Publié par : Memento Mouloud | septembre 26, 2014

Qui sont les soldats du Califat ?

Le groupe des Soldats du califat (Jund al-Khilafah) porte le même nom que l’organisation terroriste de Mohamed Merah, auteur des attentats de Toulouse et de Montauban en mars 2012. Les premiers Soldats du califat avaient pour figure centrale, et sans doute dirigeante, Moezeddine Garsallaoui, un djihadiste tunisien, basé au Waziristan, une des zones tribales du Nord-Ouest pakistanais. Il se faisait appeler «le serviteur des moudjahidin, Al-Kayrawani».  C’est là qu’il avait supervisé en 2011 la formation terroriste de Merah, avant de revendiquer sur un forum internet lié à Al Qaeda, les attentats perpétrés par son disciple en France.

Les riverains de la Grand-Rue de Guin se rappelleront longtemps ce matin de février 2005, lorsque des policiers lourdement armés sont venus arrêter cet obscur réfugié tunisien. «Il fallait l’assommer, se souviennent des connaisseurs de l’affaire. Ils lui ont balancé une grenade à concussion. C’est 150 décibels: quand ça éclate, vous êtes statufié.» Choqué par la détonation, Moezeddine Garsallaoui restera muet et tremblant pendant près de deux heures. Jusque-là, il vivait d’une rente.

Après son arrestation, en 2005, Moezeddine Garsallaoui est inculpé, entre autres, de soutien à une organisation criminelle et de provocation publique au crime pour avoir diffusé des vidéos montrant des décapitations, donné des conseils pour la fabrication de bombes et hébergé des forums permettant aux djihadistes d’échanger des messages. En 2008, le Tribunal fédéral confirme en appel sa condamnation à 24 mois de prison, dont six ferme, mais l’homme a déjà filé au Waziristan. Les mesures de contrôle judiciaire le concernant étaient plutôt légères: il devait se présenter périodiquement dans un commissariat fribourgeois, des policiers passaient parfois à son domicile pour s’assurer de sa présence – et rien d’autre. En 2007, alors que la perspective de sa condamnation se précisait, Moezeddine Garsallaoui avait gagné la Belgique en compagnie de sa femme, Malika El-Aroud, l’une des plus bruyantes propagandistes d’Al-Qaida en Europe. En décembre, il décolle de l’aéroport bruxellois de Zaventem, direction la Turquie. Là non plus, les autorités belges ne le retiennent pas.

Commence alors un éprouvant voyage qui mène le Tunisien de Turquie en Iran, puis au Pakistan et enfin dans les zones tribales où sont réfugiés les cadres historiques d’Al-Qaida – ce que les experts antiterroristes ont nommé «l’organisation mère». Dans son sillage, il entraîne un groupe de six Français et Belges, volontaires pour le djihad, qui connaissent les pires mésaventures. Des passeurs turcs leur volent passeports et habits; en Iran, ils franchissent des montagnes enneigées au péril de leur vie; arrivés au Waziristan, ils sont accueillis par des combattants saoudiens armés de kalachnikov, qui les prennent pour des espions. Il faudra tout l’entregent de Moezeddine Garsallaoui – qui parle pachtoune, anglais, allemand, français et arabe – pour leur éviter l’exécution sommaire.

Catalogué comme cadre du «deuxième tiers» d’Al-Qaida – en contact avec le sommet, sans être lui-même un chef du plus haut niveau – il rédige des eulogies de djihadistes tués au combat, recommande les volontaires qui souhaitent passer d’un réseau à l’autre, guide les combattants sur les routes du Waziristan, où nul ne s’aventure sans passer par des points précis et des personnes de confiance. Entraîné par l’un des chefs militaires de «l’organisation mère», Abou Laith Al-Libi, il combat aussi, et se vante d’avoir tué des soldats occidentaux en Afghanistan.

Après son départ d’Europe, plusieurs enquêtes internationales sont lancées sur les réseaux djihadistes animés par Garsallaoui et sa femme en Europe. Noms de code: «Badoit» et «Caravane». Certaines sources suggèrent que les Suisses n’ont été que marginalement associés à ces opérations. «Des pays comme la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne partagent leurs informations, mais ils ont peu confiance dans la Suisse ou les pays scandinaves, parce qu’ils les jugent trop mous, trop peu conscients des exigences de la lutte contre le terrorisme», indique Rohan Gunaratna, un expert antiterroriste basé à SingapourSon frère, islamiste convaincu lui aussi, vivait à Bienne, tandis que Malika El-Aroud était incarcérée en Belgique.

En mars 2010. Moezeddine Garsallaoui se trouvait dans une maison d’hôte de Miranshah, principale ville du Nord-Waziristan, en compagnie notamment d’un artificier d’Al-Qaida surnommé Razwan al-Yemeni. Dans la soirée, le Tunisien sort pour prendre, via Internet, des nouvelles de sa femme, alors jugée en Belgique. Durant son absence, la maison est pulvérisée par un drone américain, et tous ses occupants tués.

Au moins une dizaine d’autres cadres terroristes liés à Garsallaoui sont morts de la sorte. Selon une conjecture qui circule au sein des services de renseignement, l’ex-habitant de Guin faisait partie de la centaine de militants de haut niveau que les Américains jugeaient susceptibles de les conduire à Oussama ben Laden. Ces derniers auraient ainsi eu un intérêt objectif à le maintenir vivant. Mais depuis la mort du chef d’Al-Qaida, «la chasse est ouverte», commente une personne qui a suivi son parcours. Même si «capturer Garsallaoui vivant aurait été une bénédiction», tant son savoir sur l’organisation est grand.

Ces Soldats du califat étaient impliqués dans une série d’attentats au Kazakhstan et d’attaques en Afghanistan. En octobre 2012, Garsallaoui est tué dans un raid américain sur le Waziristan. Le groupe des Soldats du califat ne fait alors plus parler de lui jusqu’à ce qu’une organisation homonyme se constitue, le 14 septembre 2014, par dissidence d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (Aqmi).

Des sources sécuritaires algériennes prétendent qu’ Abou Abdallah Othmane El Assimi est le cerveau déficient de l’opération en raison de ses récents mouvements : ce membre fondateur du GSPC (groupe salafiste armé créé pendant la décennie noire) localisé jusque-là dans les maquis de Boumerdès se serait déplacé vers Bouira. Figure importante d’Aqmi, Abou Abdallah Othmane El Assimi avait proclamé son allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi dans un message audio diffusé cet été.

Les Algériens suspectent un autre terroriste, Messaoudi, émir très influent dans les maquis de Médéa, d’être le commandant du groupe. Abdelmalek Gouri, alias Khaled Abou Souleimane, 37 ans, présenté comme le chef du groupe depuis son annonce de soutien à l’État islamique début septembre, serait donc resté en retrait. On sait peu de chose sur lui sinon qu’il était responsable de plusieurs katibates (phalanges) au centre du pays et que son frère, Khaled, a été tué par les forces de sécurité en 2013. Ancien conseiller de Droukdel, il aurait passé cinq ans en prison à la fin des années 1990. «Il est très surveillé par les services secrets et a donc beaucoup de difficultés à se déplacer», poursuit un opérationnel des renseignements qui auraient aussi identifié, sur la vidéo, un des deux djihadistes qui entourent Hervé Gourdel, Ismael Ould Djelli. Son nom de guerre: Abou Hayane. Ce Mauritanien aurait rejoint Aqmi en 2006, a été repéré dans les maquis de Skikda puis de Biskra, et au sein de la katiba Elfath el-Moubine.

Un autre groupe islamiste, celui de Mokhtar Belmokhtar qu’on croyait mort, « Ceux qui signent avec leur sang », a aussi rompu il y a plusieurs mois avec Aqmi. Il serait basé actuellement dans le sud de la Libye.

Les tensions au sein d’Aqmi au sujet du soutien à l’organisation de l’État islamique remontent à plusieurs mois déjà. Dès lors comment exister ? Une parabole simple couplée à une batterie de voiture permet d’alimenter un ordinateur et de capter des offres « triple play ». Les djihadistes dissidents disposent ainsi de la TV, du téléphone et d’Internet. Afrique Télécom propose ce type de services et a même été débordé par la demande venant du Maghreb. Les kits se commandent en tous lieux et des réseaux de revente disposent de pieds à terre. Voilà pour la logistique.

Dans un communiqué relayé par SITE, le réseau américain de surveillance des islamistes, le numéro un d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, a refusé de reconnaître Daech et a réitéré son allégeance à al-Zawahiri. «Le problème de Droukdel, c’est qu’il n’a pas mené d’opération importante contre l’armée algérienne depuis plus de vingt mois. Ses détracteurs lui en veulent, souligne une source sécuritaire algérienne. Cela dit, ils ne seraient pas plus de quinze à avoir quitté l’organisation.». On peut donc se demander légitimement lequel de ces groupes collabore avec la sécurité algérienne ?

Aqmi compterait encore environ 800 hommes dans toute l’Algérie, dont 70 % dans les wilayas de Bouira, Tizi Ouzou, Béjaïa, Alger, Tipaza et Jijel. Parmi eux, des Algériens, des Maliens, des Tunisiens, des Marocains et quelques Égyptiens.

Le « Message de sang pour le gouvernement Français » a fait le tour de la planète en moins de 12 heures. Le message était prêt à 12h30, jeudi 24 Septembre, et la diffusion a commencé à 16h30. L’ensemble de la reprise du contenu dans les grand sites d’actualités a permis de référencer les termes en 48 langues dans plus de 170 pays.

La page de soutien pour Hervé Gourdel, le français décapité par le groupe Jund al-Khilafa a été attaquée par des milliers de sympathisants du groupe terroriste. Des messages de félicitations le polluent en temps réel. C’est une contre-offensive menée par les milliers d’internautes qui se félicitent de l’action de Jund al-Khilafa. On remarque que les administrateurs de la page, dépassés, appellent au calme et à l’aide, sans succès. Bernard Cazeneuve réfléchit à une parade efficace.

Le Figaro / J-P Filiu / Le Temps / Afrique Technologie / Reuters / BAM


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :