Publié par : Memento Mouloud | mai 26, 2014

Le monde moderne va mal finir mais il aime ça (2) : la tuerie antisémite de Bruxelles

Le bain de sang n’a duré que 35 secondes. Le tueur possédait deux armes, dont une kalachnikov à crosse pliable. L’affaire était minutieusement préparée, le chargeur de l’arme bien garni. Son objectif : faire un maximum de victimes. Les vidéos montrent un homme calme qui quitte les lieux sans même jeter un regard vers le couple qu’il venait d’abattre. L’homme avait repéré les lieux. En effet, il n’hésite pas une seconde quand, après avoir abattu le couple à l’entrée du bâtiment, il marche vers la réception au fond à droite, pousse la porte, se baisse pour saisir sa kalachnikov, dans un sac puis la porte à bout de bras en « arrosant » vers le bas, ajoutant deux autres morts à sa liste.

Il était coiffé d’une casquette sombre avec logo sur la face avant du côté gauche, vêtu d’un vêtement bleu clair avec un logo clair à hauteur de la poitrine du côté gauche, d’un pantalon sombre et de chaussures sombres avec semelles claires. Cet homme savait qu’à la différence de la synagogue de la rue Royale, un peu plus haut dans le quartier, le Musée juif ne serait pas protégé par des policiers. Il est assez téméraire ou assez convaincu de l’inefficacité de la police et/ou de quelques complicités, pour agir alors que celle-ci est déployée au Sablon pour le Jazz Marathon. Il connaît l’indifférence ou la lâcheté de ses contemporains puisque cinq véhicules vont passer rue des Minimes, durant la tuerie.

Enfin, il sort du Musée, marche d’un pas décidé, croise l’antiquaire qu’il défie du regard et descend les deux volées d’escaliers de la rue des Chandeliers vers la rue Haute, où un témoin le perd de vue. Si l’antiquaire avait été le bijoutier de Nice, peut-être le tueur serait-il mort, mais ce n’était pas le cas.

Trois pistes principales sont privilégiées par les enquêteurs : la piste djihadiste, celle du déséquilibré, enfin la piste euro-antisémite.

Le philosophe-dandy Daniel Salvatore Schiffer prétend que nous sommes tous juifs et écrit dans la Libre Belgique : « c’est l’abomination absolue plus encore que l’impardonnable faute, à l’instar d’un autre criminel de tout aussi funeste mémoire : Mohammed Merah, ce terroriste, fou d’Allah à ses heures perdues, qui se rendit lui aussi coupable, le 19 mars 2012, de l’une des pires tueries, dans une école juive de Toulouse, que la France puisse malheureusement dénombrer en ce catastrophique début de XXIe siècle ! »

Mais il faut être clair, nous ne sommes pas tous juifs et l’antisémitisme, comme l’avait prévu Jean-Claude Milner est de retour en Europe et pas seulement chez les néo-nazis ou les djihadistes. Tuer des juifs est de nouveau conçu comme une libération, en tout cas, le premier pas vers le renversement de l’ordre du monde.

Or certains appuient sur la gâchette, d’autres approuvent en silence. Quant aux autorités européennes, elles installent un climat. Hier ce climat était électoral. Il faisait silence sur la tuerie de Bruxelles. Dans l’atmosphère de défection des peuples européens, l’abstention touche 4 électeurs sur 6, en moyenne, voire 4 sur 5 en Pologne et 9 sur 10 en Slovaquie et il devrait être reconnu que le peuple est devenu plèbe. Il ne veut rien toucher du pouvoir et de ses dispositifs, il s’en tient pour quitte et veut bien obéir pour quelques jouissances et extases faciles. Comme au football, il change d’équipe quand l’ennui guette. Comme dans l’industrie pornographique, il poursuit le registre gonzo ou la nouveauté. Il faut que la marchandise circule, point final. Donnons-lui une tête. Depuis que les néo-fascistes de la Ligue du Nord ont gouverné, on sait bien qu’ils ne toucheront pas aux meubles, ils péteront juste dans la soie, alors laissons-les péter semblent dire les maîtres du ballet.

Dès lors, l’antisémitisme est un combustible qui pourrait bien lester un tel vide.

Peut-être le tueur a-t-il voulu fêter à sa manière la percée électorale des rexistes le 24 mai 1936 ? Toujours est-il que l’antisémitisme n’est pas l’apanage des tueurs-fous. Monsieur Toutblanc donne l’accolade à Mahmoud Abbas, les chefs de mission diplomatique de l’UE à Jérusalem accusent le gouvernement israélien, et lui seul, de multiplier « les obstacles à la paix et à une solution négociée à deux Etats » et de saper « systématiquement la présence palestinienne à Jérusalem, le caractère universel de la ville et son potentiel comme future capitale de deux Etats », John Kerry cause d’apartheid avant de se rétracter. On commence à poser l’existence d’Israël non comme un fait garanti par le droit international et le concert des nations mais comme un problème exactement comme on défend le droit des jeunes français à mener le djihad en Syrie puis de revenir à la maison pour la poursuite des études.

Une même aberration est à l’œuvre et cette aberration empêche toute décision dès lors que les proclamations enflammées et répétées d’antiracisme peuvent si bien se retourner en ordres de mises à mort exécutés par quelques « déséquilibrés » qui trouvent de quoi justifier métaphysiquement leurs actes.

Rue 89/ La libre Belgique / La dernière heure/BAM


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