Publié par : Memento Mouloud | mai 25, 2011

L’affaire de la vraie-fausse épreuve de l’agrégation d’Histoire ou l’Université française révélée

L’épreuve d’histoire médiévale de l’agrégation d’Histoire 2011, qui s’est tenue début avril, est entachée d’irrégularité, car le texte proposé à l’étude, présenté comme un journal authentique datant de 1415, s’est révélé un texte composé par l’historien Palémon Glorieux et publié en 1964.

Le texte sur lequel ont planché les apprentis agrégés se présente comme le  journal authentique d’un participant au concile de Constance (1415). Seizième concile œcuménique, financé par les Médicis, il fut réuni pour tenter de résoudre le Grand Schisme qui divisait l’Occident depuis la double élection pontificale de 1378 et la fin de l’intermède avignonnais, mais aussi pour résoudre la guerre civile qui déchirait la France depuis l’assassinat de Louis d’Orléans sous l’instigation du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Un premier concile, à Pise en 1409, avait échoué et débouché sur un troisième pape sans faire abdiquer les deux autres. Il devait se pencher sur le schisme, la défense de la foi contre les idées jugées hérétiques de Wyclif et de Jean Hus, et réformer l’Église. Sa principale décision fut de.condamner au bûcher Jean Huss après lui avoir promis la vie sauve puis de réfuter les thèses sur la légitimité du tyrannicide, en honneur du côté des partisans de Jean sans Peur.

Un journal qui aurait été tenu par Jacques de Cerisy, le secrétaire de Jean Gerson, partisan des Armagnacs, chancelier de Notre Dame et de l’Université de Paris (1363-1429), philosophe et théologien. Il s’agit, en fait, d’un artefact, une sorte de roman historique maniant récit et érudition, à la manière du voyage du jeune Anacharsis de l’abbé Barthélémy. Comme cette épreuve de commentaire de document a pour objectif d’évaluer la maîtrise, par le candidat, de la méthode critique, on s’interroge. Le post-moderne et le tournant linguistique ont-t-il à ce point contaminer les pseudo-sciences sociales, avec leur refus de distinguer entre vérité et fiction, qu’il est désormais tout à fait licite de présenter un roman à la place d’un document authentique ?

En effet, Palémon Glorieux n’a pas prétendu avoir déniché un texte inédit, qui aurait d’ailleurs probablement été rédigé en latin et non en français et en tous cas pas dans le français du texte publié. Il précise même dans son introduction : «Un dernier mot, enfin, sur les renseignements et indications techniques concernant les manuscrits, leur composition, leur filiation, leurs particularités d’écriture ou de style (…). Il y faut pourtant renoncer; car malgré toutes les recherches il n’a été possible jusqu’à présent de retrouver ni texte original ni référence ou cotation quelconques. Aucun catalogue ne les mentionne, et les répertoires classiques gardent aussi le silence à leur propos. C’est d’ailleurs pourquoi, devant cette carence, je me suis permis de prêter ma plume au secrétaire de Gerson. Parcat lector.» Par ces mots ironiques, Glorieux explique clairement à tout historien qu’il a inventé un texte moderne à partir de sources diverses. De plus, une note présentant le livre de Palémon Glorieux, parue dans la Revue d’histoire de l’Eglise de France en 1965, explique de manière très claire qu’il s’agit d’un texte écrit par Glorieux et non d’une traduction d’un texte médiéval.

Comment les deux historiennes chargées de choisir le texte du concours – Catherine Vincent (du CHSCO dont les domaines de recherche sont histoire religieuse et sociale des XIIIe – XVe siècles, en Occident. Formes de la pratique religieuse et à leur insertion sociale  : vie des paroisses, culte des saints, confréries, initiatives caritatives, expressions de la dévotion par les prières et les gestes, vie liturgique. Histoire des pèlerinages et des cultes. Elle anime, d’autre part, un groupe de recherche autour des sanctuaires et pèlerinages) et Denyse Riche (université Lyon-2, spécialiste de l’ordre de Cluny, elle anime le CIHAM : Histoire et d’Archéologie des mondes chrétien et musulman médiévaux )- ont-elles pu commettre cette énorme bourde ? Il est vrai qu’elles devaient chercher un texte qui n’aurait pas été étudié par certains des postulants dans le cadre de leur préparation. Et donc éviter les textes les plus évidents pour le sujet choisi «Structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident latin du troisième concile de Latran (1179) à la fin du concile de Bâle (1449).» Mais cette raison ne peut valoir excuse. Comment imaginer que les historiennes n’aient pas vérifié qu’il existe un « original », en latin le plus probablement ?

Madame Catherine Vincent, normalienne, a consacré sa thèse aux confréries normandes entre le XIII et le XVIème siècle, sous le haut patronage du mandarin André Vauchez. Rappelons que le champ d’étude fut défriché par Gabriel Le Bras. La confrérie normande, appelée charité, y est ouverte aux hommes comme aux femmes (dont la part est tout de même limitée à 20 % des effectifs). Elle en dénombre plus de 1200 dont 131 pour la seule ville de Rouen. A côté des organisations de métiers et des abbayes de jeunesse (qu’elle ne mentionne pas), c’est la forme de sociabilité organisée la plus importante. Entraide en ce monde et prières pour l’au-delà sont les deux modalités de sa fraternité. Se détachent les officiers et les 12 frères servants. Elle note que la documentation est très abondante pour le XVème siècle. Les clercs jouent un rôle moteur dans leur fondation et les ordres mendiants y sont très marginaux dans leur fonctionnement (à l’opposé de l’Italie ou de la Provence). Catherine Vincent se veut l’Attila des idées reçues. Elle réfute la thèse d’un lien entre la peste et l’essor des confréries mais doit reconnaître leur rôle de soupape lors d’une période de crise tous azimuts où les liens de famille et de voisinage sont distendus. Si la Vierge et le Saint-Sacrement figurent au hit-parade de la spiritualité normande, elle prétend que le purgatoire n’a pas pénétré la conscience des normands mais souligne que les indulgences circulent massivement parmi les fidèles. Elle note la présence de grands dans certaines confréries urbaines (celle de Gisors par exemple qui fait jaser tous les fans des Templiers) mais ne l’explique pas, souligne le rôle de bâtisseurs de ces confréries qui élèvent des chapelles après la reconquête de la province par Charles VII, mais évite de franchir le rubicon politique.

Dans sa thèse d’habilitation, elle s’intéresse à la place des luminaires dans la liturgie et plus largement dans le spectre des récits hagiographiques, coutumiers et visites pastorales. Collecte et usage des sources lumineuses sont recensés. Elle émet une hypothèse audacieuse selon laquelle la Chandeleur (dont Pastoureau a établi le lien avec la figure de l’Ours) aurait servi de relais pour la liturgie pascale du Christ-Lumière. On va donc du grizzli vers l’Agneau. Elle va plus loin et se demande si l’offrande d’un cierge ne serait pas particulièrement prisée par ceux qui sont des athlètes de l’oraison mais ne va pas jusqu’à s’interroger sur le rapport entre luminaires et effigie de cire.

Madame Denyse Riche a consacré une thèse à l’ordre de Cluny en 1991, sous la direction d’un autre clunicologue, Marcel Pacaut (grand mandarin devant l’Eternel), qui se fendit d’une préface lors de la publication du livre en l’an 2000. De son gros pavé, il ressort que l’ordre de Cluny (formule qui date des statuts de l’abbé Hugues V d’Anjou en 1200) a bien connu une certaine décadence, aggravée par la conjoncture du XIVème siècle. Didier Méhu, lui, dans une étude sur le même ordre, démontrait que le pouvoir royal n’avait cessé d’empiéter sur les prérogatives de l’abbaye puis que la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignon plaçait l’ordre sous la dépendance relative des laïcs. Comme Denyse est une moderne, elle figure sur le générique d’un film de Loïc Jourdain sur l’abbaye de Cluny, consacré lieu de mémoire de la France, selon l’appellation contrôlée du brave Pierre Nora.

Dans les deux cas, on a donc deux femmes distinguées par de vieux mandarins, deux bonnes élèves, deux ouvrières patientes du savoir qui balayent le champ de recherches qu’on a bien voulu leur confier avec minutie et détail. La première finit par s’encanailler sur les sentiers de l’anthropologie historique en évitant le détour par Pierre Legendre, ce qui serait tout de même mal vu. La deuxième joue dans la cour des masses, une sorte d’apostolat laïc tardif, la France pour les Nuls en 12 lieux de mémoire et autant de DVD. La politique (maurrassienne d’essence) est évitée puisque c’est le seul grand crime puni de mort symbolique depuis le triomphe des Annales. Comme dans les monographies régionales d’antan, on trace la géographie de ses recherches autour de son lieu d’enseignement et on écoute bien sagement ce qu’a dit le grand gourou avant de voler de ses propres ailes. La vie universitaire est triste, elle s’étend d’enseignements en centres de recherches, de colloques en articulets pour revues lues par trois spécialistes. Quand le grand œuvre est publié, on a quelques retours dans d’autres revues critiques spécialisées et quelques collègues trouvent ça pas mal.

L’Université est un lieu où on s’emmerde profondément, où les véritables enjeux sont narcissiques et assez minables et où les règlements de compte, toujours cruels, ne se règlent qu’à coups de maintien en quarantaine dans une fac de province et quelques sociétés locales. Il faudrait pour briller, l’espace d’un petit quart d’heure chez Taddei, FOG ou lors d’un entretien pour Rue 89, adhérer à quelques sectes académiques mais cela demande toujours de sortir la palme et la myrrhe pour pas grand-chose.

Quand Sokal et Bricmont voulurent secouer le cocon de l’Université post-moderne, ils intitulèrent leur texte, transgressing the boundaries, c’est exactement ce qu’ont fait Catherine Vincent et Denyse Riche, cette fois-ci pour tromper leur ennui.

Le Monde/Libération,/ BAM


Responses

  1. J’ai cru lire quelque part que vous étiez agrégé. Vous enseignez à l’Université ?

  2. Non, mais je connais bien le milieu. Là où je suis (dans le secondaire), j’ai une certaine utilité sociale (je sais c’est ringard, mais je trouve ça important, ça évite de délirer à plein tube). J’ai mis les pieds, une fois dans un colloque. A écouter ce qui s’y disait j’ai compris. Lorsque j’ai terminé ma communication, un vieux briscard est venu me voir et m’a dit « c’est ta thèse hein ? ». Quand je lui ai rétorqué que non, observant son incrédulité, je me suis dis, c’est quoi pour eux un travail intellectuel, un ranx xerox expédié sur une vie ?

  3. J’ai stoppé les études assez jeune, pour gagner le pain, mais pour connaitre différentes personnes issues de ce milieux, il paraîtrait qu’en effet, le niveau baisse brutalement d’année en année. Quand vous voyez nos énarques, politiciens, « élites » d’une « nation » qui ne connaissent pas leurs tables de multiplication c’est assez déconcertant.

    Après, le Ginsburg me sort par les trous de nez. C’est rédhibitoire, comme la plupart des juifs il a promu le metissage, l´alcoolisme, la drogue, l´homosexualite, il a cherché a degrader la notion de patriotisme, de famille traditionnelle etc etc. Un chansonnier issu de l’Anti-France. Pas de chez nous.

  4. ça nous sépare Jean, c’est sûr (je parle de Gainsbourg). Ce n’est pas le niveau qui baisse Jean, c’est le monde qui s’est transformé. Là où un garagiste pouvait remettre sur pied une voiture en entier dans les années 1960, il en est réduit aujourd’hui à la maintenance avec le kit et le stage nécessaire chez le constructeur. Idem pour le paysan devenu agriculteur, le professeur devenu enseignant-pédagogue, l’agent compatble devenu créatif, le courtier devenu trader, l’ouvrier sans perruque et j’en passe

  5. Une transformation évidemment, un nivellement par le bas.

    Ginsburg a lui meme reconnu avoir fait du plaggiat, il a promu le metissage, l´alcoolisme, la drogue, l´homosexualite, il a cherché a degrader la notion de patriotisme, de famille traditionnelle . C’est comme ça, même si cela me désole.

    C’est grace a des « français » de son espèce que ce pays est culturellement et ethniquement quasiment mort. Je suis un français surpris de voir ses contemporains continuer a encenser des « artistes » qui s’efforcent pourtant a détruire et cracher sur tout ce qui fait la France.

    En effet, une personne qui sert de relais aux idéologies apatrides, immigrationnistes, moralement dégénérées, est une personne ennemi de mon peuple, de ma patrie, donc de « l’anti-France » simplement.

  6. C’est grâce à une personne comme Gainsbourg que la tradition française veut encore dire quelque chose. Entre Pierre Perret, Soeur Emmanuelle et lui, je n’hésite pas

    • Rire, un juif qui a promu le metissage, l’immigration, la drogue, l´homosexualite, qui a cherché a degrader la notion de patriotisme, de famille traditionnelle, qui a craché sur tout ce qui fait la France. Le garant de la Tradition française? Inutile de se demander comment nous en sommes arrivés là.

  7. Il n’a pas plus libidineux que le régime de Vichy avec ses placards Travail, Famille, Patrie

    • Oui, blabla. Vous ne vous rendez même pas compte a quel point vous en devenez ridicule. Avec votre juif qui a promu le metissage, l’immigration, la drogue, l´homosexualite, qui a cherché a degrader la notion de patriotisme, de famille traditionnelle, qui a craché sur tout ce qui fait la France que vous placez comme garant de la Tradition française … La gueule du Réac, quel escroc!

  8. Ce qui n’est pas loin de me fasciner chez les antisémites, comme chez les philosémites d’ailleurs, c’est cette capacité à attribuer aux Juifs des pouvoirs magiques.

    Il y des Juifs, oui. Et alors ?

    • Et alors? Déja répondu. Je n’attribue aucun pouvoir magique a qui que ce soit.

      • Alors pourquoi et comment domineraient-ils ?

      • Déja répondu sous d’autres fils, allez jeter un oeil. Il éxiste des centaines d’ouvrages, de témoignages de juifs eux même.

  9. Même position Calliclès, de plus entre philo- et antisémitisme les coups de balancier sont tellement fréquents qu’on en vient souvent à se dire que la position est la même parce que symétrique. On y recherche toujours un « plus de qualité » qui ressemble furieusement à la chasse au snark

    • Ou à Yann Moix.

      Les mauvaises langues diront que ce brave garçon a besoin d’argent. Comme quoi entre « anti » et « philo » il y a quelques clichés communs.

      • Votre échange est assez comique, dans la mesure ou vous êtes tout deux les éxemples même du « judéophilisme » et que vous ne semblez pas connaître la différence entre antisémitisme, antijudaïsme et antisionisme. Je vous ai apporté des tonnes d’arguments soucrés et construits pour étayer mes affirmations sur différents sujets. Je n’ai eu le droit a rien de votre part ou de celle des autres « réacs » en carton-pâtes, aucune contradiction serieuse. Si je me trompe, merci de citez un des passages concernés, ensuite développez une contre-argumentation cohérente et sourcé.

  10. Fatalitas !! L’on apprend que les Juifs, après avoir empoisonné les puits, empoisonnent maintenant les concombres espagnols pour se venger des Allemands^^

    • Poouuff..

  11. Special dedicace pour JEan

    • D.ieu est un fumeur de havâââneuuuu…

    • Quel talent, Gainsbourg qui sauve la tradition française, ce juif qui a promu le metissage, l’immigration, la drogue, l´homosexualite, qui a cherché a degrader la notion de patriotisme, de famille traditionnelle, qui a craché sur tout ce qui fait la France …

      Momento mouloud nous fait son Jamel Comedy Club avec ce fameux personnage du mythomane qui voudrait ce faire passer pour un « réac ».

      Spéciale cassdédi ma couillasse!

  12. « Et si Dieu était juif, ça t’inquiéterait, petite ?
    Sais-tu que le Nazaréen n’avait rien d’un aryen ? »

    • Non c’est pas vrai?! Jésus était juif?? AAAHHH tout mon paradigme s’écroule …

      Vous croyez m’apprendre quelque chose? Serieusement, le nombre de fois ou j’ai du répondre a cet argument, sur internet ou dans le réel … Lourd.

  13. Savez-vous, Jean, que sous mon pseudo de Graeculus se dissimule en fait un métisse ?

    Je suis Franc ripuaire par mon père et Volque arécomique par ma mère. Et j’en suis fier !!

    Et je ne suis pas raciste, la preuve, mon voisin est Sarmate.

    • Je m’en moque et je ne suis pas racialiste non plus.

  14. Jean, vous croyez que Joseph de Maistre était antisémite. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi Cioran a renié son antisémitisme féroce de jeunesse ?

    Moi aussi Calliclès, derrière mon pseudo mouloudien, je suis le petit fils d’un officier de la Wehrmacht (j’suis troublé)

    • memento mouloud, aucun catholique ne peut être antisémite, faut il que je copie colle ce que j’ai déja éxpliqué sur l’antijudaïsme a Alice sous un autre fil ou vous allez chercher tout seul?

  15. Jean, c’est ce que vous écrivez qui l’est. Sur les 6000 membres de l’hyperclasse repérés par David Rothkopf (encore un auteur au patronyme louche), vous trouverez sans doute des juifs, mais le fonctionnement d’ensemble n’a rien à voir avec l’ethnicité

    • Déja répondu et apporté sources et références, là aussi, dois-je aller chercher les posts en question ou vous y répondez de vous même sous les fils concernés?


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