Publié par : Memento Mouloud | mai 3, 2012

Raffaele Simone, le monstre doux, la nouvelle droite et la faillite de la gauche

Dans De la démocratie en AmériqueAlexis de Tocqueville décrit une nouvelle forme de domination. Elle s’immiscerait jusque dans la vie privée des citoyens, développant un autoritarisme « plus étendu et plus doux », qui« dégraderait les hommes sans les tourmenter ». Ce nouveau pouvoir, pour lequel, dit-il, « les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent pas », transformerait les citoyens qui se sont battus pour la liberté en « une foule innombrable d’hommes semblables (…) qui tournent sans repos pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, (…) où chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée des autres ».

Isolés, tout à leur distraction, concentrés sur leurs intérêts immédiats, incapables de s’associer pour résister, ces hommes remettent alors leur destinée à « un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d’assurer leur jouissance (…) et ne cherche qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il pourvoit à leur sécurité (…) facilite leurs plaisirs (…) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (…), il éteint, il hébète. »

Il s’agit d’un régime global de gouvernement, mais aussi d’un système médiatique, télévisuel, culturel, cognitif, une forme d’ambiance infantilisante persistante qui pèse sur toute la société. Ce régime s’appuie sur une droite anonyme et diffuse associée au grand capital national et international, plus proche des milieux financiers qu’industriels, puissante dans les médias, intéressée à l’expansion de la consommation et du divertissement qui lui semblent la véritable mission de la modernité, décidée à réduire le contrôle de l’Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle.

Le premier commandement est de consommer. C’est la clef du système. Le premier devoir. Le bonheur réside dans la consommation, le shopping, l’argent facile. On préfère le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété. Le deuxième commandement est de s’amuser. Le travail, de plus en plus dévalorisé, devient secondaire dans l’empire de la distraction et du fun. L’important, c’est le temps libre, les week-ends, les ponts, les vacances, les sorties, les chaînes câblées, les femmes dénudées, les jeux vidéo, les émissions people, les écrans partout.

Le divertissement scande chaque moment de la vie, rythme le calendrier jusque chez soi, où la télévision, la console de jeu et l’ordinateur occupent une place centrale. Le divertissement remplit tout l’espace, défigure les villes historiques, quadrille tout lieu, construit des hôtels hideux et des centres commerciaux le long des plus belles plages, crée des enclaves touristiques dans les plus infâmes dictatures.

Les évènements se transforment en divertissement. La première guerre d’Irak, le tsunami, les catastrophes naturelles, les drames humains deviennent spectacles, jeux vidéo en temps réel ou feuilletons émotionnels. Les débats politiques ne sont que guerre de petites phrases, parade de people, quand les ministres ne sont pas d’anciens mannequins qui ont posé nus, à la « une «  de tous les tabloïds – comme en Italie Mara Carfagna, ministre de l’égalité des chances, ou Daniela Santanché, sous-secrétaire à je-ne-sais-quoi.

La démultiplication des gadgets, des portables, des tablettes fait que nous sommes encerclés, noyés, dissous dans les écrans. Sous le régime du « monstre doux », la réalité s’efface derrière un rideau de fun. La vie devient un carnaval, les grandes décisions sont prises par les « beautiful people » que sont les politiques et les grands patrons, tout devient pixel, virtuel, irréel, vie de stars. La crise économique, la spéculation financière, les plans de rigueur, les atteintes aux libertés et les collusions entre hommes politiques et milieux d’affaires – comme nous l’observons en France et en Italie – sont des épisodes vite oubliés d’un grand « reality show ».

Troisième commandement. Le culte de la jeunesse et de son corps. L’infantilisation des adultes. Le rajeunissement est devenu une industrie lourde. Partout, on pousse à faire des régimes, à dépenser des fortunes en cosmétiques pour paraître lisse, svelte, adolescent, à investir dans la chirurgie esthétique, le lifting, le Botox, comme Silvio Berlusconi, le bronzé perpétuel. Je ne pense pas qu’une société soumise à une telle tyrannie du corps et de la jeunesse ait jamais existé. Elle a de graves conséquences morales. Partout se répand un l’arrogance jeuniste, survitaminée, affichant un mépris ouvert de la fatigue, du corps souffrant, des vieux, des laids, des handicapés, de tous ceux qui démentent le mythe de la jeunesse éternelle. Pendant ce temps, les enfants refusent de vieillir, deviennent anorexiques ou boulimiques et quittent leurs parents à 30 ans.

On rejette toute posture adulte, réflexive, intellectuelle, jugée « out », inutile, triste. On a l’obligation d’être  » branché « , tout doit aller vite, le succès, l’argent, les amours. Dans ses essais, le sociologue polonais Zygmunt Bauman se demande, désemparé : « Où est la compassion ? Le consommateur a remplacé le citoyen, le divertissement supplante le réalisme et la réflexion, la pléonexie règne.

 

J’avance l’idée qu’une droite nouvelle, consommatrice, people, médiatique, liftée, acoquinée aux chaînes de télévision, appelant à gagner plus d’argent, défendant les petits propriétaires, décrétant comme ringardes toute idée contraire, méfiante envers les pauvres, plastronnant autour des immigrés, est plus proche des intérêts immédiats des gens, plus adaptée à l’ambiance générale de l’époque, plus  » naturelle «  en quelque sorte. Et c’est pourquoi elle gagne.

La gauche semble n’ avoir rien compris au véritable bouleversement de cette victoire de la consommation et de l’individu fantoche. Depuis les années 1980 et les débuts de la mondialisation, la liste des changements radicaux que les dirigeants de gauche n’ont pas perçus donne véritablement le tournis. Ils ont dénié l’apparition d’un facteur ethnique dans la sphère politique. Jusque récemment, ils ont refusé de discuter de l’immigration de masse et des clandestins, se montrant laxistes sur ces questions.

Eux, les défenseurs de la laïcité, n’ont pas été clairs dans leur critique de l’islam radical, sur les questions du port du voile et de la visibilité des signes religieux. Ils ont montré le même aveuglement face aux violences urbaines et à l’insécurité, ne considérant que leurs causes et pas leurs effets. Ils s’obstinent à ne pas voir le vieillissement de la population et, comme en France, à ne pas évoluer sur les retraites. Ils ont abandonné la défense des ouvriers et des salariés aux syndicats et n’ont plus rien de partis populaires. Ils n’ont pas évalué la montée en puissance des pays émergents, la Chine, l’Inde, le Brésil. Ils n’ont pas saisi grand-chose aux nouvelles cultures jeunes, hédonistes, ni à la croissance formidable des médias de masse, au pouvoir de la télévision, d’Internet et du numérique. Cela fait beaucoup.

Et si on additionne ces bévues, on voit alors qu’ils ont ignoré comment, dans les populations européennes vieillissantes, la modernité a généré un agrégat inquiétant et chaotique de menaces et de peurs auxquelles seules les droites semblent aujourd’hui répondre. Alors que la gauche, si elle avait été à l’écoute des milieux populaires, aurait dû en faire une de ses missions.

Aujourd’hui plus grand monde ne sait ce que l’Europe moderne doit aux luttes des partis de gauche, les combats douloureux et sanglants qu’ils ont mené pour les droits des travailleurs, la liberté d’association, les libertés publiques, les congés payés, l’assurance-maladie, les retraites, l’enseignement obligatoire, la laïcité républicaine, le suffrage universel, les droits des femmes, les services publics, l’égalité devant la loi, la régulation étatique des excès des puissants. La gauche, idéologiquement, a dilapidé ce qui constituait son patrimoine, elle ne le revendique plus, elle a même peur de le revendiquer, elle l’a laissé sans paternité, celui-ci est devenu comme inhérent à l’identité européenne.

Voyez par exemple comment, après la terrible crise financière de 2008, la droite libérale, pragmatique et sans états d’âme, a allègrement pioché en Europe et ailleurs dans le catalogue des idées classiques de gauche, nationalisant les banques et se montrant interventionniste. La gauche n’y a pas gagné en force et en crédibilité, au contraire, on lui a dérobé le peu qu’il lui restait de son réservoir d’idées.

Et pourquoi ? Parce que depuis des années, beaucoup plus idéologique et fermée que la droite, elle n’a rien proposé de neuf et d’adapté à la modernité, elle s’est contentée de répéter des formules toutes faites – je pense par exemple au  » care « de Martine Aubry qui ressemble fort à l’assistanat des années 1970.

La liste des échecs patents de la gauche apparaît aussi longue que ses conquêtes. Elle n’a pas réussi à réduire les inégalités, qui vont s’aggravant entre les pauvres, les classes moyennes et les très riches ; elle a échoué à réguler le capitalisme financier, laissant la droite le faire à sa manière, c’est-à-dire à moitié ; elle n’a pas su mettre en place des mesures de solidarité qui aideraient véritablement les plus démunis à s’en sortir ; elle n’a pas relevé le niveau moyen d’instruction et de culture ; elle n’a pas mis fin à l’exploitation méthodique des travailleurs et des employés ; elle a laissé les écoles publiques devenir moins attractives que les écoles privées.

L’ombre historique du communisme pèse encore sur la gauche. Le fait que le socialisme au pouvoir ait pris une forme communiste, c’est-à-dire une succession de régimes tyranniques, misérables et criminels, reste dans toutes les mémoires. Surtout en Europe, où ce passé terrifiant ressurgit régulièrement au fur et à mesure que nous découvrons de nouveaux documents accablants sur cette époque, les agissements criminels des nomenklaturas, les mea culpa contraints des plus grands intellectuels.

En même temps, l’effondrement brutal et grotesque du communisme a signifié l’écroulement de quelques-uns des grands mythes de la gauche tout entière. L’idée qu’elle allait changer le monde par la « révolution », que celle-ci fût violente, comme le voulaient les bolcheviques, ou graduelle, comme l’entendaient les sociaux-démocrates, a fait long feu.

Qui veut encore la révolution aujourd’hui, et pour mettre en place quel régime ? Quant aux grands discours sur « la lutte des classes », ou même « la haine de classe », nous savons bien qu’ils mènent à la guerre civile et au despotisme. La notion de « progrès » et de « progressisme », qui veut que la gauche défende un futur meilleur, aille dans le sens de l’histoire et de l’émancipation de l’homme, vacille.

De même, l’incapacité intrinsèque de la planification socialiste à développer une économie prospère et éviter la paupérisation générale, son dirigisme rétif à tout esprit d’initiative ont ruiné les dispositifs d’une économie toute étatique et redistributrice, et montré les avantages du libre-échange et du marché, en dépit de ses crises et de sa brutalité.

Malgré cela, il reste encore des « intellectuels de gauche » pour justifier l’époque socialiste et l’étatisme forcené. Des hommes de gauche ou de l’ultra-gauche qui persistent à diaboliser le marché et se définissent comme « anticapitalistes » ou« antiaméricanistes », montrent des sympathies dangereuses envers des régimes dictatoriaux comme le Cuba de Fidel Castro ou le Venezuela d’Hugo Chavez, font preuve d’une négligence coupable envers l’islamisme ou le terrorisme, qu’ils« comprennent » ou « excusent ».

Bien des élections perdues par la gauche non communiste le furent parce qu’elle n’a pas su clarifier ses différences de fond avec les errements sanglants d’hier, et que leurs adversaires de droite la mettent dans le même sac, à la manière de Berlusconi qui ne parle jamais de « la gauche » mais des « communisti ».

Au final, que reste-t-il dans le réservoir d’idées de la gauche européenne non communiste ? Plus grand-chose. Le volet social, le réformisme, la régulation des excès du libéralisme… Mais là encore, le discours apparaît faible, minimaliste, sans véritable vision d’ensemble. Beaucoup des propositions avancées me semblent en décalage avec la réalité, hésitant entre l’assistanat de l’Etat-providence et une politique de centre gauche, édulcorée, proche de celle de la droite centriste ou chrétienne.

En Italie par exemple, la gauche a cherché à s’allier aux démocrates-chrétiens, jusqu’à former un parti de coalition, le Parti démocrate. Sans identité politique, cette gauche light, centriste, qui a peur d’apparaître de gauche, dans laquelle personne ne se retrouve, ni les gens de gauche ni les catholiques, a subi une défaite sévère face aux hommes de Berlusconi aux élections législatives de 2008. Résultat, son premier chef Walter Veltroni, un ancien communiste, a dû démissionner en 2009.

De fait, de nombreux engagements de la gauche édulcorée ressemblent à ceux des chrétiens sociaux, notamment l’assistanat, l’étatisme, la tolérance envers la délinquance sociale et l’immigration clandestine, le tout emballé avec des airs confessionnels. C’est là une façon de remplir le « réservoir » des idées que j’appelle le « fusionisme » qui est plutôt un « confusionisme ». Il en existe d’autres.

En Grande-Bretagne, la « troisième voie » promue par le New Labour laisse un pays où les disparités sociales n’ont jamais été aussi grandes, sans avoir fini de reconstruire des services publics rendus exsangues par Margaret Thatcher. En France comme en Italie, des hommes de gauche suggèrent que les socialistes devraient se concentrer sur la défense des droits des minorités, des femmes, des homosexuels, des immigrés, des sans-papiers, des détenus. Une politique qui se veut radicale, mais qui mène à réclamer la gratuité totale des services publics, et un laxisme coupable en matière de sécurité.

D’autres proposent de s’orienter vers la solidarité, le fameux « care », considérant d’abord les gens comme des victimes, montrant une philanthropie et une condescendance qui ne me semblent pas conformes aux idées de gauche. Tous ces tâtonnements manquent de rigueur, n’aident pas à définir une grande politique, ne font pas avancer la réflexion sur un véritable réformisme de gauche, à la hauteur du monde moderne consommateur et mondialisé. Voilà pourquoi il me semble qu’en ce début du XXIème siècle les ‘idées de la gauche sont en banqueroute.

Le Monde/ BAM


Responses

  1. Très d’accord avec ça, sauf que c’est notre lot à tous. Je suis le premier à être souvent collé à mon écran.

  2. Moi aussi, mais c’est pour le travail. En même temps, vu les photos que vous mettez, vous faîtes exprès Memento.
    au fait c’est qui la « bonnasse » avec le pare-chocs fabuleux ?

  3. Paracelse, je crois que Raffaele Simone, comme bon nombre d’hommes de gauche, héritiers en cela des homélies et des sermons, reste dans un registre moral, il condamne en masse et il ne voit pas ce qui devrait sauter aux yeux : la laideur imputrescible du monde dans ce qu’il a d’esthétiquement moderne, des logos aux tours de verre, mais aussi le retour de la pauvreté massive et de la maladie, donc de la crainte et de la dépendance. Les blogs, facebook, tweeter, sites de rencontre et tutti quanti ne sont pas uniquement un déversoir des petites exhibitions, ou la place des rencontres qui ne mènent nulle part, c’est aussi une manière de trouver de l’intensité dans une vie sociale qui en manque fortement puisqu’en dehors de la cupidité, de la bêtise et de la cruauté, elle exclut toute passion. Cette sphère dite virtuelle n’est pas un dédoublement de la personnalité, c’est une manière de raccorder des blocs disparates et d’y trouver du mouvement, donc une manière de se grandir en tant qu’individu. Elle obligerait à poser la question de ce qu’est un corps et de ce qu’il peut à nouveaux frais, parce qu’il s’agit véritablement de se refaire au même titre que le botox, les salles de gym et les prothèses mammaires. Une fois j’entendais deux nanas assez vulgaires causer de leurs prothèses. L’une disait à l’autre, « putain j’peux plus dormir sans sous-tif parce que mes prothèses se barrent sur les côtés, tu vois ? ». Comme l’avait vu Muray, on ne peut plus refaire la comédie humaine en rééditant Balzac, on est ailleurs, vraiment ailleurs.

    Daredevil, il fallait montrer la capacité de séduction de cette nouvelle droite dans ce qu’elle a de plus évident, de plus cru, presque, j’ai donc choisi les clichés de Nicole Minetti et Mara Carfagna. A comparer avec celui d’Aubry jeune. Honnêtement, vous choisissez qui comme infirmière ?

  4. Nicole Minetti pardi !
    sinon, en lisant les 3 commandements, l’exaltation des corps et de la jeunesse, je repense à la phrase de Dantec « les nazis ont perdu la guerre, mais ont gagné le monde ». Sauf que les Hitlerjudgend étaient censés emmener les adolescents vers un monde adulte. Naze mais adulte.

  5. Pierre Legendre a aussi fait ce rapprochement entre le libéralisme hédoniste et le nazisme mais je crois que c’est une solution de facilité. Les jeunesses hitlériennes empruntaient aux wandervogels et à l’éducation fantasmée des spartiates, il s’agissait dans l’esprit d’Hitler de créer une « race » de combattants qui aurait servi de réservoir humain à l’ordre suprême, celui des SS. Une contre-église aryenne qui devait épuiser la précédente et substituer sa morale du devoir de cruauté à la charité chrétienne. Aux témoignages de beaucoup d’enfants passés par la HJ, ils évoquent un sentiment de liberté, c’est-à-dire, un espace de rupture avec les liens familiaux. Le nazisme fut donc aussi une machine de guerre contre les familles allemandes, une manière d’accoucher du nouvel homme en imposant le silence aux anciens. On invoquait la race pour mieux détruire la filiation et donc toute tradition. Car ne l’oublions pas, les allemands sont sans doute de tous les peuples européens, le moins « pur » qui se puisse concevoir avant que la France ne recoure à l’immigration pour compenser son malthusianisme chronique. Le monde libéral-hédoniste n’appartient pas à la même séquence, il navigue dans un chaos normatif pas dans un projet de régénération du monde et de l’homme, chacun est contraint de bricoler sa voie de survie et sa boussole dans un univers qui ne lui promet qu’un présent perpétuel et des dépendances multiples


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :