Publié par : Memento Mouloud | septembre 11, 2014

François Hollande, le dernier samaritain

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J’ai construit mon existence sur le principe d’aider les autres. Depuis mon plus jeune âge, je me suis consacré à cette tâche. Dans le bac à sable, en culotte courte, sur le tableau noir, en blouse, au lycée, à Sciences-po, à l’ENA, au service militaire, puis chez Mitterrand, chez Delors, dans les toilettes, à la cuisine, en short, sans chaussures, au parti socialiste, en Corrèze, aujourd’hui à l’Elysée, dans toutes mes fonctions, dans tous mes mandats, déguisé en père Noël, je n’ai pensé qu’à aider, qu’à représenter ceux qui souffrent. Quand un grabataire se fait dessus, je me sens blessé, quand un ivrogne s’effondre sur le pavé, j’ai mal. Je n’ai jamais été du côté des puissants, même si je ne suis pas leur ennemi car je sais d’où je viens et où j’essuie.

Vous croyez que j’ai oublié d’où mes gènes viennent ? Je suis blanc, je suis français, mon grand-père maternel, petit-tailleur savoyard, vivait avec sa femme dans un modeste deux-pièces à Paris. Mon grand-père paternel, lui, était instituteur et pacifiste, issu d’une famille de paysans pauvres du nord de la France. Et vous croyez que je pourrais déféquer sur le milieu d’où je tiens mes racines pour l’alimenter en engrais ?

Mon rapport aux zôtres, je l’ai mené sur le principe de la bienveillance, du souci de l’autre. C’est le sens de mon engagement politique. Je défie quiconque de prouver le contraire. On peut me critiquer, me piétiner, mais pas attaquer mes absences de choix politiques, ce qui est ma raison de vivre. Rendre service, être utile, vous le voyez bien, je ne sais pas dire je. Je me cache, je m’envisage comme un guichet. Pendant trente années palpitantes, j’ai reçu des gens en difficulté dans ma permanence corrézienne. Je n’ai jamais compris qu’on puisse mépriser les politiques au point de ne jamais se rendre dans une permanence, ça me dépasse, nous sommes des saints. J’écoutais leurs jérémiades, leurs difficultés à ne pas bouffer des pissenlits par la racine. Je me sentais puissant, vraiment puissant, je changeais leurs pleurs et prières en passe-droits et coups de pouce. Si j’étais ce simulateur qu’on veut faire de moi, vous croyez que les Corréziens stipendiés d’abord par Chirac puis par mes soins, n’auraient pas découvert que le baron était nu.

Mon père était carabin et nous n’avons manqué de rien. Mais je porte en moi ce que mes deux grand-pères m’ont transmis : le spectre de la République, des devoirs de papier, le respect du nombre. J’ai rencontré des gens dans les pires difficultés, usés par la vie qui ne fait pas de cadeaux. Ils avaient du mal à soigner leurs dents car je les inspectais et que j’aime les vétérinaires. C’est le signe de la pire misère, alors que tapiner dans un bois, franchement c’est bonnard ou périr en junkie comme un chien errant, un truc pas cool mais sans plus. Mais avoir des couronnes, c’est une catastrophe. Si j’étais le baron qu’on décrit, tous les corréziens auraient voté pour moi car les français adorent ce mélange ineffable de proximité, de roublardise et de mépris réciproques. C’est la rançon de 150 ans de démocratie.

J’ai dédié ma vie aux zôtres, elle ne valait pas cher. C’est une forme perverse de sacerdoce, car j’étais mauvais mari, mauvais père, mais j’étais ordonné par la République. Le bien le plus précieux d’un homme, nonobstant ses couilles, c’est le temps. Ce temps, je l’ai consacré à exister à travers mes mandataires. La moindre personne compte. Toutes les voix sont bonnes car personne n’existe vraiment à mes yeux. Je ne sais pas choisir car je ne désire rien, je ne hais rien, je n’ai aucune passion, je suis une règle désuète de parlementaire quinto-républicain. Les agendas surchargés me font vivre, ils palpitent sur mon scooter.

Ce que je vis en ce moment n’est pas agréable alors que les français sont à la fête. Vous voulez que je pleurniche qui rime avec caniche, que je crie qui rime avec brebis, très peu pour moi mon histrionisme est à l’image de mon talent, limité. Je veux rester dans l’authenticité qui n’existe pas, c’est moins fatiguant que de traverser le vide sur une corde.

J’ai été choisi pour cinq ans. C’est sans doute un concours de circonstances mais la Constitution césaro-chiraquienne me garantit le job cinq années. C’est un CDD imprescriptible à moins d’une Révolution. Mais un peuple aussi avili ne fait pas de révolution, il grogne. D’ailleurs les gens de peu…c’est une belle expression pour moi, les gens de peu, c’est-à-dire les incapables de naissance, les trimards, ceux qui suscitent le rugissement des hyènes qui se prennent pour des lions. Mais je ne veux pas qu’on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, de la douleur statistique, car c’est un mensonge qui me blesse. Je méprise la douleur qui porte un nom, la souffrance qui dit je, mais la statistique, non, elle pèse en voix, il faut en tenir le compte, c’est indispensable.

L’unité est plus que jamais nécessaire comme disait le maréchal quand il vantait nos ancêtres les gaulois avec ses petits sachets de terres provinciales et impériales enterrés sur le site de Gergovie. Il en va de la crédibilité du pays, de la France. Il faut reconnaître que la gauche est minoritaire, bientôt elle va disparaître mais nous n’allons pas entrer comme ça dans l’UDI ou l’UMP ce n’est pas notre étable.

Il n’y a que deux situations où l’hypothèse de la dissolution est envisageable. D’abord la paralysie du pays par la rue, par la grève générale, un genre de mai 68 à rebours, comme la droite a tenté de la faire sur le mariage pour tous. En fait, je déconne, vous croyez vraiment qu’un complot des familles peut jeter à intervalles réguliers des millions de personnes dans les rues, foutaise. L’autre hypothèse, qui me plaît plus, je suis un vieux canasson parlementaire et un progressiste bon teint, c’est une majorité qui se dérobe. Je prétends que je suis en acier trempé, qu’on m’appelle Staline en petit comité, que j’ai sa photo au-dessus de mon pieux. Mais, de fait, je suis fait de guimauve. Mon courage s’arrête à réciter, stoïque, un discours sous la pluie battante mais si la tornade approche, comptez sur moi, je mettrais un océan entre ce pays et mes pénates.


Responses

  1. Vous dites « en culottes courtes, chez les scouts, au service militaire ».. …
    J’ignorais qu’il l’avait fait

  2. A part quelques variations, j’ai repris ses propos, quant à savoir à quoi il ressemblait avec un uniforme, c’est une autre histoire


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