Publié par : Memento Mouloud | juin 11, 2012

le calvaire de Marina ou le bon sauvage illustré

L’affaire éclate le 9 septembre 2009 quand Éric Sabatier, déménageur, alerte la gendarmerie de la disparition de sa petite fille, sur le parking du MacDonald de Saint-Saturnin (Sarthe) où il s’était garé pour aller acheter un hamburger. Au bout de trois jours de recherches, les enquêteurs qui ont découvert des contradictions entre les versions des parents, et des signalements de maltraitance de l’enfant, trouvent des traces de sang dans le sous-sol d’une maison d’Ecommoy, l’ancien domicile du couple qui venait de déménager à Lavardin.

Finalement, les parents craquent. Le père amène les enquêteurs jusqu’au corps de la petite fille, caché dans un local technique dans une caisse en plastique scellée et remplie de béton. Le corps est enroulé dans un drap et enfermé dans 10 sacs poubelle. Éric Sabatier et son épouse Virginie, 33 ans, révèlent peu à peu aux enquêteurs le drame vécu par la petite fille, leur premier enfant, non désiré qu’ils iront chercher après l’avoir classé sous X.

C’est dans une salle des pas-perdus, peu habituée à un tel tohu-bohu, que s’est ouverte cette première journée de débats. Des portiques de sécurité et une escouade de policiers supplémentaires ont été mis en place pour endiguer le flot de caméras, de micros et d’appareils photos venus couvrir ce que certains journalistes présentent comme un procès exemplaire. Exceptionnel, ce procès l’est par la longueur de ses débats (presque trois semaines) et par la longue liste des témoins appelés à comparaître.

Experts-psychiatres, gendarmes, enseignants, personnels hospitaliers, médecins légistes et une ribambelle de voisins et membres de la famille vont, en effet, se succéder à la barre. En tout, presque une cinquantaine de personnes viendront éclairer le jury sur les circonstances de ce drame. Ce matin, à la lecture du premier résumé de l’affaire, le président de la cour d’assises Denis Roucou dévoile le calvaire de Marina.

Coups, injures, punitions, voilà le menu des dernières 24 heures de l’enfant de 8 ans. Ses parents ont avoué, devant les enquêteurs, lui avoir plongé la tête sous l’eau, lui avoir fait boire du vinaigre, lui avoir cogné la tête contre le rebord d’une baignoire, avant de l’enfermer nue dans le sous-sol de la maison où elle mourra dans la nuit, victime de ces sévices. Tête baissée dans le box, les deux accusés écoutent sans ciller la lecture des faits qui leur sont reprochés. Puis commence la longue litanie des tortures quotidiennes vécues par Marina depuis sa venue au monde. Non désirée, abandonnée à la naissance puis reprise par la famille un mois plus tard, l’enfant n’aura connu que les coups, les privations et l’enfermement. Son calvaire aura débuté en 2003, dès ses deux ans et demi, avec les premières douches glacées assorties de coups divers et d’insultes. Lui est déménageur. Elle reste au foyer. À deux reprises, ils partent vivre à Nanterre, où la sœur du père les découvre en train de punir leur fille en lui administrant une douche froide. Puis, chacun à tour de rôle, des coups de poing sur le genou alors qu’elle est assise dans sa chaise haute. À l’été 2006, la famille déménage à Bazougers, en Mayenne. Puis, en décembre, à Torcé-Viviers, toujours en Mayenne, avant de s’installer à Parennes, en Sarthe, début 2007.

C’est à Parennes, le 21 avril, que Marina est scolarisée pour la première fois. Mais en mai et en juin, la fillette est quasiment absente un jour sur deux. À la rentrée, les enseignants constatent des lésions sur le corps et le visage, tuméfié. Les absences ? Justifiées par un certificat médical fabriqué de toutes pièces. Le 15 juin 2008, déménagement à Saint-Denis-d’Orques. Marina retourne à l’école. Les enseignants constatent à nouveau des traces suspectes. Face aux questions, le père reconnaît quelques coups, parle d’une chute dans l’escalier. Le 15 juillet, un médecin constate des lésions, souvent anciennes : nombril, genou, dos, talon : « Ces lésions pourraient être la conséquence d’accidents domestiques, mais leur nombre est fortement suspect. Malgré les explications concordantes des parents, nous ne pouvons exclure des faits de violence et de maltraitance ».

Le 15 août 2008, inquiétée par le signalement d’un enseignant au procureur de la République, la famille déménage à Coulans-sur-Gée. Entendus par les gendarmes, les parents livrent encore la version des disputes et des accidents. Le 10 octobre, le procureur de la République classe l’affaire sans suites. Les violences reprennent. Les enseignants tirent à nouveau la sonnette d’alarme. Du 27 avril au 26 juin 2009, Marina est hospitalisée. Là encore, les médecins constatent plusieurs lésions et cicatrices, notamment un décollement de la peau au niveau des talons et des orteils. Explication des parents lors de l’instruction ? « Marina portait des chaussures neuves ». En réalité, ces pieds abîmés sont la conséquence d’une punition : un après-midi entier, Marina a dû marcher pieds nus sur un sol rugueux en béton, portant son cartable lourdement chargé, jusqu’à l’épuisement. Le 1er juillet, Marina devait revenir pour une consultation au service de pédiatrie de l’hôpital. On ne l’a jamais revue.

L’après-midi de cette première audience était dédiée à l’examen de la personnalité des deux accusés. Le président de la cour a d’abord tenté, difficilement, de retracer le parcours professionnel d’Éric Sabatier, 40 ans, de travail au noir en emploi déclaré, de déménagement en déménagement, de Mayenne en Sarthe. Rien dans les premières déclarations de l’accusé ne laisse penser à une carence éducative ou intellectuelle. D’ailleurs, aucun des autres enfants du couple Sabatier n’a été victime de tels sévices.

Pour toute explication, Véronique Dupuy, défenseur de l’accusé, a eu recours à une notion avancée par un expert, la «conjugopathie», une «pathologie de la conjugalité» qui «résume ce qui s’est tramé entre les deux parents». «Le calvaire de cette enfant ne se comprendra pas en quelques minutes. Il faudra du temps». Quant à Virginie Darras, elle a accepté de prendre la parole : « J’adresse mes regrets aux parties civiles. Aussi à ma fille qui a disparu. Je reconnais les faits. Je regrette pour mes enfants. Tout ce qu’ils ont subi ». Elle essuie une larme.

France 3 / AFP / Le Télégramme / Ouest-France


Responses

  1. Ces pourritures vont peut être écoper d’une sanction exemplaire (après maints classements sans suite…), mais ils seront sortis dans deux ans, pour bonne conduite. L’argument sera les autres enfants, qui « ont besoin de leurs parents ». Imaginons le psychisme des frères et soeurs qui ont assisté à ces horreurs.
    C’est l’histoire d’un couple de tortionnaires responsables, qu’on va essayer de faire passer pour fous, dans un pays laxiste qui ne protège que les malfrats et les criminels.
    Les faibles ont tout à craindre de cette société à la dérive.
    Que cette petite fille repose en paix.

  2. Je pense qu’ils vont écoper de la perpétuité Carine, mais le problème majeur c’est de transformer l’agonie horrible de cette petite fille en problème de société, façon c’est le procès de la maltraitance, alors qu’il ne s’agit que d’une chose évidente, un crime. On a du causer des dysfonctionnements des services de l’aide sociale, mais rien sur cette mécanique de la cruauté gratuite et du meurtre sans culpabilité. Il faut tout de même entendre cette mère qui parle de sa fille « disparue » et non assassinée. Car le bon terme c’est assassinée. On comprend vite à la lecture des articles, que le couple était sur le point de se séparer quand Virginie Darras a accouché puis qu’ils se sont réconciliés avant de consolider leur union en torturant leur premier enfant jusqu’à la tuer. Comme vous l’avez remarqué aucune remarque sur les autres enfants qui ont assisté, vu, entendu, peut être encouragé ce que faisaient leurs père et mère à leur sœur. Je ne sais si la petite Marina parlait normalement, ni même si après tant de coups, elle pouvait articuler logiquement ce monde et ses sensations. Je sais juste qu’à l’instar de tous, elle éprouvait la souffrance, mais elle avait appris de ses parents à l’encaisser à doses de plus en plus massives. Elle est morte à demi-nue, seule, dans le noir, sans doute en gémissant, ça a duré longtemps, mais le père garde son mutisme et l’avocate parle de vérité qui ne se livrera pas en quelques minutes.

    • et pourquoi voudriez vous que la vérité se livre ? et devant qui ? et y-a-t il une vérité ? rien qu’une?

      ce que nous savons depuis toujours:
      – un procès n’est qu’une pièce de théatre destinée à appaiser les passions ( voir en particulier les réactions interloquées des journaloppes lorsqu’une décision de djustiss’ déplaît aux justiciables qui menacent alors la justice la république ,et en somme l’idée qu’on se fait de tout ça )
      – un avocat est payé , payé pour défendre des crapules, au nom de principes humanistes qui n’ont cours que chez nous ( et parfois n’ont pas cours, voyez nuremberg)
      – les experts psychiatriques ou psychologiques ne sont que des types qui expriment une sorte de work in progress , la psychiatrie , la psychologie appliquée à la criminalité n’est que la porte ouverte à la culture de l’excuse
      – les médias en feront leur miel , en bon et gros argent, en audimat et en recettes de publicité

      • Y a t-il une vérité ? rien qu’une

        Il me semble Kobus, qu’il ne peut y en avoir qu’une si elle existe. Mon idée ce serait plutôt que tous les domaines de l’existence et de la pensée ne relèvent pas de cette division entre la vérité et les erreurs (il y a la bêtise et les intelligences, les savoirs et l’ignorance, la science et les opinions, le catholicisme et les croyances, etc.)

  3. Voir d’ailleurs ( il fallait s’y attendre) l’article de
    « libération »:

    http://www.liberation.fr/depeches/2012/06/15/proces-des-parents-de-marina-la-video-de-l-audition-de-l-enfant-secoue-la-cour-d-assises_826289

    titre:
    « Assises: la petite Marina aimait ses parents malgré les coups répétés »

    Décidemment , je me fais vieux; je ne parviens même plus à lire ce genre de torchons avec un recul scientifique ou cynique.

    (Et si le cas de Marina était le seul….combien de drames totalement ignorés du « public » parviennent aux instituts médico légaux…)

  4. « Un enfant a toujours besoin de ses parents, quels qu’ils soient, et aussi mauvais qu’ils soient », explique la psychologue:

    J’ai arrêté là ma lecture, Hippocrate, puisque tous les termes sont faux et vidés de sens, à quoi servirait de répliquer qu’un père tyrannique n’est pas un Père mais un Ogre, qu’une mère castratrice ou envahissante n’est pas une mère mais une Terreur, un monstre alternant la douceur et l’hystérie donc provoquant la schizophrénie chez ses enfants. Je ne sais pas où ces gens ont leurs diplômes, je sais juste qu’ils sont prêts à tout pour ne pas comprendre et encore moins savoir

    • Merci Memento Mouloud et Carine, vous exprimez parfaitement ma pensée (les propos des psy me choquent également…). J’en ai les nuits et l’appétit coupés en pensant à l’horreur qu’à vécu Petite Marina. C’est indéscriptible, inimaginable, en dehors de tout sens humain. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces autres enfants victimes de maltraitance sous la « république fr. » : Chloé, Typhaine, Enzo, Marc, Rose… N’oublions pas, 2 enfants au moins meurent de maltraitance en France par jour ! Et tant d’impunité pour leurs boureaux

  5. Je ne m’y connais pas sur les séjours en taule, mais quelque chose me dit qu’ils vont prendre cher ! Je me trompe ?

  6. En effet, Caladan, ils vont prendre perpète

    Chaos, ces gens n’ont pas notre échelle de valeurs, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de sens humain. Ils en ont un justement. Les psys s’épuisent à lui trouver des raisons mais cela n’a rien à voir ou ne devrait rien avoir à faire avec l’application de la loi, donc un verdict. Ces gens ont pris plaisir pendant des années à torturer leur enfant, ils ont peut être initié à leur perversion ou du moins permis à leurs autres d’enfants d’assister à ce genre de séances, ils sont incapables de repentir parce qu’il ne s’agit pas d’un accident ou d’un geste inconsidéré mais d’une série bien ordonnée de sévices quotidiens. Il faut donc les juger en fonction du sens humain qui est le nôtre, c’est-à-dire celui où on s’occupe de ses enfants. John Stuart Mill, apôtre de la démocratie libérale disait que les pères qui abandonnaient leurs enfants devaient être envoyés au bagne, que dirait-il dans leur cas ?

  7. Ah…en fait je pensais plutôt aux détenus, en taule. Dans le cas présent ce ne sont pas des « pointeurs » comme on dit, mais néanmoins assassin de leur enfant et ça il me semble que ce n’est pas bon pour eux…

  8. Ils seront séparés des autres, Caladan, si ça nuit au « bon » fonctionnement de l’établissement, évidemment

  9. J ai lu l histoire de cette enfant, c est insuportable je n arrive pas a croire ce que je lis et pourtant c est bien reel, la nature humaine est si cruelle, pourquoi? Je suis boulversee, comment ont ils pu faire ca.. Que la petite martyre repose en paix, pour une fois j aimerai croire qu il y a un au dela et quelle puisse acceder a la tranquilité et à l enfance dont elle a été privée sur terre

  10. Franchement, RAS LE BOL de ces bourreaux d’enfants qui ne se sentent satisfaits que lorsque la mort est un aboutissement aux tortures infligées à des innocents, et qui plus est dans l’impossibilité totale de se défendre….
    Dans ma jeunesse j’aurais peut-etre chercher d’invraisemblables explications à des actes aussi horribles et avilissants..Aujourd’hui, je ne trouve aucune circonstance atténuante à ces déchets de l’humanité à qui je ne ferais pas le don d’un procès! il faut seulement leurs trouer la peau et les laisser crever à petit feu, qu’ils endurent ce qu’ils ont fait endurer à une enfant durant plus de cinq ans. je me porte volontaire, sans état d’ame, une pourriture restera une pourriture….

  11. Aurélie, la nature humaine est toujours menacée de régression vers l’animalité, mon idée c’est que la morale n’est pas innée, ni la civilisation, ni la pitié, ni la compassion donc on devient humain, on ne l’est pas à la naissance. Après, je ne sais pas quelle pouvait être la perception qu’avait de la vie, la petite Marina avec sa mémoire répétée des sévices, des coups et des injures infligés par ses parents, la seule chose qu’on puisse faire pour elle c’est lui rendre justice.

    Thomas-Gérard. Je ne leur trouve aucune circonstance atténuante, mais vous vous voyez réellement en exécuteur ?


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