Publié par : Memento Mouloud | août 30, 2014

Gaza Business

zara

La manifestation du samedi 26 juillet 2014, organisée en soutien du peuple palestinien à Gaza et, in fine, de ses représentants politiques, a été ponctuée de fortes tensions internes. « Casse-toi avec ta banderole, c’est une manif pour la Palestine ici. Je suis arabe et je vote FN si je veux », vocifère un homme musclé, la quarantaine. Il est en passe d’en venir aux mains avec un vieillard gauchiste au pied du Monument à la République, dans le centre de Paris. L’avatar de papy Hessel ne comprend pas, cela fait « trente ans » qu’il « milite pour Gaza ». Vite protégé par des jeunes en gilet jaune qui assurent le service de sécurité, l’éternel spectre révolutionnaire voûté replie sa banderole réclamant « la dissolution du Front National ». Il part rejoindre les autres idiots inutiles du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), massés à une dizaine de mètres de là, sous la terrasse Émilienne Moreau-Évrard, une partie légèrement surélevée de la place de la République.

Le même jour, E&R et Dieudonné organisent une conférence payante à la main d’or pour expliquer le conflit palestinien à partir d’une ligne de masse antisémite. À l’extérieur, une file d’attente s’étale sur deux cents mètres pour acheter une entrée à 5 euros. Un public hétéroclite, assez jeune. Pierre Panet, un proche de Dieudonné qui fréquente les milieux négationnistes et fut candidat sur une liste FN aux municipales, fait patienter la foule en s’agitant devant les caméras d’une web télé, Meta-TV. Sur l’estrade, l’ancien député belge Laurent Louis, qui a soutenu les thèses négationnistes de Faurisson, anime les échanges, entouré de l’écrivain juif et militant propalestinien Jacob Cohen, de Marion Sigaut, qui se présente comme une « historienne »issue de Debout la République et aujourd’hui membre d’Égalité et Réconciliation. L’affiche de la conférence annonçait des« témoignages de Palestiniens », mais les organisateurs se cantonneront à la lecture d’une lettre d’un médecin de Shifa qui a déjà abondamment circulé sur les réseaux sociaux. Les spectateurs ne sont venus que pour écouter Dieudonné, qui arrive, vêtu d’une combinaison orange de prisonnier de Guantanamo barrée du mot « quenelle ». Acclamé – y compris par des « Dieudonné président ! » –, il se plaint qu’« on nous ressort(e) toujours la souffrance de la Shoah » et explique que « la montée de l’antisémitisme a été inventée par le système car le système est sioniste ».

Retour à la manifestation, on entonne « Israël, il est fini le temps des colonies », du côté du NPA, héritier des porteurs de valise du FLN et« Palestine résistance, citoyens résistance », chez d’autres. Lancés, les slogans « Nous sommes tous des Palestiniens » et « Israël assassin, Hollande complice » sont les rares à être repris en chœur par une foule qui ne cesse de croître. À 15h30, certains grimpent sur la statue de la République et allument des fumigènes aux couleurs de la Palestine. Dix minutes plus tard, ils brûlent un drapeau d’Israël. Un geste qui provoque des sifflets nourris d’une partie de la foule et des applaudissements de l’autre. Certains affichent le symbole du mouvement R4bia, proche des Frères musulmans égyptiens, d’autres de « Gaza Firm ». « Non, non, non, c’est honteux ! » crie une jeune femme, vite appuyée par son groupe d’amis.« Là-bas, eux brûlent nos enfants, ici, c’est juste un drapeau, c’est rien ! » lui rétorque une autre.

Les membres de « Gaza Firm » sont apparus le 19 juillet à Barbès, chantant La Marseillaise lors de la manifestation propalestinienne interdite. Puis quatre jours plus tard, à Denfert-Rochereau, lors du rassemblement autorisé. Samedi 26 juillet, ce nouveau collectif était plus visible, représenté par une quarantaine de personnes et une banderole blanche déployée au centre de la place de la République. Si le nom « Gaza Firm » est apparu tout récemment, le groupe a fait sa première apparition en janvier, lors du « Jour de colère », qui a vu membres radicalisés de la droite et militants nationalistes manifester à Paris – y compris les « Dieudonnistes » –, dans un défilé émaillé de slogans antisémites et homophobes.

Égalité et réconciliation (E&R) , le mouvement d’Alain Soral, s’était empressé de soutenir sur son site la naissance de ce nouveau collectif : « Enfin une Ligue de défense goy ? ». Les membres de Gaza Firm, eux, jurent n’avoir « aucun lien » avec « l’extrême droite »,« Dieudonné ou même Alain Soral ». Pourtant, derrière ce collectif, on trouve un proche de la galaxie soralienne : Mathias Cardet. Ce porte-voix de Gaza Firm a donné plusieurs conférences avec Alain Soral, son éditeur, et est un invité régulier de son site.  Il a également relayé les appels, abondamment diffusés par Égalité et réconciliation, à une « journée de retrait de l’école pour l’interdiction de la théorie du genre », cet hiver. Il était aussi présent, le 21 juin, au bal des quenelles, organisé par Dieudonné, où l’on pouvait croiser le négationniste Robert Faurisson.

Le 26 juillet, place de la République, à 100 mètres du rassemblement interdit, Mathias Cardet cette figure minuscule de la galaxie antisémite, est contrôlé par les forces de l’ordre avec plusieurs autres personnes. Dans le sac de l’un d’entre eux, les représentants de l’Etat trouvent des gazeuses et du matériel « d’expression démocratique ». Contrairement aux militants de gauche embarqués le matin même, Cardet et ses acolytes sont relâchés après discussion avec les forces de l’ordre. On ne sait jamais, ils pourront toujours servir un jour ou l’autre. Plus évoliste que jamais, Soral y voit une politique qui passe par le soutien aux corps constitués malmenés par la judéocratie. Les nombreux barrages filtrants installés depuis Bastille, par exemple, ont empêché des personnes de manifester et ont compliqué la tâche du service d’ordre officiel et des militants. Mathias Cardet, lui, a été laissé libre de participer à un rassemblement interdit alors qu’il était venu les poches pleines car les auxiliaires de police sont toujours les bienvenus.

Plus ridicule que jamais, Mathias Cardet et certains de ses comparses (Stéphane de la BS, Ousman, auteur de l’inoubliable suceur de sioniste), aurait juré fidélité à la Cause, se déclarant « prêt à mourir ». On s’attend donc à les voir paradant dans Gaza, une ceinture d’explosifs autour des reins. Evidemment, ils n’en feront rien. Mathias Cardet (Thomas Nlend, de son vrai nom) fait des affaires avec Alain Soral. Il trempe aussi dans des histoires de chantage dans la trouble affaire Tron. En effet, en janvier 2012, Eva Loubrieu était entendue une nouvelle fois par la police judiciaire de Versailles. En question notamment, un enregistrement pirate d’une conversation de la plaignante avec un ancien voisin, Thomas NLend. Selon la défense, le document sonore étaye la thèse du complot fomenté par le FN. Eva Loubrieu se défend alors en expliquant qu’elle avait bu quelques verres et que ses réponses étaient largement orientées par son interlocuteur. Le 1er juin 2011, Eva Loubrieu s’est fait piéger et enregistrer à son insu par Thomas NLend, un voisin avec qui elle a eu un différend financier. Ce dernier l’invite dans un café de l’Ouest parisien. Dans la poche intérieure de son blouson, son iPhone enregistre tout. La discussion démarre sur l’affaire Tron et, après un verre de vin blanc, la plaignante lâche de curieuses révélations. “J’ai toute la machine du FN derrière moi, commence-t-elle sur un ton assuré. On va demander 300 000 euros chacune, hein !”, poursuit-elle en évoquant d’éventuels versements de dommages et intérêts. Thomas, qui veut l’encourager à parler, ponctue chacune des affirmations de la femme d’un “Bien joué, bien joué” et la relance, allant jusqu’à finir ses phrases, orientant même certaines de ses réponses. Il feint de tenir pour acquis que le Front national joue un rôle clé dans cette affaire : “Tu sais l’oseille qu’ils vont gagner grâce à toi ? Surtout qu’en plus, ils vont récupérer Draveil, si ça se trouve !

Mathias Cardet, la version black de Laurent Obertone, a écrit un insignifiant « hooliblack » qu’il adresse aux patriotes et identitaires. Il est aujourd’hui à la tête d’une plateforme web baptisée « Bras d’honneur », dont E&R a assuré la promotion. L’année dernière, il a fait le tour des médias pour la promo de L’effroyable imposture du rap, un pamphlet qui lui a permis de diffuser ses thèses en prétendant révéler la face sombre du rap.

Qui sont les militants de Gaza Firm ? Essentiellement des jeunes issus des supporters ultras du PSG : des anciens de « K-soce Team » du virage Auteuil et de Karsud ayant des liens avec la frange radicale de la tribune Boulogne. « Le mot “Firm” trahit leur origine, c’est un code de supporter ultra, qui rappelle l’Inter City Firm(la première bande de supporters de foot hooligans anglaise ) ». Certains sont « des types du milieu hip-hop constitué autour de Mathias Cardet et des jeunes paumés, qui suivent un ou deux amis, viennent faire des quenelles et des bras d’honneurs dans les manifs et se cogner avec la LDJ. C’est avant tout un phénomène de bande », souligne le connaisseur des milieux interlopes, en évoquant aussi des recompositions « liées à des questions de stade ».

Mediapart / Quartiers libres / Les Inrockuptibles/ BAM


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