Publié par : Memento Mouloud | décembre 10, 2014

Le modèle chinois

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Première économie du monde selon le FMI en termes de parité de pouvoir d’achat donc d’après un calcul parfaitement fictif, la Chine est devenue le modèle à suivre. Un modèle sans bourgeoisie, sans petite-bourgeoisie, sans otium, sans paysannerie organisée et pour finir sans démocratie, aussi pitoyable que soit ce régime. Comme les investisseurs n’ont cessé de parier sur le pseudo-empire du Milieu, comme les Firmes multinationales en ont fait leur eldorado, comme les retraités occidentaux en tirent indirectement leur rente, cet univers est aussi le leur. En citer quelques aspects vaut toutes les analyses.

Les sources officielles relatives aux dépenses budgétaires de 2012 indiquent que la Chine a dépensé l’équivalent de 111,4 milliards de dollars US pour la sécurité intérieure (en augmentation de 11,5 % par rapport à l’année précédente), soit une somme supérieure à celle qui était allouée à la défense nationale (106,4 milliards de dollars US, en augmentation de 11,2 % par rapport à l’année précédente). La Chine s’enrichit mais connaît une agitation sociale croissante qui se traduit par une multiplication de pétitions, manifestations, grèves, émeutes et soulèvements plus ou moins violents contre les autorités. La Chine veut accroître ses dépenses militaires de 12,2% en 2014 pour les porter à 808,23 milliards de yuans (95,8 milliards d’euros), notamment pour renforcer ses forces côtières et aériennes et développer des armes perfectionnées. La Chine augmente ses dépenses militaires à un rythme d’au moins 10% quasiment tous les ans depuis 20 ans, ce qui alimente les craintes de ses voisins asiatiques. Le nouveau président Xi Jinping n’a donc pas inversé cette tendance. En revanche, le gouvernement chinois n’a pas dévoilé le montant global des dépenses prévues en 2014 pour la sécurité intérieure, contrairement aux trois années précédentes marquées par un budget en la matière encore plus élevé que celui des dépenses militaires.

Avec  un taux incroyable de 15% des consommateurs chinois victimes chaque année d’intoxication alimentaire, les problèmes de qualité des produits alimentaires sont devenus les premières causes de mécontentement des consommateurs. Aujourd’hui ce problème est même en top des préoccupations des chinois devant les frais médicaux et l’éducation.

A Baidaoping, à quelques kilomètres au nord-est des faubourgs de Lanzhou, la capitale du Gansu, dans le Grand-Ouest chinois, on arase les montagnes pour construire une ville nouvelle qui s’étendra sur 25 km2. le Gansu abrite seulement 25 millions d’habitants sur un territoire presque aussi grand que l’Espagne, qui, elle, en compte près du double. Le chiffre qu’aiment donner les représentants du Pacific Construction Group, l’entreprise de BTP qui dirige ces travaux délirants, c’est celui des 700 sommets qui vont être pulvérisés tout au long du processus. Chaque jour, 100 000 m3 de terre sont déplacés, 600 engins mobilisés. Pour tasser les zones aplanies, il faut déverser des dizaines de mètres cubes d’eau. Le plus imprévisible des paramètres, note Li Guanghui, c’est le délai nécessaire au déménagement des sépultures et des huit villages qui existaient déjà : « C’est la mission du gouvernement, ça ne dépend pas de nous… ».

Dans la province chinoise du Guizhou, lors de la construction d’une ligne de métro, des anciens tombeaux vieux de plus de 3.000 ans ont été détruits. Ils appartenaient à la période de la fin de la dynastie des Shang, qui a commencé son règne en 1600 av. n.e. Malgré les affirmations des autorités qui affirment que les tombeaux n’avaient pas été identifiés, les archéologues indiquent qu’ils avaient au contraire bien été signalés par une clôture. Plus d’une douzaine de monuments anciens auraient ainsi été détruits de cette façon dans la province.

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Le Parti communiste chinois a un nouvel ennemi : les « branleurs », en chinois les diaosi (littéralement « poil de bite »). Dans un article publié le 2 décembre, le très officiel Quotidien du peuple, la voix du Parti communiste, dont le titre de « une » a été calligraphié par le président Mao en personne, s’inquiète de cette « mode ». « Beaucoup de jeunes se désignent désormais comme branleurs (…). Hommes ou femmes, qu’ils aient un peu de succès ou soient paresseux et décadents, tous se battent consciemment ou inconsciemment pour décrocher cette étiquette. Si vous ne l’êtes pas, c’est comme si vous vous détachiez des masses », s’inquiète le journal.

Un juge espagnol avait émis un mandat d’arrêt international contre cinq ex-dirigeants chinois, pour leur participation présumée à la répression contre le peuple tibétain dans les années 1980-1990. Parmi eux, l’ancien président Jiang Zemin (1993-2003). La Chine, partenaire économique important de l’Espagne, s’était alors dite « profondément mécontente ». Estimant que cette affaire « [touchait] à la bonne marche des relations bilatérales », Pékin avait espéré que « le gouvernement espagnol saura[it] régler comme il se doit cette question, en faisant la part des choses ». Par conséquent une proposition de loi opportune fut votée dans l’urgence par le parlement espagnol restreignant le concept de « juridiction universelle », qui permet aux juges de mener des enquêtes hors de leurs frontières.

Pékin avait lancé, depuis le début de l’année une vaste campagne de répression de « l’extrémisme », du « séparatisme » et du « terrorisme », qui s’est traduite par plus d’une vingtaine d’exécutions annoncées officiellement, des centaines d’interpellations et des condamnations de masse. Ilham Tohti avait fondé Uighurbiz.net, un site d’informations sur le Xinjiang, bloqué en Chine depuis les émeutes interethniques qui avaient ensanglanté Urumqi en 2009, y faisant près de 200 morts.

Au cours de ce même mois de février, Dongguan, la ville-champignon entre Canton et Shenzhen, était la cible d’une vaste opération policière depuis que la télévision centrale chinoise, CCTV, avait diffusé le 9 février deux reportages en caméra cachée. On y suivait un « faux client » dans une chambre d’hôtel où se déhanchait un couple de filles numérotées jusqu’à ce qu’il choisisse celle qui lui convenait. Le personnel était explicite sur les services proposés et se vantait du très fort taux d’occupation de l’établissement. Or la prostitution est, de notoriété publique, l’industrie la plus florissante de Dongguan. On estime à 300 000 le nombre de travailleurs du sexe, pour une contribution de 10 % à la production de richesse de ce centre manufacturier géant de 8 millions d’habitants. L’année précédente, La sociologue et sexologue chinoise Pei Yuxin, professeur associée à l’Université Sun Yat-sen de Canton, avait décidé de recourir aux réseaux sociaux pour une enquête très sérieuse sur la masturbation (en chinois 自慰, zìwèi, littéralement « se réconforter soi-même ». Il existe également des expressions imagées comme 打飞机, dǎ fēijī, « manoeuvrer l’avion »). Elle appellait ceux qui souhaitaient témoigner – « Comprends-tu la masturbation? T’es-tu déjà masturbé? Quels sont tes sentiments et tes avis par rapport à celà? Veux-tu partager ton histoire? » – d’envoyer une vidéo de trois à cinq minutes ou de petits textes ou chansons par courriel. Le meilleur témoignage aurait du recevoir 10 000 yuans (plus de 1 230 euros).

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En plein débat sur la politique de limitations des naissances, les autorités chinoises dressaient, en 2013, le bilan de décennies de contrôle des naissances et de la fertilité des couples. Selon des chiffres publiés par le ministère de la santé, près de 330 millions d’avortements ont été pratiqués en Chine entre 1971 et 2010 et 516 millions d’opérations de pose de contraceptifs et de stérilisation, entre 1980 et 2010, selon le ministère de la santé. Le nombre d’avortements a culminé entre 1982 et 1992 à plus de 10 millions par an, avec des pics à plus de 14 millions en 1983 et 1991, précise le ministère de la santé.

Le BGI (Beijing Genomics Institute) développe un laboratoire de génétique cognitive avec pour ambition de répondre à ces questions : Comment fonctionne le cerveau humain ? Comment les gènes affectent la capacité cognitive ? Comment les gènes et l’environnement interagissent pour produire l’intelligence et la personnalité humaine ? Le BGI a lancé un recrutement d’une cohorte de personnes « volontaires » aux Q.I. élevés. L’objectif est de localiser les causes génétiques des variations significatives au niveau du Q.I. (notons qu’une étude cas-témoin eut nécessité une cohorte de Q.I. bas à très bas… difficile de procéder à un recrutement volontaire !). Les variations du Q.I. étant, en partie héritables, il serait techniquement possible de sélectionner les porteurs des variants « Q.I. élevé ». Ainsi il est possible de procéder à deux niveaux :

– orientation / optimisation « d’accouplements » : les porteurs de ces variations « Q.I. élevé », après s’être génotypés, auront tendance à rechercher un conjoint lui aussi porteur de ces mêmes variations afin de maximiser leur chance de procréer un enfant lui-même porteur de ces variations. Les autorités chinoises ayant une expérience continue de contrôle de la fertilité des couples, ce sera donc un jeu d’enfants.

– L’étape FIV : évitant de miser sur le hasard, les gamètes des deux futurs parents produiront plusieurs dizaines d’embryons, chaque œuf sera biopsié (une petite étape de phi29, un génotypage ciblé ou une sélection génomique sur la base de l’exploitation d’un génotypage pan-génomique à l’aide d’une cartographie basée sur plusieurs millions de marqueurs SNPs humains). Fort de la connaissance du « Q.I. estimé » de ces dizaines d’œufs… il ne restera qu’à « contrecarrer » l’aléa de méiose et de ne ré-implanter que ceux présentant le meilleur score de Q.I. estimé. En prime les cellules-souches seront produites industriellement.

En mars 2014, Des résidents d’une petite municipalité chinoise rendus furieux par la pollution rejetée dans l’environnement par une usine de leur localité ont saccagé les installations de la compagnie avant d’affronter la police. L’émeute a éclaté dans le village de Baha, dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec le Vietnam.  Des habitants de Baha affirment que la colère des villageois a augmenté récemment. L’usine de produits métalliques de leur localité rejetterait une épaisse fumée noire dans l’air et de l’eau polluée dans le sol. Quand le patron de l’usine a refusé de rencontrer les villageois, ceux-ci ont vandalisé des voitures, de l’équipement, des bureaux et des dortoirs, ont révélé deux villageois, Nong Dingting et Huang Liangzheng. « Nous vivons avec cette usine depuis 14 ans et nous vivons dans la poussière pratiquement tous les jours et nous ne pouvons pas vendre notre riz ou d’autres produits agricoles, a dénoncé M. Huang. Nous devons survivre. »

Selon le China Labour Bulletin, la Chine aurait connu 1 171 grèves entre juin 2011 et décembre 2013. Sur les trois premiers mois de 2014, on compte déjà 202 mouvements de grève, 31 % de plus que l’an passé, dont 119 pour le seul mois de mars.

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En mai 2014, les dirigeants russe et chinois lançaient des manoeuvres navales conjointes en mer de Chine orientale, juste avant l’ouverture d’un sommet régional sur la sécurité régionale en Asie dont la Chine était l’hôte, aussi M. Xi , louait, selon l’agence China News Service, « la détermination et la volonté inébranlable de la Chine et de la Russie de faire face ensemble aux menaces et aux défis nouveaux et sauvegarder la sécurité et la stabilité régionales ». De fait, Pékin mène, à travers ses agences maritimes paramilitaires, une politique agressive dans les mers de Chine orientale et méridionale sur des territoires qu’il revendique au détriment des pays riverains.

Au cours du même mois, les relations entre le Vietnam et la Chine se sont détériorées après l’installation en mai par Pékin d’une plateforme pétrolière dans des eaux disputées en mer de Chine méridionale, ce qui a provoqué au Vietnam les émeutes antichinoises les plus violentes depuis des décennies. Des entreprises étrangères, principalement taïwanaises et sud-coréennes, avaient été prises pour cible. Et quatre Chinois avaient été tués. Pékin avait alors évacué des milliers de ses ressortissants et mis en garde ceux voulant se rendre au Vietnam. Si cela semblait raisonnable à ce moment-là, maintenir l’alerte aux voyageurs alors que le danger est passé sent la politique, estime Jonathan London, de la City University de Hong Kong. « Cela me rappelle l’une des campagnes de Pékin pour réduire le tourisme chinois aux Philippines », poursuit-il, en référence à un épisode de 2012 lié au contentieux territorial entre les deux pays autour de l’atoll Scarborough, en mer de Chine méridionale. Pékin avait alors mis en garde ses citoyens contre la sécurité aux Philippines, provoquant des annulations en masse.

Entre les mois de janvier et d’avril 2014, la Banque mondiale note une augmentation de 4 % des prix alimentaires internationaux. C’est notamment le cas pour les céréales dont le prix a progressé de 7 % : sur cette période, le prix du blé a augmenté de 18 % et celui du maïs de 12 %. Par ailleurs si le prix du riz de basse qualité (riz Thaï 5 %) a globalement baissé de 12 % entre janvier et avril 2014, le prix du riz de haute qualité, lui, a augmenté durant cette période. Enfin, le prix du sucre a lui aussi beaucoup progressé (+ 13 %), tout comme celui de l’huile de soja (+6 %).  La Banque mondiale avance trois types de facteurs pour expliquer ce retournement de tendances sur le front des prix alimentaires. Le premier facteur a trait aux conditions climatiques (sécheresses en Australie et au Brésil). Le deuxième facteur est lié à une forte demande qui pousse les prix à la hausse d’autant plus que l’offre n’est pas en mesure de suivre. C’est en particulier le cas pour la Chine dont la demande de blé a plus que doublé en 2013. On observe également une hausse de la demande de maïs dans de nombreuses zones pour l’alimentation animale (Chine, Union européenne, Egypte, Iran, Algérie), mais aussi pour la constitution de stocks (Chine, Etats-Unis, Canada, Ukraine). La Banque mondiale craignant que cette nouvelle hausse des prix alimentaires ne conduise aux mêmes conséquences que les épisodes récents de flambée des prix, à savoir la multiplication des « émeutes de la faim » et, plus largement, des « conflits de la faim », en a profité pour faire le point sur les connaissances que l’on a sur le sujet. La Banque mondiale a également tenté d’évaluer le nombre d’émeutes de ce type dans le monde entre 2007 et 2014. Elle en a répertorié 51 qui se sont déroulées dans 37 pays. Elle mentionne notamment à ce propos les émeutes en Tunisie début 2011.

En août, La télévision centrale chinoise CCTV diffusait une série télévisée à épisodes multiples sur la trajectoire de Deng Xiao Ping, de 1976 à 1984, suscitant la polémique pour avoir prétendu que Mao lui-même avait ordonné la destruction de la « bande des Quatre » – un maquillage en lien avec les instructions de Xi Jinping d’« éviter tout négativisme à propos des trente ans qui ont précédé l’ère des réformes »

Parallèlement, de vastes opérations de secours étaient déployées dans le sud-ouest de la Chine, à travers les zones montagneuses dévastées par le séisme de magnitude 6,1 qui avait frappé la province du Yunnan, faisant 398 morts, près de 2 000 blessés, plus de 80 00 maisons effondrées et 124 000 sévèrement endommagées. L’épicentre s’est produit dans une zone relativement peuplée, à 30 kilomètres de Zhaotong, une ville de plus de 5 millions d’habitants. Le séisme était par ailleurs superficiel (autour de 10 kilomètres de profondeur), ce qui cause davantage de dégâts. Surtout, la qualité des constructions est très mauvaise dans cette région. Elles sont le plus souvent en brique ou parfois en béton, mais ce dernier est très rarement armé ou ferraillé. Des normes parasismiques ont récemment été mises en place, mais elles sont très rarement suivies d’effet, à l’exception de quelques bâtiments publics.

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En ce mois d’octobre 2014, des émeutes du logement ont eu lieu en différents endroits de la Chine. À Zhumadian (province du Henan), suite à des expulsions de logements, le 13 octobre, des manifestants s’en sont pris aux policiers qui protégeaient un terrain, mais la police a finalement pris le dessus, sans ménager qui que ce soit. C’est à Kunming (capitale de la province du Yunnan) que la révolte et la répression ont été les plus intenses. Le 14 octobre, faisant face à un projet de développement urbain, des habitants d’un quartier rural de la ville, expulsés ou menacés d’expulsion, ont pris les rues de Yunnan pour exprimer leur colère. Ils furent attaqués par des hommes de main de l’entreprise de construction ou de l’État (ou des deux). Les hommes de main, arrivés dans des camions, étaient moins nombreux que les manifestants, mais équipés comme des policiers anti-émeute mais armés de coutelas. Bilan: huit morts ! Deux manifestants, et six hommes de main. Au moins 18 personnes ont été blessées. On en conclut que les paysans chinois n’ont pas laissé leurs outils au vestiaire et savent à quoi s’en tenir.

 

Le Monde/ squattnet/ Le Point / Matierevolution/ Wikiagri / La Tribune / Futuribles / Solidarité Internationale / Voyage-chine-com / Tahar Ben Redjeb / Biorigami/BAM


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