Publié par : Memento Mouloud | janvier 3, 2015

Naufrageurs et barbaresques, la Méditerranée retrouve des couleurs

C’est la nouvelle méthode des industriels de la traite en Méditerranée: affréter de vieux cargos, les remplir de candidats aux vertes contrées européennes, les abandonner en mer aux bons soins philanthropes de la marine italienne ou des vaisseaux amarrées sur une plate-forme ou partis pour la pêche. Elle réussit presque toujours, elle est sans danger pour leurs promoteurs, elle rapporte à tous les coups, elle est donc une forme sans équivalent d’accumulation primitive du capital.

L’Ezadeen, converti au transport de bétail en 2010, est immatriculé en Sierra Leone. Sa dernière escale fut apparemment la Syrie. Des hélicoptères de l’armée italienne l’ont arraisonné, le chargement arrivera à bon port. Selon les données recueillies par Frontex, chaque passager débourse environ 6.000 euros pour débarquer dans un centre d’accueil de la péninsule et les prix se maintiennent ou s’élèvent puisque deux palestiniennes embarquées en Libye, via l’Algérie affirmaient avoir déboursé deux mille dollars pour leur traversée. Le 26 décembre du mois de décembre 2014, Mediapart citant Frontex estimait la place entre 1500 et deux mille euros, soit 3 à 4 fois moins, les passeurs auraient-ils fêté les réveillons à leur manière ou les données chiffrées sur ces passages sont-elles bidonnées ?

Quand la marine italienne assure le service après-vente, les annonces affirmant que la Méditerranée est la mer la plus dangereuse du monde pour les migrants sont considérées comme un leurre. Seul ce qui se voit existe et ce qui se voit tient en deux images, un ferry de touristes a plus de probabilités de voir brûler ses passagers qu’un vieux rafiot hors-courses de servir de tombeau à des réfugiés syriens ou érythréens. Dans le Blue Sky M, cargo battant pavillon moldave, ils étaient entre 700 et 900 à être secourus, 3 étaient morts, en toute discrétion. Dans un Costa Croisières ou un vol de la Malaysia personne ne croyait au naufrage ou à la disparition avant que cela ne se produise sur tous les écrans du monde. Depuis on observe que les touristes sont sujets à la panique. Pour que les réfugiés cessent de consentir au racket, il faudrait qu’ils observent, en direct, un navire couler avec 900 personnes à bord, jusqu’au dernier bébé, jusqu’à l’ultime souffle. Comme cela est impossible, le ballet va continuer.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 207 000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis début janvier 2014. Un record : presque trois fois plus qu’en 2011, année qui avait pourtant connu une accélération à la suite de la révolution tunisienne. Le responsable de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNOCD), Yury Fedotov, a récemment évoqué le chiffre de 7 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros) tirés en un an du trafic de migrants.

Selon Karim El-Hamdi, petit passeur tunisien interpellé dans le port de Pozzallo en Sicile, « les Syriens achètent tout. Cela pousse les trafiquants à proposer plus ». Il établit la liste des « services » que les passeurs font payer. Le tarif de base varie entre 1 000 et 2 500 dollars. Tout le reste vient en plus : 200 dollars pour un gilet de sauvetage ; 100 dollars pour des bouteilles d’eau et des boîtes de conserve de thon ; 200 dollars pour une couverture ou un vêtement de pluie ; 200 à 300 dollars pour une place, qualifiée de « première classe », sur le pont du bateau – les soutes sont la « troisième classe » ; 300 dollars pour un appel sur le téléphone satellite Thuraya ; plusieurs centaines de dollars pour obtenir un contact en Italie susceptible de vous conduire à destination.

Les filières s’organisent en fonction de cette nouvelle « demande ». Frontex estime que la Libye est l’une des plaques tournantes : les « gangs criminels » quadrillent le pays, au point qu’il n’est pas possible de se déplacer sans eux. Ils recrutent, selon l’agence, d’anciens migrants, s’appuyant sur leurs connaissances linguistiques, pour les mettre en lien avec les candidats au passage. Ce business alimente tout un commerce, à Tripoli ainsi que dans les villes côtières de départ : les migrants paient cher pour loger dans des maisons en ruine, des hôtels pourris ou des hangars décrépis, pour se nourrir et pour leurs achats du voyage. Les barbaresques ont repris leur métier, il va falloir tourner un remake d’Angélique.

Khaled Ben Salem, Tunisien de Sfax, est accusé d’avoir été le capitaine du navire intentionnellement coulé au large de Lampedusa le 3 octobre 2013, causant la mort de 363 personnes. Un voyage qui, selon les calculs du journaliste de L’Espresso Fabrizio Gatti, a rapporté 790 000 dollars (environ 646 000 euros) aux trafiquants, une fois déduits l’ensemble des « frais », à savoir le chalutier, les réserves de fioul, le transport en camion des passagers et la rémunération des hommes à la barre, soit 2 mille dollars par cadavre. Des mineurs seraient aussi de plus en plus souvent aux manettes, pour réduire les peines de prison encourues car les vieilles salopes sont d’abord des petits enculés.

Le trafiquant qui a reçu le Guardian au cours de l’été 2014 dans son appartement de Zouara, ville libyenne située à proximité de la frontière tunisienne d’où partent la plupart des embarcations, est d’un autre calibre. Lui ne navigue pas : il reste à terre pour organiser les voyages à destination de Lampedusa, l’île italienne la plus proche. Encore en activité, il explique la « rationalité » d’une affaire qui lui rapporte au moins un million de dollars par semaine. Sa fortune, il assure la devoir au chaos politique dans son pays. Depuis la mort de Mouammar Kadhafi, l’effondrement de l’État laisse les frontières maritimes – mais aussi terrestres – sans surveillance.

Frontex observe que la multiplication des traversées s’est accompagnée d’une brutalité accrue des passeurs. Un navire aurait ainsi été coulé délibérément au large de Malte début septembre, après que les passagers – des Syriens, des Palestiniens, des Égyptiens et des Soudanais – ont refusé d’être transférés sur des embarcations plus petites. Cinq cents personnes se sont noyées. Les migrants disent fréquemment être battus – le cas d’un homme poignardé à mort a été signalé. Il arrive, selon les témoignages, qu’ils se fassent tirer dessus et que les corps soient jetés par-dessus bord.

La Turquie est tout aussi empruntée. Elle l’est même de plus en plus selon Frontex, qui observe que ce pays est désormais préféré à la Libye où la traversée est jugée trop dangereuse. Plus de 815 000 Syriens y ont trouvé refuge depuis le début de la guerre. Certains y restent, d’autres poursuivent leur chemin au bénéfice des passeurs. Des quartiers d’Istanbul, comme Aksaray et Tarlabasi, s’organisent autour de ce commerce (chambres d’hôtel, travail au noir, etc.). Depuis qu’un mur sépare la Turquie de la Grèce le long de la rivière Evros, la route s’est réorientée vers la mer Égée. Les départs se font depuis Izmir ou Marmaris, à bord de bateaux pneumatiques. La traversée étant plus courte et moins risquée qu’à partir de la Libye, les tarifs sont plus élevés : entre 2 000 et 3 000 euros par personne, selon un reportage du site d’information basé à Bruxelles Equal Times.

Depuis quelques semaines, les passeurs ont changé de stratégie, selon Frontex : ils utilisent de vieux cargos au départ du port de Mersin, au sud-est de la Turquie, encore relié par ferry au port syrien de Lattaquié. Sur ces plates-formes de 75 mètres de long, ils entassent des réfugiés qu’ils laissent dériver jusqu’à ce que d’éventuels secours arrivent. Le profit des trafiquants se compte en millions, car ce passage coûterait au minimum 6 000 euros par personne, sans les « extras », notamment les 16 grammes d’or par personne à verser aux milices pour sortir de Syrie. Avec en moyenne 600 réfugiés par cargo, une traversée rapporte environ 3,6 millions d’euros.

Un reportage du New York Times, daté du 29 novembre 2013, décrit le parcours d’une Syrienne, partie avec 11 000 dollars en poche. Passée par l’Égypte, elle a atteint la Suède. Dans une enquête d’août 2014, Newsweek retrace, de son côté, la trajectoire via les Balkans d’un certain Murat, arrivé en Autriche après avoir franchi à pied les frontières de Macédoine, du Kosovo, de Serbie et de Hongrie.

Comme on le voit l’espoir est au bout du cargo cult et comme partout, il se monnaie en dollars et demande un petit coup de pouce du destin. Inch Allah, comme dit le naufrageur.

Mediapart / BAM


Responses

  1. Tout cela fait particulièrement souffrir.
    On revoit le « Camp des Saints ».
    Il est difficile de rester insensible !
    Surtout pour tous ceux qui vivent bien (et j’en suis) et qui insistent pour que ‘nos pauvres’ se poussent un peu pour faire place.
    Zemmour (que j’aime) pourra écrire « Le suicide de la Chrétienté » car le « Suicide Français » n’est qu’un apéritif préliminaire.
    Bonne Année (malgré tout) à vous et vos lecteurs.

  2. Ce qui me frappe, René, c’est à quel point la traite des êtres humains en situation de détresse est devenue une affaire lucrative en deux années, à peine. Si on compare avec la guerre d’Espagne et ses centaines de milliers de réfugiés voire avec les vengeances exercées sur les minorités dites allemandes en Europe orientale, on voit bien que l’accumulation du capital et rien d’autre est au centre de l’action dramatique d’une tragédie qui n’a aucun sens, l’homme y est traité en marchandise ou en déchet au même titre qu’un ballot d’ordures qu’on a oublié d’incinérer et que personne ne voudrait acquérir, c’est comme si la morale était une simple option, une sorte de petit profit éthique, une plus-value dans la bataille pour le partage du gâteau et il est à parier que les professionnels de la traite comme les criminels des guerres africaines seront réintégrés dans le circuit des hommes honorables dès qu’ils auront été blanchis et traités en partenaires

    • J’ai le même sentiment que vous.
      Mais, j’ai l’impression de ne pas comprendre la modernité.
      Et si après Mort de Dieu venait inexorablement la <Mort de l'Homme ou plutôt sa réduction à un simple processus biologique.
      Moi-même, en tant que chrétien, j’ai le sentiment que ma part CESAR (protéger la Nation) est plus forte que ma part CHRIST (ce que vous faites au plus petit …). Une fin de période à défaut de la mort ….

    • Pardon, ma jolie phrase a été déformée ;
      Et si après la Mort de Dieu venait inexorablement la Mort de l’Homme ou plutôt sa réduction à un simple processus biologique. Pas mieux ainsi ?

      • Vous savez René, Dieu mort n’enlèvera pas le besoin de croire, c’est donc la nature de la croyance à venir qui pose question

    • Dés qu’ils auront acquitté toutes leurs taxes et quitus fiscaux, vous voulez dire ?

      • Bien évidemment, le jardin est à ce prix

    • « on voit bien que l’accumulation du capital et rien d’autre est au centre de l’action dramatique d’une tragédie qui n’a aucun sens, l’homme y est traité en marchandise ou en déchet au même titre qu’un ballot d’ordures qu’on a oublié d’incinérer et que personne ne voudrait acquérir…. »

      Peut être un chemin de traverse, mais ces échanges m’évoquent une analyse de Ahrendt, voyant à l’origine de la doctrine « colonialiste-impérialiste » et de ses justifications « racialistes scientifiques » de la fin du XIXe siècle, la conséquence à la fois de l’accumulation d’hommes « inutiles » ( le sous prolétariat, les réprouvés etc..de la révolution industrielle) de celle d' »argent inutile » ( accumulation du capital généré par la même révolution industrielle et cherchant à s’investir)

      • C’est juste sauf que l’épopée coloniale puisait dans un répertoire romantique qui masquait ce que Conrad a dénommé l’horreur et son rituel loufoque. Là nous avons des entrepreneurs, la distance entre leurs petites affaires, leur rationalisation bouffonne, leur bassesse d’esprit et l’horreur est nulle, Dieu les couvre

  3. Visiblement, le XXIe siècle sera celui des flux et de l’incertitude.
    On peut se la jouer droite française, et réveiller le moloch eugéniste pour régler le problème. Le souci, avec le moloch, c’est qu’on ne sait jamais qui il va finir par dévorer. Ca commence avec l’Arabe pascommenous et ça continue avec l' »assisté » (http://leblogdejeannesmits.blogspot.fr/2015/01/australie-vers-la-contraception.html)
    On peut aussi essayer d’aménager l’ensemble, à nuisance moindre, mais faut reconnaître qu’on ne sait absolument pas où ça va nous mener.
    « Puissiez-vous vivre des temps intéressants », dit une malédiction chinoise.

    • Xavier, « le XXIe siècle sera celui des flux et de l’incertitude ».
      Ce qui me fait peur, c’est de rentrer dans un siècle de certitudes.
      Le doute est interdit !

    • Précision : quand je dis « droite », ça inclut en fait une partie seulement de la droite, et une partie aussi la gauche, comme ce ministre travailliste australien. Dans un monde sans idées, l’hypothèse eugéniste risque de s’avérer des plus attractive par sa facilité.

    • Excellent votre lien Xavier. Aménager ensemble, sans doute Xavier, mais avec qui ? Selon les prescriptions de l’administration fédérale américaine l’Irak puis la Syrie retournent à l’âge de pierre, le Liban va suivre et l’Egypte est pris dans la nasse, reste l’islam dit éclairé (dixit le Monde) du Golfe

  4. « Pour que les réfugiés cessent de consentir au racket, il faudrait qu’ils observent, en direct, un navire couler avec 900 personnes à bord, jusqu’au dernier bébé, jusqu’à l’ultime souffle. Comme cela est impossible, le ballet va continuer. »

    Boohh…Les solutions techniques ont l’air d’exister.

    • A.g., on entrerait donc dans une période apocalyptique !
      Après un cancer, mon médecin m’a dit :
      « savez-vous que vous êtes le seul de mes patients encore en vie après un cancer du pancréas ! »
      Je suis allé voir le Seigneur pour lui demander une place à sa droite.
      Savez-vous ce qu’il m’a répondu :
      « il faudrait en chier encore (je ne l’imaginais pas employer ce vocabulaire) pendant 10 à 20 ans ! »
      Eh bien; mon désir est de ne pas connaître cette future guerre ! Lâche !

      • Non René, non. A une époque vous vous faisiez tirer dessus quand vous passiez une frontière par le mauvais endroit sans avoir le bon papier. Si les fraudes, les contrebandes ou les fuites éxistaient, les proportions étaient sans commune mesure avec cette invasion aux bons sentiments massifs :

        http://simca80.typepad.fr/.a/6a00d83454579d69e201348951fa84970c-pi

        C’est bien l’absence de risque, comme dans d’autres entreprises, qui conditionnent le passage à l’acte.
        Arrêtez seulement les sauvetages, vous allez voir le nombre de navire diminuer. Mellila c’est la même chose. Vous peignez le grillage en Rouge a partir d’une certaine hauteur et tout ce qui l’atteint : 6 centimes d’euros. Le prix d’une .22 long rifle à l’unité.

      • Merci, vous me donnez le moral. Vous avez certainement raison.
        Vous voyez ma schizophrénie CHRIST/CÉSAR on n’en sort pas !

    • Les solutions techniques, sans doute Ag, mais vous verrez que c’est impossible, moralement et politiquement, à moins, bien sûr qu’un commando de djihadistes ait l’idée de s’infiltrer parmi les gentils réfugiés

      • Je vais m’inspirer de Richelieu, la morale et le politique c’est comme pour la trahison, une question de date.

  5. D’ailleurs à propos de la polémique autour des déclarations de Zemmour sur Vichy, personne n’est allé chercher cette phrase écrite par Léon Poliakov dans le bréviaire de la haine, 1951, « du sort plus clément des Juifs de France [au regard des autres pays occupés], Vichy fut en fait le facteur prépondérant ». Comme vous le dîtes Ag, la date importe, Pascal disait le franchissement des Pyrénées mais c’est la même chose

  6. J’en suis intimement persuadé.
    Je l’observe avec le front national par exemple. Ses progrès et l’influence de ceux-ci sur les gens. Les mêmes, je dis bien les mêmes qui crachaient dessus il y a encore 5 ans, commencent a dire que peut-être, moui, faudrait voir. Le mouton qui sent que le troupeau change de direction et veut bien rester au milieu, histoire de ne pas se faire bouffer le premier quand les nouveaux carnivores vont s’exprimer. « Temporairement » m’a même sorti l’un, tout a fait naturellement, sans se rendre compte un seul instant de son attitude de lâche enculé. Moi j’ai compris « faites le sale boulot, on reprends les rennes après la conscience propre. »
    Entendons nous bien, je me fiche de de l’outil que la poissonnière transforme en façade genre rénovation du Grand Palais pour en faire une patinoire. Juste que la masse me file la gerbe et le théatre pour la faire tanguer du coté désiré m’apparaît, avec le temps, de plus en plus visible.
    Petit développement pour amener que non, les bons sentiments ou la morale avec un Neue Zeitgeist, n’auront aucune influence sur les méthodes appliquées.
    Pour une fois l’escroc tape plutôt juste avec çà surtout la vidéo :

    http://www.egaliteetreconciliation.fr/Haro-sur-le-clodo-29910.html

    si vous ne voulez pas la dissidence ciselée école de marketing :

    Vous n’avez aucune réaction réelle, active, de la population. Tout le monde sort son petit smartphone à demi smig, prends sa petite vidéo et : rien.C’est aussi pour çà qu’on vous à vendu les printemps arabes ou maïdan enfants de twitter et de facebook au passage.
    La résistance, on ne va certainement pas cracher sur les Resistants, mais la résistance, c’est une légende historique.

  7. La seule chose qu’on puisse en dire, Ag, c’est qu’elle était minoritaire, partout et en tout lieu et qu’elle n’a servi à rien, militairement parlant (renseignements mis à part). Comme le disait Paulhan, la résistance c’est une piqûre d’abeille avant la mise en bière, une manière de se sentir encore en vie, malgré tout. Pour le reste, je le perçois comme vous, on nage en plein Rhinocéros


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