Publié par : Memento Mouloud | décembre 5, 2014

Sur la prétendue mort du Père

En tant que père, il est impossible de jouir aux yeux de ses enfants. De même qu’il est impossible de ne pas mourir.   Par conséquent le Père est celui qui renonce à une part de lui-même pour permettre à d’autres de jouir. Un père est un être qui accepte d’ignorer, qui délaisse une part de maîtrise. Le Père est tout simplement le contraire du chef et du berger, son œil est toujours relatif.

Ce qui est apparu dans la dernière modernité, l’horreur qu’elle exécute de manière machinale dans l’ensemble de ses dispositifs optiques c’est l’impératif permanent de voir et d’être vu, d’endosser le rôle du voyeur et celui de l’exhibitionniste, jusqu’à cette trace neuropsychique filmée qui prétend rendre compte de l’insécurité ou de l’étrangeté qui est la nôtre par l’observation du cortex lors des premiers mois de notre vie. Nous sommes donc des néoténiques permanents et volontaires, il n’y a plus qu’à nous brancher et nous distiller de la sécurine.

Descartes avait bien compris sans le dire où se tenait le Père pervers absolu, au cœur de ce couple étrange constitué de la Vierge et du Fils. Dans ses visions de la dame aux étoiles peut-être avait-il perçu la dimension du viol cosmique, l’instance de la Jouissance qu’il faut débrancher si l’on veut commencer à penser. Un Dieu qui prend une fille vierge comme suppôt, pour abandonner son fils sur une croix après lui avoir infligé un nombre indéterminé de souffrances, le récit à plat de ce dieu-là faisait rire, d’un rire de défense, les chinois. Ce dieu-là faisait honte à René Descartes quand il agonisait lentement de sa tuberculose. Ce dieu-là, il fallait le neutraliser si l’on voulait rester chrétien et humain. Descartes le fit dans son cogito ergo sum, Pascal en rappelant qu’il s’agissait du dieu de nos pères, Abraham, Isaac, Jacob.

La grandeur du christianisme se mesure à cette aune, qu’il n’évacue jamais l’horreur. Si le Fils qui n’est autre que le Père se sacrifie, c’est bien qu’une bascule s’opère entre un père pervers régnant en maître sur les hommes et le même qui autorise leur liberté par son martyre. Il n’est pas venu racheter nos péchés, ça c’est le discours de bonimenteur des charlatans en habits de prêtre mais assurer la possibilité de notre salut bien que nous ne soyons pas et ne serons jamais des anges.

Aussi la prétendue catastrophe qui serait attachée à la mort du Père ne veut dire qu’une chose, certains rêvent de trouver cette position solitaire, diaphane, de renonciation où le Père serait cette entité éthérée qui indiquerait à son cheptel qu’il est toujours capable de jouir méchamment de ses ouailles mais qu’il s’en dispense prouvant dès lors sa bonté, celle du Despote.


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