Publié par : Memento Mouloud | mai 4, 2014

Il était une fois le frontisme (2) : le vague bleu Marine

Vague bleue Marine, c’est le titre tendance qui suit le sondage sur les élections européennes. On sait déjà que les cortèges antifascistes se préparent à des lendemains de manifestations avec fanfares et fifrelins comme si la campagne pour la prochaine élection présidentielle tentait de masquer l’ennui mortel de son retour cyclique. Marine Le Pen première au premier tour sonne comme le buzz du printemps européen, l’invitation à s’intéresser à une campagne qui n’en finit pas de ne jamais commencer. Hollande est un homme usé et fini, un homoncule qui n’a plus rien à fournir en termes de bouffonneries et de jactance si bien qu’il observe son étoile pâlir avec effroi. Il ne sera ni un Mitterrand, ni un Auriol, même pas un Guy Mollet dans le carrousel des médiocrités qui ornent le tocsin démocratique. A voir ce qu’est devenu Jospin, il est probable que la retraite du petit François sera dorée et qu’il pourra se payer le luxe d’un retour en grâce quand la mangeoire de l’oubli aura recouvert son quinquennat catastrophique.

Quand il n’y a rien à attendre des grands rituels de la République, quand la manœuvre gaullienne pour insuffler un peu de sublime dans la démocratie française s’avère une transposition kitsch du toucher des écrouelles avec son président en quadrichromie s’échouant en phoque sacré sur l’autel des mairies, quand on perçoit l’impuissance verbeuse et vertuiste du premier magistrat d’un pays évanescent, on peut se demander si la question porte réellement sur le socialisme ou sur le régime en place et la part de chacun des acteurs de la fraude dans un tel délitement. Marine Le Pen en tête du premier tour des pseudo-consultations européennes révèle à quel point les français tétanisés par l’envol des prix de leurs dépenses courantes, les français paupérisés, les français cocufiés, les français pris à leur propre miroir de peuple le plus beau de la Terre mais comme transpercés de mycoses s’éveillent dans la peur de se voir si nus et quelque peu défraîchis dans la lumière du jour. Ouvrons les persiennes, que le soleil radieux de la France éternelle nous attende demain, semblent clamer les barytons du pays réel.

Les français ont peur de ne plus être personne, pas même un rom, ils savent bien que voter Hollande ou Copé, pour la gauche mélenchonnée, la droite d’avant-hier ou le centre béarnais, ce n’est même plus pisser dans un violon, c’est abdiquer purement et simplement, attendre du futur contingent qu’il propose son alternative, émigré diplômé ou fonctionnaire territorial dans un pays qui aura comme tous les autres sa culture de synthèse avec ces princesses du peuple et ses fanions patriotiques. Sarkozy, avec toute sa candeur, et son projet de Musée de l’Histoire de France combattu par les oies du capitole historiographique, a parfaitement résumé ce qu’était l’avenir de la France, le musée, le tourisme, une sorte de Luna park avec saucissonade et mosquée cathédrale pour la minorité dont il faut bien respecter les droits à l’islamité, comme il y a des droits à la cupidité, à la TNT, à la chasse, à la pêche et un patrimoine historique et des directives européennes pour les encadrer. Et les éliminer quand les mentalités seront prêtes, comme le prouve le sort des fumeurs, drogués d’ancien style.

En mentionnant Marine devant les petites mains des sondages qu’on imagine médusées, les français du frontisme trans-classes voudraient créer l’évènement, ils pensent que verser un petit bulletin dans une urne avec un nom devenu synonyme de transgression, c’est marquer du signe de la colère un geste qui n’a plus de signification depuis longtemps. Dans l’absence actuelle d’évènement politique tranchant sur le déclin du pays et sa partition grotesque, telle qu’elle se déroule façon septième compagnie au clair de lune, ils ont fait du nom breton, le totem où flanquer ce qui reste d’énergie nationale, comme si les français gisaient épuisés aux portes d’un hospice. Pour la première fois de son histoire, la France n’a plus d’idées d’elle-même, elle n’a plus que des sémaphores avec un nom dessus, le transit néo-libéral a tout absorbé et recraché, ce qui reste lui revient sous une forme carnavalesque, comme ce général Boulanger qu’on avait pris pour un sauveur et qui fut le meilleur fossoyeur de la monarchie.


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