Publié par : Memento Mouloud | octobre 14, 2014

Fethi Benslama et la question musulmane (psychanalyse, modernité et narcissismes)

Que veut-on dire par l’expression « pays musulmans » ? Elle paraît évidente, mais ne l’est en vérité pas du tout. S’il s’agit de pays où vivent des « musulmans », le mot « musulman » peut occulter une réalité complexe et hétérogène. Il y a des musulmans croyants, d’autres croyants et pratiquants, d’autres musulmans agnostiques, ou encore des musulmans athées. Il y a des musulmans au sens religieux, et des musulmans qui, tout en étant inscrits par leur naissance dans un univers symbolique et culturel référé à l’islam, ne se reconnaissent pas ou ne revendiquent pas le fait religieux.

Le référent « islam » dans son usage homogénéisant, aujourd’hui, ne sert pas à penser le réel, mais sert des amalgames au service des obscurantismes en islam et en Occident. Le mot « islam » ne désigne pas seulement le fait religieux ; il faudrait pour cela parler d’« islamisme », comme on parle de « judaïsme » et de « christianisme », mais étant donné que le mot « islamisme » est utilisé aujourd’hui au sens d’une idéologie radicale, nous ne disposons plus en français d’un concept adéquat. Le nom « islam » désigne un ensemble de cultures, certes marquées par la religion, mais qui ne s’y dissolvent pas. Il y a des littératures, des philosophies, des arts, des architectures, des langues, des peuples en excès et en défaut par rapport au fait religieux. Bref, il s’agit d’un ensemble « géoculturel » complexe et hétérogène. Le terme « islam » n’est présent que six fois dans le texte coranique ! Ceci est très important, car les mouvement les plus radicaux de l’islamisme, ce qu’on appelle le « salafisme », veulent explicitement que le fait religieux s’étende à l’ensemble de la vie et dénoncent justement l’existence de la culture ou de la civilisation. C’est une idéologie totalitaire.

Les pays du monde arabe sont entrés dans la modernité vers le milieu du XIXe siècle. N’oublions pas, d’ailleurs, qu’à la fin des années 1970, les mouvements politiques dominants dans cette région sont des partis de gauche, laïques, et même marxistes pour certains. Les pays du monde arabe ont tout pris de la modernité, sauf ce que j’appelle la « révolution subjective ». Je veux dire que les grandes idées de la modernité n’ont pas affecté en profondeur le sujet de la tradition, elles l’ont ébranlé sans le transformer. La transformation passe par une modification des rapports de pouvoir qui n’a pas eu lieu. Pas seulement le pouvoir politique dans la cité, où les Arabes ont vécu sous le règne de tyrannies terribles, mais le pouvoir domestique, le pouvoir sur le sexe et les relations de genre. Bref, le patriarcat a subsisté, sauf dans quelques pays, comme la Tunisie. Ce qui a manqué, c’est la relève de l’ancien sujet, assujetti à la tradition, la relève du sujet en citoyen, selon le principe de «l’égaliberté», pour parler comme Étienne Balibar. L’ébranlement sans la possibilité d’une telle relève du sujet a conduit à l’impasse, et a ouvert à la prolifération de l’idéologie islamiste, qui proposait une issue par le ciel.

Or les conditions au développement de la psychanalyse sont d’ordre d’une part politique – la présence d’un État de droit – et de nature scientifique – lorsque le savoir psychiatrique se substitue à une conception démonologique de la folie; ou encore culturelle : lorsque la référence à l’inconscient pénètre l’univers intellectuel (littérature, philosophie, etc.) ; voire enfin subjective : l’émergence du sujet moderne, au sens kantien du terme. Ces conditions ne sont pas toutes réunies dans la plupart des pays de l’aire de l’islam, mais certaines existent çà et là, ce qui permet l’émergence de la psychanalyse comme thérapeutique et comme pensée marginale.

Si je me suis intéressé à la figure d’Agar, c’est dans le cadre d’une recherche qui visait à explorer les fondements symboliques de l’islam, et de ce que Freud avait appelé les refoulements constitutifs de l’institution religieuse. J’ai découvert que la figure mythique de l’ancêtre des Arabes est absente du texte coranique, alors que les autres protagonistes de la Genèse, notamment sa concurrente Sarah, sont tous présents. Sarah est en effet bénie, alors qu’il n’y a pas de trace d’Agar. Sans doute son statut de servante et de répudiée est-il pour quelque chose dans cet effacement. Quoi qu’il en en soit, il me semble que ce fait n’est pas sans conséquence sur l’organisation symbolique de l’islam, et sur la condition de la femme dans les agencements signifiants fondamentaux de son univers de croyance.

Le voile n’est pas un signe, c’est un objet qui interdit le corps de la femme à la vue des hommes. C’est la définition canonique du mot hijâb en arabe. La raison en est que le corps de la femme, dans la tradition et les textes islamiques, est considéré comme intégralement tabou, car il porte en lui les germes de la séduction et de la sédition pour l’ensemble de la cité. Les femmes sont déclarées manquantes de religion et de raison, elles sont les suppôts du diable, selon certains hadiths. Du point de vue du droit islamique, sauf pour la possession des biens, les femmes sont considérées comme des mineures, elle ne peuvent se marier, divorcer, voyager sans l’assentiment d’un homme (père, fils, époux) ; leur témoignage est sujet à caution et il faut le témoignage de deux femmes pour équivaloir à celui d’un homme; elles risquent en cas d’adultère la lapidation, etc. Que faut-il donc pour arrêter de penser le voile comme un signe ? Ou bien alors, le voile est un signe au sens où les chaînes réelles d’un esclave ou d’un prisonnier sont un signe. En fait, le voile est l’élément visible de tout un système de relégations et d’inégalités. En voulant le faire accepter dans l’espace public, les islamistes visent à y faire inclure l’exclusion.

Parler d’islam « modéré » ne veut pas dire grand-chose. Il y a des musulmans démocrates et d’autres qui ne le sont pas. Les musulmans d’aujourd’hui veulent majoritairement les inventions politiques de l’Occident, sans parler des inventions scientifiques et techniques, cela va de soi, mais considèrent en même temps que l’Occident a échoué spirituellement. C’est une discussion de fond qu’on ne peut déplier ici. Ils pensent aussi qu’il y a des forces hégémoniques en Occident qui veulent convertir au «Même» toute l’humanité, et les musulmans au premier chef. C’est pourquoi ils veulent associer à l’invention politique leur propre identité spirituelle, en pensant que ça peut marcher ensemble. Je fais là une synthèse, et je parle de l’islam comme si c’était un bloc homogène. Il faudrait entrer dans les détails et dans le jeu des différences sur le fond et sur la forme. Disons simplement que ce que je viens d’indiquer est une tendance axiale qui n’est pas près d’être modifiée. Que chacun en prenne la mesure.

La base de la civilisation, dans l’ensemble de l’humanité, est religieuse. Mais ce que les hommes ont produit sur cette base dépasse le fait religieux. Non seulement leurs créations le dépassent, mais bien souvent elles lui opposent des contre-pouvoirs. C’est ainsi qu’ont pu se développer des arts, des littératures, des philosophies affranchis de la religion. Je m’attache à le montrer particulièrement pour l’Islam. Je dirais même que ce qui a été fait de mieux dans l’Islam relève de la résistance à la religion. Prenons le cas d’Averroès, dans son fameux Traité décisif. Sous les dehors d’une tentative de conciliation de la religion et de la philosophie (la logique), il soumettait la première à la seconde. Ce qui fait problème, ce n’est pas la religion en soi, mais l’appropriation du politique par les religieux. À la limite, je dirais que l’islam n’est pas le problème, on y trouve le pire et le meilleur, comme dans toutes les grandes constructions, mais ce sont les musulmans qui doivent faire des choix dans un vaste héritage. Qu’est-ce qu’ils gardent, que doivent-ils abandonner, quels compromis ? Voilà la grande affaire des vivants à l’égard des morts. Le deuil dans les civilisations est un enjeu considérable.

Le soulèvement a permis la libération de la dictature, mais la libération n’est pas la liberté. Il faut construire les conditions durables de la liberté et de la justice. Et là le processus de transition se heurte à des intérêts divergeant avec la visée de la révolution, à une volonté d’appropriation, souvent d’ailleurs au nom de la révolution à laquelle on veut mettre fin.

En Tunisie, il est clair que le parti Ennahdha, d’orientation islamiste, ainsi que le gouvernement qui en est majoritairement l’émanation veulent exercer un pouvoir hégémonique et changer la société tunisienne selon leur conception religieuse. Ils rencontrent une résistance très forte de la part de la société civile tunisienne, de l’opposition républicaine du centre et de la gauche, du puissant syndicat tunisien l’UGTT, de la presse et des élites intellectuelles.

Les élections du 23 octobre 2011, où Ennahdha a obtenu la majorité à l’Assemblée constituante (40 % des sièges), avec seulement 20 % des électeurs à cause de l’éparpillement des voix de la gauche dans des centaines de listes, l’ont grisé. L’affaire du Printemps des arts est un exemple parmi bien d’autres de la persistance d’un atavisme menaçant pour les libertés. Ennahdha s’est joint aux mouvements salafistes pour accuser des artistes d’outrage au sacré et déclencher une campagne de menaces et d’intimidations inacceptable. Rached Ghannouchi, le président de ce parti, a même appelé à une manifestation de colère avec les extrémistes, qui aurait pu provoquer de graves troubles. Le prétexte en était, entre autres, un tableau qui s’avère être au Sénégal et non exposé à Tunis ! Les Tunisiens, en résistant, font l’expérience réelle d’une démocratie naissante qui n’a pas été octroyée une fois pour toutes, mais qui résulte d’un combat quotidien.

C’est en ce sens que je peux user de la fameuse expression d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Le pouvoir islamiste ne semble pas en mesure de redresser le pays et de répondre aux aspirations économiques et sociales des classes défavorisés, à cause de son incompétence, de son idéologie libérale, et du retour des automatismes identitaires de l’islamisme. Il manipule ceux qu’on appelle les salafistes, dont une partie constitue sa base, pour faire régner une atmosphère d’intimidation et de peur. Il s’empare de tous les leviers du pouvoir dans la haute administration en y plaçant son personnel, sans se soucier de son aptitude à en assumer les tâches. En un mot, l’hypothèse d’un islamisme qui se recycle dans les responsabilités est mise en doute pour le moment. Si Ennahdha a dû récemment renoncer à inscrire la charia dans la Constitution, c’est uniquement parce que les progressistes tunisiens ont manifesté sans relâche. Ce n’est absolument pas un geste des islamistes, une concession de leur part, comme on peut le lire ou l’entendre ici et là. Ce genre de lecture minimise à la fois le mérite des laïques et la dangerosité des islamistes déguisés en démocrates.

Pendant le soulèvement les islamistes étaient absents, aucune revendication de type identitaire ou religieux n’est apparue. Souvenons-nous que les trois mots récurrents des insurgés étaient « travail, liberté, dignité », c’est ce qui a marqué par la suite tous les soulèvements dans le monde arabe. Je persiste à penser que la demande fondamentale des peuples concerne les droits politiques et socio-économiques. Les motifs identitaires sont devenus secondaires.

La raison essentielle de la victoire des islamistes tient à l’implantation ancienne du mouvement Ennahda dans les espaces où vivent les populations défavorisées qui n’ont pas profité des effets de la croissance économique de la Tunisie au cours des quinze dernières années. Les islamistes sont apparus du fait de cette proximité, de la répression qu’ils ont subie et des valeurs morales opposées à la corruption qu’ils clamaient comme les plus aptes à réaliser le droit d’avoir des droits. Les islamistes ont été choisis, majoritairement, comme moyens, et non aux fins d’imposer leur idéologie. Dans le discours des leaders, l’islam apparaissait comme un supplément d’âme compatible avec la démocratie. Il y a eu un déguisement très habile. Face à lui, la gauche était dispersée entre des centaines de listes, prise dans la bêtise de la lutte « du narcissisme des petites différences », mal implantée localement ; ses leaders, très instruits, avaient les manières d’acteurs appartenant à une démocratie vieille de deux cents ans, la Suède par exemple !

L’islamisme veut la contrainte politique et morale et le libéralisme économique. Le marché mondialisé peut s’en accommoder parfaitement. C’est même un idéal pour lui, car dans les démocraties occidentales, il est obligé à certaines concessions coûteuses pour lui. Ah, s’il pouvait s’en passer ! Mais il le fait de plus en plus, à travers l’invention d’une forme perverse de la démocratie. C’est ce qui règne aujourd’hui. Ce qui me frappe à travers la crise actuelle, c’est l’émergence d’un nombre important de pervers économico-narcissiques, des prédateurs qui utilisent la démocratie pour détruire la vie sociale de millions d’êtres 
humains, en toute impunité. Bien plus, avec les encouragements des élites d’État.

Lorsqu’on étudie et écoute cette idéologie, on s’aperçoit que la théologie, une théologie très simpliste, est un élément parmi au moins deux autres ingrédients : le scientisme et le nationalisme. Quand ils expliquent l’interdit coranique de l’inceste par les lois de la génétique, quand c’est l’État national qui vient chez eux se substituer à la communauté spirituelle, c’est que les références à la foi et aux concepts de la tradition ne sont plus suffisants. Ce cocktail fait que cette idéologie est une construction nouvelle, composite, à caractère totalitaire, puisque elle veut régenter l’ensemble de la société au nom d’une cohérence supposée islamique. En fait, cette idéologie est symptomatique de la décomposition de la tradition religieuse, dans le terreau de laquelle apparaît un mythe identitaire moderne.

Surtout, les islamistes font appel au ressort de la  » religiosité psychique « , selon l’expression de Jean-Michel Hirt. La religiosité psychique n’est pas l’institution religieuse, qui peut fonctionner avec des règles, des discours, des interprétations, une logicisation de la passion du divin. La religiosité psychique est liée aux pulsions, à leurs forces démesurées, à leurs revendications effrayantes et à leur répression féroce, c’est pourquoi elle ne cesse de mettre en scène l’abject et sa purification, laquelle cède la place forcément à l’abjection, et ainsi de suite. Elle place l’exigence de Dieu dans les poils d’une barbe, dans les toilettes d’une femme, dans les cheveux d’une fille à peine nubile, etc. Aujourd’hui, l’institution religieuse de l’islam est dépassée, ébranlée par ces forces. Je pense qu’il y a une décomposition de la religion instituée, un ébranlement de sa maîtrise et de ses maîtres, au profit de ces clowns dangereux qui éructent des fatwas à longueur de journée sur tout ce qui respire. Partout, l’institution religieuse est confrontée, d’une manière cyclique, à ces spasmes du dieu obscur, et il lui arrive d’y céder, et de ne plus pouvoir faire prévaloir la responsabilité de la raison. Son intelligence se met alors au service de ses ennemis. L’Occident a fait une opération très forte, unique dans l’histoire : une  » scientisation  » de l’ensemble du fait vivant, et une critique radicale du théologico-politique, qui ne l’a pas totalement épuisé, mais souvent travesti. Au cœur de cette opération : l’invention d’une puissante rationalité du politique, pour tenter de se mettre définitivement à l’abri de la religiosité psychique et de ses passions, tout en reconnaissant la place de l’institution religieuse. Mais, aujourd’hui, l’économisme s’appuyant sur la voracité illimitée du capitalisme ébranle, jusque dans ses fondements, cette invention politique.

Il faut inventer une nouvelle démarcation du fait religieux et de la conception théologique, mais en ne répétant pas les erreurs progressistes. La démarcation ne peut pas être une exhibition de slogans et un affichage de la laïcité, mais un travail d’intelligence et d’intelligibilité de l’Islam comme civilisation, accessible à tous. C’est ce que j’appelle les  » nouvelles humanités en Islam  » : réactivation des œuvres de sécularisation, historicisation, critique, déconstruction, analyses…, en un mot, reprendre le fil d’une  » révolution de l’interprète moderne « . Cette tâche est l’affaire d’une ou de deux générations de chercheurs et de créateurs, mais il nous revient de la formuler comme responsabilité, et de créer le lieu qui permet d’y avoir accès : c’est le but de l’Université des libertés, fondée sur un réseau de chercheurs dans le monde musulman qui acceptent d’y exposer leurs travaux, en les rendant, pour une part, accessibles à tout le monde.

Le deuxième plan est celui d’un engagement politique plus direct. Il faut, en effet, contrecarrer la machination islamiste, dont il est clair maintenant qu’elle prétend  » représenter les musulmans « , et incarner une alternative crédible au regard des démocrates en  » Occident « , autour de la figure du  » musulman modéré « , opposé au  » terroriste  » et aux  » pouvoirs pourris  » dans les pays musulmans. Elle va emprunter toutes les formes possibles et, tout en alimentant d’une main le mythe identitaire, la violence, le désespoir des jeunes, elle va proposer de l’autre main le remède. Un second engagement est celui de la résistance aux prédicateurs qui prennent les migrants et leurs enfants comme cible. Enfin, il faut mener la bataille pour briser la connivence entre les gouvernements des pays démocratiques et les gouvernements tyranniques du monde musulman, et manifester notre solidarité avec les démocrates et les laïques de ce monde, les faire apparaître comme porteurs d’espérance.

La métaphysique a eu de beaux jours en Islam, c’est immense, puissant et beau. Elle a impulsé un travail de subjectivation spirituelle qui a contrecarré, voir subverti, le sujet théologique. Je pense, par exemple, à l’invention de l’idée d’ » inconscient  » chez Ibn Arabi, à sa théorie de l’interprétation des formes que prend le divin dans l’homme et dans le monde, à cette thèse de la réciprocité où  » l’homme créé par Dieu est créateur de son créateur « . Or, qu’est-ce que la spiritualité ? La psychanalyse indique sa source dans le rapport symbolique que l’homme maintient en lui, dans son existence, comme mortel-immortel. Je dis bien :  » dans son existence « , et non en hâtant sa mort par des actes destructeurs de soi et de l’autre. La peste émotionnelle de l’islamisme a réussi à diffuser dans la jeunesse cet idéal qui appelle à rompre le lien mortel-immortel dans l’existence, à faire croire que gagner l’immortalité passe par un usage sacrificiel de sa vie. C’est ce terrible court-circuit qui fonctionne aujourd’hui, et d’autant mieux que les sources de la haine et de l’indignité sont multiples.

C’est la fonction du maître invisible que d’empêcher une fusion narcissique de l’idéal et de l’origine. Aujourd’hui, dans le monde musulman, on assiste à une chute des idéaux, associée à une atteinte narcissique très grave chez les individus par les systèmes politiques. Les demandes de réparation, à défaut d’une solution politique, ont trouvé la réponse dans une exhaustion mortelle où l’idéal et l’origine se confondent. Les martyrs vont vers cette pointe incandescente en vue d’une restauration absolue du narcissisme dans la mort. Ce n’est pas seulement la répression qui peut régler ce problème, mais une créativité dans les registres du discours et des actes politiques qui permettent le désenlacement des sujets de l’origine comme idéal. La psychanalyse est vraiment là : elle n’est pas seulement une voie individuelle, mais une approche politique des illusions collectives qui engendrent la cruauté.

Il faut prendre au sérieux la formule de Georges Bataille selon laquelle la communication a pour objet le mal. La communication autour du bien, ça ne marche pas ; et aujourd’hui l’islam est perçu comme une des figures du mal, et ses allumés comme les pantins du mal. Quand un journaliste a en face de lui l’un de ces pantins, il préfère tirer les ficelles dans ce sens, pour que la communication remplisse sa fonction de procurer la jouissance du mal. Il faut réfléchir à cela. Les chercheurs de liberté vont devoir apprendre à parler autrement que comme les gens du bien. La psychanalyse indique une autre posture, celle de l’éthique du désir – qui est parfois tragique, du reste -, mais c’est celle qui déjoue celle du bien et du mal.


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