Publié par : Memento Mouloud | juin 12, 2013

La chute du clan Tabarot ?

La secrétaire générale de l’UMP Michèle Tabarot, membre du clan pied-noir Tabarot et députée-maire du Cannet (Alpes-Maritimes) post-OAS, pourrait être visée par l’enquête ouverte en 2008 contre son frère en Espagne. L’ancienne thuriféraire des aspects positifs de la colonisation dont elle voulait faire un dogme, à la manière de Madame Taubira, pour satisfaire son admiration sans bornes pour son Père en une sorte de complexe d’Œdipe jamais soldé, se trouve donc dans une posture délicate. Dans les années 1980, après la mise en liquidation judiciaire de sa première société en France, Roch Tabarot, son frère, revient s’installer à Alicante, alors que le maire socialiste de Benidorm signe le jumelage de sa ville avec Le Cannet, sous l’impulsion de Michèle Tabarot, alors la plus jeune adjointe au maire de France. Pour comprendre ce réseau de relations étoffé, il faut revenir à ce qui est connu du parcours du papet Tabarot, Robert dit Rocher.

Celui-ci est un ancien champion d’Afrique du Nord de boxe, un fonceur, un bagarreur, comme cette communauté en a enfantés beaucoup. Seulement, sa bagarre ne s’est pas limitée aux rings de boxe. Il a été un élément moteur de la fondation, à Oran, de l’OAS bien que son oncle ait dirigé l’Oran républicain, orienté à gauche. Contre-terroriste et responsable de la stratégie de la terre brûlée menée par l’OAS dans cette ville, Robert Tabarot emmène les siens en Espagne dès lors que l’abandon est consommé.

A Alicante, il ouvre une pizzeria, mais consacre l’essentiel de son temps à une association qui cultive la mémoire recomposée, à la fois larmoyante, haineuse et solaire du mythe de l’Algérie française. Parallèlement, il organise le soutien matériel aux anciens activistes de l’OAS via l’association Solidarité et Union française sans que l’on sache s’il est concerné par le contre-terrorisme international dans lequel vont plonger nombre d’anciens de l’OAS. La communauté pied-noir, très nombreuse, crée même sa propre école privée, la Nouvelle école française d’Alicante où la jeune Michèle commence sa scolarité. Après la loi d’amnistie de 1969, la famille s’installe à Cannes. Il devient rapidement une personnalité locale et se fait connaître en créant une cinquantaine de « maisons de pieds-noirs » puis se fait élire conseiller municipal.

Tandis que sa fille est une très jeune conseillère et son fils, un entrepreneur à la Bernard Tapie, Robert Tabarot inaugure Aqualandia, un parc aquatique à Benidorm. Pour ce faire, les Tabarot se rapprochent de deux dirigeants du Parti populaire (PP) : Eduardo Zaplana, successivement maire de Benidorm (1991-94), dirigeant de la Région de Valence (1995-2002), puis ministre du travail et porte-parole du gouvernement Aznar (2003-2004), puis Luis Diaz Alperi, maire d’Alicante (1995-2008) et député régional de Valence, mis en examen à de multiples reprises dans les affaires usuelles du PP. Le premier s’était spécialisé dans la dilapidation de l’argent public en faveur des intérêts privés sans oublier son alliance avec tous les promoteurs véreux ou non de la région.  Il a donc, comme les politiciens grecs, ruiné sa région pour un bon moment et endetté trois générations de valenciens. Le second a démontré sa nullité en organisant de manière grossière une fraude fiscale à son profit.

La presse souligne l’amitié ancienne de Roch Tabarot et du futur ministre d’Aznar, invité de certaines fêtes familiales sur la Côte d’Azur. « La croissance du groupe Riviera est étroitement liée à l’ascension politique de Zaplana », analyse l’agent immobilier Cancela.

Dans les années 1990, Roch Tabarot investit dans la construction d’un complexe résidentiel de luxe, Golf Bahia, 150 000 m2 de terrains situés à proximité du parc d’attraction Terra Mitica. Il revend l’opération en cours de route. L’enquête judiciaire ouverte pour des malversations sur le parc – qui a coûté 400 millions d’euros – met en cause l’exécutif régional, et révèle que la famille de Zaplana a aussi spéculé sur des terrains voisins. Roch Tabarot obtient aussi l’autorisation d’exploiter un casino, le Costa blanca, à Villajoyosa, avant que le fisc découvre des irrégularités de gestion, en particulier le non-paiement des taxes dues à la région, et remette en cause sa licence.

À Alicante, le maire (PP) Luis Diaz Alperi ménage lui aussi le promoteur français. Alors que l’administration communale conteste le projet du groupe Riviera d’installer son siège social dans les locaux de l’ancien lycée français de la ville, Diaz Alperi ferme opportunément les yeux. Les travaux sont réalisés sans permis de construire, ni autorisation d’activité par l’architecte de Tabarot qui n’est autre que celui de la mairie. Coïncidence : Diaz Alperi démissionne d’ailleurs de ses fonctions le jour de l’arrestation de Roch Tabarot.

Mis en examen par les juges espagnols de l’Audiencia nacional pour une escroquerie immobilière estimée à 72 millions d’euros, Claude Roch Tabarot a notamment vendu des centaines de maisons à bâtir sur des terrains qui ne lui appartenaient pas. Son groupe immobilier, Riviera Invest, a aussi opéré des retraits massifs en espèces, à hauteur de 13,5 millions d’euros, et de nombreux virements vers le Maroc, les États-Unis et la France.

Des victimes françaises s’apprêtent à réclamer de nouveaux actes d’investigation: ils pourraient conduire la justice à vérifier le train de vie et les modalités de financement de l’activité politique de Michèle Tabarot et de son deuxième frère, Philippe, secrétaire national de l’UMP, conseiller général des Alpes-Maritimes et candidat à la mairie de Cannes en 2014. En effet, le plus proche conseiller de la secrétaire générale de l’UMP, Frank Mezzasoma, trésorier adjoint de la fédération UMP des Alpes-Maritimes, a été l’un des actionnaires de la holding de Roch Tabarot. Ce proche collaborateur de Michèle Tabarot assure qu’il a quitté la société en 2007, avant l’ouverture de l’enquête, mais il refuse de s’exprimer sur les malversations et les sorties en espèces, relevées dès 2005, par la police espagnole. En 2008, lorsque l’affaire a éclaté, il avait quitté quelque temps, « pour des raisons privées », le cabinet de la maire du Cannet.

Selon le quotidien El Mundo, plutôt de droite, les services de police espagnols vérifient l’hypothèse qu’une partie des fonds soit allée vers un financement politique de l’UMP, ou à un soutien « à la carrière politique de Michèle ». « Je sais que des fonds, plus de trois millions d’euros, ont été emmenés en voiture dans les Alpes-Maritimes à l’occasion des élections municipales de 2008 », assure Robert Garcia, l’un des Français floués par le groupe Riviera. Naguère proche du clan familial, Garcia a perdu plus de 340 000 euros dans l’achat de dix studios dans une résidence universitaire du groupe Riviera à San Vicente del Raspeig, près d’Alicante où le clan familial s’était réfugié en 1962 après avoir quitté, contraints et forcés, une Oran aux mains du FLN.

Selon les victimes, le groupe Riviera aurait eu recours à plusieurs sociétés off-shore.« Roch m’a dit qu’il avait mis une partie de l’argent aux îles Caïmans, poursuit Robert Garcia. Il m’a promis de me rembourser plus tard, en prétextant que la police le surveillait, et qu’il ne pouvait pas voyager. » Garcia attend toujours. « À San Vicente del Raspeig, l’un des vendeurs des terrains a été payé d’un pot-de-vin de 600 000 euros via une société aux îles Caïmans », témoigne Miguel Cancela, un agent immobilier français, victime lui aussi de l’escroquerie.

« Le groupe Riviera a disposé d’un volume très important de fonds entre les années 2005 et 2008, dont la destination a été différente de celle pour laquelle ils ont été confiés, notent les enquêteurs de la police judiciaire espagnole. Une somme supérieure à 8,3 millions d’euros (…) apparaît répartie entre différents pays, le Maroc pour 7 millions d’euros, suivi des États-Unis (772 000 euros) et France (607 043 euros). Ces montants sont suffisamment significatifs pour s’interroger sur l’usage de ces fonds et la logique de cette opération. »

L’analyse des comptes bancaires révèle, selon les policiers, « une gestion irrationnelle du grand patrimoine accumulé » :« Paiement par carte bleue pour plus de 700 000 euros au Banco Popular, école des enfants, clubs nautiques, leasing de véhicules de luxe, paiements de compagnie de jets privés, frais d’hôtel élevés, transferts à des proches de M. Tabarot. » Elle montre aussi« la volonté d’occulter la destination d’importantes quantités d’argent, comme le montrent les sorties en espèces (13,5 ME), ou les transferts de fonds à l’étranger (8,4 ME). »

Le groupe de Roch Tabarot a vendu de nombreux appartements sur plans, pour des programmes de constructions non réalisées à Grenade et Murcie. Il remettait aussi des photocopies couleur de garanties bancaires aux acheteurs, de façon à annuler les originaux sans qu’ils le sachent. « Cette pratique montre que l’on a non seulement falsifié des documents commerciaux, en remettant des photocopies à la place d’originaux, mais qu’on a créé la sensation de sécurité chez les clients », signalent les policiers.

« Il y a des familles qui sont absolument ruinées, des retraités qui ont tout perdu, 60 ans de travail partis en fumée, commente Miguel Cancela. À Murcie, ils ont loué un terrain, mis une cabane en préfabriqué et vendu 2 000 appartements sans être propriétaires. Pour acheter, vous deviez verser 50 %, et vous aviez, soi-disant, votre appartement dans six mois. Mais ils n’ont rien construit des 2 000 appartements vendus ! »

Miguel Cancela détaille une « tactique bien rodée » : « Riviera les rappelait et leur disait : “En fait on ne va pas construire à Murcie, parce que les prévisions immobilières ne sont pas bonnes. Je ne vais pas vous rendre votre argent non plus, mais si vous ne voulez pas tout perdre, je peux vous bifurquer sur la promotion à Alicante, j’ai quelques studios, normalement ils valent 35 000 euros mais là ce sera 90 000 euros parce qu’ils sont en fonctionnement.” Les gens se disaient qu’il valait mieux signer à Alicante, du coup Riviera arrivait à soutirer 55 000 euros en plus ! Ils ont construit sans payer personne, à chaque fois ils changent de promoteur, ils calculent tout. Partout où ils vont, ils le font, ils s’en fichent, ils sont couverts par la justice. Je ne m’explique pas comment une personne qui a détourné autant d’argent à trois banques privées, qui a vendu 4 000 appartements, qui a arnaqué des milliers de familles, puisse sortir de prison comme ça. » En septembre 2008, Roch Tabarot a en effet été remis en liberté moyennant le paiement de 60 000 euros de caution.

Son arrestation a été une séquence de film. Ayant appris que les dirigeants du groupe allaient partir au Maroc en jet privé, des victimes ont annoncé à la police qu’elles allaient les en empêcher manu militari, compte tenu du risque de fuite. Les policiers acceptent de tendre une souricière à l’aéroport. « Ils les ont laissés monter dans le fourgon qui les conduisait à l’avion et là cinq voitures sont apparues et des policiers sont sortis, armes aux poings », se souvient Miguel Cancela.

La remise en liberté, la faible caution, puis un premier non-lieu, cassé par l’Audiencia nacional en juillet 2011, laissent à penser que les appuis politiques post-franquistes de la famille Tabarot en Espagne, comme philo-pieds-noirs en France, n’ont pas été inactifs. Le tribunal de commerce d’Alicante a néanmoins déjà condamné, en première instance, Roch Tabarot à une interdiction de gérer de cinq ans.

Le Monde / L’Express / Mediapart / Alain Ruscio/BAM


Responses

  1. […] Mezzasoma, trésorier adjoint de la fédération UMP, a été, selon Mediapart, l’un des actionnaires du holding de Roch Tabarot« . Un conseiller ayant quitté la Mairie juste au moment des premiers soupçons pour s’occuper […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :