Publié par : Memento Mouloud | décembre 9, 2012

Déculturation, mode d’emploi par Loys Bonod

Les réformes de l’enseignement du français ont été pensées pour adapter l’école au collège unique, et à la massification qui s’en est suivie. Concernant plus particulièrement le français, on peut parler de casse, voire de catastrophe, même pour l’orthographe la plus élémentaire en fin de scolarité obligatoire. Notre propre langue devient étrangère à nos élèves. L’idée générale est qu’il fallait renouveler l’enseignement du français, procurer du plaisir, rechercher la spontanéité, promouvoir l’expression orale, décloisonner les disciplines, enseigner en séquences – ne plus enseigner un jour l’orthographe, un autre jour la grammaire et un dernier l’étude d’un texte mais faire tout cela ensemble à partir d’un texte, mettre en place l’interdisciplinarité – par exemple, l’enseignement du français doit aller de pair avec les arts plastiques ou l’histoire-géographie…

L’orthographe et la grammaire sont aujourd’hui réduites à la portion congrue. Et pourtant, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. A ce sujet, les élèves ne font que trop peu d’exercices répétitifs, pourtant nécessaires car structurants. Lorsque j’étais en primaire, j’ai le souvenir précis que je faisais chaque soir mes trois ou quatre exercices de Bled. Aujourd’hui bien souvent, les élèves étudient vaguement un texte, apprennent un peu de poésie, savent compter en anglais. Certains réformistes militent pour la suppression totale des devoirs à la maison.

Évidemment, face à la baisse inexorable du niveau, il a fallu diminuer considérablement les exigences (sujets simplifiés, consignes de notation complaisantes…). Résultats : on est obligé aujourd’hui de fournir des formations de français à des étudiants ou des salariés qui savent à peine lire ou écrire, et on exige de candidats à un poste une certification Voltaire en orthographe. Autre constat : la diminution dramatique des horaires en français. Sur l’ensemble d’une scolarité, on a ainsi perdu trois ou quatre années de français. Un élève de troisième a maintenant le niveau d’un élève de CM2 des années 70 ou 80 ! Les dictées du brevet correspondent à un niveau de primaire.

En rejetant tout ce qui pouvait présenter trop de difficultés, on a privilégié la notion de plaisir dans les nouveaux programmes. Cela a pu sembler une bonne idée sur le papier. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Au collège, on invite à étudier des œuvres de jeunesse, assez pauvres au niveau littéraire. Résultat : les élèves ne sont plus familiarisés avec les textes classiques, leur syntaxe élaborée et leur vocabulaire riche et nuancé.Paradoxalement, les programmes de français au collège et au lycée sont devenus quasiment universitaires. Par exemple, on étudie la « focalisation », alors que c’est une notion que je n’avais moi-même abordée qu’en licence de lettres.

Je constate aussi – non sans amertume – que l’on dissimule cet échec avec des mesures telles que le livret de compétences, la disparition des notes chiffrées ou encore la suppression du redoublement. Mais ce n’est pas en interdisant les notes et le redoublement que l’échec scolaire disparaîtra. Le numérique est considéré par certains comme un « deus ex machina » qui va sauver l’école de tous ses maux. Il apparaît aux yeux des nouveaux pédagogues comme le prolongement naturel de toutes les réformes catastrophiques mises en œuvre depuis les années 90, à savoir l’individualisation, le constructivisme, le refus de l’effort, etc. A ce titre, non seulement je ne crois pas que le numérique puisse sauver l’école, mais je crains qu’il ne fasse qu’aggraver la crise actuelle.

Comme le souligne Xavier de La Porte (cf. cet article), la nouvelle fracture numérique n’est plus située entre ceux qui ont accès à Internet et ceux qui ne l’ont pas, mais entre ceux qui savent définir un cadre raisonnable pour son utilisation à leurs enfants et ceux qui n’y parviennent pas. Elle est désormais entre ceux qui utilisent massivement le numérique à des fins de consommation passive et de divertissement et ceux qui en ont un usage créatif et éducatif. La fracture numérique prend une autre forme, celui du « temps gaspillé », estime-t-il à juste titre. Les écrans sont en effet chronophages et addictifs. Il est important que les enfants ne soient pas connectés trop jeunes.

Je m’inquiète de la généralisation des ordinateurs dans la chambre des enfants. Idem pour les réseaux sociaux ou les téléphones portables prématurément confiés à des enfants. Toutes choses qui échappent par nature à la supervision parentale. D’ailleurs à ce sujet, personne n’a vraiment réfléchi à l’usage des portables à l’école et à ses implications. On a subi le phénomène. Or, à quoi peut bien servir un portable à l’école ? A rien ! Un portable porte même atteinte à la scolarité de l’élève. Je songe à ce parent inquiet face aux résultats de son fils en chute libre : son fils en quatrième venait de recevoir un smartphone et passait son temps à envoyer des SMS pendant les cours, voire à téléphoner.


Responses

  1. comme je disais à un commensal ( mais ça ne vous surprendra pas d’apprendre que je n’ai pas été réinvité) « le par coeur , c’est la base de tout , mon ami , d’ailleurs , voyez, les misilmons apprennent le coran par coeur, voyez vous une meilleure raison de promouvoir cette discipline? »

    ça a jeté comme un froid…

    • J’adore ce genre de sortie. Celle ci est particulièrement savoureuse

  2. Avec ou sans fouet et bâton ?

    • avec férule !
      j’adore ce terme , férule, plus personne ne l’utilise
      sauf moi
      « madame , vos mastodynies viennent de ce que votre glande mammaire est sous la férule de vos hormones , lesquelles varient au cours du cycle  »
      « gneu ???? »

  3. Les opérateurs français annoncent que certains adolescents envoient entre 2 000 et 3 000 SMS par mois !

  4. Je lis dans le Trésor de la langue française à férule, à l’article férule, « Diriger un établissement secondaire, enseigner »

    Cliff, je pense que certains commencent à 7h du mat et finissent dans les 1 h du mat

    • j’ai vu , il y a quelques années , une gourdasse de 25 ans , se plaignant d’une tendinite du fléchisseur du pouce ( droit)
      elle avait fait le lien avec les sms
      mais elle a continué à en envoyer
      comme quoi….errare humanum….

  5. le sms relie les hommes, Kobus

    • ça me semble cohérent…..
      je suis demi centenaire et j’ai tout vécu , des téléphones à pièces aux téléphones à cartes, des motorolas pour les gardes et astreintes aux alphapages pour les mêmes gardes (ça portait un peu plus loin), des premiers gsm aux premiers sfr
      maintenant c’est une débauche de trucs et de machins , chers sophistiqués et inutiles
      y en a pas un qui te fasse le café lorsque tu rentres chez toi, pas un qui te fasse une branlette non plus

      jamais les gens n’ont autant communiqué
      jamais ils n’ont dit autant de trucs inutiles, ininteressants , creux

      jusqu’à la fin, je résisterais à touitaire et à ses maudits 100 signes, sa dictature de l’instantanné

      imagine, mon ami , jules césar obligé de résumer la guerre des gaules en 150 signes
      la théorie du calcul différentiel en 2000 signes
      les arbres décisionnels de la prise en charge des désordres hydroélectrolytiques en 3000 signes

      sans compter que lorsque les doigts tapent sur les touches minuscules , assemblées par des petits chinois sous alimentés ( ha non, sur alimentés , ils se cassent plus facilement lorsqu’ils se défenestrent, il paraît), la cervelle ne travaille pas, elle se focalise sur ce petit écran de merde ( que , personellement , avec mon âge désormais vénérable, j’ai du mal à voir)
      genre « téou? » ou « tavu la prof?tro laonte lol »


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