Publié par : Memento Mouloud | juin 30, 2011

Richard Millet : un homme à fusiller dans le dos

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Un homme, Richard Millet, dans un RER, regarde les passagers autour de lui, voit des gens à la peau teintée (« quand je suis le seul Blanc », dit-il) et conçoit, devant leur nombre, un sentiment d’exclusion, surtout si ce sont des Arabes (« particulièrement lorsque cette population dans laquelle je me trouve est fortement maghrébine », dit-il). Que Richard Millet, en son comique, soit au moins l’occasion de mettre les points sur les i.

Dans le sens qu’a adopté le français actuel, « racisme » désigne ce mélange de xénophobie proprette et de bêtise crasse qui fait proposer, par exemple, de rendre la nationalité française exclusive de toute autre nationalité quand la chance de la France est au contraire de pouvoir vivre des liens puissants que le peuple français, en train de naître d’un écheveau de cultures et de langues, est en train de construire avec le monde auquel nous sommes liés, que les ânes le veuillent ou non, pour la joie des aventuriers de l’esprit, des curieux, des asphyxiés de la blancheur illusoire, pour la tristesse des pitres qui agitent devant leur nez pincé l’illusion d’une intégration qu’ils voient comme l’entrée au chausse-pied dans le moule d’une culture aux formes fixes, quand la vitalité d’une culture est au contraire de se former, en permanence, dans ses mutations au contact des apports extérieurs ; et dans les tensions que ces contacts ne manquent pas de produire.

Premièrement, le mouvement est irréversible : il se trouve que nous ne pouvons pas choisir de croupir, comme les ânes l’appellent de leurs effrois, entre les bornes des clochers mentaux de l’enfance de ceux qui ont passé la cinquantaine. La naïveté est dans cette illusion protectionniste, non pas dans la pensée de l’ouverture, plus réaliste, mais escamotée sous le nom si parfaitement français d' »angélisme ». Deuxièmement, il ne peut se concevoir d’intégration à sens unique : la société d’accueil change, de toute évidence, en intégrant ses membres venus d’ailleurs, c’est bien là l’intérêt, la richesse, le dynamisme d’une culture, et c’est précisément ce qu’il nous faut penser avec intelligence, notre changement.

Respectés et aimants. Oui. Comment douter que des gens qui se séparent des leurs, qui traversent, souvent dans des conditions terribles, la moitié de la terre, pour s’établir ici, pour y apporter leur vie, leurs forces de travail, leurs forces de création, leurs ambitions, pour y élever leurs enfants, comment douter qu’ils soient, a priori aimants pour notre pays ?

Nous avons toléré sans scandale, sans même nous en apercevoir, pour beaucoup d’entre nous, que les enfants d’étrangers en France ne naissent pas français, nous ne pouvons pas faire comme si cet écart n’avait aucun effet sur les sentiments de ces jeunes gens devenus adultes, contraints de demander à l’Etat français la permission d’être ce qu’ils se sentent être déjà (note de BAM : c’est-à-dire ?)

Nicole Caligaris, romancière (le Monde)

Il y a quelques semaines, on était tous des femmes de chambre. Ces jours-ci, on commence à se sentir musulmane. Un samedi matin, cette jeune musulmane se branche sur France Culture et écoute, comme nous, Répliques, l’émission d’Alain Finkielkraut. Ce jour-là, elle entend l’écrivain et éditeur chez Gallimard Richard Millet se surpassant dans l’abject, déclarant entre autres saloperies : “Quelqu’un qui à la troisième génération continue à s’appeler Mohammed quelque chose, pour moi, ne peut pas être français.” Et l’animateur, qu’on s’acharne à présenter comme un grand intellectuel, d’éviter soigneusement de lui apporter l’ombre d’une contradiction. Richard Millet avait déjà brillé par ses formules racistes dans ses livres, au point que les critiques s’en indignent haut et fort, dont Sylvain Bourmeau dans Les Inrocks il y a déjà trois ans.

On sait que Finkielkraut, depuis ses déclarations au quotidien israélien Haaretz sur l’équipe de France de football, serait enclin à rejoindre les opinions de Millet. Il se targuera sans doute de prôner la libre pensée, la libre parole, même raciste – pourtant, étrangement, pas d’antisémites invités à son émission (et c’est tant mieux). La libre parole, oui, mais celle qui semble aller dans le sens de celle du philosophe-animateur. Le plus surprenant c’est qu’on croyait France Culture être la radio de tous les Français. Ce samedi matin, en ouvrant le poste, on s’est cru sur Radio Courtoisie.

Nelly Kaprièlian (Les Inrocks)

Apparemment, ce que j’ai écrit il y a maintenant deux années à propos de l’ouvrage de Richard Millet intitulé Harcèlement littéraire est parfaitement juste si j’en juge par le mélange d’amateurisme grossier et de remarques parfaitement fondées qui constitue la trame de l’entretien que l’écrivain a récemment accordé au Point.

Pour ma part, et j’écris ces mots sans exagération aucune, je préfère tenter de comprendre le langage de bonobo dégénéré de n’importe quelle petite frappe croisée par malchance dans une sombre venelle que d’avoir à subir l’épreuve cruelle consistant à lire une seule ligne de Georges Molinié, et que dire des milliers de pages produites par ses innombrables petits clones universitaires. La violence appelle la violence. La fausse intelligence appelle… Quoi donc ?

Un juge devrait exister qui, absolument impartial, condamnerait les pervertisseurs de l’intelligence, les corrupteurs de l’esprit et les meurtriers de l’âme doublés de multirécidivistes caractérisés que sont Barthes, Genette, Molinié et leurs pullulants épigones, à des peines aussi lourdes que celles réservées aux bagarreurs, arsouilles de toute engeance, voleurs, violeurs et tueurs. Car qui peut prétendre que le meurtre n’est pas aussi, d’abord, un acte monstrueux et impardonnable qui n’a pourtant rien à voir avec la destruction physique d’une vie ?

Comment se fait-il qu’un homme, Joseph Vebret, dont le métier est, je crois, de lire, il le répète suffisamment, ne trouve absolument rien à redire au dernier ouvrage de Richard Millet, Harcèlement littéraire (1) ? Je veux bien que nombre des réponses de Millet soient passionnantes, même si le lecteur du Sentiment de la langue n’apprend strictement rien de nouveau, si ce n’est, peut-être, quelques considérations sur les romans de l’auteur, qu’à vrai dire ce dernier semble mieux connaître que les romans de ses semblables, qu’il paraît même maîtriser d’une science tout droit sortie de quelque Petit Millet illustré, science qui, comme telle, ne peut que me sembler suspecte.

L’écrivain véritable, si je puis dire, se reconnaît à ceci qu’il oublie sa création et ne tient pas sur elle un véritable discours d’universitaire. Je veux bien encore que les considérations polémiques et réjouissantes de Millet sur la faillite de l’école républicaine, l’inculture des journalistes (de même que celle des écrivains), la destruction de toute verticalité métaphysique ou la fin, partout proclamée, de la France rurale (j’allais écrire, tout simplement : de la France) n’étonnent que les imbéciles qui ne manqueront pas de traiter l’écrivain crâne de réactionnaire (ah, vous me dites que cela a été déjà fait ?) mais enfin… Mais enfin, comment expliquer, d’abord, pour qui se targue tant de fois de manier une langue parfaite, pour qui reçoit les louanges magnanimes de nos critiques amateurs envers ce même respect de la langue française, pour qui désormais est membre du comité de lecture de Gallimard, comment expliquer et surtout excuser le nombre pour le moins étonnant de fautes (pp. 16, 62, 143, 151, ma liste n’étant pas exhaustive, je songe par exemple au titre Absalon, Absalon ! de Faulkner, incorrectement orthographié…) qui émaillent ce livre tout de même assez court, qui aurait mérité quoi qu’il en soit une relecture sur épreuves digne de ce nom ?

Richard Millet, posant sans gêne au dernier écrivain de langue française, prône l’excellence et je suis bien le premier à dire qu’il a parfaitement raison de nous seriner cette antienne dont tout le monde se fiche aujourd’hui. Mais, de grâce, qu’il fasse alors preuve, dans ce type d’exercice pourtant facile (puisqu’il obéit à des contraintes uniquement journalistiques), de quelque intelligence, à tout le moins de discernement lorsqu’il s’entoure de collaborateurs, journalistes de vulgaire étiage plutôt que véritables critiques littéraires.

Juan Asensio dit Stalker, dernier grand écrivain et véritable critique littéraire de langue française

Sur France culture en ce matin du 11 juin 2011, dans son émission Répliques dont le titre est «Au cœur de la France», le moraliste-publiciste (un philosophe ? Euh… non !), le moraliste Finkielkraut est aux anges. D’habitude, que ce soit à la radio ou à la télévision (pour voir, c’est alors plus facile), on voit notre publiciste réactionnaire hirsute, énervé, ne supportant pas la parole de l’autre, dévoré par sa moraline rance et dépourvu de toute nuance. Là, ce matin, il était bien calme, notre filousophe. Ses invités étaient Jean-Christophe Bailly et, surtout, Richard Millet dont l’avant-dernier dernier « livre », L’Opprobre est une suite de phrases sans âge et haineuses contre la France réelle, c’est à dire mondialisée et faite des gens de partout.

Il était donc bien calme ce matin, notre maurrassien compatible avec les valeurs du CRIF. Il était aux anges. Son émission fut un déluge de haine mezzo voce (entre gens bien nés, bien mis et de ce fait respectables) malgré les protestations de J.-C. Bailly face aux délires de MM. Finkielkraut et Millet. Ceux que Victor Hugo appelle dans Les Misérables « les civilisés de la barbarie » tenaient donc salon, ce matin, sur les ondes d’une radio publique, et déversaient paisiblement leur haine du peuple des banlieues. Celui-ci (et singulièrement sa composante musulmane ou d’origine maghrébine), à n’en pas douter, est constitué pour Alain Finkielkraut et Richard Millet (qui, au passage, disait des choses d’une insigne stupidité sur la langue dont il nie la structurelle évolution) de sous-hommes, de voyous, de criminels en puissance (ah, qu’il était content, Finkielkraut, de pouvoir s’appuyer sur Gatignon à Sevran pour étayer son délire haineux et racial !). Pour M. Millet, qu’après plusieurs générations, une famille arabe persiste à appeler ses enfants Mohamed ou Djamila est un acte de barbarie et/ou de guerre civile, pas moins ! Pis, notre écrivain, qui cite Joseph de Maistre pour valider ses thèses, explique, sous la bienveillance d’Alain Finkielkraut, que dans le RER, avec tous ces étrangers subsahariens et/ou musulmans, il se sent victime d’un nouvel apartheid…

A la suite de toutes ces horreurs proférées sur un ton badin, l’inamovible Finkielkraut (qu’on le vire, vite ! Je ne comprends même pas qu’après une telle émission, nul ne songe à porter plainte) a moqué l’accent des jeunes de banlieue (il a répété plusieurs fois le mot accent avec un dégoût marqué), a raillé l’équipe de France de football dont, pense-t-il, on peut douter du caractère français et/ou européen, a fait un sort au rap en deux phrases et a précisé que les gens des banlieues n’étaient pas l’équivalent du peuple aimé par Victor Hugo. Non, forcément… Pourtant, l’équivalent d’antan des Finkielkraut et Millet, à coup sûr, détestaient l’argot puis la Tour Eiffel. Le peuple, voilà l’ennemi !

La ficelle est facile mais qu’elle le soit, en même temps, illustre la gravité de la situation. Ecoutez l’émission Répliques du 11 juin 2011, écoutez-là jusqu’au bout et remplacez les noms des proscrits de l’émission (lycéens et collégiens des banlieues, immigrés,…) par juifs. Si, par un minuscule effort, vous vous transposez dans les années 1930, vous avez, désormais radio-diffusée, La Gerbe !

Voilà 10 ans que je travaille en Seine-saint-Denis et que je ne renonce pas à l’exigence (cette année, par ex., j’ai fait Bossuet avec une classe de Première). Jamais, jamais !, je n’ai rencontré ce que raconte Finkielkraut (en revanche, j’ai eu vent, il y a 10 ans, d’une grave agression de la part d’élèves contre un enseignant d’un lycée de Versailles, preuve que tout coller aux banlieues ouvrières est un peu rapide). Certes, il y a eu les incidents de la Toussaint mais cela avait lieu devant le lycée. En outre, à chaque fois que j’ai emmené des classes au théâtre, en dépit des cris d’orfraie et les a priori des petits-bourgeois dérangés par ces intrus, il n’y a jamais eu de problème. Au contraire. Cela ne veut pas dire que la banlieue est idyllique mais que les problèmes à l’Ecole n’y sont pas insurmontables, surtout si l’Etat considère comme une priorité l’instruction de tous. Inclure la jeunesse des banlieues dans l’espace public et commun à tous est un pas radical vers la paix civile (Note de BAM : on croyait que tout allait bien).

Par Yvan Najiels, pour une France  prolétaire bronzée toute l’année


Responses

  1. Rhooo… on allume juste pour regarder ses mails, on dérive et on découvre des pépites. Des mines de platines.
    Tout y est.
    L’appel au HLPSDNH (la comparaison immigrés/juifs, osée tout de même).
    La demande de « justice », « absolument impartiale » huhuhu… Mais aussi égale dans ses sanction pour un meurtre que pour l’expression d’une idée.Pas de médiateur ? Pas de énième chance pour l’écrivain abject. Pas de présomption d’innocence non plus. Pas d’aménagement de peine ou de bracelet électronique lui permettant de continuer de dealer ses oeuvres. Non !
    Le « changement », forcément « inévitable » de la société, acclamé, mais pas la réaction à ce changement, curieuse tolérance. Curieuse ouverture univoque à l’autre.
    Les adjectifs désormais obligatoires (Xénophobes, haineux, racial).
    L’abstraction mentale de celui qui ne connait aucun problèmes dans les territoires occupés, pardon les écoles de SeinSinD’ni Nik’tou (vu sur un mur…). Attention les écoles exigentes, ou bossuet figure dans la liste de lecture. Dont tout le monde se fout a part l’amoureuse pré-pubère du prof ou le blanc fleur-bleu « inadaptéE » qui espère que les options russe et grec lui permettront de s’enfuir dans une L d’un beau quartier, entre deux coups de marteau lors du raid des ateliers méca du BEP d’à coté.
    On arrive encore a faire une sortie théâtre sans incidents, faut pas éxagérer ! Bon, le type n’a peut être pas compris que les cris des petits bourgeois n’étaient d’orfraie mais « Mon Iphone, au voleur !!!’, mais c’est visiblement pas un matérialiste. Faut le comprendre.
    Le gout pour les listes, Juan corrigeant pages par pages les coquilles, sur plus de 150 tout de même, le soucis de la précision…
    Je serai curieux de voir Nelly Inrock en musulmane tient, pour le coup.

    Vraiment merci Memento, je retourne à mon polar avec un vrai sourire de bonheur.

  2. Asensio, toujours aussi aérien… Je le vois bien souligner (peut-être même écrire) en rouge les idées principales, en vert les secondaires, en noir les références sur son brouillon (il écrit en bleu roi)… A trop vouloir écrire correctement il écrit comme un cul. Et cette posture du respect excessif de la langue françoise, vas-y que je me balade dans une « venelle » et que les ennemis sont des « arsouilles de toute engeance » overlol comme disait un commentateur d’ici (traduire: « De grâce! ») Un peu trop fardée sa Françoise: allez hue cocotte on est de sortie!

  3. Tout y est Ag, tout. Vous noterez que si Richard Millet n’était pas employé par Gallimard, le concert des indignés aurait moins d’ampleur et si Alain Finkielkraut n’était pas juif, les vannes « lourdes comme des bouteilles de butane », pour reprendre les Nuls parodiant Cabrel, ne seraient pas à l’ordre du jour. Le coup de la femme de chambre musulmane (nous sommes toutes etc.) c’est très fort, Juanito corrigeant les fautes c’est un vieux réflexe d’agrégé, cette phrase « quand la chance de la France est au contraire de pouvoir vivre des liens puissants que le peuple français, en train de naître d’un écheveau de cultures et de langues » est admirable de bêtise (le peuple français en train de naître, il fallait l’écrire tout de même), quant à notre professeur de Seine Saint Denis qui écrit pour ses collègues et ses élèves, je ne sais pas très bien quel est son degré d’aliénation ou d’accoutumance ou Prozac (pharmaceutique ou idéologique) mais une cure de désintoxication s’impose.

    Alice, Vigie, Vigile, j’hésite pour el Talker

  4. Il a « fait » Bossuet dans une classe de première, dans le 93.
    Mais je reste dans le doute car il ne précise pas si c’était en hivernale et par la face Nord.
    De la précision, que diable !
    On veut savoir, nous.

  5. Oui, il a « fait » Bossuet comme on fait un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ou même en Terre Sainte (carrément quoi!) Il a son premier chamois de saint laïc, voire son deuxième dan de sage de banlieue. Bientôt le making of du DST où plus de la moitié de la classe a eu la moyenne (épisode d’ores et déjà immortalisé dans la geste d’Yvan, le chevalier au pass Navigo 6 zones).

  6. Ou Iseult menacée d’une tournante par douze lépreux dans une cabane en rondin de la forêt de Brocéliande mais sauvée dans des conditions rocambolesques par le ninja enchanteur Merlin


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