Publié par : Memento Mouloud | janvier 18, 2015

Il était une fois Mohamed Merah ou retour vers le futur

En sommes-nous au point où les commandements de Moïse doivent être redécouverts comme une vérité nouvelle ?

Boukharine.

Le septuple meurtre de Toulouse-Montauban avait suscité une vive émotion dans l’hexagone, mais la nature même de cette émotion fut fort mal analysée par les multiples commentaires. On aura, bien sûr, relevé la carence des autorités à propos d’une politique sécuritaire qui permet à un djihadiste de jouer les touristes ou à un délinquant multirécidiviste de se constituer un stock hétéroclite d’armes à feu ou de se trouver un protecteur parmi les anciens du milieu.

Toulouse restait jusqu’ici cette ville où les fausses affaires proliféraient. Patrice Alègre était déjà un tueur solitaire de prostituées presque consentantes à leur sort et Dominique Baudis ne suait devant les caméras que parce que la chaleur du studio était insupportable. De même lorsque l’usine AZF fut soufflée menaçant de transformer sa voisine de la SNPE en une méga-bombe à l’ypérite, la conclusion fut cinglante : une auto-combustion dommageable s’était terminée en un drame sans responsables, sans coupables, sans rien qu’un faisceau de rumeurs.

A l’autre bout de la France,  la DST localisait un agent d’Al Qaida qui transférait d’étranges données depuis un cyber café de Menton. L’interpellation échoua mais l’enquête menait à deux autres Azuréens qui furent interpellés à Milan en possession des plans détaillés des sous-sols et du bâtiment du palais de justice de Nice. De nouveau, il s’agissait de tourisme.

Alors que les arrestations des frères en question et de l’ancienne femme de Mohamed Merah, qui renouvelle le droit islamique (le fiqh) en évoquant un divorce avec son mari selon Allah, occupaient la scène, on apprenait l’arrestation à Nice d’un illuminé sénégalais, Omar Diaby.

En effet, le 9 décembre 2011, cet habitant des quartiers Est de Nice avait donné rendez-vous à une trentaine de « frères fidèles à Allah » pour l’ultime Choura (réunion) avant le grand départ. Dans la cité Bon-Voyage, où Omar, l’ancien braqueur, s’était reconverti en prêcheur, leur destination ne faisait guère de doute : « Ils devaient s’envoler pour Tunis et rester quelques mois en Libye. Mais c’est l’Afghanistan qu’ils voulaient rejoindre ». Selon une source officielle, des « liens » auraient ainsi été mis en évidence entre Omar le Niçois et Mohamed Merah, le tueur toulousain. Pour arrêter Omar Diaby, il avait suffi d’un banal contrôle d’identité et d’une interpellation devant la gare Thiers à Nice où il venait récupérer deux « frères  » prêts à le suivre en terre d’islam. Rattrapé par une vieille affaire de droit commun – un trafic de pièces de voitures remontant à plus de six ans.

Toutes les lois sécuritaires sont sans doute bien conçues et minutieusement rédigées et commentées, mais les faire respecter est une toute autre affaire, car effectivement appliquées, elles entraveraient plus ou moins gravement la réalisation de certains profits, tant dans les cités que dans d’autres secteurs plus recommandables et ayant pignon sur rue. On a noté la violence de l’assaut du Raid mais pas la banale laideur de ce quartier dit pavillonnaire et encore moins la présence d’une école primaire ouverte, à proximité, alors que les policiers et l’apprenti-djihadiste échangeaient des pruneaux en tout sens.

Cette horrible banalité de la laideur tranquille, la seule force en cours, s’est alors transformée en décor de guerre civile et c’est bien pour cela que chacun se félicite que les français aient réagi avec tant de calme. C’est-à-dire tant de passivité.

Qu’était Mohamed Merah, sinon un  hédoniste qui a mal tourné, un consumériste qui attendait son dû, un de ceux qui pensent que le monde est là pour leur faire plaisir. Ce que l’ennui des loisirs révèle c’est sa propension au massacre et au happening, un cas extrême et localisé de la pollution générale et de son prix, du recyclage et de son lien avec l’Oeil absolu. On sait que son père, séparé de sa femme depuis 1994, est originaire du village de Bezzaz, dans la commune d’Essouagui, dans le département de Médéa. « Mohamed, le plus jeune des  enfants, avait donc six ans », au moment de la séparation. Le père de Mohamed Merah travaille dans la région de Tiaret (340 km à l’ouest d’Alger), où il gère une société de matériaux de construction, et vit à Mouzaïa (60 km au sud-ouest d’Alger). Il n’entretenait pas de « solides relations » avec ses enfants depuis son divorce « à l’amiable ». « Mohamed voulait s’ installer en Algérie, où il comptait fonder un foyer parce qu’il avait fini par détester la France, où sa situation sociale était devenue difficile », raconte son oncle maternel.

Selon M. Aziri, le « tueur au scooter » avait séjourné pour la dernière fois en Algérie en 2010 : « Il avait alors demandé à son père de lui acheter un appartement pour se marier, mais il avait essuyé un refus. »

Quand Mohamed n’essayait pas vainement de taper son père inconnu, qui pousse le comique involontaire jusqu’à porter plainte contre la France parce que les policiers ont commis le crime de récupérer, mort, un terroriste qui avait tout de même le droit de finir vivant après avoir appuyé à bout pourtant sur la détente d’un colt 45 adossé sur la tempe de la jeune Myriam, on le voyait au volant d’une Mercedes ou coiffé d’un bonnet « rasta ».

Le voici, faisant du ski dans une station du Jura proche de la frontière suisse. Un mois avant les attentats de Toulouse et de Montauban il se trouvait dans la petite station des Rousses avec deux amis. Les dates, 9 et 10 février 2012, sont celles des photos et des vidéos enregistrées sur le disque dur d’un ordinateur portable Mac Book Air.

Les images furent prises avec un iPhone par un « caïd » de la cité des Izards, colocataire occasionnel de l’appartement du 17, rue du Sergent-Vigné. Fin collier de barbe et petite moustache à la mongole, l’homme d’une trentaine d’années souhaitait rester anonyme et s’attendait à être interpellé par la police à tout moment. Comme Mohamed Merah, il avait déjà fait de la prison. Nerveux, il fumait Malboro sur Malboro avant d’aller chercher son ordinateur dans un ancien modèle d’une Clio grise garée à proximité du palais de justice de Toulouse.

Selon ce caïd, Mohamed Merah aurait voulu acheter une caméra à la Fnac de Genève. Le grand magasin du centre-ville vendait plusieurs modèles de caméras numériques embarquées, comme des lunettes de soleil qui permettent de filmer (249 francs suisses) en skiant ou la fameuse « GoPro » (399 francs suisses) utilisée par les parachutistes pour scruter leurs sauts, grâce à un harnais fixé sur la poitrine. Ou fixée par une ventouse sur une moto par un chauffard qui voulait montrer ses exploits du côté de Montauban sur YouTube. Le « tueur au scooter » aurait filmé ses actions-commandos à Toulouse et à Montauban avec ce dernier type de matériel. Mais Mohamed n’avait pas d’argent à Genève, et son protecteur assure qu’il avait refusé de payer à sa place, estimant « trop cher » ce gadget « à 400 euros ». Comme dans ce monde on n’a rien sans rien ou pour le dire autrement, tout a un prix. Quel était le prix acquitté par Mohammed Merah, le tueur au scooter, pour cette escapade ?

Comme Mohamed Merah, ce caïd des Izards, père de trois enfants dit avoir « lu le Coran en prison », mais sans s’interdire de boire ou de fumer à la sortie de la maison d’arrêt de Seysses, ni de devenir un fidèle de la « mosquée » des Izards, en fait une simple cave « fréquentée par des vieux et des familles avec leurs enfants ». Il explique ses passages dans l’appartement de la cité Belle Paul, loué – 500 euros par mois – par Mohamed Merah dans le quartier de la Côte pavée, par une brouille avec sa dernière compagne, qui habite aussi le quartier, avenue Camille-Pujol. Deux de ses enfants sont scolarisés dans une école de ce secteur pavillonnaire plutôt huppé, très loin des cités HLM périphériques. « J’ai souvent dormi chez lui », raconte l’homme qui se présente comme « rangé des voitures », créateur d’une société de location de véhicules sous le nouveau régime d’auto-entrepreneur.

Serait-ce lui qui louait à son jeune protégé (1 000 euros par mois, selon la police) la Mégane et la Clio dans lesquelles les enquêteurs ont retrouvé tout un arsenal, dont l’arme (colt 45 de calibre 11,43) qui aurait servi aux trois attaques à scooter de Toulouse et de Montauban. « Il aimait jouer au Call of Duty sur sa PlayStation », confie le colocataire du 17, rue du Sergent-Vigné.

Comme Marseille, Toulouse avait connu une certaine escalade dans la scénarisation des attaques à mains armées. En novembre 2011, une fusillade avait eu lieu au cœur du quartier du Mirail, celui d’où était originaire la famille de Mohamed Merah. En décembre, c’était un restaurant-péniche qui était «rafalé» à la kalachnikov. Achat chez un chineur ou chez un grossiste, les armes de Mohamed Merah relèvent à la fois de la collection et du mode opératif d’un cinéphile d’un certain genre.

On sait bien qu’entrer sans payer dans la cité de la renommée est le pire des crimes à l’aune d’une société marchande comme la nôtre. Merah l’a payé d’une vidéo de l’assaut diffusée par le Figaro, les victimes, d’un oubli stérile. De l’avis de beaucoup, il ne s’agissait même pas d’un pro mais d’un amateur. On en vient donc à promouvoir une nouvelle théorie : le loup solitaire contre l’Etat. On savait que la vie sur Terre ressemblait à une bouffonnerie, seulement le rire qu’elle provoque ne promet pas l’insurrection mais l’assujettissement perpétuel.

Toujours, post-mortem, une copie des vidéos tournées par Mohamed Merah au cours de ses tueries a été envoyée au siège français de la chaîne qatari Al-Jazeera. Preuve que Merah visait un certain public pour son happening. Le courrier réceptionné dans les locaux de la télévision à la tour Montparnasse, qui contenait une carte mémoire accompagnée d’une lettre. Le colis portait un cachet postal daté du moment où le siège de l’appartement du tueur avait déjà débuté. On se demandait s’il avait été posté par Mohamed Merah ou un complice. Mais on en était resté à la thèse du loup solitaire, c’était plus simple.

Les petits voyous toulousains regroupés en coopérative djihadiste et l’Etat jouent au même jeu, celui de la sécurité due à la marchandise si bien que l’insécurité des gens n’est jamais qu’un sous-produit de la première. De ce point de vue, le Mexique avait montré la voie d’une certaine post-modernité.

Déjà, les caméras s’attardaient sur le voisinage de Mohamed Merah et sur les visages de ces hommes et femmes, sur les visages des voisins, on pouvait reconnaître les traits des réfugiés de toutes les guerres. Ils revenaient dans un appartement criblé de balles, endommagé, mais ils revenaient comme si les banalités qui mutilent et tuent étaient autant de données corrigibles et sans effets. Il y a une chose qui aurait du frapper les gentils chroniqueurs qui se grattent le ventre en se félicitant du calme des français. Les morts de Toulouse et de Montauban sont des enfants juifs, un rabbin, et des jeunes, maghrébins ou antillais.

Les premiers ont une aura d’étrangeté et le départ de leurs dépouilles vers Israël, filmé en direct, venait le rappeler. Les seconds étaient des pauvres, disons d’anciens pauvres. Les mêmes qui s’engagent pour l’Irak ou l’Afghanistan et que les manuels de la CIA transforment en tortionnaires en se demandant comment un libérateur peut flinguer au hasard une vingtaine d’afghans sur une place parce que leurs visages, leurs odeurs, leur langue, leur cuisine, leur mépris, lui sont devenus insupportables et que la vie même est un fardeau dont on se décharge par un meurtre de masse, comme le recommandait le second manifeste du surréalisme.

La vie de Mohamed Merah, répétons-le, est un instantané de la vie de loisirs. Voyages, caméras embarqués, photos, mariage raté, sexualité incertaine, père absent, mère insupportable, tours en voiture, goût de l’adrénaline, du succès, du plaisir, ascétisme en kit, virée en boîte, résidence intermittente dans la maison du bon dieu, pulsion suicidaire, protéisme, complexe de Zélig, jeux vidéos, wii, initiation à la vie dangereuse.

Mohamed Merah n’a jamais vécu que dans l’ennui. Le seul moment qu’il ait trouvé amusant, ce sont les dernières secondes, l’arme à la main, secoué par les balles du Raid, le corps déchiqueté, n’éprouvant plus la douleur et tombant dans une dernière détonation par-dessus une balustrade. Le tout filmé en continu pour le compte posthume du Figaro. Quel fut son dernier mot ? «  m’en fous qu’est-ce que je les ai fumés ».

Dans Marianne, on lisait le témoignage d’un homme devant l’école juive de Toulouse. Il aurait vu le tueur, il aurait été tétanisé, il aurait attendu que la scène se déroule jusqu’au bout, certain de se prendre une balle s’il sortait de sa cellule à quatre roues. Il n’a pas filmé de son portable, il n’a pas eu le réflexe ou alors il ne l’a pas dit. Il n’a pas eu l’idée de mettre le moteur en marche et de foncer sur le tueur. On dira nul n’est tenu d’être un héros. Sans doute. Nul n’est tenu à rien. D’ailleurs, autant les minutes de silence se multiplient sur les écrans, autant les usines ne cessent de produire avec leurs cercles qualité, leur just in time et leurs projets, autant les cabinets, les sous-traitants, les communicants, les commerciaux n’en finissent plus de fourguer des produits innovants et toujours plus formidables.

Mohamed Merah aurait pu dire « je ne suis pas contre vous puisque je suis pour ce qui vous fait vivre en vous tuant chaque jour un peu plus », de là sa volonté d’être enterré en France, volonté que sa famille s’empresse de ne pas accomplir après l’avoir conduit sur une voie sans issue. Volonté que le Conseil Français du Culte Musulman préfère voir barrée d’un trait par les proches de Merah. Merah a exaucé le voeu des poètes situationnistes qui voulaient être lus par des fillettes de 14 ans, puisqu’il est l’une de ses fillettes, lectrice de sourates.

Les jeunes s’apprêtent bien à détruire le vieux monde car jamais dans l’histoire, la jeunesse n’a été aussi dépourvue de repères, aussi gourmandée, aussi bovarysée, aussi conne. Et les adultes si lâches et compatissants.

Lors de sa garde à vue à Toulouse, Abdelkader Merah s’est déclaré « fier » des actes commis par son frère, sans qu’on lui propose un petit café au polonium, ce qui aurait été la moindre des choses. Le frère du tueur antisémite avait reconnu sa complicité dans le vol, le 6 mars 2012, du scooter Yamaha T-Max qui avait servi de monture dans les assassinats de trois militaires et de quatre autres personnes de confession juive, dont trois enfants.

Bien entendu, et contre l’évidence, il avait nié être au courant des projets meurtriers de son jeune frère de 23 ans. Il n’est pas sûr que face aux paras de Massu en mars 1957, voire aux hommes du BCRA, le jeune comique islamo-toulousain aurait continué son manège, mais les temps changent. L’art de la guerre s’est perdu ainsi que celui du Réel.

Lui et sa compagne furent interpellés à Auterive, à 40 kilomètres au sud de Toulouse, au moment même où le RAID entamait un siège de 30 heures devant le domicile toulousain de Momo le barjo. Retranché dans son appartement, Momo aurait jailli face à ses assaillants en faisant feu et en avançant vers le groupe du Raid, sans doute pour réclamer un Sprite. Les premiers éléments de l’autopsie montraient que son corps avait reçu de nombreux impacts de projectiles « essentiellement au niveau des membres inférieurs et supérieurs ». Sur ces diverses traces de tirs, deux impacts se révélèrent mortels, l’un ayant touché la gauche du front et l’autre ayant traversé l’abdomen, du flanc droit au flanc gauche.

Jean-Dominique Merchet, sur son blog, commentait : « des spécialistes du contre-terrorisme s’interrogent, alors qu’il s’agissait, selon eux, d’une opération assez simple, qui s’apparente à la maîtrise d’un forcené, certes très armé et déterminé. Merah était seul et n’avait aucun otage. […] L’erreur la plus souvent pointée porte sur la manière de pénétrer dans l’appartement, mercredi à 3 heures du matin. Les policiers ont utilisé un bélier pour défoncer la porte d’entrée, derrière laquelle Merah semble avoir placé un réfrigérateur. Cela donne le temps à celui-ci d’ouvrir le feu et de repousser le premier assaut. […] Lorsque le Raid décide du dernier round, il lui manque un élément essentiel : le renseignement fiable sur la position de la cible. En effet, les policiers ignorent où est exactement Merah dans cet appartement d’une trentaine de mètres carrés, et même s’il est encore vivant. Autre interrogation, la durée de la fusillade – près de cinq minutes. 300 munitions ont été tirés par la police. Or, le succès d’un assaut se mesure à sa rapidité, moins d’une minute en principe. Ce matin, quelque chose a donc mal tourné. ».

Visiblement ce n’est pas la seule chose qui ait mal tourné. C’est tout le parcours de Momo le barjo qui semble émaillé de mauvaises surprises et d’à peu près.

En janvier 2011, Mohamed Merah venait de rentrer d’un premier séjour en  Afghanistan. Fin novembre 2010, il fut interpellé par la police pakistanaise ( ?) à Kandahar, région à forte activité insurrectionnelle dans le sud de l’Afghanistan, et remis à l’armée américaine. Celle-ci transmit l’information à l’armée française, qui la relaya à la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), et cette dernière à la DCRI.

Sans aucun doute, Mohamed Merah était-il inscrit, depuis, dans le fichier Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux), classé secret défense et auquel la DCRI a accès, avance André Tarrat, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

Puis il fut renvoyé vers la France et regagna Toulouse en décembre 2010, comme tout grand voyageur. Les officiers américains qui avaient pris en charge Mohamed Merah à Kandahar ont consulté son passeport. Ils auraient découvert son périple de « loup solitaire » au Proche-Orient. C’est à la suite de cet épisode que le FBI l’avait inscrit sur la liste noire des personnes interdites de séjour et de vol dans des avions à destination et en provenance des Etats-Unis.

Durant cette période où il semble partager son logement, Mohamed Merah préparait un nouveau voyage. En mars 2011, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) l’enregistrait dans ses fichiers. Il y était inscrit en tant que jeune islamiste à surveiller et comme résidant rue du Sergent-Vigné. Mais rien n’indiquait qu’une une autre personne y demeurait. Notamment le fameux caïd innocent des Izards. En août 2011, il repartit, cette fois au Pakistan.

Durant le siège de son appartement, mercredi 21 mars, il affirma aux policiers que c’est lors de ce séjour qu’il avait été formé au maniement des armes. Il revint à Toulouse en octobre 2011. Ce retour au pays natal fut suivi d’un rendez-vous avec le correspondant régional de la DCRI en novembre 2011, »pour recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan », selon Bernard Squarcini, patron de la DCRI.

Il y présenta alors ses photos de vacances (avec ou sans Kalash ? Nu ou avec barbe ?) et sa clé USB, mais sans les extraits de décapitations et d’égorgements avec lecture de versets. C’est d’ailleurs avec ce fonctionnaire qu’il avait « souhaité parlé » lors des négociations avec le RAID, semblant avoir établi avec lui « un rapport de confiance ». Ce qui est logique puisque Momo avait trouvé, après son avocat, un autre bolosse.

Il aurait été placé sous surveillance informatique. Selon André Tarrat, « la DCRI est aussi là pour comprendre l’environnement de la personne, faire une cartographie de ses contacts ». Le lien entre Mohamed Merah et son frère, Abdelkhader, mis en cause il y a quelques années dans le cadre d’une enquête sur des filières d’envoi de djihadistes en Irak, était d’ailleurs connu. Où l’on voit l’efficacité de la méthode reprise des techniques d’analyse sociologique en réseaux.

Dans un entretien accordé aux Inrocks.com, Didier Hassoux, journaliste du Canard enchaîné et co-auteur d’une enquête sur la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), assure que le nom de Merah avait été repéré dès le premier meurtre, soit le 11 mars : « Une source de la police judiciaire (PJ) m’a assuré que la PJ avait saisi les adresses IP des quelque 600 personnes s’étant connectées sur LeBonCoin.fr sur l’annonce du premier militaire abattu le 11 mars ».

L’adresse IP de l’ordinateur de la mère de Mohamed Merah y figurait. « Or, il était inscrit sur le ficher du Stic [Système de traitement des infractions constatées] entre seize et dix-huit fois pour des faits mineurs. Ce qui est énorme. A cela s’ajoute le fait qu’il était également inscrit sur Cristina [Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux], le fichier de la DCRI. »

Il semblerait que la police ait mis un temps inhabituel avant d’obtenir les identités correspondant aux adresses IP. Selon Jean Marc Manach, spécialiste des technologies de surveillance, ce n’est que le 16 mars que la liste des 576 IP fut transmise par les enquêteurs aux fournisseurs d’accès internet. Ceux-ci répondirent dès le 17. Six jours pour obtenir les identités. Anormal, d’après Manach, qui écrivait sur Owni : « D’ordinaire, nous confirme une source policière, ce genre d’opérations ne prend que quelques minutes.

Une autre source, proche de ceux qui répondent à ce type de réquisitions judiciaires, indique de son côté qu’elles sont traitées “en 48 heures maximum”. » C’est le nom de la mère de Merah qui figurait sur la liste d’adresses IP. Comme l’a précisé le procureur de la République de Paris, François Molins, son nom a fait tilt car il était lié à ceux de deux de ses fils, eux-mêmes « connus des services de police ». Incroyable induction, nous sommes soufflés.

Le frère Merah et sa pouffe endurèrent quatre jours de garde à vue dans les locaux de la SDAT sans passer par la fenêtre comme le malheureux Richard Durn. En effet, Mohamed Merah, spécialiste selon ses propres termes de l’enfumage, avait assuré aux policiers qui l’assiégeaient que sa mère et son frère n’étaient pas au courant de ses projets. Car Momo Merah n’était pas seulement islamiste, il était parfaitement post-moderne. Célèbre, apprenti chahid, il n’en fut pas moins un type entreprenant malgré ses multiples échecs scolaires, son hépatite, ses troubles mentaux passagers et son amour immodéré pour le cinéma extrême. Les policiers, sans enquête véritable et après la petite mise au point du trio Sarkozy-Guéant-Squarcini, furent convaincus par la thèse du loup solitaire.

Néanmoins, le tueur antisémite n’avait pas toujours vécu en solitaire dans son appartement, au rez-de-chaussée, du 17, rue du Sergent-Vigné, dans le quartier de la Côte Pavée à Toulouse. Bien qu’on ne sache pas s’il fut un adepte de la sodophilie chère aux militants LGBT, un épisode de sa vie antérieure (puisque désormais 72 barbus semblent l’entourer dans le Jardin des martyrs pour l’éternité) révèle que Momo Merah a connu, sa période de colocation, comme dans Friends mais avec des hommes à barbe.

Le 9 janvier 2011, Momo fit l’objet d’un contrôle à son domicile. Alertés par un appel au 17 – numéro d’urgence -, les policiers de la sécurité publique de Toulouse se présentèrent à son adresse.

L’affaire était des plus banales : une querelle de voisinage pour une histoire de stationnement qui se termine par quelques invectives. Les policiers dressèrent un constat, procédèrent à une vérification d’identité et repartirent quelques minutes plus tard, en notant que l’incident était clos, qu’il n’y avait pas eu de blessé et que « la situation [était] calme ». Ce jour-là, Mohamed Merah n’était pas la seule personne mise en cause par le plaignant. Celui-ci désigna un deuxième individu dont l’identité fut également relevée. Or, selon la main courante établie par les policiers qui ont vérifié les documents d’identité, cet homme, un Français né en Algérie en 1973, demeurait dans le même appartement de la rue du Sergent-Vigné.

Soudain curieux, les enquêteurs se demandèrent comment le jeune homme, supposé vivre de l’aide de l’Etat, avait pu se constituer un arsenal, dont un pistolet mitrailleur Sten et un fusil mitrailleur Uzi, louer une Renault Mégane et se procurer un second véhicule, une Clio. Le tueur avait dit dans les discussions avec les négociateurs du RAID qu’il aurait acheté ses armes « grâce à des cambriolages ou des hold-up qu’il faisait pour se procurer de l’argent ». « Ce sont des armes qu’il dit avoir achetées, et je pense que c’est vrai : il les aurait payées 20 000 euros. » avait déclaré Ange Mancini. Ce qui est proprement hallucinant et devrait conduire Sarkozy et Guéant dans les poubelles de l’histoire électorale.

En effet, nous apprîmes de la bouche d’Ange Mancini qu’après 10 ans de politique dite sécuritaire et de nettoyage au filet d’eau de la racaille, un homme spécialement surveillé et fiché de 15 à 18 fois au STIC pouvait se procurer, via des braquages répétés, son argent de poche et quelques unes des 3 millions d’armes clandestines en circulation, comme on va à la boulangerie

Les enquêteurs durent donc désormais mener un travail de fourmi « pour retrouver l’origine de chaque arme et l’existence de ces braquages », affirmait une source policière. Ce qui encore une fois relève du comique de répétition, ce genre d’enquête n’ayant pas de fin. De son côté, Abdelkader était connu par les services de police pour son engagement de longue date en faveur d’un islam radical.

Frérot était fiché en tant que salafiste et avait également été inquiété pour sa participation présumée dans une filière d’acheminement de djihadistes en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen, comme il se doit en pays cordicole. A moins qu’il n’ait servi d’informateur ?

Les enquêteurs voudraient découvrir s’il existait une structure, même embryonnaire, voire un réseau derrière les deux frères et si Abdelkader avait apporté une aide financière ou logistique à Mohamed mais Squarcini avait déjà conclu que non. Et après l’auto-combustion dans l’usine AZF, grand moment de chimie théorique, la théorie de l’auto-radicalisation avait été énoncée par le procureur parisien et sociologue amateur, François Molins. La garde à vue de la mère de Mohamed et Abdelkader Merah, dura moins de deux jours.

Selon un avocat, Me Jean-Yves Gougnaud, Zoulika Aziri était minée par un « sentiment de culpabilité et de remords » se demandant comment elle aurait pu empêcher son fils d’assassiner sept personnes. « Est-ce qu’elle aurait pu éviter les choses ? C’est la question qu’elle se pose », avait dit Me Jean-Yves Gougnaud, alors même que cette femme avait décliné l’invitation à parler à son fils lors du siège du RAID.

Pendant que sa mère était en mode silencieux, Momo sautait du balcon en continuant à tirer sur les policiers qui avaient investi son logement quand il fut mortellement touché par des tireurs d’élite postés à l’extérieur. Sa fin avait été précédée d’un échange de coups de feu de cinq minutes. Trois cents projectiles furent échangés quand les policiers, après 32 heures de siège, pénétrèrent dans le logement, s’ouvrant la voie avec des moyens vidéo. Lorsque ceux-ci eurent introduit un dispositif dans la salle de bains, Momo sortit en « arrosant » au colt 45. Un policier fut blessé au pied, deux autres choqués. Momo était raide troué.

Toute la nuit avait été consacrée à ébranler la résistance psychologique du djihadiste. Les policiers avaient fait sauter ses volets pour voir à travers les fenêtres et surtout firent exploser, à intervalles réguliers, des charges puissantes pour l’empêcher de dormir et le maintenir sous pression. Au même moment, un faisceau lumineux balayait la façade du bâtiment où la police avait ordonné la fermeture des arrivées d’eau, de gaz et d’électricité. Seulement Momo attendait, avec impatience, l’assaut final. Il « portait un gilet pare-balles ». Des armes et des munitions furent également été retrouvés sur les lieux, y compris de quoi confectionner des coktails molotov. Il « s’était réfugié dans la salle de bain. On aurait pu penser qu’il avait été sonné, blessé ou atteint (…) Sa réaction a surpris les policiers. »

Cette fin indiquait que Mohamed Merah n’était pas le petit paumé des quartiers pris d’une soudaine envie de passer à l’acte. Sa vacuité l’avait conduit au terrorisme. Il y avait trouvé son élément et sa raison de vivre qui était aussi une raison de mourir.

Comme Mohamed Merah est hypermoderne, il avait tout filmé et s’était placé lui-même au milieu des projecteurs. Il pensait donc servir d’exemple pour le prochain chahid qui décidera de mettre la France à genoux, à sa manière. Mohamed Merah s’était préparé. Il avait comme le Frédéric Moreau de l’éducation sentimentale beaucoup voyagé. Un officier supérieur américain, en poste à Kandahar, avait assuré que sur le passeport de l’intéressé figurait un certain nombre de tampons. Le plus ancien mentionnait sa présence en Israël, puis en Syrie, en Irak et en Jordanie. Avant d’être arrêté, il se serait rendu au consulat d’Inde à Kandahar en vue d’obtenir un visa pour ce pays. Aucune précision n’avait pu être obtenue sur l’objet de son voyage en Israël mais la même source évoquait, au regard des réponses fournies lors de son audition à Kandahar, que Mohamed Merah « aurait pu ou être tenté » de se rendre dans les territoires palestiniens.

D’après une source militaire française en Afghanistan, on constatait qu’il avait effectué deux séjours en Iran et pas forcément comme garde du corps de Dieudonné.  Interrogée, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, avait démenti ce séjour. Au Pakistan, il aurait séjourné dans les deux districts tribaux du nord et sud Waziristan, à la frontière avec l’Afghanistan, zone escarpée, véritable carrefour de l’insurrection talibane et djihadiste dans la région. En effet, il s’était rendu, à deux reprises, en 2010 et 2011, au Pakistan pour intégrer des groupes de combattants basés dans cette zone, une région montagneuse semi-autonome qui longe l’Afghanistan sur 1 360 km et héberge le Tehrik-e-taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP).

Il aurait ainsi d’abord séjourné dans les camps du FATA, avant de se rendre dans le sud de l’Afghanistan, notamment dans les provinces de Kandahar et de Zaboul. « Il existe près de deux cents madrasas [écoles religieuses] dans les FATA qui enseignent le djihad aux futurs insurgés qui reçoivent ensuite, voire en même temps, un entraînement militaire. »

Le TTP a lié son destin à Al-Qaida et disposerait, selon les services de renseignements militaires américains basés à Khost, dans le sud-est de l’Afghanistan, d’une centaine de camps d’entraînement tout du long de la frontière. De la petite cour intérieure d’une maison au camp retranché, ces centres fournissent les troupes qui alimentent à la fois l’insurrection contre les forces occidentales en Afghanistan et contre l’armée d’Islamabad au Pakistan. Les frappes de drones américains qui se sont multipliées depuis 2009 contre ces centres d’entraînement et leurs responsables (423 en 2010 contre une en 2007) ont éparpillé ces cellules combattantes et ces lieux d’endoctrinement.

Momo aurait trouvé dans sa parentèle une aide afin d’organiser son tour-operator djihadiste. En effet, son frère et sa sœur, considérés comme les « religieux de la famille Merah », selon un policier de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), auraient séjourné au Caire dans une école coranique où la proximité avec les réseaux salafistes régionaux avaient permis de mettre sur pied cette filière. Par ailleurs, plusieurs centaines de grammes d’explosif avaient été saisis à leur domicile.

Le parcours du tueur djihadiste de Toulouse montrait la mobilité de ces apprentis terroristes qui peuvent se rendre du Pakistan aux zones tribales puis en Afghanistan avant de rentrer en France. De source britannique à Kaboul, on assurait, en février 2012, que les filières djihadistes se dirigeaient désormais vers l’Afrique. Selon les services de renseignement occidentaux, à Kaboul, « une centaine d’Européens seraient actuellement dans les zones tribales après avoir été pris en charge par des filières djihadistes ». De source diplomatique, on indiquait, fin 2011, que la moitié de ces volontaires possédaient un passeport allemand et une dizaine de Français étaient recensés parmi eux. Des réseaux belges et algériens avaient été identifiés et les individus avaient souvent la double nationalité, germano-marocaine ou italo-algérienne.

Mohamed Merah aurait été pris en charge par le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), qui a pour tâche, depuis la chute des talibans en 2001, d’encadrer les « étrangers » qui viennent combattre « les infidèles » en Afghanistan ou les forces de sécurité pakistanaises qui tentent, périodiquement, de les déloger. Le MIO, qui intègre aussi les combattants déclarés d’Al-Qaida, opère sous l’autorité du Tehrik-e-Taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP). La vie n’aurait pas été de tout repos pour Mohamed Merah dans les zones tribales. « S’il a bien reçu un entraînement militaire et s’il a combattu sur le sol afghan, relate un membre des services secrets français, il a été plutôt maltraité par ses camarades djihadistes. »

Les éléments détenus par les services spécialisés montrent donc des liens entre le tueur présumé de Toulouse, le MIO et le TTP qui lui ont permis d’accéder à cette zone dangereuse, l’ont formé et encadré. Ces connexions avec des structures terroristes reconnues remettent en cause la figure de loup solitaire de Mohamed Merah.

Il est par ailleurs surprenant que Momo ait échappé au contrôle de la CIA ou de son homologue française, qui prêtent une attention toute particulière aux combattants djihadistes étrangers venus dans la région et qui constituent une menace terroriste majeure pour leur pays d’origine. Un certain nombre de faits attestent, enfin, l’existence de contacts réguliers voire familiaux avec la mouvance islamiste de la région toulousaine.

Il est donc douteux que les autorités gouvernementales croient à la théorie du loup solitaire. Seulement avec quatre millions de musulmans présumés sur le sol français et 16 millions en Europe, il est compliqué d’affirmer que l’hydre de la guerre se renouvelle sans cesse au cœur du plasma germinatif immédiat et citoyen d’une Union Européenne pour laquelle la paix et son processus sont comme l’alpha et l’omega de la sortie définitive de l’Histoire qui ne saurait être tragique et encore moins sanglante.

Les services de police français ont ainsi mis en évidence, au moins à partir de 2008, des liens forts entre les frères Merah et un groupe d’apprentis-djihadistes issus de l’Ariège et de la ville de Toulouse. Les membres de ce groupe furent interpellés, le 15 février 2007, puis condamnés, pour la plupart, en juin 2009, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Sous la houlette d’un chef religieux, né en Syrie et vivant au cœur de l’Ariège, des jeunes partaient en Syrie avant de tenter le passage en Irak. C’est à cette époque que le nom d’Abdelkader Merah était apparu aux enquêteurs comme organisateur des voyages.

En 2008, Mohamed Merah avait obtenu un permis pour rendre visite en prison à Sabri Essid, ex-grutier, l’un des principaux protagonistes de ce groupe. Les services de police notaient  que Momo lui apportait de l’argent. Sabri Essid avait été arrêté, les armes à la main, à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Plus tard, les familles Essid et Merah furent liées lors du mariage entre la mère des frères Merah et le père de Sabir Essid. Les policiers toulousains ont évoqué le rôle joué par Mohamed dans cette union.

Qui était donc Momo le barjot ?

« C’est un jeune homme très doux, au visage d’archange, au langage policé » : c’est ainsi que Christian Etelin décrit Mohammed Merah. L’avocat toulousain le connaît depuis qu’il a « quinze ou seize ans » : « Je l’ai défendu de multiples fois au tribunal des enfants, pour des vols, de la violence, de la délinquance typique des quartiers ». D’après cet avocat fâché avec la syntaxe, Momo avait été condamné à une peine de prison, « au-delà d’un an dans mon souvenir » il y a quatre ou cinq ans. Le jeune homme très doux, au visage d’archange et au langage policé « avait arraché le sac à main d’une dame avec un de ses copains ». Une fois la peine exécutée, l’avocat avait su, « par son entourage, et notamment un de ses employeurs carrossiers, qui le considérait comme un très bon ouvrier, qu’il s’était engagé politiquement et était parti en Afghanistan ».

La dernière fois que Christian Etelin avait vu Mohammed Merah, c’était le 24 février 2012. Le jeune Toulousain était jugé pour un délit de conduite sans permis. Le tribunal l’avait condamné à un mois de prison ferme. Il devait se rendre chez le juge d’application des peines pour connaître les modalités d’aménagement de celle-ci car il était un jeune homme très doux, au visage d’archange et au langage policé, de plus bon carrossier.

« Il n’était absolument pas barbu quand je l’ai vu, c’était le même homme que je connaissais, dit l’avocat. Il m’a juste appris qu’il n’avait plus de travail et touchait le RSA. Nous n’avons pas parlé de son engagement politique. Je lui ai juste dit de se tenir à carreau car revenant d’Afghanistan, il devait être surveillé ». Où l’on voit qu’un avocat français se méfie plus d’une police faisant son travail que d’un djihadiste de retour de camps d’entraînement.

Malika avait également raconté cette histoire à propos du bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé : « Mohamed avait demandé au frère de cette jeune femme de venir chez lui, dans l’appartement où il mourut retranché, prétextant un problème informatique. Une fois chez lui, l’adolescent n’avait pas pu repartir. Mohamed l’avait séquestré. Il voulait lui montrer des vidéos d’Al Qaïda, avec des décapitations, etc. La maman de l’adolescent s’était inquiétée et avait aussitôt lancé des recherches. L’ado avait fini par être libéré. La soeur de l’adolescent avait ensuite rencontré Mohamed, pour lui dire de ne jamais recommencer ça. Mohamed l’avait alors violemment agressée. Elle avait même dû être hospitalisée plusieurs jours. Mohamed était ensuite venu sous les fenêtres de l’appartement familial de la victime. Il était en treillis militaire, armé d’un sabre et hurlait qu’il était d’Al Qaïda. Une plainte avait été deposée. »

Dans le quartier toulousain des Izards dont Momo était originaire, un jeune le décrivait également comme « gentil, calme, respectueux et généreux ». « Il priait, mais ce n’était pas un extrêmiste » et il n’en avait pas l’apparence, assurait un autre. « Il ressemble à un jeune de maintenant ». C’était un pratiquant un peu spécial : tantôt il portait la barbe, tantôt se la rasait. Il fréquentait des boîtes de raï où il avait été aperçu quelques jours à peine avant son équipée sanglante.

Un bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte.

Cependant, dès l’enfance, Momo présentait un « profil violent » et des troubles du comportement. A 17 ans, Momo fut arrêté par la police toulousaine pour de « petits délits. » D’autres suivirent jusqu’à quinze. Ils lui valurent deux courts séjours en prison en 2007 et 2009.  Le « bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte » avait alors 21 ans. Momo dont l’entraînement laissait à désirer avait tenté à deux reprises de s’engager dans l’armée française – en 2008 dans l’Armée de terre et deux ans plus tard dans la Légion étrangère-, mais sans succès. Même, dans la région de Kandahar, le « bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte » aurait été arrêté, fin 2010, par les autorités pakistanaises, pour des faits de droit commun.

Le bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte appartenait à l’une des branches les plus radicales de l’islamisme combattant. A ce propos, l’imam bordelais Tareq Oubrou évoque « le développement d’une religiosité non structurée, un islam bricolé, favorable à l’extrémisme. On connait les profils violents dans nos mosquées. Malheureusement, le discours de certains religieux, notamment sur internet, embarquent des musulmans dans un rapport de force avec la société. Des discours de lamentation rejettent le malheur des musulmans sur les autres et donnent matière à violence. Face à cela notre seule réponse est la parole, les sermons, les appels à la spiritualité et à l’humanité. Mais, pour ces jeunes, nous ne sommes pas crédibles; ils préfèrent les discours de haine ou de stigmatisation ».

L’imam disait une chose, le bon carrossier très doux, au visage d’archange et au langage policé, un jeune homme de maintenant qui prie et va en boîte, n’était pas un cas aberrant mais une sorte de profil sociologique à dupliquer.


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