Publié par : Memento Mouloud | septembre 23, 2014

Made in France (2)

La dissidence ne peut habiter que quelques esprits assez maîtres d’eux-mêmes et assez désintéressés pour faire les frais d’une pensée libre et pour courir les risques d’une action illégale et, s’il le faut, forcenée. Comme il n’est pas question pour les prétendus combattants de la droite d’illégalité et encore moins de pensée libre, on voit bien qu’ils sont des chefs sans troupe, une élite sèche, parfois pédantesque, le plus souvent ridicule, une faune mondaine qui s’est déplacée sur la toile, l’édition, le journalisme comme on va au bordel. Rioufol avec sa tête de pédaleux néronien perdu dans une éternelle défense de la France non moins éternelle et du libéralisme à tête de bœuf est bien incapable de défendre l’économie de marché dans ce qu’elle a de plus délectable et de plus nécessairement sadique. Non pas entretenir les homélies de Warren Buffet et le patrimoine du petit-fils Bettencourt, mais permettre à quelques uns de gagner assez pour dire merde à leur patron et s’entretenir avec la pensée dans ce qu’elle a de plus vaniteux. Pour le tout venant, l’économie de marché est encore le dispositif le plus approprié à cette épopée du hasard, des discontinuités, des chocs et des virages brusques qu’est toute Histoire, donc toute Providence, qu’on croit ou non en Dieu, sous la forme d’un billet vert. Pourquoi je n’étais pas communiste ou fasciste ou libéral-crétin ? Pourquoi je ne le serai jamais ? Tout simplement parce que ces pseudo-systèmes ne permettent aucune indépendance et qu’ils prétendent soumettre à la bêtise entêtée d’un seul, à la cupidité d’un cénacle ou au délire prédictif de quelques têtes farcies de chiffres et d’équations, ce qui ne peut l’être. De là leur terrorisme, de là, leur soif de responsabilités, de complots, leur manie de bâtir un jardin de suppliciés comme s’il s’agissait de l’antichambre du paradis terrestre.

La France est suspendue, elle n’existe plus, ni dans le régime, ni dans l’Etat, ni dans les mœurs. On trouve sa figure dans le passé et l’avenir, voilà tout. J’y suis attachée comme on s’attache aux métaphores et aux récits, c’est un armorial qui vaut tous les logos et c’est le mien. Je ne vois pas l’utilité de lui coller des colifichets raciaux, occidentaux, consuméristes et j’en passe. La construction la plus simple est encore la meilleure. Tout ce qui est politique est peut-être fondé sur le plus bas de l’homme, idoles, craintes, appétit, ignorances, envies, mais ce plus bas se retrouve partout. Quand on a dézingué la France, on trouve donc une autre idole et le cirque continue. Si on doit continuer à traiter la France de pouffiasse et les français de gros cons ou d’assistés, de fonctionnaires à qui il faut administrer le lavement suprême, autant les laisser tranquilles aujourd’hui que les français vivent pressurée et la tête sur le billot.

La droite française est assez simple à diagnostiquer. La moue de Sarkozy, ce masque de clown qui ne sait pas rire, laisse pâmés, les rombières et les vieux droitards. Les hurlements monocordes de la haine entêtée pour tout ce qui est la gauche laissent ébahis la clique des hybrides plus jeunes, comme après quelques obscénités un peu fortes. Et maintenant quelle chance d’avoir Marine. C’est un vide si profond, si creux, qu’on voudrait faire venir un tambour, un jazz, n’importe quoi, tout ce que les hommes inventent pour se cacher leurs lendemains obscurs.

Les plumes de droite viennent rarement à l’écriture par hasard, certaines écrivent des livres pour écrire des livres, pour en être, d’autres aimeraient bien qu’on les remarque. Ils écrivent en songeant à ces feuilletonistes du net que des millions de peigne-culs prennent le temps de mater, comme s’ils n‘avaient pas autre chose à faire. Les prétendus iconoclastes sont figés en cette extrême jeunesse, dans le parti pris de blague qui pétille à ses débuts puis s’évente, rapidement. On en finit plus de se dessécher, de se limiter, de produire son petit tic. Toujours les mêmes cibles, les mêmes quolibets, toujours le même vide, le même esprit de famille.

Comme le disait Paulhan « tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C‘est peu de choses dis-tu. Oui, peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles ».


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