Publié par : Memento Mouloud | mai 19, 2014

Petite histoire des droitards depuis 1945 (1)

Si on définit la droite dite nationale (que je nommerai droite nationale pour simplifier mais assignation que je tiens pour un écran de fumée) par son amour exclusif de la patrie épuratrice, la quête d’un pouvoir illimité dans son domaine géographique d’exercice et le désir d’une hiérarchie ethno-sociale, on voit bien ce qui la différencie du bonapartisme depuis que le général de Gaulle puis Pompidou en ont proposé une nouvelle synthèse. En effet, le bonapartisme propose une patrie inclusive, un pouvoir administratif et entrepreneurial au service de la puissance continuée du pays, enfin le maintien des libertés formelles dans les limites de la raison d’Etat.

Si on définit la droite nationale par le fascisme, on voit tout de suite que le fascisme hexagonal fut atone, groupusculaire mais qu’il finit par réaliser, avec l’aide du régime de Vichy et des occupants nazis, ce qu’il visait : la destruction du régime tertio-républicain. Cependant, les fascistes n’avaient pas prévu qu’ils n’auraient plus de voix et que leur idiome ne servait plus de rien dès lors qu’ils avaient été vaincus et que les élites sociales s’étaient mis d’accord sur un programme commun de gouvernement : la modernisation capitaliste de la France et son entrée dans l’Europe. La phalange progressiste leur servit, non pas d’idiot utile mais de contrefort idéologique. C’est ainsi que fascistes et vichyssois passèrent inaperçus.

Car il n’est pas de définition satisfaisante de la droite nationale. Celle-ci n’est ni un extrême, ni une substance, c’est une force contre-révolutionnaire, un bastion de guerre civile qui sert à d’autres de réservoir et d’allié. Son ennemie de naissance, la modernité, la tient dans une hostilité rageuse face à la théorie formaliste et aux savoirs, à la politique minimale des droits de l’homme et à celle, maximale, de la Révolution. Chez les partisans de la droite nationale tout est déjà su et la modernité est un complot ou une trahison éternelle dont il s’agit de démasquer les coupables et les agents afin de restituer l’intégrité du monde et de la Nature dont les qualités chatoyantes sont tout le plaisir de l’Univers illimité et silencieux qui effrayait tant Pascal. Le droitard exsangue ne croit pas à la politique mais à l’épuration et à la mise à mort car toujours un corps obscur l’empêche de jouir du monde, un corps qu’il faut retrancher. Il se met en scène comme dernier homme, il est à la fois le peu de l’élite et le nombreux de la Race, la tête bien faite et le sperme autrefois fécond car même femme, le droitard est un mâle épuisé plus qu’un homme fringuant, il transmet et soutient l’héritage de ses pulsions stériles. Dans son délire ultime, il n’en finit jamais de se faire sauter le caisson, passant rarement à l’acte. Thanatos est son emblème.

De là que la droite nationale réunit l’orgueilleux un peu con, l’hystérique épuisant, le forcené et le mélancolique parfois fiotard.

La droite nationale n’était pas morte en 1945, mais son idiome ne passait plus. Coincé entre le marteau du progressisme et l’enclume de la Théorie, l’Institution littéraire gidéo-maurrassienne, même rejointe par le cabaret Céline avait pris un coup de vieux. L’Internationale des vaincus éparpillée entre le cône sud-américain, la péninsule ibérique et les alentours du lac Léman attendait sa vengeance comme Morand attendrait son chapeau d’académicien et Abellio sa fonction de gourou. Ces gens n’avaient pas renoncé à refaire la substance-homme et le monde en carton-pâte qui lui sert de décor. Les Documents nationaux, les écrits de Paris, Paroles Françaises, la Table Ronde ou Rivarol, bientôt les hussards avaient franchi le limes de la pseudo-dictature résistancialiste. On avait épuré mais de moins en moins sévèrement. On avait fulminé des dizaines de milliers d’indignes républicains mais en 1951 et 1953, on allait amnistier et les putschistes du lot avaient un petit plan Bleu de derrière les fagots à placer sous le derrière d’Edouard Depreux, alors ministre socialiste de l’Intérieur. C’était une sorte de métaphore du coussin péteur : droite nationale not dead.

Depuis 1984, on cause de résurgence de la droite nationale mais personne n’observe que Jean-Marie le Pen n’est ni un général, à la façon de Boulanger ou de Castelnau voire de Pétain, ni un intellectuel, tels que Barrès ou Maurras, encore moins un ancien progressiste ou démo-chrétien passé sur l’autre rive, à la manière de Doriot, Georges Bidault ou Jules Monnerot. Pour la première fois la droite dite nationale s’invente une légitimité dynastique et l’ancre dans la durée, preuve que certains français n’ont pas renoncé au joujou, non pas patriotique, mais royal. Aussi bouffon soient-ils, les Le Pen sont la dynastie que se sont choisis ceux qui votent pour eux et ceux qui les exècrent.

Ils sont le centre de la vie parlementaire parce que la France est un trou d’air et qu’elle est livrée aux exercices du rassemblement à tout prix, autour du sang, de la race ou des valeurs, d’un côté, des notables, de l’autre. Les premiers ne savent pas bien ce qu’ils sont et ce qu’ils désirent, les seconds hésitent entre le grand large atlantique et le statu-quo pseudo-gaullien, ce que Mitterrand avait appelé le ni-ni. C’est autour de cette opposition spectrale que prospère le Front National.


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