Publié par : Memento Mouloud | septembre 12, 2014

Les meurtriers de l’A6 ou les démons ne sont plus ce qu’ils étaient

Christelle Blétry, 20 ans, avait été retrouvée morte à Blanzy le 28 décembre 1996, son corps lardé de 123 coups de couteau. Elle est l’une des huit jeunes femmes tuées en Saône-et-Loire entre 1986 et 1999. « Le laboratoire a pu déterminer un profil génétique complet, fiable », a précisé le procureur de Chalon-sur-Saône, Christophe Rode. Après une soirée arrosée dans un bar avec des collègues de travail, le meurtrier, un ouvrier agricole, est rentré chez lui en voiture et a croisé par hasard la route de Christelle Blétry qui rentrait chez elle à pied. «Il l’a forcée à monter dans son véhicule, elle a cherché à s’enfuir et il l’a essayé de la rattraper avec un couteau», rapporte le procureur en précisant que le suspect avait reconnu les nombreux coups portés sur la victime. Puis, «il a laissé son corps à l’endroit où le drame s’est produit, il est rentré chez lui et a repris une vie normale», après avoir planté 123 coups de couteau. On se demande comment on reprend une vie normale après avoir tailladé un corps à ce point, comment tout l’entourage reprend sa vie normale quand papa rentre couvert de sang et le cerveau imbibé. Marié, deux enfants, l’homme travaillait dans une entreprise de la région et était apprécié de son entourage. C’est le marronnier des criminels dits normaux, ils sont toujours appréciés de leur entourage et même de leur famille qui maquille le misérable petit tas de secrets qui tient lieu de lien.

Cet homme, qui habitait pourtant près du domicile de la victime à Blanzy, a échappé aux radars des policiers. Depuis l’ouverture de l’enquête en 1996, il n’a jamais été interrogé par la police judiciaire de Dijon qui a entendu au total 150 personnes dont 15 suspects car les policiers sans informateurs sont toujours un peu perdus. Ce n’est qu’en 2004 qu’il est arrêté pour agression sexuelle et qu’il est inscrit au fichier Fnaeg (Fichier national des empreintes génétiques). À cette époque, il est condamné à deux ans de prison dont un avec sursis. Le meurtrier à la vie normale n’en avait pas fini avec ses pulsions, mais le procureur le trouve très inséré. Comment une société peut-elle considérer comme normal et inséré un homme qui a un meurtre à son actif et une tentative de viol non aboutie. Personne ne voit, les gens, les braves gens seraient-ils donc aveugles, toujours aveugles et sourds ? Le Mal est-il si présent, dans nos pénates, qu’il en devient inodore, incolore, invisible ?

A sa sortie, il divorce et déménage à plusieurs reprises avant de s’installer dans les Landes afin de reprendre une autre vie normale. «Il avait complètement occulté ce qui s’était passé, explique encore le procureur. Il avait retrouvé un travail, s’était socialement et professionnellement inséré. Il avait réussi à complètement cliver son existence sans attirer l’attention». Le meurtrier clive, on se demande si le procureur maîtrise réellement le vocabulaire clinique dont il use.

L’homme de 56 ans, interpellé à son domicile dans les Landes, à Retjons près de Mont-de-Marsan a été mis en examen et écroué jeudi. Il a reconnu les faits au cours de sa garde à vue de 48 heures après avoir nié. On ignore s’il était aussi très apprécié dans les Landes ou s’il arrosait toujours les soirées, avec ou sans vachettes et échasses.

«Jamais, je n’abandonnerai». Ce fut l’inoxydable credo de Marie-Rose Blétry, la mère de la victime. Et du courage il lui en a fallu pour faire face aux sarcasmes quand elle a dénoncé les inerties de la justice. Mais depuis trois ans, la police judiciaire a repris les dossiers de neuf meurtres non résolus dans la région. Mais aussi sous l’impulsion des avocats de l’association «Christelle» Me Didier Seban et Me Corinne Herrmann qui ces derniers mois avaient multiplié les demandes pour faire expertiser les vêtements de la victime.

«Il a fallu convaincre les magistrats d’analyser l’intégralité des vêtements de la victime ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Et ces expertises certes onéreuses ont permis de retrouver des traces de sperme du suspect qui n’avaient pas été identifiées préalablement», confient d’une même voix les deux avocats. «C’est surtout le combat d’une mère courage qu’il faut saluer. C’est aussi la preuve que rien n’est jamais perdu si on s’en donne les moyens et si la volonté judiciaire est au rendez-vous», constate Me Didier Seban. Des expertises complexes effectuées à Bordeaux (Gironde) ont permis de mettre au jour ces traces passées inaperçues.

Si la famille de Christelle tient peut-être le coupable du meurtre de leur fille, d’autres attendent encore de connaître la vérité. En l’espace de 20 ans, quelque 14 jeunes femmes âgées de 13 à 23 ans ont été sauvagement tuées dans un rayon de 200 kilomètres le long de cette route.

Parmi elles, Sylvie Aubert, 23 ans. Elle est retrouvée étranglée et mains liées dans une rivière en 1985. Un an plus tard, on découvre Christelle Maillery, une collégienne de 16 ans, dans la cave d’un immeuble du Creusot quelques heures après sa disparition. Quelques mois plus tard, Nathalie Maire est battue à mort et étranglée avec un câble électrique sur l’aire d’autoroute de Saint Albain. Carole Soltisyak n’a que 13 ans quand elle est retrouvée dans un bois près de Montceau-les-Mines. La collégienne a été violée, étranglée et tuée de quatre coups de couteau. On ne sait pas non plus qui a tué Virginie Bluzet en 1997, Vanessa Thiellon en 1999 et Anne-Sophie Girollet en 2005.

Ce coin de Bourgogne a été fréquenté par trois tueurs en série au cours de ces trente dernières années: Emile Louis, qui avait avoué l’assassinat de 7 jeunes filles disparues dans les années 1970 dans l’Yonne ; Francis Heaulme, surnommé le «Routard du crime» et reconnu coupable de neuf meurtres dans au moins huit affaires ; et Michel Fourniret, qui a avoué neuf meurtres commis entre 1987 et 2001. Dans l’enquête sur l’assassinat de Carole Soltisyak, les gendarmes s’étaient intéressés à Francis Heaulme, connu pour étrangler et poignarder ses victimes avant de les déshabiller. Mais faute d’éléments sérieux, l’enquête n’a pas abouti. De même, Me Didier Seban avait demandé à ce que des vérifications soient faites concernant l’emploi du temps de Michel Fourniret. Certaines de ses victimes étaient des jeunes filles mineures. Il n’a pas pu être confondu par ces prélèvements.

En décembre 2011, le meurtrier de Christelle Maillery tuée au Creusot (Saône-et-Loire) en 1986 avait été identifié lui 25 ans après les faits en décembre 2011. Un couteau avait été retrouvé à l’époque dans le parc des Charmilles, non loin du lieu du crime, dont l’affûtage particulier correspond à d’autres armes blanches en possession du suspect. Cet homme, au parcours chaotique, toxicomane, a été arrêté dans un centre psychiatrique où il séjournait. Jean-Pierre Mura a vécu au Creusot et fréquentait le quartier des Charmilles où il revenait voir souvent ses copains de cité. Au moment du crime, il avait 19 ans et était le père d’une petite fille. Un passionné d’armes blanches, qu’il collectionne. Dans le passé, il avait proposé de « dédommager » d’une somme dérisoire de 300 € l’ex-petit ami de la victime « pour la mort de sa copine », lorsque ce dernier avait été un temps soupçonné. Cette information capitale que l’ex-petit ami, décédé depuis, et trop secoué d’avoir été mis en cause, n’avait jamais révélée à la police, avait été recueillie dès 2003 par un enquêteur privé, Eric Belahouel. Ce dernier travaillait pour l’Association d’aide aux familles victimes d’agression criminelle. Une information essentielle qui avait permis de demander la réouverture du dossier en septembre 2005.

Avant son arrestation par les enquêteurs de la police judiciaire de Dijon, Jean-Pierre Mura était interné en hôpital psychiatrique. A la demande d’un de ses proches et sur avis médical, il avait été hospitalisé d’office par arrêté préfectoral au centre hospitalier de Sevrey, près de Chalon-sur-Saône. Il y a près de deux ans, Jean-Pierre Mura, qui présente des troubles psychologiques avérés – il est atteint de schizophrénie -, a commis une agression sur une jeune fille qui a réussi à en réchapper. Le profil de sa victime et le mode opératoire ressemblaient étrangement à l’assassinat de Christelle. Lui aussi n’en avait pas fini avec ses pulsions mais on ne peut pas le qualifier de normal et d’inséré. Dans les deux cas, on ne les dira pas possédés, ça fait mauvais genre, quelque peu archaïque bien que ça y ressemble beaucoup. La démonologie n’est pas enterrée, elle se grime dans les pratiques psychiatriques et dans les actes des hommes, elle est comme la trace d’un virus qu’on poursuit mais qu’on n’ose plus appeler par son nom car la glorieuse déclaration des droits de l’homme l’a affirmé, l’homme naît innocent, c’est la société mal fagotée qui le corrompt.

En janvier 2012, un rédacteur du Monde écrivait, « Dix ans presque jour pour jour après l’assassinat de Christelle Maillery, le 28 décembre 1996, une autre jeune fille avait été tuée selon un mode opératoire à peu près identique à Blanzy, à quelques kilomètres du Creusot. Christelle Blétry, 20 ans, avait reçu 113 coups de couteau »

Aucun notaire, ni notable dans le coup, juste des salauds de pauvres comme le disait Marcel Aymé, des épaves, toujours inconscients dans le mal et clamant comme Mura, y’a pas de justice. Non, en effet, y a pas de justice.

AFP / Le Point / Le Parisien / Le Figaro / Le Monde/BAM


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