Publié par : Memento Mouloud | novembre 28, 2014

Pétrole, mode d’emploi

En matière de pétrole, les ressources doivent être distinguées des réserves. Les ressources exploitables totales s’élèveraient entre 3 mille et 4600 milliards de barils dont 1 millier déjà extraites. Les gisements en cours d’exploitation étaient évalués, en 2008, entre 854 (source Energy Watch Group) et 1370 milliards de barils (BP Statistical Review), soit 32 à 42 années d’exploitation. On note tout de suite l’infinie précision d’une telle évaluation.

Au 31 décembre 2006, les réserves prouvées (90 % et + de probabilité de récupération du pétrole) en tonnes équivalent pétrole étaient les suivantes : 90 milliards de tonnes de pétrole pour le Middle East, 63 pour le reste du monde ; 66 milliards de tonnes de gaz naturel pour la première région, 98 pour le reste du monde. Quatre pays contrôlaient la moitié des réserves prouvées pétrolières : Arabie Saoudite, Iran, Irak, Koweit. Suivaient, dans le cadre de l’OPEP, le Venezuela, l’Angola et le Nigéria. Hors du cartel islamique, l’ex-URSS, les Etats-Unis, le Canada, la Chine, le Brésil et le Mexique possédaient les plus importantes réserves.

Dans le sous-sol les réserves sont abondantes mais les techniques classiques ne permettent d’en extraire que 30 %. De nouvelles techniques (injection de vapeur ou d’eau enrichie en polymères) permettraient d’augmenter cette performance, mais elles sont couteuses et nécessitent des investissements massifs. Dans le cas des gisements de pétrole non-conventionnels, très visqueux (présents essentiellement au Canada et au Venezuela), on table sur 15 à 20 % de récupération mais de nouvelles techniques permettraient d’atteindre les 50 %. (source : Philippe Ungerer de l’IFP). En ce qui concerne le gaz naturel les taux de récupération atteignent le plus souvent 70 % et +.

Donc l’évaluation des réserves est dépendante des techniques employées mais aussi des choix politiques des pays de l’OPEP qui restreignent la production et l’investissement. L’excédent de capacité actuel, entre l’offre et la demande, est de 2 % aussi les prix sont dépendants de la moindre catastrophe, du plus petit évènement. Les pics soudains des prix sont fabriqués. En effet 85 % de la production mondiale de pétrole se trouve entre les mains de compagnies nationales dont le taux d’extraction est toujours inférieur à 30 % alors que celui des firmes transnationales dépasse toujours les 35 %. Les premières ne sont pas tenues de fournir des informations véridiques, les secondes s’exposent puisqu’elles évoluent sur un marché.

Le Qatar plafonne ainsi sa production de gaz pour que ses réserves durent 7 décennies. Or le marché gazier tire sa croissance du secteur électrique où les centrales électriques à cycle combiné mises en œuvre, en 1985, se multiplient. La transformation du gaz en carburant ou l’usage du gaz dans les centrales de dessalement sont les autres vecteurs possibles de ce marché. Reste que le transport (par pipeline ou méthanier) est le talon d’Achille du marché gazier puisqu’il peut représenter jusqu’à la moitié du prix final.

Le marché gazier comme pétrolier est un secteur à très forte intensité capitalistique donc les délais d’augmentation des capacités et des performances sont longs. Comme la consommation n’est pas élastique au prix (on continue à consommer du pétrole même quand il augmente) c’est un marché qui se prête à toutes les spéculations.

En effet, à un bout de la chaîne, on a un cartel qui impose un prix fondamental qui n’est pas basé sur le coût de production et l’évaluation correcte des réserves mais sur la maximisation d’une rente. A l’autre bout, on a les acteurs qui agissent sur les marchés dérivés qui surfent sur la prétendue raréfaction des ressources et la croissance modérée de la demande (1 à 2 % par an) qui se transforme, dans les attentes apocalyptiques d’aujourd’hui,  en une sorte d’orgie énergétique où la Chine jouerait le rôle de l’Ogre et l’Europe celui du pétomane.

Avec l’effet de levier garanti par le fonctionnement des marchés à terme (je vends/achète après-demain), comme par celui des options (je promets de vendre/acheter après-demain) et des swaps (je t’échange ton pétrole contre mes sex-toys), la spéculation à la hausse est donc une constante. Comme cette tendance est irrationnelle et que tout spéculateur le sait parfaitement, son souci est de se dégager avant un retournement du marché. Comme le prix fondamental est politique, la moindre annonce d’une pseudo-offensive israélienne contre l’Iran ou de l’Etat islamique sur Mossoul permet d’enclencher un mouvement spiralé des cours, à la hausse ou à la baisse, si bien que le spéculateur, en question, n’est pas maître des prophéties auto-réalisatrices et des intoxications habituelles.

Il n’y a donc aucun contre-choc pétrolier, il y a le marché et la TIPP.


Responses

  1. Le marché du pétrole a cette particularité de mettre en lumière les particularités de la politique énergétique de notre pays :
    1. le cours s’étant abaissé de 30% en six mois (ce jour, il est à 75 $ le baril, soit 94€) et l’essence à la pompe baisse dans la même période de 10 centimes;
    2. le gaz naturel, honteusement indexé sur le brut, oublie de suivre l’indexation quand le brut baisse !

    Salutations.

  2. Politique énergétique ou rente de situation et tonte fiscale ?


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