Publié par : Memento Mouloud | septembre 12, 2012

Pierre Sidos et Jeune Nation

 

En 1943, Pierre Sidos avait rejoint, à l’âge de 16 ans, le mouvement franciste, témoignant d’un attachement certain au nouvel ordre européen sous hégémonie allemande. Son père, François, héros de la grande guerre, ancien membre des jeunesses patriotes et ami de Pierre Taittinger, colonel, puis inspecteur général adjoint au maintien de l’ordre sous l’autorité de Joseph Darnand, avait combattu aux côtés des allemands afin de retarder l’avance des colonnes américaines qui rejoignaient la frontière du Rhin. Appointé par les services anti-maçonniques de l’amiral Platon, François Sidos était possédé par cette passion de l’intrigue et celle des listes à établir en vue d’identifier les ennemis supposés de la France. Aussi son autre fils, Jacques, fut accusé d’avoir combattu les maquis de Poitou-Charentes. Néanmoins, la phratrie Sidos est moins limpide qu’on ne l’imagine puisqu’un autre frère, François, avait rejoint les forces navales françaises libres en 1942 et débarqué en Provence an août 1944. Quant à l’aîné, il était mort durant les combats de mai-juin 1940 tandis qu’Henri, qui avait rejoint le corps des parachutistes, mourra en Algérie, en mars 1957. Quant à la seule fille Sidos, on ne trouve rien à en dire. La seule conclusion qu’on puisse tirer de ce portrait de famille bourgeoise c’est l’attachement à la politique, au signifiant France, à la guerre, qu’elle soit civile ou non.

Le 28 mars 1946, le père Sidos après un jugement lapidaire fut condamné à mort et fusillé tandis que Jacques écopait de 10 ans de travaux forcés et que Pierre était expédié au camp de rétention du Struthof où il rejoignit deux mille jeunes en instance de rééducation politique. La famille Sidos, à l’exception de François II, ingénieur commercial aux charbonnages de Haïphong, avait perdu tous ses biens, confisqués en vertu de la loi sur l’indignité nationale. Puis les deux lois d’amnistie de 1951 et 1953 les réintégrèrent dans le giron commun où ils se firent une spécialité de se déclarer les véritables martyrs des années sombres.

Outre ses amis Pierre Louis, engagé à 20 ans dans la Waffen-SS et André Cantelaube, ancien franciste, Pierre Sidos rencontre dans le camp du Struthof un militant autonomiste breton, Marcel Bibé qui l’aurait initié aux arcanes de la Croix celtique. Plus tard, on trouvera dans le bulletin de Jeune Nation, la présentation suivante de ce logo, « nos ancêtres celtes donnèrent du soleil, symbole de la vie universelle, une représentation schématique reproduite sur les casques, les monnaies, les enseignes et dans la décoration en général. Sous diverses formes, l’image de la course solaire est donc notre emblème national le plus ancien ».

Lorsqu’il sort de cet antre, en août 1948, il prend contact avec son frère François et s’engage dans le travail du cuir auprès des tanneries Sueur de Bagneux.  Lui-même s’installe rue Saint-Martin, à Paris. Il fréquente le salon de Jeanne Pajot qui accepte de financer la première plaquette de Jeune Nation. Lancé en octobre 1949, le mouvement est enregistré en préfecture, le 28 mars 1950. Sa ligne est celle de la défense de l’Empire combinée à l’héritage maurrassien et bonapartiste.

De fait, on retrouve des membres de Jeune Nation lors des conférences de Nation et Progrès, dont le principal animateur fut Charles de Jonquières qui se prenait pour une sorte de Rivarol racialiste, et à l’occasion des élections législatives de juin 1951, où certains se présentent sur les listes UNIR (Unité Nationale et des Indépendants Républicains). Toujours passionné par la confection de listes de patronymes, Pierre Sidos publia dans son bulletin d’informations, Peuple de France et d’outre-mer, sous le titre « Quand Israël est roi…de France », une liste des titulaires des principaux départements ministériels et services officiels dont le nom sonnait quelque peu « youpin » : Mayer, Bloch, Kahn, Hirsch, Ben Kaled et d’autres, eurent donc droit à une publicité gratuite à propos de la conjuration juive.

Mais le véritable tremplin du mouvement fut la lutte anticommuniste et la déconfiture de l’armée française en Indochine. En effet, le mouvement recruta ses troupes parmi les soldats perdus radicalisés qui avaient rejoint le groupement pour la défense de l’Union Française (GSUF) ou l’Association des amis des combattants d’Extrême-Orient. Ainsi, le 4 avril 1954, des militants de Jeune Nation, infiltrés parmi des anciens combattants en tenue, giflent publiquement, sous l’arc de triomphe, le président du conseil Joseph Laniel et son ministre de la Défense, René Pleven, tandis que le 8-9 octobre, une camionnette de livraison de l’Humanité fut interceptée de manière assez musclée puisque son chauffeur, Georges Goulley, mourra des suites de ses blessures. Action qui conduisit Jacques Sidos devant le juge. Alors que le mouvement connaît un net déclin puisqu’il passe, selon les RG, de 4 à 500 militants en 1954 à une cinquantaine en 1955, un premier congrès a lieu, le 11 novembre 1955. Le Congrès charge alors Dominique Venner, officier volontaire en Algérie, de monter un camp école.

L’intervention soviétique en Hongrie va permettre un premier renouveau puisque Dominique Venner réussit à galvaniser des milliers de personnes parties à l’assaut du siège du PCF, qui fut mis à sac, tandis que celui de l’Humanité résistait à l’attaque. On comptait quatre morts et un nombre indéterminé de blessés. L’année suivante ce fut la fête de l’Huma qui fut prise pour cible. Dans le même temps, Dominique Venner développe les réseaux de Jeune Nation en Afrique du Nord recrutant parmi les milieux étudiants et militaires. Comprenant parfaitement le double-jeu anglo-américain à propos de l’Algérie, les troupes de Jeune Nation provoquent, en novembre 1957, des heurts violents aux alentours de l’ambassade américaine. L’impact est tel que le New York Herald titre, « émeutes devant l’ambassade des Etats-Unis ». Si les banderoles proclament qu’il faut défendre l’armée française partout où elle se bat, Jeune Nation, comme les gaullistes, les poujadistes et l’ensemble des « nationaux » visent la chute du régime parlementaire, ce « système » honni.

Seulement dans cette course au pouvoir les plus réalistes ne sont pas ceux qu’on croit. Paul Sérant, lucide, écrit, en 1958, « le fascisme français appartient au domaine des rêves. La première raison c’est qu’il n’est pas de fascisme sans chef. De plus, le fascisme suppose un climat nationaliste qui correspond mal à celui de l’après-guerre ». Or, en décembre 1956, Charles de Gaulle, qui n’était pas fasciste, déclarait au correspondant du New York Times : « il faut que s’installe d’abord un certain chaos. Ce régime a été fait contre moi. Il ne peut donc appeler de Gaulle pour se sauver. De Gaulle n’est pas disposé à sauver ce régime », ajoutant « on ne peut pas faire de coup d’Etat si l’opinion publique ne le demande pas ». Aussi, on allait se servir, entre autres, des militants de Jeune Nation pour porter de Gaulle au pouvoir parce Pierre Sidos n’était pas un chef et que le nationalisme d’ancien style avait péri avec Vichy. De nombreuses personnalités adhèrent alors : François Duprat, Amaury de Chaunac-Lanzac, alias François d’Orcival, Robert Martel, Jean-Jacques Susini, Philippe Sauvagnac, Jean-Luc Cazettes, Jean-Charles Marchiani.

Dissous, par le dernier gouvernement de la IVème République, Jeune Nation est sur la sellette. Aussi, Pierre Sidos obtient un rendez-vous avec Yves Guéna, directeur de cabinet de Michel Debré, alors ministre de la Justice. On lui prodigue quelques assurances. Néanmoins, afin de perpétuer le mouvement, une Société de presse et d’éditions de la croix celtique est créée et reçoit les conseils avisés de Noël Jacquemard, un professionnel. Le « Conductoire » de Jeune Nation décide donc de lancer un journal portant le nom du mouvement, désormais interdit. Henry Coston propose alors au périodique une aide matérielle ainsi que les bonnes feuilles de son best-seller, les financiers qui mènent le monde. Jacques Ploncard d’Assac, réfugié au Portugal et ancien du service des sociétés secrètes fait de même. On trouve aussi, parmi les soutiens du journal, un homme assez singulier, le franc-maçon Jean-André Faucher. Celui-ci est en contact avec la maison Albertini, mais aussi avec Jean Baylot qui dirige l’aile droite du parti radical et fut l’adversaire implacable du PCF et de François Mitterrand qu’il tenta de compromettre lors de l’affaire des fuites, en 1954. Or Faucher est apparenté au mythe errant.

Hostile au pouvoir gaulliste, Jeune Nation se transforme, brièvement, en parti nationaliste. Mais le gouvernement rend coup pour coup. En une année, on compte 450 interpellations, 76 inculpations, 180 perquisitions et 15 arrestations. Néanmoins, on poursuit, sans la connaître, la stratégie évoliste d’alliance avec les corps « sains » de l’Etat et de la société : étudiants activistes, militants nationalistes, membres présents ou passés des régiments d’élite, corps des officiers, anciens épurés. Parallèlement, la ligne qui vise à combattre le parti communiste se poursuit puisqu’une enquête sur l’assassinat par six militants d’un ouvrier tunisien près de Marseille aboutit au démantèlement d’une cellule responsable d’une série d’attentats contre les permanences communistes de la ville et de sa banlieue. Jeune Nation rassemble alors près de 4 mille militants actifs à Paris, Lyon, Marseille et Alger.

Après la journée des barricades de janvier 1960, où les militants nationalistes algérois sont en pointe, l’ensemble du staff de Jeune Nation plonge dans la clandestinité laissant aux « jeunes » le soin d’émerger publiquement, en avril de la même année, sous l’appellation de Fédération des Etudiants Nationalistes (FEN). Dès lors, Pierre Sidos, bien qu’actif dans les rangs de l’OAS-métropole, va perdre la position centrale qu’il avait occupée pour voir passer les trains de la mutation en cours des droites radicales. Il se survit dans l’œuvre Française et son périodique le Soleil, abonné aux bons de caisse des régimes arabes et à la lutte contre le « sionisme ». Comme le disait un ancien militant de l’œuvre Française : « Pierre Sidos voit arriver des jeunes prolos hyper-racistes, qui veulent bouffer du négro. Il leur explique que l’ennemi n’est pas le balayeur noir du coin de la rue mais tout ce qui nuit à la nation française. Il leur fait lire les 200 familles de Coston. Les prolos comprennent vite. Ils commencent à manger du sioniste […] Pierre Sidos est un brave exalté national-catholique, à la mode franquiste, très respectueux des formes et pas révolutionnaire du tout […] Il mène un mouvement bien traditionnel, avec insignes émaillés, brochures luxueuses et chant officiel […] Tout ce qui l’intéresse, c’est son mouvement, sa collection de croix de fer allemandes et que son fils soit reçu à Saint-Cyr », un boutiquier en somme.

 


Responses

  1. je vais vous étonner
    ou même vous choquer
    ou encore vous chagriner

    mais bon, je sais que vous ne m’en tiendrez pas rigueur

    j’aime bien dominique venner

    ça vient de la lecture de la nrh , le truc qu’il a sauvé de la faillite , au cours des années écoulées

    c’était lassant de toujours envisager l’achat d’une revue de merde au cours des voyages ferroviaires
    genre historia voyez
    le truc qui ne connaît qu’un coupable , le blanc ,mâle , pentagénaire ( si on dit « génaire » de « génios » , grec , il faut dire « penta » , non ?) et , pour simplifier , catholique

    la NRH, revue quasi confidentielle, n’a toujours pas été détrônée des étals de gare
    ce qui est surprenant , quand on connaît l’inféodation des buralistes aux ordres des nervis des NMPP….

    faut croire que ça se vend mieux que ça….

  2. Dominique Venner, c’est un nom qui m’a toujours frappé parce qu’en verlan (l’espèce de langue dialectale de banlieue parisienne), venner c’est énervé, ça lui va bien je trouve. Dominique Venner est, dans son genre, un type respectable, un combattant qui ne triche pas. Du temps où il était raciste, il lui est arrivé, avec ses potes paras ou de la FEN (fédération des étudiants nationalistes, je précise), de casser la gueule à quatre africains parce qu’ils marchaient en entourant une jeune femme blanche, il était aussi partisan d’une grande épuration sanglante des cadres de la gauche en cas de putsch réussi de l’OAS puis la défaite consommée, il a rédigé pour une critique positive qui est resté un texte de référence parmi les membres de la droite dite nationale. C’est une sorte d’adieu à la lutte armée. Après il s’est nettement calmé, on le nommera bientôt à l’académie des sciences morales et politiques, juste retour des choses.

    • je vois rien de répréhensible à tabasser quatre afwicains entourant une femme blanche lorsque les afwicains tabassent des blancs entourant des noires
      et qu’ils brûlent ou font tourner les noires en question après, histoire de leur apprendre à vivre (l’une d’elle, lors de mon passage – ancien- à l’accueil gynéco du chu , m’a confié , entre deux crises de larmes, que le moins membré du groupe, et donc le plus sadique , lui avait hurlé « tiens, en voilà une vraie , une noire , t’as compris ! »)

      histoire de politesse élémentaire , rétribution immédiate, dans un système don-contre don , qui a encore cours chez les populations encore près de mère nature

      et puisque nous les importons à tire larigo , autant se mettre à leur niveau , hein…

  3. Kobus, je disais juste que Dominique Venner agissait conformément à ses idées. Je lis et j’entends beaucoup de propos racistes sur le net ou ailleurs, Visiblement ils ne se traduisent pas dans les actes, c’est un simple constat


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