Publié par : Memento Mouloud | janvier 18, 2011

PPDA « plagiaire » ou l’industrie de l’Ego

L' »affaire Hemingway » ne pouvait tomber à pire moment pour Patrick Poivre d’Arvor. Ll’ex-star du 20 Heures, qui se débat avec les accusations de plagiat relatives à sa biographie du grand romancier américain, va comparaître devant la justice, le 9 février prochain, pour « contrefaçon » – le terme juridique qui désigne le plagiat. Au coeur du litige, un roman cette fois-ci, Fragments d’une femme perdue, publié chez Grasset en 2009. Très différente du « cas » Hemingway, cette affaire, qui va être examinée par la 17e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris, ressemble à un véritable casse-tête juridico-littéraire, sur fond de romance amoureuse.

Tout commence dans une tribune de Roland-Garros, lors de la finale du tournoi 2006. Entre deux échanges, « Poivre » lie connaissance avec une ravissante jeune femme aux longs cheveux châtains. Agathe Borne, de vingt-cinq ans sa cadette. La voilà qui succombe au charme du journaliste de TF 1, alors au faîte de sa gloire. Elle rêve d’écrire ? Il sera son Pygmalion. Une tumultueuse liaison va bientôt les unir : voyages (Venise, Cap-Ferret, Corse…), écriture (ils vont cosigner un texte sur la photographe Diane Arbus), télévision (la jeune femme devient chroniqueuse dans l’émission littéraire de PPDA, sur TF 1, Vol de nuit), fêtes somptueuses (réveillon à l’opéra, dîners au Fouquet’s) et, même, couverture de Paris Match montrant le couple, radieux, sur les marches du Festival de Cannes.

Soudain, en 2008, la rupture. Agathe Borne, mère de deux enfants, retrouve son mari et leur confortable appartement de la place des Vosges, à Paris. C’est alors que la littérature va rattraper la « vraie vie » : à la rentrée 2009, Patrick Poivre d’Arvor publie Fragments d’une femme perdue. Ce « roman » – le mot figure en toutes lettres sur la couverture – est une transposition transparente de son idylle avec Agathe Borne. D’autres détails, moins « primesautiers », achèvent de brosser le portrait d' »Agathe-Violette », donnant au roman de faux airs de vengeance amoureuse : elle serait call-girl ou lesbienne à ses heures perdues, a fait une tentative de suicide et subi plusieurs avortements durant sa liaison avec Alexis-PPDA. Sans parler de nombreux passages plutôt lestes. En janvier 2010, un an avant l' »affaire Hemingway », la jeune femme demande donc à son avocate, Me Nathalie Dubois, de déposer plainte contre PPDA pour violation de vie privée. Mais, beaucoup plus surprenant, elle l’attaque également pour contrefaçon.

Pourquoi contrefaçon ? Parce que Fragments d’une femme perdue, en grande partie un roman épistolaire, reprendrait mot pour mot, sur des pages et des pages, 11 longues lettres enflammées qu’Agathe Borne a envoyées à PPDA. Au total, cette correspondance occupe intégralement une bonne dizaine de chapitres. Or le droit est formel : si une lettre appartient bien physiquement à son destinataire, la décision de la publier – ce que l’on appelle le « droit moral » – relève, elle, uniquement de son auteur. Et nécessite une autorisation dûment signée. A l’appui de son accusation, Agathe Borne fournit donc copies de deux lettres manuscrites (les seules que PPDA lui ait retournées, après les avoir annotées), un fax, de très longs messages écrits sur IPhone (authentifiés par un huissier), ainsi que des carnets et brouillons où elle rédigeait ses missives avant de les envoyer. Tout ce matériau se retrouve in extenso dans Fragments d’une femme perdue.

Au moment de sa sortie, lors de plusieurs interviews télévisées, « Poivre » s’est pourtant évertué à expliquer, comme ce 3 octobre 2009, dans On n’est pas couché, face à Laurent Ruquier, que tout son travail d’écrivain avait consisté à se mettre dans la peau d’une femme… Mais face à la menace judiciaire, alors que le roman s’est honorablement écoulé à 24 000 exemplaires, la stratégie va changer. Au côté de l’avocat de Grasset, Me Dominique de Leusse, Me Francis Teitgen, défenseur de PPDA, devrait en effet sortir de son chapeau devant le tribunal une attestation écrite de Dominique Ambiel. Que vient faire ici l’ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon – on se souvient qu’il avait défrayé la chronique lorsqu’il fut condamné, en 2005, pour sollicitation de prostituée mineure ? Aujourd’hui producteur de La traversée du miroir, l’émission que Poivre d’Arvor présente chaque semaine sur France 5, Ambiel certifie qu’Agathe Borne aurait relu, devant lui, dans sa maison de Corse-du-Sud, lors d’un week-end de « réconciliation » (ratée) avec PPDA, à la fin de mai 2009, les épreuves de Fragments d’une femme perdue. Toujours selon lui, non seulement la jeune femme n’aurait pas protesté contre d’éventuels emprunts à sa correspondance, mais aurait même souhaité figurer en photo sur la couverture du livre (ce qui ne fut pas le cas).

De plus, si l’on en croit le communiqué publié, le 5 janvier, par les éditions Arthaud, la biographie d’Hemingway, signée Patrick Poivre d’Arvor et imprimée à 20 000 exemplaires, n’aurait été qu’une « version de travail provisoire ». Une mauvaise version s’apparentant, selon les aveux, dans Le Monde, de la propre éditrice de l’ancien présentateur du 20 heures, à une « paraphrase grossière » de la biographie de l’Américain Peter Griffin.

Il faut bien le dire, cette défense technique, invoquant une erreur d’aiguillage informatique, ne convainc guère. Même le New York Times, qui en fait écho, n’y croit pas. Reprenons chronologiquement : dans les tout premiers jours de décembre, L’Express reçoit ce que l’on appelle, dans le jargon de l’édition, les « épreuves reliées » du livre de PPDA, dont la sortie a été fixée au 19 janvier. Ces « épreuves », qui ont toutes les apparences du livre définitif (y compris sa couverture), permettent aux journalistes de lire les ouvrages avant leur parution.
Puis, vers le 15 décembre, plusieurs journalistes de notre rédaction, comme de nombreux autres dans tous les médias, reçoivent le « vrai » livre de PPDA, avec un code-barres, un prix, destiné à être livré aux librairies – et dédicacé de la main de l’auteur.

A L’Express, nous avons travaillé sur la version imprimée et dédicacée par l’auteur. Intrigués par la précision à l' »anglo-saxonne » du livre, en contradiction avec un certain flou sur les sources citées dans la bibliographie, nous avons décidé de rechercher – chez des libraires d’occasion, sur ebay, sur des sites spécialisés… – toutes les biographies d’Hemingway publiées en français, ainsi que quelques-unes en anglais. En les comparant avec la biographie signée Patrick Poivre d’Arvor, nous avons découvert les parentés criantes avec l’ouvrage de Peter Griffin.

L’Express


Responses

  1. Mon Dieu mais où va-t-on si les journalistes se mettent à enquêter?

  2. C’est la fin des haricots, Fillon n’a plus qu’à déclarer l’état d’urgence


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