Publié par : Memento Mouloud | mai 10, 2014

Il était une fois le frontisme (3) : Robert Ménard dit Bob le branleur

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Les 8 et 9 novembre 2013, le Figaro Magazine publie une enquête à propos des réseaux secrets du Front National. On n’y trouve aucune trace de Robert Ménard qui venait de participer au grand séminaire de préparation des municipales mis sur pied par Jacques Bompard et Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique. Pourtant dans sa liste, Choisir Béziers, figuraient deux membres du bloc identitaire, Arnaud Naudin et Christophe Pacotte tandis qu’ André-Yves Beck, un vieux routard de la droite radicale fréquentait sa permanence avant d’intégrer, plus officiellement son cabinet.

Le petit pied-noir avait donc fait un tour complet en retrouvant sa petite patrie d’adoption. Mais il n’était plus l’oublié de la galaxie Le Pen.

En effet, dans le Nouvel Observateur de cette semaine, intitulé en toute lucidité, «la vraie nature de Marine Le Pen, Jeanne d’Arc ou Poutine », Robert Ménard a droit à un article, « à Béziers, le masque du local ». On y apprend que l’ancien communiste Michel Cardoze l’a rejoint, que la présidence de l’agglomération lui a échappée, que la bourgeoisie biterroise vit en périphérie comme Mulliez vit en Belgique et qu’on attend chez ses opposants qu’il jette l’éponge, façon fantasia chez les ploucs. Agnès Jullian, son opposant lui reproche de ne pas savoir attirer les investisseurs et les capitaux publics. PDG de Technilum, la patronne apolitique de droite qui officie dans l’éclairage public et le désastre urbain (dit mobilier pour les caves) semble s’y connaître. Avec appétit, elle lorgne le fauteuil de l’actuel maire, le journal des septuagénaires socialistes lui donne un petit coup de pouce.

Robert Ménard a commencé à la LCR, après avoir songé à la prêtrise, puis a rejoint le PS mais son truc c’est le vent, le flatus vocis aussi il monte Radio Pomarède et préside l’association Consensus Liberté Radio, il s’agit déjà d’œuvrer à la passivité enthousiaste du plus grand nombre. Journaliste au Petit Biterrois et à Radio France Hérault, c’est au retour d’un voyage au Japon que la révélation lui vient, créer une ONG, Reporters sans frontières qui défendra, partout et en tous lieux, la liberté de la presse. Il n’est pas seul mais les trois autres journalistes obscurs qui l’escortent ne font plus partie de l’affiche.

A ses côtés, on trouve, alors, Rémy Loury qui va rejoindre le staff de Jacques Blanc, l’ancien président de la région allié au FN en 1986 ; Emilien Jubineau, qui a sorti l’affaire des paris truqués sur le handball ; enfin Jacques Molénat, qui s’est fait une spécialité des réseaux francs-maçons dans le Languedoc. En cette année 1985 alors que le cabinet Mitterrand vient de lancer la savonnette Harlem Désir et sa petite main jaune, on adjoint Rony Brauman et Jean-Claude Guillebaud au camarade Ménard. Selon Maxime Vivas, l’association était financée, après écrémage de multiples façades, par la CIA, du moins entre 2002 et 2007, ce qui laisse présager un parfum d’argent de la MNEF dans les années 1980, mais ni DSK, ni Cambadélis, ni Dray, ni monsieur Spithakis, ni le valeureux démocrate Jospin ne répondront sur ces divers points.

RSF pilotée par le seul Ménard décolle lors de la guerre en Bosnie où elle soutient Oslobodjenje, quotidien multi-ethnique de Sarajevo. Pour faire tourner la machine, il faut des noms et des fonds. Les premiers ne se font pas prier : les inévitables nouveaux-anciens philosophes mais aussi PPDA. Quant aux seconds, il y eut l’argent d’Omar Harfouch, proche de Kadhafi. Il y a toujours celui de François Pinault et de Sanofi-Avantis, celui du National Endowment for Democracy, un think tank américain de droite, du Center for a Free Cuba et l’Open Society de Soros. Et aussi, mais de moins en moins, l’UE, la France, l’Allemagne, la Suède, l’émir du Qatar.

Au moment où il quitte l’ONG, RSF compte 25 permanents et brasse 4 millions d’euros, sans compter les pubs offertes par les médias. La vente d’albums photos représenterait 60 % des recettes, au point que certains prennent l’ONG pour une maison d’édition.

Un virage est pris lors de sa rencontre, en l’an 2000, avec sa deuxième femme, Emmanuelle Duverger, juriste et catholique pratiquante. Un premier accroc intervient avec son équipe lors de la venue dans les locaux du négationniste Robert Faurisson. « On s’est dit : “Ce n’est pas possible, qu’est-ce qu’il fait là?!” » se souvient un ancien salarié. « Cela a donné lieu à une réunion houleuse, on lui a dit que ce n’était pas acceptable », raconte Vincent Brossel, qui évoque une « collègue d’origine juive qui l’a gardé en travers de la gorge ». « Pendant une demi-journée, certains n’ont pas travaillé et menacé de se mettre en grève. Il nous a répondu “ça n’engage que moi, RSF n’y est pas mêlé”, “je dis juste que ce monsieur a le droit de s’exprimer”. » Or Faurisson débarque après la publication en 2003 de La Censure des bien-pensants, dans lequel le duo Ménard-Duverger demande l’abrogation de la loi Gayssot.

Leur chapitre 4, intitulé « Faurisson doit pouvoir s’exprimer », s’ouvre sur ces phrases : « Les révisionnistes ont raison. Ils font l’objet d’une véritable chasse aux sorcières, victimes de ce qu’il faut bien appeler une police de la pensée, un détournement du droit. » « Que leurs affirmations soient contredites par tout ce que l’on sait aujourd’hui de la Solution finale n’est pas ici en question », précisent les auteurs, tout en dénonçant « le traitement que la justice française leur réserve », une « chasse à l’homme » destinée à « museler les inconvenants » avec les « ressorts du droit ». Dans l’affaire des propos antisémites de l’abbé Pierre Ménard s’écarte de la défense du droit pour pointer le « lobby sioniste international », « une expression taboue ».

Sur l’appareillage américano-sioniste cher à Dieudonné, Ménard largue donc un premier moteur.

La même année, Ménard porte le fer contre Castro jusqu’à se rapprocher d’une diaspora cubaine jugée« extrémiste » par certains de ses collègues. L’année suivante, en pleine Révolution orange, il se rend à Kiev avec l’homme d’affaires Omar Harfouch. Il suscite une polémique en rendant visite à Ianoukovitch, premier ministre pro-russe, sans rencontrer le candidat de l’opposition, victime d’une tentative d’empoisonnement.

Cette fois-ci, le 2ème moteur ne porte plus l’appareil, Ménard a changé de monture.

En 2006, son équipe découvre qu’il est parti au Liban défendre Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, après les bombardements israéliens. « Certains programmes appelaient à tuer des juifs, c’était de l’appel au meurtre. Il nous a répondu que pour être entendu il fallait être sur la ligne de crête ». En 2007, nouveau tollé. Sur France Culture, interrogé sur le cas de l’otage Daniel Pearl, il justifie l’usage de la torture sur des proches des ravisseurs : « Je ne dirai pas qu’ils ont eu tort de le faire parce que (Marianne Pearl), elle a pensé que c’était bien de le faire, (…) sauver son mari ; elle était enceinte… pour le petit qui allait naître, tout était permis. (…) Légitimement, moi, si c’était ma fille que l’on prenait en otage, il n’y aurait aucune limite, je vous le dis, je vous le dis »

La même année, grâce à la générosité de l’épouse de l’Émir du Qatar dont on connaît l’autonomie illimitée, il crée un centre pour la liberté d’information à Doha (qu’il quittera un an et demi plus tard). « Il nous a dit “c’est une opportunité qu’il faut saisir, j’ai dicté mes conditions”. Il a fini par remporter le morceau », se souvient un membre du conseil d’administration.

Ménard avoue, alors, un salaire de rédacteur en chef sans vouloir le publier. Il habite un grand appartement dans le XIVe, a un fils de 32 ans et une petite fille de 6, avec sa jeune compagne, qui cosigne ses livres et codirige la revue Médias. Il a le teint hâlé, le ventre plat et s’habille en noir, comme le parfait bobo soixante-huitard qu’il est, jouisseur, hâbleur et inculte.

À RSF, tout le monde se souvient du coup d’éclat des JO de Pékin, en 2008 où l’ONG, seule et sans aucun soutien technique, a perturbé l’allumage de la flamme olympique et a piraté une fréquence FM. « Grâce à des bâtons de marche avec des émetteurs miniaturisés, on a diffusé en plein cœur de Pékin vingt minutes de messages sur la liberté d’expression. Après, il a été menacé de mort, sa famille aussi, placé sous protection policière. » distille un ancien. Les membres de la police secrète chinoise ont évidemment été dépêchés à Béziers car le chinois est tenace et rancunier.

Dans ses dernières années RSF, Robert Ménard a préparé la suite. Il passe alors une grande partie de son temps à la revue Médias, sa« nouvelle danseuse », qu’il dirige avec sa femme. Le magazine ouvre ses colonnes à Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen, Alain Soral, Renaud Camus, Pierre Cassen, Nathalie Arthaud, Corinne Lepage, Alain de Benoist ou Marc-Edouard Nabe. « Il a commencé à mettre cette défense de la liberté d’expression au service d’un seul camp », estime un ancien de RSF qui se trompe sur toute la ligne. En novlangue publicitaire, on appelle ça la recherche d’un positionnement.

En 2012, le site Boulevard Voltaire prend la suite de la revue qui s’effondre parce que sans lectorat, ni subventions opaques. Il élargit la sphère de ses intervenants. Chassé d’I-Télé et de RTL parce qu’il aurait invité Bernard Lugan et déclaré partager des idées avec Marine Le Pen, il devient conseiller, au même titre que Larry King, de la chaîne de télévision géorgienne Channel 9 qui appartient au milliardaire pro-russe Bidzina Ivanishvili.

Toujours ouvert à toutes les reconversions dès lors qu’elles lui offrent une occasion de s’éclater et d’en jouir avec aisance, Robert Ménard a choisi le profil austère qui sied aux temps nouveaux, il a donc réduit de 30 % les indemnités des élus biterrois et de moitié ses frais de représentation car le job de maire pourrait être son dernier, il s’agit donc de le bichonner.

À chaque séance municipale son effet d’annonce, relayé dans les médias : la baisse de 4 % des taxes locales, les blouses grises offertes aux écoles de Béziers ; le refus de retirer la crèche du hall de la mairie malgré la demande du préfet ; le « sauvetage » de l’emblématique avec mise sous tutelle de la librairie Clareton, menacée de fermeture ; le rachat par la ville des Galeries Lafayette.

Suit une série de mesures. Un arrêté anti-crachats ; l’interdiction d’étendre le linge sur les façades des immeubles visibles des voies publiques ; le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans ; Ménard y a joint un arrêt du versement des aides sociales en cas de non-réponse aux convocations ; la suppression de l’étude surveillée du matin aux enfants de chômeurs ; le retrait des aires de jeux à la prochaine dégradation.

En novembre, le maire a lancé une campagne d’affichage et une pétition à propos du prix de l’eau. Imitant les cocos d’antan, il demande aux électeurs censitaires de « soutenir (son) action » pour forcer l’agglomération à renégocier les tarifs auprès de la Lyonnaise des eaux. « C’est sa façon de faire. Moi je me suis engagé à une baisse du prix de l’eau, mais je ne veux pas brader cet engagement, répond le président de l’agglo, Frédéric Lacas. Le contrat arrive à échéance fin 2016, nous avons fait appel à un cabinet d’études pour faire émerger la meilleure solution. »

Démagos contre technos, l’éternel carrousel.

Pour annoncer qu’il a armé la police municipale, Ménard affiche un pistolet, « nouvel ami »des agents. Dirty Harry était trop cher. Une voiture de la police municipale stationne en permanence sur les allées Paul-Riquet, l’artère principale bordée de cafés et commerces ; des« brigades de propreté » itinérantes ont été mises en place et un « préfet » du centre-ville a été nommé pour piloter « nettoyage, stationnement, pollution visuelle ». Les trafiquants ont peur, c’est certain.

Ses opposants rappellent que la baisse (symbolique) des impôts représente un manque à gagner de 2 millions d’euros de recettes, que les blouses aux frais de la ville sont restées au placard, que la plupart de ses arrêtés sont inapplicables ou inappliqués, que le linge et les paraboles ornent toujours les façades, que la pauvreté a été comme évaporée.

La majorité des électeurs de Ménard se dit satisfaite. « Depuis que Ménard est là, on sent la différence !, s’exclame une gérante d’un petit hôtel du centre. Tout ce qu’il a promis, il est en train de le faire. Il nous met de l’ordre. Devant mon hôtel, il y avait des crottes de chien, il a agi. Il y avait des dealers, ils ne sont plus là. Le centre est propre. Ailleurs ça viendra, il ne peut pas tout faire ! Le Français moyen ne pouvait plus rester dans le centre-ville. Il y a des Chinois, des Japonais, des Espagnols, etc., mais il y a un pays qui ne s’adapte pas. Ils touchent les aides, ils ne travaillent pas, ils portent le voile. Moi je suis étrangère, je me suis adaptée. »

Les crottes de chien, la drogue, la saleté, l’acédie, le désoeuvrement, le chômage, l’aide sociale, les arabes encore et toujours, le discours tourne, inusable.

Près de 33 % des Biterrois vivent sous le seuil de pauvreté et ne votent jamais aussi Ménard a renforcé et armé la police municipale tandis que le centre communal d’action sociale (CCAS) a vu sa subvention diminuer de 365 000 d’euros plombant l’épicerie qui en dépend. « Le CCAS ne donne plus à manger aux gens, donc ils viennent chez nous », explique Jean-Louis Gral, le directeur du Secours populaire à Béziers, qui peine à faire face à cet afflux, d’autant plus dans un contexte national d’augmentation de la pauvreté. Le maire s’en fout, il campe dans le parti des honnêtes gens ce qui suppose que tous les autres sont des malfrats. Il a déjà supprimé l’office municipal des sports et pourrait réduire la subvention du centre social de la Devèze qui n’a plus de supérette ni d’aires de jeux, même dégradées.

Parmi ses annonces, un nouvel organigramme des services municipaux avec la suppression « des titres de directeurs de pôles », l’élaboration d’« un instrument de mesure de l’efficacité municipale » et « un contrat d’objectif » signé par les directeurs.« Un seul critère : le mérite ! » martèle Ménard, en affirmant que son « but n’est pas de surveiller les agents », simple antiphrase.

Les conférences « Béziers libère la parole », où les invités (Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Laurent Obertone) cultivent une même ligne nationale-crétiniste sont là pour cimenter l’involution ménardienne.

Le 14-Juillet, il explique que la fête nationale n’est pas « la célébration de la prise de la Bastille », mais celle de « la fête de la fédération » de 1790 qui « a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé », la fraternité des gabelous et des agents du fisc, la solidarité verticale des subalternes pour leur joyeux maître féodal à bout de jarretière. En ouverture de la feria, il organise une messe publique, désapprouvé par l’archiprêtre de la ville, qui dénonce une instrumentalisation du culte catholique. En octobre, il se rend en Syrie pour soutenir, verbalement, la communauté chrétienne de Maaloula et scelle un jumelage avec la ville. En cas de nettoyage ethnique, il n’accueillera personne mais qu’importe.

Robert Ménard a aussi débaptisé la rue dédiée à la fin des combats en Algérie, pour lui donner le nom d’Hélie Denoix de Saint-Marc, un putschiste présentable. Trinquier aurait fait mauvais genre. Il a rendu hommage aux harkis en septembre et aux morts, en retraçant heure par heure le « massacre généralisé » du 5 juillet 1962, « un jour de honte pour tous ceux qui ont couvert ces assassinats de leur silence ». Les jours de honte contre les années noires, la quinzaine du slogan est toujours à l’œuvre. « Sans la France, pas d’Algérie ! » déclare-t-il, dans la droite ligne de son livre Vive l’Algérie française (2012) qui fustigeait les « mensonges sur le bilan de la colonisation, largement positif en termes d’infrastructures ». Comme si la colonisation était un problème d’équipements publics.

Après l’attentat-massacre de Charlie Hebdo, Il évoque « l’ennemi » de la « civilisation française et européenne » qu’il incarne et le risque d’un Paris transformé « en Kaboul ». « Non, les assassins ne sont pas des « fous » ou des « marginaux ». Ce sont des tueurs islamistes qui veulent imposer la terreur comme leurs congénères de Syrie ou d’Irak », écrit-il en faisant le lien avec « trente ans d’immigration galopante ». Ses adversaires craignent de perdre un emploi ou une subvention, ils se taisent, Ménard surfe sur les lâchetés clientélistes mais étend le domaine du vide, bientôt il aura face à lui des imams et des radicaux de tous poils, il pourra former ses patrouilles civiques de vigilants.

 

Libération/ L’Express / BAM / L’Idiot International / Mediapart / Huffington Post / Le Nouvel Observateur


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