Publié par : bouteillealamer | mars 10, 2010

Les voyageuses du désespoir

Qui n’a jamais voyagé dans un train couchette Corail Lunea, ne peut saisir toute la laideur psychologique de la France, cette terrible impression d’agonie maquillée par quelques touches de couleur pourpre et orange destinées à faire oublier le gris. Malheureusement, la destinée de ce pays semble irrémédiablement liée à cette tonalité.  Michel Bouquet nous en donne un magnifique exemple en interprétant François Mitterrand plongé dans un intarissable monologue chromatique dans le Promeneur du Champ-de-Mars. Morne, désespéré et se félicitant de sa laideur, bienvenu dans l’univers du lit sur rail.

Le compartiment fouettait la crasse accumulée par une succession de voyageurs à l’hygiène incertaine, une mi-moche était déjà installée sur la couchette supérieure gauche, elle n’a pas cru bon de répondre à mon bonsoir, peut-être imaginait-elle un plan drague ou un plan cul. C’est à cela que l’on voit les dégâts causés par les émules de Simone de Beauvoir, une criminalisation par anticipation de l’Homme, ce salaud, qui ne cultive jamais son humour avec le dossier psycho de Elle et son intellect avec le Jamel Comedy Club. Cette conne lisait avec les jambes croisée, je pouvais voir ses orteils bouger lentement au travers ses chaussettes jaunes pâles noircies sous la plante des pieds. Pour reprendre Houellebecq, « épouser une de ces nanas, ça doit être l’épouvante radicale ». Je me retins d’effacer ce cauchemar en la faisant chuter  pour ensuite lui sauter à pieds joints sur la face, mais à cet instant rentrait une dame qui prenait position sur la couchette en bas à gauche, juste à côté de la mienne. « Il n’y a pas de compartiment que pour les femmes ? » lança t-elle. La discrimination battait son plein.

Un autre tromblon fit son apparition, de part ma position, je dévisageai son cul avant sa tête, il me fit l’effet d’un flan flaque du type démoulable. Comprimé dans un bas de jogging en satin bleu nuit, il s’agitait de rapides soubresauts au moment de gravir l’échelle en alu, qui tomba. J’intervins pour empêcher la chute en l’enserrant dans mes bras, ce qui me permis de lire l’inscription imprimée sur un coupe vent enveloppant la partie haute du corps, : le bon placement immobilier du Limousin.
Une autre fille compléta la rangée en s’installant au dessus de ma couchette ; au bout de cinq minutes, ses pieds déchaussés pendaient déjà dans le vide, ils dégageaient une odeur âcre que le motif arc en ciel imprimé sur ses chaussettes de gamine ne suffit à faire oublier. Je hais par dessus tout les grandes filles équipées de chaussettes sales pour midinettes.

A vrai dire, ce spectacle de misère qui s’étalait sous la lumière blafarde des néons de la SNCF, cette détresse appuyée par un pet innommable venant du dessus dès que les feux furent éteints me dégoutèrent au plus haut point. Que croyait-elle ? que l’obscurité allait masquer son relâchement ? L’image que je me fis de la femme occidentale moderne était à la hauteur de sa dégénérescence absolue, un tue l’amour malodorant, mal fagoté, qui se permet le luxe de croire encore à son charme indicible quand un garçon lui dit bonjour par pure formalité. La pauvre, elle ne se doute même pas de ce qui est en train de se tramer. Je repris ma lecture de Plateforme en songeant à la lucidité de Michel Houellebecq dont le message prit tout son sens à cet instant.


Responses

  1. Le métro c’est bien aussi, je suis tombé je pense sur un raid de sans-papiers direction Créteil-Préfecture, d’abord la langue avait des intonations étranges de castillan et puis j’entendais les djembés au loin, les premiers slogans de ralliement partant d’autres rames, ils avaient tous des bonnets d’éboueur ou de types habitués aux chantiers, des mains de travailleurs, des jeunes lycéens étaient perdus dans leur mélancolie trans-pubère à se détruire les tympans à je ne sais quoi et puis ils sont montés, des hard-rockers faméliques, les os qui brinquebalent, avec des muselières sur le visage, on sentait qu’ils auraient voulu effrayer, on était tous en plein apitoiement, alors ils se sont serrés avec leurs clous, leurs muselières et leurs laisses, se sont tassés à la recherche de la prochaine disparition

  2. Déjà « Corail Lunéa » ça fait marque de serviette hygiénique, ça fait femme qui a ses lunes c’est pas appétissant.

    Quel putain de putain de texte! trop marrant. Vous etes trop forts les deux frangins

    • Loulou, c’est un plaisir de faire plaisir aux grands commis voyageurs.
      Vous avez raison pour la sémiotique du Corail Lunéa, Corail Tampaxvite serait également approprié.

  3. j’imagine bien le frangin Ali dans son spectre de visions et d’odeurs avec son Houellebecq comme talisman et puis le pet discret et écrasé qui vient rompre les ronflements tandis que se traîne la nuit dans son roulis, la mort aux trousses sans blonde évanescente

  4. Moi corail lunéa j’appelle ça un train de déportation, même qu’on se privait pas de le faire savoir à tout le wagon…

  5. j’ignorais que vous fussiez apparentés
    enfin bon
    la description du monologue mitterandien par bouquet peut être interprétée de façon un peu différente
    pas « morne et satisfait de sa laideur » mais aussi bien « exultant en silence de notre connerie  »
    car nous fûmes -nous autres frankaouïs- collectivement cons d’avoir porté ce vichysard au pouvoir
    non pas de l’avoir porté au pouvoir mais de l’avoir oublié en tant qu’homme
    d’avoir oublié que lui l’ancien opportuniste de jarnac (j’arnaque) n’était somme toute que le rejetton de la bourgeoisie de province
    le roublard roué qui avait croûté à tous les rateliers
    le secrétaire d’état de TOUS les gouvernements de la 4ème
    et même ministre de la justice (ce qui lui permit d’autoriser l’exécution de nationalistes algériens puis de nous le faire oublier)
    mais mieux encore
    de s’être coulé dans un fauteuil trop grand pour lui et de n’en avoir pas bougé histoire qu’on ne puisse pas voir le tabouret sur lequel il est monté
    d’avoir en somme joui en silence et des ors de la république et de notre amnésie complice
    et puis au soir de son règne on ressort ce passé
    et n peut dire qu’il est bien passé ce passé
    on l’a ingéré gobé métabolisé
    on a pardonné au nain de la 5ème d’avoir eu l’élégance de l’adultère de province de la liaison de sous préfecture
    en somme l’exact contraire du magyar hyperthyroidien
    qui quoi qu’il fasse aura du mal à se faire aimer
    ou même seulement comprendre
    il pourrait cet homme encore jeune actif et pas trop pourri par le pouvoir se défendre excipier d’un héritage d’immobilisme d’une gangue d’incompétence pour justifier ses mouvements ses écarts
    s’exclamer « réveillons la laide endormie » ou « tirons nous les doigts du »
    on ne l’aimerait pas plus
    il faudrait qu’il rêgne à la façon de pépé allant sur les tombes des soldats zinconnus dont tout le monde se fiche embrassant les vieillardes des maisons de retraite chiquant à l’humaniste au philosophe au philantrhope et jouissant doucement de son pouvoir immobile
    là on aurait quelqu’un selon nos voeux selon nos vues selon nos us et coutumes
    un sybarite de sous préfecture
    le monde réel est ailleurs

  6. Salut Kobus,

    Le monologue mitterrandien de Bouquet insistait particulièrement sur la beauté des gris colorés qui composaient le visage de la France, désignant comme sots et imbéciles ceux qui y voyaient une couleur triste. C’était le seul moment d’action de ce film à budget réduit, l’apothéose des effets spéciaux étant certainement figurée par l’oreillette en plastique de la protection rapprochée l’accompagnant sur la plage.

  7. C’est très bon, Kobus, le monde réel est ailleurs, Mitterrand ça me faisait l’effet d’un mauvais théâtre, avec un cacochyme qui s’agite en exécutant des gestes qu’on prend pour un exorcisme et les ombres de s’agiter en faisant ouuuuuuu comme pour l’escorter


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