Publié par : Memento Mouloud | décembre 5, 2014

La France ne veut pas mourir

La France ne veut pas mourir, c’est ce qui la gangrène, parce qu’elle ne sait toujours pas que vivre et mourir sont un même phénomène, la métamorphose permanente que le discours historien tente de figer dans des formes analogues à celles du règne animal.

Quand on dit la France est malade, on veut devenir prêtre sous l’habit du médecin. C’est Tartuffe qui recommence. Quand on dit la France morte, on trace un chemin à la machette dans la jungle des évènements et l’on sait bien que l’écosystème ne sera pas préservé. La France ne s’aime plus, la bonne blague, un pays hanté par les guerres civiles en chaîne, s’aime trop jusqu’à s’embrocher. On dira que c’est encore un bal, celui des ardents.

Le général de Gaulle avait instauré un Etat qui ressemblait au rêve conjoint des technocrates vichystes, des néo-maurrassiens et des porcs d’Etat frais émoulus de l’énarchie où ils apprenaient la science gestionnaire, c’est-à-dire un discours de conformation. Keynésien un jour, vaguement libéral ensuite mais toujours traversé de la figure du gouvernement, à tout jamais progressiste depuis les jours glorieux de 1789. Ces gens-là ont montré leur capacité d’adaptation parce qu’ils ne savent rien sinon brandir des oukases.

La France est devenue un pays de rentiers et de spéculateurs, c’est sa pente bourgeoise, c’est sa pente vulgaire mais elle n’est pas la seule à l’emprunter. Pour devenir autre chose, il faut désirer la puissance, agir en soldat, en poète, en médecin, en artiste, toutes choses qui répugnent au démocrate.

Le démocrate est ce personnage de comédie dont la foi porte sur deux fictions conjointes : la souveraineté du peuple et l’égalité des droits. De structure, il se présente comme un éternel déçu, un perpétuel histrion du réel. De là qu’il tangue entre les larmes d’effusion adressées au bon peuple du moment et le mépris envers le mauvais peuple de la conjoncture. Que ce peuple soit parfois le même se voit chaque jour. Son totem est l’égalité, autre fiction bétaillère qui appelle ses bons bergers.

Il faut rendre grâce à 68 d’avoir convoqué le réel dans le tissu de mensonges où la France s’ébat depuis 1940. Il faut rendre grâce à 68 d’avoir liquidé 1789, il faut rendre grâce à 68 d’avoir restauré l’idéal aristocratique des maîtres, c’est-à-dire de ceux qui jouissent ici-bas. La figure tutélaire du mois de Mai, ce n’est pas Marx ou le Désir, c’est Laclos. Les minorités piaffantes, les pseudo-soixant’huitards sont un épiphénomène, un simple bruit dans ce courant massif qui indique la mort symbolique de la démocratie, en attendant sa mort réelle.

En effet, Mai 68 a connu deux acteurs, les masses de refus ouvrières et la petite bourgeoisie intellectuelle. Les premières sont rentrées au bercail selon les attendus du théorème du XXème siècle qui s’énonce ainsi : des masses tu ne peux attendre que le consentement à l’ignominie, souvent, au pire, parfois.

La petite bourgeoisie intellectuelle a rendu à la passion et à la jouissance l’hommage qui leur était due. Que la première ait pour horizon la bêtise et la seconde, la mort, n’est pas une surprise parce que l’homme est celui qui s’aveugle mais aussi qui ne vit pas sous la règle de l’apoptose programmée. L’homme ouvre des possibles et quand il ne le fait pas, il sombre dans l’animalité, individuelle ou de troupeau. Dans les deux cas, il a besoin de son autre : le vétérinaire ou le berger.

Lors du petit mois de Mai et plus tard encore, certains petits-bourgeois, et sans doute des grands et d’autres qui n’étaient ni l’un, ni l’autre, ont refusé les traitements réconciliateurs et la main secourable. Cela s’appelle la liberté, elle demande un corps et une pensée. Elle demande des semblables, sûrement pas des égaux.

Finalement le père de cette France blafarde qui a succédé à 68 fut Mitterrand. Il a présenté l’Etat comme le protecteur et la mère maquerelle du peuple en danger, les entrepreneurs comme l’aile marchante d’une armée française partie combattre sur le front de la compétitivité et Le Pen comme la Bête terrible à laquelle il permettait, lui Mitterrand, d’échapper.

Il n’a évité ni les crimes, ni les souillures, ni toutes les corruptions. En cela il ressemblait à la nature du consentement démocratique, en cela il avait pour ennemi, comme ce même peuple français tant vanté, une aristocratie invisible qu’il fallait humilier. D’où la destruction complète de l’école, déjà commencée sous l’apostolat d’Edgard Faure et poursuivie sans relâche depuis lors.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :