Publié par : Memento Mouloud | novembre 28, 2014

Alain (Bauer), les francs-maçons, la bande à DSK et la « vie bonne » ou comment savourer les contributions citoyennes

Ami intime de l’actuel premier ministre et ancien grand maître du Grand Orient de France, Alain Bauer, qui use de sa qualité de professeur en criminologie pour décrocher des missions de conseil en sécurité auprès des grandes entreprises, a bénéficié de contrats et d’avantages secrets auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), du temps où celle-ci avait pour directeur général, Augustin de Romanet, énarque, cul béni, squatteur de cabinets ministériels et actuel PDG d’Aéroports de Paris. Le nouveau patron de la Caisse, Pierre-René Lemas, ancien secrétaire général de l’Elysée, a décidé de remettre de l’ordre dans sa maison et vient très récemment de mettre fin à ces contrats.

Le contrat de 200 mille euros, TVA comprise, avait été passé entre AB Conseil et une filiale de la CDC dénommée CDAugustin de RomanetC International Capital, dirigée par Laurent Vigier, un proche d’Augustin de Romanet, ancien conseiller comme lui de Jacques Chirac à l’Elysée. Alain Bauer, parrain d’un des enfants de Manuel Valls, se bornait en contrepartie des sommes qu’il empochait à transmettre à la CDC quelques notes sur les risques sécuritaires dans le monde et en France, notes qui pour la Caisse n’avaient strictement aucune utilité. Alain Bauer ne s’est pas incliné sur-le-champ et s’est montré très insistant, pour ne pas dire véhément, espérant longtemps que le nouveau patron de la CDC ne persisterait pas dans son projet.

Formant un trio inséparable avec le patron de l’agence Havas, Stéphane Fouks, et Manuel Valls, du temps où tous les trois représentaient le courant des jeunes rocardiens au sein de l’Unef, il s’est donc crû intouchable.  Alain Bauer en bon franc-maçon a entretenu des relations de grande proximité avec Nicolas Sarkozy, dont il a été le conseiller pour les questions de sécurité. Disposant de ses entrées à l’Élysée sous le précédent quinquennat, il a été à l’origine de très vives controverses juste avant l’alternance de 2012, quand l’ancien chef de l’État a décidé la création d’une section criminologie à l’Université, sous la réprobation unanime de la communauté scientifique et que, du même coup, Alain Bauer est devenu professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers avec trois autres comparses propulsés sur des chaires par le Ministère de l’Education Nationale qui finira bien par promouvoir l’astrologie en tant que discipline scientifique.

Bauer a investi la science criminelle comme la vidéosurveillance ou la franc-maçonnerie. Avec appétit (gastronome, il a tout bonnement racheté des parts de la société éditrice du Guide Champérard, dont il est devenu directeur) et un sens acéré de ses intérêts. La méthode est répétitive, mais efficace. Bauer noie d’abord les journaux de tribunes sur des sujets divers (le state debuilding, le voile, le clonage…). Un ministre le nomme responsable d’un groupe de travail (livre blanc de la sécurité publique, mission de préfiguration du Conseil national des activités privées de sécurité, etc.)… qui conclut à l’importance de la création d’un nouvel organisme. Dont Bauer devient président.

Dans les années 1990, la gauche développe son concept de sécurité pilotée au niveau local. Bauer vend aux collectivités des diagnostics, avec sa société de conseil en sécurité AB (comme Alain Bauer) Associates. Prône la vidéosurveillance (il deviendra président de la Commission nationale de la vidéosurveillance plus tard). «Les diagnostics étaient parfois les mêmes d’une ville à l’autre, les élus s’en apercevaient aux fausses manips dans les copier-coller, raconte Michel Marcus.Bauer est vite sorti du marché : les villes n’étaient pas assez riches pour lui.»

Il n’épaule plus que des entreprises. La SNCF, la Poste ou Renault, qui l’appelle, après s’être ridiculisé lors de l’affaire de faux espionnage. Au même moment, il préside la mission de préfiguration du Conseil national des activités privées de sécurité à la demande de Claude Guéant. «Si les gens achètent Bauer, c’est pour son entregent. Renault l’a choisi pour se protéger vis-à-vis de l’Elysée», dit un élu.

Alain Bauer a l’habitude de mentionner au dos de ses livres qu’il a été «vice-président de l’université Panthéon-Sorbonne». Oubliant de préciser qu’il avait 19 ans et était encore étudiant mais aussi membre du Grand-Orient. Après l’Unef-ID et la Mnef, pépinière d’anticommunistes professionnels des temps de guerre froide, Bauer passe six mois à la Science Application International Corporation (Saic), une société américaine qui fournit en nouvelles technologies le Pentagone et les services secrets américains.

Retour à la caisse des dépôts. Celle-ci fait en effet un très curieux achat : il s’agit d’un livre, dont elle fait l’acquisition en très grand nombre. L’ouvrage en question est le guide gastronomique Champérard, un guide comme tant d’autres mais qui vise une clientèle haut de gamme aimant faire bonne chère mais n’ayant pas peur des factures salées. Ce guide est acheté par la direction de la communication de la CDC sur instruction de la direction générale en nombre considérable. Une bonne source nous assure que l’achat a porté sur plusieurs milliers d’exemplaires, entre deux à trois. Plus précisément, un premier contrat a été conclu en 2010 pour l’achat de ces guides, et la Caisse a signé un deuxième contrat pour acheter des guides de l’édition de 2011.

En 2010, lors d’un séminaire annuel organisé à Deauville pour les quelque 400 cadres de l’institution, dont beaucoup sont hébergés dans un cinq étoiles, le « Royal Barrière », tous les participants ont ainsi la surprise de recevoir en cadeau un exemplaire du guide. À 29 euros le guide, cela fait donc déjà une belle mise de fond !

Et plusieurs années plus tard, si des exemplaires du guide ont été offerts par la CDC à certains de ses invités et distribués en masse en 2012 au congrès des maires de France, la Caisse n’est toujours pas parvenue à écouler les stocks considérables d’ouvrages qu’elle a acquis. « Nous avons encore des cartons innombrables de guides qui dorment dans les placards », nous assure un témoin. Quoi qu’il en soit, ces deux contrats d’achat des guides ont pris fin en 2012, lors de l’alternance.

Chef d’entreprise calamiteux, le bon Alain qui n’a jamais été qu’un pique-assiette et un courtisan a du mal à ce que son guide vive. Si l’on se plonge dans les comptes de la SARL, on découvre en effet qu’elle a réalisé en 2013 un bénéfice net de seulement 846 euros. En clair, la société n’est à l’équilibre que sur fonds publics, ce qui explique sans doute que son actionnaire fasse la manche auprès de ses clients pour la maintenir à flot. Le même guide a aussi été critiqué pour ne pas payer ses additions quand il va visiter un grand restaurant. Ce dont s’est défendu Marc de Champérard, qui lui aussi est directeur de ce monument de la gastronomie.

Jean-Pierre Jouyet trouve donc en héritage ce contrat de 200 000 euros passé entre Alain Bauer et la Caisse des dépôts et consignations, quand il en devient le directeur général en juillet 2012. Dans les mois qui suivent, il a donc la possibilité de le dénoncer. Il s’en garde pourtant bien. Son directeur de cabinet de l’époque, Stéphane Keita, qui est un ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn et qui fait donc partie de la même mouvance strauss-kahnienne, comme Manuel Valls et Alain Bauer, l’incite même, quand le contrat annuel arrive à échéance, à le renouveler.

Comme Alain Bauer indique que d’autres entreprises publiques ont ainsi acheté ce genre de services annexes, en voici la liste : les copains d’Alain

Mediapart / Libération / BAM


Responses

  1. Bonsoir Mémento,
    Je vous remercie, celui là, c’est mon préféré.
    Ce type suinte, pue l’arnaque. Que ce soit structuré, illustré par écrit me rassure sur l’impression autant que cela m’agace. Ne pas pouvoir l’exprimer soit même faute de temps ou de références; passons.
    Ca commençait a craquer un peu. Un peu trop équilibriste sur son argumentation comparée de la délinquance contemporaine avec celle, selon lui pas plus importante, du moyen âge. Un peu trop assuré quand il admettait toute honte bue que le plan Vigipirate, dont il est l instigateur, n était que du flan.
    Par contre j’ignore quelle lecture faire du fait que cela commence a fuiter dans la presse. Je voyais le départ d’un montebourg comme un tour de passe passe au milieu d’une purge de seconds couteaux un peu indisciplinés (batho et dautres…), j’ai levé un sourcil au départ de peillon pensant, sans certitudes, à une dérobade avant le crash mais là… Je sèche.
    Ca devient tendu dans leurs genre, on dirait.

  2. D’autant que le coup part de l’ancien secrétaire général de l’Elysée. C’est la première fois que la purge est érigée en mode de gouvernement, comme si c’était un test grandeur nature d’une nouvelle manière d’offrir des têtes à l’opinion pour lui prouver qu’elle a encore du pouvoir, un pouvoir symbolique, c’est à dire pas de pouvoir effectif ni réel. C’est le retour du concept de plèbe sous les auspices de la transparence, bien sûr.

  3. Le prefet qui saute pour avoir exprimer son impatience à l’aéroport en faisant de l’humour grincant « on est en afrique ici ?? » n’était pas mal non plus.
    Sinon je ne crois pas être sur votre ligne.
    Notement sur la fonction symbolique ou distractive à l’attention du peuple. Ils n’y font plus gaffe de toutes façons et c’est bientôt noël.
    Que ça veuille couper un tentacule à Valls, peut-être… Ca correspondrait bien à l’autre pustulescent de hollande, c’est le genre « par derrière ».
    Là l’info n’à pas (encore ?) fait les titres. Mais les rotations sont importantes quand même. Arif dernièrement encore.
    Je ne crois pas que l’on soit dans de l’exfiltration d’urgence en plus…
    Je me demande ce qui se passe.

  4. Quand je dis l’opinion, je pense plutôt à ce qui reste de la gauche et donc à sa fonction, prouver que l’exercice du pouvoir est juste et moral, en gros plus le pouvoir est putassier, dans les faits, plus il est innocent. A contrario Sarkozy exaspérait la gauche et les catholiques parce qu’il jouissait de manière trop évidente dans le cadre de cet exercice. J’imagine que les frontistes au pouvoir auront leur style propre


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