Publié par : Memento Mouloud | novembre 21, 2014

Soral, Dieudo et le parti de la réconciliation

dieud

Dieudonné prétend désormais répondre« aux larbins du Congrès juif mondial »« cette organisation mafieuse et sataniste », qui a « fait plier le conseil d’État » en faveur de l’interdiction de son spectacle. Il s’allie ainsi certains intégristes islamo-chrétiens ou quelques analphabètes en quête de vernis gnoséologique. En prime les éternels cocus du complot massif car tout chez Dieudonné est massif. Kolossal, même. Le 18 octobre, feu l’humoriste s’était lancé dans une longue tirade contre le président Ronald Lauder. « Ronald Lauder. Ouais, ouais l’odeur. Ouais, il porte bien son nom. Quand il ouvre la bouche, c’est vrai (…)  même une mouche à merde, s’est évanouie… Alors vous imaginez l’odeur… C’est un multi milliardaire Lauder. Il achète des tableaux à 140 millions comme toi tu achètes un Pif gadget. Il met ça au-dessus de sa cheminée, il regarde ouais, je suis content, et quand il a plus de feu, il met ça au feu. Ils ont du pognon… Il chie le fric. ». Les mouches, comme celles qui tombaient des tours le 11 septembre, la merde, comme l’argent auquel le petit Harpagon franco-camerounais s’accroche.  Dieudonné s’en est pris au passage au très médiocre président (PS) du conseil général de l’Essonne, Jérôme Guedj, qui a préconisé de « pourrir la vie » de l’humoriste. Dieudo a donné l’adresse et le numéro de téléphone personnel de l’ancien député, en l’invitant à faire son aliyah. On voit bien que la haine de Dieudo pour les juifs est une simple boucle récursive alors que Soral considère la haine antijuive comme un levier pour abattre et remplacer l’oligarchie en place.

Alain Soral a annoncé, dès le 6 septembre, son projet de « se dissocier totalement du Front national » qui l’avait mis sur la touche en 2009, et de « rouler pour lui-même, en tant que parti politique », à la suite des prises de position « pro-israéliennes » du conseiller international de Marine Le Pen, Aymeric Chauprade, cet été. Ce qu’il a appelé « la trahison de Chauprade ». Il est étonnant qu’un homme se définisse en tant que parti mais c’est là l’exacte conception fasciste du chef qui décide des noms des traîtres et du moment où il est nécessaire de les prononcer.

« On a fait comprendre au Front national qu’il pouvait effectivement accéder au pouvoir ou partager le pouvoir, s’il validait la ligne (d’Éric) Zemmour, la ligne de tous les partis politiques d’extrême droite d’Europe, c’est-à-dire d’être sioniste et anti-musulman. Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu valider cette ligne-là, mais faut comprendre qu’il n’est plus décisionnaire au Front national. ». Tout n’est pas faux dans cette analyse mais l’ordre causal est littéralement puéril. D’un côté les forces judéo-obscures du On, en position de sujet, de l’autre l’association au phénomène de foire Zemmour (en position de symptôme) qui désigne la pauvreté intellectuelle et morale des gens de droite dans ce pays. Or si les juifs étaient les maîtres du monde, ils n’auraient pas besoin d’envoyer parader un des leurs sur la scène du petit cénacle parisien. Ils utiliseraient des prête-noms comme les mafieux.

Alain Soral explique qu’Éric Zemmour a emprunté 90 % des thèses de son livre, Comprendre l’Empire (2011), mais qu’il « incite à la guerre civile » en concluant que « le problème c’est l’Islam et les musulmans »« S’il est pour la guerre civile, c’est qu’il travaille pour l’étranger, (…) pour un pays tiers ». Ce qui évite à Soral de se demander mais il a déjà répondu par le complot qu’entre Mohamed Merah et ses épigones, d’un côté et Zemmour de l’autre, il est bien évident que les premiers ont déjà déclenché la guerre (civile ou non) tandis que le second agite la crainte du musulman, pour mieux laisser miroiter le mirage d’un pouvoir bon, national et protecteur.

À l’image des partis existants, E&R est parvenu à structurer son association en « antennes » régionales et en « sections » locales, comprenant des « pôles de compétences » (militantisme, événement, localisme-écologie, communication, idées et formation théorique, relations extérieures).  Le site de l’association Égalité & Réconciliation (E&R) se situe environ 50 places dans le classement Alexa des sites français les plus visités, et dans des vidéos mensuelles dépassant régulièrement les 2 heures, qui attirent des centaines de milliers de curieux. Son public, mélangé socialement et culturellement, pourrait être celui de la gauche. Certains de ceux qui auraient pu, il y a quelques années, militer au PS, au NPA ou chez les Verts échangent aujourd’hui quenelles et références à la « communauté organisée », comme autant de clins d’œil et de signes d’appartenance à l’univers dieudo-soralien, dit antisystème.

Philippe Corcuff, maître de conférences en sciences politiques à l’IEP de Lyon, ex-membre du NPA passé à la fédération anarchiste, en a fait l’expérience. Son récent livre, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard (éd. Textuel), est tiré de plusieurs cours donnés l’an dernier dans le cadre de l’Université populaire de Lyon. Et comme il l’a raconté, un cours de février portant notamment sur Alain Soral a été suivi de près par les sympathisants d’E&R. Présents sur place, ils ont monopolisé l’heure de débat qui a suivi son exposé. « Ils étaient peut-être une quarantaine, dans la salle et au dehors. Ils avaient moins de 30 ans, un look d’étudiants et étaient à proportion égale blancs et d’origine maghrébine, décrit-il. Quarante jeunes réunis dans un projet politique, à Lyon, c’est important : il n’y a pas 40 jeunes du NPA ou du PC dans cette ville ! »

Ce seul constat signe le désastre de la gauche organisée puisque le discours antisémite organise le passage entre les deux pôles (hors-parlement) de la politique parlementaire française. En effet, Dieudonné comme Soral ne sont pas hors-système, mais simplement invisibles sur les écrans radars de la célébrité officielle et reconnue qui va de Philae à Nabilla. Si Frédo Haziza lance des procès, si Manu Valls ficèle, en hâte, un avis anti-Dieudonné rédigé par un membre complaisant du conseil d’Etat c’est bien que tandem joue à l’intérieur d’une sphère publique où l’audience est le seul maître à bord.

Néanmoins, comme les fascistes historiques, les soraliens, s’ils appartiennent à la politique parlementaire, ont pour objectif sa destruction. La dynamique qu’ils entendent impulser vise, aux yeux du commun, à la restauration des pseudo-valeurs sur les décombres de l’ancien régime républicain corrompu jusqu’au trognon. Mais les pensées de derrière la tête de Soral visent tout simplement la guerre si bien qu’il n’observe pas Poutine comme le faible va naturellement vers la force (cas du Front National) mais à la lueur d’une révolution dite nationale chargée de reconstituer l’éthos guerrier. Si la tête de Soral est pleine de scorpions, le bruit et la fureur sont son seul horizon. De là, un charisme certain, celui du joueur de flûte. C’est sur cette base qu’est lancé le nouveau parti, Réconciliation nationale dont le syntagme est tout un programme puisque la nation est désormais une notion vide de sens existentiel et que la réconciliation a lieu tous les jours, dans l’entreprise et son esprit porté par une chevalerie d’opérette dopée aux profits garantis.

Le Parti a été domicilié 3, rue du Fort de la Briche, à Saint-Denis (93), où sont déjà installées Égalité et réconciliation et la maison d’édition Kontre Kulture. Alain Bonnet, dit Soral, et Dieudonné M’bala M’bala seront tous deux co-présidents du parti. Ils ont simultanément créé une Association de financement du parti ayant « pour objet exclusif de recueillir des fonds » et pour bénéficier des aides publiques en cas d’élection, et préparent leur demande d’agrément auprès de la commission des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Mais le tandem ne souhaite pas communiquer sur sa future formation. « Nous avons nos propres médias, nous ne communiquons pas à l’extérieur, nous avons des consignes très strictes », a indiqué Julien Limes, numéro deux d’E&R.  Les deux hommes envisagent avec joie l’éventualité d’une dissolution de l’Assemblée nationale, qui leur permettrait de concourir avant 2017 et de recevoir une part des financements dévolue aux partis en mesure de présenter des candidats dans 50 circonscriptions – à condition de dépasser 1 % des suffrages exprimés.

L’association de financement de Réconciliation nationale projette déjà de confier sa communication à son propre réseau de prestataires – la société Culture pour tous, façade de la maison d’édition de Soral, les Productions de la plume, qui gèrent les spectacles de Dieudonné, et les sites partenaires d’E&R –, et de lui faire bénéficier des remboursements légaux. Depuis quelques mois, cette nébuleuse profite d’une vague d’adhésions à l’association de Soral qui compterait aujourd’hui 12 000 personnes inscrites. Le pamphlétaire, qui diffuse ses interventions par vidéos sur internet, a depuis juillet choisi de les rendre payantes, via Dailymotion, moyennant une part très avantageuse des rentrées publicitaires.

Mediapart / BAM


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