Publié par : Memento Mouloud | janvier 13, 2011

La fabrique de l’homme allemand ou la virilité terrassée

« Nous devons être fermes avec les allemands, c’est-à-dire avec le peuple allemand, pas seulement avec les nazis. Soit nous castrons le peuple allemand, soit nous le traitons de telle manière qu’il ne puisse plus générer des individus qui chercheraient à reproduire le passé »

Le président Roosevelt au secrétaire au Trésor Henry Morgenthau Jr, août 1944

Les mâles germains se montrent timides, froids, voire muets. L’autochtone s’aventure rarement à aborder une congénère féminine en dessous de deux grammes d’alcoolémie. Le rencart ultime ? Mater la série « Tatort » (série policière du dimanche diffusée depuis quarante ans) devant un litron de bière au café du coin. Et cela peut durer : passif et pensif, le Teuton préfèrera s’immoler au Jägermeister (une liqueur) en citant Schopenhauer, plutôt que d’avouer ses sentiments.

Et si, par miracle, vous parvenez à en ferrer un, courage avec les phobiques de l’engagement ! A Berlin, capitale européenne de la « hype arty », il est un mot maudit que personne ne doit jamais prononcer, sous peine d’être transformé en döner kebab : c’est le terme « beziehung », c’est-à-dire « relation ». Lors des soirées (cul)turelles à Kreuzkölln (quartier berlinois qui monte), parler de « relation » est plus tabou qu’évoquer ses escapades « Gruppensex » dans le Brandebourg. Voire ses virées sexe illimité dans les « bordels » à bas prix sur les bords de la rivière Spree.

Revenons à la case drague. Selon une enquête du Times, les Allemands considèreraient le badinage précoïtal comme un sport extrême. Prise de risques, montée d’adrénaline et peur de se ramasser : prendre l’initiative de la conquête relèverait à leurs yeux de la pure folie. Le groupe pop à succès Wir Sind Helden l’a chanté en premier avec « Aurélie », son tube narrant les frustrations d’une jeune Française à Berlin. Quelle exilée ne s’est pas identifiée à Aurélie et à sa solitude ? « Aurélie, ça ne marche jamais comme ça. Tu attends beaucoup trop, les Allemands flirtent subtilement. Mais Aurélie ne comprend pas. Elle se demande chaque soir : “Mais quand donc quelqu’un m’aimera-t-il enfin ? ”. »

Aucun clin d’œil, pas d’invitation, zéro compliment, zéro pas de libertinage. En clair, quand un Allemand est intéressé, il ne fait rien. Nada, nichts. Et si une Française le siffle : « Il prend la fuite ; tu dois savoir qu’ici, on ne fait pas comme ça ». Chat échaudé craint l’eau chaude. Alain-Xavier Wurst peut témoigner : « L’Allemande ne veut pas être considérée comme une femme mais comme un individu. Je ne me suis jamais senti aussi bête qu’en essayant de courtiser des filles dans ce pays. Le flirt ici est un énorme malentendu. »

Exit donc maquillage, battements de cils, talons ou simplement « légèreté grivoise », chère à l’auteur gaulois : l’Allemande fait montre de sérieux et de pragmatisme, jusque dans ses rencontres d’un soir : « Il y a plein de jolies filles mais rarement des filles sexy. Parce que sexy, c’est déjà considéré comme sexuel. »


Cause ou conséquence, les « flirt schulen » (écoles de drague) ou « flirt camps » estivaux à Majorque affichent complets. Training de décodage, séminaires de « warmrede » (parler chaleureusement), menés par des « flirtexpert ». La « datedoktor » (venant de « date », rencart en anglais) Nina Deissler explique : « Beaucoup de gens font l’erreur de flirter seulement avec ceux dont ils pensent qu’ils remplissent à 100% leurs critères en vue d’une relation sérieuse. Mais il faut aussi s’exercer avec d’autres ! »

Au vu des conseils glanés sur un site de conseils de drague pour hommes très populaire, les Françaises ont intérêt à entreprendre une révolution culturelle si elles espèrent entrer en contact avec un Allemand : « Gardez au minimum un mètre de distance, évitez le contact visuel direct, ne faites pas de compliments car cela rendrait la confrontation trop personnelle. ». Le nombre de célibataires est en augmentation constante outre-Rhin selon l’hebdomadaire Spiegel : 16 millions de cœurs battent en solo, soit 20% de la population.

L’Allemand, contrairement à sa concitoyenne, serait une victime, engluée dans sa « Sehnsucht » (nostalgie) de l’âme sœur. A l’automne 2010, Spiegel faisait sa une sur « la » question qui hante la société germanique : « Pourquoi les hommes attendent-ils toujours trop des femmes ? » A la lecture du dossier, n’importe quelle fille penserait à se mettre la tête dans le four. Et à s’acheter un poney.


La Deuxième Guerre mondiale a engendré des générations d’hommes perdants, impuissants, dépossédés, et le traumatisme a profondément imprimé la société germanique. Pour le sociologue Frank Biess, de l’université de San Diego en Californie : « L’excèdent démographique de femmes dans la population par l’effet cumulatif de la mort des hommes au front et l’absence des prisonniers a féminisé la société allemande, tant sociologiquement que culturellement. L’Allemagne vaincue et humiliée était une nation émasculée. »

Et le système communiste n’a rien fait pour arranger les choses : avec l’égalité absolue et les nombreux droits « acquis » des femmes en RDA en terme de contraception, d’accès à l’IVG et à un ensemble de prestations et de services sociaux (systèmes de garde, cantines d’entreprises, allocations familiales), le masculin a brusquement perdu ses repères séculaires. Entre les tailleurs monochromes de la Chancelière rebaptisée « Mutti Merkel » (maman Merkel) ou la rappeuse de Brême, Lady Bitch Ray, qui brame à longueur de refrain sur son « vagina style », les hommes ont aujourd’hui quelques raisons de se terrer derrière leur bière.


Loin du discours très KKK [« Kinder-Kirche-Küche », enfants, église, cuisine] du Troisième Reich, le néoféminisme « made in Deutschland » fait des ravages, incarné notamment par Charlotte Roche (la Virginie Despentes allemande »). Trash et cash, celles que l’on appelle les « alpha Mädchen » -les demoiselles alpha-, sont partout. Décomplexées, dominantes, ambitieuses et bien loin des envies de fourneau, tricot, marmots qui affectent leurs homologues hexagonales. 34% des Allemandes âgées de 35 à 49 ans et détentrices au moins d’un bac+5 n’ont pas d’enfant. Et à ce rythme, l’Allemagne pourrait avoir disparu dans douze générations.

Rue 89


Responses

  1. « Exit donc maquillage, battements de cils, talons ou simplement « légèreté grivoise », chère à l’auteur gaulois »
    exit les jambes épilées, même si je crois que c’est plutôt une coutume nordique.

  2. Un ami en visite à Münich, chez les bavarois friands de nudisme m’a confirmé le bannissement absolu de tout épilage (y compris sous les aisselles)

    • Je confirme, mais il s’agit de temps relativement anciens.
      Une amie berlinoise, une source certifiée sûre et certaine sur la question, m’a raconté il y a quelque temps son apprentissage du sauna (ou spa, je ne me souviens plus exactement) et son effroi en entrant (nue) dans le truc et en constatant que l’ensemble des présentes étaient entièrement épilées. J’entends encore son fou rire me narrant sa surprise.

      • Mince général, le système pileux aussi vit au rythme des révolutions permanentes

  3. Avez vous les noms et adresses des damoiselles en photo ?

  4. Quasiment toutes citées dans le texte, Fraulein féministe, nouveau Standard Deutschland après la « décadence » d l’ère Weimar et les « excès » de Marlène Dietrich

  5. J’ai cru , un instant , contempler le portrait – robot des nombreuses allemandes de ma connaissance ….
    Sincèrement , je me suis souvent demandée :  » Et…si j’ étais une mec ???  »
    Réponse : je deviendrais gay ….plutot ….

  6. L’exil Chris. Vous savez j’ai connu une française qui avait vécu en Rhénanie et s’était mariée à un allemand, elle m’a dit  » tu sais ce qui me manquait le plus, l’humour… »

  7. La mutti à tablier présentant pizza a l’air de dire « Ha ha, la bonne blague, j’ai cui-si-né!!! Ha ha ha! » Bien que le résultat ressemble à du surgelé…

  8. Résultat assez terrifiant

  9. Oui! Un strudel-tarte « façon pizza » à garniture ce-qui-me-tombe-sous-la-main. Gutten appetit!

  10. Ha ha ha! Je viens de voir « Tatort » dans les mots-clefs.

  11. Tatort grand prix de la série soporifiquissime

  12. Et Horst Tappert alors? Je vais vous faire une confidence, j’ai été quelques secondes déstabilisée à la mort de ce monument de la télé allemande (et française malheureusement) car j’avais vaguement l’impression qu’il avait trouvé le secret de l’immortalité, une sorte de ténacité terne mais viable, presque infinie.

  13. Qui est Horst, Alice ?

    • Derrick. L’inspecteur Derrick.

  14. secret de l’immortalité sans dépression, ténacité ferme et étale, goût de la justice sous verveine, je remets tout ça, Derrick et tout s’éclaire

  15. A la fin il le déplaçait en chariot élévateur.

  16. C’était encore plus poignant, le travelling dans l’ascenseur durait 45 minutes


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