Publié par : Memento Mouloud | mars 24, 2012

De la triche et de l’école : l’expérience Loys Bonod

Pendant ma première année au lycée, j’ai donné à mes élèves de Première une dissertation à faire à la maison. Avec les vacances scolaires les élèves avaient presque un mois pour la rédiger : c’était leur première dissertation de l’année.

Plus tard, en corrigeant chez moi, je me suis aperçu que des expressions syntaxiquement obscures étaient répétées à l’identique dans plusieurs copies. En les recherchant sur Google, j’ai trouvé des corrigés sur un sujet de dissertation voisin vendus à 1,95€. Interloqué, j’ai immédiatement arrêté de corriger les copies, ne sachant plus à quoi ou à qui j’avais affaire et ayant l’impression de travailler dans le vide.

Plus tard, la même année, j’ai donné sur table à une de mes classes un commentaire composé, sur un passage d’une œuvre classique. Je n’ai pas particulièrement surveillé l’épreuve, le commentaire composé étant, comme la dissertation ou le sujet d’invention, un bon exemple d’exercice on ne peut plus personnel, où copier sur le voisin n’a absolument aucun sens. En corrigeant chez moi les copies, j’ai constaté, dans une copie, des choses étranges : des termes ou des expressions qu’un élève de Première n’emploierait pas, une introduction catastrophique mais un développement convenable. En tapant une des expressions sur Google, j’ai réalisé que l’élève avait utilisé son smartphone pendant le cours et recopié le premier corrigé venu sur Google en tâchant maladroitement de le maquiller. En rendant les copies j’ai tenu un discours sévère à la classe sans indiquer qui avait triché. Après le cours, l’élève concerné, en pleurs, a reconnu les faits.

J’ai donc décidé de mener une petite expérience pédagogique l’année suivante : j’ai pourri le web ! Vers la fin de l’été de cette même année, j’ai exhumé de ma bibliothèque un poème baroque du XVIIème siècle, introuvable ou presque sur le web. L’auteur en est Charles de Vion d’Alibray. Le date de composition du poème est inconnue, ce qui empêche toute spéculation biographique.

J’ai créé un compte pour devenir contributeur sur Wikipédia et, pour montrer patte blanche, apporté plusieurs contributions utiles sur quelques articles littéraires. J’ai ensuite modifié la très succincte notice biographique de Wikipédia consacrée à Charles de Vion d’Alibray en glissant ce petit ajout : « Son amour célèbre et malheureux pour Mademoiselle de Beaunais donne à sa poésie, à partir de 1636, une tournure plus lyrique et plus sombre. »

 

J’ai posté sur différents forums des questions relatives à ce poème en me faisant passer pour un élève posant des questions de compréhension littérale ou d’interprétation sur le poème. Puis, me reconnectant en me faisant passer pour un érudit, j’ai donné des réponses en apparence savantes et bien renseignées, mais en réalité totalement ineptes, du type interprétation christique tirée par les cheveux. La plupart de ces pages ont depuis malheureusement disparu dans les abysses du web ou ne sont plus référencées.

J’ai rédigé un pseudo-commentaire, le plus lamentable possible, avec toutes les erreurs imaginables pour un élève de Première, et même quelques fautes d’orthographe discrètes, tout en prenant garde à ce que ce commentaire ait l’air convaincant pour quelqu’un de pas très regardant ou de pas très compétent.  Pour  les amateurs de littérature ou les professeurs de lettres, ce corrigé absurde est d’ailleurs assez amusant. J’avoue avoir même pris un certain plaisir à le rédiger.

Je me suis ensuite inscrit comme auteur, sous le nom de Lucas Ciarlatano (ça ne s’invente pas), à deux sites proposant des corrigés de commentaires et de dissertations payants (Oodoc.com et Oboulo.com). Sachez qu’il en existe bien d’autres. Après quoi j’ai envoyé mon commentaire à ces deux sites, dont les comités de lecture ont validé sans barguigner mon lamentable commentaire, leur but étant moins celui d’une diffusion humaniste du savoir que purement mercantile. D’ailleurs aucun des deux n’a pris la peine de vérifier si le corrigé était protégé par des droits d’auteurs et ils ont publié exactement le même corrigé, en mettant en ligne gratuitement l’introduction, le plan et des extraits importants, le reste étant en vente pour quelques euros.

J’ai posté un peu partout sur le web des liens vers ces différentes pages (Wikipédia, les forums, les sites de corrigé) afin d’améliorer le référencement sur Google avant la rentrée de septembre. à la rentrée, j’ai accueilli mes deux classes de Première en leur donnant deux semaines pour commenter ce poème à la maison et en leur indiquant la méthodologie à suivre. Je les ai bien sûr invités à fournir un travail exclusivement personnel. Une de mes élèves est venue s’excuser : en cours de déménagement, elle n’avait pas accès à internet. Je me suis contenté de sourire. Deux semaines plus tard j’ai ramassé les commentaires et grâce aux différents marqueurs que j’avais méticuleusement répartis sur le web j’ai pu facilement recenser quels sites avaient été visités par quels élèves et recopiés dans quelle proportion. A titre d’exemple de marqueurs, la notice biographique de l’auteur de Wikipédia évoquait « Melle de Beaunais », mais le commentaire composé sur Oboulo et Oodoc était plus précis en parlant d' »Anne de Beaunais ». Cette femme aimée sans retour par le poète est évidemment un personnage tout à fait imaginaire (Anne de Beaunais = Bonnet d’âne).

Sur 65 élèves de Première, 51 élèves – soit plus des trois-quart – ont recopié à des degrés divers ce qu’ils trouvaient sur internet, sans recouper ou vérifier les informations ou réfléchir un tant soit peu aux éléments d’analyses trouvés, croyaient-ils, au hasard du net. Je rappelle qu’ils n’avaient pour cet exercice aucune recherche à faire : le commentaire composé est un exercice de réflexion personnelle.

L’erreur la plus vénielle fut d’utiliser sans discernement les informations de Wikipédia : rien n’indiquait en effet que le poème avait été composé au sujet de Melle de Beaunais. Le raccourci était abusif et non fondé, comme l’aurait montré une recherche plus approfondie : c’était un simple manque de rigueur à l’égard des sources historiques. Les erreurs les plus graves étaient en revanche les erreurs d’interprétation, voire même de compréhension littérale du poème : des expressions, des phrases et même des paragraphes entiers étaient recopiés sur le net, parfois au mot près, trahissant une incompréhension tant du poème que de la méthodologie du commentaire composé.

J’ai rendu les copies corrigées, mais non notées bien évidemment – le but n’étant pas de les punir -, en dévoilant progressivement aux élèves de quelle supercherie ils avaient été victimes. Ce fut un grand moment : après quelques instants de stupeur et d’incompréhension, ils ont ri et applaudi de bon cœur. Mais ils ont ensuite rougi quand j’ai rendu les copies en les commentant individuellement. On recommande aux professeurs d’initier les élèves aux NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication).

Je crois que j’ai fait mon travail et que la conclusion s’impose d’elle-même : les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l’égard d’internet va même à l’encontre de l’autonomie de pensée et de la culture personnelle que l’école est supposée leur donner. En voulant faire entrer le numérique à l’école, on oublie qu’il y est déjà entré depuis longtemps et que, sous sa forme sauvage, il creuse la tombe de l’école républicaine.

Avec cette expérience pédagogique j’ai voulu démontrer aux élèves que les professeurs peuvent parfois maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu’eux, voire mieux qu’eux.

J’ai ensuite voulu faire la démonstration que tout contenu publié sur le web n’est pas nécessairement un contenu validé, ou qu’il peut être validé pour des raisons qui relèvent de l’imposture intellectuelle.

Addentum BAM

Lorsque j’étais élève, il m’est arrivé, très souvent de tricher parce que l’école avec ses petits classements, ses petites méthodes, ses petits attendus ne forment des êtres libres que dans les marges. J’ai attendu longtemps pour mesurer ce qu’était réellement le travail intellectuel, le temps de passer des concours, celui de rencontrer un certain directeur de mémoire, et celui des flux et reflux de la vie. C’était bien après le lycée. Il faut partir du point suivant : une école de masse ne permettra jamais d’atteindre ce qu’elle prétend obtenir de sa pédagogie de foire : des êtres autonomes formés aux techniques de la critique, c’est-à-dire de la précision tant qu’elle niera la part essentielle du savoir et de la passion qui s’incarne dans une personne et qui sélectionne ses futurs suppôts. L’école de masse n’a jamais su mesurer que ce qui était mesurable : l’orthographe, les exercices répétitifs d’algèbre et de géométrie, les fiches de lecture, les expérimentations à deux balles, les travaux sur documents et les questions fumeuses autour du règne de Louis XIV ou de la répartition de la population en France. Elle a donc inventé un brevet de masse puis un baccalauréat de masse pour étreindre ce qu’elle nomme un niveau qui n’est jamais un point d’excellence, mais une moyenne. Comment dépasser cette moyenne ? C’est le problème que se posent la plupart des élèves. Pour le reste l’école n’est pas tous les savoirs et tous les savoirs n’ont pas à être dans l’école.

Hier soir, j’ai vu à Vitry une sorte d’opéra, le Caligula de Pagliardi. Un spectacle magnifique avec des marionnettes siciliennes. Il y avait là des musiciens, des chanteurs, des marionnettistes. Une senteur de baroque, une profondeur de chanson de geste, un détour sicilien du chant des troubadours. Artabane ressemblait à un oriental de vignette, César à un chef féodal et le peintre était un roi mauresque. Les passions, la féérie, de quoi bouleverser un public de villageois comme une arène aristocratique. C’était la démonstration d’un savoir qui ne s’apprend pas à l’école et c’était parfait.


Responses

  1. Merci pour votre expérience, mais il serait intéressant d’en faire une autre, dans le domaine de l’enseignement. Il y a en effet de nombreux professeurs qui téléchargent des cours et leurs corrigés sur internet (vous semblez être un professeur investi dans sa vocation et cette remarque ne vous est pas dirigée directement). Les élèves qui passent eux aussi beaucoup de temps sur le net s’en rendent compte. L’éducation au net est à faire dans les deux camps et il y a des tricheurs partout vraisemblablement…
    Ces méthodes de la part des professeurs sont encore plus tristes mais malheureusement il faut de tout pour faire un monde! Et les parents n’ont pas forcément le temps de s’éduquer à de telles pratiques ou de les contrôler de près.
    Ce qui est le plus déplorable, c’est qu’un sujet de tricherie concernant les élèves est facilement « médiatisable ». Un telle expérience concernant des professeurs serait probablement étouffée…
    Bien cordialement.

    • Ce prof qui prétend « réapprendre à penser » à ses élèves ferait bien d’appliquer cette doctrine à….. LUI MÊME! Il a, en effet, purement et simplement COPIE une bonne vieille méthode qui existe aux USA depuis des lustres! Alors, monsieur le prof: c’est sans doute plus honnête de frimer à la télé quand on n’a rien inventé? De plus, ce « truc » est bien évidemment sur internet! Belle morale!

  2. Memento, vous êtes un odieux persécuteur !
    Diane, vous avez l’air de mettre en cause les professeurs.
    Ne vous inquiétez pas, ni l’un ni l’autre !
    Tous ces charmants jeunes gens (H/F) auront leur baccalauréat sans difficulté comme 90% d’entre eux et seront employés de banque, journaliste ou (mais là, je dois faire attention) professeurs.
    L’accès aux métiers requérant du talent sont protégés par les concours.
    Tout le reste (bac+n) requiers une culture acquise par « frottement de cerveaux » (dixit Montaigne), quant aux journalistes, il suffit de reprendre les thèmes de idéologie dominante (ils sont donc aisément convertibles).
    Pour les professeurs, j’ai hésité, non par le fait que vous en êtes, mais du fait que c’est là que nous trouvons la plus grande variété (je m’en sors bien !).
    Quelle différence entre le gars qui ignore l’orthographe (ça existe) et les gens talentueux.

  3. Baroque ???….tout un programme …

  4. Diane, l’expérience est de Loys Bonod, professeur au lycée Chaptal (Paris), pas de moi. Je n’en avais pas besoin pour savoir que si on incite des élèves à aller chercher sur Internet, ils n’en finiront jamais de tricher, c’est la méthode Anabac, elle n’est pas nouvelle. Pour ce qui est des professeurs, il est certain que les jeunes professeurs balancés sans formation avec 16 heures de cours la première année ne pourront en aucun cas faire face au volume de travail que demande une préparation de cours, des évaluations à répétition, les cours eux-mêmes, le cahier de texte à rédiger en ligne, les réunions avec les parents, les commissions et réunions avec l’administration, les quelques cours dits de formation, les confrontations avec certains élèves, etc. Ensuite c’est autre chose, il n’y a pas de professeur en soi, il y a des disciplines et la gadgétisation forcenée des contenus disciplinaires conduit à ce genre de dérapage. J’ai entendu un type qui avait l’imprimatur des inspecteurs académiques affirmer que tout ce qui existait « avant » c’était nul et que tout ce qui se met en place est génial car nous ne sommes plus là pour former des historiens, mais des manieurs de tablettes, d’écrans tactiles et de vidéo-projecteurs, le tout avec Power point comme horizon. Le professeur réduit à l’état d’interface bouffonesque. C’est pitoyable. Vous avez des collègues qui mettent leur cours en ligne comme si un cours ce n’était pas un style, certaines questions ouvertes, des domaines non-explorés, pour lesquels un professeur est là, justement parce qu’il détient un savoir et pas un logiciel de sous-publicitaire avec les techniques neu-neus qui vont avec. De là, le tournant proprement réactionnaire de nombre de professeurs qui tiennent à leur discipline

    René vous êtes optimiste, vous avez déjà discuté avec un normalien ou un énarque ? Vous croyez que c’est réellement différent ?

    Ah, Chris, magnifique, s’ils passent quelque part, allez-y

  5. L’énarque François Hollande, qui a réussi l’ENA tout comme ses nègres-conseillers (ce qui confère à tous ces gens un certain talent, dites-vous ?), n’en a pas moins cité l’autre jour des conneries de Nicholas Shakespeare, romancier contemporain, en les attribuant à William Shakespeare, dramaturge vieux. Car Hollande et ses plumes vont également chercher leur documentation sur la toile, avec l’indistinction et le peu de sérieux que cela suppose.
    Ce même Hollande, élite de la nation, fut naguère vu feuilletant « L’Histoire de France pour les Nuls » (photo trouvable sur Google Images).
    Alors, de la classe dominante ou de la dominée, qui est la plus ignare ?

    • « (ce qui confère à tous ces gens un certain talent, dites-vous ?) »
      J’ai pris cette remarque pour moi :vous dites le diplôme confère talent alors que je disais plus haut le concours requiers talent.

      Ceci dit, je fais machine arrière et retire le mot « talent ».
      Memento dit « vous avez déjà discuté avec un normalien ou un énarque ?  » je répondrais « pas suffisamment pour avoir une vision stochastique ». pour le normalien, je persiste ainsi que pour les Grandes Ecoles (ingénieurs, …)

      • L’ENA vaut pour son concours d’entrée, pas pour son pauvre diplôme de sortie.

  6. Un prof qui veut apprendre à ses élèves à penser est déjà un escroc, Aurore. On peut apprendre certaines choses à quelqu’un, dans le cadre d’une école, mais sûrement pas à penser. Déjà, ce type qui passe un temps incroyable à piéger ses élèves (pourquoi, pour les épater ? rédiger un article ? Faire un buzz ? Leur dire « c’est pas bien de copier Wikipedia c’est vachement mieux les anabacs et les Armand Colin signés par je ne sais quel universitaire qui expliquera plus tard comment c’est génial de causer de livres qu’on n’a pas lus), c’est déjà un truc de prof pervers, non ?

    Echion, je parlais de l’agrégation et de certaines rencontres que j’y ai faites. C’était le hasard et ce n’était jamais les lectures qu’il fallait pour avoir le concours mais je me demande encore si je les aurais accomplies sans ce concours de mes deux chancelleries. Pour ce qui est de nos zélites, je crois qu’elles souffrent d’un mal déjà diagnostiqué dans la Chine impériale, celui du mandarinat.

    René. Evidemment que les grandes écoles ne produisent pas que des crétins mais elles débitent des gens suffisants. On a déjà vu des polytechniciens qui ne connaissaient rien à la comptabilité prétendre la maîtriser tout entière alors qu’ils n’en connaissaient pas le b-a-ba. Et c’est la même chose pour la finance, les savoirs et j’en passe. Attali, Fabius ou Juppé sont de purs produits des grandes écoles, et ces types m’apparaissent plus sous la figure de mulets de concours que de chevaux de combat

  7. Consternation, c’est tout ce que cela m’inspire et tout ce que cela mérite.

  8. Tiens Richard Descoings est mort dans un hôtel a New York. Mystérieusement.
    On sait ce que faisait N. Diallo à ce moment ?

  9. Tiens Ag, comme je vous aime bien, je vous balance un vieux texte que j’avais écrit et qui s’appelait Comment je vois Richard Descoings. Quand je le relis, je me dis que je suis visionnaire

    « Il émanait de sa silhouette frêle de corps éparpillé dans des gestes trop larges, la sensibilité et l’intelligence d’un idéologue des Brigades Rouges et, bien entendu, un manque absolu de goût. A le voir se tortiller, en mordillant ses lèvres, une bave d’encre bleue maculée à la commissure, on discernait sans failles le profil mandarinal de la bête à concours, incapable de sortir d’une prose soporifique de fiches de lecture que son orgueil teintait d’un ton de communiqué qui se voulait martial.

    L’homme croyait à sa destinée de commis et en était fier, tout électrisé de sortir de ces salles de classes crasseuses et grises pour gagner le grand monde des couloirs. Nulle fêlure en lui, il déroulait les segments, les uns après les autres, de bon élève en bon élève, il pensait la vie comme un bulletin trimestriel.

    On pouvait prévoir qu’adulte, il aurait la tête satisfaite de Juppé et qu’il en serait fier, entouré d’une dondon blonde peroxydée et de marmots tirés à douze épingles, couronne étoilée de la Vierge qui cache dans son manteau d’azur les plaies des pauvres d’esprit.

    Sa femme insisterait pour placer ses enfants dans une école confessionnelle parce que le christianisme « ça a du bon » et il accepterait sans réticences, parce qu’il ne connaissait en rien un autre univers, parce qu’il était comme ses tiques qui élisent un monde immuable et le déroulent comme le seul modèle dont les autres ne sont que des simulacres défaillants.

    Ils n’auraient plus rien à se dire, si on entend par rien de quoi incendier la vie, elle naviguerait entre sex toys et anxiolytiques, il arpenterait couloirs et partouzes, billets froissés et spermes amers, maîtresses de passage, il n’en distillerait pas moins sa moraline à tout propos, bien occupé à asseoir sa position comme on dit qu’on consolide en langage boursier.
    Dans ses gestes devenus lourds, dans son corps éventé d’ancien jeune homme, dans ce corps ouvragé par les euphorisants et les amphétamines, dans ce corps privé de toute perception singulière, les flux de merde auraient commencé à se coaguler en gangues épaisses dans cet intestin qui trahit toujours les ambitieux et spécialement les ambitieux de couloirs.

    Il n’oserait en parler, ce serait dévoiler une défection, il attendrait la bouche grimaçante, continuant à rédiger des fiches soporifiques et des comptes-rendus ineptes en attendant son tour, en attendant « sa place » au Bureau Central des Offices. Il dirait à ses collègues pressés, « les gens sont des cons », ils voudraient dire par là, « vous vous rendez compte ce sont tous des obéissants, des dos courbés alors que le vent dans les voiles, ça souffle chez les entrepreneurs, les banquiers, les conseillers, les jeunes de banlieue qui en veulent ça positive, ça bouge, ça urge… » et chacun des costumes anthracite ou bleu pétrole ou bleu lavande, enfin un de ces costumes choisis par leur femme, opinerait du col en agitant son gobelet blanc, avant de regagner le cliquetis des claviers.

    Alors, le soir venu, une vision insistante viendrait le ravir dans un cri. Il serait couché, nu, dans un lit, petit rat laiteux, secouant sa verge d’une main et crissant de toutes ses dents. Entrerait Hermès, qu’il ne pouvait se figurer autrement que sous la figure d’un facteur tout à fait maghrébin et luisant. Le petit rat laiteux qu’il était, ce soir et tous les soirs du même cauchemar, en venait à sucer la queue interminable et violacée du facteur qui s’enfonçait entre ses deux lèvres vermeils, dans cette bouche étrange de suceur qu’on lui disait semblable à celle d’Héliogabale.

    Puis, Hermès pénétrait entre le dôme de ses fesses alanguies comme se malaxe la matière dans les bétonnières et le petit rat laiteux ne pouvait manquer, ce soir, comme chaque soir, d’éructer, « Halte aux missives intempestives !». Puis, les dents crissant les unes contre les autres, les yeux détournés, il percevait dans un coin de la pièce, étourdis et curieux, souriant, de ce sourire qu’on distribue aux malades, sa femme et le chef du bureau des requêtes qui se gondolaient saisis par un écran défectueux.

    Alors, ce soir, comme chaque soir, le petit reptile qu’il était devenu, en sueur, tâtant dans un lit trop grand, la place froide du corps manquant de sa femme, ce petit reptile irait boire un verre d’eau et avalerait des cachets, sédatifs, pansements, de quoi calmer la douleur plaquée dans les intestins, défroissant son bas ventre.

    Alors, ce soir, comme chaque soir, il déciderait d’oublier tout cela et de continuer. »

  10. Prémonitoire.
    Curieusement prémonitoire d’ailleurs.
    Et sinon vous faisiez quoi ce soir là ? Et où ? (J’essaie de relancer ma carrière…)

  11. Vous devriez demander votre mutation à la NYPD, c’est là-bas que ça se passe désormais pour nos oligarques. Vous seriez sous les feux de la rampe façon Dujardin. Sinon, Alain Delon est hospitalisé, encore un complot anti-frontiste…Bon, j’ai réédité mon post, comme ça on dira que je respecte même pas les morts

  12. Descoings a dû finir assommé par un groom maghrébin, après s’être fait malaxer le dôme des fesses moyennant une promesse de place à Sciences Po.

    Pourquoi toutes les salopes happyfew & cosmopolites terminent=elles à poil dans les chambres d’hôtels newyorkais ? Punies par Babylone ? Sacrifice fait à Moloch le dieu des Ammonites ?

    • Bonjour Bobar,
      Je me bouges et je vous envois un truc pour memento.
      En espérant que vous n’avez pas d’allergie au pollen d’érable.

      • Salut A.g

        Reçu une histoire de paf le chien qui tombe sur une boîte de petits beurres. J’ai bon ?

  13. C’est sécurisé et discret, Bobar, on n’y voit pas la main du FSB ou des services chinois, on n’y attrape pas la chtouille ou des chancres comme Fredo, c’est hygiénique la Babylone US et puis un petit vol vers Big Apple c’est pas cher pour de tels types, le plus souvent gratuit. C’est pratique, toutes les demandes y sont exaucées

  14. Pas encore. Plus de la propagande interne. Le reste j’aimerai bien le placer devant les tribunaux avant. Mais vous aurez l’exclu. huhu


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