Publié par : Memento Mouloud | octobre 10, 2012

Comment tuer l’Histoire-Géographie en particulier et l’Instruction Publique en général

La mécanique interne

Il existe 1050 inspecteurs pédagogiques régionaux ou  IPR qui ont la charge d’inspecter et d’évaluer les professeurs des collèges et lycées publics ou privés sous contrat. Quatre vingt d’entre eux sont affectés à l’Histoire-Géographie. Quant aux Inspecteurs généraux ou IGEN, ils ont théoriquement une mission de contrôle, d’étude, d’information, de conseil et d’évaluation. Ils élaborent les programmes en lien avec le cabinet du ministre et la DGESCO dirigée par Jean-Michel Blanquer, ancien du cabinet de Gilles de Robien, franc-maçon et recteur de l’académie de Créteil où il proposa de monnayer l’assiduité de certains élèves de lycée professionnel. Il guigne désormais la prébende vacante de Richard Descoings.

Les 4/5ème des IGEN sont nommés par le président de la République sur proposition du Ministre et doivent être, en droit, titulaires de l’agrégation ou d’un diplôme équivalent, d’un doctorat et d’une habilitation à diriger des recherches. Un IGEN sur 5 est nommé au « tour extérieur » et doit être âgé de 45 ans, seule condition requise. Le doyen des IGEN est nommé directement par le ministre pour 5 ans. Depuis 2010, il s’agit d’Erik Roser, ancien membre du cabinet de Luc Châtel. Les doyens de chaque groupe disciplinaire sont nommés par le ministre pour une durée de deux ans renouvelable deux fois.

Sur les douze IGEN d’histoire-géographie, neuf ont été nommés par la voie ordinaire. Il s’agit du militant socialiste Alain Bergounioux, ancien du cabinet de Michel Rocard, de Catherine Trautmann puis de Michel Sapin. Ancien strauss-kahnien, on ne sait s’il fréquente le Sofitel ou le Carlton pour les séances de son groupe « Inventer à gauche ». Martine Aubry qui connaît ses talents pédagogiques lui demanda une analyse critique de la candidature de Marine Le Pen. Suivent Ghislaine Desbuissons, Tristan Lecoq des cabinets de François Léotard et Philippe Douste-Blazy puis conseiller de Dominique de Villepin enfin directeur du centre international d’études pédagogiques, Olivier Pétré-Grenouilleau, Yves Poncelet, Laurent Wirth, Laurent Carroué, Michel Hagnerelle et François Louveaux. Les trois nommés au tour extérieur sont l’ancienne bibliothécaire de Créteil et conseillère générale et députée UMP de la Guyane, Juliana Rimane qui remplace Léon Bertrand lourdé de son poste pour son manque d’assiduité et sa mise en examen pour favoritisme et corruption passive. On trouve aussi le militant de l’UMP et maire-adjoint de Biarritz, mais agrégé d’Histoire, Max Brisson. Enfin, Joëlle Dusseau, ancienne sénatrice radicale de Gironde est la troisième de la liste

Outre ses émoluments ordinaires, entre 8 et 9 mille euros mensuels, un recteur perçoit une prime annuelle de 22 mille euros, dispose d’un cabinet, d’une voiture et d’un chauffeur voire d’un hôtel particulier, d’un cuisinier et d’un jardinier.

Les complices

« Je suis opposé au fait d’obliger les gens à apprendre des choses qui ne leur plaisent pas lorsqu’ils ont atteint l’âge de 17 ans »

Patrick Devedjian

La suppression de l’histoire-géographie en terminale S était « le seul moyen d’empêcher la série scientifique d’être une filière généraliste élitiste qui mène à tout » et de combattre la « pure reproduction intellectuelle et sociale du bon vieux lycée d’avant le collège unique »

Feu Richard Descoings qui passa par les lycées Montaigne, Louis le Grand, Henri IV, avant de passer trois fois le concours de l’ENA et d’intégrer le conseil d’Etat et les forums underground.

Les menteurs, fossoyeurs et incompétents notoires

« Il importait que le programme de première aille jusqu’à nos jours afin que les élèves aient les clés de compréhension du monde actuel »

Laurent Wirth, doyen du groupe de l’Inspection générale de l’éducation nationale d’histoire-géographie, ancien du cabinet de Jack Lang et adepte de la métaphore de la serrure

« Ce discours a été écrit par Charles Maurras, connu pour son anti-républicanisme, mais on n’exigeait pas des candidats qu’ils le sachent »

Ghislaine Desbuissons, inspectrice d’Histoire-Géographie, à propos d’un discours de Philippe Pétain du 11 octobre 1940 rédigé par Gaston Bergery

« la Collaboration est aussi idéologique, marquée par l’antisémitisme que Vichy fait sien dès le 3 octobre avec la loi portant statut sur les juifs et la création d’un commissariat aux questions juives »

La même, alors que la loi en question date du 29 mars 1941 et qu’elle ne souffle mot sur la loi du 4 octobre 1940, portant sur l’internement administratif des juifs étrangers et celle du 7 qui abolit le décret Crémieux

Alain Boissinot, agrégé de lettres classiques, officier de la légion d’honneur, il intègre le cabinet de François Bayrou en 1994, prend en charge les programmes, devient recteur de l’Académie de Bordeaux, rejoint le cabinet de Luc Ferry enfin replonge à l’académie de Versailles. Il mena la lutte contre la littérature « patrimoniale » afin de lui substituer le « langage de communication » et les « contenus objectivables ». Il est l’auteur de cette phrase remarquable : afin de faire face à la diversité des élèves, il est nécessaire que le professeur connaisse « les mécanismes de l’apprentissage dont la connaissance a été récemment renouvelée, notamment par les apports de la psychologie cognitive et des neurosciences ». Daniel Favre un clown des pseudo-sciences de l’Education indiquant qu’il fallait « décontaminer les pratiques pédagogiques ».

Pierre-Yves Duwoye, énarque dans la promotion Voltaire, nommé conseiller maître à la Cour des comptes au tour extérieur, actuel directeur de cabinet de Vincent Peillon.

Bruno Racine, agrégé de lettres classiques, énarque, familier des cabinets de Jacques Chirac et d’Alain Juppé, président du Haut Conseil de l’Education en 2005, actuel président de la Bibliothèque Nationale. Il approuva la démission du mathématicien Laurent Lafforgue lorsque ce dernier lui écrivit « voulons-nous nous voiler les yeux, ne pas voir l’état dans lequel se trouve l’éducation nationale, et confier l’élaboration des avis qui nous sont demandés aux mêmes experts et responsables dont les politiques ont conduit au désastre actuel ? »

Alain Seban, directeur du Centre Georges Pompidou énarque et ancien conseiller de Jacques Chirac pour les questions d’éducation et de culture, il fréquenta tous les cabinets ministériels possibles.

Charabia

« dès la classe de 6ème, en convergence avec les dernières inflexions historiographiques et épistémologiques, une plus grande place est accordée aux acteurs d’une histoire qui assume son caractère sélectif et construit. Par le levier de la mise en intrigue et par la forte charge culturelle et patrimoniale qu’ils contiennent, les thèmes au programme mettent définitivement la discipline en rupture avec son appréhension téléologique »

Avant-propos aux Aides à la mise en œuvre des nouveaux programmes, édité par le CRDP de Versailles et préfacées par Laurent Wirth et Michel Hagnerelle, ancien doyen des inspecteurs d’Histoire-Géographie

« l’histoire s’inscrit dans le faire et l’agir […] chaque temporalité peut avoir une multiplicité d’acteurs sociaux et il importe de bien expliquer aux élèves [de 5ème] que leur saisine est toujours un acte intellectuel […] la démarche d’investigation qui place l’élève au centre des apprentissages est beaucoup moins normative et linéaire que la démarche déductive qui fige l’apprenant dans son statut d’élève recevant d’en haut le récit du professeur […] Donner du sens, c’est avoir la capacité de repérer des synchronies […] pour Bruno Latour les faits de science sont entièrement sociaux […] les historiens s’intéressent davantage à l’autonomisation des évènements, aux processus activés pendant l’évènement ».

Pour la géographie « la stratégie pédagogique de l’enseignant consiste à mettre l’élève en situation de réinvestissement des concepts par la formulation écrite ou orale […] Faute de références claires, il devient difficile de se situer par rapport aux autres, d’où l’emprunt parfois de voies non-conformes aux normes sociétales et d’auto-exclusion […] le rôle transactionnel des acteurs sociaux est primordial […] le développement durable a été élaboré en mettant en avant la notion d’équité intergénérationnelle »

Idem

« Il faut passer d’une démarche par et avec les TICE à une véritable démarche numérique de nature systémique qui intègre dans les champs d’analyse et opératoires un nouveau continuum numérique […] Il est clair qu’une véritable dynamique nationale doit articuler finement et solidairement l’ensemble des jeux d’échelle du système éducatif […] Un concept émergent : la méta-classe qui est lié à la méta-cognition. On préférera les théories pratiques […] suggérer l’appropriation du questionnement et s’interroger sur les fonctionnalités qui nous interpellent. L’oral, un autre medium d’apprentissage »

Laurent Carroué, IGEN, ancien président du jury d’agrégation de géographie en 2008 et 2009 puis du CAPES d’Histoire-Géographie, louangé par Laurent Wirth pour ces « considérations éclairantes qui nous touchent et nous interpellent au niveau de notre ressenti »


Responses

  1. Le sort s’acharne. A chaque fois qu’une administration pourrie, on retrouve un franc-maçon.

  2. Les francs-bouffons est un nom qui leur convient mieux, il me semble qu’ils colonisent aussi la direction de votre administration centrale ou les nominations importantes, Ag, je me trompe ?

    • Ho non du tout.
      La totalité des contrôleurs (généraux), bien 60% des commissaires, de nombreux officiers et en dessous, tout en bas qquns que l’on reconnait à leurs impunités d’affranchis ou leurs carrières fulgurantes, déconnectées de leurs performances.
      La Guyane en grouille.
      L’humidité qui doit favoriser la moisissure.

  3. La Guyane, c’est un bon fromage pour tous A.g, une constante dans la haute fonction publique

  4. effectivement l’histége est coulée ex des bavardages sur les risques mais qui aujourd’hui est capable d’expliquer le mécanisme des crues aux gamins de seconde à part un vieux dinosaure de mon espèce moi qui ait fait de l’hydrologie ,de l’oceanographie ,de la geomorpho(cékoi????????) on explique aux jeunes l’aléa ,le risque bien mais qu’ont compris ces messieurs dames de l’igen d’histége dont aucun n’a aucune formation mathématique à moins qu’il ne soit passé par les assurances
    pourtant il existe en france d’excellents spécialistes engéographie de ces questions :MARTINE TABAUD et son équipe ,pour la climato ,yves lageat et l’équipe de l’ubo pour tout le littoral et ses aménagements ,de même que l’isemar à nantes ,lCHARLES LECOEUR qui a dirigé le labo de geomorpho du CNRS ?JEAN RENE VANNEY pour toute l’oceanographie ,mais aussi JACQUES GUILLAUME ,alain miossec et pourquoi GERARD HUGONIE qui a rendu tant de services comme IPR par ses leçons de didactique n’est il jamais devenu IGEN,?oui ce sont bien toute une équipe particulière qui dirige l’igen d’histoire geo ;la aussi il ya conflit d’intérêt entre politique et formation des enseignants et des élèves :est ce vraiment de la compétence? pour ma part j’en doute
    le vieux grincheux

  5. Vieux grincheux, c’est un problème structurel, en ce sens que l’Histoire-Géographie est enseignée à 90 % par des anciens étudiants en Histoire dont la formation scientifique (je ne parle pas de savoirs mais bien de science) est souvent proche du néant. Les cuistres actuels ont promu l’induction amplifiante comme modèle pédagogique. Aucun de ces abrutis ne s’est demandé comment on pouvait tirer d’un dossier documentaire bancal sur un cas précis des propositions qui concernent des ensembles quasiment infinis de données. Et ce n’est qu’un exemple

    • Si les historiens sont majoritaires pour l’enseigner l’histoire-géographie, c’est parce que massivement les universitaires géographes ne préparent plus leurs ouailles aux concours d’enseignement. S’il y a 90 % d’historiens parmi les profs d’histoire-géo, c’est parce qu’il y a 90 % d’historiens parmi les candidats au CAPES. Le fait est national, qui permet effectivement ce déséquilibre des effectifs, mais qui est lié au fait que les étudiants qui étudient la géographie désormais font du SIG, de l’urbanisme, de la sociologie urbaine, de l’aménagement, et ne savent rien de l’analyse d’une carte géologique ou topographique, ni de la géomorphologie ou de l’hydrographie, et ne passent pas les concours d’enseignement.

  6. Bonjour Memento, bonjour à tous

    Par un petit bout de lorgnette, je perçois le cas particulier de l’histoire-géo ( dont je ne suis nullement spécialiste) comme un symptôme de nature quasi-psychotique, utilisé par des pervers, « comme d’hab' », afin de domestiquer les générations futures à un mode d’appréhension de la réalité,faux, mais « adapté » à un ordre totalitaire marchand ( une des nouvelles appellations: le transhumanisme)

    – suppression volontaire et programmée de la notion de causalité: indifférence à la flèche du temps, destruction de la notion d’antériorité temporelle des causes, puis effacement de la notion même de recherche ( ardue et difficile) des liens de cause à effet ( d’où l’inculture mathématique, élément d’un plus vaste ensemble logique, revendiquée par certains)

    – substitution du « chiffre » à toute théorisation non chiffrée qui en est la source: réduction du quantitatif à la statistique et à la simple calculabilité; retour à des recettes comptables et de basse phénoménologie, situation antérieure à la révolution des mathématiques démonstratives grecques, éléments elles-mêmes des outils conceptuels et spéculatifs d’un vaste ensemble qui devait concourir à la « formation de l’esprit ».
    Utilisation fallacieuse et falsificatrice de techniques mathématiques ( de type, par exemple, chaîne de Markov, techniques matricielles, applications troncquées de techniques de calcul variationnel, etc.) afin d’offrir une « caution » à des chaînes de soit -disant « causalité » à partir de « données statistiques » ( la macro économie et la climatologie selon le GIEC en sont de bons exemples, mais il en existe bien d’autres)

    – Retour de la scolastique, sous la forme d’une « métamathématique » présentant des dénominations « branchées » ( métacognition, réseaux et j’en passe)

    ( ne pas oublier que les physiciens ont définitivement renoncé à la métaphysique, au XVIII e siècle )

    une folie saint simonienne à connotation mystique holistique?

    je m’arrête là….

  7. Bonjour Hippocrate,

    Plutôt que totalitaire je dirais totalisant, le marché c’est une sorte d’infini qui agrège des multiplicités inconsistantes, seule compte une axiomatique des plus simple

    Destruction de la causalité, réduction de la recherche et de toute pensée au profit de cette pseudo-science qu’est l’évaluation (dirait Milner) ou substitution de l’indignation au commentaire (Heidegger l’antisémite, Carl Schmitt l’antisémite, Majorana en Montechristo, Cantor en fou chantant, Wittgenstein en homo névrotique, Platon en vieux fada, Jésus en transgenre incompris, Einstein tirant la langue, etc.) incompréhension complète de toute métaphysique (il suffit de lire ce qui se dit aujourd’hui sur Descartes à propos de ce qu’il jugeait obscur soit la politique et les dogmes religieux), retour de la scolastique dont Badiou fut comme le météore, modélisations fumeuses liées à la puissance des algorithmes, idolâtrie généralisée, gauche spinoziste et pourquoi pas abélardienne, quête débridée du sens (giratoire) « divin » et de la Juste Cause, voici mon tableau général.


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