Publié par : Memento Mouloud | novembre 27, 2014

François Hollande, le PS et la famille Arif

Les bureaux du secrétaire d’État aux anciens combattants, placé sous l’autorité du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, avaient été perquisitionnés le 6 novembre dernier, dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte en septembre sur des marchés publics attribués par le conseil régional de Midi-Pyrénées à des parents de Kader Arif. Une facture de 50 000 euros hors taxe datant de 2013 avait été retrouvée au nom de All Access, une société filiale de AWF, les deux PME créées par un frère et des neveux du secrétaire d’État à la Mémoire et aux Anciens Combattants, le document comptable faisant état de diverses prestations pour le secrétariat d’État, dont une de média training au profit de Kader Arif.

Kader Arif est un pilier de la Hollandie. Il fut de ces quelques soutiens qui entouraient François Hollande lorsqu’il n’était qu’un outsider dans la course à l’Élysée au plus bas dans les enquêtes d’opinion. Arif, ancien collaborateur de Lionel Jospin devenu secrétaire fédéral du PS de Haute-Garonne, fut notamment chargé des fédérations au PS, un poste clé, de 2005 à 2008. François Hollande était alors le premier secrétaire du parti. Lors de la campagne présidentielle, Kader Arif pilotait le pôle « coopération » de l’équipe du candidat. C’est à Alger, lors d’un échange que les deux hommes auraient eu l’idée du slogan autour de la normalité du futur président. C’était en 2010. Depuis mai 2012, il est un membre du gouvernement aussi discret qu’inamovible, proximité avec le chef de l’État oblige. Après l’élection de François Hollande, Kader Arif s’illustra, en février 2013, en annonçant à l’Assemblée la libération d’otages français au Cameroun alors qu’ils n’allaient être libérés que plusieurs jours plus tard. Le secrétaire d’État s’était ensuite fait oublier, tout en continuant à oeuvrer dans la pénombre médiatique.

La justice s’intéresse à une série de marchés passés entre le conseil régional de Midi-Pyrénées, présidé par le socialiste Martin Malvy, et deux sociétés, AWF Music (liquidée en mai 2014) puis AWF, dont les associés sont le frère, Aissa, la belle-sœur ou les neveux du ministre. Ajoutons qu’autre frère, Ali, fut bombardé à la communication du Conseil régional de Midi-Pyrénées. Me Roumagnac en dresse le portrait suivant : « Il n’a aucun poids, pas la moindre influence. Comment voulez-vous qu’il en est ? C’est un fonctionnaire de catégorie C ». Le circuit était donc bouclé.

Aissa a d’abord travaillé pour le producteur télé Endemol. Créée en 2003, AWF Music était surtout spécialisée dans la télé-réalité : « Star Academy  »,« Secret Story »« La ferme célébrités », etc. En 2007, la petite entreprise affichait un chiffre d’affaires minime de 71 000 euros. Celui-ci s’est ensuite envolé, prospérant sur la commande publique. C’est dire s’il est compétent. Sous sa houlette, les marchés ne sont plus décomposés en trois lots : un pour l’éclairage, un second pour les décors et un troisième pour le son. Désormais, on concourt pour un seul lot. C’est ainsi qu’après l’arrivée d’Ali Arif au service communication du conseil régional et d’Aïssa Arif à la tête d’AWF Music, qui pour l’anecdote est immatriculée au Tribunal  de commerce de Pontoise, avec des gérants de paille, cette dernière rafle tout. L’autre concurrent, GL Events numéro mondial dans ce domaine- c’est lui qui a décroché le marché de « la mise en scène des Jeux Olympiques » (Londres 2012 et bientôt Rio de Janeiro)- est d’emblée éliminé. On comprend pourquoi : ses prix sont 40% supérieurs à ceux d’AWF Music.

Tous les marchés passés entre AWF Music et le conseil régional de Midi-Pyrénées sont à bon de commande sans maximum si bien que le montant initial est indicatif. Une technique qui permet à la Région d’augmenter en cours de route le montant des prestations commandées à AWF Music. C’est ainsi qu’en 2009, le marché conclu pour quatre ans avec l’assemblée régionale s’élève à 345 000 euros pour atteindre en bout de course – en 2013 – 1,7 million euros. En août 2013, l’opération se répète. Mais plus juteuse encore, puisque le marché indicatif a grimpé désormais à  2,8 millions euros.

Les deux sociétés, spécialisées dans la production de spectacles et la sonorisation, ont réalisé 242 prestations, pour le compte du conseil régional, entre décembre 2009 et juillet 2014. La société s’est également occupée de certaines prestations pendant la primaire socialiste. Entre juillet et octobre 2011, au moins dix factures ont ainsi été réglées par le micro-parti personnel du candidat, baptisé Répondre à gauche, pour un montant total de quelque 160 000 euros – seule une petite partie a ensuite été intégrée au compte de campagne de la présidentielle. Lors de la campagne présidentielle de François Hollande, AWF Music a enchaîné les prestations en faveur de son mentor pour un montant global d’environ 550 000 euros (sur 21,7 millions d’euros de dépenses, dont 10,7 remboursées par l’État). Au menu : une série de petits meetings à Mérignac (20 332 euros), Caen (20 331 euros), Toulon (20 327 euros) ou Créteil (20 296 euros), la fabrication d’un « fond de scène » (19 734 euros), sans doute en 3 D, ou encore l’installation d’une « connexion internet » à Strasbourg (5 738 euros) où les habitants envoient toujours leurs mails sur papier timbré.

Cette entreprise aurait même dû engranger davantage pendant la campagne. Initialement, elle s’était vu confier l’ensemble des « petits » meetings de François Hollande. Mais à un mois du premier tour, en mars 2012, l’équipe du candidat l’a remerciée en catastrophe, après une trentaine de prestations marquées par une coupure d’électricité intempestive ou l’effondrement d’un pupitre. Le 5 mars 2012, cette entreprise réalisait son dernier meeting au Parc des expositions de Nancy pour le compte de François Hollande. Lors de tous les meetings meetings, AWF Music, en bon avatar libéral-libertaire, réduisait au maximum les coûts si bien qu’à Nancy elle n’eut recours qu’à  9 techniciens alors qu’il en aurait fallu plus du double. « Une véritable cash machine » selon certains.

Etrangement, en 2013, malgré un marché indicatif de 2,8 millions d’euros avec le Conseil régional de Midi-Pyrénées, AWF Music se retrouve en quasi liquidation judiciaire. Il est vrai qu’ AWF Music néglige de payer ses fournisseurs, leur laissant des ardoises de 8 voire 10 000 euros. De plus elle doit faire face à des avis à tiers détenteur en raison d’impôt sur le revenu et taxe d’habitation non acquittés pour les années 2011 et 2012, par Nathalie, l’épouse d’Aïssa Arif, également salariée d’AWF Music. Résultat : l’inspecteur divisionnaire des Finances publiques de Colomiers Haute-Garonne réclame 9127 euros pénalité de 10% incluse. Prudents, les dirigeants de l’entreprise auraient pris la précaution de délocaliser la quasi-totalité du matériel dans deux locaux à usage professionnel situés sur  une commune de la proche banlieue toulousaine.

La liquidation interviendra finalement en 2014. Plus aucune trace de la comptabilité d’AWF Music ne subsisterait. Comment expliquer  qu’une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires de 899 000 euros en 2013  puisse se retrouver avec un passif de 245 000 euros, un actif de moins de 5 mille et 3 salariés ? C’est ce que cherche à savoir la PJ à la recherche des registres comptables de la société familiale.

Ce sont deux autres sociétés, l’une dénommée AWF immatriculée au registre du commerce à Castres, l’autre All Access qui prennent  la suite avec comme gérant officiel, un certain Jérôme Legras. En réalité, les deux patrons de ces entreprises ne sont autres que Nassim et Idriss Arif, les deux neveux de Kader Arif. Visiblement, ces derniers –comme Aissa- sont un peu chez eux au Conseil régional. Il est vrai que Nassim y compte un très bon ami, Philippe Joachim.  En avril 2014, ce dernier a quitté Martin Malvy pour devenir directeur de la communication du conseil régional, il a été  remplacé par Ugo Douard qui n’est autre que le beau-frère de Thomas Thevenoud, l’ancien secrétaire d’Etat au commerce extérieur de Manuel Valls.

Le lundi 25 novembre, le ministère de la défense (qui exerce la tutelle sur le secrétariat d’État aux anciens combattants) assurait que Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense, puis très vite François Hollande et Manuel Valls, avaient appris, dès le mois d’août, l’existence d’un contrat signé en 2013 entre Kader Arif, alors au gouvernement, et une société détenue par des membres de sa famille. En effet, le 22 août, le président de la République et le Premier ministre sont alertés. Décision est alors prise de se séparer de Kader Arif. Le secrétaire d’État est convoqué. Il prend acte de cette décision le 29 août. Pour ne pas faire de « vagues », il est prévu qu’Arif quittera ses fonctions après les différentes commémorations liées à la Première Guerre mondiale. Après le 11 novembre dans l’Hexagone, le souvenir de 14-18 est aussi commémoré en Australie. Kader Arif quitte ses fonctions vendredi 21 novembre, rejoignant la longue liste des ministres-domestiques éconduits depuis le début du quinquennat.

Il s’agit donc de la première version officielle de cette démission. Pourtant, le 25 août, trois jours après la découverte par le cabinet de la défense du fameux contrat, François Hollande et Manuel Valls décident de congédier du gouvernement Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon. Dans ce grand remue-ménage gouvernemental, pas grand monde n’aurait remarqué le départ d’Arif.

Mediapart / Le Point / Atlantico / BAM


Responses

  1. et alors?
    et alors?
    kader est arrifféé-é-é
    sans s’presser ……
    non, c’est nul
    le limerick , je veux dire
    que dire des tarifs de kader?
    ils ne sont qu’indicatifs….ça, c’est assez plaisant
    imaginez un instant le chef d’entreprise qui signe un bon de commande de cette farine….ses actionnaires, s’il en a , pourraient trouver la plaisanterie saumâtre
    sinon, c’est son comptable
    ou alors son inspecteur des impôts s’il faut faillite entre temps
    ce qui s’est produit , d’ailleurs

    nos amis zosialists sont jamais à court d’imagination pour nous faire les poches
    j’aimerais connaître le nom du responsable financier du conseil régional qui a apposé sa griffe sur le bon de commande « à titre indicatif »
    ça sent très fort la fausse facture, houlà !
    y a plus d’un élu qui croupit en prison pour ça
    sauf nos amis à la rose

    • Je crois que vous vous trompez Kobus. L’administration publique conserve ses archives, on y trouve donc ce genre de factures étranges. Un entrepreneur, comme vous dîtes peut simplement ne produire aucune facture et s’il est prudent, il ne paiera qu’une partie du redressement fiscal (c’est le ba-ba du boulot d’expert-comptable que d’arriver à reconstituer, au profit d’une fraudeur, un bilan présentable), il peut en produire de fausses, à l’attention de ses clients et d’autres à l’attention de ses salariés (demandez à ceux qui travaillent dans la restauration ou le bâtiment, ils vous expliqueront), il peut bien sûr inventer des frais généraux, se servir dans la caisse mais pas directement, de toute façon la plupart des actionnaires sont des pigeons consentants, enfin il peut détruire ses archives ou ne pas les présenter publiquement ou les planquer dans une structure ad hoc, dans un paradis fiscal quelconque. Par conséquent la corruption, c’est le fonctionnement normal de l’entreprise privée, il est logique qu’elle contamine l’ensemble de l’administration publique dès lors que l’Argent règne en maître et que cette même administration n’a plus d’autre politique que de jouer les valets en livrée du capital

  2. AWF c’est le bygmalion du PS?
    nooon…..
    je n’ose le croire
    que le président exemplaire soit aussi véreux que le jockey magyar….n’étonnera que les gens de bonne foi…..en gros, pas moive

    ha ha
    le mec molleglande ,les mains dans le pot de konfituur ne moufte pas
    pas d’explications, il espère bien que les journaloppes aux ordres vont écraser le truc et que le bon popu se focalisera sur aut’ chose
    tiens, les élections à l’UMP et le score minable de Sarko….ça devrait bien tenir les vronzais en haleine quelques temps ,non?

  3. Des AWF vous en avez dans les 22 régions de France, les départements et les municipalités, ça n’a rien à voir avec Bygmalion ou les emprunts russes du FN

  4. bonjour, êtes-vous bien sûr que le Nassim qui joue au rugby est bien le fils d’Aissa et donc le neveu de Kader ?

  5. D’après ce que je recoupe, vous avez raison de signaler que le Nassim Arif qui joue à Blagnac est franco-marocain et non franco-algérien, ce qui en fait un strict homonyme donc l’information glanée sur Atlantico doit être fausse

    • vérifications faites, c’est bien le même…. Franco-algérien d’origine, il a du prendre la nationalité marocaine plus tard. Il joue désormais à Tournefeuille en fédérale 3…. Et ce serait bien lui au centre de l’affai
      re AWF

  6. Dans votre texte, que vient faire la phrase sur les commémorations également célébrées en Australie tout à la fin ?

  7. Gagnebet, simple curiosité, vous avez trouvé la référence sur quel site ?

    Daredevil, il semble que Hollande ait jugé opportun de ne pas débarquer son secrétaire d’Etat aux anciens combattants avant les commémorations, d’où la référence à l’Australie. En revanche, ce qui me turlupine ce sont les raisons qui poussent le même François à rechercher un partenariat avec l’Algérie. Jusqu’ici le pilier de la politique française au Maghreb, c’était le Maroc, il y a là un virage qu’il faudrait expliquer et qui ne tient pas aux seules rétrocommissions


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