Publié par : Memento Mouloud | octobre 14, 2014

Il était une fois le frontisme (7) : David Rachline, profession notable

Ce fils d’agent d’assurances a grandi avec trois demi-sœurs. Si son père, aujourd’hui décédé, était juif et plutôt de gauche, sa mère, femme au foyer et longtemps abstentionniste, est aujourd’hui sa première électrice. Il prétend que sa famille paternelle vient d’Ukraine mais ne se demande jamais si elle a péri.Titulaire d’un bac STT (tertiaire). Il n’a pas obtenu d’autres diplômes mais affirme «ne pas avoir de complexe avec ça». L’homme de Fréjus, né à Saint-Raphaël, dit aimer le théâtre, la littérature et la Formule 1. Il ajoute que s’il devait choisir une religion aujourd’hui, il pencherait pour le catholicisme, « proche de [sa] conscience identitaire ». Hors Marine Le Pen, il n’avoue aucun modèle. Élu maire de Fréjus en mars dernier, à seulement 26 ans, David Rachline se félicite d’avoir «désendetté» la plus grande ville frontiste de «dix millions d’euros, sans en augmenter les impôts». De fait, il a étalé l’emprunt dans le temps, renvoyant le remboursement aux calendes grecques.

Ancien responsable du Front national de la jeunesse qu’il avait transformé en Ordre du Phoenix, son passé était déjà chargé. Passé par Egalité et Réconciliation (le club d’Alain Soral), il aime à se définir comme “un lepéniste total”, comprendre: un cerbère servile des Le Pen père et fille. Il est très vite nommé secrétaire départemental du FNJ dans le Var, qui devient « l’une des fédérations les plus puissantes ». Il s’occupe des élections régionales de 2004, puis prend la tête du comité Les Jeunes avec Le Pen pour 2007. Du temps de sa mandature au sein du FNJ il prend des contacts avec la Destra de Francesco Storace, fidèle à l’héritage néo-mussolinien du MSI. Très en pointe dès qu’il s’agit de vanter ses épurations de skinheads, on lui reproche, néanmoins, la dureté avec laquelle il a réglé les “problèmes” avec les jeunes soutiens de Bruno Gollnisch. Certains “Jeunes avec Gollnisch” (JAG) avaient même parlé de “purges rachlino-staliniennes”.

On pouvait y trouver l’épilogue d’une guerre interne qui opposait David Rachline à certains cadres du FNJ. Laura Lussaud, candidate FN en 2011 à Pornic avec 14,8%, n’en était plus à sa première « purge ». Cette ancienne Responsable du pôle « Jeunes actifs » et de la cohésion militante en 2009, et ancienne secrétaire régionale du FNJ, organisatrice de l’apéro saucisson à Nantes en 2010, avait déjà été l’objet d’une tentative d’éviction de la part de David Rachline quelques mois auparavant. Désirant, en bon petit soldat mariniste, faire le ménage au sein du FNJ, celui-ci avait réussi à faire démissionner Laura de ses responsabilités, après avoir nommé François-Xavier Gicquel au poste de responsable FNJ pays de la Loire, connu pour être un soutien de Gollnisch. Elle passera pour l’occasion en commission de discipline.

Elle s’engagera par la suite comme soutien officiel de Bruno Gollnisch en rejoignant les « Jeunes avec Gollnisch » et en prenant la parole au meeting de soutien à Villepreux en novembre 2010, où toute la crème de l’extrême droite radicale désirant soutenir Gollnisch s’était réunie. C’est sans surprise qu’on allait la retrouver dans l’entourage d’un autre banni, Alexandre Gabriac.

En 2008 alors qu’il entre au conseil municipal de sa commune, on trouve la trace du cher David dans un livre à la couverture noire, publié en 2008 par les confidentielles éditions Déterna. Jeunes Nationalistes d’aujourd’hui, signé Christian Bouchet, ex-MNR.

David Rachline y confie tout le bien qu’il pense de la prime de naissance, « condition indispensable d’une politique familiale digne de ce nom ». Cette mesure instaurée en 1998 à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), dirigée à l’époque par Catherine et Bruno Mégret (MNR), prévoyait le versement d’une enveloppe de 5000 francs aux familles dont au moins un des parents était français ou ressortissant européen. Application du principe de « préférence nationale », ou plutôt de racialo-lapinisme bien compris, la disposition avait été jugée illégale par le tribunal administratif de Marseille.

Il prend un poste de commercial dans une société immobilière entre l’été 2008 et avril 2009. Installé dans sa position d’apparatchik il entend devenir notable et mène six ans durant une opposition farouche dans laquelle il évitera d’évoquer le train de vie corrompu de son prédécesseur umépiste Elie Brun ou les surfacturations dans le traitement des déchets du SMIDDEV, le Syndicat Mixte du Développement Durable de l’Est VAR. En 2010, le voici conseiller régional, juste avant la campagne présidentielle de 2012 durant laquelle il dirigea la campagne Web. Ce fut sa première grande aventure militante dans le sillage de Marine Le Pen car, très jeune, il s’est  » scandalisé de ces persécutions politiques, judiciaires et financières, ce qui [l’]’amena à [s’]’intéresser de près à l’action politique et militante, pour ensuite adhérer au Front National ».

Toutefois l’écrit Tarek  Belkhodja la continuité fréjusienne est assurée par l’indigné, « dans le dispositif administratif (chaque membre du comité directeur de la mairie est restée à son poste à l’exception de l’ex DGS, qui a eu la dignité de partir), dans l’orientation (vente effreinée du foncier de la ville aux promoteurs, financement délirant du club de foot au détrimant des autres sports, volonté de mettre sous tutelle le monde associatif), dans les parrainages ( je cite encore Francis Pizzorno et Alex Barbero ? ), … et dans la façon de faire de la politique. Mépris des oppositions, cumuls des mandats pour aller se balader ailleurs qu’à Fréjus … Sans oublier les reniements permanents des engagements de campagne ».

À Fréjus, les opposants au maire FN s’étaient interrogés sur le choix « douteux », et sur la compétence de Clément Brieda. Ce jeune spin-branleur n’avait à l’époque remporté aucun appel d’offres et avait investi, lors de la création de sa société, dans trois ouvrages intitulés Conduire un audit financier de début de mandatGuide pratique de l’élaboration du budget et Le budget communal : mode d’emploi. Il en avait sous-traité la lecture à ses assistants. Agé de 26 ans, consultant du cabinet de conseil Deloitte, diplômé de l’Edhec, il évolue au Front national depuis plusieurs années sous le pseudonyme de Bastien Doutrelant. « Je l’ai fait rentrer il y a trois ans à la commission économique du parti » avait confirmé Bernard Monot, qui a lui-même officié sous pseudonyme au FN jusqu’en février. Présenté aux universités d’été du FN comme un « analyste financier », autre type de branleur mais plus sérieux sur la place publique, Clément Brieda a animé les séances de formation des candidats frontistes aux municipales. Ce travail, il l’a réalisé pendant plusieurs mois « bénévolement », avait affirmé Jean-Richard Sulzer, monsieur « économie » du FN qui a animé un temps ces sessions avec lui. Un cadre du Front national admet que l’opération, à la veille des municipales, n’a pas été très discrète. « D’un point de vue com’, ce n’est pas génial… Il aurait dû faire créer cette société un an avant par sa grande-tante, la mettre en sommeil puis reprendre la gérance en mars. Là, ça prête le flanc aux critiques… ». En effet, prendre les gens pour des cons est une chose, l’affirmer aussi nettement c’est trop audacieux.

David Rachline avait mis le paquet pour faire des arènes de la ville un haut lieu de la fiesta varoise cet été. Et la programmation n’était pas sectaire : concert du mythique groupe de reggae The Wailers, ambiance gitane avec Chico & the Gypsies, soirée électro… et clou de la saison le 22 août : le retour fracassant des taureaux après huit ans d’absence dans l’arène. Le festivisme frontiste était sur les rails. Un joli coup pour… La Patrouille de l’événement, la boîte d’événementiel qui a organisé les festivités et qui partage ses bureaux du 16e arrondissement de Paris avec Jeanne, le microparti de Marine Le Pen, ou encore Riwal, l’agence de communication de l’ancien gudard Frédéric Chatillon.

Rachline affirme qu’il ne connaissait pas « particulièrement » les deux patrons de La Patrouille, Minh Tran Long et Romain Petitjean, anciens du groupuscule néo-nazi, la FANE de Marc Fredriksen (fédération d’action nationale et européenne), dissous en 1987. La petite entreprise produit ensuite coup sur coup – parfois en collaboration avec Fun Radio – cinq événements dans ces mêmes arènes entre juillet et août. Soit la totalité de la programmation estivale. Restait, ensuite, à payer les prestataires. Amis, de préférence. Pour les gros bras à l’entrée, les compagnons de route de Marine Le Pen n’ont pas cherché bien loin. Ils ont fait appel à Vendôme Sécurité, une société bien connue du FN qui l’a employée à de nombreuses reprises. Et qui trouve-t-on à la tête de la société ? Axel Loustau… le trésorier de Jeanne.

Le serpent gudard se mord la queue.

Question personnel, l’ami David est tolérant. Il a nommé comme directeur de cabinet, l’énarque Philippe Lottiaux. Candidat malheureux aux élections municipales à Avignon, Mr Lottiaux fut notamment directeur général des services de Mr Balkany à Levallois de 2001 à 2011. Moins connu, sous le nom de Philippe Bacart, il s’est produit dans divers théâtres parisiens comme La Comédie Tour Eiffeil ou au Théâtre Galabru. Il s’est également fendu d’un sketch sur le mariage pour tous.

En revanche, David Rachline, a décidé de rompre la convention qui liait sa ville au centre social de Villeneuve – un quartier de Fréjus –, ouvert il y a cinq ans. Le centre se voit privé de sa subvention et de ses locaux. Dans une lettre adressée le 3 septembre à la présidente du centre il ne cache pas que son motif est partisan. En cause : « des positions à caractère politique contre l’actuelle équipe municipale » de l’association. Ou plutôt de sa directrice. En effet, le maire reproche à Sandrine Montagard ses propos « dans deux articles de la presse nationale ». Elle rapportait, dans le Monde, des insultes entendues par des animateurs en sortie avec des jeunes, ou la lettre anonyme déposée dans les boîtes aux lettres du quartier appelant à prendre les armes contre « la racaille » et « l’idéologie qui se nomme le maghrébisme ». Sandrine Montagard avait également répondu aux questions de Libération sur la baisse importante des subventions aux centres sociaux fréjusiens. Elle y évoquait les « conséquences dramatiques » de cette réduction.

C’est sur Facebook que le maire a annoncé, le 3 septembre, la fermeture du centre : « Le partenariat entre la Ville et l’association gestionnaire du centre social de Villeneuve, prendra fin au 31 décembre de cette année. » Après son élection, David Rachline avait déjà considérablement réduit les subventions des trois centres sociaux fréjusiens, sans doute pour accélérer la cohabitation pacifique entre gens de sensibilités différentes comme on dit dans les milieux frappés d’euphémisme.

Son principal dossier idéologique porte sur la mosquée de Fréjus prévue pour deux mille fidèles. Sur son blog, il écrit, « la précédente municipalité UMP avait délivré en avril 2011 le permis de construire d’une importante mosquée (plus de 2000 places). Elle a ensuite délivré un permis de construire modificatif en août 2013. Or, ces autorisations, et notamment la dernière en date, posent de sérieux problèmes de légalité, au regard des règles d’urbanisme, de stationnement et en ce qui concerne la capacité des locaux. Sans parler de l’implantation de cette mosquée dans un quartier déjà difficile et du fait qu’elle attirera de nombreux non-fréjusiens […] En tout état de cause,  la justice sera sans doute amenée à constater l’irrégularité de l’autorisation délivrée par la précédente majorité UMP. C’est alors que nous pourrons consulter, conformément aux engagements pris durant la campagne et à la logique républicaine, la population par referendum sur ce projet. ».

Exit le referendum.

En effet, le bon David ne s’est pas associé à la plainte déposée par le maire umépiste de Saint-Raphaël, Georges Ginesta. Il s’en suit que le frontisme ménage les musulmans en vue des années qui viennent, car toute voix est bonne à prendre. Il les ménage à sa manière. D’un côté, il encourage en sous-main un racisme façon Dupont La Joie, de l’autre, il se présente en recours tout en fixant doctrinalement la figure de l’ennemi. C’est la nouvelle stratégie du FN, apeurer pour récolter.

Sinon business as usual, le maire a vendu 6 nouvelles parcelles, uniquement sur le quartier de Villeneuve où les associations ferment, c’est plus sûr. Le budget scolaire est en baisse de 20%, les transports scolaires supprimés, les classes transplantées ou vertes annulées et les agents de la police municipale protègent les boutiques ou du moins paradent à la manière locale.

Droites extrêmes / Le Figaro / Mediapart / Libération / L’Express / Rue 89 / Les Inrocks / Anticor 83/ Le Lab Europe 1/ Reflex / Tarek  Belkhodja


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