Publié par : Memento Mouloud | mai 17, 2010

Affaire Clotilde Reiss : OSS 117 ne répond plus

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« Le ministère des Affaires étrangères a démenti « formellement et catégoriquement » les affirmations de Pierre Siramy, ancien sous-directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
Ce dernier a déclaré dans plusieurs médias que Clotilde Reiss avait été recrutée par son service à sa propre demande.
« Elle a travaillé au profit de la France pour collecter des informations qui étaient de nature de politique intérieure (….) et d’autres qui étaient sur la prolifération nucléaire », a-t-il dit sur LCI, ajoutant que la jeune fille était « immatriculée à la DGSE ».
Selon lui, elle se serait présentée d’elle-même à l’ambassade de France à Téhéran à son arrivée en Iran par patriotisme et les autorités iraniennes auraient découvert son engagement en scrutant sa correspondance par internet.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a répondu à ces allégations lors de son point de presse lundi.
« Nous démentons formellement et catégoriquement les allégations selon lesquelles Clotilde Reiss aurait collecté des renseignements sur l’Iran au profit du gouvernement français et a fortiori qu’elle aurait été employée par les services de renseignement », a-t-il dit.
« Ces allégations ne sont pas seulement totalement fantaisistes. Elles sont également irresponsables », a-t-il ajouté. « Après l’épreuve qu’elle a traversée, Mlle Reiss mérite le réconfort et la tranquillité auprès des siens. Nous appelons les auteurs de ces déclarations inacceptables à respecter l’un et l’autre »

Thierry Lévêque et Clément Dossin, édité par Yves Clarisse (family spot)

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Pierre Siramy est revenu à la charge ce matin sur Europe 1 : « Ce que je dis clairement, c’est que Clotilde Reiss a travaillé, beaucoup, pour la France. Ce n’est pas une espionne. C’est un contact de notre représentant. Concrètement, elle faisait des rapports sur des éléments d’ambiance sur le pays dans lequel elle était ». Interrogé par Rue89, le même affirme avoir voulu « rendre hommage » à « quelqu’un de courageux ».

Ces déclarations sont irresponsables. Pierre Siramy est en pleine campagne de promotion de son livre « 25 ans dans les services secrets », paru en mars chez Flammarion. De son vrai nom, Maurice Dufresse, ancien officier de marine, il a travaillé pendant un quart de siècle à la DGSE. Il explique avoir été informé par les contacts qu’il garde dans son ancienne maison.
Contactée par nos soins, la DGSE « dément formellement » les déclarations de son ancien cadre. « C’est complètement faux. Il dit n’importe quoi. » assure-t-on à la « Centrale ».  » « Immatriculée » chez nous ? Cela ne veut rien dire » précise la même source.

Nous pouvons confirmer ses déclarations, d’une source proche du dossier mais extérieure à la DGSE. Clotilde Reiss ne fait pas partie des services de renseignements français. L’affirmer, comme le fait Maurice Dufresse, c’est mettre en danger la sécurité et la vie de tous les Français travaillant dans des pays « difficiles ». Les Iraniens auront aujourd’hui beau jeu de dire : « vous voyez bien que nous avions raison de l’arrêter ! »

Il n’y a pourtant jamais de fumée sans feu. Que Clotilde Reiss ait eu des échanges avec du personnel de l’ambassade de France à Téhéran est plus que probable. Le contraire eut d’ailleurs été étonnant et on se demanderait alors à quoi servent les services, diplomatiques ou autres, s’ils ne parlaient pas avec toutes les sources possibles. Une jeune Française, bien introduite dans les milieux étudiants et se rendant à Ispahan au moment des grandes manifestations contre le régime, est en effet une source d’information. Qu’elle ait parlé avec des diplomates, conseiller scientifique ou chef de poste de la DGSE – qui ne se présente pas forcément comme tel… – relève de l’évidence. De là a en faire une espionne, il y a un pas que « Siramy » franchit allègrement.

Un autre élement plaide contre ses affirmations. Selon nos informations, Clotilde Reiss a commis, avant son arrestation des « imprudences », notamment dans ses échanges de mail avec son père. Celui-ci travaillait alors à la Direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), où il s’occupait de programmes immobiliers. Grâce à lui, Clotilde a pu faire un stage à la DAM et rédiger un rapport sur… le nucléaire iranien. La DAM est l’organisme public qui produit les armes atomiques françaises et dispose de l’expertise dans le domaine de la proliferation.

Dans les derniers mails échangés, le père conseillait à sa fille de confier son ordinateur portable à l’ambassade de France, pour qu’elle le fasse rentrer par la valise diplomatique, lui évitant ainsi les tracasseries à la douane, lors de son départ de Téhéran. Manifestement, les services iraniens lisaient les mails de la famille Reiss…

Jean-Dominique Merchet (l’homme qui en savait trop)


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