Publié par : Memento Mouloud | janvier 17, 2011

Louis Aliot (le mec à Marine Le Pen), Laurent Ozon et David Mascré, les nouveaux visages du FN

« J’étais avec un de vos confrères, France Soir », dit-il en se levant pour expliquer les deux tasses vides sur la table. Sa panoplie iPad-iPhone-sourire toutes dents dedans ressemble à un rêve de journaliste télé chargé d’illustrer la « modernisation » du FN. Peu connu du grand public, l’avocat perpignanais est un discret. Dans ce café de Boulogne (Pas-de-Calais), pas grand monde ne doit savoir que ce quadragénaire est Louis Aliot, membre influent du Front national depuis 1989 et compagnon de Marine Le Pen.

De lui, on dit de plus en plus qu’il est la tête pensante de la candidate à la présidence du parti. Sa dernière initiative étant la mise en place du think tank Idées nation pour élaborer le programme pour 2012 de Marine Le Pen, qui vient de succéder à son père. Connaître Aliot, « la boîte à idées », n’est pas inutile, ces idées là faisant leur chemin dans la société française, à croire certains sondages – 22% des Français se disent d’accord avec elles, selon un baromètre TNS-Sofres pour Le Monde/Canal +/France Inter.

Qu’est-ce que ce nouveau FN où il n’y aurait plus de place pour les « catholiques intégristes », « obsédés de la Shoah » et autres « pétainistes » comme le prétend Marine Le Pen ? Nous l’avons interrogé. Il commence par affirmer que son groupe de réflexion est constitué de « gens issus de la droite et de la gauche », profs, haut fonctionnaires, chefs d’entreprises, qui « pour l’instant ne veulent pas se dévoiler ». Leurs noms seront révélés pendant la campagne présidentielle et déjà il promet un universitaire issu du chevènementisme. L’objectif est clair, il s’agit de « crédibiliser » le Front national en parti de gouvernement.

Pour parvenir à « respectabiliser » le parti, Louis Aliot répète que le parti se renouvelle en accueillant des militants différents, que les extrémistes y sont minoritaires, etc. En 1989, à la date de son entrée au FN, les « obsédés de la Shoah » étaient légion au FN. « Non. Attention, c’est compliqué. Moi, je suis rentré au Front après le “détail” parce que je considère que dire ce que Jean-Marie Le Pen a dit ne remettait pas en cause le reste. Je pense qu’il n’aurait pas dû le dire surtout que j’étais très critique avec Mitterrand dont on savait lui qu’il avait collaboré au sens propre. Il avait plus de responsabilité. Le Pen c’est un mot, Mitterrand, c’est les mains dans le cambouis. »

Il omet de préciser qu’après le « détail », Jean-Marie Le Pen a dérapé encore et encore, pour invoquer Charles de Gaulle. « Le drame avec de Gaulle, c’est l’Algérie. Le Front est né là-dessus et les gens l’oublient. Le Front dans le sud était peuplé de pieds-noirs, de harkis et… de gaullistes, oui ! L’idée de l’homme providentiel, c’est de Gaulle, Napoléon avant lui. C’est l’idée de la souveraineté, de l’indépendance nationale, de l’autorité de l’Etat, de l’unité de la République, ça on le prend à 100%. Je suis fils de pied-noir mais j’ai quand même mon libre arbitre. Il y a cette fracture sur la décolonisation mais il faut la dépasser. » Il poursuit, tout en évitant soigneusement la moindre allusion à l’immigration ou à l’islam.

Lorsque je l’interroge sur la laïcité, Louis Aliot convoque la Bretagne : « Je ne sais pas pourquoi les Identitaires sont si médiatisés. Ça fait longtemps qu’on défend ça. En 2002, on avait déjà développé le concept. La laïcité pour moi, c’est la neutralité, c’est rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César, ce qui est à César. Je suis catholique mais je garde ça pour moi.
Je connais des musulmans et des juifs. Mais essayer de faire des revendications sur la base de sa communauté, de sa religion ou de sa territorialité, je ne suis pas d’accord. C’est aussi pour ça qu’on est en bisbille avec les Identitaires. Les Bretons ils sont bien gentils mais la Bretagne sans la France, c’est plus la Bretagne quoi qu’ils puissent en dire, la Catalogne, le Pays Basque… ce sont des particularismes qui ne peuvent pas remettre en cause l’unité de la France. La France, c’est pas un puzzle, c’est un creuset. La laïcité, c’est ça. »
Plus on s’éloigne de la question de l’islam, plus le discours se fait spontané révélant une fidélité du FN à ses mauvaises habitudes. Prenons l’Histoire. Louis Aliot, nostalgique de l’Instruction publique, tient l’Education nationale pour responsable de l’échec de l’intégration des jeunes immigrés, et en partie de l’antisémitisme. Démonstration.

« On a dit aux gens qu’on [la France, ndlr] s’était conduit comme des salopards [en Algérie, ndlr] mais il faut voir comment se sont conduits les gens ailleurs. Les jeunes des banlieues se disent : “Les Français sont des salopards.” Qu’allons-nous faire avec des générations biberonnées à cette histoire. Ou à rien d’ailleurs. Je suis stupéfait du niveau des jeunes. L’école, les programmes scolaires, les émissions télés, il faut rétablir l’équilibre dans tout ça. Je me souviens de mes cours, on apprenait les rois, on avait une vision depuis la préhistoire, la monarchie, la Révolution. Tout cela a disparu.
– Non, c’est toujours dans les programmes.
– On est très Seconde Guerre mondiale quand même. Trois ans au lycée.
– C’est important.
– C’est trop. Une fois qu’on a dit que c’était un régime assassin, on a compris. A force de marteler, ça devient suspect. Quand on nous parle de l’abominable Pétain, je dis d’accord mais j’ai vu une émission où on voit Paris en mars 44 noire de monde qui applaudit Pétain. »
J’ai vu ce documentaire, effectivement très impressionnant, mais je ne vois pas où il veut en venir. Je le lui dis.
« Les gens avaient l’air d’aimer Pétain. Mon père est né en 1937 et pendant la guerre, il m’a raconté qu’ils n’avaient qu’une préoccupation, c’était de manger, le reste ne leur importait pas.
Il faut replacer les choses dans leur contexte, sans exonérer, mais on a compris. Les gens en ont marre. L’antisémitisme est lié en partie à ça mais l’antisémitisme c’est marginal à part dans certains milieux.
– Dans votre milieu, non.
– Je vous dis que c’est marginal. »

Sur les institutions, les propositions demeurent traditionnelles : réécrire la Ve République, renégocier l’Europe, modifier le mode de scrutin… « On inscrira au préambule le refus de la communauté qui nous paraît contraire à la République une et indivisible. On inscrira aussi la préférence nationale qui n’est autre que l’application de la citoyenneté. Il faut l’expliquer parce qu’on a prétendu que la préférence nationale était une préférence raciale. Non, c’est pour le citoyen français qu’il soit noir, blanc, vert, jaune avec des antennes…
– J’imagine que vous allez restreindre l’accès à la nationalité pour ça ?
– Oui, on ne peut plus “accueillir toute la misère du monde” comme le disait Rocard. Mais ceux qui veulent s’intégrer, qui veulent vraiment devenir Français, on ne va pas leur barrer la route. C’est un peu le slogan, ça s’hérite ou ça se mérite.
– Pour le reste ?
– Il faut récupérer la souveraineté. Si demain nous continuons dans ce système, sur des questions sociales, un jour ou l’autre, il y aura des troubles et les Français voudront récupérer leur souveraineté, décider de choses incompatibles avec les valeurs de leur Europe et là on fera quoi ? On mettra les troupes de l’Eurocorp, l’ONU, l’Otan ? »

Quelques minutes après avoir parlé de la provocation de Marine Le Pen sur les prières dans la rue comparées à l’Occupation, Louis Aliot m’avertit que, sur l’euro, ce qu’il a à dire est choquant. Il laisse un temps : « Vous savez à quoi ça me fait penser, l’histoire de “on ne peut pas sortir de l’euro” ? C’est comme l’histoire “on est occupés, il faut collaborer”. Mais un type a dit : “Non, c’est pas comme ça, il faut résister et reconquérir le territoire.” »
Manifestement, son ras-le-bol de la Seconde Guerre mondiale était feint. Son autre obsession du moment semble être de Gaulle. Inquiet de voir la « voyoucratie » s’emparer des banlieues, « on imagine mal du temps de de Gaulle autant d’insécurité dans les quartiers ». Il met en garde contre les amalgames : « Ce n’est pas un problème de jeunes, ou d’ethnies, mais de délinquance. » Avant de se contredire lui-même en justifiant le premier (« voyoucratie ») par le second (« immigration ») : « Avec le satellite, vous êtes en contact avec votre pays d’origine. »

Très confiant pour le Congrès de Tours, il l’est tout autant pour 2012. Merci qui ? Merci Nicolas Sarkozy. « Récupérer notre électorat, l’UMP est née sur cette idée-là. Sarkozy s’agite depuis 2002 et il n’y a pas de résultat. Sur les Roms ? Personne ne pense que c’est eux le problème. Ça a même été contre-productif, les Gitans du sud l’ont pris pour eux, une connerie monumentale. Ils ont réussi en 2007, c’est indéniable, mais je ne vois pas comment ils peuvent le refaire. Notre message a été brouillé parce que pendant que Sarkozy faisait de la surenchère à droite, nous on faisait du Dieudonné et du Soral. Mais ça, c’est fini. »

Juste avant de nous quitter, Louis Aliot téléphone à Marine Le Pen. Ils doivent se retrouver pour déjeuner. « Oui, oui ça va. Elle m’a demandé si on se mariait, j’ai répondu “non”. »

Rue 89

Marine Le Pen a annoncé dimanche 16 janvier en fin de matinée, au dernier jour du Congrès du FN à Tours, la composition du nouvel exécutif du Front national. S’agissant du bureau politique (le gouvernement du parti), il y a une surprise de taille : l’arrivée d’une personnalité qui n’était pas connue pour être encartée au FN, mais plutôt pour être un compagnon de route du Bloc Identitaire.

Laurent Ozon, puisque c’est de lui dont il s’agit, fait ainsi directement son entrée au BP du Front national . Organisateur en 1999 du Collectif Non à la Guerre qui avait regroupé des personnalités aussi diverses qu’Alexandre Soljenitsyne, Peter Handke, Harold Pinter, Dominique Venner ou l’Abbé Pierre dans un commun rejet des bombardements de l’OTAN en Serbie, Laurent Ozon est aussi le fondateur de la revue d’écologie profonde « le recours aux forêts » et de l’organisation éco-activiste « Wildniss Club ». Il a travaillé plusieurs années avec Edward Goldsmith et Antoine Waechter pour structurer en France, une activité éditoriale naturaliste et bio-régionaliste.”. Fin 2007, Laurent Ozon a annoncé la création d’une liste « Vivre et travailler à Vendôme », destinée à être présentée aux élections municipales de 2008 dans cette sous-préfecture du Loir-et-Cher. D’inspiration localiste, cette liste a bénéficié de nombreux soutiens locaux et d’un écho non négligeable dans la presse3, jusqu’à ce qu’il soit finalement décidé, en janvier 2008, de ne pas la déposer officiellement4. En novembre 2008 il défila contre l’intervention de l’Etat d’Israël dans la bande de Gaza. En octobre 2009, M. Ozon participait en tribune à la convention identitaire à Orange au cours de laquelle le Bloc Identitaire s’est transformé en parti. Citant ce texte sur son blog, « j’ai découvert plusieurs fois les empreintes de l’ours et connu le silence religieux qui s’empare alors de vous. Depuis quelques années je redoute de rencontrer la bête affublée d’un stupide collier autour du cou doublé d’une puce maligne au cœur de sa chair. J’aime à savoir les bêtes libres et préfèrerai toujours le souvenir lointain de l’ours qui vous prend sur l’Artzamendi à la fausse bête sauvage, contrôlée, publicitaire, gérée pour de vils intérêts politiques, scientifiques et commerciaux.», conspuant les contre-démocrates, il n’en est pas moins, « fondateur et dirigeant d’un groupe de PME, investit dans des projets hi-tech, essentiellement la sécurité informatique, mais aussi ceux liés aux technologies de contrôle comme la biométrie et la vidéosurveillance1, les projets économiques et culturels qui impliquent conjointement la fédération de Russie et l’Europe.

Autre arrivée hors sphère d’influence FN au bureau politique sur la volonté de la présidente : celle de David Mascré, docteur en mathématiques et docteur en philosophie et en histoire des sciences. Chargé de cours en mathématiques à l’université Paris V et professeur de géopolitique à l’école des Hautes études internationales (HEI) et à l’école des Hautes études commerciales HEC. Cette tête bien pleine, dont les positions rassemblées dans « les barbares dans la Cité » les expose comme suit : « Nous assistons un peu partout en France aujourd’hui à une atomisation du lien social, à un délitement des solidarités organiques traditionnelles et du même coup à une explosion des actes délinquants et criminels […]Nous laissons mourir nos vieillards dans la plus parfaite indifférence. Nous nous empressons dès lors qu’ils deviennent un peu gâteux ou impotents de les fourguer dans des maisons de retraite où nous les laissons – avec la plus parfaite bonne conscience – dépérir dans la plus complète solitude et le plus parfait dénuement. Nous attendons impatiemment leur fin en considérant qu’ils n’ont plus rien à nous apporter et que leur existence est devenue pour tous un fardeau. Nous nous attachons même dans certains cas à accélérer leur fin – jusqu’à les priver de ce moment pourtant humainement et relationnellement décisif de l’agonie – dès lors que nous jugeons leur santé suffisamment dégradée pour ne plus autoriser la poursuite d’une vie jugée par nous décente, c’est-à-dire conforme à nos standards de confort moderne et petit-bourgeois […]Nos jeunes femmes, tout juste parturientes, n’ont pas même le temps d’être devenues mères qu’on les invite déjà poliment, quand on ne les presse pas instamment, de confier leur enfant à une nourrice ou de le déposer dans une crèche. Il existe aujourd’hui une pression de plus en plus forte, liée aux médias et au mode de vie promus par nos sociétés, pour spécialiser les activités et rompre les solidarités générationnelles naturelles. Cette pression montante pousse les parents à se débarrasser de leurs enfants et réciproquement les enfants à se détourner de leurs parents. Par l’instauration de la crèche à trois mois ou de l’école maternelle dès deux ans, nous favorisons l’éclatement des familles et la rupture transgénérationnelle en même temps que le délitement du rapport sexué homme/femme fondé sur la complémentarité père/mère […] Aujourd’hui en France, des villages entiers se meurent faute de vie sociale et de rapports humains durables entre les groupes d’individus […]Du côté de nos villes la situation est plus préoccupante encore. L’explosion démographique de nos villes sous le double effet d’un exode rural massif et d’une immigration jamais véritablement contrôlée ni pensée a conduit à une atomisation du lien social et à l’émergence d’une nouvelle forme d’individu : l’inculte déraciné. Cette figure moderne du barbare a été repérée et analysée par de nombreux écrivains et philosophes ces dernières années. Chez le citadin français, elle a pris la forme de l’homo festivus. Chez le banlieusard français, elle prend la forme du rappeur multiethnique. Le premier est un exemple particulièrement éclairant de ce que peut produire le mondialisme et l’hypercapitalisme libertaro-financier. Le second nous fournit une illustration emblématique de l’effet induit par une sous-culture hypermarchande sur des populations déracinées et coupées de leur cadre historique de transmission. […]Pour masquer leur vide ontologique, nos sociétés ont multiplié les occasions de divertissement. Elles ont produit à la chaîne des individus interchangeables sans âme ni histoire. »

Entre la défense de l’Ours et de son biotope d’origine et celui d’un modèle de famille Amish en version catholique sepia, le bureau politique du FN prend des allures d’armée des 12 singes en lutte contre le Système

Droites extrêmes/ Wikipedia/ Ozon over-blog/ Riposte Laïque


Responses

  1. Louis Aliot grand dadais bien falot, à croire que le FN as mis un chaton dans son moteur pour attaquer la côte 2012.

    « Quelques minutes après avoir parlé de la provocation de Marine Le Pen sur les prières dans la rue »
    Parce que ça c’est une provocation, mettez vous le dans le crâne, les culs levés dans les rues de Paris n’en sont pas une.
    Li musulmon il est gentil, c’est pas sa faute à lui.

  2. Juste avant de nous quitter, Louis Aliot téléphone à Marine Le Pen. Ils doivent se retrouver pour déjeuner. « Oui, oui ça va. Elle m’a demandé si on se mariait, j’ai répondu “non”. »

    …. toujours commencer une semaine de travail par un éclat de rire.

  3. Exact Ritchie

    Titus, Louis Aliot est un rugbyman et un pied-noir, dans les deux cas, je doute que ce soit un gentil châton, plutôt un jaguar attendant sa proie

  4. « ’un modèle de famille Amish en version catholique sepia»

    Franchement ! Je vois qu’on manie la nuance ici !

    Allez, je me réponds dans le même style : Vous êtes pour la « famille » homosexuelle et avorteuse ? C’est ça l’avenir de l’humanité ?

  5. Donc Françoise, le sens de votre commentaire, si je suis bien, est le suivant : si on n’est pas dans la mouvance catholique tradi-intégriste, on est forcément pour la famille homo-avorteuse. Il vous aura sans doute échappé que la plupart vivent entre les deux

  6. Curieux qu’un mouvement nationaliste se dote d’une femme comme leader …

  7. De Gaulle se prenait aussi pour Jeanne d’Arc, finalement c’est un retour de balancier


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :