Publié par : Memento Mouloud | octobre 10, 2012

Le fisc et Dieudonné, l’hypothèse « irano-syrienne » ou comment la censure douce tape au portefeuille

Dieudonné et le fisc

Selon les informations du groupe Centre France, confirmées à l‘AFP par des sources judiciaires, l’administration fiscale réclame à Dieudonné M’Bala M’Bala plus de 887.000 euros, somme qui correspond à un arriéré d’impôts sur une période de quinze ans. La justice a même ordonné la vente forcée aux enchères publiques d’un ensemble immobilier lui appartenant depuis plus de 16 ans, à Saint-Lubin-de-la-Haye, près de Dreux. L’administration fiscale lui reproche de ne pas avoir payé ses impôts sur le revenu entre 1997 et 2005, ses contributions sociales entre 1997 et 2003, ainsi que sa taxe foncière entre 2008 et 2009. Le 19 octobre 2011, le responsable du centre des finances publiques d’Anet délivre à son encontre, « un commandement valant saisie immobilière ». Le 6 janvier 2012, lors d’une audience, l’humoriste indique au tribunal qu’une promesse de vente de son bien lui a été faite pour un montant de 500.000 €. Il demande au tribunal d’orienter la procédure de vente forcée en procédure de vente à l’amiable, ce que le juge a accepté. En parallèle, il fait une demande de remise gracieuse des pénalités et majorations, reconnaissant ainsi implicitement sa dette.

Mais le 21 juin, la promesse de vente annoncée par Dieudonné n’a pas été confirmée. Il a eu beau demander à la justice un délai supplémentaire pour tenter de vendre, elle ne le lui a pas accordé, et a ordonné la vente forcée de son bien, loué à l’heure actuelle à la société Bonnie Production qu’il dirige, et à la Production de la Plume, propriété de son épouse.

Selon l’Echo Républicain, l’ensemble comprend une salle polyvalente, un ensemble d’appartements, un hall industriel, des dépendances et un studio d’enregistrement, ainsi que du terrain sur une surface totale de 1,46 hectare. La vente immobilière, dont la mise à prix a été arrêtée à 500.000 euros, aura lieu jeudi 18 octobre au Tribunal de grande instance de Chartres. En revanche, sa maison du Mesnil-Simon, près d’Anet, n’est pas menacée pour le moment. Mais à défaut d’être vendu, le site deviendrait alors propriété du fisc. Il pourrait ensuite décider de le vendre sans mise à prix minimale et demander à l’ancien propriétaire de payer le reste dû.

Dieudonné et les annulations

Parallèlement, le député-maire UMP de Nice, Christian Estrosi, s’oppose à la programmation dans sa ville d’un spectacle de l’humoriste, « qui a été condamné pour des propos antisémites« . Soulignant qu’il vient de s’apercevoir de la programmation en avril 2013 de Dieudonné dans le palais des congrès « Acropolis », M. Estrosi promet « d’utiliser tous les moyens de droit en (sa) possession pour que ce spectacle n’ait pas lieu« . « Dans le contexte national, où les tensions entre les différentes communautés sont vives, je refuse que quelqu’un qui a été condamné pour des propos antisémites se produise dans ma ville. A Nice, ceux qui prônent des thèses extrémistes doivent savoir qu’ils ne sont pas les bienvenus« , a-t-il commenté. Or Le tribunal de commerce de La Rochelle venait de condamner en septembre la société gérant le palais des congrès de la ville, l’Espace Encan, à verser plus de 40.000 euros à Dieudonné au titre de préjudices d’image et d’ordre financier, après avoir annulé une de ses représentations. Le maire (PS) de la ville, Maxime Bono, avait interdit la tenue du spectacle, prévu en avril 2009, dans un arrêté évoquant le risque de troubles à l’ordre public. A l’étranger, l’humoriste français était sous la menace de nouvelles poursuites judiciaires pour « xénophobie » et « incitation à la haine raciale » en Belgique, où son spectacle bruxellois avait été interrompu par la police, le jeudi 10 mai 2012 alors qu’il était déjà en litige avec la ville de Liège depuis le mois de mars.

Dieudonné, le cinéma, les iraniens et la censure soft : le cas de l’Antisémite

Le producteur Mohsen Ali-Akbari (Haft Aseman Cinematic Company) semblait avoir été conquis par le scénario du film l’Antisémite dont les ananas ont tant plu à Bobar : « en raison de mes croyances antisionistes, j’ai accepté de produire le film », avait-t-il affirmé au Tehran Times. Sur le site Imdb, son activité de producteur se réduit à un seul film, Ketabe Ghanouin qui narre la conversion d’une chrétienne libanaise amoureuse à l’Islam.

Le scénario de l’Antisémite tient en quelques mots : vivement encouragé par sa femme mourante d’un cancer, un antisémite maladif alcoolique et violent, déguisé en officier nazi pour un bal costumé (son épouse… en costume traditionnel breton, coiffe et robe) accepte de se faire psychanalyser par un thérapeute juif.  Filmé en quinze jours avec un budget plus que modeste, ce premier long métrage de Dieudonné, programmé en janvier 2012 sans perte ni fracas dans un seul lieu, celui du théâtre de La main d’or, tourne en dérision l’antisémitisme et égratigne au passage Auschwitz et une Shoah personnalisée en sainte. Filmé tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur, le film, dans lequel le négationniste Robert Faurisson et Alain Soral font une apparition, est monté à la façon d’un making off , puisqu’il a pour sujets parallèles le tournage et parfois l’impossibilité de mener à bien une telle entreprise (séquences en noir et blanc), que le parcours de cet homme antisémite désireux de se soigner (séquences en couleur). Excepté pour son épouse qui décèdera – et à ce sujet on nous laisse clairement entendre que ce n’est pas le cancer qui l’a tué mais son traitement administré par un professeur qui répond au blaze de Goldstein, l’homme au mille chimio et mille décès – tout finira bien, ou presque, pour le personnage principal enfin guéri de son antisémitisme mais maintenant homophobe, partant bras dessus et bras dessous avec son psychanalyste, le film bouclant sa boucle sur une énorme fête en public où Dieudonné et ses « acteurs », brandissant des ananas, reprennent en coeur le Chaud Cacao d’Annie Cordy rebaptisé pour l’occasion en « Shoah- nanas » devant une foule en délire sur le refrain « sho sho shoah-nanas/tu me tiens par la shoah/je te tiens par l’ananas/sho sho sho-ananas » drapeaux israéliens et palestiniens au vent.

A la suite d’une plainte de la LICRA, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris s’était refusé à interdire à Dieudonné la diffusion et la vente de son long-métrage. Dans son ordonnance, la juge reconnaît que « la plupart des images et propos peuvent être ressentis comme particulièrement choquants et provocateurs » mais, nuance-t-elle, « il n’est pas pour autant établi, avec l’évidence requise en référé, qu’elles constituent » un négationnisme ou une provocation à la haine contre les juifs. En outre, écrit-elle, « malgré son caractère insidieux et particulièrement outrancier, la séquence n’est nullement présentée comme une thèse scientifique ou sérieuse et nul ne peut se tromper sur son aspect parodique, étant rappelé que le juge n’a pas à se prononcer sur le bon ou le mauvais goût de ce qui est présenté comme humoristique ».

Dieudonné, Robert Faurisson, Frédéric Chatillon, l’Iran et la Syrie

Le 2 février 2012, Mahmoud Ahmadinejad ouvrit le trentième festival international du film de Téhéran. En marge de celui-ci se déroulait la seconde conférence internationale sur « l’hollywoodisme et le cinéma ». Comme l’expliquait une des participantes, un des objectifs de cette manifestation était de réunir des « gens soucieux de combattre le sionisme qui empoisonne le milieu cinématographique et qui, par là même, répand sa propagande mensongère et totalement dénuée d’humanité (1) ». Une délégation française était présente dont le showman était Robert Faurisson.

Il n’était pas venu seul  mais accompagné de quelques personnes dont Dieudonné M’Bala M’Bala. Celui-ci  présentait son long-métrage « L’Antisémite », la « première comédie sur l’holocauste ». Les liens publics entre Dieudonné et Faurisson remontent à décembre 2008, où Dieudonné fit monter sur scène le vieux négationniste littéraire et historique. Leur rencontre se fit par l’intermédiaire d’un troisième homme : Paul-Éric Blanrue, ancien fondateur et président du cercle zététique et collaborateur de la revue Historia. Ce dernier est central dans l’itinéraire final de Robert Faurisson. Il est, en quelque sorte, à l’origine du retour de la bête sur le devant de la scène de l’histoire microcosmique du négationnisme si bien que Paul-Éric Blanrue vient de réaliser un film à la gloire de l’universitaire déchu, « Un Homme », mis en ligne fin septembre 2011 et traduit rapidement dans plusieurs langues.

Nénamoins, les liens entre l’Iran et le régime syrien n’étant un secret pour personne, les ennuis fiscaux de Dieudonné résonnent étrangement avec les soupçons pesant sur Frédéric Chatillon, très proche de Marine Le Pen et du cercle rapproché de Bachar El Assad. En juillet 2011, Frédéric Chatillon faisait l’objet d’une enquête de la brigade financière à la suite d’un signalement de Tracfin, le service antiblanchiment de Bercy. Les enquêteurs n’ayant rien trouvé, tout fut abandonné. Ils se penchaient sur les virements effectués par l’ambassade de Syrie à Paris au bénéfice de Riwal, la société de M.Chatillon. Ils se seraient aussi intéressés à la galaxie Riwal, un ensemble de sociétés gérées par d’anciens membres du GUD.

En juin 2011, M.Chatillon lançait Infosyrie, site Internet qui se veut un « organe de réinformation » au profit du régime en place. Ami de Mustafa Tlass, ancien ministre de la défense d’Hafez Al-Assad, M.Chatillon l’a été aussi de son fils Manaf, proche de Bachar Al-Assad et général de la garde présidentielle, qui vient de faire défection. Cette nouvelle saluée en ces termes, le 6 juillet, par Infosyrie: « Manaf Tlass commet quand même une désertion devant l’ennemi, lui le général: il trahit non seulement Bachar mais les hommes qu’il a commandés, dont certains sont morts et dont d’autres mourront encore au combat. »

Interrogé par Mediapart, M.Chatillon laisse entendre que les investigations menées l’ont été pour des raisons politiques, avec Marine Le Pen en ligne de mire. « Je ne sais si c’est Sarkozy ou l’Etat français, mais, en tout cas, c’est politique. (…) A cause du bruit autour de la campagne de Marine, ils ont cherché des trucs », affirme-t-il.

 France 3 / Le Monde / Droites extrêmes / Le Nouvel Obs / Mediapart

La vie de saint de Bobby Faurisson selon Paul-Eric Blanrue : http://www.zetetique.ldh.org/


Responses

  1. ha putain, c’était ça , les ananas ?
    fallait le dire tout de suite

    dire que je me suis creusé la tête cet été pour piger….

  2. Je suis comme vous Kobus, j’ai découvert en rédigeant le post

  3. Mais tous les éditeurs français auquel le projet est soumis refusent l’ouvrage. Paul-Éric trouve alors éditeur en Belgique, en la personne de Marco Pietteur . Toutefois le diffuseur en France de celui-ci refuse de placer l’ouvrage en librairies… L’avocat John Bastardi Daumont dénonce une « censure par le vide » . Le livre est diffusé en France pendant six mois par correspondance jusqu’à ce qu’il finisse par trouver un diffuseur et soit mis en vente normalement. Le livre se vend à 10 000 exemplaires et bénéficie à ce jour de trois éditions corrigées et augmentées.

  4. Merci offshore


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