Publié par : Memento Mouloud | mai 26, 2014

Petite histoire des droitards depuis 1945 (2) : Continuer

Pour les hommes de la droite nationale, il s’agit après la déroute de calomnier la victoire comme telle et d’appeler à soi la pitié des catholiques envers les vaincus, tous les vaincus dès lors qu’ils ont survécu et ne sont pas communistes. Entre le milicien et le déporté, le waffen SS et le soldat Vlassov, le malgré lui et le prisonnier de guerre, il n’y a, aux yeux des prêtres, aucune distinction à faire, le pardon est requis, l’oubli aussi. On attend que Staline mette en coupe réglée l’outre rideau de fer pour détourner le mal vers sa source. Le totalitarisme est un concept né dans les milieux catholiques de l’émigration. Ce n’est pas tout à fait un hasard puisque ce concept est indifférent au sort du peuple juif. Il importe que le mal soit cerné et que l’alliance du Vatican avec l’Axe disparaisse à jamais dans le pacte scellé avec la puissance américaine. A ce titre la destruction des juifs d’Europe est un épiphénomène puisque la bonne nouvelle continue, cette fois-ci avec la Bible démocratique dans l’autre main. Dès lors, l’homme de droite va s’employer à nier la défaite stratégique des fascistes et autres collaborateurs vichyssois. L’épuration donc la guerre, la guerre juive comme disaient Hitler et Céline ne peut être que vengeance aveugle, usurpation et subversion. La première vient des juifs, la deuxième des forces maçonniques ou troubles, la dernière des séparatistes comme les nommera de Gaulle qui n’aimait pas la Révolution.

On se rend donc à Lourdes, réclamer sur fonds de cantiques l’amnistie pour les souffrants. Ces hommes qui n’eurent pas l’once d’un semblant de compassion envers les épurés de novembre 1938, ceux de l’automne 1940 puis les internés, torturés, fusillés et massacrés qui suivirent veulent rétablir l’ordre, c’est-à-dire le Monde, leur Monde, celui où François Brigneau est l’égal de Balzac et de Proust réunis.

La légende du glaive et du bouclier ou celle de la mission Rougier à Londres ont toutes pour objectif d’unir les gaullistes et les néo-vichystes dans un front commun destiné à renverser la quatrième république. Pour de Gaulle, c’est un régime impuissant qui ne peut que précipiter l’abaissement de la France, pour les post-fascistes c’est la matrice de la Résistance, leur lutte a bien le même ennemi mais n’appartient pas au même univers. De Gaulle n’entend pas refaire la France, encore moins la précipiter dans une sorte de revival vichyste, sans les allemands. Ce qu’il cherche, c’est la voie de son retour, garant de la fin du règne des partis et de leurs discussions interminables et magouilles de couloirs. A l’instar de Napoléon, il sait que la politique est la tragédie des temps modernes mais lui ne fait pas partie du peuple des loges, il veut être le metteur en scène, quitte à échouer.

C’est le temps où la CIA lance ces covert action et finance Paix et Liberté, où Albertini, amnistié par son ancien camarade de parti, Vincent Auriol, alors président, recycle à tout va des collaborateurs anciennement militants ouvriers dans l’Institut d’Histoire sociale qui sert de massue idéologique à la CGT-FO naissante, sorte de pendant prolétarien et petit-bourgeois de l’UIMM. On reprend le port de Marseille avec l’aide du mitan et on remet en selle le brave Boris Souvarine qui n’a plus à cacher ses piges du côté de la presse de droite.  Les communistes ne sont pas écrasés mais cantonnés après les grandes manœuvres des années 1947-1948. On leur retire les postes stratégiques tandis que des délégués de l’oncle Sam veillent, au sein du Ministère des Finances, sur la politique économique de ce convalescent auquel on va faire avaler le redressement à toute vapeur de l’Allemagne. On laisse donc aux communistes de quoi les corrompre et les assagir : la CGT, les comités d’entreprises de certaines entreprises nationales et les colifichets de la démocratie représentative.

Si le parti a bien redonné les couleurs de la France à certains de ses militants, ceux-ci ont dû battre en retraite lors des grèves de novembre-décembre 1947. Il n’y aura pas de Révolution, le progressisme est à l’ordre du jour et Sartre comprend assez vite qu’il n’y a plus aucun espace entre eux et les autres.

Les élections bricolées de 1951, avec leurs apparentements, redonnent une certaine vigueur à la SFIO. Le corps électoral a basculé à droite, Mollet peut de nouveau jouer les hommes de gauche sans fausse pudeur, d’autant plus que le RPF est dilué et comme embaumé, prématurément, dans le marécage parlementaire. Un an plus tard, Antoine Pinay, l’ancien du conseil national de Vichy, propulsé comme une savonnette, devient le sauveur de l’épargne française, faute de l’être de l’empire en décomposition. Il lance un emprunt calamiteux, réussit à freiner l’expansion, jusque-là vigoureuse et finit sa course en idole de la bourgeoisie française qui reprend espoir puisque les divisions d’hier semblent s’estomper.

Le 23 juillet 1951, le maréchal Pétain meurt. Le plus vieux prisonnier du monde avant que Rudolf Hess ne le remplace dans ce rôle sera fêté par ses laudateurs, les 21 février, 24 avril, 3 mai, 23 juillet et 10 novembre. Verdun, Cauchy-la-Tour et l’île d’Yeu sont les étapes obligés du culte rendu à celui qui savait si bien faire mourir les français pour rien car de tous les généraux français, Pétain fut bien le seul à ne jamais chercher la victoire. Un temps, Hubert Massol enleva la dépouille du maréchal pour l’installer dans son garage ne sachant trop que faire de la relique, depuis le cercueil est scellé.

Même mort Pétain œuvre dans ce qu’il a toujours fait de mieux, le ridicule et le grandiloquent, ce dont témoigne ces phrases impérissables du brave Maurras, « quand la poésie vient d’atteindre tous les points de sa perfection consommée, quand elle a touché même le sublime, quelque chose lui manque encore si elle n’a pas produit ce qu’on peut appeler : la divine surprise, celle, précisément qui submerge tous les espoirs de l’admiration la mieux disposée. Et bien ! La partie divine de l’art politique est touchée par les extraordinaires surprises que nous a faites le Maréchal. On attendait tant de lui, on pouvait et on devait tout en attendre. A cette attente naturelle, il a su ajouter quelque chose, il y a répondu de façon plus qu’humaine. Il n’y manque plus rien désormais ».


Responses

  1. L’Histoire immédiate ne vous intéresse pas ?
    Le peuple veut virer Hollande;
    Hollande demande la dissolution du Peuple. (Berthold Brecht)

    Salut.

  2. Si le FN l’emporte en 2017 (je dis bien si, rappelons qu’il rassemble un peu plus de 10 % des inscrits) le pitre sera remplacé par l’ouvreuse du cirque, disons que le spectacle continue, je ne vois pas là une histoire, même immédiate

  3. Memento, ce n’est pas l’Histoire du FN qui me semble intéressante;
    Le fait important, c’est l’Histoire du Peuple.
    Il y a parfois des moments révolutionnaires.
    Mais je ne puis l’affirmer, tant est puissante « l’armée d’occupation mentale » (expression délicieuse de Laurent Ozon).

  4. René, je ne pense pas que la situation soit révolutionnaire. Le peuple français mais aussi bien les peuples européens ont pris acte du fait qu’il est (à leur yeux) impossible de renverser le capitalisme et qu’il faut donc accepter son (dés-)ordre et ses dégâts et destructions (d’où l’abstention massive). Par conséquent, ils tiennent les politiques pour des équipes alternatives de bouffons et de bonimenteurs qu’il est bon de remplacer ne serait-ce que pour alimenter le spectacle (d’où le vote dit populiste). On assiste à la transformation du peuple en plèbe donc en foule au sein de l’Empire désormais transatlantique. Hollande comme les autres ont donc les foies parce qu’ils savent que leur efficacité symbolique est nulle et non avenue et qu’ils sont remplaçables. Quand des portraits de Marine le Pen émaillent les pages du New-York Times ou du Wall Street Journal, il est clair que le climat a changé, l’UMPS n’a plus le monopole des prébendes. Les derniers républicains, vous les trouvez dans les partis de gauche en dehors de la France. Quant aux révolutionnaires, ils n’ont pas de parti, ils sont à proprement parler, invisibles. C’est du moins mon analyse


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