Publié par : Memento Mouloud | mars 10, 2013

Charles Krafft ou l’artistocrate était un histrion néo-nazi

KR

Jusque-là, certains pensaient que les piécettes de Charles Krafft, céramiste américain de 65 ans basé à Seattle, étaient simplement parodiques et transgressives, comme toute la subversion sponsorisée par le marché de l’art, les musées et les contribuables. A travers la porcelaine, il réalise des caméras de surveillance ou des grenades, des AK 47 ou autres revolvers. On peut d’ailleurs voir certaines de ces œuvres à la Halle Saint-Pierre (Paris, XVIIIe) dans le cadre de l’exposition « Hey ! », dont Rue89 est partenaire. Il a semé des swastikas à tout va (savon et parfum avec la mention « Pardon », décoration de gâteau de mariage) et réalisé certaines céramiques à partir de cendres humaines. En 2003, il a notamment réalisé une théière avec la tête d’Hitler, exposée en 2007 au musée des Beaux-arts de San Francisco, présentée avec cette notice : « “Hitler, Idaho” de Charles Krafft ressuscite l’image d’Adolf Hitler pour critiquer le fascisme et le rôle du kitsch. Le bec et la poignée de la théière ressemblent aux cornes du Diable, suggérant qu’Hitler était un être démoniaque et mauvais. L’inscription “Idaho” en police germanique fait allusion à la réputation de cet Etat d’être un refuge pour les groupes racistes et néonazis comme Aryan Nations. Le couvercle de la théière sert aussi de kippa, une référence aux révélations selon lesquelles plusieurs suprémacistes blancs étaient de descendance juive. »

charles krafft gun

Ses œuvres ont été exposées à New York et San Francisco ; il a fait l’objet d’articles dans le New Yorker, Harper’s Magazine. Aussi, Charles Krafft est reconnu. Un article de The Stranger, hebdomadaire de Seattle, a mis à mal sa réputation de subvertocrate standard en dévoilant son antisémitisme et son négationnisme.

La journaliste Jen Graves a retrouvé un podcast de juillet 2012 sur un site appelé The White Network – baseline : « Des Blancs parlent aux Blancs des intérêts blancs. » Krafft y est interviewé : « Je crois que l’Holocauste est un mythe […] utilisé pour promouvoir le multiculturalisme et la mondialisation. […] Ce ne sont pas juste les juifs qui promeuvent cette chose. Oui, c’est leur petit mythe. Mais on va être regroupés par les juifs, on va être regroupés, si ça continue, par des gens comme nous. […] Les juifs ont monté les Blancs les uns contre les autres. » Le révisionnisme est « une bonne arme à utiliser contre les gens qui essaient de nous remplacer », ajoute-t-il. Il explique avoir commencé à changer d’avis sur la Deuxième Guerre mondiale et l’Holocauste après avoir lu un livre sur un archevêque roumain extradé des Etats-Unis pour crimes contre l’humanité. Selon Krafft, qui a enquêté sur le sujet, les charges ont été fabriquées de toute pièce. « Ça m’a amené à enquêter sur l’Holocauste en découvrant les écrits de Kevin MacDonald [professeur de psychologie aux thèses antisémites, ndlr] et des leaders intellectuels de ce qu’on appelle le mouvement des suprémacistes blancs. »

krafft 4

Pas besoin d’aller très loin pour trouver d’autres preuves de son antisémitisme – Krafft ne s’en cache pas. Sur son compte Facebook (privé), il partage des articles sur le négationnisme. Le 14 janvier, il écrivait : « Pourquoi y a-t-il parmi les monuments glorifiant l’histoire de cette nation à Washington DC, un musée des horreurs dédié à des gens qui n’ont jamais vécu, ne se sont jamais battus, ni ne sont morts ici ? Le USHMM [le musée des Etats-Unis en mémoire de l’Holocauste, ndlr] a été érigé avant même qu’il y ait un monument aux 465 000 Américains morts pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et personne n’a fait assez pour sauver les juifs d’Europe ? »

En février 2013, Jen Graves a envoyé cette question à l’artiste : « Croyez-vous que le régime d’Hitler a systématiquement tué des millions de juifs ? » à laquelle il a répondu : « Je ne doute pas que le régime d’Hitler a tué beaucoup de juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, mais je ne crois pas qu’ils aient été amenés de force dans des chambres à gaz et tués. »

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Contacté par une organisation de lutte contre la haine raciale, Krafft confirme : « Puisque j’ai admis être un sceptique de l’Holocauste et m’identifier comme un Wasp [à l’origine, acronyme de “White Anglo-Saxon Protestant” ; aujourd’hui, veut aussi dire “White race, Anti-Semite, Puritan”, ndlr] sur un site de nationalisme blanc, je ne peux pas vraiment dire que j’ai été diffamé. Cependant, j’aimerais préciser que je n’ai jamais essayé de duper les collectionneurs d’art et les commissaires d’expo avec de la satire et de l’ironie dans mon art tout en me moquant d’eux. Mon opinion sur les races et l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale n’a changé que relativement récemment. »

Face à cette nouvelle transgression subvertocratique, les gardiens du Temple de l’art contemporain et du Bien éternel, oubliant que la question du qui et du quoi sont indissociables, érigent le c’est mon choix et la règle suprême des cotations de marché en commandements suprêmes. The Globe And Mail résume cette orthodoxie : « Les acheteurs et les admirateurs de l’art de Krafft sont gênés parce qu’ils ont eu une interprétation du travail de l’artiste différente de la sienne. Mais depuis quand les intentions de l’artiste signifient-elles tout ? Et depuis quand la personnalité haineuse d’un artiste invalide-t-elle son travail ? (L’idée que nous devrions dénigrer les peintures de Picasso parce qu’il était mauvais envers les femmes est beaucoup avancée aujourd’hui, mais n’a pas poussé les grands musées à se débarrasser de son travail. Et nous lisons toujours Ezra Pound et Yukio Mishima.) »

Rue 89 / BAM


Responses

  1. C’est un thème récurrent que je résumerais ainsi : doit on connaitre la vie de l’auteur pour juger son oeuvre ?
    A mon avis, la réponse est non s’agissant de l’art en général.
    Mais il y a des cas particuliers où la vie de l’auteur fait partie de son oeuvre.

  2. Votre adresse est magnifique DSL. On peut difficilement démêler l’œuvre de la vie au XXème siècle, du moins dans le domaine des arts dits plastiques, à quelques exceptions près, comme celle de Bacon. En effet, le peintre ou le sculpteur du XXème siècle ne se pose pas la question des œuvres mais de la peinture en général ou de la sculpture comme telle. A partir de là, l’œuvre s’efface au profit de la performance et du happening (à partir de Duchamp et Malevitch) si bien qu’on peut, en toute légitimité, dire de Dali qu’il fut un peintre médiocre ou un artiste génial et précurseur, d’autres vous diront, lapidaires, qu’il fut un sale type, généralement ils sont de gauche. Ce que je connais de Krafft en fait un publicitaire de lui-même comme Koons ou Ben, ni plus, ni moins. J’avoue que ses opinions me sont indifférentes et ses œuvres me laissent de marbre

  3. […] Voyez à ce sujet cet excellent article chez BAM : Charles Krafft ou l’aristocrate était un histrion néo-nazi […]


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