Publié par : Memento Mouloud | novembre 21, 2014

Les français coupeurs de tête : une espèce en voie d’expansion

Des passeports en guise de combustible pour un autodafé. Un message en novlangue française appelant à disséminer le combat contre les civils désarmés dans les rues européennes ; la nouvelle vidéo de l’organisation de l’Etat islamique (EI) diffusée par son organe de presse Al-Hayat  » montre quatre hommes qui affirment venir de France, dont trois s’expriment devant la caméra. Visiblement, ils veulent brûler le vieil homme administratif qu’ils étaient pour rejoindre un nouvel homme administratif en devenir. Pour bien montrer la translation, ils coupent des têtes, comme tous les révolutionnaires qui ne savent plus parler la vieille langue et n’ont pas pour autant appris une nouvelle. La langue néo-islamique est muette, aphone, elle ne dit rien du monde d’aujourd’hui, restent les gestes, le sang, la domination sur les corps, les âmes et les cœurs. En un mot la mort.

« Nous ne croyons pas en vous ni en vos passeports, et, si vous venez ici, nous vous combattrons. » Ils ne savent pas vraiment à qui ils s’adressent, ils ne croient pas et se garantissent d’un grand Autre paranoïaque qui a trouvé son lieutenant califal, avant la dispersion finale. Ils serviront de suppôt, de chair à canon. Ils ont appris à être utile, à devenir des rouages, ils aspirent à la servitude volontaire mais pour peu de temps. En embrassant la mort, ils pensent avoir trouvé la liberté.

Assis avec un fusil à l’épaule parmi d’autres combattants armés et cagoulés, dans les bois, un homme identifié comme Abu Osama Al-Faranci [« le Français » mais dans les faits franco-portugais] blâme les musulmans français qui n’émigrent pas pour lutter aux côtés de l’EI. Cet homme était donné pour mort, un mois auparavant. C’est donc un rituel de mise à mort volontaire qui a lieu. Brandissant une courte épée à lame crantée, un deuxième combattant identifié comme Abu Maryam Al-Faranci, toulousain, ancien toxicomane puis maçon affirme que les combattants n’hésiteront pas à trancher les têtes des ‘ennemis de l’islam’. ‘Vous aurez même peur d’aller au marché’, dit-il ». Il aimerait bien exister, un peu comme les mauvais clowns et leurs blagues macabres. 

The New York Times évoque également la présence des Français dans les rangs de l’EI en soulignant que « ces recrutements soulignent les peurs et les échecs français ». On ne voit pas bien le rapport entre les deux, un peu comme si à chaque séance de shooting intra-américain, on soulignait les peurs et les échecs des citoyens des Etats-Unis. »L’EI a souvent protégé l’identité de ses combattants ; ainsi, la présence ostentatoire des deux Français dans la vidéo sert à la fois à rappeler les succès de l’EI auprès des jeunes Européens désenchantés, et à faire de la publicité auprès des futures recrues », explique le quotidien qui ne sait pas que 60 millions de musulmans vivent sur le territoire européen contre 2, aux Etats-Unis, sans même évoquer le Canada et son attaque du Parlement par un converti.

Maxime Hauchard alias Abou Abdallah al Faransi est un jeune homme de 22 ans originaire de Bosc-Roger-en-Roumois, commune de l’Eure de 3.200 habitants à une trentaine de kilomètres au sud de Rouen (Seine-Maritime). Là-bas, les habitants restent incrédules. «C’était un garçon gentil, qui ne posait aucun problème. Ils ont dû le droguer», plaide Jeanine, une proche voisine de ses parents, qui a connu le jeune homme petit. Les larmes aux yeux, elle raconte à l’AFP que celui qui est présenté comme l’un des barbares de Daech «venait s’amuser avec (ses) petits-enfants» et «tout se passait toujours bien». Adulte, Maxime avait une attitude irréprochable, complète René son époux: «Il tondait le gazon, coupait le bois. Quand il faisait un peu la fête avec ses copains, derrière la maison, tout se passait toujours bien.» «Du jour au lendemain, il y a trois ans, je l’ai vu en habit islamique, portant la barbe et le calot, une tenue qu’il ne quittait plus», se souvient auprès du «Parisien» Patricia, une voisine. «Il a arrêté de boire de l’alcool, et tolérait moins ceux qui en buvaient à côté de lui, ce qui l’a isolé un peu, que ce soit dans sa famille, ou avec ses amis. Il a arrêté de faire la bise aux femmes, aussi», expliquait, désespérée, une proche rencontrée par BFMTV.

Il affectionnait la mécanique et la réparation de scooters.  C’est pendant sa période lycéenne, à l’âge de 17 ans qu’il se serait converti à l’islam, «seul sur Internet» en visionnant des vidéos sur Youtube, selon ses déclarations lors d’une interview réalisée en juillet par Skype pour BFM TV. «Les gens pensent tous qu’il y a une sorte gourou qui met des choses dans la tête, en fait non, j’ai rencontré personne», souriait-il. Baptiste, 21 ans, son ami avec qui il travaillait dans une pizzeria halal du département, se souvient auprès de l’AFP d’un garçon qui «passait rapidement d’une passion à une autre». Mais, selon lui, il n’a pas été influencé par un quelconque mentor. «Il s’est forgé tout seul une identité», via Internet et les réseaux sociaux, confirme-t-il. Des réseaux sur lesquels il était très présent avec le nom de djihadiste qu’il s’attribuait, «Abou Abdallah al Faransi», c’est-à-dire «le Français». «C’est pas les vacances, mais c’est comme des vacances ici. (…) La mort, je l’attends avec joie. C’est une bonne nouvelle. Mon objectif personnel, bien évidemment, c’est le martyr». Toujours la mort.

En diffusant un communiqué, mercredi 19 novembre à 18 heures, le parquet de Paris pensait avoir mis un terme au feuilleton de l’identification du second Français soupçonné d’apparaître à visage découvert sur la vidéo d’égorgement d’otages diffusée dimanche par l’Etat islamique (EI).

Au terme de trois jours de vérification, les services de renseignement avaient identifié Mickael Dos Santos, alias Abou Uthman, comme étant le second Français aux côtés de Maxime Hauchard, faisant état d’« indices précis et concordants », écrit le parquet dans son communiqué. Au lendemain de cette annonce, Ana Dos Santos, la mère de Mickael, a affirmé à BFM TV, de manière confuse, ne pas reconnaître son fils sur les images extraites de la vidéo. « Je reconnais mon fils sur cette photo, dit-elle devant un portrait tiré du fil Twitter d’Abou Uthman, le nom de guerre de Mickael Dos Santos. Là, ce n’est pas mon fils, je ne le reconnais pas. Je l’ai dit à la DGSI hier et aujourd’hui quand ils m’ont interviewée. (…) Il a un visage allongé et un regard qui n’est pas le sien (…), réagit-elle quand on lui présente une capture écran de la vidéo. Arrivée à un moment donné, j’avais des doutes, je leur ai dit : “je sais plus si c’est mon fils ou pas mon fils, mais, plus je regarde la photo, plus j’ai des doutes… (…) je le reconnais pas.” »

Selon des informations du Monde, les services de renseignement n’ont jamais affirmé que Mme Dos Santos avait formellement reconnu son fils sur la vidéo.« Son identification ne repose pas sur une simple reconnaissance faciale, mais sur un faisceau d’éléments précis, qu’on ne peut divulguer, comme ce qu’on sait de ses activités en Syrie », explique une source proche du dossier. « Il y a souvent dans ce genre de cas un conflit de loyauté pour les parents, qui ne veulent pas accabler leur enfant », poursuit cette source.

Un journaliste de RFI David Thomson explique avoir convenu d’une « question secrète » avec Mickael Dos Santos, qu’il suit depuis bien avant la diffusion de la vidéo, pour garder le contact malgré la fermeture successive de ses comptes Twitter. Question à laquelle son interlocuteur a répondu ce mercredi.

« Je n’ai pas de conviction, je ne dis pas que ce qu’il dit est vrai, mais je l’ai identifié comme étant la personne qui détenait les comptes précédents, explique-t-il. Ce n’est que sa parole contre celle du parquet. Mais cela renforce mes doutes sur la présence de Mickaël Dos Santos sur cette vidéo. J’ai contacté cinq Français de l’EI qui me disent tous que ce n’est pas lui à l’image. Ils affirment que c’est un Syrien, un certain Abou Umarayn, ce qui correspondrait à l’accent arabe parfait de la personne qui s’exprime sur la vidéo ». Selon ses proches, Mickael Dos Santos a commencé à apprendre l’arabe dès 2009. Mais pour Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes, son accent syrien plaide en faveur d’une confusion d’identité. « Sauf trucage, ce n’est certainement pas Mickael Dos Santos qui s’exprime dans cette vidéo », a-t-il affirmé sur Twitter.

Ce qu’on sait de façon certaine, c’est que Michael Dos Santos a quitté la maison de ses parents, une modeste barre HLM des bords de Marne, pour rejoindre les rangs de l’Etat islamique en août 2013. Peu avant son départ, il avait pris l’habitude de retrouver un petit groupe de jeunes des environs à la mosquée de Villiers-sur-Marne. Cet été là, ils seront une dizaine à prendre l’avion pour laTurquie, avant de gagner le chaos syrien. Le 10 octobre 2013, le parquet de Paris ouvrira une information judiciaire sur cette filière où son nom apparaît déjà. Sa petite amie de l’époque, Elizabeth*, aujourd’hui âgée de 24 ans, se souvient de leur rencontre et de sa soudaine conversion. « Nous nous sommes rencontrés en 2008 au lycée professionnel Samuel-de-Champlain, à Chennevières-sur-Marne. Il avait 16 ans, moi 18. Il était en BEP peinture. C’était un petit jeune “fashion”, qui se la pétait un peu. Il adorait la tektonik, et postait même des vidéos de ses tours de danse sur YouTube ». « Entre février et mai 2009, il a fait un stage en entreprise avec un ami musulman modéré. Il s’est mis d’un coup à parler du Coran, des sourates. De plus en plus souvent. Un jour, c’était en mai, il m’a annoncé qu’il voulait se convertir. Il m’a demandé de porter le voile et de quitterl’école. C’est là qu’on s’est séparé. Il s’est radicalisé d’un coup, il est passé du coq à l’âne. Il s’est converti une semaine après notre séparation. »

« On ne lui disait rien, pour ne pas le fâcher. Quand sa mère lui parlait de sa conversion, ça l’énervait, il voulait qu’elle se convertisse aussi. Il ne parlait plus avec son père à cause de ça. Il ne mangeait plus à table en famille, mais dans sa chambre, où il priait tout le temps ». Sa famille perd le fil. Sa mère est désemparée. « La personne qu’elle avait sous son toit était devenue un étranger », se souvient Elizabeth.

La radicalisation de ce jeune homme, qui vivait avec sa mère dans une petite barre d’immeuble devant la Marne, avait été relevée dès 2009 par l’encadrement de son lycée. Très prosélyte, il faisait partie d’un petit groupe de lycéens qui séchaient les cours pour prier dans les couloirs et les salles de classe vides, selon un proche. Il avait abandonné ses études juste avant l’examen du baccalauréat professionnel. Désormais, il coupe des têtes.

Courrier International / Paris-Match/ Le Monde / BAM


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