis réactionnaire


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