Publié par : Memento Mouloud | juin 5, 2014

Anatomie de l’antifascisme distingué (à propos d’un numéro de Philosophie Magazine)

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Dans le  numéro de Philosophie Magazine de mai 2014, un titre Existe-t-il une pensée fasciste avec un appendice, « les révélations des cahiers noirs de Heidegger ».

Michel Eltchaninoff ouvre le bal par un article « A la recherche du nouvel ennemi ». Il s’agirait de sonder l’extrême-droite contemporaine mais dans les faits, de dessiner la figure de l’ennemi fasciste contemporain.

Il écrit « unique détail troublant : toutes les personnes présentes sont blanches et plutôt âgées ». Outre que cette remarque pourrait s’appliquer, très largement, au staff des Restos du cœur, on voit bien que la présence de personnes blanches et vieilles distribuant de la soupe au cochon provoque un trouble parmi le personnel de l’antifascisme de plume. Les personnes troublantes, vieilles et blanches proposent une « charité sélective » et des « ‘’soupes gauloises’’ discriminatoires ». Fin février, « en pleine polémique autour de Dieudonné », les mêmes proposaient de la quenelle, prétextant une « tentative de résistance au Système », c’est-à-dire aux juifs.

On en conclut que les organisateurs, affiliés au « Bloc identitaire » vieux et blancs et servant de la soupe au cochon sont, avant tout, antisémites.

Suit une digression sur le Bloc identitaire et sa proximité avec le FN mais aussi sa fonction « d’aiguillon intellectuel ». Le bouvier en question habille ses jeunesses de jaune mais aussi du lambda spartiate pour des tournées antiracailles, sans doute une manifestation de son rôle intellectuel d’aiguillon. Pensez donc une référence à Sparte, « modèle d’instincts guerriers » vantée par Rousseau, de Maistre et Saint-Just.

Contrairement aux apparences du rituel de la soupe au cochon, leur « obsession propre » n’est pas le Juif mais le Musulman. L’islam est défini par le Bloc identitaire comme une religion conquérante qui vise la soumission des non-musulmans à la charia. Cette loi civile et morale serait opposée à la « mentalité européenne » car il n’y aurait pas de séparation entre le temporel et le spirituel, le politique et le religieux. Le statut de la femme dans le « Coran » est incompatible avec la « tradition européenne » où les femmes sont depuis la préhistoire « déesses, saintes, héroïnes, combattantes et souveraines » mais jamais désirables, paysannes, commerçantes ou franchement putes.

On peut en inférer qu’un  fantasme d’Europe répond à un fantasme d’Islam, mais Michel Eltchaninoff en conclut « pas de soupe pour les sans-abris musulmans ». Il passe de la « haine des musulmans », « parfois appelée islamophobie » à la banalisation d’un « discours critique et sans complexe sur la religion musulmane ». Faut-il en conclure que le seul discours antifasciste autorisé devrait être, envers l’islam, obséquieux et complexé ?

Il existe donc un « sentiment » et un « discours antimusulman » mais pas de discours musulman anti-occidental, encore moins de terroristes salafistes prêts à poser quelques bombes ou à traiter à la kalash’ quelques mécréants, si possible juifs, pris au hasard. Le sentiment et le discours antimusulmans serait un « exutoire aux turbulences sociales liées à la mondialisation, aux flux migratoires et au retour du religieux ». D’où l’on déduit la profondeur de l’analyse. Ce sentiment et ce discours antimusulmans partageraient des « ressorts de peur, de simplification et de rejet » avec la « xénophobie ou l’antisémitisme des décennies précédentes » car mal parler des portugais et des juifs, c’est un peu la même chose et ça joue sur les mêmes ressorts. Auschwitz est au bout du chemin.

Il existerait aussi dans ce sentiment et ce discours antimusulmans une « griserie de revanche face à un discours antichrétien banalisé ». Un dernier ressort est donc identifié, l’ivresse vieille et blanche-chrétienne qui émane des « nostalgiques militarisés de l’OAS…des antisémites fanatiques, des groupuscules néofascistes et catholiques intégristes ». Or cette ivresse vieille-chrétienne-blanche-nostalgique-fanatique est le liant entre les partis populistes et les « grands rassemblements » car en dernier ressort, le problème ce sont les grands rassemblements, le festif est passé du mauvais côté.

« La montée en puissance du bouc émissaire islam » serait un « hold-up » sur la « mémoire républicaine » de laquelle doit être extirpée la colonisation et le spiritisme. L’autorité du médiocrissime Jacques Sémelin est brandie. Que dit-il ? L’homme en trop d’aujourd’hui, l’Autre c’est le Musulman. L’Autre comme le Musulman ou le Juif prennent des majuscules, l’homme non, on ne voit pas bien pourquoi un tel traitement typographique s’impose sinon pour habiller une absence totale de pensée.

Il y a même un mouvement qui « incarne », tel le Christ ou Pétain, le « glissement » d’une certaine gauche vers les marais putrides du fascisme. C’est la métaphore de la pente savonneuse appliquée à Riposte Laïque. Pierre Cassen a « même milité à l’Ufal ». Lui le jacobin-républicain organise avec les régionalistes du Bloc Identitaire, fascistes-maurrassiens, des provocations anti-islam via les apéros saucisson-pinard, car ne pas inviter un musulman à sa table relève de la provocation. C’est un rappel de la « dialectique fasciste du dépassement du clivage traditionnel droite-gauche » dénoncé par les dangereux fascistes Bayrou, de Gaulle ou Jean-François Khan.

De plus, « l’aversion envers l’Islam oppose les civilisations, tranche…au cœur des grandes représentations symboliques…insulte les croyances collectives » et au bout de l’opposition, de la découpe et du crachat, on trouve les fantasmes suivants : « infiltration, invasion, domination ».

Néanmoins, les  « milieux radicaux » sont partagés entre « antimusulmans et antisémites ». Or, on croyait que l’homme-en-trop, c’était le musulman, décidément, on n’en finit plus de s’embrouiller. Riposte Laïque dénonce, au même titre que le gouvernement socialiste, le « danger Belghoul ». Belghoul viserait la réunion des « catholiques traditionnalistes et des musulmans les plus conservateurs ou les moins informés ». Elle aurait obtenu un « relatif succès ». Riposte laïque y voit la main diabolique de l’Islam et de l’Iran. Il semblerait que Jour de colère du 26 janvier fut émaillé de slogans antisémites et de « centaines de quenelles » mais l’homme en trop c’est le musulman que Belghoul veut associer au catholique, ne comprenant pas bien qu’elle est la femme de trop selon l’analyse de l’antifasciste de plume.

Le juif, c’est un « traditionnel bouc émissaire », le même depuis l’affaire des puits empoisonnés et des crimes rituels. Il existe une méchante librairie parisienne rue de Clichy dans laquelle on trouve de très méchants livres. La librairie en question est tenue par Emmanuel Ratier. Il aurait commis le crime d’ « éplucher la biographie des participants aux dîners très sélects du club Le Siècle » pour y démontrer que les juifs y sont très présents. On en déduit que Ratier est un disciple de Coston. En revanche, on ne sait rien sur la précision de ses informations. Si j’en juge par sa courte biographie de Carla Bruni, elle est tendancieuse, au même titre que les informations de feu l’antisémite collaborateur Henry Coston.

De nouveau, l’antifasciste de plume est effrayé. Ce ne sont plus des hordes vieilles et blanches qui provoquent le trouble mais un « jeune homme à l’allure mi-bourgeoise mi-militaire ». Le mi-militaire distinguant le crâne rasé et le mi-bourgeois le fait qu’il ne porte pas de veste de survêtement. Ratier lui conseille le torchon de Soral, Comprendre l’Empire. Des ouvrages signés par Soral, Michel Eltchaninoff cite les mouvements de mode expliqués aux parents, livre écrit à 6 mains durant une période où Soral était encore de gauche. Soral serait l’intellectuel de la « mouvance » antisioniste, de fait antijuive. Des amis de Soral, l’antifasciste de plume retient Dieudonné et Serge Ayoub défini comme un « adepte de la Troisième Voie » qui « dirige un bar d’extrême-droite dans le XVème arrondissement de Paris ». Soral comme Farida, la femme de trop, « courtisent » les « milieux catholiques radicaux », tel Civitas ou le Printemps Français. Enfin, Soral est « proche des mouvements rouge-brun ». Le nationaliste révolutionnaire radical et catholique « reprend de nombreux passages obligés de la tradition antisémite ». Il éveille, lors de ses conférences, une « économie des affects…Au fond, il y en a 3 ». Les affects en question sont le « sentiment d’humiliation » d’être soumis,  la colère contre les « prétendus maîtres du monde », l’espoir d’un renouveau fondé sur « l’union et l’action politique ».

Soral dans un mélange de « dandysme et de violence » appelle donc une génération à prendre part au combat contre le pseudo-ennemi éternel ce qu’Heidegger nomme dans ses Cahiers noirs, « l’acosmisme du judaïsme » soit « la coriace habileté à calculer, trafiquer, embrouiller ». Il s’en suit que Soral n’est pas un radical mais qu’il emprunte un des chemins catastrophique de la métaphysique occidentale dont le double est, pour reprendre les termes d’Heidegger l’acosmisme libéral, cette coriace habileté à calculer, trafiquer, embrouiller qu’on nomme communément l’usure.

L’antifasciste de plume reconnaît que Soral « s’adresse en effet à un public en partie composé de personnes habitant les banlieues pauvres des grandes villes, souvent originaires des pays du Maghreb ». La connaissance des personnes habitant les banlieues pauvres des grandes villes n’étant pas le fort des rédacteurs de Philosophie-Magazine, Michel Eltchaninoff discerne dans l’alliance avec Farida Belghoul un rouage de la stratégie globale antijuive de Soral le chauve à longue vue, il devrait plutôt se demander pourquoi les attaques contre le rappeur Booba insistent tant sur sa judéité certaine et son homosexualité passive supposée et si les personnes habitant les banlieues pauvres des grandes villes originaires du Maghreb ont une vision du monde assez cohérente pour choisir ceux d’entre les intervenants sur le marché où l’on vend des mensonges qui leur sont les plus proches. Nul besoin du recours à Henry Corbin ou à René Guénon qu’ils ne liront jamais. Le succès de Soral repose en grande partie sur les mêmes ficelles que celui de Michel Onfray, un monologue sourd à toute critique et asséné avec conviction. A ceci près que son segment de marché est antisémite.

L’antifasciste de plume rappelle la « xénophobie anti-arabe » de Jean-Marie Le Pen mais évoque surtout ses dérapages antisémites. Or Marine Le Pen aurait congédié, « l’antisémitisme traditionnel du FN ». Michel Eltchaninoff  oublie qu’elle propose de protéger les juifs à kippa en supprimant leur exhibition publique, notamment les jours de shabbat, ce qui relativise le congédiement en question.

Marine le Pen développe « systématiquement une argumentation anti-islam ». Cette argumentation serait composée de déclarations mensongères à propos de la production agro-industrielle de viande hallal en France, d’une saillie sur l’occupation des rues lors des prières du vendredi, d’une volonté de limiter la taille des minarets et de confier aux seuls musulmans le financement de leurs lieux de culte. Elle aurait déclaré à un journal turc que les voiles, les lieux de prière, les demandes de nourriture spécifiques sont en contradiction avec « notre culture ». Toutes assertions que partagent nombre de français qui ne sont pas spécialement d’extrême-droite, à croire que beaucoup de français, en ne reconnaissant pas l’Islam comme une religion sans ‘’histoire’’ à l’instar du bouddhisme sont sur la pente savonneuse du fascisme.

Enfin l’antifasciste de plume finit par un décryptage de meeting. Les frontistes considèrent les socialistes du nord comme une « caste mafieuse ». Visiblement les citoyens nordistes aussi et pas seulement, ceux-ci. Marine Le Pen dénonce la corruption des hommes politiques, ce serait une attitude visant à les « criminaliser », de même elle indique que « tous les chiffres de la délinquance sont ‘’bidonnés » et que la « population française est sous-informée : mensonges, chiffres maquillés ». Or cette évidence, disons ce truisme, devient une adhésion du leader frontiste à la « théorie du complot ». Quant au carré magique communautaristes, intégristes, cantines et piscines, il forme le mot Islam j’écris ton nom. La question devient, pourquoi mais l’antifasciste de plume ne la posera pas. Les mots seraient donc des « signaux ». Pavlov Le Pen déclencherait des stimuli visant à violer des foules déjà convaincues et consentantes puisqu’elles vont à son meeting.

Le frontisme, malgré tout, c’est la « troisième génération du discours xénophobe » comme il existe un troisième sexe. Cette troisième génération joue au jeu du cadavre exquis et au vertige des analogies, cantine = terrorisme, burqa= piscine voilée, etc. Ainsi on joint aux « racistes traditionnels », un « nouveau public républicain ».  Malgré tout Marine le Pen conserve « tous les canaux sémantiques de la pensée fasciste traditionnelle », canaux qui s’avèrent compatibles avec le nouveau public républicain alors qu’ils divisaient en 1934 ou 1936 voire en 1973 ou en 2002. Quelle mutation s’est produite ? Mystère.

Les canaux en question seraient une « détestation et criminalisation des élites » qu’il faut aimer, un « réveil d’émotions violentes », expression vide de sens quand le réveil d’émotions antijuives conduit aux massacres d’individus et d’enfants pris au hasard à Toulouse ou à Bruxelles, un « vocabulaire du corps » qui se réduit à une attaque de François Hollande mais pas du nain Sarkozy ou du grand dadais Chirac ou du singe Tapie ou de la guenon Taubira ou du menhir Le Pen, une « théorie du complot », sans autre précision à croire que les complots n’existent pas et encore moins le gouvernement invisible de feu Edward Bernays, la « défense des valeurs traditionnelles » qui est un mal en soi car toute Tradition est un crime en regard de la société liquide du capitalisme avancé, une peur de la « dénaturation » à l’heure des manipulations génétiques et de l’eugénisme programmé, un pur délire, ça va de soi.

De même quand Marine Le Pen indique que François Hollande s’est couché devant la « grande finance » ou plutôt la sainte finance, c’est, pour l’antifasciste de plume, une déclaration antisémite comme s’il était évident que chaque français associe grande finance et judaïsme, de même quand elle ajoute que Sarkozy a servi les mêmes maîtres. Mais lorsque Jacques Rancière bombarde l’oligarchie, ne parle t-il pas des maîtres contemporains, est-ce antisémite ?  ou est-ce une thèse qu’on peut défendre et critiquer, une question qui peut s’énoncer ainsi : une société moderne a-t-elle encore des maîtres ?

En fin d’article, un nouvel ennemi du fascisme est désigné, les roms que Marine Le Pen « finit par faire huer », car huer les roms rassemble bien au-delà du public républicain et des racistes traditionnels, même réunis. Un pitoyable rassemblement mais un rassemblement tout de même, un rassemblement digne de la démocratie réellement existante, soit la démocratie perpétuellement démagogue. La conclusion de l’antifasciste de plume est des plus évasive : « la pensée fasciste est parvenue à son stade post-moderne. L’avenir nous dira s’il faut plutôt s’en réjouir ou s’en inquiéter ».

Incapable de définir ce que pourrait être une pensée fasciste et ce qui la distingue d’une vision du monde antisémite ou d’une simple démagogie d’ordre parlementaire, l’antifasciste de plume a accompli sa tâche, il peut dessiner son pseudo-petit carré sémiotique de la non-pensée fasciste articulé autour de la Terre (ancrage archaïque du monde), du Peuple (identitaire, exclusif, mythique), de la Vie (organique et dépendant de lois naturelles et éternelles) et du Mythe (plus archaïque que le passé réel). Il en conclut au terme d’une absence d’analyse que la pensée fasciste n’est pas vraiment une pensée car elle ne devrait pas exister.


Responses

  1. Je ne connaissait pas Michel Eltchaninoff, et je ne regrette rien.
    Si les premières citations que vous faites de son billet traduisent bien sa pensée, je n’ai aucun désir de mieux le connaître.
    Un rapide tour chez Google m’indique son statut de professeur (agrégé).
    On comprends mieux cet aphorisme de Bertrand Russell :
    « L’homme naît ignorant mais pas stupide; il est rendu stupide par l’Education ».

    PS1 : j’imagine que vous êtes de cette caste; alors, pardon.
    PS2 : dans vos billets on ne distingue pas toujours la citation d’un auteur d’une critique faisant usage de ses termes (ou bribe) placés entre guillemets.

  2. Toutes les phrases entre guillemets sont extraites de son long article, il arrive que j’en reprenne la texture dans mon propre texte mais il me semble que les deux parties sont distinctes. J’ignorai qu’il était professeur, encore moins agrégé. En tout cas, il ne se présente pas comme tel. Vu sa prose, je le croyais journaliste et il est bien rédacteur en chef de Philo-Mag comme d’autres l’étaient de Pif le chien.

    Sinon, je ne dirais pas que les agrégés soient une caste, à l’instar des énarques, des normaliens ou des polytechniciens. Ils forment dans chaque discipline scolaire un corps, c’est-à-dire qu’ils sont les vestales d’une certaine tradition scolastique que détestait Pierre Bourdieu parce qu’elle sonne très ancien régime et qu’elle est d’une stérilité à toute épreuve. Dans ses tristes tropiques, Levi-Strauss a écrit tout ce qu’il fallait écrire sur ce dispositif français conçus pour des gens que la vie effraie. Ce ne sont pas des conquérants et quand ils sortent de leurs enclos, leurs emplois sont, généralement, ceux de bouffons ou de valets, ils ont alors l’impression d’un appel d’air.

    • A propos de « tristes tropiques » de Levi-Strauss,
      je me permets de vous envoyer une copie du commentaire que je viens d’envoyer à un ami :

      J’allais y jeter un œil lorsque je tombe sur la phrase
      « Une grande anthropologue éclaire le débat et défait les préjugés relativistes ».
      Sachez que la grande anthropologue (successeur de Claude Levis-Strauss au collège de France) a écrit :
      «les produits « bons », la viande, le gras, etc. étant réservés prioritairement aux hommes. (…) Cette « pression de sélection » qui dure vraisemblablement depuis l’apparition de Neandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à des écarts de taille et de corpulence entre hommes et femmes »

      [ Libération 10 avril 2007]
      En bref, le mâle plus fort en a profité pour manger mieux et donc devenir plus fort. Et cela depuis Neandertal !
      Si c’est pas de la grande anthropologie …

      Amicalement.

      • Bonjour René, bonjour Memento

        Je dirais que la « grande anthropologue » dont il est question n’a visiblement pas pris la peine d’asseoir ses assertions sur des connaissances spécifiques ( que celles-ci ressortent de la biologie, de la nutrition scientifique ou autre mode d’approche essayant de priviliégier l’honnêteté intellectuelle).
        En celà, elle pourrait ressembler à son prédécesseur, que je considère comme un opportuniste superficiel, ayant vogué sur la naissance d’une idéologie anticolonialiste ( pourquoi pas) , et sur la mode d’une pseudo mathématisation holistique appelée ‘structuralisme ».
        Un vulgaire « pompeur » de Frazier, Mauss, Durkheim, et Freud….j’oserais dire un « Descartes de l’anthropologie » ( mais les admirateurs de Descartes peuvent ne pas en être d’accord, j’en conviens)

  3. C’est une anthropologue ou une sociobiologiste ? On peut aussi lui rétorquer que l’adoption de l’agriculture a entraîné un abaissement généralisé de la taille des hommes (du moins d’après les squelettes fossiles retrouvés)

  4. Si Levi-Strauss est un opportuniste superficiel surfant sur l’idéologie anticolonialiste (après tout il fut socialiste au même titre que Raymond Aron et les deux anciens socialistes n’étaient pas, en effet, des thuriféraires du pacte colonial), un vulgaire pompeur de Frazier, Mauss, Durkheim et Freud en quoi est-il un Descartes, c’est à dire une sorte de fondateur ?

    • Je ne considère pas Descatres comme un fondateur, ni de mathématiques, ni , et encore moins, de science « physique ».
      Parmi les français, Fermat et Pascal ont, à mon avis, une toute autre profondeur en termes de « Philosophia Naturalis » et de Mathématiques.
      J’ignore pourquoi Descartes bénéficie d’un tel « prestige » au regard de ses apports réels.
      Je suis sans doute assez « dur », mais je le comparerais volontiers à Lorentz ( le soit disant « découvreur » de la théorie dite du « chaos », oeuvre, en réalité, de l’immense Poincaré, 60 ans auparavant).
      Descartes a t’il bénéficié d’un talent « médiatique »; fallait t’il dénicher a posteriori un français face à Newton?
      Les « descartésiens » ne tenaient t’ils pas la Sorbonne contre les « scolastiques »? Combat facile à l’époque de Descartes; Galilée, dont les lois du mouvement n’eurent de cesse d’être combattues par les scolastiques, affronta d’autres périls !

      Mais je suis prêt à revoir mon point de vue.

  5. Il me semble que le prestige de Descartes ne se conçoit pas sans celui, ultérieur de Spinoza. En France, en tout cas, les deux courants se sont fondus à la fois dans les avatars de la philosophie libertine (La Mettrie) et dans la philosophie dite des Lumières telle que la narrent les hommes de la Révolution puis les progressistes. L’homme est prudent, ainsi apprenant la condamnation de Galilée par le Tribunal du Saint-Office le 22 juin 1633 où le savant italien est contraint d’abjurer son « hérésie », Descartes écrit à Mersenne, son disciple et intermédiaire avec Hobbes, qu’il renonce à publier son Traité du Monde et se déclare à deux doigts de brûler tous ses papiers. Il formule alors la devise : bene vixit bene qui latuit. N’empêche, il impulse une révolution qu’a bien perçue Heidegger, il place, non pas la pensée (et là je vous rejoins Pascal plane à cent coudées au-dessus de Descartes, pour Fermat, je le connais mal) mais la Technique au poste de commande, en prétendant y introduire la subjectivité via la révocabilité du monde par le doute. Même s’il est réfuté par Leibniz et d’autres, on ne peut pas dire que Descartes soit un imposteur

    • Descartes imposteur? Je ne le vois pas non plus ainsi.
      Ce qui me dérange, voire me hérisse chez Descartes, c’est très précisément ce qui, publicitairement du moins, le labellise comme « méthodologiste », « Technicien ».

      Dans la sphère de mes préjugés -et expérience- personnels, la Technique mise au poste de commande est précisément la Mort, la plus séduisante des pulsions peut-être, l’ataraxie par la répétition, le nirvana mécanisé.

      Je n’ai jamais rencontré de création chez autrui ou moi-même qui fut la simple conséquence d’une méthode ou d’une technique.

      Dans une « vie antérieure » universitaire, j’avais coûtume de dire à certains étudiants doués:
      « il n’ y a aucune méthodologie de la recherche; ne vous laissez jamais la fascination pour la technique vous engloutir; n’oubliez jamais le penseur humain sans laquelle la technique n’existerait pas; une machine ne saurait être que vulgaire; la pensée qui l’a conçue ne l’est pas « .[vieille conception grecque de l’absence de liberté dès qu’il y a nécessité ?]

      Partant, il ne saurait y avoir de « discours de la méthode » qui soit autre chose qu’une « salonade ».

      Et si encore cette « méthode cartésienne » s’avérait au service conscient d’une idéologie libertine ; peut-être au fond ; mais dans ce cas, ce queutard (dit-on) de Descartes met un préservatif à ses pensées secrètes.
      En méditant il y a longtemps sur le « je tiens pour vrai que deux et deux sont quatre etc. » du Don Juan, il m’est apparu que la philosophie du libertin, loin de n’être qu’une « froide » raison, était sous-tendu par le désir de destruction systématique de l’ordre moral par l’utilisation systématique de la « technicité » :
      le « libertin-ingénieur » en quelque sorte .
      (De mémoire, il me semble qu’Adorno a proposé ce type d’analyse à propos de la « Juliette » de Sade, montrant comment la pyramide des corps, ne négligeant d’utiliser aucun orifice ni appendice, architecture « optimale », pure machine de corps transitifs, est le projet libertin lui-même.)

      Sade, et non Descartes, le philosophe français par excellence ?

      Au plaisir de vous lire

  6. Ou Sade tirant la substantifique moelle du cartésianisme mais sans le dire ou plutôt l’exténuant par les conséquences immorales qu’il expose parfaitement dans les 120 journées de Sodome montées géométriquement (ça m’avait frappé à la lecture)

  7. rellexion, ou plutôt association en sauts de puce sur 3 posts ( Finkie, antifascisme, petit bourgeois)

    Les termes exténuation et exténuant que vous avez employés me révèlent pourquoi je songeais hier brusquement à la « Pieta »; le corps du Christ, dans cette oeuvre, ne m’a jamais évoqué un corps mort, mais, littéralement, exténué.
    Si je parviens à suivre une logique de « sage chrétien », le péché, au fond, n’est pas le problème; il est intramondain, et pardonné ( fut ce le cas échéant à coup de dollars..)
    Le salut est une notion extrèmement différente, entièrement personnelle
    (toute sotériologie « distingée », ou ses équivalents antiques, ne peut être qu’extra mondaine).
    L’une des lectures possibles de la « Pieta »: le prix du salut n’est pas le Christ souffrant ou mort en croix, mais le Christ exténué dans les bras de la Madone, seule à même de porter un témoignage qui vaille, peut-être ?

  8. ;;;;comme si seul le masculin pouvait aspirer à un salut?
    Le féminin, par l’exténuation de l’accouchement, de l’orgasme, ou de la danse orgiaque « païenne », semble facilement et cycliquement régénéré ( le visage de la Madone est celui d’une jeune femme)
    Dyonisos et le crucifié? Les Ménades et la Madone?

    Je vous propose une ménade

  9. Où vous retrouvez saint Paul, cher Hippocrate, là où le péché abonde la grâce surabonde parce que le péché est lié à la transgression non de la loi mais des commandements ou mitsvot alors que la grâce est un fait d’amour donc de création, les deux étant liés. On a donc un quadrilatère péchés-commandements-amour-création. La pietà, ce serait ce moment où l’homme, épuisé, défait, vaincu retourne à sa position fondamentale de fils (de la nuit et des grottes humides) entre les bras de sa mère (c’est-à-dire de la vie) si bien que la pietà nous offre, et le nous est fondamental, le spectacle de la défaite comme beauté et moment singulier, moment où il est question d’atteindre un autre corps, non pas celui de la stupéfaction muette où le réel et l’imaginaire se nouent et échangent leur place mais du commentaire inlassable de la question de la Foi (confondue avec l’amour) qui passe par la langue et les concepts si bien qu’une nouvelle communauté, au-delà du désir et de ses morts, est rendue possible et ouvre la voie du salut (et de la vérité). Ce qu’on pourrait traduire par la maxime d’Aristote : il nous faut vivre en Immortels

    • clap, clap, clap. C’est pour des textes ou des commentaires de ce genre que je reviens chez vous. Merci et bonne continuation.

  10. Durant la durée de la coupe du monde et peut-être au-delà, je rapatrie mes posts ici Daredevil, si ça vous tente : http://mondialisssimo.wordpress.com/


  11. La pieta?
    la « Vie éternelle » individuelle chrétienne au coeur de la « Ville éternelle » romaine ( voir par ex Ciceron)
    la République de Platon: chronique d’un échec annoncé?
    Epicure et Sénèque ne sont pas mieux lotis ?
    Je poursuis un chemin boitillant sur ces thèmes, mais après tout « boîter n’est pas pécher »

  12. Si vous voulez rire un peu (l’humeur ne peut plus être à l’affliction tant la dose de bêtise est dépassée), je vous conseille la lecture de la traduction de la République par Badiou, un grand moment

  13. Merci Memento
    Je vous recommande, si vous ne le connaissez déjà, le Socrate de Roustang
    Qui sait, le salut peut t’il venir du « Chaman philosophe » contre la l’oligarchie marchande de la polis (qui n’en est plus une..), des favelas, ou des bordels de Buenos Aires.

    Entre 0 et 3mn30: la surrection

    Après tout, la pythie ou le daemon procèdent non par démonstration, mais par signes

  14. Il me semble que la langue comme la musique indiquent bien ce qu’est l’instance corporelle, source de tout savoir et de tout art. Comme vous m’indiquiez le Socrate de François Roustang, j’ai trouvé sur le net, un travail de Gregory Vlastos et un autre de Livio Rossetti à propos de Socrate, très intéressant, pour ce qui est du Socrate de Roustang, je suis en phase d’acquisition

    http://web.stanford.edu/~mvr2j/ucsccourse/vlastosSKnowledge.pdf

    http://www.socratica.eu/public/socratica/doc/pagine%201-21.pdf


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