Publié par : Memento Mouloud | juin 2, 2014

Il était une fois le frontisme (6) : l’argent des Le Pen

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L’ancien trésorier du micro-parti, Cotelec, l’éditeur Jean-Pierre Mouchard, fondateur des éditions François Beauval et père de Laurent dit Joffrin, a utilisé dans les années 1990 les services de plusieurs sociétés offshore, Overseas Property Services Limited à Gibraltar, et la panaméenne Hadret al Raiss. Or Jean-Pierre Mouchard jouait un rôle déterminant dans le rabattage des donateurs puisqu’il disposait d’un fichier de 600 mille noms qu’il avait offert au président viager du Front National.

Cotelec est la structure de financement parallèle du FN. Depuis 1991 et la loi Rocard de financement des partis politiques qui était censée mettre un terme aux affaires, avec le succès que l’on connaît, Cotelec est un Janus à deux faces. D’un côté le parti Cotelec qui ne peut recevoir de dons, de l’autre la Jean-Marie Le Pen-Cotelec qui peut palper sans se confondre avec le compte bancaire de Monsieur Le Pen. Outre Monsieur Mouchard, on trouve son successeur Hubert de Rougé et un certain Pierre Peres chargé de la gestion des héritages favorables à Jean-Marie Le Pen. Cotelec se nourrit donc en fonction des cours de quatre rivières, les dons des particuliers (plus de 400 mille euros en 2007), les prêts des particuliers, les héritages des particuliers et les intérêts des prêts octroyés par le président éternel à son parti. En 2007, Cotelec affichait une modeste recette de 415 mille euros.

Etrangement, à l’exception de quelques PME, Jean-Marie Le Pen serait le parent pauvre du patronat et surtout des « dons » de l’étranger, notamment du Gabon, affirmation de Robert Bourgi démentie par le menhir.

Vieil ami du fondateur du FN, Mouchard avait déjà ouvert un compte à l’Union des Banques suisses (UBS) pour Jean-Marie Le Pen, en mars 1981. Marine Le Pen justifie l’ouverture de ce compte suisse par « un emprunt souscrit à l’UBS ». Quant à Jean-Marie Le Pen, il en conteste purement et simplement l’existence. Or, en 1981, l’administration fiscale entreprend de redresser les déclarations de Monsieur le Pen pour 3 raisons : l’omission de plus-values boursières, l’estimation ridicule du loyer de Montretout  et l’écart entre ses comptes en banque et ses revenus, en l’espèce 5 millions de francs d’origine indéterminée. L’avocat fiscaliste Alain Guilloux dénoncera alors l’acharnement de l’administration fiscale envers son client.

Les documents d’ouverture de ce compte numéro 386.047.00.W, révélés par feu L’Evénement du jeudi, portent pourtant bel et bien la signature de Jean-Marie Le Pen. Dans un premier document du 10 mars 1981, M. Mouchard apparaît comme le titulaire du compte. Puis, dans un second document daté du 11 décembre 1981, M. Mouchard déclare « agir pour le compte de M. Le Pen ». Jean-Marie Le Pen s’étonne : « Le compte de Jean-Pierre Mouchard, c’est Jean-Pierre Mouchard. Je ne suis pas Jean-Pierre Mouchard, moi ! Il ne peut pas y avoir d’ouverture de compte de M. Mouchard au nom de M. Le Pen », assure-t-il. Avant d’évoquer une autre hypothèse : cette opération serait liée à sa société d’édition de disques, la Société d’études et de relations publiques (Serp).

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« La Serp a contracté un emprunt, je ne me souviens plus en quelle année, tout cela s’est fait dans le cadre de la loi, avec intervention des autorités françaises, poursuit-il. C’est une affaire entre UBS et la Serp. Probablement parce que les conditions (de l’UBS) étaient plus favorables que les banques françaises, je ne sais pas, je ne me souviens plus, mais il y avait certainement une raison comme celle-là. »

Le hic, c’est que d’autres documents attestent que deux millions de francs environ étaient encore déposés sur le compte 386.047.00.W entre juin 1984 et avril 1986, sous la forme de placements fiduciaires. « Non, il n’y avait pas deux millions de francs, rétorque Jean-Marie Le Pen. La Serp s’est servie de cet emprunt et l’a remboursé dans les années qui ont suivi. Cotelec n’a strictement rien à voir là-dedans. » « De ce que j’en sais, ce compte était parfaitement légal et déclaré », assure de son côté Marine Le Pen, contredisant son père. « Ce que je peux vous dire, c’est qu’il a fait un emprunt à l’UBS  Ce n’est pas parce qu’on a un père, un frère, qu’on connaît l’intégralité des détails de leur existence patrimoniale. Je n’en sais strictement rien. »

De toute façon, son cabinet indique qu’il « ne dispose d’aucune des archives de la société Serp, dont il a quitté la gérance en novembre 1999 », et que « cette même société a été liquidée judiciairement en 2000 ». Les Le Pen père et fille laissent donc en suspens toutes les interrogations sur l’ouverture de ce compte et sa gestion.

Mais ce n’est pas la seule zone d’ombre. Le parcours de Jean-Pierre Mouchard, l’ami trésorier, est tout aussi énigmatique. Membre du premier cercle, il est, officiellement, fondateur de plusieurs maisons d’édition et de vente de livres par correspondance, aujourd’hui liquidées – François Beauval, Crémille, Famot… – et s’est spécialisé dans la publication d’ouvrages libres de droit : Zola, Dumas, Dostoïevski. En association avec la société de Le Pen, il publie L’Encyclopédie sonore de la Seconde Guerre mondiale et édite, à la même époque, la revue Dans la coulisse de Roland Gaucher, futur directeur de National hebdo.

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En 1988, Mouchard devient trésorier de l’association Jean-Marie Le Pen Cotelec. C’est cette qualité d’animateur du micro-parti qui place Jean-Pierre Mouchard dans une position similaire à celle du trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, aujourd’hui. Alors que ce dernier est l’actionnaire de deux sociétés aux îles Caïmans, Mouchard a utilisé les services d’Overseas Property Services Limited, une société offshore de Gibraltar, qui figure sur la liste « gris foncé » des paradis fiscaux établie par l’OCDE.

Selon certains documents l’éditeur et alors trésorier opère dans les années 1990 des virements internationaux via Overseas Property Services Ltd à Gibraltar, pour renflouer l’une de ses maisons d’édition française, Magellan. Ces opérations sont gérées par une société fiduciaire de Gibraltar, Isola et Isola. Cette société atteste en 1993 d’un certificat de propriété des actions de Jean-Pierre Mouchard dans la société panaméenne Hadret al Raiss.

« M. Mouchard n’a jamais été président des comptes de la présidentielle de quiconque », s’insurge Marine Le Pen. Ce n’est donc pas « la même sauce que le trésorier de campagne de Hollande », prévient-elle. « M. Mouchard était trésorier de campagne ? Non. Je ne me sens pas responsable des investissements que M. Mouchard a effectués il y a 25 ans, lorsque je n’avais aucune responsabilité. M. Mouchard a-t-il été condamné pour favoritisme ? A-t-il une responsabilité politique au Front national ? Faites les amalgames que vous voulez et on en discutera devant le tribunal correctionnel, je n’ai aucun problème là-dessus. »

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Pourtant Monsieur Mouchard était bien administrateur des deux Cotelec, aux côtés de Jean-Marie Le Pen et de Pierre Peres, avant de les quitter en 1997.

Au moment de la révélation des fichiers Offshore Leaks, Louis Aliot, vice-président du Front national, avait dénoncé « la gauche caïman ! »« Après les affaires Guérini et consorts, les conséquences de l’affaire Cahuzac, ne voilà-t-il pas que le trésorier de sa campagne a investi dans des paradis fiscaux », s’était amusé le numéro deux du FN dans un communiqué« Bref, la gauche morale, très en verve en France pour dénoncer la fuite des capitaux et brocarder les paradis fiscaux, semble être totalement imprégnée de l’esprit de la finance mondiale, celle-là même que pointait du doigt le président normal ! C’est en prenant connaissance de ces informations qu’on mesure la fracture qui existe entre la caste au pouvoir et le peuple. »

Également questionné sur les sociétés offshore de son ancien trésorier, Jean-Marie Le Pen élude : « C’est son problème, pas le mien. » « Mouchard est mon ami, reconnaît-il, mais il n’est pas que ça, ce n’est pas une profession, “ami de Jean-Marie Le Pen”. C’était un homme d’affaires, président des éditions François Beauval. »

Reste que Jean-Marie Le Pen avait mis en contact l’ex-mari de son actuelle femme et Jean-Pierre Mouchard. Le dénommé Jean Garnier était alors président de la société Ecotec. Après avoir bu le bouillon dans l’immobilier Garnier veut se refaire. Charles Miriel est alors directeur chez Ecotec tout en possédant 49 % des parts de l’entreprise. C’est aussi une barbouze très lié au clan des gabonais d’Elf-Aquitaine et grand ami du capitaine Barril. C’est lui qui sort de son chapeau un brevet d’émulsion gazole-eau-additif testé, sans succès, sur les autobus de Chambéry. S’il part avec la caisse, Miriel laisse au tandem Garnier-Mouchard une bonne adresse puisqu’Elf rachète Ecotec pour 13 millions de francs. Il faut dire que le propre beau-frère de Mouchard, Eric Vonderscher n’est autre que le directeur de certaines filiales d’Elf-Antar.

L’affaire se corse lorsque Miriel commence à affirmer qu’Ecotec a payé les loyers de la famille Le Pen à Rueil-Malmaison et que les RG enquêtent sur une piste de financement occulte du parti frontiste. L’hypothèse la probable selon Pierre Péan et Philippe Cohen est celle d’une diligence particulière de Philippe Jaffré, alors PDG d’Elf, pour le trublion Jean-Marie Le Pen. Une diligence en commandite puisqu’ Edouard Balladur, par la loi organique 95-62 va augmenter le remboursement des candidats à la présidentielle, selon le souhait de Jean-François Jalkh, alors membre du bureau exécutif du FN.

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Il s’en suit que Mouchard jouait alors un rôle central dans le financement du parti qui se résume à la promotion perpétuelle de son chef.

La présidente du FN se plaint également du fait que son père « a été décortiqué jusqu’à la moelle »« En 60 ans de vie politique, exclusivement dans l’opposition, il a eu 17 contrôles fiscaux, poursuit-elle. Vous savez combien de procédures Jean-Marie Le Pen a intentées? Il a dû en intenter 70 et il a dû obtenir 40 condamnations. J’en ai quatre tomes et ce n’est qu’une partie. »Comme avocate, Marine Le Pen s’est en effet elle-même chargée de plaider contre la presse certaines plaintes de son père.

C’est d’ailleurs l’un des arguments qu’ils opposent aux questions sur le patrimoine caché du fondateur du FN. Et à toutes les allusions aux déclarations de Pierrette Lalanne, l’ex-femme de Le Pen, sur le transfert des avoirs hérités du cimentier Hubert Lambert de l’UBS à la banque genevoise Darier et Cie – 17 millions de francs selon elle. Des propos invérifiables, au même titre que l’évaluation de sa fortune qu’elle chiffrait à 150 millions de francs au milieu des années 1980, des supposées saillies antisémites du Menhir ou des saloperies des domestiques de Monsieur Lambert selon lesquels Pierrette donnait de sa personne et de son popotin pour achever l’héritier en perdition.

La banque suisse reste un sujet éminemment délicat pour les Le Pen. C’est peut-être ce qui explique, outre l’implication de Philippe Péninque dans l’affaire Cahuzac, leur retenue sur le sujet depuis trois mois. Lors des révélations de Mediapart, le 4 décembre 2012, comme lors de l’ouverture de l’information judiciaire pour « blanchiment de fraude fiscale » et la démission du ministre, le 19 mars, le Front national n’a pas jugé bon de diffuser un seul communiqué, alors qu’il n’a jamais manqué de le faire sur les autres “affaires”: perquisitions au siège du PS du Pas-de-Calais, mise sous tutelle de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, mise en examen de Sarkozy…

Le 19 mars 2013, on dénombre douze communiqués, mais aucun sur Jérôme Cahuzac, qui vient pourtant de démissionner. Il faut d’ailleurs attendre le 2 avril, après les aveux de l’ex-ministre, pour que le FN fasse une déclaration officielle sur… « l’affaire d’État » qui atteint François Hollande et le gouvernement.

Questionnée dans les médias, la présidente du FN s’est montrée bien plus en retrait qu’à son habitude, martelant le principe de« présomption d’innocence », sans réclamer la démission de Cahuzac, mais simplement son changement de portefeuille ministériel, pour éviter tout « conflit d’intérêts ». Louis Aliot, le numéro deux du Front national, le dit lui-même sur France 2, le 8 avril « Dans l’affaire Cahuzac, Marine Le Pen a été très soft. »

Gérald Gérin est le trésorier des associations de financement Cotelec et Promelec. A 41 ans, l’ancien candidat à la servilité distinguée, formé au lycée hôtelier de Marseille, fut un temps très bref barman au Carlton de Nice, avant de devenir à 20 ans le majordome du couple Le Pen. En 2007 il est candidat à la législative de  Vitrolles car Jean-Marie a le sens de la promotion familiale qu’il applique aux domestiques et valets.

Élu au conseil régional PACA en 2010, candidat aux législatives dans les Bouches-du-Rhône en 2012, Gérald Gérin a été l’assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen, avant de devenir celui de la députée européenne Marie-Christine Arnautu. Il reste logé dans une annexe de la résidence de Jean-Marie Le Pen et son épouse Jany, la Bonbonnière, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) – théâtre d’un incendie, fin janvier. « Je suis un peu son deuxième cerveau, assurait M. Gérin à l’Express. Je le libère des tâches usuelles, mais non ménagères. » car Gérald n’est pas une Conchita.

Gérald Gérin apparaît aujourd’hui dans l’organigramme du Front national, comme « assistant » au sein du cabinet du président d’honneur. S’il a obtenu procuration sur les comptes personnels, déclarés, de Jean-Marie Le Pen, le majordome est devenu en 2008 l’ayant droit d’un trust basé aux îles Vierges britanniques – « BVI » dans le jargon , Balerton Marketing Limited. Cette structure gérée depuis Genève par Me Marc Bonnant, l’un des avocats d’affaires de la place, a détenu un compte ouvert à la HSBC jusqu’en mai 2014. À cette date, le compte aurait été clôturé et les fonds transférés aux Bahamas, sur un compte ouvert auprès de la Compagnie bancaire helvétique (CBH).

Me Bonnant a géré les neuf comptes ouverts à la HSBC pour le styliste italien Valentino Gavarini, il est aussi intervenu à la demande de HSBC Genève pour ouvrir des « sociétés BVI » à des clients de la banque. Me Bonnant déclare n’avoir « aucun compte pour M. Jean-Marie Le Pen », mais il s’est retranché derrière le secret professionnel concernant M. Gérin. Gérald Gérin, en bon faux derche qui craint pour son avenir, a contesté être l’ayant droit du trust. Il prétend « demander des explications » à MM. Le Pen et Bonnant.

2,2 millions d’euros ont été déposés sur le compte de ce trust, dont 1,7 million sous forme de lingots et de pièces d’or. Le parquet de Nanterre a reçu ces éléments du service antiblanchiment Tracfin, alors qu’une enquête préliminaire est ouverte à Paris depuis fin 2013 sur le patrimoine du fondateur du FN. Un courrier daté de 2008, dans lequel M. Gérin reconnaît être l’ayant droit du trust, a été communiqué à la justice.

Jany Le Pen, l’épouse de Jean-Marie Le Pen, aurait quant à elle clôturé un compte personnel au Crédit suisse en 2008.

Jean-Marie Le Pen est un rancunier qui risque fort de chercher à priver Marine Le Pen de ce qu’il lui offrait jusqu’à présent : un soutien financier à travers ses micro-partis, et surtout la perspective de l’héritage d’une partie de sa fortune. Anticipant sa succession, il avait déjà rendu sa fille copropriétaire, avec sa sœur Yann, d’un quart de son hôtel particulier de Montretout, en excluant l’aînée, Marie-Caroline, à qui il reprochait de l’avoir trahie en partant avec son mari dans le camp de Bruno Mégret, en 1998. Le patriarche avait alors mené une guerre financière (et judiciaire) à sa fille sur la question de la maison familiale de la Trinité-sur-Mer et sur les parts de sa société d’édition. Le 9 décembre 1998, au JT de TF1, il évoquait ces « femmes qui ont l’habitude de suivre leur mari ou leur amant plutôt que leur père ». En privé, et devant témoins, il ajoutait : « Tu n’es plus ma fille. ». Durant cette période, Marine, qui occupait le poste de directrice juridique du FN fut en pointe dans le combat contre Marie-Caroline. Jusqu’à ce que leur mère, Pierrette Le Pen, joue les intermédiaires. « Aujourd’hui, nos enfants se voient, confie Marine Le Pen. Moi, je lui ai totalement pardonné. Parce que c’est ma sœur. »

Le Pen Père lui est un récidiviste dans le genre chef de la horde dans Mad Max.

En octobre 2014, Marine Le Pen avait quitté la propriété de Montretout, installée sur les hauteurs de Saint-Cloud, sur fond de brouilles avec son père. La demeure, au cœur de l’héritage Lambert, est une prise de risque fiscal pour la présidente du FN, par les estimations contradictoires dont elle a fait l’objet.

En 1994, le fondateur du FN a fait entrer sa benjamine au capital de la Société civile immobilière du Pavillon de l’Écuyer, qui gère cette propriété, à la faveur du retrait d’un de ses amis. Il a validé aussi l’entrée de sa fille Yann, en 2008, lors de la revente des parts de son ex-femme, Pierrette Lalanne. En juillet 2012, il est allé plus loin en faisant donation à Yann et Marine Le Pen de 350 parts chacune (142 800 euros), en les faisant profiter des dernières semaines de l’abattement à 159 325 euros – cet abattement en faveur des bénéficiaires retombera à 100 000 euros en août 2012. Selon l’acte de donation, Jean-Marie Le Pen a pris en charge les frais de notaire, mais il s’est aussi curieusement engagé à prendre à sa charge « les conséquences d’un redressement fiscal éventuel ».

En 2008, les parts étaient estimées à 200 euros lors de l’entrée de Yann Le Pen – ce qui revenait à évaluer la propriété à 800 000 euros… –, mais elles ont grimpé à 408 euros, en 2012, lors des donations – portant l’évaluation officielle de Montretout à 1 795 200 euros.

La valeur des donations à Marine Le Pen et sa sœur a été en réalité fortement minorée. En effet, la propriété constituée par un bâtiment principal de 430 m2, des dépendances de 350 m2 et un parc de 4 670 m2 a été estimée par des agents immobiliers consultés en 2006 par Le Canard enchaîné à 6,45 millions d’euros. Le prix au mètre carré dans le parc de Montretout est aujourd’hui de 7 738 euros, et l’on peut donc aisément doubler ou tripler l’estimation servant de base à l’acte de donation à Marine et Yann Le Pen.

Cet acte mentionne aussi une clause, classique, de révocation « pour cause d’ingratitude ». Jean-Marie Le Pen pourrait être tenté d’y recourir, mais pour cela il faudrait que sa fille ait « attenté » à sa vie, ou qu’elle se soit rendue « coupable envers lui de sévices, délits ou injures graves », ou qu’elle « lui refuse des aliments ».

Deux robinets peuvent être fermés par le fondateur du FN. Créé avant le début des hostilités, en décembre 2013, le micro-parti « Promelec » était destiné à « promouvoir l’image de marque et l’action de Jean-Marie Le Pen et de Marine Le Pen », et ce micro-parti possède une association de financement « Jean-Marie Le Pen-Promelec ». Impossible pour l’instant de savoir quelles sommes brasse cette nouvelle association, dont les comptes, communiqués à la commission des comptes de campagne (CNCCFP), ne seront consultables que l’année prochaine.

Cette structure est entre les mains du président d’honneur suspendu : si Marine Le Pen en est la secrétaire générale, c’est Jean-Marie Le Pen qui la préside, et les postes de trésorier et de secrétaire général adjoint ont été confiés à deux de ses proches : son majordome Gérald Gérin et sa secrétaire personnelle Micheline Bruna. Marine Le Pen pourrait donc en être facilement écartée.

Le micro-parti Cotelec, l’autre levier de financement, créé en 1988, pour soutenir l’activité politique de Jean-Marie Le Pen, a permis de réunir et de prêter près de 3 millions d’euros au Front national en 2012, et plus de 4 millions en 2013. Et cet outil risque de faire cruellement défaut au parti. C’est à travers lui que Jean-Marie Le Pen a obtenu deux millions d’euros d’une obscure société chypriote, dissimulant des intérêts russes, afin d’avancer des fonds à des candidats frontistes aux européennes.

La création, dès 2010, de l’association de financement Jeanne, animée par le réseau des anciens activistes du GUD proches de Marine Le Pen, par ne simple affinité générationnelle marque  une rupture. Mais cette structure et ses satellites sont aujourd’hui au cœur d’une enquête pour financement illicite, abus de biens sociaux et blanchiment. Cinq personnes, ainsi que le prestataire Riwal, et le micro-parti Jeanne, ont déjà été mis en examen par les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi.

La société de Frédéric Chatillon est au cœur des interrogations des juges d’instruction, qui l’ont mis en examen en tant que personne morale pour escroquerie et financement ilégale d’un parti politique par une personne morale. Dans le cadre du placement sous contrôle judiciaire de la société une caution de 100 000 euros a été demandée. La piste d’un financement occulte transitant par Singapour et Hong-Kong fait partie des hypothèses que la justice cherche à vérifier.

Agé de 46 ans, désormais installé à Rome, M. Chatillon est devenu le principal prestataire de service du Front national par l’intermédiaire de sa société de communication Riwal, depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti début 2011. C’est Riwal qui conçoit, fait imprimer le matériel électoral frontiste (affiches, tracts) et fabrique les fameux kits obligatoires destinés aux candidats du parti.

Mediapart / France-soir / Le Monde / BAM


Responses

  1. « des saloperies des domestiques de Monsieur Lambert selon lesquels Pierrette donnait de sa personne et de son popotin pour achever l’héritier en perdition. »

    Bonjour, auriez-vous une source, ou un article à ce sujet? J’ai lu beaucoup d’articles sur l’histoire de l’héritage Lambert, mais je n’avais jamais entendu cette histoire de « popotin »!

    • et le popo de pierrette , ça devait valoir le jus
      il me reviens que dans lui ou playboy de l’époque , elle avait posée dévêtue , et ça avait fait une sacré chambard…la moitié mâle du pays s’était réveillée avec l’oeil pétillant….

  2. On trouve l’information dans la biographie, parue en 2012, de feu Philippe Cohen et Pierre Péan, p.197 de l’édition Robert Laffont

  3. Va plutôt enquêter sur le fils Fabius si tu veux te prendre pour un dingue.

    • ha , le fils fabia , personne y touche en vronze!
      les amerlots lui ont mis un mandat au cul , mais ici , ça reste sacré !
      un appart’ à 7 myons d’euros et pas un sous vaillant ?
      putain, j’en ai rêvé , seul laurent l’a fait !

      • Tout le monde connaît le fils Fabius comme tout le monde connaissait les comptes en Suisse de Le Pen, ce n’était pas gênant tant que Jean-Marie jouait son rôle d’histrion républicain et de facho de service, depuis que sa fille guigne le château, évidemment les choses ont changé

  4. […] mises en faillite en 1992) qui va lui amener l’idée sur un plateau : il s’appelle Jean-Pierre Mouchard (1). Il habite au château de Moncé une propriété de famille située à […]


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