Publié par : Memento Mouloud | février 8, 2011

Le crime de Tony Meilhon ou le Traité du Père absent

Né en 1979, Tony Meilhon a grandi sous l’ombre errante d’un père violent et alcoolique. Il est le quatrième d’une fratrie de cinq, dont l’un serait issu du viol de sa mère par son grand-père. Il a 4 ans lorsque ses parents divorcent, son père est déchu de ses droits parentaux par la justice. Sa mère se remet en couple rapidement, mais Tony est rejeté par son beau-père. Ce dernier finit par le mettre à la porte. Il a 14 ans. Il vit dans la rue, puis est placé de foyer en foyer. En échec scolaire depuis le primaire, on l’oriente vers une formation de peintre en bâtiment. Il abandonne son apprentissage. «Il en veut à sa mère d’avoir choisi son beau-père contre lui, témoigne une personne de son entourage. Depuis son enfance, il est en rébellion contre toute autorité.». Il ne sait pas ce qu’est un Père et encore moins la Loi. Des pères qu’il connaît, l’un est violent, l’autre est un ogre, au final, il n’est même plus un fils, juste un déchet. Avec les copains de foyer débute un enchaînement de petits délits : vols, conduite sans permis.

C’est là, dans un établissement pour mineurs, qu’il a commis, en 1997, à 16 ans, une infraction. Avec deux autres codétenus, Meilhon est accusé d’avoir introduit un manche à balai dans le fion d’un quatrième. Une torture en usage, destinée à punir un pointeur (comme sont appelés les délinquants sexuels, fréquemment martyrisés en prison) ce qui présente l’avantage d’allier la morale commune et le sadisme le plus échevelé. Tony Meilhon, qui a toujours nié avoir participé à ce viol, est condamné à 5 ans de prison, dont 2 avec sursis. Il devait chaque année signaler son adresse du fait de son inscription au FIJAIS (fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infraction sexuelle ou violente). C’est le manquement à ses obligations qui lui vaudra un signalement le 4 janvier 2011. Puis, sorti de prison, le jeune homme veut s’engager dans la Légion étrangère, à Aubagne. Mais l’expérience n’aurait duré qu’un mois et demi. A sa sortie, briefé, dira-t-il, par des codétenus, ou voulant que ses proches le remarquent, selon ses dires, il tente de se lancer dans des braquages et part dans son équipée minable, rançonnant une poste, une station-service et un bureau de tabac. Le tout lui rapporte 60 euros de butin, et une condamnation à 6 ans de prison.

Selon un rapport psychologique établi après l’épisode des braquages, Tony Meilhon était «polytoxicomane», consommant héroïne, cocaïne, cannabis et ecstasy. Il présentait des « tendances psychopathiques », une remarquable « intolérance à la frustration », de l’« impulsivité » et une certaine « facilité à passer à l’acte ». Les deux spécialistes qui l’ont rencontré lors de l’enquête où il était mis en cause, après avoir constaté sa totale incapacité à faire face à ses pulsions et à sa cruauté, relevaient « l’ébauche d’un sentiment de culpabilité » et « l’émergence d’une réflexion qui pourrait servir de support à une possible amélioration ». Ils soulignaient que le jeune homme, alors âgé de 24 ans, ne présentait « aucune anomalie mentale » et était « accessible à une sanction pénale ». Les experts lui avaient encore demandé de réaliser un dessin le représentant. « Il avait fait une caricature de lui-même en type hypermusclé, à la Rambo », se souvient une source proche du dossier.

Le reste de ses 13 condamnations est lié à son rejet de l’autorité : insultes à des policiers, refus d’obtempérer, outrage à magistrat. C’est là sa dernière peine, qu’il a, comme toutes les autres, entièrement purgée. Tony Meilhon n’avait pas supporté que le juge lui demande de patienter avant que son droit de visite à son fils âgé de 6 ans ne soit élargi. Sous l’effet d’une mesure de «sursis» pour ce dernier outrage, Tony Meilhon aurait dû faire l’objet d’un suivi judiciaire à sa sortie de prison. Son dossier a été mis en attente, comme 800 autres à la direction des services d’insertion et de probation de Nantes, faute d’effectifs. Une situation «connue» du ministère de la Justice, précisent les syndicats pénitentiaires CGT et Snepap-FSU.

Anne-Sophie S., 31 ans, a vécu quelques mois avec Tony Meilhon qu’elle a rencontré quelques jours après sa sortie de détention en février 2010. Une idylle qui a vite tourné au cauchemar pour cette mère de famille d’un petit garçon de 4 ans. « C’est la femme de son frère Ludovic qui me l’a présenté. Il m’a plu. Je savais qu’il sortait de prison, il n’avait évoqué que des vols, sans autre précision. D’emblée, il m’a assuré vouloir tout faire pour récupérer la garde de son fils. Il semblait volontaire et déterminé. Il avait même un emploi de chauffeur-livreur. J’y ai cru et j’ai voulu l’aider. Il est vite venu vivre chez moi. Il m’a également dit qu’il me protégerait contre le père de mon fils dont je suis séparée pour violences conjugales. Il disait encore qu’il voulait me redonner confiance en tant que femme et mère. Il avait aussi juré qu’il n’avait jamais levé la main sur une femme. Puis à partir du mois de mai, notre relation s’est dégradée, finalement, nous nous sommes séparés une première fois en juillet.  Au mois d’août, je me suis séparée de lui à nouveau. Par la suite, il a incendié la voiture d’une de mes collègues de travail, qui a déposé plainte contre lui. Il me terrorisait par ces mots : « Je vais te tuer! Je vais tuer ton fils! Et j’irai tuer ta mère à Fougères (Ille-et-Vilaine) et je vais me tuer après. » Il a répété ces menaces une dizaine de fois en quinze jours. J’ai accepté qu’il revienne chez moi en novembre 2010, juste pour l’héberger. Mais il a pris les clés de mon appartement sans mon consentement. Alors qu’il avait une solution de relogement chez un cousin dans une caravane à Arthon. Il m’a obligée à avoir des relations sexuelles forcées avec lui, le 24 décembre et le 26 au matin. J’ai profité de son départ pour changer les serrures. »

Incapable d’assumer la fonction paternelle, donc d’être un homme, Tony Meilhon s’est présenté devant sa dernière compagne comme un prédateur, régression à l’origine de tous les mâles exclus de la horde. Pitoyable pantin chancelant, Tony Meilhon, à la différence des premiers chasseurs, n’avaient à sa disposition au mimétisme que la figure du criminel ou du serial killer, le mythe de tous les fils foireux en quête de toute puissance. Son quart d’heure de célébrité atteint, ses anciennes femmes et mères venues au parloir médiatique confesser la perversité du bonhomme et leur rôle dans cette dérive, comme s’il leur fallait à tout prix se croire la matrice de tout ce qui arrive, comme si la pente de la modernité était l’évidence d’une disparition, celle du Père et de la Loi, Tony Meilhon pourra se taire ou ergoter, servir de trophée aux partisans de la peine de mort ou de thématique de campagne électorale, il ne tournera jamais qu’autour d’une scène vide, celle où Dieu, Abraham et Isaac forment le triangle de toute paternité.

Le Parisien/Libération/France-Soir/Paris-Match/BAM


Responses

  1. Randy Newman:

    Touché.

  2. Me sont revenues aussi les réflexions de Pierre Legendre dans son magnifique, le crime du caporal Lortie, traité du Père. Ce bouquin est lumineux, je ne conseillerai jamais assez de le parcourir

  3. les parents ne sont pas inculpés ?

  4. Du tout Bob, la famille, les amies, tous viennent au micro offrir leurs sentences sur Tony Meilhon, le projecteur est braqué, ils accomplissent leur tour de piste

  5. Le père absent est effectivement selon les criminologues la cause majeure du comportement criminel.


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