Publié par : Memento Mouloud | janvier 7, 2015

France under attack (du massacre de Charlie-Hebdo aux prises d’otages)

chérif fait ses courses

Frères Humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis, car si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci

Il est environ 11 heures ce mercredi 7 janvier, l’équipe de Charlie Hebdo, situé dans le XIe arrondissement de Paris, est rassemblée pour sa conférence de rédaction hebdomadaire. Sur la table, Sigolène Vinson pose son livre, La Faute de l’abbé Mouret. C’est l’anniversaire de Luz, le dessinateur. Préposée aux chouquettes, elle a apporté un « gâteau marbré » de la boulangerie du coin.

Autour de la grande table rectangulaire sont assis, de gauche à droite à partir du seuil de la porte : Charb, Riss, Fabrice Nicolino, Bernard Maris, Philippe Lançon, Honoré, Coco, Tignous, Cabu, Elsa Cayat, Wolinski, Sigolène Vinson et Laurent Léger. L’invité, Michel Renaud, est assis sur une chaise dans un coin de la pièce. Luz et Catherine Meurisse, une autre dessinatrice sont en retard. Zineb El Rhazoui, la jeune reporter, est en vacances au Maroc, Gérard Biard, le rédacteur en chef, à Londres. Antonio Fischetti, le journaliste scientifique, assiste à l’enterrement de sa tante en province. Quant à Willem, il goûte peu les conférences de rédaction. Ceux qui ne sont pas là ne prendront pas de balles. On appelle ça le hasard. Et c’est très con le hasard. Au moins autant qu’un djihadiste.

Selon les premiers témoins, trois assaillants arrivent à bord d’une Citroën noire aux vitres teintées. D’après les complotistes, les rétros chromés prouvent que cette voiture d’arrivée n’est pas la voiture de départ. A croire que le troisième homme disparu est un agent du Mossad ou des services. CQFD.

Ce jour-là, les « échanges » tournent autour du dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, auquel est consacrée la « une » du jour. Il est question de littérature, de racisme, d’Eric Zemmour, des manifestations anti-islam en Allemagne. Certains défendent Houellebecq, d’autres s’inquiètent de la « montée du fascisme » dans la société.

En retournant dans la salle de rédaction, Sigolène Vinson aperçoit Philippe Lançon enfilant son manteau, son bonnet et son sac à dos. Un jeu de mots traverse la pièce. Le dernier de la journée. « Il y avait le mot “susmentionné”, ou quelque chose dans le genre, il y avait “suce” dedans. » Charb lance à Philippe : « On fait cette blague pour que tu ne nous quittes pas. » Luce Lapin, la secrétaire de rédaction, s’apprête à quitter la salle pour corriger un numéro spécial sur la gestation pour autrui. Elle a déjà un pied dans son bureau, accolé à celui de Mustapha Ourrad.

Vers 11 h 20, les frères K vêtus de noir, cagoulés et armés chacun d’une kalachnikov, se présentent au numéro 6 de la rue Nicolas-Appert, dans le XIe arrondissement, où se trouvent les archives de Charlie Hebdo. Ils hurlent «C’est ici Charlie Hebdo ?» Voyant qu’ils sont à la mauvaise adresse, ils se dirigent alors au numéro 10 de la rue, où se trouve le siège de l’hebdomadaire satirique.

Ils pénètrent dans le hall et menacent un employé de l’accueil qu’ils bazarderont à la kalash’. Ils lui ordonnent de les conduire jusqu’à des gens qu’ils désignent. En effet, selon une source policière, les tireurs auraient été en possession d’une liste de journalistes à abattre.

Une source proche de l’enquête révèle que les deux hommes, «calmes et déterminés», se dirigent vers «la salle de la conférence de rédaction»: «C’est Charb qui était visé», affirme un spécialiste du terrorisme. Il en tient pour preuve le fait que «les deux assaillants le cherchent dans la salle» et prononcent son nom: «Où est Charb ? Il est où Charb ?» «Ils l’ont tué puis ont arrosé tout le monde», pendant cinq minutes. Sans exclure que d’autres dessinateurs de l’hebdo satirique comme Cabu et Wolinski, également victimes des rafales de kalachnikov, aient pu figurer sur la liste des cibles de «ce commando organisé» qui se trompe de porte d’entrée.

« Les deux hommes ouvrent le feu et achèvent froidement les personnes rassemblées pour la conférence de rédaction ainsi que le policier chargé de la protection du dessinateur Charb, qui n’a pas le temps de riposter », explique à l’AFP une source policière. Une seule personne, qui a réussi à se cacher sous une table, en réchappe. Elle entend les deux hommes crier « nous avons vengé le prophète » et « Allah Akbar ». Elle ne sait pas encore que l’un d’eux fut livreur de pizzas.

« La porte s’est ouverte, un type a jailli en criant ‘Allah akbar. Il ressemblait à un type du GIGN ou du Raid, il était cagoulé, il était tout en noir, il avait une arme qu’il tenait par les deux mains, et puis ça a tiré, et puis l’odeur de poudre et puis par chance j’ai pu me jeter derrière une table dans une encoignure, j’ai échappé à son regard (…) et les camarades du journal sont tombés…C’est allé très vite (…). J’en suis toujours pas revenu et personne de cette petite équipe de survivants n’a encore compris que c’était vraiment la réalité…Ils ont prononcé à un moment le nom de Charb, (…) je pense qu’ils le cherchaient mais de toute façon il était autour de la table. (…) Ils ont tiré dans le tas, tout simplement…Je suis resté recroquevillé là. Je voyais les autres par terre, le bruit des détonations, puis tout d’un coup le silence. Un long silence…On s’est précipité vers les blessés, j’ai tenu la main de notre webmaster. Des bruits de pas… j’ai compris qu’il revenait. Mais la salle est trop exigüe. Il ne pouvait pas faire le tour. J’ai cru qu’ils allaient faire le tour de la rédaction pour trouver des survivants. Puis on s’est relevés, il y avait quelques survivants. Et là c’est l’aberration, c’est irréel. Une sidération. On s’est précipité vers les blessés »

« On a entendu deux “pop”. Ça a fait “pop pop” ». Les deux balles ont perforé les poumons de Simon Fieschi, 31 ans, le webmaster chargé de gérer le tombereau d’insultes qui affluent à la rédaction depuis des années. Son bureau est le premier qu’on rencontre quand on pénètre dans les locaux. Il sera la première victime.

Dans la salle de rédaction, un moment de flottement. « Luce a demandé si c’était des pétards. On s’est tous demandé ce que c’était. » Elle voit Franck Brinsolaro, un des policiers chargés de la protection de Charb, se lever de son bureau, logé dans un renfoncement de la pièce. « Sa main semblait chercher quelque chose sur sa hanche, peut-être son arme. Il a dit : “Ne bougez pas de façon anarchique.” Il a semblé hésiter près de la porte. Je me suis jetée au sol. “Pop pop” dans Charlie, je comprends que ce ne sont pas des pétards. »

Sigolène Vinson rampe sur le parquet en direction du bureau de Luce et Mustapha, à l’autre bout de la pièce. Elle entend la porte d’entrée de la salle de rédaction « sauter » et un homme crier « Allahou akbar ». Puis cette question : « Où est Charb ? ». « Pendant que je rampe au sol, j’entends des coups de feu. Je ne veux pas me retourner pour ne pas voir la mort en face. Je suis sûre que je vais mourir. Je rampe et j’ai mal au dos. Comme si on me tirait dans le dos. » Mais rien, c’est la prise d’un ange, celui de la mort.

Tandis que les balles sifflent dans la pièce, elle parvient à atteindre le bureau de Mustapha et Luce, puis se cache un peu plus loin derrière le muret qui marque la séparation avec celui des maquettistes. Laurent Léger, son voisin de table, est parvenu à se glisser sous le bureau du policier. Adossée au muret, la jeune femme aperçoit Jean-Luc, le maquettiste, qui s’est lui aussi réfugié sous son bureau. Elle entend la scène qu’elle ne voit pas : « Ce n’était pas des rafales. Ils tiraient balle après balle. Lentement. Personne n’a crié. Tout le monde a dû être pris de stupeur. »

Puis tout s’est tu. « Je connaissais l’expression “un silence de mort”… ». Le silence, et cette « odeur de poudre ». Sigolène Vinson ne voit rien. Puis elle perçoit des pas qui s’approchent. Elle les mime. Des coups de feu, à nouveau. « Je comprends que c’est Mustapha. » Puis elle voit. « J’ai vu les pieds de Mustapha au sol. » Les pas se rapprochent. Un des tireurs, « habillé comme un type du GIGN », contourne lentement le muret et la met en joue. Il porte une cagoule noire.

« Je l’ai regardé. Il avait de grands yeux noirs, un regard très doux. J’ai senti un moment de trouble chez lui, comme s’il cherchait mon nom. Mon cerveau fonctionnait très bien, je pensais vite. J’ai compris qu’il n’avait pas vu Jean-Luc, sous son bureau. » L’homme qu’elle regarde dans les yeux s’appelle Saïd K. Il lui dit : « N’aie pas peur. Calme-toi. Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran. » Elle se souvient de chaque mot. Saïd a accompli la pire chose qu’un bourreau puisse faire, il l’a épargnée au nom d’Allah misécordieux.

 « Je lui fais un signe de la tête. Pour garder un lien, un contact. Peut-être qu’inconsciemment, je cherche à l’attendrir. Je ne veux pas perdre son regard car Jean-Luc est sous la table, il ne l’a pas vu, et j’ai bien compris que s’il ne tue pas les femmes, c’est qu’il tue les hommes. »

Elle a dès lors abandonné tout féminisme pour survivre. Elle a puisé dans l’archaïque. Ces types nous ramèneront à l’âge de pierre, c’est certain puisqu’ils y vivent et prennent plaisir à nous y conduire.

« Je me suis retrouvée avec Jean-Luc, on est resté interdits. On ne savait pas s’ils étaient vraiment partis. » Des coups de feu retentissent au loin, dans la rue. « J’ai entendu Lila, les petits pas de Lila, la chienne, passer à côté de Mustapha. » Dans son souvenir, le chien courait de bureau en bureau pendant la tuerie.

 Sigolène retourne dans la salle de rédaction. Sa « vision d’horreur ». « Je vois les corps par terre. Tout de suite, j’aperçois Philippe, le bas du visage arraché, qui me fait signe de la main. Il y a deux corps sur lui. C’était trop. » Elle s’interrompt. Puis reprend, la voix étranglée : « Il a essayé de me parler avec la joue droite arrachée… Je lui ai dit de ne pas parler. Je n’ai pas pu m’approcher de lui. Je n’ai pas pu lui tenir la main. Je n’ai pas réussi à l’aider. C’était trop. »

Tous les morts ont été retrouvés face contre terre. Sigolène enjambe les corps de Cabu, d’Elsa, de Wolinski et de Franck, le policier, pour récupérer son portable dans son manteau. Elle appelle les pompiers. La conversation dure 1 min 42 s. « C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts. » Le pompier lui demande « combien de corps ? ». Elle s’agace, le trouve « con ». Le pompier lui demande l’adresse de Charlie Hebdo. Elle ne s’en souvient plus. Elle répète trois fois : « Ils sont tous morts ! »

Au fond de la pièce, une main se lève. « Non, moi je ne suis pas mort. » C’est Riss. Allongé sur le dos, il est touché à l’épaule. A côté de lui, Fabrice Nicolino fait signe à Sigolène Vinson de venir l’aider. Atteint aux jambes et à l’abdomen, il est assis dans une mare de sang. « C’est horrible à dire, mais comme ses blessures étaient moins apparentes que celles de Philippe, c’était plus facile pour moi de m’occuper de lui. Il m’a demandé quelque chose de frais pour son visage, je lui ai rapporté un torchon mouillé. Puis il m’a demandé de l’eau. Je ne savais pas qu’il ne fallait pas donner d’eau dans ces circonstances, je suis allée remplir une flûte à champagne en plastique dans la cuisine. Il perdait beaucoup de sang. Puis il s’est senti partir, il m’a demandé de lui parler. »

« Tout à coup a surgi dans la salle une femme habillée de noir, assez jolie. J’ai appris plus tard qu’elle travaillait en face, sur le même palier. Elle avait les yeux exorbités. Elle disait : “C’est horrible, c’est horrible.” Elle avait la main sur la bouche. Elle voulait aider, mais elle ne pouvait pas. »

La silhouette de Patrick Pelloux apparaît dans l’embrasure de la porte. « Je l’ai vu se pencher sur le corps de Charb. Il lui a pris le pouls au niveau du cou. Puis il lui a caressé la tête et lui a dit : “Mon frère.” »

Ils ont péroré « Allahou akbar » et « Vous allez payer, car vous avez insulté le Prophète ».

Onze personnes, dont neuf journalistes, ont été tuées et 4 autres sont dans un état «d’urgence absolue». Outre Charb, Cabu et Wolinski, un autre dessinateur, Tignous, ainsi que l’économiste et seul conseiller intelligent de la banque de France Bernard Maris, figurent parmi les victimes, de même le fondateur du festival clermontois, Rendez-vous du carnet de Voyage, Michel Renaud. On peut y ajouter Honoré, Mustapha Ourrad, Elsa Cayat (femme et psychanalyste, juive aussi et hasard objectif, la seule femme assassinée par les tueurs qui ne tuent pas les femmes sauf les juives qui ne sont pas vraiment des femmes), Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro.

Drôle d’endroit pour un massacre.

Philippe Lançon est grièvement touché au visage, Riss à l’épaule, Fabrice Nicolino à la jambe. Simon Fieschi, le jeune webmaster chargé de gérer le « shit storm », le tombereau d’insultes adressées à la rédaction depuis des années sur les réseaux sociaux et par téléphone, est le plus gravement atteint.

« Il a eu beaucoup de chance. » Le médecin l’a répété six fois à sa compagne, Marine Jobert, en sortant du bloc. Fabrice Nicolino, l’« écolo de la bande », est un des quatre blessés graves qui ont été évacués, mercredi, vers différents hôpitaux parisiens. Il est à présent hors de danger, mais « il reste sous étroite surveillance médicale et de la sécurité ». Il avait écrit bidoche, il sait dans sa chair que c’est ainsi que les porcs traitent le minerai de viande que nous appelons des hommes.

Ce n’est pas la première fois que Fabrice Nicolino est victime d’un attentat. Le 9 mars 1985, il emmène des copains au Cinéma Rivoli, non loin de l’Hôtel de Ville, à Paris, voir Eichman, l’homme du IIIe Reich, d’Erwin Leiser. Le film est donné dans le cadre du 4e Festival international du film juif. Un homme est installé derrière eux, il quitte la salle dix minutes après le début du film. Fabrice l’a remarqué. Pas la bombe. Les spectateurs n’auront la vie sauve que parce que le toit trop léger est projeté en l’air au moment de la déflagration. S’il avait été plus solide, lui expliqueront les policiers, ils étaient morts.

Il en va de même pour Riss, alias Laurent Sourisseau, dessinateur (La Face karchée de Sarkozy, Vents d’Ouest, 2007) et directeur de la rédaction de l’hebdomadaire depuis 2009, qui a été touché à l’épaule droite – le nerf ne serait pas touché. Comme pour Philippe Lançon, écrivain (L’Elan, Gallimard, 2013), critique littéraire à Libération, qui avait fait de Charlie sa deuxième maison. Les nouvelles tombent au compte-gouttes. Blessé grièvement à la mâchoire, comme Robespierre avant l’échafaud, il est conscient, il ne peut pas parler, mais communique par écrit. Cette guillotine là l’aura épargné. On a plus d’inquiétudes pour Simon Fieschi : même si ses jours ne sont plus en danger, le jeune webmaster du site, neveu de la comédienne Anouk Grinberg, a été touché à la colonne vertébrale, un de ses poumons a été perforé. Il est plongé en coma artificiel et on craint pour sa mobilité.

Jointe par L’Humanité, alors qu’elle était encore sur les lieux de la fusillade, la dessinatrice Corinne Rey, qui tient un blog sur Rue89, témoigne : « J’étais allée chercher ma fille à la garderie, en arrivant devant la porte de l’immeuble du journal deux hommes cagoulées et armés nous ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter. J’ai tapé le code. Ils ont tiré sur Wolinski, Cabu… ça a duré cinq minutes… Je m’étais réfugiée sous un bureau… Ils parlaient parfaitement le français… Se revendiquaient d’Al Qaeda. ». Elle n’explique pas réellement comment elle a survécu, ni si sa fille était avec elle. Sur un plateau d’Arte, elle dira, « il ne faut pas céder ».

La dessinatrice Catherine Meurisse avait témoigné auprès du Courrier de l’Ouest. Arrivée en retard à la conférence de rédaction, la journaliste a vu « deux hommes encagoulés qui étaient encore dans la rue lorsque je suis arrivée ».

Producteur audiovisuel dans un bureau situé dans le bâtiment voisin des locaux de Charlie Hebdo, Yve Cresson a relaté les évènements sur Twitter, en simple témoin du massacre. Selon lui, à 11 h 25, les deux assaillants se sont d’abord « trompés de locaux et d’adresse ». Ils ont en effet profité du passage de la factrice pour entrer dans l’immeuble dans lequel il se trouvait, au 8 rue Nicolas-Appert. Version qui complète ou contredit celle de Corinne Rey. Les deux hommes « cherchaient Charlie Hebdo », selon lui, situé au 10, rue Nicolas-Appert. « Ils sont repartis après avoir tiré deux fois « .

Selon Cédric Garofé, témoin, « ils ont dit : vous direz aux médias que c’est Al-Qaida au Yemen ».

Patrick, un riverain habitué des séries policières de Canal +, était en train de s’occuper de son scooter au moment du massacre. « Puis j’ai entendu une fusillade. Je me suis approché de l’angle de la rue et j’ai vu, au loin, des silhouettes noires, trois ou quatre, cagoulées, comme si c’était l’anti-gang. Cela tirait dans tous les coins, une grosse pétarade. Un autre voisin les a vu partir après dans une C3 bleu foncé ».

Sur place, un voisin, Ludovic Manche a assuré avoir entendu « 40 ou 50 coups de feu » alors qu’il se trouvait dans son appartement du boulevard Richard-Lenoir, juste derrière les locaux de Charlie Hebdo. « Au début, j’ai cru que c’était des pétards de nouvel an chinois [qui se déroule le 19 février]. J’ai vu par la fenêtre des policiers qui poursuivaient les malfaiteurs. Ils étaient deux personnes cagoulées, l’un d’eux avait un fusil de guerre. Ça tirait dans tous les sens. Dans la rue, les gens se cachaient derrière les voitures. Puis les tireurs sont partis dans une Citroën C1 noire. ». Lui aussi a assisté à un film.

Selon un journaliste d’une agence de presse située près des locaux de Charlie Hebdo, les hommes auraient crié «Allahou Akbar». Puis: «Nous avons tué Charlie Hebdo» et «nous avons vengé le prophète».

Vers 11 h 30, un appel police-secours fait état de tirs au siège de Charlie Hebdo. Des policiers sont dépêchés immédiatement sur place. Les deux agresseurs prennent la fuite en criant de nouveau « Allah Akbar » et se retrouvent nez à nez avec une patrouille de la Brigade anti-criminalité (BAC) locale. Un échange nourri de coups de feu s’en suit.

Ils parviennent à prendre la fuite à bord de leur Citroën C3 noire où ils prendront soin de perdre leurs papiers d’identité et font alors face à un véhicule de police sérigraphié. Ils tirent une dizaine de coups de feu sur le pare-brise de cette voiture sans blesser les policiers qui se trouvent à l’intérieur. Des policiers font feu sur les assaillants, qui ripostent. Boulevard Richard-Lenoir, un policier en uniforme d’une trentaine d’années, est touché et se trouve à terre. Il s’appelle Ahmed Merabet. Les deux hommes sortent alors de leur voiture et s’approchent en courant du policier qui lève la main et leur demande : « Vous voulez me tuer? ». L’un des deux assaillants s’approche de lui en courant et lui répond « C’est bon chef » avant de lui tirer une balle en pleine tête sans s’arrêter.

Les assaillants repartent à bord de leur Citroën. Ils percutent un piéton, grièvement blessé. Leur fuite s’achève une première fois au croisement entre le rue Sadi-Lecointe et la rue de Meaux, dans le XIXe arrondissement. La Citroën noire immatriculée CW 518 XV s’encastre dans un plot, lunette arrière et vitre conducteur brisées. Les assaillants sortent du véhicule, abandonnant un chargeur de kalachnikov rempli de munitions. Ils braquent alors un automobiliste et lui volent sa Clio grise. Ils lui rendent son chien. Peu avant midi, la police affirme perdre leurs traces.

Deux policiers ont été tués dans l’équipée sauvage. L’un appartenait au service de protection des hautes personnalités, il était chargé de la protection de Charb. L’autre, âgé d’une trentaine d’années, était rattaché au commissariat du XIe arrondissement. Un troisième policier, de la brigade VTT, a été grièvement blessé à la jambe.

Les parisiens filment les fuyards, alimentant le service après-massacre du commando djihadiste. Le soir, ils se rassembleront et se filmeront de nouveau, heureux d’être si nombreux et rassemblés pour le rassemblement.

Le quartier est bouclé. Des gens qui habitent et travaillent dans le périmètre se plaignent de ne pas pouvoir passer. Ils ont quand même des courses à ranger dans le frigo, merde.

Des policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la police judiciaire parisienne investissent dans l’après-midi un appartement d’un immeuble situé avenue Jean-Lolive à Pantin (Seine-Saint-Denis). Ils n’auraient procédé à aucune interpellation mais l’appartement aurait pu être une planque pour les terroristes. De même, ils ratissent un logement, situé à Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

En début de soirée, une «opération de vérification» est menée dans le Val-de-Marne, à Champigny-sur-Marne. Le GIPN, le Raid et la DGSI ont investi un appartement avenue de l’ïle-d’Amour.

Sur les réseaux sociaux, une image en soutien à Charlie Hebdo tourne beaucoup. Trois mots sur fond noir : « Je suis Charlie », le hashtag #CharlieHebdo a envahi la Toile et a déjà été tweeté plus de 400 000 fois à travers le monde. Un autre hashtag a très vite vu le jour #NousSommesTousDesCharlieHebdo. Pour Jean-Luc Mélenchon, « il faut répliquer par des comportements d’amour ».

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés mercredi soir à Paris et dans plusieurs villes de France pour marquer leur solidarité avec l’hebdomadaire, frappé par un attentat-massacre qui a fait 12 morts et 11 blessés, selon la police. Plus de 10 000 personnes sont descendues notamment dans les rues de Lyon et autant à Toulouse, selon les estimations des forces de l’ordre. À l’appel de plusieurs syndicats, associations, médias et partis politiques, les participants, de tous âges, se sont réunis à partir de 17 heures sur la place de la République. Dans la foule compacte et silencieuse, beaucoup arboraient un autocollant noir ou une pancarte « Je suis Charlie ». Certains se recueillaient, une bougie à la main.

A Paris, « au moins 35 000 personnes se sont rassemblées », d’abord silencieuses, arpentant l’axe qui va de la rue du faubourg du Temple au boulevard Beaumarchais, elles ont commencé à chanter : « Charlie ! Charlie ! », « Nous sommes Charlie », « Libérez l’expression ! ». Lou, la vingtaine, résume bien l’esprit du cortège: « Je ne suis pas venu contre quelque chose. Je suis venu pour soutenir. » Elisabeth, visiblement touchée, confie être « vraiment sous le choc. Je travaille dans l’humanitaire donc je fais bien le parallèle avec ceux qui peuvent être victimes sur le terrain. Ce soir, je me dis que personne n’est protégé. J’avais envie d’être là pour afficher mon soutien. »

Un homme « Tout est dit. Franchement, on est face à la sauvagerie pure et la bêtise. Face à cette folie, la seule réponse c’est d’être encore libre, libre, encore plus libre ». Jérôme, de 20 ans son cadet, acquiesce: « Les responsables de cette horreur ne représentent rien. Face à ça, il faut porter une autre parole que la haine ». Laquelle ? Il ne sait pas, en tout cas, ce soir, ils sont nombreux à se tenir chaud.

Pour Antoine, les auteurs des meurtres « se sont trompés d’ennemis », ne se sont « pas renseignés ». « Ce sont des personnes endoctrinées. » Une femme, « Je me suis efforcée de contenir mes larmes devant mes collègues avant de venir ici. J’ai très peur des conséquences… des amalgames… Avec Houellebecq, et Zemmour il y a quelques semaines, ça va devenir un grand gloubi boulga. ». Casimir contre le djihad, voici les nouveaux résistants. Les barbus n’ont qu’à bien se tenir, on sent qu’ils tremblent déjà.

A peine une demi-heure après l’attaque du siège de Charlie Hebdo à Paris, des comptes proches de l’Etat islamique commencent à reprendre le dernier tweet de l’hebdomadaire, et commentent : « Ils ont publié leur post, puis nos lions sont arrivés », saluant une « riposte fulgurante » de moudjahidine au cœur de la capitale française.

Une première vidéo se retweete en boucle, celle filmant l’assassinat d’Ahmed Merabet, le « policier apostat », qui patrouillait en VTT dans la zone. « #L’Etat_islamique_scande_Allah_est_grand_dans-Paris », annonce alors un premier hashtag, vite noyé par plusieurs milliers de tweets.

Dans un pitoyable ballet, sympathisants de l’Etat islamique et du Front Al-Nosra et d’Al-Qaida, qui se vouent habituellement aux gémonies, se partagent alors les mêmes hashtags pour saluer l’attaque ou s’autocélébrer dans l’attente d’une revendication : #la_conquête_de_Paris ; #Nous_avons_vengé_le_prophète ; #Paris_s’enflamme… quand ils ne détournent pas le mot-clé qui a émergé en signe de solidarité : #JesuisCharlie.

A ce déferlement de félicitations sur la Toile s’est ajoutée la voix de la radio de l’Etat islamique, qui a qualifié les auteurs de l’attaque de « héros ». Les internautes arabophones qui tentent de résister – entre appels à la raison et volées d’injures – et les partisans du djihad s’affrontent sur les réseaux : « Vous croyez à la liberté d’expression sans limite, nous croyons à la liberté de nos actions. »

Pas en reste, les comptes proches d’Al Malahem Media Foundation, la « chaîne d’information » d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA), rappellent que Charb avait été placé, en 2003, dans une liste de neuf personnalités recherchées pour « insulte envers l’islam » aux côtés, entre autres, de Salman Rushdie, dans un numéro du trimestriel djihadiste Inspire.

Le 8 janvier, le groupe Anonymous s’engageait venger Charlie Hebdo. En visant ceux qui bafouent le droit d’exprimer ses opinions, «par l’obscurantisme et le mysticisme». Ceux-là doivent s’attendre à «une réaction massive et frontale de notre part car le combat pour la défense de ces libertés est la base même de notre mouvement».

Baptisée «OpCharlieHebdo», la contre-attaque du groupe Opération GPII a des contours encore flous ce jeudi, certains sites spécialisés évoquant comme cibles potentielles les sites des organisations terroristes islamistes, les comptes Twitter de prêcheurs radicaux ou de militants de Daesh. Plusieurs pistes donc, mais une seule fausse piste: le compte à rebours un rien menaçant du site opcharliehebdo.com, estampillé «fake» par les Anonymous à l’origine de l’OpCharlieHebdo.

Ce n’est pas un raz-de-marée : comparé aux 2 300 000 tweets publiés en vingt-quatre heures avec le hashtag #JeSuisCharlie, le contre-hastag #JeNeSuisPasCharlie n’a pas fait le poids. Mais avec près de 20 000 utilisations en une journée, il n’est pas non plus passé inaperçu. Utilisé à toutes les sauces, il était repris par les extrémistes religieux, des supporteurs de Dieudonné, des adeptes de la théorie du complot. Mais également par de nombreux utilisateurs, souvent musulmans, qui, s’ils dénoncent le massacre et affichent leur soutien aux familles des victimes, n’ont pas apprécié «les caricatures nauséabondes qu’ils ont dessinées». «Je ne suis ni Charlie, ni ces assassins», tweete ainsi Kenza.elb.

Sur le site de vente aux enchères eBay, des numéros emblématiques du journal ont été mis en vente, comme celui publié la veille de l’attentat, ou encore le numéro « Charia Hebdo », du 2 novembre 2011 car il n’y a pas de petits profits. Certains d’entre eux ont atteint des prix pharamineux allant jusqu’à 75 000 euros. Mais la rapidité avec laquelle ces sommes ont monté laissent soupçonner une forme d’escroquerie. D’autres ont mis en vente des dessins originaux des victimes. L’immense succès du mot-clé #JeSuisCharlie a été aussitôt récupéré par les vendeurs de t-shirts, mugs et autres porte-clés officiant sur le site. La requête « Je suis Charlie » donne près de 3 000 résultats sur eBay : casquettes, coques de téléphones, badges, stickers, parapluies et même des plaques militaires. Les godemichés, les porte-jarretelles et autres appareillages suivent. Le nom de domaine jesuischarlie.fr et iamcharlie.fr sont pour le moment vides. Le premier a été réservé par une entreprise de formation professionnelle française, Coactive Team, et le second par l’entreprise informatique Jaw X Process. Joint par LeMonde.fr, son PDG, Etienne Wetter, assure que « le but n’est pas de faire de l’argent ». Le mot-clé #JeNeSuisPasCharlie a également été converti en nom de domaine. Jenesuispascharlie.com et jenesuispascharlie.fr ont été achetés mais rien n’y avait été publié jeudi en fin d’après-midi.

Le groupe informel de hackers s’en prend aux sites de propagande djihadiste et autres radicaux en jouant aux services de renseignements. Un internaute détaille le procédé sur le salon de tchat francophone où se réunissent les Anonymous volontaires : «Lorsqu’on tombe sur un site [islamiste], nous tentons d’extraire de sa base de données des adresses et informations de contact, que nous redirigeons ensuite vers les forces de l’ordre.» C’est l’étape du «dump» de base de données. Ensuite, «nous utilisons tous les moyens à notre disposition pour l’effacer de la Toile». En l’occurrence, il s’agit ici de deface, «défacement», consistant à modifier la page d’accueil d’un site pour le rendre inconsultable, en faisant plus ou moins de dégâts derrière cette vitrine.

Les Anonymous revendiquent déjà le «défacement» de plusieurs sites radicaux, dont Ansar-alhaqq, qui diffuse en français la propagande jihadiste. Sa page d’accueil redirige désormais vers DuckDuckGo, un moteur de recherche indépendant et champion de la vie privée. Leur cible actuelle est le Kavkaz Center, un site d’information tchétchène se revendiquant «islamique».

Pas malin, estime le blogueur Olivier Laurelli, expert en sécurité informatique connu sous le pseudonyme de Bluetouff : «A partir du moment où on attaque les réseaux où les jihadistes communiquent entre eux, on interfère dans le travail des enquêteurs», explique-t-il à l’AFP.

En face, les islamistes font passer leurs messages sur des sites d’institutions françaises. Celui du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, consacré à la Seconde Guerre mondiale, s’est ainsi retrouvé affublé d’un texte rouge sur fond noir accusant la France de «racisme» et d’être le «terroriste du Monde», l’invitant à aller «se faire foutre» et signé «Je suis Muslim et je suis pas Charlie». Le site du Mémorial de Caen a également été victime d’une attaque ce week-end, ainsi que le CHU de Strasbourg, le Palais des papes à Avignon, la ville de Tulle ou la fondation Jacques Chirac, entre autres.

Sous les revendications citant parfois la Palestine, parfois l’Etat islamique et parfois Charlie Hebdo, les signatures sont toujours les mêmes : on recense la «Fallaga team», «L’APoca-DZ» et «Abdellah Elmaghribi»

En outre, on assistait vendredi au piratage de toute une série de sites catholiques et/ou bretons – la paroisse Notre-Dame de Nantes, la cathédrale de Vannes, la ville de Port-Louis… Ils étaient hébergés par une même société, implantée à Vannes. Et a priori, ils n’ont pas été ciblés pour leur contenu : leur point commun était de souffrir d’une faille de sécurité informatique, que leurs webmasters auraient dû combler en mettant à jour régulièrement le logiciel de gestion. Il a suffi aux hackers de repérer la faille pour attaquer tous les sites vulnérables. En visant un seul serveur vannetais, ils ont fait 120 victimes – toutes «défacées» par des messages à base de «J’atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah».

Le canon tonne, les membres volent, des gémissements de victimes et des hurlements de sacrificateurs se font entendre, c’est l’Humanité qui cherche le bonheur

Au QG des Anonymous, un petit groupe d’internautes s’est chargé d’une mission prévention : ils repèrent les sites de mairies, d’administrations et d’institutions françaises présentant des failles de sécurité exploitées par les hackers islamistes, et leur expliquent par e-mail comment se protéger des attaques. «Cela n’est dit nulle part, regrette l’un d’eux. Communiquer sur ce genre de bonnes actions me paraît une bonne idée, ce serait peut-être pas mal pour l’image…»

Situation de crise : depuis le 7 janvier et le début des attaques terroristes qui ont touché la France, la plate-forme Pharos a connu un gigantesque pic de signalements. Pharos, c’est le site unique qui gère les signalements effectués par des internautes lorsqu’ils souhaitent dénoncer des contenus illégaux : appels à la haine, apologie de crimes ou du terrorisme… « Lors d’une journée ‘normale’, nous recevons en moyenne 400 signalements », explique Valérie Maldonado, qui dirige l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication. « Du 7 au 12 janvier inclus, nous en avons reçu 20 200, dont environ 17 500 portaient sur des contenus faisant l’apologie du terrorisme ou incitant à la haine ». Soit une moyenne de 3 300 signalements par jour, plus de huit fois les chiffres habituels.

Parmi les contenus signalés faisant l’apologie du terrorisme, « on trouve de tout : il y a des messages de soutien aux terroristes, qui semblent être plutôt de l’ordre de la réaction spontanée, mais aussi des contenus qui semblent beaucoup plus ‘préparés’, étudiés, avec des photomontages, et qui se rapprochent plus d’une revendication », note Valérie Maldonado.

De même, Pharos note que les vidéos liées aux attaques, abondamment republiées en ligne après leurs suppression des réseaux sociaux et des plates-formes de partage, ont été rediffusées de deux manières. « Qu’il s’agisse de la vidéo filmée par un témoin de l’attaque contre Charlie Hebdo ou de la vidéo de revendication d’Amedy Coulibaly, nous avons constaté deux cas de figure : des internautes les ont republiées de manière ‘neutre’, mais d’autres y ont ajouté, en fin de vidéo, des messages du type ‘mort à la France’ ou ‘vive l’Etat islamique‘ », relate Mme Maldonado.

Selon le conspirationniste professionnel Thierry Meyssan, « les commanditaires de cet attentat savaient qu’il provoquerait une fracture entre les Français musulmans et les Français non-musulmans. Charlie Hebdo s’était spécialisé dans des provocations anti-musulmanes et la plupart des musulmans de France en ont été directement ou indirectement victimes. » Ainsi il achève la conversion des victimes en bourreaux.

Une enseignante du Campus des métiers et de l’entreprise, un centre de formation professionnelle de Bobigny, qui accueille 1 500 apprentis de 16 à 21 ans, a été mise à pied, jeudi 15 janvier dans l’après-midi, par le responsable de l’établissement. Une mesure conservatoire, « en accord avec la préfecture de Seine-Saint-Denis », a précisé son président, Patrick Toulmet, et qui fait suite à des propos complotistes et haineux qu’aurait tenus la jeune femme à des élèves de bac pro, lundi 12 janvier, au sujet des deux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher à la porte de Vincennes.

Mardi 13 janvier, le responsable de l’établissement est averti par un parent d’élève de l’étrange tournure prise par le débat organisé dans la classe d’une enseignante, H. M., au lendemain des grandes manifestations qui ont réuni plus de 4 millions de personnes en France.

Madame M. avait choisi de consacrer la plus grande partie de son cours de « droit économie dans la formation de vente » à une discussion sur l’assassinat par trois djihadistes de dix-sept personnes, quelques jours auparavant. Sidéré par ces propos, un de ses élèves l’enregistre avec son téléphone portable, au bout de quelques minutes. Ce qu’elle ignore. L’élève en retranscrit quelques extraits, que sa mère adresse dès le lendemain à l’établissement, avec une copie de la bande-son.

Dans ces documents, également transmis au rectorat, madame M. relaie sans complexe les thèses complotistes qui font déjà florès sur nombre de réseaux sociaux. Parlant à ses élèves du policier tué après l’assaut contre Charlie Hebdo, madame M. évoque « le flic soi-disant mort ». Elle note qu’« on n’a pas vu les corps des journalistes ».

« Vous trouvez pas ça bizarre qu’il en manquait un à leur réunion ? », interroge l’enseignante en évoquant la conférence de rédaction de l’hebdomadaire satirique. « C’est un business, un coup d’Etat pour supprimer la religion musulmane », ajoute-t-elle, « ils ont eu le temps de monter un sketch ». Elle explique à ses élèves que les prophètes « ont été salis par les représentations de vieux hommes moches avec du bide », et se fait prosélyte pour expliquer que « la religion musulmane autorise de tuer pour défendre [sa] religion ».

Convoquée jeudi après-midi par la direction du centre de formation professionnelle. Madame M. a nié avoir tenu de tels propos, avant d’apprendre qu’elle était enregistrée et de se voir mise à pied. « Je suis formel, j’ai reconnu la voix de madame M., ses intonations, sa diction, comme celles des élèves, assure Yann Dubosc, le secrétaire général de l’établissement. M. Toulmet et moi avons préféré prendre nos responsabilités avant même que notre conseil de discipline ne tranche l’affaire et que, le cas échéant, la justice s’en occupe. »

L’enseignante, fonctionnaire à statut spécifique, risque la radiation. Saisi par la famille de l’élève, le rectorat n’a pas encore contacté l’établissement, mais le président du campus, M. Toulmet, a d’ores et déjà été convoqué au commissariat.

Madame M. s’est insurgée : « Cette mise à pied, au vu de ce que je suis, c’est honteux. Je ne vais jamais à la mosquée, je ne sais même pas faire la prière. Ce sont les élèves qui ont engagé le débat. Je n’ai tenu aucun propos déplacé. Ceux qui ont été reproduits, dont je n’ai pas eu connaissance, ont été sortis de leur contexte. »

Mercredi soir, les identités des trois suspects étaient connues des forces de l’ordre. Il s’agirait de trois hommes âgés de 18, 32 et 34 ans. Les deux trentenaires, de nationalité française, sont des frères nés dans le 10e arrondissement de Paris. Ils se prénomment Saïd et Chérif K.. La nationalité du plus jeune, Mourad H, SDF, n’est pas encore connue. On sait en revanche qu’il était inscrit l’an dernier en Terminale S dans un lycée de Charleville-Mézieres, dans l’académie de Reims (Champagne-Ardennes). Le journal local, L’Union en Ardennais, indiquait justement en fin d’après-midi que l’enquête s’orientait vers Reims.

Des perquisitions y sont menées, et les forces spéciales du RAID ont été envoyées là-bas. Le quartier Croix-Rouge a été totalement bouclé et des hélicoptères de la police survolent la zone.

les frères K. ont  » un profil de petits voyous qui se sont radicalisés « . Le plus jeune des deux, Cherif, avait écopé en 2008 de trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, pour avoir participé à une filière d’acheminement de djihadistes français vers l’Irak. La  » filière des buttes Chaumont  » avait été démantelée trois ans auparavant. Elle était composée d’une dizaine de jeunes parisiens qui, pour certains, avaient reconnu en garde à vue avoir fomenté des projets d’attentats. Cherif K, à l’époque livreur de pizza, avait été interpellé alors qu’il s’apprêtait à partir faire le djihad. On l’appelait Abou Issen. Depuis, les deux frères avaient tout fait pour se faire oublier des services de renseignement. Ils étaient allés se mettre au vert dans la région de Reims.

À l’époque, Chérif K se justifiait devant la présidente du tribunal en ces termes : « Plus le départ approchait, plus je voulais revenir en arrière. Mais si je me dégonflais, je risquais de passer pour un lâche ». Il avait été condamné à trois ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis. Cet homme est marié, il a aussi vécu à Gennevilliers. Sa compagne, animatrice en crèche, avait revendiqué le port du voile intégral depuis son pèlerinage à La Mecque en 2008. Elle aurait bien voulu intégrer Babyloup.

Chérif K a connu une partie de ses complices au collège. A l’époque, il est considéré comme le plus violent et le plus impulsif de tous. Ses camarades lui attribuent déjà des projets d’attentats terroristes contre des commerces juifs à Paris. Le Rectorat ne remarque rien, le collège non plus. Avec ses copains, il commet des larcins dans le quartier des Buttes-Chaumont, dans le 19e : vols, drogue, petits trafics. La routine de l’impunité. Un jeune en danger comme dit l’ordonnance. Son attrait pour le « djihad » apparaît en 2003, lorsqu’il commence à fréquenter la mosquée Adda’wa, à Stalingrad. Cheveux mi-longs, carrure athlétique, mâchoire carrée, Chérif K admet à la barre, en 2008, avoir été « un délinquant ». « Mais après j’avais la pêche, je calculais même pas que je pouvais mourir. »

A la mosquée où s’enseigne l’amour et la tolérance, il rencontre le futur chef de la filière irakienne, Farid Benyettou. A peine plus âgé que lui, le jeune homme se vante d’une connaissance approfondie de l’islam et joue les prédicateurs à la sortie de la prière. Avec lui, les jeunes gens suivent des cours de religion, à leur domicile et dans un foyer du quartier. Certains s’y rendent presque tous les jours et coupent, peu à peu, les ponts avec leurs familles. Leur mode de vie change radicalement. Ils arrêtent de fumer, cessent les trafics, visionnent des vidéos pornographiques sur le djihad. Les images de l’intervention américaine et britannique, en mars 2003, en Irak, les fascinent. « C’est tout ce que j’ai vu à la télé, les tortures de la prison d’Abou Ghraib, tout ça, qui m’a motivé », ou plutôt excité raconte, lors du procès de 2008, l’un des proches de Chérif K qui s’est engagé pour que justice soit faite.

Farid Benyettou, né le 10 mai 1981 (ça ne s’invente pas) l’ex-« émir » de la « filière des Buttes-Chaumont » qui a formé les frères blatringues à l’islam radical de pacotille, occupe depuis le mois de décembre 2014 un poste d’infirmier stagiaire dans le service des urgences de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, l’un des principaux centres hospitaliers ayant accueilli les victimes du massacre.

En 2005, il est mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », avant d’être condamné -en compagnie de Chérif K – à six ans de prison en 2008 par le tribunal de Paris. Sorti de prison en 2011, Farid Benyettou s’inscrit l’année suivante à une formation au sein de l’Institut de formation des soins infirmiers (Ifsi), avant d’intégrer au début du mois dernier le service des urgences de la Pitié-Salpêtrière. Selon plusieurs témoignages recueillis auprès du corps médical qui décrivent « un élève studieux et discret », les événements tragiques de ces derniers jours ont crispé le climat dans l’hôpital. A tel point que l’encadrement a pris soin de retirer mercredi soir le planning du service où apparaissait l’emploi du temps du jeune homme, avant de le réafficher en ayant préalablement rayé au crayon ses journées de travail.

Selon ce document, Farid Benyettou ne travaillait pas mercredi et jeudi, mais devait être présent la nuit de vendredi à samedi ainsi que les deux suivantes. « On ne peut pas imaginer que cet homme — que tout le monde présente comme l’un des principaux mentors des frères K — aurait pu accueillir les victimes de ses anciens protégés », s’émeut un médecin de l’hôpital. « Et je ne peux imaginer que la direction de l’AP-HP et celle de l’hôpital n’étaient pas au courant de son passé », ajoute-t-il.

Mais, parmi ses collègues, la stupéfaction est immense, eux qui mettent en avant le règlement lié à l’emploi d’infirmier. « Selon les règles du ministère de la Santé, on ne peut pas prétendre à un poste d’infirmier avec un casier judiciaire chargé. On nous demande d’en produire un vierge dès la première année », s’insurge un collègue d’un service voisin qui n’a pas compris qu’en République française que la préférence racailleuse est semble t-il une procédure ordinaire. Selon nos informations, Benyettou ne l’aurait pas produit. Si le ministère de la Santé, qui émet pourtant les diplômes, s’est dessaisi de nos questions en nous dirigeant vers l’AP-HP, la direction des hôpitaux de Paris se justifie. « La situation de cet élève infirmier est régulière et elle est connue, depuis le début de sa scolarité, tant par la direction de l’école où il est scolarisé que des services de police », précise l’AP-HP.

« Les événements dramatiques de cette semaine nous ont conduits à prendre l’initiative, en liaison avec les autorités de police, de ne pas le maintenir dans le planning du service où il terminait son dernier stage. Une condamnation portée sur le casier judiciaire interdit d’être recruté sur un emploi public, mais sans interdire de passer le diplôme, qui peut être valorisé dans d’autres lieux d’exercice que les établissements publics. »

Lors de l’année et demie qu’il passe en prison, de janvier 2005 à octobre 2006, à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), Chérif K fait la connaissance de celui qui deviendra son nouveau mentor : Djamel Beghal. Cet homme, qui se fait appeler Abou Hamza, purge une peine de dix ans de prison pour un projet d’attentat fomenté, en 2001, contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris.

A sa sortie de prison, en 2006, Chérif K travaille à la poissonnerie du magasin Leclerc de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Selon les policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT), il conserve alors des liens avec certains de ses anciens complices des Buttes-Chaumont. Il aurait participé, selon la SDAT, à la préparation de l’évasion d’une autre figure de l’islam radical, Smaïn Ait Ali Belkacem, condamné, en novembre 2002, à une peine de prison à perpétuité pour sa participation à l’attentat de la station RER Musée-d’Orsay, en octobre 1995.

Incarcéré de nouveau en mai 2010 sur la base de ces soupçons, Chérif K est libéré le 11 octobre de la même année. Faute de preuves suffisantes, le parquet de Paris requiert un non-lieu le 26 juillet 2013, et ce « en dépit de son ancrage avéré dans un islam radical, de son intérêt démontré pour les thèses défendant la légitimité du djihad armé », note le réquisitoire qui le laisse tout de même en liberté. Un magistrat se souvient de ce dossier. « A l’époque, nous ne pouvions pas deviner sa dangerosité. On n’allait tout de même pas le condamner pour avoir joué au foot… » avec un fusil d’assaut. Et puis le foot c’est l’école de la vie, on y apprend tellement.

Lors de ses onze auditions en mai 2010 par les policiers, Chérif K s’est montré obstinément mutique. « L’intéressé garde le silence et fixe le sol », ont noté jusqu’à l’agacement les enquêteurs de la SDAT. « Avez-vous conscience que votre refus à tout dialogue avec nous, y compris sur les choses les plus anodines, le refus d’effectuer une page d’écriture, le refus de regarder les photos qui vous sont présentées, le refus de vous alimenter, relève d’un comportement typique et habituellement constaté chez les individus fortement endoctrinés et appartenant à une organisation structurée ayant bénéficié de consignes à suivre durant une garde à vue ? », ont fait remarquer les policiers au futur auteur du massacre de Charlie Hebdo.

Les archives informatiques de Kouachi, elles, ont été plus bavardes. De nombreux textes – la plupart anonymes –, découverts dans son ordinateur ou sur des clés USB, témoignent d’un enrôlement djihadiste structuré. Il s’agit la plupart du temps de textes sur des opérations martyres et la conduite à tenir. Tous ont été téléchargés en 2009.

L’un d’entre eux, baptisé Opérations sacrifices, décrit le modus operandi suivant « Un moudjahid entre par effraction dans la caserne de l’ennemi ou une zone de groupement et tire à bout portant sans avoir préparé un plan de fuite ni avoir pensé à la fuite. L’objectif est de tuer le plus d’ennemis possibles. L’auteur mourra très probablement […] Le mot “attentat-suicide” que certains utilisent n’est pas exact. Ce sont les juifs qui ont choisi ce mot pour dissuader les gens d’y recourir (…). Quant aux effets de ces opérations sur l’ennemi, nous avons constaté au cours de notre expérience qu’aucune autre technique ne produisait autant d’effroi et n’ébranlait autant l’esprit. »

Un autre texte, intitulé Le Prophète de la Terreur, commence par ces mots : « Je suis venu vous apporter le carnage […] Le Coran parle de se préparer le plus que l’on peut à terroriser l’ennemi. » Mieux encore : « horrifier l’ennemi ».

Un ouvrage de l’imam salafiste jordanien Abou Mohamed al-Maqdisi développe quant à lui des « séries de conseils sur la sécurité et la prévention » à l’attention des militants radicaux. Exemple : « Il n’est pas indispensable dans la plupart des circonstances, pour un financeur, de savoir quand et où l’opération aura lieu, ni par quelles mains. De même, pour ceux qui vont exécuter le stade final de l’opération (c’est-à-dire le pirate de l’air, le kidnappeur, celui qui se sacrifie, l’assassin, etc.), il n’est pas indispensable pour eux de savoir qui finance la cellule ou le groupe. »

Un long texte intitulé Déviances et incohérences chez les prêcheurs de la décadence évoque la fatwa « pleinement justifiée » contre l’écrivain Salman Rushdie –« Qu’Allah le maudisse ! », est-il précisé –, ou le Français Michel Houellebecq, désigné comme une « loque humaine », qui « se permet dans un de ses torchons de dire que la religion la plus con, c’est l’islam ». Le texte s’en prend aussi aux « scribouilleurs malhonnêtes » et assure que « dans les sociétés mécréantes, le péché est la norme et le blasphème un divertissement sadique ».

Chérif K est photographié dans le Cantal, à Murat, du 9 au 16 avril 2010, en compagnie de son mentor, qui est assigné à résidence. Le 11 avril 2010 au matin, ils sont rejoints par deux hommes qui ont déjà été condamnés pour des faits de terrorisme, Ahmed Laidouni et Farid Melouk. Les quatre hommes se rendent à pied sur le terrain de football de la ville, où durant deux heures, ils font du sport et se promènent dans la campagne.

Sur une écoute téléphonique datée du 14 avril 2010, Chérif K se félicite de ce séjour. « Non franchement, on est partis faire du sport, wallah c’était trop bien. » Un enthousiasme que ne partage pas son mentor. Un mois plus tôt, le 12 mars 2010, sur une autre écoute, Djamel Beghal met en garde un complice à propos de « Chérif » : « Fais pas confiance, il faisait pas à manger au Habs [prison en arabe]. » On dirait les YMCA font le djihad. Toujours ce petit côté pédaleux en vadrouille.

Depuis sa résidence surveillée du Cantal, Djamel Beghal supervisait les préparatifs de l’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem, note le parquet dans un réquisitoire définitif du 26 juillet 2013. Dans ce même dossier, l’aîné des K, Saïd, apparaît également en périphérie. Sans plus d’éléments le concernant, les policiers ne poursuivent pas les investigations. Un djihadiste, ça va, on connaît la suite.

Dans cette affaire, les policiers confirment cependant « l’ancrage radical » de Chérif K grâce aux perquisitions menées à son domicile de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Au milieu d’images pornographiques (gays ?), voisinent des ouvrages tels que « Déviances et incohérences chez les prêcheurs de la décadence », un livre qui dénonce l’existence d’un islam démocratique. Les policiers ont aussi mis la main sur Les savants du Sultan, Paroles de nos prédécesseurs, qui stigmatise les compromis des religieux avec le pouvoir et sur d’autres écrits justifiant le djihad et le martyre et rendant obligatoire le « djihad défensif ».

Dans le groupe Beghal, qui préparait l’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem, figurait un bourreau du nom de Salim Benghalem. Il est présenté aujourd’hui par les Etats-Unis comme l’un des principaux exécuteurs de l’Etat islamique en Syrie, et il a été inscrit, fin septembre 2014, sur la liste noire du département d’Etat américain aux côtés de neuf autres djihadistes présumés dangereux.

En décembre 2013, huit membres du groupe de Chérif K et Amédy C, le futur tueur de Montrouge et de la porte de Vincennes, avaient écopé de peines allant de un à douze ans de prison. Un seul a fait appel : la figure centrale du réseau, Djamel Beghal, condamné en 2005 pour avoir nourri quatre ans plus tôt un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris. Il avait été écroué puis assigné à résidence dans le Cantal. En décembre dernier, la peine de Beghal dans l’affaire des projets d’évasion avait été confirmée par la cour d’appel de Paris. C’était il y a à peine plus d’un mois.  « Pas de preuves, et seules les convictions religieuses sont condamnées », s’était alors plaint Beghal sur son blog. Six membres de ce groupe – dont quatre avaient purgé leurs peines – étaient en liberté à la veille de l’attentat contre Charlie Hebdo. Un proche de Chérif K et d’Amédy C, un certain Teddy Valcy, alias “Djamil” (condamné à 9 ans en 2013), avait été arrêté en possession d’une kalachnikov, avec un chargeur engagé contenant vingt-deux cartouches. « Cette arme m’appartient et je n’aurais pas hésité à l’utiliser contre vous si j’en avais eu le temps », avait-il déclaré aux policiers au moment de son interpellation.

Lorsqu’il purgeait une peine de prison à Fresnes (Val-de marne), décidément Taubira a raison, la prison c’est pas la solution, pour « tentative de meurtre », en 2008, Salim Benghalem s’était lié d’amitié virile, selon la police antiterroriste française, avec l’un des membres de la filière irakienne des Buttes-Chaumont dont il partageait la cellule. Une relation qu’il a étendue, à sa sortie de prison, avec d’autres piliers de cette filière, dont Thamer Bouchnak.

L’influence de cette filière irakienne du 19e arrondissement de Paris a, enfin, été décelée en Tunisie après l’assassinat, les 6 février et 25 juillet 2013, de deux opposants politiques, Chokri Belaïd et le député Mohamed Brahmi. Ces deux meurtres, qui ont plongé la Tunisie dans une crise profonde, ont été revendiqués par des membres d’Ansar Al-Charia, un groupe salafiste radical créé en mai 2011 ayant fait allégeance à l’Etat islamique.

Le meurtre de ces deux opposants a été revendiqué, le 17 décembre 2014, par un proche de Chérif K, un Franco-Tunisien nommé Boubaker Al-Hakim et connu sous le nom de « Abou Mouqatel ». « Nous allons revenir et tuer plusieurs d’entre vous. Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n’appliquera pas la loi islamique », assure t-il alors. Selon le ministère de l’intérieur tunisien, l’intéressé est « un élément terroriste parmi les plus dangereux, objet de recherches au niveau international », déjà recherché pour trafic d’armes en Tunisie.

Boubaker Al-Hakim est considéré comme un exemple par « ses frères d’armes ». Il est l’un de deux fondateurs des filières irakiennes des « Buttes-Chaumont ». Présent en Irak dès 2002, il a, selon ses propres dires en garde à vue, séjourné à quatre reprises en Irak avant d’être condamné dans ce dossier. Au procès de la filière du 19e, en 2008, il était le seul détenu. C’est sur lui que pesaient les charges les plus lourdes.

De Saïd K, on sait qu’il fut emploi jeune auprès de la mairie de Paris, chargé du tri sélectif. Il y étrenne son tapis de prières, ne serre jamais la main des mécréantes, prie dans les ateliers. On le déplace, il continue. En 2009, son contrat prend fin. Il s’installe à Reims. Il effectue un stage touristique au Yemen, en 2011, dans les camps d’Al Qaida. Selon la chaîne de télévision américaine NBC News, les deux branleurs étaient placés sur la liste des terroristes aux Etats-Unis et étaient interdits de vol vers ce pays.

Tout est parti d’une première information des services de renseignements américains datant d’octobre 2011, selon laquelle un membre d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), mouvement terroriste rapatrié au Yémen depuis 2006, est entré informatiquement en relation avec une personne située dans un cyber-café de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). C’est-à-dire non loin du domicile de Chérif K, qui réside au 17 de la rue Basly. Il n’y a alors – et à ce jour non plus – aucune certitude sur le fait que Chérif K ait été le correspondant français d’AQPA repéré par les États-Unis, même s’il est tentant de le penser.

Un mois plus tard, en novembre 2011, les services américains transmettent à leurs homologues français de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue depuis DGSI) une nouvelle information stipulant cette fois que Saïd K s’est rendu à l’étranger, entre les 25 juillet et 15 août 2011, en compagnie d’une seconde personne. Les Américains sont formels dans leur note de transmission sur un séjour des intéressés dans le sultanat d’Oman et évoquent une suspicion d’un passage clandestin au Yémen. « Ces renseignements n’étaient alors corroborés ni par des sources humaines ou techniques », nuance aujourd’hui une source proche de l’enquête concernant le Yémen.

À partir de décembre 2011, Chérif K est l’objet de filatures et d’écoutes téléphoniques. Elles dureront jusqu’au mois de décembre 2013. Les services secrets français découvrent un homme qui, s’il continue de frayer avec certaines connaissances bien ancrées dans des groupes radicaux, semble petit à petit s’éloigner de la mouvance terroriste. Du moins, en façade. Chérif K paraît alors plutôt se reconvertir dans une délinquance beaucoup moins dangereuse, à savoir un business de contrefaçon de vêtements et de chaussures avec la Chine. Il en parle imprudemment au téléphone, bien qu’il s’inquiète d’être pisté par les douanes. Mais pas par l’anti-terrorisme, qui enregistre tout.

Il est certain que, des deux frères K, Saïd apparaît aujourd’hui comme le plus dissimulateur. Et depuis longtemps. Alors que c’est lui qui avait introduit son frère auprès de l’entourage du prédicateur Farid Benyettou, figure centrale de la filière irakienne des Buttes-Chaumont de 2005, il dit à l’époque lors d’une audition condamner la dérive de Chérif, se rappelle une source judiciaire.

Pendant ce temps, Hayat B, la compagne d’Amédy le tueur de Montrouge et celle de Chérif K s’appellent, 500 fois selon le procureur François Molins.

Dans l’après-midi, un hashtag sur twitter est très vite apparu, proclamant que l’État islamique faisait le takbir (terme désignant en arabe la phrase « Allah est grand ») dans le centre de Paris. Sous ce hashtag, de nombreux « posts » sur le réseau social twitter faisaient référence aux caricatures de Charlie Hebdo et à l’attentat :

En septembre dernier, pour la première fois, l’État islamique a menacé directement la France pour sa participation à la coalition contre l’organisation djihadiste en Irak. « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière », a déclaré Abou Mohammed al-Adnani, le porte-parole de l’EI.

Les djihadistes français n’ont pas attendu la proclamation de l’EI pour évoquer la possibilité de frapper des civils français. Principales cibles citées sur les forums  : les personnalités islamophobes et les anti-religieux s’attaquant à l’islam. Charlie Hebdo et Charb constituaient pour eux une cible prioritaire. L’hypothèse d’une « conjonction » d’intérêts entre un groupe de militants djihadistes français formés en Syrie ou en Irak et l’État islamique n’est donc pas à exclure.

Le chef du MI5, le service de renseignement intérieur britannique, a déclaré qu’un groupe islamiste extrémiste se trouvant en Syrie projetait «des attentats de grande ampleur» en Occident. Parlant à Londres au lendemain de l’attentat meurtrier commis à Paris, Andrew Parker, directeur général du MI5, a évoqué le risque d’attaques qui pourraient être commises par des combattants revenant de Syrie. «Nous savons par exemple qu’un groupe de terroristes fanatiques d’Al-Qaïda en Syrie projette des attentats de grande ampleur contre l’Occident», a-t-il dit.

Huit heures après le massacre, le Raid s’est déployé dans la ville de Reims et a commencé une opération d’envergure. Les policiers « vont partir en opération. Ou, prévenus par la police et les réseaux sociaux, ils (les suspects) sont partis, ou ça va rafaler », a déclaré un officier du Raid à l’AFP, appelant les journalistes présents à la « plus grande prudence ».

Le plus jeune des suspects, Mourad H, dont le nom circulait sur les réseaux sociaux, s’est présenté volontairement mais contre son plein gré dans la nuit au commissariat de police de Charleville-Mézières, « pour s’expliquer », selon le parquet de Paris.

L’enquête sur la fusillade qui a coûté la vie à une policière de 26 ans, jeudi matin à Montrouge, progresse à grand pas. Selon des informations de France 2, l’auteur présumé de la fusillade, identifié par la police, « connaissait » les frères baltringues et était lié à la filière djihadiste des Buttes-Chaumont. Les enquêteurs ont par ailleurs interpellé deux nouveaux suspects vendredi vers quatre heures du matin, à Grigny, dans l’Essonne. Ces opérations qui ont eu lieu dans le quartier réputé sensible de la Grande Borne, où eurent lieu les incidents les plus importants durant les émeutes de novembre 2005, « concernent le cadre familial de l’individu recherché », a précisé le maire de Grigny, Philippe Rio. Le ministre de l’intérieur s’est contenté de déclarer, vendredi matin lors d’une conférence de presse, que l’enquête « avance (…) avec des éléments importants qui ont été récupérés par les services de la préfecture de Paris notamment ». Il s’agirait des parents du principal suspect. Lors de la perquisition, les enquêteurs auraient mis la main sur des éléments de propagande islamiste, confirmant la piste suivie. Ils n’avaient pas encore dit que ce type là, ils le connaissaient bien mais qu’ils  l’avaient oublié.

L’homme était au moment des faits porteur d’un gilet pare-balles, d’une arme de poing et d’un fusil-mitrailleur. Il s’est enfui à bord d’une Clio qui a été retrouvée à Arcueil (Val-de-Marne) et sa trace a été perdue « dans le quartier de La Défense ».

Une opération policière était en cours, vendredi matin, autour d’une petite entreprise de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, l’imprimerie Création tendance découverte dans la zone d’activité du Prés-Boucher, non loin de l’aéroport Charles-de-Gaulle, où les frères baltringues, sont retranchés et ont pris une personne en otage, selon le député de Seine-et-Marne, présent au PC sur place, l’UMP Yves Albarello.

Une semaine plus tard, on apprenait qu’une vingtaine de salariés de l’Aldi de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) allaient devoir rattraper des heures de travail qu’ils n’ont pu effectuer, le vendredi 9 janvier, en raison de l’assaut donné contre les frères K, retranchés ce jour-là dans un entrepôt à proximité. Confinés dans leur entreprise depuis le début de la journée, les salariés d’Aldi Marché avaient été évacués par les forces de l’ordre vers 16h20, une demi-heure avant l’assaut donné contre les deux auteurs présumés de l’attentat meurtrier perpétré à Charlie Hebdo. Ces salariés n’avaient donc pas effectué complètement leurs sept heures de travail quotidiennes. Un véritable dol pour la direction, aussi les heures non travaillées leur furent décomptées car ils n’avaient pas respecté leur contrat. De même, ceux qui n’avaient pu accéder à l’entreprise le matin du fait des barrages routiers allaient ajouter une journée de rattrapage à leur emploi du temps, si possible le dimanche car travailler le dimanche selon l’avis des français est une véritable avancée sociale. Face à l’émoi des représentants du personnel, la direction d’Aldi Marché, assume pleinement sa décision pluisqu’elle ne craint aucune représaille. Elle assure, magnanime, qu' »aucune réduction de salaire n’est envisagée ».

Un ami des frères baltringues, Amedy dit le tueur de Montrouge, aurait pris en otage deux personnes dans une épicerie casher de la porte de Vincennes. Il y aurait un blessé. On comptera quatre morts parmi les clients. Le caractère antisémite de l’acte, à l’instar de l’exécution d’Elsa Cayat ne fut pas avéré avant que François Hollande ne le trouve atrocement antisémite et qu’il se coiffe d’une kippa. Il serait secondé par une djihadiste, féminisme oblige, Hayat B dit la présidente. D’ailleurs il s’est rendu sur les lieux avec une voiture immatriculée au nom de sa compagne.

Amedy le tueur de Montrouge, appelé Doly par ses amis, est un petit branleur converti à l’islamisme radical. Plusieurs fois condamné pour vol aggravé à partir de 2001, alors qu’il est encore mineur, Coulibaly passe en Cour d’assises pour mineur accusé de vol à main armée en 2004 et le tribunal lui signifie une peine de six ans de prison dont il n’accomplira q’une partie réduite selon les modalités ultra-répressives de la loi Perben. L’intérimaire de Manpower a alors 16 délits condamnés à son actif. En sortant, le voici herboriste et il replonge pour un an et demi, en 2006. Il a alors 24 ans.

Un  film fut  diffusé en décembre 2008 sur Le Monde.fr. Il avait donné lieu à un reportage diffusé sur France 2 dans l’émission « Envoyé spécial ». Les deux réalisateurs du documentaire avaient ensuite publié un livre, Reality-taule. Au-delà des barreaux. L’ouvrage est dédié « à ceux qui feront tout pour ne jamais aller en prison et ceux qui feront tout pour ne jamais y retourner ». La dédicace est signée « Hugo et Karim ». Hugo, c’était le pseudonyme qu’avait choisi Amedy C pour ce projet. La vidéo tournée à Fleury-Mérogis avait fait grand bruit tant par sa démarche militante que par ce qu’elle montrait et dénonçait. Le témoignage avait alors contribué à relancer le débat sur les conditions de vie carcérale. Cinq détenus de la maison d’arrêt avaient introduit une caméra à l’intérieur de la prison et avaient filmé pendant des mois pour raconter leur quotidien dans ces cellules surpeuplées, dénoncer les conditions d’hygiène déplorables, montrer les douches aux « murs gluants ». En plein mois de novembre, les détenus dormaient dans des cellules aux vitres cassées. « C’est bientôt Noël, on est là, on caille comme des SDF. Même les SDF dehors, ils sont mieux que nous », témoignait un détenu devant sa fenêtre.

Le projet est porté par le codétenu d’Amedy C, un garçon qui a grandi comme lui dans une des cités de l’Essonne, au sud de Paris. Le preneur d’otages de la porte de Vincennes participait activement au projet, il apparaît même sur la vidéo. A cinq, ils sont parvenus à faire entrer le matériel nécessaire à la prise de vues, à tourner plus de deux heures et demie de rushs en cachant la caméra aux gardiens. Y compris des scènes de bagarres, dont une scène d’une rare violence, où un détenu est passé à tabac et laissé inconscient.

Installateur en audiovisuel électronique de formation, embauché par Coca-Cola à Grigny, Coulibaly semble se ranger, mais dans le djihadisme. En juillet 2009, il est reçu, parmi d’autres jeunes qui se lèvent tôt, par Nicolas Sarkozy, à l’Elysée. Le Parisien lui consacre un sujet. A croire qu’Amédy C  bénéficie de certains soutiens plutôt discrets désormais.

En juin 2010, il est arrêté par les services antiterroristes, soupçonné d’avoir participé à un projet d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des principaux auteurs de la vague d’attentat de 1995 dans le métro et RER parisien pour le compte du Groupe islamique Armé (GIA, algérien), condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour cela et incarcéré à la centrale de Clairvaux. C’est son 3ème séjour en prison. Lors de la perquisition de son domicile en 2010, les enquêteurs retrouveront 240 cartouches de calibre 7,62, une munition de  kalachnikov. Un mot manuscrit trouvé chez un membre de la cellule, adressé à un complice, signale :« On a besoin de deux kalachs, de deux calibres, dix grenades. Essaye de faire au plus vite car on en a besoin. C’est à toi de parler avec le frère qui vend les armes. Mon frère ne connaît rien, alors négocie un prix bas. ». Condamné pour cela, Amédy C était sorti de prison depuis plus d’un an, selon les modalités des lois ultra-répressives de l’ère Sarkozy.

Des écoutes téléphoniques effectuées en mars et avril 2010 sur le portable de « Doly » montrent « sans ambiguïté », selon les enquêteurs, « sa foi radicale » et « l’emprise idéologique » exercée sur lui par Djamel Beghal. L’artificier des attentats de 1995, Smaïn Aït Ali Belkacem, le considère pour sa part comme un militant « fiable et déterminé ». « En plus, il est bien dans la religion, il est en dedans. Il est sérieux dans la religion », jugeait le terroriste islamiste durant une conversation téléphonique interceptée sur un portable utilisé clandestinement en prison où la vie des prisonniers est un enfer journalier.

À cette époque, Chérif K et Amédy C sont déjà les rouages d’un réseau bien rodé.« Djamel Beghal est le chef d’une cellule opérationnelle d’obédience “takfir », résume ainsi un commandant de la SDAT dans un rapport de synthèse du 21 mai 2010. « Fédérés autour de donneurs d’ordres appartenant au mouvement takfir, les membres du réseau terroriste mis au jour par les investigations sont, pour la plupart d’entre eux, des malfaiteurs chevronnés, convertis à l’islam lors de séjours en prison », poursuit le policier, qui évoque « l’élaboration d’un projet terroriste dont le but était de procéder à l’évasion des frères incarcérés et dont la finalité était la commission d’une action de plus grande ampleur ».

Le mystère de ce dossier de 2010 reste la découverte de recettes de poison (du cyanure obtenu à partir de pépins de pomme) dans la cellule de Smaïn Aït Ali Belkacem car la prison est aussi une véritable école de chimie appliquée. L’expert en toxicologie mandaté par la justice avait confirmé, selon le jugement du tribunal de grande instance de Paris, « l’efficience du mode opératoire décrit dans les recettes ainsi que le caractère potentiellement létal du produit obtenu ». « Le plus redoutable serait de contaminer avec ce liquide un réseau d’adduction d’eau ou un circuit de fabrication alimentaire, ce qui pourrait rendre malades un grand nombre d’individus », pouvait-on encore lire dans le texte de jugement.

L’analyse de l’ordinateur portable d’Amédy le tueur fait par ailleurs apparaître des photos de lui posant devant un drapeau noir islamiste ; sur d’autres, on le voit en forêt, armé d’une arbalète, aux côtés de sa femme intégralement voilée. Au milieu de multiples témoignages de foi, les enquêteurs sont également tombés en arrêt devant différents clichés pédopornographiques, qu’ils retrouveront aussi en nombre dans l’ordinateur de Chérif K. Amédy le pédo lui va bien aussi.

Libéré de prison en mars 2014, Amédy C, son bracelet électronique fut retiré en mai. Sans doute pour faciliter sa réinsertion. Dans une vidéo de revendication postée sur Internet après les attentats par un ami, il affirme avoir « beaucoup bougé » depuis la fin de sa détention et « avoir sillonné les mosquées de France, un petit peu, et beaucoup de la région parisienne », jusqu’aux premiers jours de janvier 2015.

« J’étais en terrasse vers 13 heures, j’ai entendu un premier coup de feu, puis deux, trois, quatre », témoigne un client du Bougnat, un café situé face à l’épicerie Hyper Cacher de la porte de Vincennes. « J’ai entendu un homme crier en arabe. » Selon une serveuse du bar, les policiers ont demandé aux clients, une soixantaine de personnes, de se réfugier dans une cour intérieure, car le bar se trouve dans « la ligne de tir ».

Vendredi, vers 17 heures, un double assaut est donné contre les frères baltringues et leurs potes qui s’achève par la liquidation des trois clampins. Le GIGN et le Raid ont-ils épargné Hayat B ? Un des membres de la famille d’Amedy le tueur, l’une de ses neuf soeurs, vivant à Grigny, se dit également «abasourdie»: «Je le connais bien. C’est incroyable. C’est quelqu’un de bien. Il a fait des bêtises bien sûr mais un truc pareil, non, je ne peux pas le croire.»

Cette connasse nous expliquera combien d’otages sont morts du fait de son frère qui fait des petites bêtises, sept, huit plus la policière municipale de Montrouge ?

Les quatre otages tués, âgées de 20 à 63 ans, ont pour nom Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada.

Lundi 12 janvier, la chaîne britannique BBC diffuse des images de caméra surveillance montrant Hayat Boumeddiene qui ont été remises par la police à une chaîne Turkich TV. Elles montrent la compagne d’Amedy C, qui fait l’objet d’un avis de recherche, passant les contrôles d’identité à l’aéroport Sabiha Gokcen d’Istanbul, vêtue d’un foulard blanc et accompagnée d’un homme qui serait – selon le commentaire du journaliste – d’origine nord-africaine. Les passeports font l’objet d’un contrôle de 17 secondes, ce qui est « rapide », observe le journaliste. Selon lui, Hayat Boumeddiene aurait séjourné quelques jours dans le quartier Kadikoy, côté asiatique, avant de passer la frontière syrienne le 8 janvier à Akçakale. Des contrôles seraient en cours dans l’hôtel où la femme aurait résidé dans la ville turque. Selon un journal turc cité par la BBC, Hayat Boumeddiene aurait été traqué dans la ville de Tal Abyad, en Syrie. L’information n’a toutefois pas été confirmée.

La chaîne de télévision Habertürk a diffusé lundi des images de surveillance de l’aéroport Sabiha-Gökçen montrant Hayat Boumeddiene. On y voit, à ses côtés, un homme, portant un sac à dos et arborant une fine barbe et des cheveux longs attachés. D’après des informations concordantes, il s’agirait de Mehdi Belhoucine, un ressortissant français âgé de 23 ans. Un nom connu des services de renseignement français.

Le 11 juillet 2014, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné son frère aîné à deux ans de prison, dont un avec sursis, pour sa participation à une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. Après avoir grandi à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Mohamed Belhoucine suivait des études d’ingénieur à l’école des mines d’Albi. Il avait mis en ligne des films de propagande djihadiste, produits notamment par As-Sahab, l’organe médiatique d’Al-Qaida. Le réquisitoire définitif du parquet de Paris, en date du 21 février 2014, soulignait « la profondeur de ses convictions djihadistes et son rôle de relais de la propagande djihadiste sur Internet. »

Afin de protéger la cavale de Hayat Boumeddiene, Mehdi Belhoucine a pu bénéficier des relations d’un proche de son frère, Zahir Chouket, lui-même en fuite en Tunisie. Le réquisitoire du 21 février 2014 présente Chouket comme ayant eu « un rôle de facilitateur en Turquie, où il disposait de contacts susceptibles d’héberger [des djihadistes] à Istanbul. »

Dans la vidéo publiée après sa mort, Amedy C a assuré avoir écumé les mosquées franciliennes depuis neuf mois – or les Belhoucine et leurs complices étaient des adeptes de la mosquée Omar, située à proximité de la rue Jean-Pierre-Timbaud (11e arrondissement de Paris) (Sur la mosquée Jean-Pierre Timbaud). En 2009, Mohamed Belhoucine en Grèce et un complice à Fès au Maroc, se retrouvent dans des lieux fréquentés par le couple Coulibaly-Boumeddiene à la même époque. Ce qui expliquerait la liaison personnelle entre les dihadistes en question.

Ce sont deux anciens agents municipaux de la mairie d’Aulnay-sous-Bois. De 2011 à 2012 et en cumulant des contrats à durée limitée, Mehdi Belhoucine s’occupait d’animation périscolaire, en intervenant notamment au club de loisirs de la ville. Il avait par ailleurs décroché des missions pour s’occuper des espaces verts. Détenteur d’un master en science et technologie niveau 1, Mohamed Belhoucine a, quant à lui, été embauché au travers de divers contrats de 2010 à 2014 et a travaillé dans les centres de loisirs de la ville. Il s’occupait également de l’aide aux devoirs. Pourtant, dès 2010, il avait été inquiété par les services de police qui avaient repéré ses activités en rapport avec la filière d’acheminement pakistano-afghane. Quelques années plus tôt, en effet, Mohamed Belhoucine s’était mué en cyberdjihadiste, lors de son passage à l’École des mines d’Albi, entre 2006 et 2009. Mal intégré et cumulant de faibles résultats, il s’était tourné vers les forums, se nourrissant de littérature relative à l’islam radical sur le Net. Il s’était alors investi d’une mission: traduire en français et poster, sur le site de vidéos en ligne Dailymotion, des films de propagande djihadiste, produits par As Sabab, organe médiatique du réseau al-Qaida.

La police judiciaire retrouvera dans un appartement de Gentilly, dans le Val-de-Marne, des armes, des détonateurs et des papiers appartenant à Amedy C. Les enquêteurs étaient en perquisition quand ils ont récupéré des pistolets automatiques, des détonateurs mais aussi des papiers d’identité, des cartes bancaires et des téléphones lui appartenant. Il ne reste plus qu’à retrouver ceux qui les lui ont fournis.

L’imam Rachid Mouy, de la mosquée de Gennevilliers, débute son prêche en mentionnant l’attentat sur la rédaction de Charlie Hebdo. Il affirme s’être questionné le matin même sur le fait de devoir en parler : « Je me suis demandé si je devais parler de l’actualité ou si je devais faire comme si de rien n’était. Mais le fait que nous pensions tous à cela et le climat délétère qui règne actuellement à l’encontre de la communauté musulmane nous impose de parler de la tuerie de Paris. » Comme la plupart des responsables associatifs que nous avons questionnés, ce dernier refuse de s’excuser mais tient à rappeler qu’il condamne les attaques « en tant que musulman, mais surtout en tant qu’homme avec un H majuscule, en tant que citoyen ».

Si tous les musulmans qui s’expriment condamnent « les faits inhumains » perpétrés le 7 janvier dernier, ils sont peu à vouloir se rendre à la marche prévue le dimanche 11 janvier à 15 heures en hommage aux victimes. « Si on y va les gens vont se dire que les musulmans s’excusent », déplore Hassan. « Ils attendent tous qu’on s’excuse », déclare Salim, chauffeur de bus à la RATP.« C’est simple, explique-t-il, depuis 24 heures porter une barbe signifie terrorisme. Moi par exemple les gens me regardent vraiment bizarrement quand ils montent dans mon bus. Ça me blesse mais ça on n’en parle pas, on prend sur nous et on fait comme si de rien n’était. ». 

Tandis que les musulmans français défendent leur vanité et entonnent les couplet usuel autour du « nous sommes tous des palestiniens humiliés », le New York Times, citant des sources du renseignement, suggère qe la filière yéménite, plutôt dans le viseur des États-Unis, n’était peut-être pas une priorité pour les Français. Pourtant « la coopération entre la France et les États-Unis en matière de renseignements est une constante entre nos deux pays, expliquait il y a quelques mois un ancien diplomate en poste à Washington. Tout ce qu’un pays apprend sur le ressortissant d’un autre en matière de terrorisme est transmis et vice versa. Ce sont des procédures très rapides et pas du tout bureaucratiques. Nous avons des années de pratique. » Aussi, le New York Times évoque déjà un possible « très grave dysfonctionnement » de la coopération anti-terroriste franco-américaine.

A moins que la DCRI elle-même soit en cause.

En mai 2013, c’est Alexandre D., un jeune homme connu de la Sous-direction de l’information générale (la SDIG, l’un des services de renseignement chargée du suivi de l’islam), qui se jetait sur un militaire à La Défense, blessé à l’arme blanche. Alexandre D. était apparu sur les radars de la SDIG des Yvelines dès 2009 (refus de travailler avec des femmes, voyages à l’étranger, etc). Au point que le service de terrain avait rédigé une note détaillée sur ce converti, jadis petit délinquant désormais en pleine dérive radicale, adressée notamment au bureau de liaison de la DCRI (chargée elle des djihadistes). Dévoilée par Le Monde, cette note révélait par exemple qu’Alexandre D. avait été contrôlé lors de prières de rue en compagnie d’un homme déjà visé par une fiche « S » (sûreté de l’État) en tant que « membre de la mouvance islamiste fondamentaliste ». La DCRI avait dédaigné.

En mai 2014, cette fois, c’est lors d’un « contrôle inopiné » en gare de Marseille que la douane a interpellé Medhi Nemmouche, suspecté d’avoir perpétré la tuerie du musée juif de Bruxelles. Un coup de chance quoi qu’en dise le ministère de l’intérieur, qui considère que le fichage de Mehdi Nemmouche a été « efficace, puisqu’il a permis de neutraliser très rapidement un djihadiste potentiellement dangereux et qui aurait pu frapper en France ». Le radicalisme religieux de Nemmouche avait été signalé aux services de renseignement par l’administration pénitentiaire à sa sortie de prison en décembre 2012 (cinq ans derrière les barreaux pour le braquage d’une supérette). Mais son départ quasi immédiat pour l’étranger (trois semaines après tout de même) lui avait permis d’échapper à toute surveillance.

Il avait ensuite passé plusieurs mois en Syrie dans les rangs de l’État islamique, où il gardait des otages occidentaux (notamment français) et torturait. Il n’avait pu être localisé par les services, ni surveillé. À son retour en Europe, ce sont les douanes allemandes qui l’ont détecté en premier, intriguées par son parcours, en mars 2013. C’est donc grâce au signalement de l’Allemagne que la DGSI lui a finalement collé une fiche « S ». Mais il avait ensuite disparu des écrans radars, jusqu’à son arrestation à Marseille.

Enfin, quatre mois plus tard, nouveau cafouillage. Trois présumés djihadistes français de retour de Syrie (dont un beau-frère de Mohamed Merah), interpellés par les autorités turques et mis dans un avion à destination de la France, ont atterri dans l’Hexagone sans être inquiétés, alors que le ministère de l’intérieur les attendait de pied ferme et avait même annoncé leur arrestation. Faute des bons documents administratifs, les Turcs avaient dû les embarquer sur un autre vol que l’avion initialement prévu. Chahuté, le ministre de la défense avait reconnu une défaillance technique du système Cheops (Circulation hiérarchisée des enregistrements opérationnels de la police sécurisés). « Il y a eu une panne à Marseille, je le sais », a dû opiner Jean-Yves Le Drian. Au passage, il déclarait : « Depuis plusieurs jours, on arrête tous les jours des individus suspectés d’être dans ces filières djihadistes, ils sont arrêtés, mis en garde à vue, judiciarisés. »

« Notre problème, aujourd’hui, c’est qu’on est passé de 100 types à surveiller en 1995 à 1 000 aujourd’hui », explique Gilbert Thiel, juge d’instruction antiterroriste jusqu’à 2014. « Il faut entre 12 et 20 fonctionnaires pour surveiller un type 24 heures sur 24, entre les écoutes et les filatures. Mais après, on découvre son entourage, qu’il faut surveiller aussi, et on arrive à saturation. » Pour Gilbert Thiel, « il faut bien comprendre qu’on ne peut pas embaucher et former 12 000 flics en plus à la DCRI. Donc ils sont obligés de faire des choix, d’établir des priorités. Ils surveillent de près ceux qui risquent de passer à l’acte, et ils font le plus souvent un boulot remarquable […] Je rappelle que les auteurs d’attentats sont rapidement identifiés et logés, on a tendance à l’oublier ».

Une semaine après la série de massacres, le Quai des Orfèvres et la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ont placé en garde à vue une douzaine de personnes soupçonnées d’être en lien avec Amedy Coulibaly et les frères Kouachi. Les suspects animeraient un «réseau de soutien logistique très actif», susceptibles d’avoir notamment fourni des armes, des planques et des véhicules aux terroristes, avant que ces derniers ne se lancent dans leurs équipées sanglantes.

Arrêtés dans la nuit du jeudi 15 janvier sur une petite dizaine de points de la région parisienne, ces logisticiens présumés ont été capturés avec l’appui des policiers d’élite de l’Antigang et du Raid en raison de leur potentielle dangerosité. Les enquêteurs, qui cherchaient depuis près de neuf jours à identifier des complices et à les localiser, pensent avoir fait «carton plein». Ils ont mené l’enquête en faisant de multiples filatures, des écoutes téléphoniques et en travaillant sur des échantillons génétiques retrouvés, notamment dans l’appartement «conspiratif» découvert à Gentilly, et que Doly dit la chèvre, avait loué du 4 au 11 janvier dernier, car il est connu qu’en France on loue pour une semaine.

Plusieurs perquisitions sont menées depuis vendredi matin, à Grigny et à Fleury-Mérogis (Essonne), à Montrouge (Hauts-de-Seine) ainsi qu’à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) où un père de famille avait été tué en 2005 alors qu’il photographiait on ne sait trop quoi.

Parallèlement, une dizaine de perquisitions dans les milieux islamistes ont été effectuées, vendredi 16 janvier, à Berlin. L’opération menée sans incident par « 250 fonctionnaires de la police, parmi lesquels trois commandos d’intervention spéciale » a donné lieu à « des perquisitions dans 11 lieux de la mouvance islamiste berlinoise » et à l’arrestation d’un « ressortissant turc de 41 ans » désigné sous le nom d’Ismet D., a précisé la police.

Ces opérations ont été menées peu de temps après l’intervention de la brigade antiterroriste belge contre un groupe islamiste à Verviers, qui s’est soldée par la mort de deux djihadistes, jeudi après-midi.

Epilogue

Tout commence sur Facebook en avril 2014, sur le canapé de son deux-pièces parisien. Sous le profil de Mélanie, une journaliste reçoit un message d’Abou-Bilel, un djihadiste de 38 ans, basé à Raqqa, le fief de l’EI en Syrie. Dès les premières lignes échangées, il lui demande si elle est musulmane et l’invite à venir le rejoindre. «On dirait un commercial», écrit la journaliste, écœurée. «Pour lui, Mélanie ne représente qu’un profil type. (…) Il ne connaît ni son âge, ni la couleur de ses yeux, ni sa situation familiale» et «ça ne semble pas le déranger». Il lui raconte l’islam «si pur» qu’il a embrassé et pourquoi, elle aussi, doit partir. Très vite, la discussion bascule sur Skype par webcam. Anna Erelle veut faire illusion jusqu’au bout: elle se coiffe d’un hijab, utilise des expressions arabes et rajeunit sa voix. «J’ai aussi adopté un langage de djeun’s avec un peu d’argot et d’arabe», raconte la pigiste au Figaro. «Je faisais délibérément des fautes d’orthographe, il ne s’est jamais douté de rien.»

Peu à peu, la confiance s’installe entre la jeune fille de 20 ans et le terroriste. «Ça a mis du temps car je ne pouvais pas lui poser de questions trop incisives. Autrement, il aurait eu des soupçons.» La journaliste doit rester prudente. Bilel n’est pas n’importe quel terroriste, il s’agit du bras droit d’Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’organisation de l’EI. Sur place, «Bilel avait trois casquettes: il recrutait, récoltait les taxes et gérait des bataillons de combattants. Mais il lui arrivait aussi de tuer de ses propres mains. Il disait qu’il aimait bien couper des têtes, torturer des prisonniers de guerre et leur asséner le coup final», explique la pigiste qui se souvient des photos de têtes coupées que le terroriste lui avait montrées sur son smartphone.

Au fil des semaines, elle apprend que, dans une autre vie, l’homme originaire d’Algérie, s’appelait Rachid et vivait à Roubaix dans le nord de la France. Qu’il a rapidement lâché ses études et commis plusieurs délits. De confession musulmane, il s’est radicalisé au début des années 2000 et a quitté la France pour combattre en Irak contre l’invasion américaine en 2003, raconte la journaliste. Puis, le djihadiste est parti en Afghanistan pour améliorer ses techniques de guérilla, avant de passer au Pakistan et en Libye, au moment de la chute de Kadhafi. En 2013, on le retrouve en Turquie.

De l’autre côté de l’écran, l’homme presse la jeune fille de venir au «Sham» (3) et de servir «la cause de Dieu». Et tous les arguments sont bons pour convaincre la jeune fille: «Mélanie, (…) je sens que tu as une belle âme, et si tu restes au milieu de tous ces kouffar, tu brûleras en enfer.» A chaque appel, le terroriste vante les mérites de l’Etat islamique. «J’avais l’impression d’avoir le gourou d’une secte en face de moi.» Un jour, il demande à Mélanie si elle veut l’épouser. Pour continuer à glaner des informations, la pigiste rentre dans son jeu. L’homme l’inonde de mots d’amour et l’appelle matin, midi et soir. «Au début, il se foutait de Mélanie, mais il a fini par avoir des sentiments pour elle», constate Anna Erelle. Le djihadiste amoureux, la pigiste doit faire bonne figure et continuer à lui faire croire qu’elle va le rejoindre.

Parallèlement, la journaliste en apprend davantage sur l’organisation terroriste. Comme ce jour où Abou-Bilel lui détaille le «cursus normal» d’une nouvelle recrue à son arrivée en Syrie. «Cours de langue le matin, cours de tir l’après-midi», explique le djihadiste. «Au bout de deux semaines, soit tu es suffisamment fort pour combattre et tu rejoins le front. Soit tu te spécialises, comme dans le recrutement ou le contre-espionnage.» Il évoque également d’autres «tâches nobles», comme «la visite des djihadistes blessés dans les hôpitaux, ou la livraison de médicaments aux nécessiteux».

Au bout d’un mois, l’enquête touche à sa fin. La journaliste décide de couper les ponts avec le terroriste et publie son article début mai. «A partir de là, à Raqqa, ils ont compris que je n’étais pas Mélanie», résume Anna Erelle. Et les répercussions sur sa vie personnelle se font vite sentir. «Tous les jours, j’avais le droit à des menaces de mort et à des coups de fil de numéros inconnus», explique-t-elle avant de préciser qu’une fatwa a même été lancée contre elle. Dans une vidéo retrouvée sur le Web, elle découvre son visage accompagné d’un texte en arabe. Les consignes sont claires: «Mes frères à travers le monde, (…) si vous la voyez, (…) tuez-la.» Après ça, «j’ai dû me cacher chez mes parents, puis chez des amis à droite à gauche. J’avais l’impression de vivre comme une clandestine.»

La liste de ceux qu’ils veulent tuer

Geert Wilders: Founder of the Dutch « Party for Freedom »; has been quoted as saying « I don’t hate Muslims, I hate Islam. »

Ayaan Hirsi Ali: Somali-born Dutch activist and politician; has written that « We are at war with Islam, » not just « radical Islam » and it must be defeated; married to British historian Niall Ferguson (though that’s probably not related)

Morris Sadek: Egyptian-American Coptic Christian; he spread the anti-Islam video « Innocence of Muslims » that sparked violent protests in several Muslim countries.

Carsten Juste & Flemming Rose: Editor-in-chief and cultural editors atJyllands-Posten when the paper chose to publish cartoons mocking Mohammed.

Kurt Westergaard: Cartoonist who contributed to the Jyllands-Posten controversy; his turban-as-bomb drawing became the most famous of the cartoons.

Lars Vilks: Dutch cartoonist who published his own Mohammed drawingsmore than a year after the Jyllands-Posten incident.

Molly Norris: American cartoonist who proposed « Everybody Draw Mohammed Day » as a protest against both censorship and the idea that images of Mohtammed should be forbidden.

Stephane Charbonnier: Editor of Charlie Hedbo, a French satirical magazine that has published several mocking images of Mohammed on its cover (and got its office firebombed as a result.)

Terry Jones: Florida preacher who has burned Korans in protest of Islam.

Salman Rushdie: The Satanic Verses, etc.

 

L'assaut est lancé par les forces du Raid.

Libé / Rue 89 / RFI / Le Monde / Le Dauphiné Libéré / Europe 1 / Les Echos / Mediapart/ Metronews/ Le Parisien/ L’Express/ Le Monde/ Le Point/Le Nouvel Observateur / Le Figaro / le JDD/ BAM


Responses

  1. Pour Jean-Luc Mélenchon,
    « il faut répliquer par des comportements d’amour »
    Un amateur de la RATP (Religion d’Amour de Tolérance et de Paix)
    Un autre dialogue bandant :
    « Vous voulez me tuer? ». L’un des deux assaillants s’approche de lui en courant et lui répond « C’est bon chef » avant de lui tirer une balle en pleine tête sans s’arrêter.
    Faire un film sur Valérie Trierweiller, c’est vraiment con !

  2. En effet, René deux choses m’ont frappé. D’une part, ils ont orchestré leur attaque selon un scénario de film hollywoodien (dans le style de Heat). D’autre part, et compte tenu des informations, ils n’ont tué aucune femme. Le message est donc très clair : nous maîtrisons vos codes, nous baiserons vos femmes (je sais la formulation est un peu brute)

  3. « Les deux hommes sortent alors de leur voiture et s’approchent en courant du policier qui lève la main et leur demande : « Vous voulez me tuer? » »

    J’ignorais.
    De mieux en mieux.

  4. Phase suivante?

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/la-tentation-de-l-etat-d-urgence-et-du-patriot-act-en-france_1639149.html

  5. Etablissons une petite comptabilité hypothétique : 2400 djihadistes répertoriés officieusement (les quatre abrutis n’y étaient pas inclus puisqu’ils n’étaient partis ni en Irak, ni en Syrie), nombre qui ne cesse d’augmenter. On pourrait compter 1 départ pour 6 volontaires, ce qui donne 13 à 14 mille candidats au djihad. Pour ce groupe-là, on pourrait compter 6 fois plus de sympathisants, soit cent mille personnes. Enfin la couronne d’idiots utiles et de petites mains qu’on achète ou corrompt, 500-600 mille. Comment fait-on pour assécher le marais ? J’attends.

    • Disons que la solution a quand même bcp à voir avec l’immigration, mis à part quelques Jeremie Louis Sydney et le souchard converti, on a bcp d’Africains subsahariens et de Maghrébins, la fille Boumediene, le Coulibaly, les frères Kouachi, Merah, Kelkal, le « Français » qui a participé ou aidé aux attentats de NY, Sid Ahmed Rezza.

      Suppression du droit du sol et refonte du code de la nationalité, ça fait des années que l’on en parle, notamment sur le blog de Malika Sorel qui s’est arrêtée, fatiguée. On finit par avoir 2 ou plusieurs peuples sur le même territoire, situation de guerre. Alors les développements récents ne sont pas surprenants, marquant émotionnellement mais pas surprenants.

      • Je ne suis pas d’accord avec vous Daredevil mais je comprends votre raisonnement. A mon avis, il faut prendre l’offensive et porter la discorde chez l’ennemi comme disait de Gaulle. Les musulmans sont nos voisins et ils le resteront, certains vivront ici et il s’agit donc de ne plus laisser l’islam français entre les mains d’abrutis et de promouvoir à l’extérieur des relations qui ne font plus l’impasse sur la question religieuse et guerrière (qui finance qui et comment, pour être clair ; l’autre question c’est où attaquer ? Qui flinguer ?, le coup des islamistes qui libèrent la Libye et la Syrie doit être médité) ; certains français musulmans doivent d’ores et déjà être considérés comme des traîtres, soit on les fusille, soit on les place en état de mort civile, quant aux incivilités et autres délits, il suffirait d’appliquer les peines et en amont de réfléchir aux dispositifs qui concernent les familles défaillantes en matière d’éducation (là, on sort très largement du cadre des seules familles musulmanes).
        Sinon, ce matin, dans l’émission Répliques de Finkielkraut, il y avait un débat entre Duhamel et Zemmour, il me semble Daredevil que vous êtes d’accord avec l’analyse du second

  6. Il y a une solution connue depuis les bons agriculteurs depuis des millénaires; quand vous avez des frelons dans votre maison, ne perdez pas de temps à essayer de les détruire: allez plutôt détruire les nids à l’extérieur.
    ( mon grand père appliquait cette technique avec succès..)

  7. ça m’a l’air d’être une bonne méthode.

  8. Ami mouloud, après l’épreuve, le havre !
    Après la tempête, le port ! ( en angliche « zi arbour »-moi l’fion-)
    Et comme toute religion qui se respecte et se transmet, son pardon, son pèlerinage, ses martyrs !
    On va d’abord célébrer en égrenant le chapelet republicon ( » Padamalgam Padamalgam tolérance tolérance l’amour plus fort que la haine mort au front ne nous soumet pas à la tentation délivre nous du monophtalme Padamalgam Padamalgam « ) et en tournant en rond à la bastoche, le martyre lumineux de nos papiers crayons octogénaires
    Pas sûr qu’on en ai fait autant pour miege de minute….
    Au moins, ils seront pas rattrapés par la sénilité en maison de retraite ( plus communément appelé » pourrissoir « )
    Si j’étais couillu, j’organiserai des tours operators ciblés » religion republiconne  »
    Ses hauts lieux
    Ses figures
    Ses parcours
    Ses martyrs

    Rien qu’à Paris, y a de quoi tenir une semaine
    Et avoir mal aux pieds après

  9. Tiens dans le martyrologue chrétien, se souvient on du nom des bourreaux ?
    Étude intéressante à mener

    • Ça va le moral, Kobus ?
      Pas d’inquiétude, ce n’est qu’un début.
      Une solution, offrir à nos « chances pour la France » un job super :
      footballeur, chanteur de rap, ….
      Sinon, l’angoisse les saisit et alors ….

      • Mais ça va très bien, René, merci mille fois
        La religion republiconne me flanque la même gerbe que les autres
        Peut être plus, d’ailleurs
        Ne croyant en strictement rien ( sauf cette réponse que je fais parfois lorsqu’on me dit « mais à quoi croive tu donc, Jakob ? » « je crois, Sganarelle, que deux et deux sont quatre et que quatre et quatre sont huit ») la niaiserie et la crédulité de mes mecontemporains me troue le cul chaque fois un peu plus
        Un coup à finir incontinent anal ( et j’ai pas profité de la sculpture de mac Carthy)

      • Mon cher Kobus,
        moi, j’ai beaucoup plus de chance que vous,
        j’admire le monde et je suis pris d’amour pour son créateur.
        Conversant avec une belle dame, j’étais prêt à lui faire la tirade du « scientifique » convaincu de l’existence de Dieu, m’a répliqué que mes arguments étaient vains et que seule laGrâce nous guidait.
        Je pense qu’elle aussi croyait accessoirement que 2+2 font 4.

        Au fait, allez-vous à la procession à la gloire de Hollande cet après-midi ?
        Ca nous rappellera celles de Moscou … ou Nuremberg !

      • Défiler ?
        Non, mais ça va pas ?
        Suivre les crétins qui nous ont mis dans cette situation, depuis 50 ans et qui refusent d’entendre raison ?
        Plutôt crever, oui!
        Et rassurez vous, ce sera pas seul!

  10. Quand ils sont empereurs romains, on s’en souvient Kobus, c’est dans les Annales, comme vous, je suis entré en dissidence civique, je n’irai pas me rassembler avec Boubakeur et tutti quanti

    René, il n’est pas certain que chanteur de rap suffise à calmer certaines ardeurs

  11. J’ai cru lire incontinent frontal Kobus

  12. Une petite digression, tout en restant dans le sujet.
    Les musulmans ont réussi là ou Paul de Tarse a échoué, ou « l’affaire Ponce Pilate ».
    Tout le monde, je suppose, connait la parabole du « lavage de main » de Ponce pilate, refusant, en tant qu’administreur romain, d’arbitrer des querelles théologiques entre ce qui était à ses yeux des sectes judaïques, et ne relevant en rien du droit, ni même de l’esprit, romains.

    Cette parabole correspond en fait à des faits réels, et de mémoire, un administrateur romain parent de Sénèque s’est trouvé confronté à ce type de tentative de faire de « disputatio » théologiques chrétiennes un objet de droit; la réponse de cet administrateur fut celle qu’est supposée avoir donnée Ponce.

    La grande réussite des musulmans est précisément d’obliger les « imperators » et « le senatus populusque romanus » actuels ( j’écris celà avec beaucoup de dérision, évidemment) à faire de leur(s) théologie(s) un objet de droit.

    Au fond, l’Antiquité plus ou moins croyante était peut-être beaucoup plus réellement « laïque » que ne le sont nos idolâtres republicains ou « premier amendementistes »

  13. Manuel Valls a d’ailleurs eu une phrase qui lui a échappé. La France ne serait pas la France sans les juifs. C’est juste, mais alors 1789 est relatif car si la France n’est pas la France sans les juifs, elle le doit à son héritage catholique romain, héritage vétéro-testamentaire revu et corrigé par Vatican II. Il suffit de comparer Racine et Voltaire pour savoir que le premier a énoncé cela dans Esther ou Athalie alors que le second attendait des juifs, une chose, leur disparition. Un être sans bagage vétéro-testamentaire ne peut pas comprendre ça d’où la perméabilité des jeunes générations à l’antisémitisme des Soral et Dieudonné. D’où la conjonction avec l’islam dit radical qui n’est jamais qu’un islam sans bagage historique et culturel, un islam an’analphabètes. Il faudrait donc compléter la phrase de Valls, La France ne serait pas la France sans les juifs mais la France sans les musulmans serait toujours la France.

    • Alors vous Memento avec votre conclusion, vous allez avoir des problèmes !!!!
      Heureusement que vous avez un pseudo. http://www.ina.fr/video/I05055048 (le sens n’est pas le même dans la chanson, c’est juste pour le titre)

  14. Le CGB est en pole position, vous imagez un bandeau avec « le prophète » comme disent les commentateurs radio de France Info

  15. Vous êtes rentier pour avoir autant de temps à consacrer à la recherche et à la rédaction d’informations ? Ou bien haut-fonctionnaire dans la police, ce qui revient peu ou prou au même ?

  16. Et vous ?

  17. Je relisais ce post hier soir. Ce soir ça recontinue. La France est en guerre, ça y est, c’est acté par à peu près tout le monde. Est-ce que les mentalités vont changer ? pas sûr.

    Attaques suicide, 7 lieux frappés de manière coordonnées, salle de concert, restaurants, stade de football c’est la guerre ! 40 morts à l’heure où j’écris.

    • ça l’était déjà Daredevil, la guerre et ça continue, je viens d’appeler mes amis parisiens pour savoir si ça allait, comme vous le voyez c’est la bonne ambiance, les guerres commencent toujours comme ça, un événement puis une fracture enfin un fossé de sang


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :